hasard

  • H comme heureux hasard

    Pour son cours de mardi où manquait la moitié des effectifs, les économistes étant en sortie scolaire, Madame avait prévu de faire écouter un petit reportage sur un "job de rêve": testeur

    - Vous êtes peut-être encore un peu jeunes, commence Madame, vous n'avez que 16 ans, mais sans doute certains d'entre vous ont déjà fait un job de vacances? 

    Tous les doigts se lèvent, sauf deux. Mais leur premier job est déjà réglé pour les vacances de Noël. On dirait bien que les jeunes n'ont plus le droit de ne rien faire... 

    Pauline est d'accord pour s'exprimer la première et raconter quel genre de job elle a fait: 

    - C'était pour le Lotto, dit-elle, la loterie nationale cherchait des jeunes de moins de 18 ans. On devait aller acheter des billets de loterie, pour voir si les vendeurs respectaient la loi. 

    - Incroyable! s'exclame Madame. Tu as donc fait un job de testeur! C'est exactement le sujet du reportage que je vais vous montrer! 

    Quel prof peut rêver d'une meilleure introduction au sujet choisi pour son cours? 

    - Pour ce job, continue Pauline, il fallait avoir l'air jeune, moi on me trouvait un peu trop grande. Mais mon visage, ça allait, on voyait que je n'ai pas 18 ans. 

    - Je suis bien contente d'entendre que la loterie nationale s'inquiète de savoir si la loi est respectée et fait ce genre de tests, conclut Madame après avoir écouté les commentaires et les témoignages des uns et des autres.

    On peut donc passer au reportage: une jeune fille a testé des appartements et une autre des maillots de bain... aux Caraïbes. 

    - Vous aimeriez faire un de ces jobs? demande Madame. 

    Hélas oui: pour 1000 €, les filles sont prêtes à s'exhiber en bikini et à se faire photographier sous toutes les faces. Surtout aux Caraïbes. 

    - Vous vous rendez compte, dit Madame en jouant l'effarement, où ce raisonnement peut vous mener? Que seriez-vous prêts à faire pour 10 000 €? 50 000 €? 

    La classe rigole en prenant des airs choqués. 

    Tout va bien, ils ont compris. 

    testeur.jpg

    Et pour terminer, le rêve de nombreux élèves...  
    source de la photo et article: 
    testeur de jeux vidéo

     

     

     

  • X c'est l'inconnu

    Hier, un article assez discret mentionnait que sept journalistes palestiniens avaient vu leur compte fb bloqué. 

    Fb ne dément pas, mais parle d'un hasard. 

    Pur hasard s'il s'agit de journalistes palestiniens. 

    Pur hasard que fb a signé un accord avec Israël précisément ce mois-ci pour éliminer tout ce qui déplairait aux dirigeants de ce pays. 

    Pur hasard si dans 95% des cas, fb obtempère et accède aux désirs d'Israël d'ôter l'info qui gêne. Tout comme l'ami G**gl*. 

    Car bien évidemment, il est préférable de ne pas nous inquiéter sur la façon dont la Palestine est gérée, spoliée, enfermée, tenue à l'écart de tout spectateur extérieur et même de toute aide. 

    Et si aide il y a, s'empresser de démolir. Que ce soient des poteaux électriques ou un terrain de jeux pour enfants. J'en ai déjà parlé ici, tout ça avait été offert par la Belgique puis rasé par Israël. 

    "Wat niet weet, wat niet deert", dit le proverbe en néerlandais: si tu ne le sais pas, tu ne dois pas non plus t'en charger la conscience. 

    Fermons les yeux du monde sur les exactions. Je lis chez Lucette Desvignes qu'Israël a même obtenu de la France qu'elle interdise des actions du genre "boycot". 

    Bref, s'il n'en reste que deux à s'énerver très fort sur ce qui se passe là-bas, ce sera Lucette Desvignes et moi. 

    Sauf qu'elle le fait avec infiniment plus de talent. 

    Je vous en donne un autre exemple icicool

  • H comme hasard

    Un grand nombre de découvertes sont le fruit du hasard et je ne vous apprends rien en vous disant cela.

    A la longue liste qu'on trouvera ici

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_d%C3%A9couvertes_et_inventions_li%C3%A9es_au_hasard 

    on peut désormais ajouter le point suivant:

    C'est tout à fait par hasard que l'Adrienne, un soir de fatigue et de chaleur de la fin de juillet 2014, a découvert qu'à sa télécommande il y avait un bouton permettant de passer d'un simple clic d'un jour à l'autre de la semaine pour programmer les enregistrements.

    hasard,vie quotidienne,ça se passe comme ça

    "ergens", quelque part, il y a aussi des gens qui lisent les modes d'emploi.
    Mais ce faisant, ils se privent de l'immense joie de la découverte
    Rigolant

     

     

  • H comme hasard

    C'était un mardi comme un autre.

    A midi trente, les repas sont avalés, Nathalie et ses deux collègues remettent tout en ordre au réfectoire. Comme d'habitude, on pourrait nourrir une centaine de Biafrais avec les restes des plats et des assiettes.

    Le dessert n'a pas eu de succès: le mardi, c'est le jour du fruit. Les élèves préfèrent les gaufres de Liège et les tartelettes à la frangipane, mais on continue à leur offrir une pomme, une poire ou un kiwi le mardi. Il en reste toujours un bac entier qu'on va ensuite déposer dans la salle des profs. Faisant partie de la génération qui a sans doute le mieux intégré le message des cinq fruits et légumes par jour, les profs font rapidement disparaître tout ça dans la profondeur de leur cartable ou le dégustent sur place. Chacun sait que dans ce métier, on a besoin de vitamines Clin d'œil

    Quand les vaisselles sont faites, les chaises rangées, les tables nettoyées, le sol lessivé, Nathalie peut rentrer chez elle. Mais comme il lui reste un peu de temps avant d'aller chercher sa cadette à l'école primaire, elle passe par le secrétariat, qu'elle trouve vide. Il sera bientôt trois heures et tout le personnel est apparemment encore à la pause café.

    Tout le monde, sauf Lucie qu'elle n'avait d'abord pas remarquée et qu'elle voit tout à coup s'écrouler et tomber. Elle se précipite pour essayer de briser sa chute et l'aider à se relever mais sent tout de suite qu'une chose grave est arrivée.

    - Au secours! au secours! il est arrivé quelque chose à Lucie!

    Il y a eu alors une succession incroyable d'actes justes, précis et quasiment miraculeux: une secrétaire accourue a commencé les massages cardiaques, une collègue savait que le jeune remplaçant du prof de gym faisait son cours dans la salle numéro 1 et qu'il savait faire lui aussi les massages cardiaques, un petit stagiaire est arrivé au même moment, à eux trois ils se sont relayés pendant une vingtaine de minutes, s'encourageant mutuellement, en attendant l'arrivée de l'ambulance.

    L'hôpital est dans la même rue, mais à trois heures de l'après-midi, toute la circulation autour de l'école est bouchée par les nombreux parents et grands-parents venus chercher les enfants à la sortie. De ces parents et grands-parents qui font fi de toutes les règles et qui se fâchent quand on ose leur dire qu'ils sont mal garés, alors qu'on le leur dit pour la sécurité de leurs propres enfants et qu'il y a un parking énorme juste à côté.

    Vingt minutes de massages cardiaques, qu'on a poursuivis avec l'aide des ambulanciers, puis les électrochocs: le coeur de Lucie s'est remis à battre. L'ambulance a pu refaire le chemin en sens inverse, avec encore plus de difficulté vu le nombre croissant de voitures aux approches de la sonnerie de fin des cours.

    Au bout de cinq jours de coma plus ou moins artificiel, Lucie a ouvert les yeux.

    - Apportez-moi mon ordinateur portable, a-t-elle dit à son frère, j'ai des trucs à faire pour l'école.

    ***

    histoire véridique arrivée le mardi 22 novembre 2011 : seuls les prénoms ont été changés

  • H comme hasard

    Les hasards de la Toile m'ont fait arriver ce matin sur le site de l'Institut polonais de Paris où je suis tombée en arrêt devant le nom de Marcel Proust.

    Encore lui, me direz-vous, ce n'est pas "h comme hasard" mais "h comme hantise" Langue tirée

    Vous me comprendrez peut-être quand vous aurez lu ceci (que j'ai repris du site, voir le lien au-dessous):

    Après la déportation par les Russes de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, d’octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz : ils furent les seuls à échapper au massacre de Katyn.
    Afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, ils imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences.
    Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de science ou d’alpinisme, Joseph Czapski fit une série d’exposés sur la littérature française. Comme une mise en abyme, la remémoration de La Recherche du temps perdu par un prisonnier de guerre gravement malade, sans livres ni documents à sa disposition, est elle-même une véritable création, et d’autant plus que Czapski n’est ni philosophe (il s’en excuse) ni critique professionnel (il en surclasse plus d’un...), mais lecteur et artiste, qui met en valeur la nouveauté de la phrase et de la forme proustienne, tout en ramenant son théâtre prodigieux à la filiation de Saint-Simon et de Balzac.

    Un lecteur qui n’a jamais lu Proust découvrira, dans ce livre miraculeusement arraché à la déchéance, un chemin tracé vers un auteur qu’on a dit, à tort, réservé aux élites ou entaché de snobisme mondain.
    Livre à la fois émouvant et pénétrant, Proust contre la déchéance est constitué de causeries improvisées entre 1941 et 1942 par le peintre polonais Joseph Czapski, devant ses camarades prisonniers du camp soviétique de Griaziowietz.

    PROUST CONTRE LA DÉCHÉANCE, Joseph Czapski, Editions Noir sur Blanc                                           
    16 € / 150 pages

    http://www.institutpolonais.fr/#/event/380

    Et voici un extrait du livre, dont justement Florizelle parle aussi ce matin, et que j'ai trouvé chez elle (voir le lien à côté, Le Divan Fumoir Bohémien:

    "Dans une petite salle bondée, chacun de nous parlait de ce dont il se souvenait le mieux. Je vois encore mes camarades entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée, aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée entière passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l'histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire.

    La joie de participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l'esprit n'ayant rien de ocmmun avec notre réalité d'alors nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l'ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours. "

    ***

    Alors qu'irais-je me faire du souci pour une pelouse pas tondue, des corniches à nettoyer, des dossiers à mettre en ordre et du temps qui manque pour tout?

    litterature,hasard,les joies de l'internet

     

  • X, l'incognito

    Je ne sais pas comment font ceux qui mènent une double vie: moi, je n'arrive pas à me déplacer sans qu'il y en ait des témoins.

    Que j'aille à Courtrai, à Gand, à Ostende, à Bruxelles ou même à Paris, je croise un(e) collègue, le mari d'une amie, un(e) ancien(ne) élève, un neveu ou une nièce et même un jour l'ex-femme de mon frère, qui habite pourtant à 850 km de chez moi.

    En racontant la chose dimanche dernier à ma carissima nipotina, je me suis rendu compte de la simplicité de l'explication à donner à ce phénomène: c'est que je voyage en train.

    Les gares, les quais, les wagons de train sont donc à éviter si on veut voyager incognito.

    Ce qui, heureusement, n'est pas mon cas Cool

    voyage,hasard,wagon de train

    Ostende, le week-end dernier

  • R comme Rossini

    A Pesaro, tout respire Rossini.

    Tout d'abord, bien entendu, parce qu'on y trouve sa maison natale:

    Pesaro 2011 010 - kopie.JPG

    l'adresse? rue Rossini!

    Sur la grand-place, la piazza del Popolo, le bâtiment des Postes, avec dans la niche de gauche la statue du maestro:

    Pesaro 2011 011 - kopie.JPG

    et le teatro Rossini:

    Pesaro 2011 043 - kopie.JPG

    orné d'affiches pour le festival Rossini

    Il y a bien sûr aussi le Conservatoire Rossini, l'accademia rossiniana, la bibliothèque rossinienne, le bar Rossini,...

    Et à la cathédrale, vous pouvez vous confesser à Rossini!

    Gino Rossini, parrocco.

    Authentique Innocent mais je n'ai pas osé prendre une photo de la plaquette avec son nom.

    Pesaro 2011 020 - kopie.JPG

  • Question existentielle

    J'ai eu beaucoup de chance en décidant de séjourner à Pesaro et en choisissant les dates de ce séjour: je suis arrivée juste à temps pour pouvoir assister à toutes les conférences dans le cadre du Salone della parola qui se tenait du 7 au 10 juillet; le programme est ici http://www.oliveriana.pu.it/index.php?id=20114 et un reportage 'officiel' ici: http://www.youtube.com/watch?v=F8XJsLxc86Y

    J'ai eu du mal à choisir parmi toutes les propositions de conférences qui avaient lieu au même moment. Je ne me suis pas ennuyée une minute, tout était intéressant.

    Mais pourquoi, me suis-je souvent demandé, y a-t-il une si faible audience? Certaines éminentes personnalités ont parlé devant sept, quinze, trente personnes alors qu'il y aurait dû avoir la foule, vu l'intérêt de la chose.

    Pesaro 2011 012 - kopie.JPG

    ma chambrette avec sur le lit, le programme du 'Salone della Parola' et sur la table de nuit un petit livre acheté après être allée écouter son auteur, le journaliste Marco Guidi: Caro agli dei, Giuliano l'Apostata.

  • M comme Murphy

    Pourquoi est-ce précisément la nuit où j'ai des logeurs avides de grand calme campagnard que le chien des voisins "dort" dehors et qu'il aboie pour la moindre feuille qui bouge?

    Ce qui me rappelle une autre nuit où une tante et un oncle logeaient ici et que tout un rallye nocturne est passé entre deux et trois heures du matin. Le premier chauffeur s'était trompé à l'embranchement et les autres l'ont suivi - ou leur feuille de route comportait une erreur, je ne me suis pas levée pour aller le leur demander - mais vu que notre petit chemin est en cul-de-sac, ils ont tous été obligés de venir tourner chez nous pour repartir en trombe... ça a duré une bonne heure de crissements de pneus, de couinements de freins et de pétarades de moteurs qu'on emballe - puisque c'était une course, tout de même! ... bref, ça nous a fait de la conversation pour le lendemain et ça apporte de l'eau au moulin de Murphy.

    Cependant je peux vous certifier que la tartine ne tombe pas toujours du côté de la confiture.

    Parfois, elle tombe aussi du côté du fromage blanc.

    augustus 2010 001 - kopie.JPG
  • O comme orage

    Il y a trois jours, Murphy dormait. Ou alors c'était une journée faite pour illustrer le proverbe que "le hasard fait bien les choses". Ou Gott était mit uns. Ou ce que vous voulez.

    A 7.30 h, j'étais déjà au marché pour acheter des plants de choux de Bruxelles et des poireaux. La veille, j'avais récolté et arraché les petits pois et préparé le terrain. A huit heures, je suis passée chez l'ami G*** et sa femme. J'ai ainsi pu voir leur fille cadette, une ancienne élève, qui leur amenait ses deux petits garçons pour la journée, T*** qui va avoir 3 ans et C***, tout juste 6 mois. Je ne connais rien de plus joli au monde qu'un bébé ni de meilleur au coeur que de s'en voir confier un, l'espace d'une visite.

    Rentrée chez moi, il faisait beaucoup trop chaud pour planter mes légumes, qui auraient grillé sur place; je les ai mis dans un seau d'eau, à l'ombre, et j'ai dénoyauté deux kilos de cerises. J'avais juste fini quand les premières gouttes sont tombées.

    J'ai donc planté mes choux de Bruxelles et mes poireaux et semé un peu de laitue, de haricots et de radis sous une fine petite pluie bienfaisante. Et au moment où je terminais et que je rangeais mes outils, le véritable orage a éclaté, apportant enfin l'eau tellement nécessaire au potager.

    N'est-ce pas magnifique?

    Je suis curieuse de voir le résultat de ces travaux le 20 ou le 21 juillet, quand je rentrerai chez moi.

    orage.jpg
    Une des belles photos d'orage sur site http://www.alertes-meteo.com/orages/photos2.htm où on affirme qu'elles sont gratuites et libres de droits.
  • H comme le hasard n'existe pas

    Je suis à Louvain. J'ai mon billet réservé pour l'expo Rogier Van der Weyden en son avant-dernier jour, de 17.00 à 18.00 heures. Je suis de retour à la gare vers 19.00 heures. Mon train a treize minutes de retard. Il ne passe pas par le Midi à cause de travaux sur la ligne. Je dois donc m'en trouver un autre qui me mène de Nord à Midi, où je dois prendre le métro pour aller chez MC. La rame quitte le quai au moment où j'y arrive. Le métro suivant est dans neuf minutes.

    MC passe son après-midi à la Fnac. C'est la journée des adhérents. Elle y reste jusqu'à la fermeture. Passe à la caisse, car comme d'hab elle a enrichi sa collection de livres et de CD. Puis se rend tranquillement vers la station de métro la plus proche.

    MC et moi, nous avons un portable qui est toujours éteint. Pourtant ce soir là sans nous concerter et sans le faire exprès nous nous sommes retrouvées dans la même rame.

    Essayez donc de raconter devant des enquêteurs de police ou devant des jurés à un procès d'assises: "c'était un pur hasard."

    Je n'ai pas l'impression qu'on vous croira.

  • H comme le hasard n'existe pas?

    En 1913, René Magritte a 15 ans. Il vit à Charleroi avec sa famille. Un jour de foire, il rencontre Georgette Berger. Elle a 12 ans.

    En 1920, René Magritte a 22 ans. Il vit seul à Bruxelles. Un jour qu'il est au Jardin Botanique, il rencontre Georgette Berger pour la deuxième fois de sa vie. Elle a 19 ans. Il la reconnaît tout de suite. Cette fois-ci, il ne la perd plus de vue.

    Deux ans plus tard, son service militaire accompli, il l'épouse.

    magritte

     

    sur cette photo de juin 1922 Georgette et René (à gauche) sont jeunes mariés

  • H comme le hasard n'existe pas?

    Récemment j'ai encore entendu quelques incroyables histoires de hasard.

    Comme celui qui consiste à s'échouer sur une plage sénégalaise une veille de Noël.

    Une Marie qui est enceinte et démunie de tout, une Marie à bout. Et un Joseph qui n'a pas su se montrer efficace. Un Joseph qui ne réussit pas à se rendre très utile, à sauver la situation, à éviter le pire.

    Et pour compléter ce tableau biblique, voici le tableau païen: sur cette plage-là, il n'y a pas les habituels cocotiers mais des sapins. Et une foule qui se rue sur les "cadeaux de Noël" que représentent le bateau échoué et son contenu.

  • H comme He stopped loving me...

    Ces dernières semaines, je passe mes soirées à regarder des films romantiques à la télé. Sans doute par manque cruel de romantisme dans ma vraie vie, mais aussi parce que la programmation pendant la période de Noël abonde en american movies où tout le monde est beau, tout le monde est gentil et tout le monde trouve l'âme soeur à la fin. En plus, les flocons se mettent à tomber et le père vagabond, le fils prodigue, la mère dénaturée, la fille perdue se tombent dans les bras en pleurant et en susurrant 'I love you dad' (mum / etc.)

    Il y a des moments où ça rassure.

    Hier soir une autre histoire à l'eau de rose. Une réplique me revient ce matin: "He stopped loving me" qui résume aussi mon histoire.

    Réplique pourtant banale, j'ai dû la lire ou l'entendre déjà précédemment, mais ce n'est qu'hier qu'elle m'a frappée.

    En voici une des 1380 relevées par Google:

    "Which is better to believe, Margaret," said Euphra, uncovering her face, which two tears were lingering down, and looking up at her--"that he never loved me, or that he stopped loving me?"

    "For his sake, the first."

    "And for my sake, the second?"

    "That depends."

    David Elginbrod, de George MacDonald, http://www.classicreader.com/book/1354/62/

  • H comme le hasard n'existe pas

    Une illustration du hasard, Le lait de la mort, une nouvelle de Marguerite Yourcenar du recueil Nouvelles orientales (1938) et qu'on peut trouver en divers endroits sur internet:

    Ils étaient trois frères et ils travaillaient à construire une tour, d’où ils pussent guetter les pillards turcs. Ils s’étaient attelés eux-mêmes à l’ouvrage, soit que la main d’œuvre fut rare, ou chère, ou qu’en bons paysans, ils ne se fiassent qu’à leurs propres bras, et leurs femmes venaient tour à tour leur apporter à manger. Mais chaque fois qu’ils réussissaient à mener assez bien leur travail pour placer un bouquet d’herbes sur la toiture, les vents de la nuit et les sorcières de la montagne renversaient leur tour comme Dieu fit crouler Babel.
    Il y a bien des raisons pour qu’une tour ne se tienne pas debout, et l’on peut inculper la maladresse des ouvriers, le mauvais vouloir du terrain, ou l’insuffisance du ciment qui lie les pierres. Mais les paysans serbes, albanais ou bulgares ne reconnaissent à ce désastre qu’une seule cause : ils savent qu’un édifice s’effondre, si l’on n’a pas pris soin d’enfermer dans son soubassement un homme ou une femme dont le squelette soutiendra jusqu’au jour du Jugement Dernier cette pesante chair de pierres.
    Les trois frères commençaient à se regarder avec méfiance et prenaient soin de ne pas projeter leur ombre sur le mur inachevé, car on peut, faute de mieux, enfermer dans une bâtisse en construction, ce noir prolongement de l’homme qui est peut-être son âme, et celui dont l’ombre est ainsi prisonnière meurt comme un malheureux atteint d’un chagrin d’amour.
    Le soir, donc, chacun des trois frères s’asseyait le plus loin possible du feu, de peur que quelqu’un ne s’approche silencieusement par derrière, ne jette un sac de toile sur son ombre et ne l’emporte à demi étranglée, comme un pigeon noir.
    Leur ardeur au travail mollissait et l’angoisse et non plus la fatigue, baignait de sueur leurs fronts bruns.

    Un jour enfin, l’aîné des frères réunit autour de lui ses cadets et leur dit :
    -Petits frères, frères par le sang, le lait et le baptême, si notre tour reste inachevée, les Turcs se glisseront de nouveau sur les berges de ce lac, dissimulés derrière des roseaux. Ils violeront nos filles de ferme, ils brûleront dans nos champs la promesse du pain futur, ils crucifieront nos paysans aux épouvantails dressés dans nos vergers et qui se transformeront ainsi en appâts pour corbeaux.
    Mes petits frères, nous avons besoin les uns des autres ; et il n’est pas question pour le trèfle de sacrifier une de ses trois feuilles.
    Mais nous avons chacun une femme jeune et vigoureuse, dont les épaules et la belle nuque sont habituées à porter des fardeaux. Ne décidons rien, mes frères, laissons le choix au hasard, cet homme de paille de Dieu.
    Demain à l’aube, nous saisirons pour emmurer dans les fondations de la tour, celle de nos femmes qui viendra ce jour-là nous porter à manger.
    Je ne vous demande qu’un silence d’une nuit, ô mes puinés, et n’embrassons pas avec trop de larmes et de soupirs celle qui, après tout, a deux chances sur trois de respirer encore au soleil couchant.
    Il lui était facile de parler ainsi, car il détestait en secret sa jeune femme, et voulait s’en débarrasser pour prendre à sa place une belle fille grecque qui avait les cheveux roux. Le second frère n’éleva pas d’objection, car il comptait bien prévenir sa femme dès son retour, et le seul qui protesta fut le cadet, car il avait l’habitude de tenir ses serments.
    Attendri par la magnanimité de ses aînés, qui renonçaient en faveur de l’œuvre commune à ce qu’ils avaient de plus cher au monde, il finit par se laisser convaincre et promit de se taire toute la nuit.

    Ils rentrèrent au camp, à cette heure du crépuscule où le fantôme de la lumière morte hante encore les champs. Le second frère regagna sa tente de fort méchante humeur et ordonna rudement à sa femme de l’aider à ôter ses bottes. Quand elle fut accroupie devant lui il lui jeta ses chaussures en plein visage et déclara :
    - Voici huit jours que je porte la même chemise et dimanche viendra sans que je puisse me parer de linge blanc; maudite fainéante, demain, dès la pointe du jour, tu iras au lac avec un panier de linge, tu y resteras jusqu’à la nuit entre la brosse et ton battoir . Si tu t'en éloignes de l’épaisseur d’une semelle, tu en mourras.
    Et la jeune femme promit en tremblant de consacrer la journée du lendemain à la lessive..

    L’aîné rentra chez lui, bien décidé à ne rien dire à sa ménagère dont les baisers l’excédaient et dont il n’appréciait plus la pesante beauté. Mais il avait une faiblesse : il parlait en rêve. L’opulente matrone albanaise ne dormit pas cette nuit-là, car elle se demandait en quoi elle avait pu déplaire à son seigneur. Soudain, elle entendit son mari grommeler en tirant à lui la couverture :
    -    Cher cœur, cher petit cœur de moi-même, tu seras bientôt veuf. Comme on sera tranquille séparé de la noiraude par les bonnes briques de la tour…

    Mais le cadet rentra dans sa tente, pâle et résigné comme un homme qui a rencontré  sur la route la Mort elle-même, sa faux sur l’épaule, s’en allant faire sa moisson. Il embrassa son enfant dans son berceau d’osier, prit tendrement sa jeune femme dans ses bras et toute la nuit, elle l’entendit pleurer contre son cœur. Mais la discrète jeune femme ne lui demanda pas la cause de ce grand chagrin, car elle ne voulait pas l’obliger à des confidences et elle n’avait pas besoin de savoir quelles étaient ses peines pour essayer de les consoler.

    Le lendemain les trois frères prirent leurs pioches et leurs marteaux et partirent dans la direction de la tour. La femme du second frère prépara son panier de linge et alla s’agenouiller devant la femme du frère aîné :
    -Soeur, dit-elle, chère sœur, c’est mon jour d’apporter à manger aux hommes mais mon mari m’a ordonné sous peine de mort de laver ses chemises de toile blanche, et ma corbeille en est toute pleine.
    -Sœur, chère sœur, dit la femme du frère aîné, j’irais de grand cœur porter à manger à nos hommes, mais un démon s’est glissé cette nuit à l’intérieur de l’une de mes dents….Hou, hou, hou, je ne suis bonne qu’à crier de douleur…
    Et elle frappa dans ses mains sans cérémonies, pour appeler la femme du cadet :
    -Femme de notre frère cadet, chère petite femme du puîné, va-t-en à notre place porter à manger à nos hommes, car la route est longue, nos pieds sont las et nous sommes moins jeunes et moins légères que toi. Va, chère petite et nous remplirons ton panier de bonnes choses pour que nos hommes t’accueillent avec un sourire, Messagère qui leur ôtera leur faim.
    Et le panier fut rempli de poisson du lac confits dans le miel et de raisins de Corinthe, de riz enveloppé dans des feuilles de vigne, de fromage de brebis et de gâteaux aux amandes salées.
    La jeune femme remit tendrement son enfant entre les mains de ses deux belles-sœurs, et s’en alla le long de la route, seule, avec son fardeau sur la tête et son destin autour du cou, comme une médaille bénite, invisible à tous, sur laquelle Dieu lui-même  aurait inscrit à quel genre de mort elle était destinée et à quelle place dans son ciel.

    Quand les trois hommes l’aperçurent de loin, petite figure encore indistincte, ils coururent à elle, les deux premiers inquiets du bon succès de leur stratagème et le plus jeune priant Dieu. L’aîné ravala un blasphème en découvrant que ce n’était pas sa noiraude et le second remercia le seigneur à haute voix d’avoir épargné sa lavandière. Mais le cadet s’agenouilla, entourant de ses bras les hanches de la jeune femme et en gémissant lui demanda pardon. Ensuite, il se traîna aux pieds de ses frères et les supplia d’avoir pitié. Enfin, il se releva et fit briller au soleil l’acier de son couteau. Un coup de marteau sur la nuque le jeta pantelant sur le bord du chemin.
    La jeune femme épouvantée avait laissé choir son panier et les victuailles dispersées allèrent réjouir les chiens du troupeau. Quand elle comprit de quoi il s’agissait elle tendit les mains vers le ciel :
    "Frères à qui je n’ai jamais manqué, frères par l’anneau des noces et la bénédiction du prêtre, ne me faites pas mourir, mais prévenez plutôt mon père qui est le chef de clan dans les montagnes et il vous procurera mille servantes que vous pourrez sacrifier. Ne me tuez pas, j’aime tant la vie. Ne mettez pas entre mon bien-aimé et moi l’épaisseur de la pierre."
    Mais brusquement elle se tut, car elle aperçut que son jeune mari, étendu au bord de la route, ne remuait pas les paupières et que ses cheveux noirs étaient salis de cervelle et de sang.. Alors, elle se laissa, sans cris et sans larmes conduire par les deux frères jusqu’à la niche creusée dans la muraille ronde de la tour : puisqu’elle allait mourir elle-même, elle pouvait s’épargner de pleurer.
    Mais au moment où l’on posait les premières briques devant ses pieds chaussés de sandales rouges, elle se souvint de son enfant qui avait l’habitude de mordiller ses souliers comme un jeune chien folâtre. Des larmes chaudes roulèrent le long de ses joues et vinrent se mêler au ciment que la truelle égalisait sur la pierre :
    - Hélas ! mes petits pieds, dit-elle, vous ne me porterez plus jusqu’au sommet de la colline afin de présenter plus tôt mon corps au regard de mon bien-aimé. Vous ne connaîtrez plus la fraîcheur de l’eau courante : seuls les Anges vous laveront au matin de la Résurrection.
    L’assemblage de briques et de pierres s’éleva jusqu’à ses genoux couverts de son jupon doré. Toute droite au fond de sa niche, elle avait l’air d’une Marie debout derrière son autel.
    - Adieu, mes chers genoux, dit la jeune femme, vous ne bercerez plus mon enfant ; assise sous le bel arbre du verger qui donne à la fois l’aliment et l’ombrage, je ne vous remplirai plus de fruits bons à manger.
    Le mur s’éleva un peu plus haut et la jeune femme continua :
    -Adieu mes chères petites mains qui pendez le long de mon corps, mains qui ne cuirez plus le repas, mains qui ne tordrez plus la laine, mains qui ne vous nouerez plus autour du bien-aimé. Adieu mes hanches, et toi, mon ventre qui ne connaîtrez plus l’enfantement ni l’amour. Petits enfants que j’aurais pu mettre au monde, petits frères que je n’ai pas eu le temps de donner à mon fils unique, vous me tiendrez compagnie dans cette prison qui me sert de tombe et où je resterai debout, sans sommeil, jusqu’au jour du Jugement Dernier.
    Le mur de pierre atteignait sa poitrine. Alors un frisson parcourut le haut du corps de la jeune femme et ses yeux suppliants eurent un regard au geste de deux mains tendues.
    - Beaux-frères, dit-elle, par égard pour moi, et pour votre frère mort, songez à mon enfant et ne le laissez pas mourir de faim. Ne murez pas ma poitrine, mes frères, mais que mes deux seins restent accessibles sous ma chemise brodée, et que tous les jours, on m’apporte mon enfant à l’aube, à midi et au crépuscule. Tant qu’il me restera quelques gouttes de vie, elles descendront jusqu’au bout de mes seins pour nourrir l’enfant que j’ai mis au monde, et le jour où je n’aurai plus de lait, il boira mon âme. Consentez, méchants frères et si vous faites ainsi, mon cher mari et moi, nous ne vous adresserons pas de reproches, le jour où nous vous rencontrerons chez Dieu.

    Les frères intimidés consentirent à satisfaire ce dernier vœu et ménagèrent un intervalle de deux briques à la hauteur des seins. Alors la jeune femme murmura :
    - Frères chéris, placez vos briques devant ma bouche, car les baisers des morts font peur aux vivants, mais laissez une fente devant mes yeux, afin que je puisse voir si mon lait profite à mon enfant.
    Ils firent comme elle l’avait dit et une fente horizontale fut ménagée à la hauteur des yeux. Au crépuscule, à l’heure où sa mère avait coutume de l’allaiter, on apporta l’enfant le long de la route poussiéreuse, bordée d’arbustes bas broutés par les chèvres  et la suppliciée salua le nourrisson par des cris de joie et des bénédictions adressées aux deux frères. Des flots de lait coulèrent de ses seins durs et tièdes et quand l’enfant fait de la même substance que son cœur se fut endormi contre sa poitrine, elle chanta d’une voix qu’amortissait le mur de briques.
     Dès que son nourrisson se fut détaché de son sein, elle ordonna qu’on le ramenât au campement pour dormir, mais toute la nuit la tendre mélopée s’éleva sous les étoiles et cette berceuse chantée à distance suffisait pour l’empêcher de pleurer.
    Le lendemain elle ne chantait plus et ce fut d’une voix faible qu’elle demanda comment Vania avait passé la nuit. Le jour qui suivit, elle se tut, mais elle respirait encore, car ses seins habités par son haleine, montaient et redescendaient imperceptiblement dans leur cage.
    Quelques jours plus tard son souffle alla rejoindre sa voix, mais ses seins immobiles n’avaient rien perdu de leur douce abondance de sources et l’enfant endormi au creux de sa poitrine entendait encore son cœur... Puis ce cœur, si bien accordé à la vie espaça ses battements. Ses yeux languissants s’éteignirent comme le reflet des étoiles dans une citerne sans eau, et l’on ne vit plus à travers la fente  que deux prunelles vitreuses qui ne regardaient plus le ciel. Ces prunelles à leur tour se liquéfièrent et laissèrent place à deux orbites creuses au fond desquelles on percevait la mort, mais la jeune poitrine demeurait intacte et pendant deux ans, à l’aurore, à midi et au crépuscule, le jaillissement miraculeux continua jusqu’à ce que l’enfant sevré se détournât de lui-même du sein. Alors seulement la gorge épuisée s’effrita et il n’y eut plus sur le rebord des briques qu’une pincée de cendres blanches. Pendant des siècles les mères attendries vinrent suivre du doigt le long de la brique roussie les rigoles tracées par le lait merveilleux, puis la tour elle-même disparut et le poids des voûtes cessa de s’appesantir sur ce léger squelette de femme. Enfin les os fragiles eux-mêmes se dispersèrent et il ne reste plus ici qu’un vieil homme grillé par cette chaleur d’enfer, qui rabâche au premier venu cette histoire digne d’inspirer aux poètes autant de larmes que celle d’Andromaque.

    MARGUERITE YOURCENAR

  • W comme wagon de train

    Train de Bruxelles, un dimanche midi. J'ai mes affaires pour l'école, je travaille sans lever la tête.

    Arrêt. Une foule monte. Une dame s'installe en face de moi. Je sens qu'elle m'observe. Je la regarde. Je ne la reconnais pas tout de suite.

    C'est une cousine de mon père. Une de celles qu'on voit surtout aux enterrements...

    Le hasard n'existe pas?

    C'était le dimanche 2 novembre, le jour des morts.

  • H comme le hasard n'existe pas?

    Mon nouveau cours d'italien m'offre dès la rentrée une belle histoire de hasard.

    Une jeune fille de 15 ans fait du baby-sitting pour la première fois de sa vie. C'est sa maman qui nous raconte l'histoire. Sa fille a la garde d'un bébé de quatre mois, un petit garçon. Il dort.

    La jeune fille prend sa responsabilité très à coeur, aussi va-t-elle régulièrement jeter un coup d'oeil au bébé dans son berceau. Elle le voit les yeux grand ouverts, en déduit qu'il est réveillé et agite devant lui un de ses jouets. Aucune réaction.

    Elle le touche, il est comme mort, elle sent la panique monter en elle, secoue le bébé d'une main pendant que de l'autre elle appelle les parents sur son portable et leur crie: "Il ne respire plus!" Puis elle continue à secouer l'enfant qui peu à peu reprend vie.

    Quatre minutes plus tard les secours sont sur place mais c'est elle qui a sauvé la vie du bébé. Par la suite des examens ont démontré que ce petit garçon court un gros risque de mort subite du nourrisson. Tout s'explique.

    Après avoir écouté cette histoire racontée par la maman, nous y allons de nos commentaires. Et si... et si la jeune fille n'était pas allée voir dormir l'enfant? et si c'était arrivé une nuit pendant le sommeil des parents du bébé? et si elle n'avait pas eu le bon réflexe? et si elle était allée voir 5 minutes plus tard?

    Nous en concluons que le hasard, dans ce cas-ci, a vraiment bien fait les choses. Mais M***, une infirmière qui est une des participantes au cours, ne croit pas au hasard et déclare: "C'est qu'il devait en être ainsi!"

     

  • H comme le hasard chez Montaigne

    Le texte est un peu long, mais les anecdotes sont amusantes...

    Chapitre 34 - Le hasard va souvent de pair avec la raison 


    montaigne 
                          Le hasard est tellement sujet à variations qu’il se présente à nous sous de multiples aspects.Y a-t-il justice plus expéditive que celle-ci ?Le duc de Valentinois ayant résolu d’empoisonner Adrian, cardinal de Cornete, chez qui le pape Alexandre VI son père et lui allaient souper au Vatican, lui fit porter auparavant une bouteille de vin empoisonné, et ordonna au sommelier qu’il la garde bien soigneusement. Le pape étant arrivé avant son fils et ayant demandé à boire, le sommelier, qui pensait que ce vin ne lui avait été recommandé que pour sa qualité, en servit au pape, et le duc lui-même, arrivant au moment de la collation, et persuadé qu’on n’avait pas touché à sa bouteille, en but à son tour, de sorte que le père en mourut brutalement, et que le fils, malade, après avoir longtemps souffert, connut un autre sort, bien pire encore.
                          Il semble parfois que le hasard se joue de nous à point nommé.Ainsi le seigneur d’Estrée, alors porte-enseigne de Monsieur de Vendôme, et le seigneur de Licques, lieutenant de la compagnie du duc d’Ascot, alors qu’ils étaient tous deux les soupirants de la sœur du sieur de Foungueselles, bien que de partis opposés (comme cela arrive chez des gens voisins de la frontière), ce fut le sieur de Licques qui l’emporta. Mais le jour même des noces, et qui pis est, avant d’aller se coucher, le marié eut envie de rompre une lance en l’honneur de sa nouvelle épouse, et sortit pour prendre part à une escarmouche près de Saint-Omer. Or le sieur d’Estrée, qui s’y trouvait et y fut vainqueur, le fit prisonnier. Et pour ajouter encore à son avantage, il fallut que la demoiselle,Contrainte de s’arracher aux bras d’un jeune épouxAvant qu’un autre hiver et puis un autre encoreEussent en de longues nuits rassasié leurs feux…[Catulle, LXVIII, 81-83]lui présente elle-même la requête, en invoquant sa courtoisie, de lui rendre le prisonnier. Ce qu’il fit, la noblesse française ne refusant jamais rien aux Dames. 

                          Le hasard ne se fait-il pas parfois artiste ? Constantin, fils d’Hélène, fonda l’empire de Constantinople ; et bien des siècles plu tard, ce fut Constantin, fils d’Hélène, qui l’acheva.

                        Quelquefois il se plaît à rivaliser avec les miracles. On dit que lors du siège d’Angoulême par le roi Clovis, les murailles de la cité tombèrent d’elles-mêmes par la faveur divine. Et Bouchet emprunte à quelque auteur ce récit : le roi Robert assiégeant une ville, avait quitté le siège pour aller à Orléans et donner de la solennité à la fête de saint Aignan. Comme il était dans ses dévotions, à un certain moment de la messe, les murailles de la ville assiégée s’effondrèrent d’elles-mêmes.Dans les guerres d’Italie, ce fut tout le contraire : le capitaine Rense assiégeant pour nous la ville d’Éronne, avait fait mettre une mine sous un grand pan de mur. Mais le mur se trouvant brutalement projeté en l’air, retomba d’un bloc tout droit dans ses fondations, tant et si bien que les assiégés n’en furent pas moins protégés.                    Parfois aussi, le hasard se fait médecin. Jason de Phères, abandonné par les médecins, à cause d’une tumeur qu’il avait dans la poitrine, résolut de s’en débarrasser, même par la mort, et se jeta à corps perdu dans une bataille au beau milieu des ennemis. Il y reçut une blessure qui le transperça, et tellement au bon endroit, que sa tumeur en fut ôtée, et qu’il en guérit.                    Le hasard ne surpassa-t-il pas le peintre Protogène dans la maîtrise de son art ? Celui-ci ayant achevé l’image d’un chien las et épuisé, se trouvait satisfait de toutes les parties du tableau sauf de celle où il ne parvenait pas à représenter comme il l’aurait voulu l’écume et la bave de la bête ; fort dépité à cause de cela, il prit son éponge, et comme elle était imbibée de toutes sortes de teintes, il la jeta sur le tableau, pour tout effacer. Et voilà que par un hasard extraordinaire, l’éponge frappa le tableau exactement à l’endroit de la bouche du chien, et y porta la touche finale, ce à quoi l’art n’avait pu parvenir.                     Le hasard ne dirige-t-il pas aussi parfois nos projets pour les corriger ? Isabelle, reine d’Angleterre, devait revenir de Zélande vers son royaume avec une armée en faveur de son fils et contre son mari. Elle eût été perdue si elle était arrivée au port qu’elle avait choisi, car ses ennemis l’y attendaient. Mais le hasard l’entraîna ailleurs contre son gré, et elle toucha terre en toute sécurité. Que l’on pense aussi à cet homme de l’Antiquité qui, croyant jeter une pierre à un chien, en frappa et tua sa marâtre… N’eut-il pas raison de prononcer ce vers :Le hasard est plus sage que nous.[Ménandre, in Poètes gnomiques, édit. Crispin, 1569]                    Icetès avait suborné deux soldats pour assassiner Timoléon, qui séjournait à Adrane, en Sicile. Ils décidèrent de le faire au moment où celui-ci procéderait à quelque sacrifice. S’étant mêlés à la foule, et comme ils se faisaient signe que l’occasion était favorable à leur entreprise, voici un troisième homme qui, d’un grand coup d’épée frappe l’un d’eux à la tête, le laisse mort à terre et s’enfuit. L’autre, se croyant alors découvert et perdu, cherche refuge auprès de l’autel, supplie qu’on le protège, en promettant de dire toute la vérité. Et comme il faisait le récit de la conjuration, voici qu’on se saisit du troisième homme, et que le peuple le pousse et le malmène, comme meurtrier, à travers la cohue, pour le conduire à Timoléon et les membres les plus importants de l’assemblée.                     Arrivé là, il demande grâce, et dit qu’il n’a fait que justice en tuant l’assassin de son père. Il prouve sur le champ, grâce à des témoins qu’un heureux hasard lui fournit fort à propos, qu’en la ville des Léontins, son père avait vraiment été tué par celui dont il venait de tirer vengeance. On lui accorda dix mines attiques pour avoir par bonheur, à cause de la mort de son père, sauvé de la mort le « père de tous les siciliens ».Ce hasard-là dépasse en efficacité les dispositions de la sagesse humaine.                    Et pour finir, ne découvre-t-on pas dans ce qui suit une remarquable manifestation de sa faveur, d’une bonté et d’une bienveillance singulières ?Les Ignatius, père et fils, proscrits par les triumvirs de Rome, se résolurent à accomplir ce noble devoir : remettre leurs vies dans les mains l’un de l’autre, et en frustrer ainsi la cruauté des tyrans. Ils se précipitèrent les uns sur les autres, l’épée au point, mais le hasard dirigea leurs pointes et en fit deux coups également mortels ; mais il fit aussi que, en l’honneur d’une si belle amitié, il eussent encore tout juste la force de retirer des plaies leurs bras ensanglantés et armés pour s’étreindre en cet état, et si fortement, que les bourreaux durent couper ensemble leurs deux têtes, laissant leurs corps unis par ce noble nœud, leurs plaies jointes aspirant avec amour l’une de l’autre leur sang et leurs restes de vie.

     Michel de Montaigne, Les Essais, Livre I, traduit en français moderne par Guy de Pernon d'après le texte de l'édition de 1595 
  • H comme le hasard n'existe pas?

    Il y a 337 ans, Vatel se suicidait. Je sais bien que normalement on ne célèbre pas les 337e anniversaires et encore moins les suicides, mais cette histoire-ci a toujours frappé mon imagination. Si on relit la lettre dans laquelle Madame de Sévigné relate le triste événement (voir mon message d'avant-hier), on constate surtout qu'il s'agit d'une suite de coïncidences fatales qui viennent accabler un homme surmené et exténué de fatigue.Une suite de hasards malheureux…

    Tout d'abord, il y a plus de convives que prévu, de sorte qu'un premier problème se présente: on manque de rôti à quelques tables. Ensuite, les préparatifs des festivités coûtent le sommeil à Vatel, qui affirme ne plus avoir dormi depuis douze nuits… Douze nuits! Le jeudi soir, le feu d'artifice ne réussit pas à cause du mauvais temps, il y a trop de nuages. Encore une nuit sans dormir. Puis arrive l'aube du vendredi, jour maigre, d'où l'importance d'avoir cet arrivage de poisson. Et il y a ce malentendu fatal: "Est-ce là tout?"…

    Par deux fois, il signale son mal-être à Gourville, annonce en quelque sorte son suicide: "Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci; j'ai de l'honneur et de la réputation à perdre", mais Gourville ne le prend pas au sérieux. En outre, Vatel dispose d'une arme dans sa chambre. Lui qui est roturier a obtenu, en l'honneur de son talent, le droit de porter l'épée. Pas facile de se transpercer d'une épée qu'on a calée contre la porte: il a besoin de trois tentatives. Enfin, au moment où il baigne dans son sang, la marée "arrive de tous côtés"…Au lieu de dire que Vatel s'est suicidé parce que la marée n'arrivait pas, je pencherais pour l'explication suivante: Vatel s'est suicidé parce qu'il était tellement perfectionniste qu'il ne pouvait rien déléguer. Comme dirait mon père, les cimetières sont pleins de gens qui se croyaient irremplaçables, indispensables…
  • H comme le hasard n'existe pas?

    M. et Mme W*** habitent une jolie maison à la campagne. M. W*** s'est retiré des affaires, a quitté la grande ville et s'adonne avec passion aux joies du jardinage. Il découvre la vie rurale et la fabrication du vin de fruits.

    M. et Mme T*** louent une maison mitoyenne où ils bichonnent leurs 9 m² de potager en rêvant du jour où ils auront un vrai jardin, des poules et des canards. M. T*** aimerait faire son propre vin.

    M. W*** meurt inopinément. Mme W*** ne veut pas rester seule dans une maison isolée à la campagne, elle retourne en ville et met la maison en vente.

    Le propriétaire de M. et Mme T*** refuse de prolonger leur bail d'année en année (c'est trois ans, ou six, ou neuf) ce qui les incite à partir plus tôt que prévu à la recherche de la maison de leurs rêves.

    Mme W*** place une petite annonce de trois lignes dans un toutes-boîtes de la région.

    Mme T*** épluche les petites annonces dans le toutes-boîtes de sa région.

    Je dois continuer ou vous avez deviné la suite et fin de l'histoire?

  • H comme hasard

    Certains disent que le hasard n'existe pas...

    En décembre 1989, les Roumains se débarrassent de leur Conducator. En janvier 1990, un professeur de français et de roumain décide, avec sa classe, d'envoyer une lettre à une ville choisie au hasard, tout simplement en pointant un doigt sur un atlas ouvert à la page de l'Europe de l'Ouest.

    Cette ville sur laquelle un doigt innocent s'arrête, c'est la ville où j'enseigne.

    Le prof en question s'appelle Violeta. D'une belle écriture calligraphiée, elle écrit sur l'enveloppe:

    Aux enfants de l'école de *** en Belgique

    Et c'est tout.

     

    Dans la ville où j'enseigne, il y a une bonne vingtaine d'adresses où cette lettre pourrait être déposée: de nombreuses adresses d'écoles primaires, par exemple. Mais elle arrive dans mon casier. Dans mon école d'enseignement secondaire (uniquement général, à l'époque). Où il y a tout un bataillon de profs. Et autant de casiers.

    Mais le hasard fait bien les choses: cette lettre est arrivée dans le bon casier. Elle a pour moi quelque chose d'infiniment émouvant. Je la lis avec des tremblements dans la voix à toutes mes classes. Nous commençons une correspondance. Et je rencontre Violeta à Craiova en juillet 1990. Aujourd'hui encore, elle est mon amie.