histoire

  • H comme helkiase

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    Dans les couvents aussi l'argent était le nerf de la guerre et si des religieuses ont pu y avoir une "carrière" - chose inaccessible aux autres femmes de leur époque - c'était généralement à condition d'être "bien nées" et d'apporter une dot.

    C'est ainsi que certaines ont pu devenir femmes de pouvoir ou femmes de sciences, à une époque où une jeune fille pouvait s'estimer privilégiée si on lui permettait d'apprendre une langue, un instrument jugé "féminin" comme la harpe ou le piano et la peinture de fleurs à l'aquarelle. 

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    Sœur Marie-Rose (née Zélie Carouy) est une de ces femmes intelligentes et avisées. Vers 1898, elle crée un remède appelé helkiase dont l'efficacité antiseptique semble faire l'unanimité: le musée a conservé toute une collection de lettres de remerciements reçues de patients du monde entier. 

    La commercialisation de sa découverte lui permet de remettre à flot les caisses de l'hôpital. Ci-dessous, une des plaques publicitaires vantant le produit: 

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    C'est un produit désinfectant et cicatrisant qui sera utilisé de la fin du 19e siècle jusque vers le milieu du 20e. 

    Aujourd'hui, Belgique oblige, la buvette du musée sert une bière de ce nom, produite spécialement par la brasserie Dupont tongue-out 

  • D comme découverte

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    C'est grâce à l'ami P*, celui qui se vante d'avoir vu naître l'Adrienne, sous prétexte qu'il a vingt mois de plus,  

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    qu'elle a enfin visité ce lieu merveilleux 

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    dans la ville natale d'un certain René. tongue-out 

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    Avec son grand jardin 

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    sa ferme 

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    sa glacière 

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    l'hôpital Notre-Dame à la Rose a fonctionné en autarcie dès le 13e siècle. 

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    Certains instruments de torture peuvent effrayer les iatrophobes tongue-out 

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    mais ils ne pourront conclure qu'une chose: quel bonheur de ne pas être né aux siècles précédents (voir par exemple l'intéressante collection d'instruments pour la trépanation ou l'amputation, sans anesthésie bien sûr) 

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  • H comme histoire

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    - Plus vite, plus vite, crie Gaius, nous allons arriver trop tard!

    Là-bas, sur la plage de Neapolis, des gens sont massés et attendent ils ne savent trop quoi, dans l'anxiété.

    - Mais rame! rame! éructe Gaius dans une dernière quinte de toux qui lui sera fatale.

    Quelle idée aussi de s'aventurer sous ce nuage de poussières quand on est asthmatique...

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    Dix-sept siècles plus tard, c'est au tour de François-René d'aller faire du journalisme d'investigation scientifique en Italie. Ou appelez ça autrement, c'est comme vous voulez.

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    Il y accompagne un certain Joseph Fesch, qui, croyez-le ou non, est le tonton à Napoléon. Selon que vous soyez auteur ou victime, vous adopterez à son propos une des deux phrases suivantes: 

    "En 1793, Joseph Fesch fuit les partisans de Pascal Paoli et se réfugie en Provence. Sous la Terreur, ayant abandonné l'habit, il devient d'abord garde-magasin d'une division de l'armée des Alpes avant de se voir confier par son neveu Napoléon Bonaparte la charge, en 1795, de commis aux marchés de fournitures pour l'armée d'Italie. Durant cette campagne, il commence une collection de tableaux appelée à devenir l'une des plus riches de France voire d'Europe." 

    ou 

    "En 1793, Joseph Fesch fuit les partisans de Pascal Paoli et se réfugie en Provence. Sous la Terreur, ayant abandonné l'habit, il devient d'abord garde-magasin d'une division de l'armée des Alpes avant de se voir confier par son neveu Napoléon Bonaparte la charge, en 1795, de commis aux marchés de fournitures pour l'armée d'Italie. Durant cette campagne, il commence à voler tous les tableaux qui lui semblent avoir quelque valeur, de sorte qu'aujourd'hui la France a une des plus riches collections qui soient."

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    Ce tableau-ci, par contre, n'a pas été volé, vu qu'il était accroché dans une église française, fut-elle à Rome. Pour le voir, il suffit de glisser quelques pièces de monnaie dans le dispositif qui vous donnera un instant d'éclairage. Ou si vous n'avez pas de monnaie, d'attendre qu'un autre touriste le fasse.

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    Finalement, François-René n'est pas resté plus de six mois à Rome, le Cardinal ayant demandé son renvoi. Il y revient en 1828 comme ambassadeur de France.

    - San Stefano di Sessanio, dit-il d'un air songeur, appuyé à la monumentale cheminée de marbre gris, ça ne serait pas ce village de Calabre où cet imbécile de Paul-Louis a cru vivre ses dernières heures?

    - Je ne crois pas, Votre Excellence, c'est dans les Abruzzes, il me semble...

    - Calabre, Abruzzes, c'est chou vert et vert chou, déclare l'ambassadeur, qui n'aime pas être pris en défaut.

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    Et pour couper court à de nouvelles remarques de son secrétaire, il s'exclame:

    - Bientôt sept heures et demie! Je n'ai que juste le temps de me préparer pour la réception de ce soir!

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    ces images sont proposées à l'écriture sur le site des Plumes d'ici et d'ailleurs (première semaine)

  • R comme Roumanie

    1.les prémices 

    C’est avec stupeur, ahurissement, admiration que l’Adrienne et l’Homme ont vu un premier pan de mur s’écrouler dans la nuit. Peur aussi, appréhension : quelles seraient les conséquences ? Les soldats, qu’on voyait ici et là, ne tireraient-ils pas sur cette foule ? Ils n’avaient pas hésité, auparavant… Le régime n’enverrait-il pas ses chars, comme les fois précédentes, en d’autres lieux ? Était-ce vraiment la fin d’un monde ? 

    Tous ceux qui ont vu ces images à la télé, en novembre 1989, ont dû ressentir cette même émotion, forte, prégnante, intense. 

    L’Adrienne en tout cas a pleuré en voyant les Berlinois de l’ouest ouvrir les bras et les refermer tendrement, fermement, joyeusement, sur ceux qui avaient escaladé les premières ruines du mur qui les séparait depuis 28 ans. 

    2.Geniul Carpaților 

    Dans les semaines d’après, l’Adrienne a suivi les évènements le cœur battant. Les uns après les autres, des régimes plient, des militaires baissent les armes, des dirigeants acceptent des réformes ainsi que l’organisation d’élections plus libres. Tous se rendent compte du sens de l’histoire, apparemment. Tous, sauf un : le Génie des Carpates, qui croit devoir durcir encore ses positions et les conditions de vie de son peuple, déjà si fortement éprouvé par ses diverses politiques, toutes aussi désastreuses… La précarité, les pénuries alimentaires ou autres s’en trouvent encore aggravées.

    Le 21 décembre, l’Adrienne est de nouveau devant sa télé, le cœur battant, et voit la foule scander « Timișoara » et « libertate » devant un Ceaușescu plutôt ahuri. Il avait précisément ordonné ce rassemblement populaire dans le but de montrer à tous le soutien du peuple roumain à son régime. La transmission est coupée. La révolution – ou était-ce un coup d’État déguisé ? dans la Roumanie d’alors, les rumeurs les plus folles sont colportées, et celle-là est peut-être la moins folle de toutes – la révolution est en marche. 

    Malheureusement, elle fera plus d’un millier de morts. 

    *** 

    La photo de Leiloona a donné lieu, le 9 janvier, à un texte-souvenir sur la Roumanie et depuis ce jour-là, quand j'écris, c'est sur ce sujet. 

    Il y aura donc quelques billets rappelant la découverte de ce pays et de quelques-uns de ses habitants. 

  • U comme un, deux, trois gagnants

    Voilà plus de dix ans que notre radio classique flamande, Klara, s'adonne chaque année au petit jeu du "top 100" des oeuvres musicales "classiques" préférées de son auditoire, qui est prié de voter. 

    Pendant de nombreuses années, Bach a été le numero uno absolu et indétrônable, soutenu par des chorales et chefs de chœur qui incitaient leurs membres à voter en masse pour leur idole. 

    Il semblerait que depuis l'année dernière, leurs efforts soient vains - ou ralentis: en 2016 comme en 2015, c'est le Stabat Mater (1) de Pergolesi qui sort gagnant. Le voici dans une version que j'ai choisie pour trois raisons: c'est une femme qui est chef, l'alto est remplacée par un contre-ténor et enfin, c'est enregistré dans le fief de Berthoise, qui sait si elle n'est pas dans le public kiss...

    En numéro deux, ceci (no comment)

    Et en numéro trois, un chouchou du public international pour des raisons que j'ignore, Carl Orff et ses Carmina Burana. Son passé en général et cette musique-là en particulier, ont pour moi des relents trop troubles pour que je veuille l'écouter. 

    *** 

    Moi chaque année je vote pour l'ami Mozart 

    cool 

    Quatre de ses oeuvres sont au palmarès, le Lacrimosa de son Requiem, l'adagio du concerto pour clarinette, le grand air de la Reine de la nuit et l'air de Cherubino, Voi che sapete... 

     

    avec une toute jeune et excellentissime Frederica von Stade...  
    l'air commence après environ une minute 

    *** 

    (1) et non pas, comme le croit un commentateur américain, sans doute plus amateur de l'arme blanche que du latin, le "stabbed matter" tongue-out

  • B comme buenas tardes!

    Le car qui devait amener la joyeuse équipe d'érudits du "Siglo de Oro español" avait du retard. A deux heures, un coup de fil en avertit le jeune doctorant en costume-cravate qui sortait justement de chez son coiffeur. 

    - Ils sont en route, annonce-t-il à son collègue, et ils vont encore passer à leur hôtel pour y déposer les bagages avant de venir ici. 

    Deux rangs plus haut, l'Adrienne pouffe de rire. On sera donc à l'heure espagnole, se dit-elle. 

    Quand les conférenciers arrivent et entrent à la queue-leu-leu dans l'amphi, on entend quelques: 

    - Buenas tardes!

    Puis le premier se retourne brusquement vers les autres et annonce: 

    - Vamos a tomar un café! 

    Alors l'Adrienne s'est levée et s'est jointe à la queue pour aller prendre un café, elle aussi: on serait décidément à l'heure espagnole cool

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    à chaque porte d'amphi, une affichette rappelle qu'il est interdit d'y boire ou d'y manger 

     

  • Adrienne s'amuse

    L'Adrienne s'est bien amusée, le week-end dernier, sur les bancs de l'université. A observer les profs, les doctorants, les étudiants. Surtout les étudiants, à dire vrai, au comportement infiniment intéressant. 

    Ils étaient une quinzaine à être assis tous ensemble sur un rang, juste devant elle. A tapoter plus ou moins discrètement leur Smartphone. Parfois si complètement pris par fb qu'ils en oubliaient toute prudence. 

    Pourtant, les intervenants, au cours de ces deux jours, étaient des gens passionnants. Chacun spécialiste de sa matière, à laquelle il consacre tout son temps, son énergie, son amour de l'histoire. D'un petit pan d'histoire.

    Chacun apportant sa petite pierre à une immense et fascinante mosaïque. 

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    L'affiche de l'événement 

    source 

    Les étudiants de 2e année d'histoire, tous aussi motivés que mon jeune homme d'hier, apparemment, ne sont restés qu'une après-midi. Le samedi, ils ont pu tapoter tranquillement leur smartphone chez eux.
    Ce serait trop bête de rater un truc intéressant 

    tongue-out

  • Première fois

    Première fois depuis très longtemps que l'Adrienne est retournée sur les bancs de son université préférée. Celle où elle a passé quatre merveilleuses et bien trop courtes années. 

    La première série de conférences est annoncée pour quatorze heures et l'Adrienne est déjà installée dans l'amphi. Largement avant tout le monde, comme d'habitude tongue-out

    A 14.01 h. entre un étudiant, jeune homme à trois poils de barbe et bonnet de laine, l'air égaré: 

    - C'est ici, la conférence? 

    - Quelle conférence? demande un tout frais doctorant à la coiffure et au costume-cravate impeccables. 

    - Je ne sais pas... c'est notre prof qui nous oblige de venir... 

    Eclat de rire, oh oui grand éclat de rire de l'Adrienne, devant cette merveilleuse preuve de motivation. 

    Regard courroucé du gamin qui marmonne: 

    - Ben au moins, je suis venu! 

    histoire,ça se passe comme ça,prof

    photo prise le 25 novembre 2016 

  • X c'est l'inconnu

    Tu vois cette photo, mon fils? Tu vois ces murs si hauts et cette rue étroite, comme pour empêcher le soleil de l'atteindre? 

    Ta grand-mère, le soleil, elle l'aimait. Elle ouvrait ses volets, elle ouvrait ses fenêtres. Les bruits de la rue aussi, elle les aimait. 

    Et puis tu vois, il est écrit "Epicerie". Ça, c'est nous, notre famille, c'est notre nom: El Attar. 

    Quand ton aïeul a dû se choisir un nom pour l'état-civil, il a choisi celui qui désignait son métier, le vendeur d'épices.  

    Toi, l'épicerie de la photo, tu ne l'as jamais connue, bien sûr. Il y a longtemps que ton grand-père a fermé sa boutique. 

    Mais c'est là, dans cette rue-là, que dans les années soixante il a été "l'Arabe du coin", celui qui est ouvert le dimanche. 

    Tu comprends maintenant pourquoi je tiens tellement à cette "vilaine photo", comme tu dis? 

    C'est notre histoire, mon fils. 

    C'est ton histoire.

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    source et consigne chez Lakévio

  • C comme cheminées

    Dans ma petite ville au passé textile, comme dans les grandes villes du nord de la France, les hautes cheminées d'usines étaient omniprésentes

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    Je dis 'étaient' parce que nombreuses sont celles qui, faute d'entretien, se sont écroulées, ou ont été abattues pour laisser la place à d'autres projets urbanistiques. 

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    Je ne sais pas s'il faut attendre une reconnaissance de l'Unesco pour sauvegarder celles qui restent, parfois amputées de la moitié de leur hauteur et juste restées là "pour faire couleur locale" quand une usine est transformée en lofts. 

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    En tout cas, celles que je vois dans ma ville, je ne peux m'empêcher de les trouver belles et émouvantes, parce qu'elles symbolisent tout le passé industrieux des hommes et des femmes de ma famille depuis la moitié du 19e siècle jusqu'au milieu du 20e. 

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    Filature, bobinage, teinturerie, ourdissage, tissage, toutes les usines avaient leur chaufferie pour produire la vapeur, l'énergie nécessaire au fonctionnement des machines. 

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    Et tout autour grouillent les maisons ouvrières, souvent encore aujourd'hui les quartiers les plus défavorisés, où il n'y avait qu'une pièce à vivre, deux chambres à l'étage, une cour avec la pompe et les toilettes.

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    ce qui explique la présence, à l'arrière de ces maisons, de constructions basses rajoutées pour agrandir une cuisine et avoir une salle de bains. 

  • J comme Joseph

    Quelle famille européenne n'avait pas, au début du 20e siècle, un oncle d'Amérique? On peut se le demander, vu que le nombre de migrants partis du seul port d'Anvers s'élève à deux millions. (1)

    Dans la famille de grand-mère Adrienne, l'oncle d'Amérique s'appelait Joseph. 

    L'oncle d'Amérique, celui qui rime avec mythique: grand-mère Adrienne se souvenait de cette fois où il était revenu en Belgique et où, petite fille, elle avait reçu de lui une pièce d'or. 

    Dernièrement, en reclassant quelques vieilles photos, j'ai eu l'idée d'aller voir sur le site internet d'Ellis Island s'il était possible de l'y retrouver. 

    Il n'y est mentionné que pour son dernier voyage, sa dernière arrivée sur le sol américain, le 28 septembre 1923, venu d'Anvers avec le paquebot Belgenland. (2) 

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    source http://professionals.redstarline.org/ 

    En 1923, il a déjà 40 ans et la nationalité américaine. Son lieu de résidence est Pawtucket, Rhode Island. Tout ça est bien répertorié sur le site. On y apprend également qu'il est célibataire et qu'il voyage avec un ami natif de notre même bonne petite ville, Rémy, marié, 37 ans, domicilié à Pawtucket et citoyen américain lui aussi. 

    A sa famille restée en Belgique, l'oncle Joseph envoie de temps en temps une photo. Grand-mère Adrienne en avait conservé quelques-unes, dont une où il est assis dans un side-car, portant chemise et cravate, accoudé nonchalamment, la casquette en arrière et le cigare entre les doigts. L'homme en costume cravate chevauchant la moto est peut-être son ami Rémy. 

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    source http://maritimematters.com/2013/10/red-star-line-museum-opens-in-antwerp/ 

    Mais ce que j'aurais aimé savoir, c'est à quel âge il est parti, comment s'est déroulé ce voyage-là, comment il s'est débrouillé dans les premiers temps... 

    Et aussi pourquoi il est revenu juste avant la guerre de 40, ce qui l'a obligé à se présenter à la Kommandantur une fois par semaine, à cause de sa nationalité américaine. 

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    petit émigrant de 1929 - source http://www.allaboutshipping.co.uk/

    Le musée de la Red Star Line à Anvers et des témoignages ici, comme l'histoire de la famille Hutlet 

    *** 

    (1) dans ma belle-famille ostendaise, ils cumulaient: ils avaient des émigrés aux Etats-Unis et en Australie (où ils avaient été obligés de traduire leur nom flamand en anglais, c'est ainsi qu'ils sont devenus la famille Richman) tongue-out 

    (2) traduction littérale: pays des Belges; capacité de 2600 passagers (500 en première classe, 600 en seconde et 1500 en troisième)

  • I comme incipit

    "L'aventure que je vais vous raconter par le menu ne ressemble pas mal au rêve d'un homme éveillé. J'en suis encore ébloui et étourdi tout ensemble, et la légère trépidation du wagon-lit vibrera très probablement jusqu'à demain matin dans ma colonne vertébrale. Il y a exactement treize jours que je quittais les bords de l'Oise pour aller prendre le train rapide de l'Orient à la gare de Strasbourg; et dans ces treize jours, c'est-à-dire en moins de temps qu'il n'en fallait à Mme de Sévigné pour aller de Paris à Grignan, je suis allé à Constantinople, je m'y suis promené, instruit et diverti, et j'en suis revenu sans fatigue, prêt à repartir demain si l'on veut, par la même voiture, pour Madrid ou Saint-Pétersbourg. Et notez que nous avons fait une halte de vingt-quatre heures dans cette France orientale qui s'appelle la Roumanie, assisté à l'inauguration d'un palais d'été dans les Carpathes, pris le thé avec un roi et une reine et banqueté somptueusement chez le Pignon de Bucarest. On dit avec raison que notre temps est fertile en miracles; je n'ai rien vu de plus étonnant que cette odyssée dont la poussière estompe encore mon chapeau."

    Edmond About, De Pontoise à Stamboul, éd. Hachette, 1884 

    Quel bonheur de lecture que cette plongée dans l'Europe de la fin du 19e siècle et ce voyage de rêve - voyage dont je rêve - prendre l'Orient-Express pour faire le trajet jusqu'à Istanbul... 

    Dans ces quelques lignes de l'incipit, il y a déjà (presque) tous les éléments du récit: l'émerveillement devant la rapidité et le confort du voyage, la découverte d'Istanbul et une foule de choses aussi sur les contrées traversées, à la fois si différentes et si pareilles à aujourd'hui. 

    Le voyage inaugural de l'Orient-Express a lieu en octobre 1883: la Turquie est encore l'empire ottoman, en Roumanie règne le roi Carol Ier, qui fête l'inauguration de son château de Sinaïa lors du passage du train dans la région, la Hongrie fait partie de l'empire austro-hongrois, la Bulgarie se libère difficilement de cinq siècles d'emprise turque...

    Edmond About semble bien informé sur tout ce qu'il nous relate et il ne manque pas d'humour. 

    Bref, je crois bien que j'en reparlerai cool 

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    source et info ici 

    La Compagnie des Wagons-Lits est fondée par le Belge Georges Nagelmackers (né à Liège en 1845) qui en a eu l'idée et a tout mis en oeuvre pour la réaliser.

  • H comme Histoire et hüzün

    "Dans un Istanbul écartelé entre culture traditionnelle et culture occidentale, entre une petite poignée de personnes extrêmement riches et des quartiers périphériques où vivent des millions de pauvres, dans une ville perpétuellement exposée aux vagues migratoires et structurellement divisée, personne, en cent cinquante ans, n'a vraiment pu se sentir pleinement chez lui." 

    Orhan Pamuk, Istanbul, Folio 4798, 2007, p.170 
    traduit par S. Demirel, V. Gay-Aksoy et JF Pérouse 

    Pamuk parle de la période pendant laquelle le pays est passé de la culture ottomane à la république mais il me semble que celui qui a dit "l'histoire se répète" en trouve ici un nouvel exemple. (1) 

    "Dans mon enfance et ma jeunesse (2), les riches Stambouliotes ayant gagné de l'argent grâce à leur créativité ou leurs trouvailles commerciales, et continuant à s'enrichir selon la même logique, donnaient moins l'impression d'avoir confiance en eux que de chercher à cacher(...), à protéger cette fortune qu'ils avaient acquise d'un seul coup par le passé, grâce à une opportunité bien exploitée et à leurs relations avec l'Etat et la bureaucratie entretenues à coups de pots-de-vin."

    idem, p.287

    histoire,littérature

    source de l'image et info
    http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio/Istanbul2

    (1) il y en a une qui est attestée de Paul Morand et une autre de Marx. 

    (2) Pamuk est né en 1952

  • H comme horizons wallons

    L'Adrienne a emmené sa mère et monsieur neveu à la découverte du parc et du château de Beloeil, domaine des princes de Ligne.

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    dans le bâtiment à droite, un resto-tea room-snack

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    et sa fenêtre des toilettes avec vue tongue-out 

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    et voilà deux personnes que vous allez commencer à bien connaître cool 

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    des horizons formés de beaucoup d'arbres et de plans d'eau, on ne s'en lasse pas...

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    bref, l'Adrienne y a pris une cinquantaine de photos...

    wink

     

     

  • Question existentielle

    "Cette vieille question: 'Qui sommes-nous?', trouve une réponse décevante dans le monde où nous devons vivre. Nous ne sommes, en effet, que les sujets de ce monde prétendument civilisé, où l'intelligence, la bassesse, l'héroïsme, la bêtise, s'accommodant fort bien les uns des autres, sont à tour de rôle d'actualité. Nous sommes les sujets de ce monde incohérent et absurde, où l'on fabrique des armes pour empêcher la guerre, où la science s'applique à détruire, à construire, à tuer, à prolonger la vie des moribonds, où l'activité la plus folle agit à contresens; nous vivons dans un monde où l'on se marie pour de l'argent, où l'on bâtit des palaces qui pourrissent abandonnés devant la mer. Ce monde tient encore debout tant bien que mal, mais on voit déjà briller dans la nuit les signes de sa ruine prochaine.

    Il paraîtra naïf et inutile de redire ces évidences pour ceux qu'elles ne gênent pas et qui profitent tranquillement de cet état de choses. Ceux-là qui vivent de ce désordre aspirent à le consolider et les seuls moyens qui lui soient compatibles étant de nouveaux désordres, ils concourent, en replâtrant le vieil édifice à leur manière dite "réaliste", à précipiter sans le savoir sa chute prochaine."

    ***

    Je lis ce texte et je me demande en quelle année il a été écrit. Je vérifie. En 1938. Bien, on comprend: ça se vérifie, pour l'époque.

    Et pour la nôtre? Pour la nôtre aussi, il me semble.

    Vous voulez savoir qui en est l'auteur? Ou vous préférez deviner?

    tongue-out 

    Je vous mets sur la piste: c'est le début d'une conférence donnée à Anvers le 20 novembre 1938.

    Par René Magritte.

    Oui, oui, celui-là même dont tout le monde connaît la pipe.

    Je vous rajoute un petit paragraphe?

    ***

    "Cependant, il nous faut nous défendre de cette médiocre réalité façonnée par des siècles d'idolâtrie pour l'argent, les races, les patries, les dieux et j'ajouterai d'idolâtrie pour l'art."

    Conférence reprise dans "Les mots et les images", éd. Espace Nord, 2012, p.39.

    histoire,art,actualité,lire,lecture,lecteur

    un Guernica signé par les enfants de l'école primaire
    ne risque pas l'idolâtrie
    tongue-out

  • G comme génome

    C'est le gros titre d'un article du Daily Mail de lundi dernier:

    "The founding fathers of Europe: DNA reveals all Europeans are related to a group that lived around Belgium 35 000 years ago."

    On croirait à un "poisson d'avril belge" mais voici le résumé de l'article de Nature, tout ce qu'il y a de plus sérieux:

    L'humain moderne est arrivé en Europe il y a environ 45000 ans mais on sait peu de choses sur lui, génétiquement, avant qu'il devienne cultivateur, il y a 8500 ans. Ici nous analysons le génome de 51 Eurasiens d'il y a entre 45000 et 7000 ans. 

    Tous les individus d'il y a 37000 à 14000 ans sont issus d'une même population du nord-ouest de l'Europe qui est à l'origine des Européens d'aujourd'hui.

    Etc.

    Et plus loin (p.4) on peut lire que ce nord-ouest de l'Europe, c'est nous: "Among the newly reported individuals, GoyetQ116-1 from present-day Belgium is the oldest at ~35,000 years ago. This individual is  similar to the ~37,000-year-old Kostenki14 and all later individuals in that it shares more alleles with present-day Europeans (for example, French) than with east Asians (for example, Han)." 

    Je suis perplexe...

    Voilà qui m'apporte plus de questions que de réponses.

    histoire,belge,belgique,actualite

    merci à Rafaël pour ce dessin

  • N comme nonante-neuf

    Depuis que l'Adrienne a déménagé en ville, elle ne va plus à la piscine. Ne cherchez pas le rapport, il n'y en a pas.

    Elle ne va plus non plus courir dans les bois. Là, le rapport est évident.

    Son seul sport consiste à tout faire à pied et à porter ses sacs de courses. Ce n'est déjà pas mal.

    Son activité sportive principale a lieu entre les murs de l'école: entre cinq et six fois par jour, elle monte un tas d'escaliers jusqu'au dernier étage, là où est sa classe. C'est sûr que ça maintient en forme et qu'elle a souvent plus de souffle, en arrivant en haut, que la plupart des élèves moins bien entraînés.

    Et quand ce sont les vacances?

    Il faut trouver d'autres escaliers pour ne pas perdre la main (ou le pied? ou le souffle?)

    2016-02-13 (6) - kopie.JPG

    à Ostende, le musée de la ville

    2016-02-13 (7) - kopie.JPG

    est la maison où est décédée notre première reine des Belges

    2016-02-13 (8) - kopie.JPG

    Louise-Marie à la santé si fragile qu'il lui fallait le bon air de la mer

    2016-02-13 (9) - kopie.JPG

    et qu'on hissait dans une nacelle tout en haut du belvédère pour qu'elle puisse mieux le respirer

    ***

    monter les marches, voilà pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 7 - sport

    ***

    pour ceux que l'histoire intéresse:

    hibou,photo,ostende,prof,école,élève

    La maison (1) achetée par Théodore van Moorsel en 1789 a été quartier général de Napoléon, revendue en 1815 à Eduard Serruys qui l'a louée dès 1835 comme résidence d'été au roi Léopold Ier et à la reine Louise-Marie. On peut y voir la chambre où celle-ci est décédée en 1850 (2). En 1867, Léopold II a acheté la maison où il venait souvent en hiver. Elle est propriété de l'Etat depuis 1908 et a eu diverses fonctions. Elle est devenue musée en 2000.

    ***

    (1) appelée pompeusement "oud koninklijk paleis" sur cette plaque, "ancien palais royal", alors qu'elle n'a rien d'un palais, c'est une grande maison bourgeoise

    (2) Son royal époux lui a survécu encore 15 ans, malgré leur énorme différence d'âge. Il avait 22 ans de plus qu'elle...

     

  • H comme hédonisme

    "L'hédonisme, c'est le pur plaisir d'exister". 

    Voilà. 

    Fan de Michel Onfray, depuis de nombreuses années.

    pour ceux qui auraient 50 minutes de disponibilité 

    wink 

    (on peut aussi aller vers la 37e minute pour entendre la définition ci-dessus)

  • P comme perles

    Si je vous dis 'session d'examens' vous pensez 'saison des perles' et vous n'avez pas tort. Il y en avait effectivement quelques-unes. 

    Malheureusement, je n'ai pas trouvé le temps de les collecter. 

    Et de toute façon, les perles de mes élèves auraient pâli en comparaison de celles récoltées par ma collègue d'histoire.

    Qui, après des semaines passées sur le Consulat et l'Empire, reçoit cette question à la veille de l'examen:

    - Napoléon, qui c'est?

    Non, franchement, aussi fort que ça, je n'ai pas.

    http://www.bartvanloo.info/boeken-napoleon.html

    histoire,prof,école,élèves

     

  • Première fois

    S'il n'y a pas de grèves

    pas d'accidents

    pas de défaillances techniques de quelque ordre que ce soit

    l'Adrienne cet avant-midi est en route pour Turin

    pour sa toute première découverte de la capitale du Piémont et du slow-food.

    Les cinq jours qu'elle y passera seront trop courts pour en voir toutes les beautés et y déguster toutes les spécialités

    mais ce sera une raison d'y retourner.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Turin

    Un ticket est déjà pris pour mercredi:

     museo egizio.jpg

    « Museo Egizio di Torino-631 o » par Tim Adams — worldisround.com. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Museo_Egizio_di_Torino-631_o.jpg#/media/File:Museo_Egizio_di_Torino-631_o.jpg

     

  • X, la belle inconnue

    Brussel 25 okt (8) - kopie.JPG

    Les photos étaient permises

    alors je n'ai pas pu résister

    et j'en ai pris tant et tant

    sans rien pouvoir noter -

    il fallait laisser les sacs au vestiaire - 

    que celle-ci restera

    une belle inconnue.

    Une très belle inconnue.

    ***

    Toutes les infos ici:

    http://www.kmkg-mrah.be/fr/expositions/sarcophagi

    "Masque de momie, Nouvel Empire, fin de la 18e dynastie"

    dit-on sur le site

    dont les concepteurs ont apparemment flashé

    sur la même jolie dame

    qui restera à jamais

    une belle inconnue

    Langue tirée

  • O comme oorlog

    van-onze-jongens.jpg

    http://pieterserrien.be/boeken/van-onze-jongens-geen-nieuws/

    Le hasard des lectures sur le web permet parfois de découvrir un pan d'histoire inconnue. Ainsi pour moi, la présentation de ce livre m'apprend des faits dont je n'avais jamais entendu parler. Des faits qu'apparemment chacun s'est empressé d'oublier, sans doute les intéressés en premier.

    De quoi s'agit-il?

    Après la guerre de 14-18, que la petite armée belge avait dû continuer à mener, retranchée derrière l'Yser, sans avoir accès à de nouvelles recrues vu l'occupation du reste du territoire, il avait été décidé que les communes listeraient les jeunes hommes afin de pouvoir constituer "une réserve" en cas de futur conflit.

    Chaque année, cette liste était complétée des jeunes garçons qui atteindraient leurs 17 ans. De sorte qu'au début de la guerre de 40, environ 300 000 jeunes Belges ont été priés de se rendre, de quelque manière que ce soit, vers des centres de recrutement en France, les CRAB. (1)

    Dat kan te voet, met de fiets of met de trein. Veelal gaat het over onervaren tieners, nauwelijks gekleed voor deze exodus, met een beperkte mondvoorraad. Sommigen zijn best bereid te geloven in het grote avontuur, maar de meesten terecht bang voor het onbekende, voor het "tourisme de l'imprévu": vervoer in beestenwagons, bombardementen door de Duitsers... De helft geraakt niet verder dan Noord-Frankrijk. Enkele honderden sneuvelen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    La plupart ont entre 16 et 20 ans. Ils se mettent en route à pied, à vélo, en train. Il s'agit le plus souvent d'adolescents sans la moindre expérience de vie et qui n'ont encore jamais quitté leur heimat. Ils ne sont pas équipés pour ce genre d'expédition, ont à peine des provisions de bouche. Sur la route de l'exode, ils subissent des bombardements. La moitié d'entre eux n'arrive pas plus loin que le nord de la France: elle y est rattrapée par l'ennemi. Quelques centaines y trouvent la mort.

    Er is eten te kort, van hygiëne is geen sprake, overal is er ongedierte en de contacten met de bevolking zijn vaak hatelijk en toch ontdek je af en toe tussen alle ellende door deugddoende ontmoetingen met de Fransen én hun “savoir vivre”. De verschillen tussen de opvangcentra zijn gigantisch. En daar waar de militairen het al te vaak laten afweten blijken de scouts over de vaardigheden te beschikken om structuur en orde te brengen. De leuze “eens scout, altijd scout” blijft ook hier overeind. Na de Belgische (28 mei) en de Franse capitulatie (22 juni) is het verhaal afgelopen. Op 30 juli 1940 begint, na een harde leerschool, de repatriëring van duizenden jongvolwassenen.

    http://cobra.canvas.be/cm/cobra/boek/1.2346111

    Les autres sont transportés plus au sud en wagons à bestiaux. Ce qui les attend en France, ce n'est pas la vie en rose: manque de nourriture, absence totale d'hygiène, de la vermine partout. Les contacts avec les Français peuvent difficilement être qualifiés de chaleureux. En trois semaines, ces jeunes ont largement fait le plein d'expériences de toute nature...

    Après la capitulation de la Belgique et de la France, plus rien ne les retient de rentrer au pays. La plupart ont retrouvé leur foyer dans le courant de l'été. Parmi eux, quelques BV (2) comme notre ancien premier ministre Leo Tindemans, le dessinateur de BD Marc Sleen (3) ou l'écrivain Ivo Michiels.

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, un article intéressant ici: http://www.vhl-alumni.be/?p=3269. On y explique entre autres choses que les auteurs se sont basés sur des enquêtes menées dans les années 80, des archives belges et françaises et des témoignages de derniers survivants, aujourd'hui âgés de 90 ans ou plus. Certains sont de ma ville, où quelques centaines de jeunes ont également été concernés par cet exode forcé.

    Sur un des sites de vente du livre, un anonyme lance cet appel, après avoir salué le fait que cette histoire vieille de 70 ans soit enfin exhumée:

    Dit boek komt 70jaar te laat, doch eindelijk wordt dit zoveelste Drama eens besproken. Ikzelf heb vermiste familie in Frankrijk, ik zoek reeds 10 jaar in la Brie of Conflans naar dhr Hanskens René ? waar is de broer van mijn moeder ? Kan iemand mij helpen  ?? Wat moet ik doen ?

    Quelqu'un peut-il m'aider? demande-t-il. Où est le frère de ma mère? 

    ***

    (1) Centre de Recrutement de l'Armée Belge

    (2) BV = bekende Vlaming, c'est-à-dire Flamand célèbre... en Flandre.

    (3) l'auteur de Nero est allé à vélo jusqu'à Limoges.
    (http://www.marc-sleen.be/fr/qui-est-marc-sleen/vie-et-oeuvre

    histoire,belgique,belge,flandre,flamand

    sur le mur derrière eux, ils ont écrit:
    "Wij willen terug naar België"
    Nous voulons rentrer en Belgique.

    http://www.vhl-alumni.be/?p=3269

     

  • Premières impressions

    - Et tu comprends le polonais? je lui demande, avec les yeux qui brillent à l'avance, persuadée que la réponse sera positive.

    Elle a un mouvement fier pour redresser le buste et le menton:

    - Ma famille est ici depuis Waterloo!

    - Formidable! dis-je, la tête pleine de la biographie de Talleyrand, dans laquelle je suis précisément arrivée avec Napoléon à l'île d'Elbe (quel suspense intolérable, les biographies Langue tirée) pendant que Talleyrand discute du sort de la Pologne au congrès de Vienne. 

    Nouvelle collègue préfère apparemment ne pas connaître le polonais de ses ancêtres et passer pour une Flamande de longue date, "bien intégrée", donc.

    - J'ai déjà eu des élèves d'origine polonaise, lui dis-je, et leur connaissance du polonais leur permettait de comprendre aussi le russe, le bulgare, le tchèque... c'est formidable, non? Pouvoir lire Tolstoi dans le texte?

    Elle ne semble pas convaincue et poursuit:

    - Nous sommes des Polonais restés ici en 1815. On a retrouvé les papiers de l'époque, des parchemins...

    - Formidable!

    Avec nouvelle collègue, j'ai décidé de tout trouver formidable.

    - Heureusement, dit-elle, notre nom s'éteint. Les derniers W***K sont tous des filles.

    ***

    voilà, chers lecteurs,

    je vous laisse ici

    avec de la belle matière à réflexion

    Cool

     prof,école,langue,flandre

    samedi et dimanche, on a encore bien fêté la musique,

    et dans toutes les langues...

    des mornes plaines, ça n'existe pas, en Belgique

    Cool

  • T comme Talleyrand

    Je lis la biographie de Talleyrand par David Lawday (1). Une de ces mystérieuses nouvelles acquisitions de ma bibliothèque communale Cool

    Je ne connaissais de lui que les quelques clichés qu'on trouve en 4e de couverture du volume (2). Mais très vite le livre fait découvrir un personnage beaucoup plus complexe et plus intéressant.

    Le personnage rêvé pour un biographe, au parcours à peine croyable, dit l'article du Telegraph (3), qui trouve l'auteur subjectif parce qu'on ressent sa sympathie admirative pour son sujet. Mais qui déplore surtout de nombreuses erreurs, des simplismes, et une présentation complètement fausse de sa relation à Napoléon. D'où le titre de l'article: Talleyrand mérite mieux que ça!

    C'est bien possible, je ne suis pas capable d'en juger. L'auteur de la biographie semble, à grand renfort de notes et de citations d'ouvrages consultés, bien au courant de son sujet. C'est peut-être trompeur.

    Cependant, il reste les extraits des écrits de Talleyrand, cités ça et là, dont on peut supposer qu'ils sont parfaitement corrects. Je vous en livre un, qui montre un pacifisme toujours d'actualité et argumenté comme suit:

    On a appris enfin que la véritable primatie, la seule utile et raisonnable, la seule qui convienne à des hommes libres et éclairés, est d’être maître chez soi, et de n’avoir jamais la ridicule prétention de l’être chez les autres. On a appris, et un peu tard sans doute, que pour les Etats comme pour les individus, la richesse réelle consiste non à acquérir ou à envahir les domaines d’autrui, mais à bien faire valoir les siens; on a appris que tous les agrandissements de territoire, toutes ces usurpations de la force et de l’adresse auxquelles de longs et illustres préjugés avaient attaché l’idée de rang, de primatie, de consistance politique, de supériorité dans l’ordre des puissances, ne sont que des jeux cruels de la déraison politique, que des faux calculs de pouvoir, dont l’effet réel est d’augmenter les frais et l’embarras de l’administration, et de diminuer le bonheur et la sécurité des gouvernés pour l’intérêt passager ou la vanité de ceux qui gouvernent.

    David Lawday, Talleyrand, Albin Michel, 2015, p.101

    C'est un extrait du mémoire adressé au Comité de salut public - mené par Danton -  que Talleyrand écrit au moment même où les armées "révolutionnaires" envahissent le territoire belge, qui faisait alors partie des Pays-Bas.

    Mais pour découvrir ces écrits-là, il suffit d'aller sur le site consacré à Talleyrand, où on trouve le mémoire entier http://www.le-prince-de-talleyrand.fr/memoireconvention.html ... ainsi qu'une biographie et de nombreux autres documents.

     talleyrand.jpg

    (1) dans une traduction de Valérie Malfoy parue chez Albin Michel en 2015.

    (2) photo du site de l'éditeur où on peut lire la 4e de couverture
    http://www.albin-michel.fr/Talleyrand-EAN=9782226316578

    (3) The Telegraph, un article peu élogieux dans la presse britannique
    http://www.telegraph.co.uk/culture/books/3656372/Talleyrand-deserves-better.html

     L'article du Independent ne contient aucune critique, c'est plutôt un résumé du livre: 
    http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/books/reviews/talleyrand-napoleons-master-by-david-lawday-424034.html

  • P comme passant punique

    Je quitte l'école en marchant d'un pas que je crois être toujours aussi ferme qu'autrefois. Je me trompe: il arrive désormais qu'un autre piéton me rattrape.

    Comme celui-ci, dont je sens le pas derrière moi, qui vient finalement à ma hauteur et décide d'entamer une causette:

    - Bonjour! quel temps, n'est-ce pas?

    Quelques gentils nuages voilent le soleil et le vent fait voleter les jupons.

    - J'aime bien ce temps-là, lui dis-je. Je n'aime pas les fortes chaleurs.

    - Ah! moi si! 

    Puis il ajoute:

    - Je suis Tunisien. Il fait toujours beau en Tunisie. Vous y êtes déjà allée?

    - Ce serait trop chaud pour moi, je crains...

    - Il faudrait y aller, insiste-t-il, c'est magnifique, la mer, la plage, le soleil!

    Il dit encore:

    - Je travaille là-bas, dans le secteur touristique.

    Alors, comme j'ai affaire à un connaisseur, je lui réponds:

    - Moi, si j'allais en Tunisie, ce ne serait pas pour la plage et le soleil, mais pour aller voir les sites antiques.

    Il me regarde comme si j'étais tout à coup passée au chinois ou au lingala.

    - Les sitantiques?

    - Ben oui, des vestiges de l'Antiquité. Il y en a beaucoup en Tunisie, non?

    - ...

    - J'irais visiter la ville de Carthage, par exemple.

    Il est désolé, mais il ne voit pas du tout de quoi je parle.

     Carthage.jpg

    « Ruines de Carthage » par Free On Line Photos. Sous licence No restrictions via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ruines_de_Carthage.jpg#/media/File:Ruines_de_Carthage.jpg

    Les noms des rois de Carthage se mettent à défiler dans ma mémoire et rentrée chez moi, je ne cesse de me demander si on n'enseigne pas ce riche passé aux petits Tunisiens d'aujourd'hui ou si je suis juste tombée sur la "mauvaise tête" de la classe Langue tirée 

  • 7 fois

    A 06.45 h., on coche la liste des participants, on compte et on recompte, à deux et dans les deux sens, de l'avant du bus vers l'arrière et de l'arrière vers l'avant.

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     A 09.00 h. on s'arrête pour une pause-pipi. Surtout parce que c'est obligatoire pour le chauffeur, même si on en a un deuxième. Puis on compte et on recompte, à deux et dans les deux sens, de l'avant du bus vers l'arrière et de l'arrière vers l'avant.

     prof,école,élève,histoire,archéologie

     A 11.00 h. on est à destination. On compte et on forme les groupes pour la visite du musée.

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     A 13.00 h., on compte et on reforme des groupes pour la visite du parc archéologique.

     prof,école,élève,histoire,archéologie

     A 16.30 h. on remonte dans le bus. On compte et on recompte, à deux et dans les deux sens, de l'avant du bus vers l'arrière et de l'arrière vers l'avant.

     prof,école,élève,histoire,archéologie

     A 18.30 h., après un nouvel arrêt pour la visite du Schwanenburgon compte et on recompte, à deux et dans les deux sens, de l'avant du bus vers l'arrière et de l'arrière vers l'avant.

     prof,école,élève,histoire,archéologie

     A 20.30 h., dernière pause-pipi (et pause-chauffeur): on compte et on recompte, à deux et dans les deux sens, de l'avant du bus vers l'arrière et de l'arrière vers l'avant.

    (et ici j'étais trop épuisée pour faire encore une photo)

    Compter et recompter, c'est l'activité numéro 1 du prof accompagnateur de sortie scolaire, pour que ce soir-là vers 22.30 h., si tout va bien, papa et maman puissent récupérer leur enfant.

    - Vous me le ramenez ce soir, n'est-ce pas? me demandait une mère le matin.

    - Madame, lui ai-je répondu, nous allons les compter et les recompter sept fois sur la journée, pour être sûrs de les ramener tous!

     

  • X c'est l'inconnu

    Quelle ne fut pas la surprise de l'Adrienne, l'autre soir à un concert de musique de la Renaissance, d'entendre chanter ceci, composé par Thomas Crecquillon (première édition chez Susato à Anvers en 1543):

    Dedens Tournay, ville jolie
    Un jour passant mélancolie
    Je pris alliance nouvelle
    A la plus gaie damoiselle
    Qui soit d'ici en Italie

    (etc.)

    La chanson est ici, au numéro 14: http://www.letsloop.com/artist/capilla-flamenca/song/dedens-tournay ou ici http://www.musicline.de/de/player_flash/8711801101033/0/13/50/product

    Quelle ne fut pas la surprise de l'Adrienne d'y reconnaître tout de suite ce rondeau de son grand copain Clément Marot:

    Dedans Paris, ville jolie,
    Un jour, passant mélancolie,
    Je pris alliance nouvelle
    A la plus gaie demoiselle
    Qui soit d’ici en Italie.

    D’honnêteté elle est saisie,
    Et crois, selon ma fantaisie
    Qu’il n’en est guère de plus belle
    Dedans Paris.

    Je ne la vous nommerai mie,
    Sinon que c’est ma grand’amie ;
    Car l’alliance se fit telle
    Par un doux baiser que j’eus d’elle,
    Sans penser aucune infamie
    Dedans Paris.

    Depuis, elle s'interroge...

    Qui a décidé de remplacer Paris par Tournai? Et quand? Pourquoi? Et que se passe-t-il pour la rime en [i]?

    ***

    Faut dire que c'était un petit comique, ce Crecquillon Langue tirée

    Voyez par exemple sa chansonnette sur "Alix avoit mal aux dens"

    Alix avait aux dents la male rage
    et ne pouvait ce grand mal souffrir. 
    Son amy vint, qui a peu de langage, 
    incontinent la promit de guérir, 
    disant : je sais tous les maulx que tu sens, 
    rage d'amour passe le mal des dents.

    Ou écoutez son gai berger Langue tirée

    Ung gay bergier priait une bergiere
    en luy faisant du jeu d'amours requeste, 
    allez, dict elle, tirez vous arriere, 
    vostre parler je trouve malhonneste, 
    ne pensez pas que feroye tel default, 
    par quoy, cessez faire telle priere, 

    car tu n'as pas la lance qui me fault.

     

  • 22 raisons d'aller en Irlande

    1.pour l'accueil qui vous y est fait.

    Après avoir pris connaissance plus en détail de l'histoire du pays, je n'ai cessé de me demander si on y faisait aussi bon accueil aux Anglais. Mais je n'ai pas pu le vérifier: hormis les Irlandais, nous n'avons rencontré que des Américains, des Australiens et quelques "continentaux".

    2.pour le climat idéal!

    Nous avions tout prévu pour la pluie et nous n'en avons pas vu une goutte, sauf un peu de bruine de temps en temps ou une légère averse Langue tirée

    3.pour l'humour irlandais.

    Qui tourne souvent autour de l'autodérision. Ou le grand classique des pays comme le nôtre:

    - Je ne sais pas si vous pouvez vous l'imaginer, mais l'Irlande est un pays où parfois il pleut! 

    Ierland3 (6) - kopie.JPG

     c'est par cette phrase que le guide met l'ambiance avant de nous laisser pénétrer dans la grotte...

    4.pour son histoire: on a toujours plus spontanément de la sympathie pour celui qui a souffert. C'est bien ici qu'on pourrait se choisir comme hymne "Après des siècles et des siècles d'esclavage..."

    5.pour le respect du paysage rural, avec les routes et les prairies bordées de haies.

    6.pour sa flore sauvage de toute beauté en ce mois d'avril

    Ierland4 052 - kopie.JPG

     7.pour ses eaux limpides

     Ierland4 049 - kopie.JPG

    8 et 9.pour le savoir-faire de ses artisans (et la volonté de tout un village d'investir dans la restauration d'une église)

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    10 et 11.pour la convivialité réelle de ses pubs et le souci de vous proposer du "good food"

    Ierland3 (15) - kopie.JPG

     dès qu'arrivent vos voisins de table, la conversation peut s'engager

    Cool

    la suite des 22 raisons le mois prochain!

     

  • Les 7 merveilles du monde

    Aujourd'hui, premier mardi des vacances de Pâques, Madame et quelques collègues accompagnent les latinistes de l'école pour une excursion scolaire.

    En bus.

    Neuf heures de bus, si tout va bien.

    C'est dire que la chose a intérêt à en valoir la peine.

    Une de ces "merveilles du monde" auxquelles le guide Michelin donne trois étoiles: Vaut le voyage Rigolant

    Hélas, il semblerait que le monde francophone doive encore découvrir ce lieu...

    http://voyage.michelin.fr/web/destination/Allemagne/site-Parc_archeologique_de_Xanten-B_57

    http://xanten.afg.hs-anhalt.de/desk30.html

     prof,école,élèves,histoire,archéologie,rome

     "Archäologischer Park Xanten DE" by Thomas Römer/OpenStreetMap data. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Arch%C3%A4ologischer_Park_Xanten_DE.png#/media/File:Arch%C3%A4ologischer_Park_Xanten_DE.png

    prof,école,élèves,histoire,archéologie,rome

     http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Harbour_temple.jpg

     

  • Adrienne et Aliénor

    Dans ce lieu de perdition qu'est la vaste toile, l'Adrienne a trouvé un nouveau moyen de "passer son temps".

    Elle a découvert les cours en ligne.

    Ça s'appelle des MOOC.

    On choisit, on s'inscrit, et on est parti pour des heures et des heures de lecture ou d'écoute de documents audio-visuels.

    C'est ainsi que l'Adrienne a passé son mercredi après-midi à la (re)découverte des troubadours, de la cour d'Aliénor d'Aquitaine et des chansons de son grand-père, Guillaume IX.

    Ci-dessous, une chanson anonyme du 12e siècle qui relate l'histoire d'une Reine tombée amoureuse d'un jeune homme alors qu'elle est mariée à un jaloux.

    On considère qu'il s'agit d'Aliénor, épouse de Louis VII de France, tombée amoureuse du jeune Henri Plantagenêt alors âgé de 19 ans:

    A l’entrada del temps clar e e ya
    Per jòia recomençar, eya,
    E per jelòs irritar, eya
    Vòl la regina mostrar
    Qu'el'es si amorosa
    A la vi', a la via, jelòs,
    Laissatz nos, laissatz nos
    Balar entre nos, entre nos.

    Le texte entier et sa traduction en français ici: 

    http://www.chanson-limousine.net/paroles/2013-2014/jornada2014/03%20alentradadeltempsclar.pdf

    ***

    Pour ceux que le sujet intéresse:

    http://pdf.actualite-poitou-charentes.info/061/68.pdf

    http://pdf.actualite-poitou-charentes.info/061/38.pdf

    http://www.arllfb.be/ebibliotheque/communications/brogniet09042011.pdf