incipit

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • I comme incipit

    "L'aventure que je vais vous raconter par le menu ne ressemble pas mal au rêve d'un homme éveillé. J'en suis encore ébloui et étourdi tout ensemble, et la légère trépidation du wagon-lit vibrera très probablement jusqu'à demain matin dans ma colonne vertébrale. Il y a exactement treize jours que je quittais les bords de l'Oise pour aller prendre le train rapide de l'Orient à la gare de Strasbourg; et dans ces treize jours, c'est-à-dire en moins de temps qu'il n'en fallait à Mme de Sévigné pour aller de Paris à Grignan, je suis allé à Constantinople, je m'y suis promené, instruit et diverti, et j'en suis revenu sans fatigue, prêt à repartir demain si l'on veut, par la même voiture, pour Madrid ou Saint-Pétersbourg. Et notez que nous avons fait une halte de vingt-quatre heures dans cette France orientale qui s'appelle la Roumanie, assisté à l'inauguration d'un palais d'été dans les Carpathes, pris le thé avec un roi et une reine et banqueté somptueusement chez le Pignon de Bucarest. On dit avec raison que notre temps est fertile en miracles; je n'ai rien vu de plus étonnant que cette odyssée dont la poussière estompe encore mon chapeau."

    Edmond About, De Pontoise à Stamboul, éd. Hachette, 1884 

    Quel bonheur de lecture que cette plongée dans l'Europe de la fin du 19e siècle et ce voyage de rêve - voyage dont je rêve - prendre l'Orient-Express pour faire le trajet jusqu'à Istanbul... 

    Dans ces quelques lignes de l'incipit, il y a déjà (presque) tous les éléments du récit: l'émerveillement devant la rapidité et le confort du voyage, la découverte d'Istanbul et une foule de choses aussi sur les contrées traversées, à la fois si différentes et si pareilles à aujourd'hui. 

    Le voyage inaugural de l'Orient-Express a lieu en octobre 1883: la Turquie est encore l'empire ottoman, en Roumanie règne le roi Carol Ier, qui fête l'inauguration de son château de Sinaïa lors du passage du train dans la région, la Hongrie fait partie de l'empire austro-hongrois, la Bulgarie se libère difficilement de cinq siècles d'emprise turque...

    Edmond About semble bien informé sur tout ce qu'il nous relate et il ne manque pas d'humour. 

    Bref, je crois bien que j'en reparlerai cool 

    wagons-lits.jpg

    source et info ici 

    La Compagnie des Wagons-Lits est fondée par le Belge Georges Nagelmackers (né à Liège en 1845) qui en a eu l'idée et a tout mis en oeuvre pour la réaliser.

  • I comme incipit

    La maison est petite, il y a trop peu de place pour les livres, ils sont entassés dans des boites - ça permet d'en mettre plus sur moins d'espace - et la mort dans l'âme j'en ai donné quelques-uns, par-ci, par-là... 

    Puis, avec ce qu'on me connaît comme "suite dans les idées", j'arrive dans une ville nouvelle - Lyon, par exemple - et dès le premier jour il y a la visite obligatoire d'une librairie. 

    Le second jour aussi, d'ailleurs. 

    Pas pour acheter, me dis-je en entrant, vu que (etc. voir plus haut) mais pour le simple plaisir de voir et de manipuler des bouquins, de découvrir les nouveautés, de lire des incipits, des excipits et des pages 99 tongue-out

    Après évidemment on sort de là avec un ou deux livres qui ont été tellement irrésistibles que les bonnes résolutions n'ont pas été tenues. 

    Ce qui est le sort de la plupart des bonnes résolutions. 

    "Madera était lourd. Je l'ai saisi sous les aisselles, j'ai descendu à reculons les escaliers qui conduisaient au laboratoire. Ses pieds sautaient d'une marche à l'autre, et ces rebondissements saccadés, qui suivaient le rythme inégal de ma descente, résonnaient sèchement sous la voûte étroite. Nos ombres dansaient sur les murs. Le sang coulait encore, visqueux, qui suintait de la serviette-éponge saturée, glissait en traînées rapides sur les revers de soie, se perdait dans les plis de la veste, filets glaireux, très légèrement brillants, qu'arrêtait la moindre rugosité de l'étoffe, et qui perlaient parfois jusqu'au sol, où les gouttes explosaient en tachetures étoilées. Je l'ai déposé au bas de l'escalier, tout près de la porte du laboratoire, et je suis remonté pour prendre le rasoir et éponger les taches de sang avant qu'Otto ne revienne. Mais Otto est rentré presque en même temps que moi, par l'autre porte." 

    Georges Perec, Le Condottière, coll. Points, 2013 (incipit) 

    Une oeuvre de jeunesse de Perec qui avait été refusée à l'époque par les maisons d'édition et dont la publication est largement posthume; une histoire de faussaire écrite en 1960, il avait 24 ans. Perec est mort en 1982, le livre a été publié 30 ans plus tard. 

    condottiere.jpg

    source de l'image, info et extrait ici: 
    http://www.seuil.com/ouvrage/le-condottiere-georges-perec/9782021030532

  • 7 phrases

    Vous avez déjà rencontré des gens qui font une fête pour leur divorce ? Moi, oui. D’habitude, ce sont plutôt les futurs mariés qui s’amusent. On les entend klaxonner le samedi quand ils roulent en cortège vers la mairie, on les croise la veille en bandes, dans les rues, habillés en clown ou quasi nus. À grand renfort de trompettes et de tambourins, ils exhibent aux badauds ternes leur joie d’enterrer leur vie de jeunes célibataires — parfois à plus de trente-cinq ans… Mais moins d’un an plus tard, quand les 19 % des statistiques se séparent, plus personne ne lance de confettis. Eh bien Jérôme, si. 

    Gilles Legardinier, Demain j'arrête, les 7 premières phrases de l'incipit. 

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    https://www.fleuve-editions.fr/livres/litterature/demain_jarrete_-9782265094307/

    Quand l'Adrienne a annoncé qu'elle donnait une fête pour ses trois ans de happy single, un ami du cours d'italien a trouvé ça inconvenant: selon lui, ça ne se faisait pas. 

    Pourtant, vers la fin de l'année elle aimerait en organiser encore une, pour ses dix années de "femme libre": est-ce inconvenant? 

     ***

    Et ce livre, direz-vous, il est bon? 

    Et bien, il est prévisible et feel good. 

    Après vous avoir donné les 7 premières phrases, voici les 7 dernières, ça vous permettra de juger par vous-même aussi bien que si vous l'aviez lu en entier: 

     

    Je sais que les choses sont rarement comme elles devraient l’être, mais je crois du plus profond de mon âme qu’à nous tous, on doit pouvoir survivre à cette chienne de vie.

    Portez-vous bien. Aimez. Risquez. Ne renoncez jamais. Affectueusement,

    Julie.

    PS : Ne laissez pas les chats vous convaincre que les bonnets péruviens vous vont bien.

    FIN
  • L comme Lucette Desvignes

    On dit bien LIBRA pour la Balance, et SAGITTARIUS, et VIRGO, et SCORPIO. On devrait pour moi fabriquer un nouveau signe du zodiaque qui symboliserait l'influence dominante de l'Ecole sur mes jeunes années - et la suite. SCHOLA, me fournissant l'hérédité, le cadre. Me situant dans un univers dont ni mon enfance ni mon adolescence ne purent jamais se libérer - le voulaient-elles d'ailleurs? Conditionnant mes réflexes et ma vision du monde. Sans aucun doute me faisant ce que je suis, et planant sur le cours de ma vie comme les autorités sidérales, dit-on, sur les humeurs ou les actions des individus, avec cette différence que pour ma part l'influence est patente, indiscutable. Logique.

    Lucette Desvignes, Le miel de l'aube, Editions de l'Armançon, 2000, p.19 (incipit)

    Voilà, le ton est donné, le cadre installé. On est parti pour presque deux cents pages de souvenirs d'enfance, "une enfance en Bourgogne sous l'Occupation", comme le précise le sous-titre. Vous qui venez de temps en temps chez l'Adrienne, vous devinez que ça ne peut que lui plaire.

    Chapitre 1, Schola, chapitre 2, Musica: l'enfance studieuse dans un foyer aimant où le père et la mère sont instituteurs. Ce sont les années trente. On trempe la plume dans un encrier, chacun le sien, assis autour de la table éclairée par l'unique lampe au plafond. Le jeudi, on joue de la musique. Française: Lali, Gounod, Massenet...

    Peu à peu, on quitte le cadre strictement scolaire. Au chapitre 3, on commence à faire du tourisme. Il y a beaucoup de beaux passages humoristiques sur la voiture du père, les trajets, le mal de voiture, le triste état des routes. Lucette Desvignes possède l'art de raconter, de recréer une époque, une ambiance. Tout y participe, les personnages, les objets, les vêtements, les couleurs, les parfums, les sons et on ne peut qu'admirer le prodigieux travail de mémoire. (1)

    Sept chapitres en tout dont les deux derniers, un peu plus longs, relatent la période de la guerre et de l'occupation annoncée dans le sous-titre. Ajoutant ainsi un intérêt purement historique à ce livre de souvenirs, pour la qualité et la précision du témoignage.

    Avec en plus, chers au cœur de l'Adrienne, ici et là quelques détails qui lui ont rappelé son père, jeune ado lui aussi sous l'occupation, et son grand-père, qui a quelques traits en commun avec le papa de Lucette Desvignes.

    incipit,litterature,lire,lecteur,lecture,souvenir d'enfance

     le voilà, parmi les autres lectures en cours

     

     (1) L'auteur s'explique sur son travail et sur le choix du titre dans les quatre dernières pages, qui commencent ainsi: "Je n'ai pas tout dit, bien sûr. Il y a ce que j'ai oublié - peu de chose - et puis ce que j'ai écarté crainte de ne jamais finir. J'ai trié, non selon l'importance peut-être mais selon l'intensité de la couleur telle qu'elle s'est gravée en moi." Voilà une belle illustration du pacte autobiographique smile.

  • K comme Kundera

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     face à l'insoutenable légèreté de l'être, la lourdeur du sac à dos, avec cet ordi qu'on tient à emporter partout où on va...

    Dans le train, lire enfin ce roman de Kundera dont tant de gens disent du bien.

    Avoir besoin d'une heure pour arriver à la page 88.

    Laisser tomber la lecture. Ne pas réussir à se passionner pour Tomas, pour Tereza, pour le récit recommencé des rêves récurrents de Tereza.

    Pourtant, c'est vrai, y trouver de temps en temps de jolies phrases:

    "Si la Révolution française devait éternellement se répéter, l'historiographie française serait moins fière de Robespierre."

    Milan Kundera, L'inbsoutenable légèreté de l'être, Folio, 1990, page 13.

    ***

    L'incipit, page 13:

    "L'éternel retour est une idée mystérieuse et, avec elle, Nietzsche a mis bien des philosophes dans l'embarras: penser qu'un jour tout se répétera comme nous l'avons déjà vécu et que même cette répétition se répétera encore indéfiniment! Que veut dire ce mythe loufoque?"

  • T comme Temps glaciaires

    On peut avoir dix autres livres en route, si on commence celui-ci, on le termine. Même s'il fait 490 pages.

    Il a tout pour plaire.

    Une écriture plus que correcte: juste.

    Une intrigue assez compliquée pour mettre en route vos neurones. Bien sûr, on sait qu'à la fin tout se recoupera et on ne peut s'empêcher de traquer "la faute". Mais il n'y aura pas de faute: tout se tient, tout se justifie, tout s'imbrique parfaitement.

    Des personnages parfaitement typés, même ceux qui n'interviennent qu'en passant. On les voit, on a l'impression de les connaître, de les reconnaître.
    On est content de retrouver le commissaire Adamsberg et toute son équipe, bien sûr.

    On s'attache aussi à beaucoup d'autres. Même à Marc, le sanglier. Ou à cette femme en rouge qui apparaît tout au début et dont l'estime de soi se trouve boostée par son geste de sauveteur envers une petite vieille qui se trouve mal sur le trottoir. Et qui se fait des réflexions si amusantes dans son monologue intérieur:

    Tout premiers jours  d'avril, le temps s'adoucissait à Paris, mais le fond de l'air était froid. Le fond de l'air. S'il y avait réellement un fond de l'air, comment appelait-on l'autre partie? Le dessus de l'air?

    Fred Vargas, Temps glaciaires, éd. Flammarion, 2015, p.9

    Avec Fred Vargas, pas besoin d'aller voir le film, il se déroule devant nos yeux, à la lecture du texte. Avec les odeurs en plus. Comme celles du poisson d'Islande, alors qu'on prétend avoir mangé du phoque Langue tirée. 

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    http://editions.flammarion.com/albums_detail.cfm?Id=47802

     Vous voulez l'incipit?

    Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d'atteindre la boîte aux lettres, c'était plus difficile que prévu. C'est ridicule, se dit-elle, il n'existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu'aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu'on suppose qu'on énoncera quelque formule d'importance, qui s'inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l'humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là: "Savez-vous quelles furent les dernières paroles d'Alice Gauthier?"

    Fred Vargas, Temps glaciaires, éd. Flammarion, 2015, p.7

    ***

    les 50 premières pages ici:
    (ah ça! c'est un beau cadeau, mille sabords! Langue tirée)

     Temps glaciaires publié par editions-flammarion

  • I comme il y a bien longtemps...

     

    jeu,fiction,incipit

    Il y a bien longtemps, dans la bonne ville de Stanhill, vivaient une femme osseuse prénommée Hilda et son chat qu’elle appelait « le chat ».

    - Stanhill ? Pourquoi Stanhill ? Pourquoi pas un nom de chez nous, bien reconnaissable, bien flamand ? Tiens, Damme, par exemple !
    - Damme ? Non, pas possible, c’est déjà pris par Charles De Coster.
    - Bruges, alors ? Dans la bonne ville de Bruges ?

    Il y a bien longtemps, dans la bonne ville de Bruges, vivaient une femme osseuse prénommée Hilda et son chat qu’elle appelait « le chat ».

    - Osseuse ? Pourquoi osseuse ? Elle m’est tout de suite antipathique, ton Hilda. D’ailleurs, toutes les Hilda que j’ai connues étaient plutôt bien en chair.
    - Tu n’en as connu qu’une seule, non ?
    - C’est possible, mais en tout cas elle pesait plus de quatre-vingts kilos !

    Il y a bien longtemps, dans la bonne ville de Bruges, vivaient une femme grassouillette prénommée Hilda et son chat qu’elle appelait « le chat ».

    - Quelle idée d’appeler son chat le chat ! Personne n’aurait cette idée-là ! Ce n’est pas crédible !
    - C’est pourtant ce qu’on fait, quand on l’appelle Pussycat ou Poes ou Minou…
    - Et bien alors appelle-le Minou. Ou prends un chien, tiens ! Hilda avait un caniche, tu te souviens ?

    Il y a bien longtemps, dans la bonne ville de Bruges, vivaient une femme grassouillette prénommée Hilda et son chien qu’elle appelait César.

    - Voilà qui est beaucoup mieux ! Ça au moins, c’est vraisemblable.

    ***

    Jeux d'écriture basés sur des incipits connus: 
    http://fr.calameo.com/read/00088815863c655c3af1e

    ***

    la photo n'a pas été prise à Bruges
    mais à Louvain
    Langue tirée

  • M comme montagne

    On était trois semaines avant Noël. J'étais arrivée au Val par le seul train possible, celui de onze heures. Tous les autres arrêts avaient été supprimés. Pour gagner quelques minutes au bout, m'avait-on dit.
    C'était où, le bout? C'était quoi?
    Le train a passé le pont, a ralenti dans la courbe. Il a longé le chenil. Je me suis plaqué le front à la vitre, j'ai aperçu les grillages, les niches, les chiens. Plus loin, la scierie sombre et la route droite. Le bungalow de Gaby, la boutique à Sam, les boîtes aux lettres sur des piquets, le garage avec ses deux pompes et le bar à Francky.

    Claudie Gallay, Une part de ciel, Actes Sud, 2013, page 7

    Voilà, dès l'incipit le décor est bien planté, l'atmosphère suggérée, et la narratrice va avancer subtilement sur 445 pages sans nous lasser une seule minute.

    C'est qu'il y en a des choses à dire, des questions à poser et des personnages à étoffer au fil du texte. Chacun prend vie dans toute sa complexité, les habitants d'un rude village de montagne, la famille et ses étranges liens, ses absents et ses non-dits.

    Entre le 3 décembre et le 20 janvier, la narratrice a le temps de renouer avec le lieu de son enfance et ceux qui n'ont jamais cessé d'y vivre. Mais aussi de batailler avec quelques démons personnels, comme sa place dans la fratrie, l'amour de sa mère, l'échec tout récent de son couple et l'absence de ses deux filles, parties vivre en Australie.

    Le train a ralenti encore dans un grand bruit de freins, il est venu s'immobiliser le long du quoi. Les portes se sont ouvertes.
    J'ai posé ma valise sur le marchepied. La sacoche à côté. Tout ce que Gaby venait de me confier se bousculait en images dans ma tête. Et tout se recomposait.
    Un train est arrivé dans l'autre sens, celui de Modane, il s'est arrêté sur le quai en face. Dans les wagons, des voyageurs debout s'apprêtaient à descendre.
    Je suis revenue vers Gaby.
    - Pourquoi tu me racontes tout ça maintenant?
    - Avant, tu ne pouvais pas comprendre.
    - Et maintenant, je peux?
    Elle a penché la tête de côté, m'a regardée avec un sourire doux comme une étreinte. Une caresse qui s'est gravée sur les parois de mon âme.
    - Maintenant, oui, tu peux.

     Claudie Gallay, Une part de ciel, Actes Sud, 2013, page 445

    ***

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     http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/une-part-de-ciel

    Je me retrouve entièrement dans ces deux excellents articles, la critique du Figaro http://www.lefigaro.fr/livres/2013/09/18/03005-20130918ARTFIG00475-claudie-gallay-une-part-de-ciel.php et celle du Huffington Post http://www.huffingtonpost.fr/francois-xavier/rentree-litteraire-2013-claudie-gallay_b_3788950.html. Un bon article aussi pour La libre Belgique, sauf que le petit Moïse s'appelle en réalité Marius 
    http://www.lalibre.be/culture/livres/l-envoutante-part-de-ciel-de-claudie-gallay-52522cf93570458368c16d5b.
    Je vous épargne les autres, qui n'ont d'intérêt que si vous désirez jouer à "chercher les erreurs" Langue tirée

     

     

  • Que faire de six incipits?

    Je sais à quel point cette histoire pourra semer de trouble et d'angoisse, à quel point elle perturbera de gens. Je me doute que l'éditeur qui acceptera de prendre en charge ce manuscrit s'exposera à d'infinis ennuis. La prison ne lui sera sans doute pas épargnée, et je tiens à lui demander tout de suite pardon pour le dérangement. Mais il faut que j'écrive ce livre sans plus tarder, parce que si on me retrouve dans l'état où je suis maintenant, personne ne voudra ni m'écouter ni me croire.

    Je vais entrer tout de suite dans le vif du sujet, sans autre forme de procès. L'Assistant, au Jardin d'Acclimatation, qui s'intéresse aux pythons, m'avait dit :

    - Je vous encourage fermement à continuer, Cousin. Mettez tout cela par écrit, sans rien cacher, car rien n'est plus émouvant que l'expérience vécue et l'observation directe. Évitez surtout toute littérature, car le sujet en vaut la peine.

    Mais commençons par le début : une histoire d’héritage. A trente-cinq ans, il me semble qu’il est temps de se retirer de la course. Si course il y a. J’en avais par-dessus la tête de mon emploi dans la société d’articles de sport Comète. Il était déjà tard, je n’avais pas loin de quarante ans et mon statut de chef du service de promotion des chaussures de saut était le plafond au-delà duquel je ne réussirais pas à monter. Je serais mort d’ennui et de tristesse si je n’avais pas fait cet héritage inattendu. C’est bien rare, mais il y a encore des oncles d’Amérique, à moins que le mien ne soit le dernier. En tout cas, aucun des collègues de la petite entreprise où je travaillais n’avait un père, un cousin ou un oncle américain. Ils s’en montrèrent jaloux : imaginez-vous, ne plus avoir besoin de travailler !

    Je suis donc parti pour un tour du monde, un peu à l’aventure, comme dans les livres de Nicolas Bouvier. J’ai tout de même choisi de faire une traversée confortable avant de m’attaquer à ce trekking au Maroc.

    Le soleil et moi étions levés depuis longtemps quand je me souvins que c’était le jour de mon anniversaire, et du melon acheté ans le dernier bazar traversé la veille au soir. Je m’en fis cadeau, le curai jusqu’à l’écorce et débarbouillai mon visage poisseux avec le fond de thé qui restait dans ma gourde.

    Jamais je ne m'habituerai au printemps. Année après année, il me surprend et m'émerveille. L'âge n'y peut rien, ni l'accumulation des doutes et des amertumes. Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter, mon cœur gonfle à l'image des bourgeons. Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien, que seule notre maladresse a provoqué l'hiver et que cette fois-ci nous ne laisserons pas fuir l'avril et le mai.

    Mais que dire alors du merveilleux printemps marocain ! De cette fête pour tous les sens ! De cette euphorie dans tout mon être ! C’est pourquoi, ce soir-là, je n’ai pas trouvé bizarre d’avoir à remplir une fiche ainsi libellée, que j’ai complétée en souriant :

    Sexe Masculin
    Nom Néant
    Numéro de code M-73F
    Age 32 ans
    Taille 1,76 m
    Poids 59 kg

    Constitution : maigre mais musclé.

    Vision : En raison d'une myopie moyenne des deux yeux, port de lentilles de contact.

    Cheveux : légèrement bouclés.

    Signe particulier : À la commissure gauche des lèvres, cicatrice à peine visible (séquelle d'une rixe d'étudiants, semble-t-il, quoique je possède un caractère particulièrement doux).

    Fumeur : moins de dix cigarettes par jour.

    Don : pour le patin à roulettes

    Et ça continuait ainsi sur trois pages.

    ***

    texte écrit à l'aide de six incipits

    Kôbô Abé, Rendez-vous secret 

    René Barjavel, La Faim du tigre

    Emile Ajar, Gros Câlin

    Nicolas Bouvier, Le poisson-scorpion

    Marie Darieussecq, Truismes

     

    Eugène Ionesco, Le solitaire

    Merci à Joe Krapov pour cette consigne!

    Rigolant

     

  • Stupeur et tremblements de lectrice

    348 heures et 29 minutes, c'est le temps nécessaire pour écouter dans son intégralité les Rougon-Macquart d'Emile Zola en livre audio.

    - Moi, dit le petit Prince, si j'avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine.

    - Moi, dit l'Adrienne, si j'avais trois cent quarante-huit heures et vingt-neuf minutes à dépenser, je ...

    Stop!

    Elle ne sait même pas ce qu'elle en ferait!

    Et la voilà qui se perd en calculs savants, divise par tranches de 24, arrive à une quinzaine de journées de 24 heures, en retire huit pour le sommeil et huit pour vivre-se nourrir-travailler-un-peu et conclut que si elle avait une quarantaine de journées de huit heures à consacrer à des livres audio, ce ne serait peut-être pas les Rougon-Macquart qu'elle écouterait.

    ***

    Pour ceux qui préfèrent la version texte
    c'est ici
    http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Rougon-Macquart

    Les livres audio
    c'est ici
    http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/zola-emile-les-rougon-macquart-oeuvre-integrale.html

    ***

    Vous voulez un petit jeu des incipits?

    1.Lorsqu’on sort de Plassans par la porte de Rome, située au sud de la ville, on trouve, à droite de la route de Nice, après avoir dépassé les premières maisons du faubourg, un terrain vague désigné dans le pays sous le nom d’aire Saint-Mittre.

    2.Au milieu du grand silence, et dans le désert de l’avenue, les voitures de maraîchers montaient vers Paris, avec les cahots rythmés de leurs roues, dont les échos battaient les façades des maisons, endormies aux deux bords, derrière les lignes confuses des ormes. Un tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, s’étaient joints aux huit voitures de navets et de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tout seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine à petites raies noires et grises, les charretiers sommeillaient, les guides aux poignets. Un bec de gaz, au sortir d’une nappe d’ombre, éclairait les clous d’un soulier, la manche bleue d’une blouse, le bout d’une casquette, entrevus dans cette floraison énorme des bouquets rouges des carottes, des bouquets blancs des navets, des verdures débordantes des pois et des choux. Et, sur la route, sur les routes voisines, en avant et en arrière, des ronflements lointains de charrois annonçaient des convois pareils, tout un arrivage traversant les ténèbres et le gros sommeil de deux heures du matin, berçant la ville noire du bruit de cette nourriture qui passait.

    3.Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il l’envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait l’avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d’une nappe d’incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.

    4.À neuf heures, la salle du théâtre des Variétés était encore vide. Quelques personnes, au balcon et à l’orchestre, attendaient, perdues parmi les fauteuils de velours grenat, dans le petit jour du lustre à demi-feux. Une ombre noyait la grande tache rouge du rideau ; et pas un bruit ne venait de la scène, la rampe éteinte, les pupitres des musiciens débandés. En haut seulement, à la troisième galerie, autour de la rotonde du plafond où des femmes et des enfants nus prenaient leur volée dans un ciel verdi par le gaz, des appels et des rires sortaient d’un brouhaha continu de voix, des têtes coiffées de bonnets et de casquettes s’étageaient sous les larges baies rondes, encadrées d’or. Par moments, une ouvreuse se montrait, affairée, des coupons à la main, poussant devant elle un monsieur et une dame qui s’asseyaient, l’homme en habit, la femme mince et cambrée, promenant un lent regard. 

    5.Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de Cherbourg l’avait débarquée avec ses deux frères, après une nuit passée sur la dure banquette d’un wagon de troisième classe. Elle tenait par la main Pépé, et Jean la suivait, tous les trois brisés du voyage, effarés et perdus au milieu du vaste Paris, le nez levé sur les maisons, demandant à chaque carrefour la rue de la Michodière, dans laquelle leur oncle Baudu demeurait. Mais, comme elle débouchait enfin sur la place Gaillon, la jeune fille s’arrêta net de surprise.

    6.Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d’avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d’arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d’une jetée, au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres.

    7.En entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table le pain d’une livre, le pâté et la bouteille de vin blanc. Mais, le matin, avant de descendre à son poste, la mère Victoire avait dû couvrir le feu de son poêle, d’un tel poussier, que la chaleur était suffocante. Et le sous-chef de gare, ayant ouvert une fenêtre, s’y accouda.

     

  • 7 titres pour 7 jours

    Partir sept jours et emporter sept livres, cela ne vous semble-t-il pas un programme équilibré? Je vous donne le début Clin d'œil

    1.Delphine et Denis étaient partis les premiers, pour préparer la maison. Alex et Jeanne les rejoindraient en train le lendemain avec leurs copains, condition posée auprès de leurs parents pour venir passer le week-end du 14 juillet avec eux et leurs amis à Coutainville. Ainsi, pensait Delphine, ils seraient dix dans la maison, et c'était bien. Il fallait du monde, le plus de monde possible entre elle et Denis.

    2.Il paraît, après la guerre, tandis que Brest était en ruines, qu'un architecte audacieux proposa, tant qu'à reconstruire, que tous les habitants puissent voir la mer: on aurait construit la ville en hémicycle, augmenté la hauteur des immeubles, avancé la ville au rebord de ses plages. En quelque sorte, on aurait tout réinventé. On aurait tout réinventé, oui, s'il n'y avait pas eu quelques riches grincheux voulant récupérer leur bien, ou non pas leur bien puisque la ville était de cendres, mais l'emplacement de leur bien.

    3.Isabel Dalhousie vit le jeune homme tomber du "paradis", le dernier étage de la salle de concert. La chute fut très brève, une fraction de seconde, à peine le temps pour elle d'apercevoir la silhouette renversée du jeune homme, les cheveux en bataille, la veste et la chemise relevées sur son torse, découvrant l'abdomen. Il heurta la rambarde du premier balcon et piqua la tête la première vers le parterre en contrebas.

    4.Je suis tombé amoureux de deux personnes en même temps, un vendredi matin, dans un bus d'Air France. Elle est blonde, en tailleur noir, les traits tirés, les yeux rougis, l'air à la fois concentré et absent, les doigts crispés sur la poignée de maintien au-dessus de sa tête. Il est tout petit, avec de groses lunettes rondes à monture jaune, des cheveux noirs collés au gel qui se redressent en épis, et un chasseur bombardier Mig 29 de chez Mestro dans la main droite.

    5.Jusqu'à ce qu'Anna Politkovskaïa soit abattue dans l'escalier de son immeuble, le 7 octobre 2006, seuls les gens qui s'intéressaient de près aux guerres de Tchétchénie connaissaient le nom de cette journaliste courageuse, opposante déclarée à la politique de Vladimir Poutine. Du jour au lendemain, son visage triste et résolu est devenu en Occident une icône de la liberté d'expression.

    6.La nuit d'avant la vague, je me rappelle qu'Hélène et moi avons parler de nous séparer. Ce n'était pas compliqué: nous n'habitions pas sous le même toit, n'avions pas d'enfant ensemble, nous pouvions même envisager de rester amis; pourtant c'était triste. Nous gardions en mémoire une autre nuit, juste après notre rencontre, passée tout entière à nous répéter que nous nous étions trouvés, que nous allions vivre le reste de notre vie ensemble, vieillir ensemble, et même que nous aurions une petite fille.

    7.On se ment toujours.
    Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n'ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu'on plonge les sauver. Je n'ai pas la taille mannequin; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J'ai un corps dont les bras d'un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. 

    Puis en tapant ces incipits je me suis rendue compte que j'avais déjà lu le numéro 2 et je l'ai remplacé par ceci:

    Une fois M. de Charlus parti, nous pûmes enfin, Robert et moi, aller dîner chez Bloch. Or je compris pendant cette petite fête, que les histoires trop facilement trouvées drôles par notre camarade étaient des histoires de M. Bloch, père, et que l'homme «tout à fait curieux» était toujours un de ses amis qu'il jugeait de cette façon. Il y a un certain nombre de gens qu'on admire dans son enfance, un père plus spirituel que le reste de la famille, un professeur qui bénéficie à nos yeux de la métaphysique qu'il nous révèle, un camarade plus avancé que nous (ce que Bloch avait été pour moi) qui méprise le Musset de l'Espoir en Dieu quand nous l'aimons encore, et quand nous en serons venus au père Lecompte ou à Claudel, ne s'extasiera plus que sur:

    «A Saint−Blaise, à la Zuecca
    Vous étiez, vous étiez bien aise».

    en y ajoutant

    «Padoue est un fort bel endroit
    Ou de très grands docteurs en droit...
    Mais j'aime mieux la polenta...
    Passe dans son domino noir
    La Toppatelle.

    et de toutes les «Nuits» ne retient que

    «Au Havre, devant l'Atlantique
    A Venise, à l'affreux Lido.
    Où vient sur l'herbe d'un tombeau
    Mourir la pâle Adriatique.

  • Z comme zut!

    Quelques étages au-dessus du vacarme de la circulation nocturne, sa silhouette nue se détachait telle une gargouille sur le mur de sa chambre à peine éclairée.

    - Zut! s’exclama George, comme chaque soir à peu près à la même heure. Zut et rezut! Pourquoi est-ce qu’elle reste toujours dans ce coin de la pièce?

    Il revérifia la position de sa longue-vue, régla une dernière fois l’objectif de sa caméra. Peine perdue.

    La jolie voisine d’en face s’obstinait à ne pas se montrer devant sa fenêtre.

     

    Un mois entier qu’il payait ce loyer pour rien, à attendre la photo qui ferait de lui un homme riche.

    ***

    écrit pour Mandrine suite à l'incipit imposé: “ Quelques étages au dessus du vacarme de la circulation nocturne, sa silhouette nue se détachait telle une gargouille sur le mur de la chambre à peine éclairée …”

    Elizabeth George, “ Une douce vengeance “

    http://mandrine6.wordpress.com/2013/05/24/la-magie-des-mots-n-12-chez-mamie-mandrine/

  • U comme usure

    La maison était entourée de collines au nord, à l’est et au sud. Un petit ruisseau venant de l’est traversait le jardinet où je m’efforçais de faire pousser des pommiers, des poiriers et même des orangers.

    Non pas que le climat soit si clément dans notre Flandre profonde, mais je mettais soigneusement dans des pots de fleurs quelques pépins des fruits que je mangeais. Je les soumettais d’abord à un examen sélectif sévère: étaient-ils bien brillants, bien dodus, parfaitement entiers et sans défauts? Alors seulement ils avaient droit à quelques centimètres de terre, à des arrosages, des désherbages et tout mon amour.

    Chaque midi, après le repas, j’allais scruter mes cultures. Celui qui n’a jamais rien semé ne connaît pas la joie de voir enfin sortir de terre les cotylédons, l’angoisse pour la fonte des semis ou un hiver particulièrement rigoureux, la fierté devant la brindille qui s’élève…

    Puis, invariablement, arrivait le jour où mes cultures étaient dévastées.

    - Qu’est-ce qui est arrivé à mes pommiers? demandai-je à ma grand-mère.

    Car cet été-là, j’en avais trois. Ils avaient déjà atteint la merveilleuse hauteur de presque quinze centimètres. J’étais particulièrement satisfaite de mes plantations, cette année-là, vu que les trois semences du pot avaient germé et bien poussé. J'envisageais précisément de les rempoter.

    - Ces trois petites brindilles? disait ma grand-mère sans se rendre compte de la douleur qu’elle me faisait. Je les ai jetées…

    C'est alors, vers l'âge de 14 ans, que j'ai décidé d'arrêter la fructiculture et de me tourner vers autre chose.

    Ma grand-mère m'avait eue à l'usure Langue tirée

    ***

    “ La maison était entourée de collines au nord, à l’est et au sud. Un petit ruisseau venant de l’est traversait le jardinet …” était proposé comme incipit par Mandrine et vient du livre  Ma famille inoubliable de Fred Chappell

  • X c'est l'inconnu

    Cette histoire écrite dans la magie de cet hiver-là...

    Cette histoire écrite dans la magie de cet hiver-là, je ne sais pas si je vais l’envoyer à un éditeur.

    Souviens-toi. Souviens-toi de ce froid intense, de cette neige tombée abondamment, semaine après semaine. Nous ne sortions plus guère. Pourquoi l’aurions-nous fait, d’ailleurs ? Nous préférions rester le plus longtemps possible ensemble au coin du feu. J’écrivais. Je te faisais la lecture. Tu approuvais, tu commentais. Tu avais comme toujours une si juste vision des choses…

    Mais cette histoire-là, non vraiment je ne sais pas si je vais l’envoyer à mon éditeur.

    Tu n’es plus là pour me lire.

    ***

    écrit pour

    http://mandrine6.wordpress.com/2013/04/27/la-magie-des-mots-n11/#comments

    l'incipit "Cette histoire écrite dans la magie de cet hiver-là" était imposé

  • M comme magie des mots

    Ma première fois, c’était différent. Je croyais que ce serait atroce, compliqué, sale et gluant.
    Qu’il y aurait du sang partout. Je ne savais pas du tout comment m’y prendre.
    Mon partenaire non plus, d’ailleurs.

    Oui, la première fois, c’était pénible.
    Enfin, surtout pour moi…

    Après, bien sûr, ça s’est amélioré.
    On acquiert une certaine technique, tout de même.
    Petit à petit...

    Mais la première fois, en effet, c'était atroce, compliqué, exactement comme je l'avais craint.
    Et j’ai beaucoup saigné.

     

    oksanen.jpg

    http://www.editions-stock.fr/livre/stock-380628-Les-vaches-de-Staline-hachette.html

    Car en voulant lui ôter le gésier, c’est dans mon propre doigt que je me suis coupée.

    C’est vrai que c’est gluant, un poulet fraîchement plumé.

    texte écrit pour Magie des mots n°10
    à l'aide de l'incipit du roman de
    Sofi Oksanen, Les vaches de Staline
    http://mandrine6.wordpress.com/2013/04/07/la-magie-des-mots-n10-chez-mandrine

  • U comme une fiction, une!

     Le coffret

    « Vous ne me reconnaissez pas? » demandai-je.

    La femme me lança un regard scrutateur; elle avait entrouvert la porte d'entrée. Je m'approchai et montai la marche devant la maison.

    - Non, je ne vous reconnais pas.

    - Je suis la petite-fille de Maurice et Adrienne S…
    - Je ne vois pas de qui vous voulez parler.

     

    Il était clair qu’elle n’avait envie ni de me recevoir, ni de se souvenir. Mais il y avait eu cette crispation fugace autour de sa bouche qui montrait bien qu’elle savait. Et ce regard fuyant au moment où elle allait me refermer la porte au nez. Alors, d’un geste brusque, je lui tendis le coffret :

     

    - J’ai trouvé ça dans les affaires de ma grand-mère. Je crois que ça vous appartient.

     

    Je la plantai là sans attendre sa réaction. Je ne m‘inquiétais pas : sa curiosité ferait le reste.

     

    - Dors en paix, grand-mère, pensai-je en marchant vers la gare d’un pas plus léger, dors en paix. Si tout se passe comme prévu, elle n’aura qu’une hâte : jeter au feu ce coffret qui lui brûle sûrement déjà les doigts, le faire disparaître par les flammes avec son contenu accablant.

     

    Je repris le train et rentrai chez moi. Les deux jours suivants, je scrutai attentivement les faits divers de quelques journaux. Je finis par découvrir ce que je cherchais.

     

    L’explosion avait été terrible.

     

    - Tu es vengée, grand-mère, murmurai-je en reprenant tranquillement une tasse de thé au jasmin.


    écrit pour le défi 212 à partir d'un incipit imposé (Adresse, de Marga Minco)

  • V comme Venise (6)

    "La seconde gondole, qui avait réglé son allure sur la nôtre, accosta derrière nous au débarcadère de la gare du chemin de fer de Santa Lucia. Sans doute ne nous restait-il plus maintenant qu'à faire demi-tour et à regagner piteusement l'hôtel. Papa avait l'air si désespéré que personne n'osait ouvrir la bouche pour le consoler du désastre. Cependant, maman lui conseilla d'aller se renseigner, pour plus de sûreté, au guichet. Il s'y rendit en traînant les pieds. Trois minutes plus tard, il revenait transfiguré: par chance, à cette époque, les trains étaient rarement à l'heure en Italie. Le nôtre n'était même pas tout à fait formé. Nous avions juste le temps de l'attraper en courant. Nous coltinâmes les bagages et nous ruâmes, encadrant grand-mère qui gémissait et boitillait, vers le quai où le convoi attendait encore sa locomotive. Lorsque toute notre famille se fut affalée sur les sièges du compartiment, j'eus l'impression que nous venions d'échapper, par miracle, à la dernière attaque des bolcheviks. Reprenant sa respiration, maman dit, avec un rien de reproche dans la voix:
    - Comme toujours, Aslan, tu as eu tort de t'inquiéter: à cause de ton impatience, tu n'as même pas vu Venise!"

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, pages 18-19

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    au fil du Canal Grande, sept heures du soir: ponte dell'Accademia

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    Je n'ai pas pris de photo de la gare de Santa Lucia (elle manque de charme) par contre j'ai photographié un des nombreux paquebots de luxe (surtout grecs) qui défilent tous les jours dans la lagune:

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    photo prise vers 07.30 h.
    Au même moment et au même endroit, un autre genre de bateau vient ramasser le linge sale des hôtels:

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  • V comme Venise (5)

    "Au jour dit, à l'heure dite, nous embarquâmes dans deux gondoles commandées pour nous par le concierge de l'hôtel. En mettant le pied dans le bateau, papa avait l'air soucieux d'un général à la veille d'une bataille. Je pris place avec lui, maman et grand-mère dans le premier de ces esquifs à la silhouette élégante et funèbre, mon frère, ma soeur et Mlle Boileau s'installant dans le second. Et la lente glissade commença, dans un silence religieux, entre les orgueilleuses façades des palais vénitiens, échelonnés de part et d'autre du Grand Canal."

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, page 15.

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    vue sur le Canal Grande et le palazzo Cavalli Franchetti

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    Canal Grande, vue sur le ponte dell'Accademia

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    Canal Grande, palazzi et vaporetti

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    que l'on regarde à gauche ou à droite Clin d'œil

  • V comme Venise (4)

    "- On n'a pas le droit, quand on est à Venise, de s'en aller sans l'avoir visitée! soupirait maman. Une telle occasion ne se retrouvera peut-être jamais! Il suffirait de changer la date des billets...
    - Je sais quelques mots d'italien, précisa Mlle Boileau. Si vous voulez, monsieur, je peux très bien aller discuter à la gare, tâcher d'arranger les choses...
    Mais "monsieur" fut intraitable. Ayant épuisé tous ses arguments, maman se résigna. Pourtant, elle suggéra qu'à titre de "compensation" nous nous rendions à la gare non dans un de ces canots à moteur rapides et bruyants, qui fendent l'eau avec insolence, mais dans une idyllique gondole. Papa sourit avec mansuétude, sous sa courte moustache, à cette manifestation d'un romantisme désuet chez son épouse. Mais elle avait un si joli regard qu'il céda:
    - Seulement, dit-il, je crois que nous sommes trop nombreux et que nous avons trop de bagages pour une seule gondole. Nous en prendrons deux, par précaution."

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, pages 14-15.

     

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    la maison des gondoliers est en bois et de nombreux chapeaux y sont accrochés; des gondoles sont en attente de réparation

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    à 07.30 h., le trafic est déjà intense mais les gondoles sont encore au repos

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    pour aller à la gare en gondole par le canal Grande, on passe sous le ponte Rialto Cool

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    et quand on voit les vaporetti qui accostent d'une rive à l'autre, les gondoles qui promènent les touristes, les nombreux canots à moteur de toutes les tailles, les taxis qui filent en tous sens, on se demande comment il est possible qu'il n'y ait pas davantage d'"accidents de canaux" Langue tirée

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    comme ici, à l'embarcadère de san Zaccaria

  • 22 incipits, 22 lieux (suite)

    On joue comme le 22 du mois dernier? Voici des débuts de romans classés par ordre alphabétique de leur auteur. Ils ont de nouveau été choisis parce qu'ils évoquent chaque fois un lieu.

    Pour ceux qui n'ont pas envie de se casser la tête Clin d'œil j'ai mis les titres des oeuvres en bas de page. Dans le désordre, évidemment, ou plutôt dans l'ordre alphabétique... on ne se refait pas Langue tirée

    ***

    L... La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second.

    M... La Brigade Ecossaise fit disputer ses championnats de boxe dans une belle grange flamande voisine de Poperinghe.

    N... Le moyen le plus eficace d'apprendre le japonais me parut d'enseigner le français. Au supermarché, je laissai une petite annonce: "Cours particuliers de français, prix intéressant". Le téléphone sonna le soir même. Rendez-vous fut pris pour le lendemain, dans un café d'Omote-Sando.

    O... Ce matin-là elle m'a demandé de mettre mon doigt sur la ficelle très fort, pendant qu'elle faisait le nœud pour tenir bien serrées les pattes du poulet. J'ai appuyé de toutes mes forces, et on aurait dit que mon doigt était cassé au bout. C'est très dur de le retirer juste quand elle a fini le nœud, il ne faut pas que le doigt reste prisonnier de la ficelle, et il ne faut pas non plus le retirer trop vite et que les pattes mortes du poulet mort se relâchent d'un seul coup. Ma grand-mère met une concentration extrême dans le ficelage du poulet, et moi je n'ai pas le droit à l'erreur : il faut y arriver du premier coup, je ne sais pas pourquoi. " C'est impossible d'être deux dans une cuisine ! " elle me lance quand elle sent que j'hésite un peu, et ça me vexe drôlement, je fais de mon mieux, je peux le jurer.
    Après, elle a allumé le feu de la cuisinière et elle a passé le poulet au-dessus de la flamme. Ça puait. Ça faisait des petits grains noirs sur la peau blanche et molle, je crois que c'est ça qu'on appelle " la chair de poule ", maman le disait quand elle rentrait du cinéma, je me souviens le cinéma lui donnait la chair de poule.
    Moi, c'est de voir ma grand-mère cuisiner qui me donne le frisson. Elle allume le gaz du four et puis au lieu de lancer directement l'allumette, elle prend son temps. C'est un suspense terrible. Je me sens responsable de tout l'immeuble, parfois même je me demande si je ne suis pas complice de cette explosion qui arrivera tôt ou tard, en plein cœur de Nice.

    P... Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon. (...° Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.

    Q... Certains témoins mentionnent qu'aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown, un auguste, au demeurant fort mal maquillé et au costume de scène bien dépenaillé, de s'introduire dans la salle d'audience du palais de justice de Bordeaux.

    R... Il y a un peu plus de quatre cents ans, mais il me semble que c'était hier, vivait à Saint-Maur-des-Fossés un curieux bonhomme qui se prétendait prêtre tout en portant la robe et le bonnet des hommes de science (...)

    S... Ils n'avaient pas de folklore de première rencontre. Ils ne s'étaient jamais rencontrés, puisqu'ils s'étaient toujours connus. Simplement, elle était arrivée un peu plus tard que lui, mais c'est à bord de la poussette de maurice, qui trottait déjà, que Zaza avait fait sa première sortie en ville sous le soleil de son premier printemps parisien de petite fille juive polonaise. (...) au 58 de la rue de la Mare, dans le XXe arrondissement de Paris.

    T... Le samedi 20 janvier 1663, vers onze heures du soir, au sortir du Palais-Royal où Monsieur - le frère du roi - donne un grand bal, deux jeunes hommes, suivis par six autres, déboulent dans la rue.

    U... à part Uderzo, je n'ai rien Clin d'œil

    V... Alors que l'horloge de l'hôpital de la Salpêtrière sonnait trois heures du matin, Louis Châgniot, qui dormait seul dans le lit conjugal, fut ébranlé par un grand bruit, semblable à un grondement sismique. Dans son sommeil, il assista à un éboulement prodigieux.

    *

    ***

    *

    Adieu Volodia - Effroyables jardins - La disparition - La Princesse de Clèves - La promenade des Russes - Le maître des abeilles - Le Montespan - Le roman de Rabelais - Les silences du Colonel Bramble - Ni d'Eve ni d'Adam

  • V comme Venise (3)

    "Maman aurait souhaité profiter de notre séjour à Venise pour visiter les galeries d'art, les églises, rêver sur la place Saint-Marc et devant le pont des Soupirs. Mais papa lui expliqua que nous étions tenus par des dates impératives et que, le but final de notre voyage étant la France, nous ne pouvions nous permettre de musarder en cours de route. Bref, il n'était pas question de défaire les valises, ni même de mettre le nez dehors."

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, page 11

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    le meilleur moment pour rêver place Saint-Marc, c'est à sept heures du matin Clin d'œil

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    C'est aussi le seul moment de la journée où la piazza est toute proprette, les balayeurs terminant de ramasser les détritus de la nuit et de la veille. Comme ici, sous les arcades du palazzo ducale, où le nettoyage matinal vient d'être fait...

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    Par contre, au pont des Soupirs c'est la désillusion assurée pour les âmes romantiques (et pour les autres aussi, à mon avis) car il a été transformé en pont l'Oréal et c'est à peine si on peut encore le distinguer entre les panneaux publicitaires géants...

  • 22 incipit, 22 lieux

    Vous voulez jouer? Voici onze débuts de romans classés par ordre alphabétique de leur auteur. Ils ont été choisis parce qu'ils évoquent chaque fois un lieu.

    Pour ceux qui n'ont pas envie de se casser la tête Clin d'œil j'ai mis les titres des oeuvres en bas de page.Dans le désordre, évidemment, ou plutôt dans l'ordre alphabétique... on ne se refait pas Langue tirée

    ***

    A... Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189... Je continue à dire "chez nous", bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n'y reviendrons certainement jamais. Nous habitions les bâtiments du Cour Supérieur de Sainte-Agathe.

    B... Ma paroisse est une paroisse comme les autres. Toutes les paroisses se ressemblent. Les paroisses d'aujourd'hui, naturellement. Je le disais hier à M. le curé de Norenfontes (...)

    C... Au-dessus de la carriole qui roulait sur une route caillouteuse, de gros et épais nuages filaient vers l'est dans le crépuscule. Trois jours auparavant, ils s'étaient gonflés au-dessus de l'Atlantique, avaient attendu le vent d'ouest, puis s'étaient ébranlés, lentement d'abord et de plus en plus vite, avaient survolé les eaux phosphorescentes de l'automne, droit vers le continent, s'étaient effilochés aux crêtes marocaines, reformés en troupeaux sur les hauts plateaux d'Algérie, et maintenant, aux approches de la frontière tunisienne, essayaient de gagner la mer Tyrrhénéenne pour s'y perdre.

    D... Il y a dans le même pays plusieurs mondes véritablement. Si l'on explore les Ardennes, ce n'est pas une forêt que l'on découvre, mais mille forêts.

    E... J'ai passé les épreuves pratiques du Capes dans un lycée de Lyon, à la Croix-Rousse. Un lycée neuf, avec des plantes vertes dans la partie réservée à l'administration et au corps enseignant, une bibliothèque au sol en moquette sable.

    F... Winckelmann, Johan Joachim, né à Stendal, en Allemagne orientale, le 9 décembre 1717, d'un cordonnier mecklembourgeois. Jeune homme pauvre, étudie la théologie à l'Université de Halle, puis la médecine à l'Université d'Iéna. Travaille sans répit. Pas plus de quatre heures de sommeil.

    G... Sur le revers d'une de ces collines décharnées qui bossuent les Landes, entre Dax et Mont-de-Marsan, s'élevait, sous le règne de Louis XIII, une de ces gentilhommières si communes en Gascogne, et que les villageois décorent du nom de château.

    H... Il y a aujourd'hui trois cent quarante-huit ans six mois et dix-neuf jours que les Parisiens s'éveillèrent au bruit de toutes les cloches sonnant à grande volée dans la triple enceinte de la Cité, de l'Université et de la Ville.

    I... d'Ionesco, je n'ai que du théâtre et d'Isidore Isou, je n'ai rien Clin d'œil

    J... La bille roule entre mes doigts au fond de ma poche. C'est celle que je préfère, je la garde toujours celle-là. Le plus marrant c'est que c'est la plus moche de toutes: rien à voir avec les agates ou les grosses plombées que j'admire dans la devanture de la boutique du père Ruben au coin de la rue Ramey (...)

    K... Les rideaux laissaient filtrer la clarté trouble du petit jour. Selon son habitude, il remonta la couverture pour somnoler encore un peu, mais il eut tôt fait de se rendre compte qu'il n'y parviendrait pas. (...) Il s'extirpait du sommeil pour aller assumer ses fonctions au Tabir Sarrail, le fameux Bureau qui s'occupait précisément du sommeil et des songes (...)

    *

    ***

    *

    Journal d'un curé de campagne - La place - Le capitaine Fracasse - Le grand Meaulnes - Le palais des rêves - Le pays où l'on n'arrive jamais - Le premier homme - Notre-Dame de Paris - Signor Giovanni - Un sac de billes

    ***

    On rejoue le 22 du mois prochain?

  • E comme éthique

    Souvent je me dis que continuer ce blog tient un peu de la folie. J'y passe des heures assise, c'est mauvais pour le dos, ça empêche de faire un tas d'autres choses intéressantes (lire), utiles (ranger le bureau), saines (faire du sport) et c'est terriblement addictif. Comme le café, le chocolat et tout ce qui est bon dans la vie Clin d'œil

    Je vois bien que je ne suis pas la seule avec mes états d'âme cybernétique(s), tant d'autres blogueurs et blogueuses font des pauses ou arrêtent leurs activités. Alors pourquoi je continue?

    Pour tous ces liens qui se sont tissés même si on n'a jamais vu ceux qui viennent lire et commenter fidèlement. Pour tous ces liens qui se sont tissés avec ceux qu'on lit et commente fidèlement. Pour tout ce qu'ils nous apportent et nous apprennent.

    Voilà, c'est aussi simple que ça. Egoïste et narcissique Langue tirée

    Comme certaines blogamies sont Canadiennes, Québécoises, je cherche de plus en plus à lire des oeuvres de là-bas. Ce n'est pas toujours facile de les trouver, il semblerait bien que l'Atlantique soit assez dur à traverser. Presque autant que le Quiévrain Clin d'œil

    C'est par le plus grand des hasards que j'ai mis la main le mois dernier sur un roman du Québécois Yves Beauchemin, Les émois d'un marchand de café, à propos duquel vous trouverez des commentaires et des références dans les liens ci-dessous.

    Je ne vous ferai donc pas de "commentaire critique" mais je vous dirai simplement les deux domaines qui font pour moi la spécificité de ce livre.

    D'abord, il y a le titre que j'ai donné à ce billet: E comme éthique. En lisant ces émois d'un marchand de café, je me suis longtemps demandé à quel genre romanesque il fallait le rattacher. Ce n'est que vers la centième page que la réponse m'est peu à peu apparue: c'est un "roman éthique". Et si ça n'existe pas encore, il faudra l'inventer.

    En effet, vous avez là un personnage qui vers la soixantaine se décide à réparer le mal qu'il a fait pendant sa carrière d'homme d'affaires florissant. Toute la suite de l'histoire démontre à quel point cette démarche qu'on croirait fort simple s'avère au contraire tout à fait pénible. Surtout pour le protagoniste. Sa volonté de faire le bien suscite de nombreux problèmes et même de sournoises hostilités. Mais je n'en dirai pas plus...

    Ensuite il y a tout ce qui relève de la "couleur locale". Vu que je ne connais que le (faux) Canada de Maria Chapdelaine, chaque nom de lieu a des consonances d'exotisme: les rues de Montréal, la taïga du Grand Nord et le chalet près d'un lac où notre héros va passer ses "fins de semaine".

    Car il y a aussi les mots: on ne dit pas week-end, ni shopping, ni tous ces autres anglicismes que nous utilisons quotidiennement sans plus nous en rendre compte. Il y a également des expressions qui m'étaient totalement inconnues, comme ces "Bâton rouge!" pour ponctuer une forte exclamation.

    ***

    http://calounet.pagesperso-orange.fr/resumes_livres/beauchemin_resume/emoiscafe_beauchemin.htm

    http://felix.cyberscol.qc.ca/lq/auteurB/beauch_y/emois_yb.html

    ***

    Pour ceux qui aimeraient lire l'incipit, histoire de se faire une idée du bouquin, le voici:

    "Vers le milieu du printemps de 1995, Guillaume Tranchemontagne, un commerçant de cinquante-neuf ans qui s'était enrichi dans le café, décida un bon matin, tout en se rasant, de changer de conduite pour consacrer désormais sa vie à faire le bien. Il se retrouva bientôt dans une situation étrange.

    L'affaire avait débuté de façon anodine. Depuis quelque temps, il se sentait mécontent de lui-même et de la vie en général, sans pouvoir mettre le doigt sur la cause de son insatisfaction. Pourtant, tout baignait dans l'huile, chez Délicaf, la société de pause-café qu'il avait fondée trente ans plus tôt; sa fille et ses deux garçons s'acquittaient bien de leurs fonctions, les clients ne se plaignaient pas trop, aucun chèque sans provision n'était apparu depuis trois semaines (chose rare) et l'exercice financier s'achevait avec un joli profit. Malgré tout, chaque jour il arrivait maussade et fatigué au bureau et restait de longs moments assis dans la cuisinette à boire café sur café pour essayer de se donner un peu d'entrain."

    littérature,incipit,lecture,lecteur,les joies de l'internetéditions De Fallois 1999

  • V comme Venise (2)

    "Notre première escale devait être Venise. Lorsque nous embarquâmes vers cette destination mirifique, ma mère avait un visage illuminé de bonheur. Dans la tragédie de l'exil, il lui semblait que l'Europe victorieuse nous souriait enfin. J'avais sept ans et demi à l'époque et je me souviens de son exaltation quand, blottis sur un "vaporetto", nous découvrîmes la Cité des Doges."

    Henri Troyat, Le fils du satrape, Grasset 1998, pages 10-11

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    Canal Grande, un vaporetto bondé passe devant le palazzo Cavalli Franchetti

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    assise à l'avant dans le vaporetto de la ligne 42, ma mère tombe sous le charme de Venise, elle aussi Cool

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    le vaporetto de la ligne 41 approche de San Marco

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    la mer était un peu agitée Innocent dit la photographe en guise d'excuse pour le flou de la photo

    Venise août 2011 072 - kopie.JPG

    et voilà, on ralentit pour l'arrêt à l'embarcadère de San Zaccaria

  • V comme Venise (1)

    "Habitué à recevoir des couples en voyage de noces, des amants clandestins, des esthètes écumeurs de musées, des touristes pour qui le fin du fin est de visiter le plus de monuments possible en un minimum de temps, le concierge de ce grand hôtel de Venise, que mon père avait choisi sur la recommandation d'un porteur de bagages, dut être désagréablement surpris en voyant débarquer, au mois de mars 1920, dans le hall somptueux du palace, la famille Tarassof au complet, avec ses visages anxieux, ses vêtements défraîchis et ses valises de pauvres aux couvercles consolidés par des ficelles."

    Ainsi commence Le fils du satrape, d'Henri Troyat, et en lisant cet incipit je me demandais dans quelle catégorie je devais nous mettre, ma mère et moi, qui avons passé cinq jours à Venise à la fin du mois d'août: nous n'avons visité aucun musée, sauf Ca'Rezzonico parce que je voulais revoir les petits tableaux de Pietro Longhi, ne sommes entrées dans aucune église, sauf ma mère qui tenait à dépenser des sous pour allumer une fausse bougie.

    Par contre, nous avons passé deux de nos cinq journées à la Biennale d'art moderne Langue tirée

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    Ca'Rezzonico, depuis le vaporetto

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    le rio di san Barnabà longe Ca'Rezzonico

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    Ca'Rezzonico, depuis le palazzo Malipiero

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    ma mère, assise dans le jardin, Ca'Rezzonico

  • J comme Jacqueline Harpman (4)

    Que faut-il penser d'un auteur qui ne résiste pas à la tentation de paraître dans ses propres livres, soit comme personnage, soit pour nommer et même commenter quelques-unes de ses oeuvres?

    Je me suis posé une première fois cette question avec étonnement en lisant La plage d'Ostende:

    "Un soir, Jacqueline Harpman, qui était bonne fille, trouva le moyen de l'emmener dans sa chambre et de la maquiller. Elle reparut le teint bien égalisé, le regard animé par un peu de rimmel, presque belle: pas tout à fait, elle gardait l'air timide et le maintien emprunté."

    Jacqueline Harpman, La plage d'Ostende, LdeP 9587, page 219

    Dans En toute impunité, que j'ai lu par la suite, le narrateur achète un de ses livres - même si c'est par méprise, il avait vu le titre Le bonheur dans le crime et avait pensé qu'il s'agissait de la nouvelle de Barbey d'Aurevilly:

    "(...) je m'étais contenté de passer cinq minutes dans une librairie encore ouverte où j'avais vu un titre alléchant: Le bonheur dans le crime. Il y avait longtemps que je n'avais pas relu l'admirable nouvelle de Barbey d'Aurevilly, j'avais donc acheté le livre (...)"

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 13

    "Je me mis au lit et, comme je ne m'endors jamais sans lire un moment, j'ouvris mon Barbey d'Aurevilly. Je compris dès les premières lignes que je ne serais pas en compagnie de Hauteclaire et Savigny: quel usurpateur sans vergogne s'était permis de s'approprier le titre de ce chef-d'oeuvre pour sa consommation personnelle?"

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 18

    Plus loin, il découvre dans la maison où il loge d'autres livres du même écrivain:

    "Je voulus reprendre le faux Bonheur dans le crime que j'avais acheté la veille, mais, malgré la meilleure volonté du monde de ma part et un style acceptable de la part de l'auteur, j'avais le rythme forcené de Barbey dans l'oreille et je ne tins pas jusqu'à la deuxième page. Je pensai aux livres que j'avais aidé à déplacer. (...) Je crus voir un Orlando, qui me fit penser que je fréquentais trop peu Virginia Woolf et le pris: non! c'était un Orlanda, et du même auteur sans vergogne qui, vraiment! n'avait pas d'inspiration pour ses titres s'il lui fallait toujours reprendre ceux des autres!"

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 58-59

    Et dans l'excipit la boucle est bouclée quand après avoir relu la nouvelle de Barbey d'Aurevilly (qu'il avait dans sa bibliothèque!) il se dit qu'il devrait lire cet ouvrage qu'il a acheté par erreur:

    "Il faudrait peut-être que je me décide à lire cet autre Bonheur dans le crime, que j'ai acheté le soir où je suis tombé en panne tout près de la Diguière."

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 285

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    Mais à part ce jeu un peu narcissique, que peut-on dire à propos du livre?

    Qu'il s'agit en effet d'un "bonheur dans le crime" et qu'on le devine dès l'incipit:

    "Il y a toujours dans les passions une sorte de naïveté qui surprend. L'amant qui va au crime est étonné qu'on ne le comprenne pas, il voudrait même qu'on l'approuve. (...) il ne sent pas qu'il soit coupable.
    Aussi lui semble-t-il naturel de n'être jamais soupçonné et de suivre le cours tranquille d'une vie apparemment innocente."

    Jacqueline Harpman, En toute impunité, Grasset, 2005, page 11

    Ce n'est donc pas l'histoire criminelle ni le suspense qui intéressent l'auteur, mais sans aucun doute les réflexions que cela pourra susciter chez le lecteur après qu'il aura terminé sa lecture: qui est coupable? qui est innocent? qu'est-ce que l'hypocrisie? quelle place occupe dans notre vie la possession d'une maison? d'où vient cette sorte de fascination? jusqu'où peut mener ce genre de folie? qu'aurais-je fait à la place des personnages? et à la place du narrateur?

    Ce livre-là, je l'ai lu d'une traite: ça doit être bon signe Sourire

    Et le prochain, il faudra bien que ce soit Le bonheur dans le crime, non?

    Merci Walrus!

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  • T comme Test de la page 99

    Je sais, j'ai dit le mois passé que je trouvais ça tout à fait arbitraire (ah bon? j'ai dit idiot? OK) et pourtant je fais une deuxième tentative.

    T comme Tandem de Tentative de Test Clin d'œil

    Je voudrais te rejoindre dans l'idéal d'un art simple, accessible, qui charme d'abord, bouleverse ensuite. Comme toi, je crois que la science, le métier, l'érudition, la virtuosité technique doivent disparaître sous l'apparence d'un naturel aimable. Il nous faut plaire avant tout, mais plaire sans complaire, en fuyant les recettes éprouvées, en refusant de flatter les émotions convenues, en élevant, pas en abaissant. Plaire, c'est-à-dire intéresser, intriguer, soutenir l'attention, donner du plaisir, procurer des émotions, du rire aux larmes en passant par les frissons, emmener loin, ailleurs...

    Je vous le demande: croyez-vous que la page 99 soit plus concluante que l'incipit, s'il s'agit de vous donner une idée si le livre est dans vos cordes et si vous avez envie de le lire?

    Voici l'incipit:

    C'est lui qui a commencé notre correspondance.

    Un jour, pendant l'année de mes quinze ans, il m'a envoyé une musique. Elle a modifié ma vie. Sans elle, je serais mort.

    Depuis, je lui écris souvent, petits mots griffonnés au coin d'une table pendant l'élaboration d'un livre, ou longues missives rédigées la nuit lorsqu'un ciel dépourvu d'étoiles pèse au-dessus de la ville orangée.

    Quand ça lui chante, il me répond, lors d'un concert, dans le hall d'un aéroport, au coin d'une rue, toujours surprenant, toujours fulgurant.

    Eric-Emmanuel Schmitt, Ma vie avec Mozart, Albin Michel 2005

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  • J comme Jacqueline Harpman (3)

    Même les blogueurs le savent, et pas seulement les romanciers: la première phrase doit accrocher le lecteur et par conséquent être bien soignée. Comme celle-ci, par exemple:

    "Dès que je le vis, je sus que Léopold Wiesbeck m'appartiendrait. J'avais onze ans, il en avait vingt-cinq."

    C'est l'incipit de La plage d'Ostende.
    Je viens de le terminer dans son édition en Livre de Poche de 1991.

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    J'avais déjà eu ce livre en main il y a bien longtemps: j'ai toujours aimé la mer, j'avais épousé un Ostendais, ce livre était fait pour moi, pensai-je en le découvrant un jour à la bibliothèque communale. Je m'étais donc assise sur la banquette de bois qui fait face aux rayonnages et j'en avais immédiatement attaqué la lecture. Mais d'Ostende il n'était pas question, ni de mer, ni de plage. Le livre était fort bien écrit, ça oui, mais je l'ai remis à sa place dans les rayons. L'histoire d'amour passion d'une fillette de onze ans ne me convainquait pas.

    Quand je l'ai repris en main récemment, vingt ans après, j'ai tout de suite ressenti cette même impression. Et malgré toutes les critiques dithyrambiques que j'avais lues depuis à son propos, j'ai dû par moments me forcer un peu à en poursuivre la lecture.

    Tout simplement parce que cette narratrice est si loin de moi. Si sûre d'elle, si calculatrice, si affreusement cynique. Elle m'a paru monstrueuse, mais d'une monstruosité qui ne m'a pas fascinée ni intriguée.

    Elle ne m'a rien rappelé de connu, voilà sans doute l'explication?

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  • J comme Jacqueline Harpman (2)

    "Depuis que je ne sors presque plus je passe beaucoup de temps dans un des fauteuils, à relire les livres. Je ne me suis intéressée que récemment aux préfaces. Les auteurs y parlent volontiers d'eux-mêmes, ils expliquent pour quelles raisons ils ont rédigé l'ouvrage qu'ils proposent. J'en suis surprise: n'était-il donc pas plus évident dans ce monde-là que dans celui où j'ai vécu de transmettre le savoir qu'on a pu acquérir? Ils semblent souvent sentir la nécessité de préciser qu'il n'y a pas d'immodestie dans leur entreprise, qu'on leur a demandé d'écrire et qu'ils ont hésité avant d'y consentir. Comme c'est curieux! Cela donne à penser que les gens n'étaient pas avides de s'instruire et qu'il fallait demander à être excusé de vouloir communiquer ses connaissances."

    Juste après avoir lu L'orage rompu de Jacqueline Harpman (j'en ai parlé au J du mois dernier), j'ai attaqué la lecture de Moi qui n'ai pas connu les hommes, dont je viens de vous donner l'incipit.

    Comme pour ma précédente lecture, ce roman contient plusieurs éléments susceptibles de me faire 'accrocher' dès les premières lignes: un brin de mystère (dans quel monde se trouve donc la narratrice?), la transmission du savoir, et bien sûr les livres, que ce soit leur lecture ou leur rédaction.

    Ce n'est sans doute pas une lecture qui conviendrait à mes élèves, la plupart trouveraient probablement "qu'il ne se passe rien dans ce bouquin" Clin d'œil cependant je ne suis pas du tout d'accord. Il me semble que Jacqueline Harpman réussit ici à nous conter une sorte d'apologue sur notre condition humaine, avec des éléments qui me rappellent l'allégorie de la caverne, tout en réussissant à ménager un suspense assez fort et assez intrigant pour qu'on soit tenté de lire jusqu'au bout.

    Ce que j'ai d'ailleurs fait, et d'une seule traite. Même si on sait dès le début qu'au bout il ne peut y avoir rien d'autre que la mort.

    A ceux qui souhaiteraient lire ce livre, je conseillerais de ne pas lire le quatrième de couverture. C'est aussi pour préserver leur plaisir de la lecture que je n'en dirai pas plus sur le contenu Langue tirée

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    merci à Walrus qui m'a incitée à (re)lire cet auteur

     

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