impromptus

  • D comme déclaration

    Il prenait comme moi le 18h45 mais je ne le savais pas. Jusqu’à cette chaude journée d’avril où le hasard m'a fait monter dans le même wagon. Je venais juste de hisser à grand-peine mon sac de voyage dans le filet quand je l’ai vu qui me regardait en souriant. La première idée qui m’est venue, c’est que je devais être rouge et échevelée et que peut-être j’avais des auréoles de transpiration sous les bras.

    - Tu peux venir t’asseoir ici, si tu veux, m’a-t-il dit en me désignant la banquette en face de lui.

    J’ai jeté un coup d’œil désespéré à mon gros sac plein de livres et de linge sale.

    - Tu peux le laisser là, a-t-il ajouté, tu le prendras quand on descend, ça ne gêne personne.

    Depuis ce jour-là, nous avons fait route ensemble chaque samedi. J’apprenais à mieux le connaître même si c’était surtout lui qui posait les questions. Quatre ans de plus que moi, ça compte quand on n’en a que dix-huit : il était déjà en premier doctorat alors que moi je n’avais encore rien prouvé. Il me paraissait toujours aussi inaccessible qu'à mes quatorze ans.

    J’aimais son humour, ses yeux bleus, son nez busqué, son surpoids, sa canine un peu de travers, j’aimais tout.

    Toute la semaine je dessinais son profil sur mes notes de cours et le samedi je l’admirais dans le wagon de train.

    Il n’en a jamais rien su.

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires

    Il fallait commencer par

    "il/elle prenait comme moi le 18h45".

  • 22! se dit l'ours

    Vaut-il mieux être l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours?

    Ou être l'ours qui a vu l'homme?

    Il me semble que l'ours, s'il veut sauver sa peau, préférera l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours.

    ***

    Vous connaissez tous le proverbe : "il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué". Or, en cette rentrée littéraire, a été publié un livre de Joy Sorman intitulé : "La peau de l'ours".
    Nous vous proposons de laisser votre imagination vagabonder sur cette "peau d'ours", en prose ou en vers.

    http://www.impromptuslitteraires.fr

  • I comme inspiration photographique

    - C’est une enfant si sage ! dit le grand-père du bas de la ville. Si sage ! Mais à table, quelle affaire pour qu’elle finisse son assiette !

    - On n’a jamais aucun problème avec cette petite, dit la grand-mère du haut de la ville. Elle est si obéissante ! Sauf à l’heure de la soupe. Quelle misère pour la lui faire avaler !

    Le dimanche, quand toute la famille est réunie autour de la table, que la petite soupire devant son assiette déjà froide, on la saisit rudement d’une main, on prend la soupe et la cuillère dans l’autre, on la pousse vivement dans la cave, on pose l’assiette au sol et on met le verrou à la porte.

    - Tu ne sortiras d’ici que lorsque tu auras tout mangé, c’est compris ?

    Parfois la petite pleure. Elle n’a que cinq ans, après tout. Parfois elle frappe la lourde porte de ses deux poings. Ça fait mal.

    Elle se jure solennellement que quand elle sera grande, plus jamais elle ne mangera de soupe.

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires
    qui proposaient cette photo

    impromptus113.jpg

    http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php

  • D comme droit, devoir ou désir d'oubli

    Ai-je le droit d'oublier le nom de mes anciens élèves? d'oublier quelles études supérieures ils ont entreprises, abandonnées ou réussies? d'oublier s'ils sont encore en couple ou déjà divorcés? parents d'une fille ou d'un garçon? 

    Depuis que j'ai beaucoup de rides et quelques cheveux gris, il me plaît d'exagérer ma vieillesse: elle a bon dos.

    - Tu m'excuseras si je ne me souviens pas de ce que tu as fait comme études, avec l'âge ma mémoire ne s'arrange pas...

    Alors ils me le pardonnent bien volontiers:

    - Ah! mais c'est normal, ça vous fait tout de même une centaine délèves par an, vous ne pouvez pas tout retenir!

    J'ai donc le droit d'oublier.

    ***

    Pour d'autres choses, il me semble que j'ai le devoir d'oublier. Oublier l'offense de celui qui s'en repent. Oublier le mal fait involontairement. Oublier leurs erreurs de jeunesse, leurs maladresses, leurs fautes d'inattention. 

    C'est assez facile à faire, contrairement à ce que pensent de nombreuses personnes:

    - Vous vous souvenez sûrement de moi, Madame! Avec toutes les bêtises que j'ai faites!

    Et bien non. Je peux très bien me souvenir de l'enfant sage et avoir complètement oublié le garnement. Il n'y a pas de règle pour cet oubli-là, pas de loi, ou alors de très mystérieuses relations de cause à effet.

    ***

    Mais surtout, il y a tant de choses pour lesquelles j'ai le désir d'oublier. Oublier les blessures d'enfance. Oublier les mots qui font mal. Oublier.

    Il n'y a rien de plus difficile.

     Roma 2014 dag 3 (4) - kopie.JPG

    mais quand je suis à Rome
    il y a une chose que je n'oublie jamais
    c'est d'entrer au Panthéon
    et d'y prendre cette photo-là
    Bisou

     Le droit d'oublier
    est le sujet de la semaine
    aux Impromptus littéraires
    (mais je n'ai pas envoyé ma participation)

  • Question existentielle

    Crois-tu qu'il soit possible d'avoir le mal de mer dans une tasse de thé ?

    - Crois-tu qu'il soit possible d'avoir le mal de mer dans une tasse de thé ? me demande-t-elle avec son air de souris inquiète.
    - Thé de Chine ou de Ceylan ? lui dis-je.
    - De Chine, je crois.
    Je vérifie d’un rapide coup d’œil sur l’emballage.
    - En effet, lui dis-je. Alors tu n’as rien à craindre.
    - Ah ! Tant mieux ! s’écrie-t-elle. Je suis très sujette au mal de mer.

    Ça ne m’étonne pas d’elle. Elle est si sensible. Quand sa belle chatte tigrée attendait des petits, c’est elle qui avait des nausées. Elle a le vertige quand les enfants des voisins font de la balançoire. Je suis obligé de vérifier qu’il n’y a aucune scène d’ascenseur dans les films qu’elle regarde, sous peine de lui voir faire une crise de claustrophobie.

     

    Et depuis qu’on a dû lui amputer les deux jambes, elle a tout le temps mal aux pieds.

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires
    de la semaine du 9 au 15 décembre 
    http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php?2013/12/09/12986-semaine-du-9-decembre-au-15-decembre-2013 

  • C comme casser Cassandre

    Alors que le manège se met à tourner
    Tu te serres un peu contre moi, chère Marie,
    Mais ne crie pas dans mon oreille, je t’en prie !
    Oui, des sensations fortes je vais nous en donner…


    Marie, mon cœur, tu auras beau te démener,
    Hurler, pleurer et craindre de perdre la vie,
    Avec toi j’irai jusqu’au bout de mon envie :
    Je ne suis pas de ceux qui se laissent mener !


    Quoi, ma belle, te voilà déjà toute chose ?
    Mais tu ne sais rien du jeu que je te propose…
    Crois-le bien, tu ne verras pas le temps passer.


    J’oublie les autres, c’est toi qui es la meilleure.
    Je te promets, ma douce amie, qu’en moins d’une heure 
    Tu auras cru plus de mille fois trépasser

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires
     
    http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php?2013/06/03/12378-semaine-du-3-juin-au-9-juin-2013

  • H comme Hugo

    A la manière de Victor, écrit pour cette photo des Impromptus littéraires:

    Crépuscule

    Crepuscule.jpg

    http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php

    C'est le moment crépusculaire.
    J'admire, assise sur le sable,
    Ce reste de jour dont s'éclaire
    La dernière heure agréable.

    Sur la digue, de nuit baignée,
    Je contemple, émue, les amours
    Sous les branches du châtaignier,
    Ce doux murmure des toujours.

    Sa haute silhouette noire
    Dit que l’été est de retour.
    On sent à quel point il doit croire
    A la fuite utile des jours.

    Ils sont deux dans la mer immense,
    Et en pensées déjà très loin,
    Pour eux ce soir la vie commence,
    Et je médite, obscur témoin,

    Pendant que, déployant ses voiles,
    L'ombre, où se mêle une rumeur,
    Semble élargir jusqu'aux étoiles
    Leur aspiration au bonheur.


  • D comme Delphine

     Malade imaginaire ?

    Quand ma collègue Delphine arrive à l’école sur le coup de sept heures trente, elle est fraîche et dispose, les cheveux savamment coiffés, le maquillage de bon goût, la tenue impeccable. Petit twin-set assorti d’une écharpe de soie – Delphine est frileuse – jupe à carreaux, chaussures bien cirées et des bas qui ne filent jamais.

    Le verbe haut, elle vous narre ce qu’elle a déjà accompli entre le saut du lit et son arrivée dans la salle des profs : le petit déjeuner familial, le repassage du linge de la veille, un bon coup de serpillière dans toute la maison, l’aspirateur dans les chambres. Bien entendu, les lits sont faits avant qu’elle quitte le logis, le mari et les enfants ont un bon casse-croûte pour le déjeuner et tous les ingrédients pour le repas du soir reposent au frigo.

    Quand j’arrive à l’école sur le coup de sept heures trente, le stress m’a déjà presque fait bouffer le volant de ma voiture. Je me demande si j’ai pensé à passer un peigne dans mes cheveux – de toute façon, on ne voit pas la différence – et il se pourrait bien que j’aie boutonné mon pull de travers.

     Ma cuisine est en pagaille depuis la veille, le bureau depuis des mois, je n’ai pas encore répondu à tous mes mails du matin ni commenté tous les blogamis, j’ai à peine eu le temps de noter les consignes de deux ou trois jeux d’écriture – auxquels je n’aurai de toute façon pas le temps de participer – et j’ai probablement oublié quelque chose d’important. Faut espérer que ce ne soit pas mes clés.

    Dites-moi, qui est la malade imaginaire et qui la vraie, elle ou moi ?

    écrit pour les Impromptus littéraires, la consigne était Malade imaginaire

  • J comme je n'aime pas le T

     Bonne année, bonne sans T !

    J’ai ma belle robe blanche, mes souliers vernis, mon pull avec les broderies bleues.

    Je me coiffe avec soin, je noue un joli ruban dans mes cheveux, je prends le mignon sac à main rouge que j’ai reçu d’elle pour mon neuvième anniversaire.

    Aujourd’hui premier janvier, le jour des vœux à la marraine, je suis un peu nerveuse à cause de ce poème que je lui ai préparé pour lui dire la bonne année. Il faudra le lui lire en présence de la famille réunie.

    A neuf ans, je manque d’assurance. Mais j’y parle de mon amour pour elle, de ma reconnaissance, j’y fais des promesses, je m’engage : je serai sage, appliquée, pieuse, soumise. Ma voix ne faiblira pas, du moins je l’espère.

    Comme chaque année, je sais qu’elle sera heureuse de ma naïve bafouille… Je le vois à ses yeux, à son sourire, je le sens à ses câlins, à ses baisers.

    Bien sûr, je formule aussi des vœux de bonne sans T

    Mais même sans ça, je sais qu’après je recevrai un beau cadeau.

    Le même chaque année.

    Vous devinez quoi ?

    écrit pour les Impromptus littéraires.
    La lettre T était interdite.

  • E comme exercice de style

     Dix petits nègres

    Je suivis ce mauvais garçon
    Qui sifflotait les mains dans les poches

    Je sulfatai ce méchant gardien
    Qui signalait les mairies dans ses podzols (1)

    Je superposai ce méconnaissable gargantua
    Qui signait les maïs dans ses poêles

    Je supervisai ce mécontent garibaldien
    Qui signifiait les maisons dans ses poèmes

    Je supplantai ce mécréant garnement
    Qui silhouettait les majordomes dans ses pognes

    Je suppléai ce médicamenteux gaspilleur
    Qui simplifiait les majorettes dans ses poignes

    Je suppliciai ce médiocre gâte-papier
    Qui simulait les majuscules dans ses poïkilothermes (2)

    Je suppliai ce médisant gâteux
    Qui singeait les makis dans ses poils (3)

    Je supportai ce méditerranéen gaucher
    Qui siphonnait les malagas dans ses poings

    Je supprimai ce mauvais gaulois
    Qui sirotait les malandrins dans ses poisons

    ***

    (1)    sol cendreux des climats humides  et souvenir d’un défi du samedi

    (2)    comme on peut s’y attendre avec un médiocre gâte-papier

    (3)    ça ne s’invente pas !

    ***

    écrit pour les Impromptus littéraires; les deux premiers vers d'Apollinaire étaient imposés.

  • C comme cousine

    Cousine Sophie l'avait déclaré haut et fort à maintes reprises: le mariage, jamais de la vie! On se portait beaucoup mieux sans ce bout de papier qui coûtait fort cher et ne rapportait rien.

    Alors, quand elle a décidé que W était l'homme de sa vie, ils ont acheté un terrain à l'emplacement idoine et y ont construit une maison avec de la place pour trois enfants. Car c'était ainsi que cousine Sophie l'avait programmé.

    Les trois enfants sont nés, d'abord une fille, selon ses voeux, puis très rapidement deux garçons, selon le souhait de W. Parfait. Vite fait, bien fait.

    Mais voilà qu'un matin, je trouve un faire-part dans ma boîte aux lettres: cousine Sophie, finalement, a décidé de se marier. Avec le père de ses enfants, qui ont l'air ravis de nous annoncer la chose par photo interposée. Fort bien. Allons donc à la noce.

    Quelque six semaines plus tard, je fais la haie avec le reste de la famille et tous les amis devant l'hôtel de ville. Deux limousines arrivent. De la première sort W, la fleur à la boutonnière, le sourire jusqu'aux oreilles, rouge et rasé de près. De l'autre sort une dame que je ne connais pas. Coupe courte et asymétrique, dans un dégradé de roux et de mèches blondes, les pommettes hautes et les joues creuses, fort maquillée, maigre comme un clou.

    La première surprise passée, quelques amies se mettent à crier:

    - Vive la mariée! Vive la mariée!

    Car c'était ma cousine Sophie. Qui avait mis ces six semaines à profit pour faire un make over complet...

    Texte écrit pour les Impromptus littéraires

  • U comme unique

     

    Adrienne a connu Einstein

    Il nous avait été présenté par des amis qui nous avaient longuement vanté ses qualités. Bien sûr, nous avons cru qu’ils exagéraient un peu : nous savions qu’il logeait chez eux mais qu’ils cherchaient à trouver un moyen de lui faire quitter les lieux. Parfois un logeur peut devenir encombrant.

    Cependant, il était vrai qu’il avait du charme : il était jeune, très jeune, enthousiaste, débordant de vitalité et ne tenait pas en place. En même temps, il avait quelque chose de doux et d’affable, avec sa petite barbiche et ses grands yeux bruns. Nous lui avons donc offert l’hospitalité.

    C’est ainsi que nous avons pu nous rendre compte qu’en plus de ses nombreuses autres qualités, il possédait une intelligence exceptionnelle. Il avait une véritable compréhension du monde et des gens mais n’en faisait pas étalage. Il a toujours gardé une grande humilité.

    Il finit par rester chez nous treize ans, jusqu’au cancer qui l’emporta. Mais jusqu’à la fin, il nous faisait rire, avec sa frange qui lui cachait presque entièrement les yeux et ses initiatives un peu folles. Par exemple, il adorait se rouler dans la neige…

    Et jusqu’au bout, il n’a cessé de nous étonner par la vivacité de son intelligence.

    Il était unique.

    Jamais plus je n’ai voulu un autre chien dans la maison.

    ***

    Texte écrit pour les Impromptus littéraires. La consigne disait: "votre âme généreuse vous pousse à accueillir les mal lotis, les cabossés de la vie. Mais cette fois, vous vous rendez compte que vous abritez un être d'exception, un génie absolu ... Vous pensez effaré : "Einstein habite chez moi" !

    Racontez-nous comment vous avez compris que votre invité occasionnel était un personnage brillant susceptible de changer la face du monde. Dites-nous quelles ont été vos réactions et quelles furent les conséquences de cette incroyable découverte."

     

  • P comme poil de chameau

    J'avais 16 ans, j'avais atteint ma taille adulte, il me fallait un manteau pour l'hiver. C'est ce que ma mère constata, à mon grand étonnement. Il est vrai que les manches de mon anorak de l'hiver précédent m'arrivaient à la moitié de l'avant-bras. Mais il m'avait servi déjà deux ou trois saisons, pourquoi pas une de plus? D'ailleurs, je le mets encore aujourd'hui pour aller chercher des bûches au fond du jardin, retirer quelques poireaux ou cueillir des choux de Bruxelles.

    Quelques minutes plus tard, elle s'amena avec un long manteau beige caca (pardon pour le mot choquant, il n'y en a pas d'autre).

    - Voilà, dit-elle, essaie un peu celui-là!

    Mon étonnement se fit stupeur:

    - Mettre ça? C'est quoi, ça?
    - C'est un manteau à moi que j'ai porté quand j'étais jeune.

    Un manteau made in 1952 (ou aux alentours), carrure très large, grands revers, taille cintrée, dessous très évasé. C'est une silhouette qui est un peu revenue à la mode ces jours-ci mais qui, dans le milieu des années 70, ne cadrait pas du tout avec ce qu'on pouvait voir dans les rues de ma ville. Et surtout pas chez les filles de 16 ans!

    Il me venait presque aux chevilles, ses trois boutons étaient grands comme des soucoupes et l'échancrure si profonde que je me demandais comment un tel modèle pouvait être efficace contre le froid.

    - Il te va très bien, dit ma mère.
    - Mais je ne veux pas mettre ça!!!
    - Et pourquoi pas? fit-elle. C'est tout à fait à la mode! Et puis, c'est une qualité splendide, comme on n'en fait plus aujourd'hui: c'est du véritable poil de chameau!

    Argument qui, visiblement, devait fermer la bouche à tout.

    Je fis cependant une dernière tentative:

    - Mais alors, si tu le trouves si beau, pourquoi tu ne le mets pas toi-même?

    Je croyais que c'était imparable. Mais elle me répondit:

    - Moi, des manteaux, j'en ai assez.

    Et c'était vrai, bien sûr. Dont deux en fourrure.

    ***

    J'ai donc dû porter cette merveille et j'ai même dû l'user. Ce qui m'a pris plusieurs années. C'était en effet une qualité supérieure, ce poil de chameau. Mais moi qui étais déjà si timide et si mal dans ma peau, je n'y ai pas gagné en confiance en moi.

    Sans compter les malentendus que ça créait, autour de moi, quand on me voyait passer avec mon grand manteau bien cintré, ses larges revers et ses trois énormes boutons:

    - Regarde-là, la fière!

    Texte envoyé aux Impromptus littéraires pour le thème Timidité