italie

  • T comme troisième chapitre

    Des journées à Montpellier, je me souviens de tout, sauf de la ville, c'est comme si je n'y étais jamais allée. En dehors de l'hôtel, en dehors de la grande salle monumentale où se tenait le congrès académique dans lequel Nino était engagé, aujourd'hui je ne vois qu'un automne venteux et un ciel bleu derrière des nuages blancs. Pourtant, pour plusieurs raisons, dans mon souvenir ce nom de lieu, Montpellier, est resté un tournant.

    Dei giorni di Montpellier ricordo tutto tranne la città, è come se non ci fossi mai stata. Fuori dall’albergo, fuori dalla monumentale aula magna dove si teneva il convegno accademico in cui Nino era impegnato, oggi vedo solo un autunno ventoso e un cielo azzurro appoggiato su nuvole bianche. Eppure nella memoria quel toponimo, Montpellier, è rimasto per molti motivi come un segnale di scantonamento.

    J'étais déjà sortie une fois de l'Italie, à Paris avec Franco, et je m'étais sentie électrisée par ma propre audace. A cette époque il me semblait que le monde, pour moi, était et serait toujours resté mon quartier napolitain, et que le reste était comme une brève sortie à la campagne, baignant dans un tel climat d'exception que je pouvais m'imaginer ne pas y avoir été vraiment.

    Ero stata già una volta fuori dall’Italia, a Parigi, con Franco, e mi ero sentita elettrizzata dalla mia stessa audacia. Ma allora mi pareva che il mio mondo fosse e sarebbe rimasto per sempre il rione, Napoli, mentre il resto era come una breve scampagnata nel cui clima d’eccezione potevo immaginarmi come di fatto non sarei mai stata.

    Montpellier par contre, qui était pourtant largement moins excitant que Paris, m'a donné l'impression de franchir des barrières et d'étendre mon territoire. Le simple fait de me trouver à cet endroit constituait la preuve, à mes yeux, que mon quartier napolitain, Pise, Florence, Milan, l'Italie même n'étaient que de minuscules parcelles du monde et que je faisais bien de ne plus m'en contenter. A Montpellier j'ai senti à quel point mon regard était restreint, et restreinte la langue dans laquelle je m'exprimais et écrivais. A Montpellier il m'a semblé évident comme on pouvait se sentir à l'étroit, à trente-deux ans, de n'être qu'épouse et mère. Et dans toutes ces journées pleines d'amour, pour la première fois je me suis sentie libérée des liens que j'avais accumulés au fil des ans, ceux dus à mon origine, ceux que j'avais acquis par mes succès aux études, ceux qui découlaient de mes choix de vie, et surtout du mariage.

    Montpellier invece, che pure era di gran lunga meno eccitante di Parigi, mi diede l’impressione che i miei argini si fossero rotti e che mi stessi espandendo. Il puro e semplice fatto di trovarmi in quel luogo costituiva ai miei occhi la prova che il rione, Napoli, Pisa, Firenze, Milano, l’Italia stessa, erano solo minuscole schegge di mondo e che di quelle schegge facevo bene a non accontentarmi più. A Montpellier avvertii la limitatezza dello sguardo che avevo, della lingua in cui mi esprimevo e con cui avevo scritto. A Montpellier mi sembrò evidente quanto potesse risultare angusto, a trentadue anni, essere moglie e madre. E per tutti quei giorni densi d’amore mi sentii per la prima volta liberata dai vincoli che avevo sommato negli anni, quelli dovuti alla mia origine, quelli che avevo acquisito col successo negli studi, quelli che mi derivavano dalle scelte di vita che avevo fatto, innanzitutto dal matrimonio.

    Là j'ai aussi compris pourquoi, par le passé, j'avais ressenti ce bonheur pour les traductions de mon premier livre, et aussi ce déplaisir d'avoir trouvé si peu de lecteurs en dehors de l'Italie. C'était merveilleux de franchir des frontières, de faire des incursions dans d'autres cultures, de découvrir que j'avais confondu le provisoire avec le définitif. Le fait que Lila n'était jamais sortie de Naples, que même San Giovanni a Teduccio (1) la saisissait déjà d'épouvante, si par le passé j'avais jugé ce choix discutable alors que comme d'habitude elle réussissait à le tourner à son avantage, aujourd'hui ça me semblait tout simplement être un signe d'étroitesse mentale. Je réagissais comme celui qui répond à l'insulte par la même insulte. C'est toi qui te serais trompée sur mon compte? Non, ma chère, c'est moi qui me suis trompée sur le tien: toute la vie tu resteras là à regarder les camions qui passent sur la grand-route.

    Lì capii anche le ragioni del piacere che avevo provato, in passato, vedendo il mio primo libro tradotto in altre lingue e, insieme, le ragioni del dispiacere per aver trovato pochi lettori fuori dall’Italia. Era meraviglioso valicare confini, lasciarsi andare dentro altre culture, scoprire la provvisorietà di ciò che avevo scambiato per definitivo. Il fatto che Lila non fosse mai uscita da Napoli, che anzi si fosse spaventata persino di San Giovanni a Teduccio, se in passato l’avevo giudicato una sua discutibile scelta che però al solito lei sapeva rovesciare in vantaggio, ora mi sembrò semplicemente un segno di ristrettezza mentale. Reagii come quando si reagisce a chi ti insulta con la stessa formula che ti ha offesa. Tu ti saresti sbagliata sul mio conto? No, cara mia, sono io, io che mi sono sbagliata sul tuo: resterai per tutta la vita a guardare i camion che passano per lo stradone.

    Les journées filaient. Pour Nino, les organisateurs du congrès avaient depuis longtemps réservé une chambre d'hôtel individuelle et comme je m'étais décidée trop tard à l'accompagner, il n'avait plus été possible de la remplacer par une chambre double. Nous avions donc des chambres séparées, mais chaque soir après la douche je me préparais pour la nuit et le cœur battant je le rejoignais dans sa chambre. Nous dormions ensemble, serrés l'un contre l'autre comme si nous avions peur qu'une force hostile veuille nous séparer pendant notre sommeil. Le matin nous nous faisions apporter le petit déjeuner au lit, nous jouissions de ce luxe que nous avions seulement vu au cinéma, nous riions beaucoup, nous étions heureux.

    I giorni volarono. A Nino gli organizzatori del convegno avevano riservato da tempo, in albergo, una camera singola e poiché mi ero decisa troppo tardi ad accompagnarlo, non c’era stato modo di trasformarla in una matrimoniale. Avevamo quindi stanze separate, ma ogni sera io facevo la doccia, mi preparavo per la notte e poi, con un po’ di batticuore, lo raggiungevo in camera sua. Dormivamo insieme, stretti l’uno all’altro come se temessimo che una forza ostile ci separasse nel sonno. Al mattino ci facevamo portare la colazione a letto, godevamo di quel lusso che avevo visto solo al cinema, ridevamo molto, eravamo felici.

    Pendant la journée, je l'accompagnais dans la grande salle du congrès et même si les intervenants lisaient pages après pages avec un même air d'ennui, être près de lui m'enthousiasmait, je m'asseyais à ses côtés sans le déranger. Nino suivait les interventions avec une grande attention, prenait des notes et de temps en temps me murmurait à l'oreille des remarques ironiques ou des mots d'amour. Au déjeuner et au dîner, nous nous mêlions à des professeurs d'un peu partout dans le monde, aux noms étrangers, de langues étrangères. Bien sûr, les intervenants les plus prestigieux avaient leur propre table, nous participions à une grande tablée de doctorants plus jeunes. J'ai été frappée par la mobilité de Nino, que ce soit pendant les travaux ou au restaurant. Comme il était différent de l'étudiant d'autrefois, et aussi du jeune homme qui m'avait défendue dans la librairie de Milan, presque dix ans plus tôt. Il avait laissé de côté le ton polémique, franchissait avec tact les barrières académiques, établissait des rapports d'un air à la fois sérieux et attrayant. Tantôt en anglais (excellent), tantôt en français (bon), il conversait brillamment, étalant son attachement de toujours aux chiffres et à l'efficacité. Je me sentais pleine de fierté de voir combien il plaisait. En quelques heures, il était devenu sympathique à tous et il était tiraillé de ci et de là.

    Durante il giorno lo accompagnavo nella sala grande del convegno e sebbene i relatori leggessero pagine e pagine essi stessi con tono annoiato, stare insieme a lui mi entusiasmava, gli sedevo accanto ma senza disturbarlo. Nino seguiva con molta attenzione gli interventi, prendeva appunti e ogni tanto mi sussurrava all’orecchio commenti ironici e parole d’amore. A pranzo e a cena ci mescolavamo ad accademici di mezzo mondo, nomi stranieri, lingue straniere. Certo, i relatori di maggior prestigio se ne stavano a un tavolo tutto loro, noi partecipavamo a una grande tavolata di studiosi più giovani. Ma mi colpì la mobilità di Nino, sia durante i lavori, sia al ristorante. Com’era diverso dallo studente di una volta, anche dal giovane che mi aveva difeso nella libreria di Milano quasi dieci anni prima. Aveva accantonato le tonalità polemiche, valicava con tatto le barriere accademiche, stabiliva rapporti con un piglio serio e insieme accattivante. Ora in inglese (ottimo), ora in francese (buono) conversava in modo brillante sfoggiando il suo vecchio culto delle cifre e dell’efficienza. Io mi sentii piena d’orgoglio per quanto piaceva. In poche ore diventò simpatico a tutti, lo tiravano di qua e di là.

    Il n'y a eu qu'un moment où il a brusquement changé, le soir avant son intervention au congrès. Il est devenu distant et grossier, il m'a semblé rongé par l'angoisse. Il a commencé à dénigrer le texte qu'il avait préparé, il a répété plusieurs fois que l'écriture ne lui venait pas aussi facilement qu'à moi, il s'est fâché parce qu'il n'avait pas eu le temps de bien travailler. Je me suis sentie en faute – est-ce que c'étaient les événements compliqués de notre vie récente qui l'avaient distrait? - et j'ai cherché à y remédier en le prenant dans mes bras, en l'embrassant, en me poussant à me lire ses feuilles. Il me les a lues et ses airs de petit écolier apeuré m'ont attendrie. L'intervention ne m'a pas semblé moins ennuyeuse que celles que j'avais déjà entendues mais j'en ai fait un grand éloge et il s'est calmé. Le lendemain matin il a récité son texte avec une chaleur feinte et on l'a applaudi.

    Ci fu un solo momento in cui cambiò bruscamente, fu la sera prima del suo intervento al convegno. Diventò scostante e sgarbato, mi sembrò travolto dall'ansia. Cominciò a dir male del testo che aveva preparato, ripeté più volte che scrivere non gli veniva facile come a me, si arrabbiò perché non aveva avuto il tempo di lavorare bene. Mi sentii in colpa – era stata la nostra complicata vicenda a distrarlo? - e cercai di rimediare abbracciandolo, baciandolo, spingendolo a leggermi le sue pagine. Me le lesse, e io m'intenerii par la sua aria da scolaretto spaventato. L'intervento mi sembrò non meno noioso di quelli che avevo ascoltato in aula magna, ma lo lodai molto e si calmò. La mattina dopo si esibì con un calore recitato, lo applaudirono.

    Le soir, un des professeurs prestigieux, un Américain, l'a invité à s'asseoir à côté de lui. Je suis restée seule mais ça ne me déplaisait pas. Quand Nino y était, je ne parlais à personne, alors qu'en son absence j'ai dû me débrouiller avec mon français laborieux pour me lier d'amitié avec un couple de Parisiens. Ils m'ont tout de suite plu parce que j'ai vite découvert qu'ils étaient dans une situation peu éloignée de la nôtre. Tous deux estimaient que la famille comme institution était étouffante, tous deux avaient vécu une douloureuse séparation de leur conjoint et de leurs enfants, tous deux paraissaient heureux. Lui, Augustin, approchait de la cinquantaine, avait le visage rouge, les yeux bleus très vifs et une grande moustache blonde. Elle, Colombe, à peine plus de trente ans comme moi, avait les cheveux noirs très courts, les yeux et les lèvres fortement dessinés dans un visage tout menu et une élégance fascinante. J'ai surtout parlé à Colombe, qui avait un fils de sept ans.

    La sera uno degli accademici di prestigio, un americano, lo invitò a sedere accanto a lui. Io restai sola ma non mi dispiacque. Quando c'era Nino non parlavo con nessuno, mentre in sua assenza fui costretta ad arrangiarmi col mio francese stentato e familiarizzai con una coppia di Parigi. Mi piacquero perché scoprii presto che erano in una situazione non molto diversa dalla nostra. Entrambi ritenevano soffocante l'istituto della famiglia, entrambi si erano dolorosamente lasciati alle spalle coniugi e figli, entrambi parevano felici. Lui, Augustin, sulla cinquantina, era rosso in viso, aveva occhi celesti molto vivaci, grandi baffi biondicci. Lei, Colombe, poco più che trentenne come me, aveva capelli neri cortissimi, occhi e labbra disegnati con forza su un volto minuto, un'eleganza ammaliante. Parlai soprattutto con Colombe, aveva un bambino di sette anni.

    "Il manque encore quelques mois", ai-je dit,"avant que ma fille aînée ait sept ans, mais cette année elle va déjà en seconde (2), elle est très forte."

    "Le mien est très éveillé et plein de fantaisie."

    "Comment a-t-il pris la séparation?"

    "Bien."

    "Il n'en a pas un peu souffert?"

    "Les enfants n'ont pas notre rigorisme, ils sont plus élastiques."

    "Ci vuole ancora qualche mesi" dissi, "perché la mia prima figlia ne compia sette, ma quest'anno va già in seconda, è bravissima".

    "Il mio è molto sveglio e fantasioso".

    "Come ha preso la separazione?".

    "Bene".

    "Non ne ha sofferto nemmeno un po'?".

    "I bambini non hanno le nostre rigidità, sono elastici".

    Elle a insisté sur l'élasticité qu'elle attribuait à l'enfance, il m'a semblé que ça la rassurait. Elle a ajouté: dans notre milieu, il est assez courant que des parents se séparent, les enfants savent que c'est possible. Mais juste au moment où je lui disais que moi, au contraire, je ne connaissais aucune autre femme séparée de son mari, sauf une amie, elle a brusquement changé de registre et a commencé à se plaindre de son fils: il est bon écolier mais lent, s'est-elle exclamée, à l'école ils disent qu'il n'a pas d'ordre. Ça m'a fort frappée qu'elle ait commencé à s'exprimer sans tendresse, presque avec rancœur, comme si son enfant se comportait ainsi pour la contrarier, et ça m'a fait peur. Son compagnon a dû s'en rendre compte, il est intervenu et s'est vanté de ses deux fils à lui, un de quatorze et un de dix-huit ans, il a blagué sur le fait que tous deux plaisaient énormément aux femmes, aux jeunes comme aux plus mûres. Quand Nino est revenu près de moi, les deux hommes – surtout Augustin – se sont mis à dire beaucoup de mal de la majeure partie des intervenants. Colombe s'est tout de suite introduite dans cette conversation, avec une allégresse un peu artificielle. La médisance a vite créé un lien, Augustin parlait et buvait beaucoup, sa compagne riait dès que Nino ouvrait la bouche. Ils nous ont invités à les accompagner à Paris en auto.

    Insistette sull'elasticità che attribuiva all'infanzia, mi sembrò che la rassicurasse. Aggiunse: nel nostro ambiente è abbastanza diffuso che i genitori si separino, i figli sanno che è possibile. Ma proprio mentre io le dicevo che invece non conoscevo altre donne separate se non una mia amica, lei cambiò bruscamente registro, cominciò a lamentarsi del bambino: è bravo ma lento, esclamò, a scuola dicono che è disordinato. Mi colpì molto che fosse passata a esprimersi senza tenerezza, quasi con astio, come se il figlio si comportasse in quel modo per farle dispetto, e questo mi mise ansia. Il suo compagno se ne dovette accorgere, si intromise, si vantò dei suoi due ragazzi, uno di quattordici e uno di diciotto, scherzò su quanto piacevano entrambi alle donne giovani che a quelle mature. Quando Nino mi tornò accanto i due uomini – soprattutto Augustin – passarono a dire malissimo della gran parte dei relatori. Colombe s'inserì quasi subito con un'allegria un po' artificiale. La maldicenza creò presto un legame, Augustin parlò e bevve molto per tutta la sera, la sua compagna rideva appena Nino riusciva ad aprire bocca. Ci invitarono ad andare a Parigi con loro, in automobile.

    Ces propos sur les enfants et cette invitation à laquelle nous n'avons répondu ni oui ni non, m'ont remis les pieds sur terre. Jusqu'à ce moment-là, Dede et Elsa m'étaient constamment venues en tête, et Pietro aussi, mais comme en suspens dans un univers parallèle, immobiles autour de la table de la cuisine à Florence, ou devant le téléviseur, ou dans leur lit. Tout à coup leur monde et le mien sont rentrés en communication. Je me suis rendue compte que ces journées de Montpellier allaient se terminer, qu'inévitablement Nino et moi serions rentrés chacun chez soi, que nous aurions à affronter nos crises conjugales respectives, moi à Florence, lui à Naples. Le corps de mes filles a rejoint le mien, j'en ai violemment ressenti le contact. Je ne savais rien d'elles depuis cinq jours et en m'en rendant compte, il m'est venu une forte nausée, la nostalgie est devenue insupportable. J'ai eu peur, non pas du futur en général, qui me paraissait entièrement lié à Nino, mais des heures qui allaient suivre immédiatement, celles du lendemain et du surlendemain. Je n'ai pas réussi à résister et même s'il était quasiment minuit – quelle importance est-ce que ça a, me suis-je dit, Pietro est toujours éveillé – j'ai essayé de téléphoner.

    I discorsi sui figli, e quell'invito al quale non rispondemmo né sì né no, mi riportarono coi piedi per terra. Fino a quel momento Dede ed Elsa mi erano tornate in mente di continuo, e anche Pietro, ma come sospesi in un universo parallelo, immobili intorno alla tavola della cucina di Firenze, o davanti alla televisione, o nei loro letti. Di colpo il mio mondo e il loro tornarono in communicazione. Mi resi conto che i giorni di Montpellier stavano per finire, che inevitabilmente Nino e io saremmo tornati alle nostre case, che avremmo dovuto affrontare le rispettive crisi coniugali, io a Firenze, lui a Napoli. E il corpo delle bambine si ricongiunse al mio, ne avvertii violentemente il contatto. Non sapevo niente di loro da cinque giorni e nel prenderme conscienza mi venne una nausea forte, la nostalgia diventò insopportabile. Ebbi paura non del futuro in generale, che pareva ormai imprescindibilmente occupato da Nino, ma delle ore che stavano per arrivare, di domani, di dopodomani. Non riuscii a resistere e sebbene fosse quasi mezzanotte – che importanza ha, mi dissi, Pietro è sempre sveglio –, provai a telefonare.

    Ça a été plutôt laborieux mais j'ai fini par avoir la ligne. Allô, j'ai dit. Allô, j'ai répété. Je savais qu'à l'autre bout il y avait Pietro, je l'ai appelé par son nom: Pietro, c'est Elsa, comment vont les petites. La communication s'est interrompue. J'ai attendu quelques minutes puis j'ai demandé au central de rappeler. J'étais déterminée à insister toute la nuit, mais cette fois Pietro a répondu.

    "Qu'est-ce que tu veux?"

    "Parle-moi des filles"

    "Elles dorment."

    "Je le sais, mais comment vont-elles?"

    "Qu'est-ce que ça peut te faire?"

    "Ce sont mes filles."

    "Tu les as abandonnées, elles ne veulent plus être tes filles."

    "Elles t'ont dit ça à toi?"

    "Elles l'ont dit à ma mère."

    "Tu as fais venir Adele?"

    "Oui."

    "Dis-leur que je reviens dans quelques jours."

    "Non, ne reviens pas. Ni moi, ni les filles, ni ma mère ne voulons plus te voir."

    Fu una cosa abbastanza laboriosa ma alla fine ebbi la linea. Pronto, dissi. Pronto, ripetei. Sapevo che dall'altro capo c'era Pietro, lo chiamai per nome: Pietro, sono Elena, come stanno le bambine. La comunicazione si interruppe. Aspettai qualche minuto, poi chiesi al centralino di chiamare di nuovo. Ero determinata a insistere per tutta la notte, ma Pietro questa volta rispose.

    "Che vuoi".

    "Dimmi delle bambine".

    "Dormono".

    "Lo so, ma come stanno".

    "Che t'importa".

    "Sono le mie figlie".

    "Le hai lasciate, non vogliono essere più le tue figlie".

    "L'hanno detto a te?".

    "L'hanno detto a mia madre".

    "Hai fatto venire Adele?".

    "Sì".

    "Dille che torno tra qualche giorno".

    "No, non tornare. Né io, né le bambine, né mia madre ti vogliamo vedere più".

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. E/O 2015, chapitre 3 (traduction de l'Adrienne) 

    (1) San Giovanni a Teduccio est un quartier populaire pas très éloigné de celui où Lenù et Lila ont grandi. 

    (2) en deuxième année de l'école primaire, comme dans le système belge

  • P comme pensieri, pensées

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    Des pensées de ce genre étaient devenues habituelles, ces années-là. C'était comme si Lila, qui en fin de compte n'avait prononcé que cette unique perfidie à propos de Dede et Elsa, était devenue avocat de la défense des besoins de mes filles, et comme si moi je me sentais obligée, chaque fois que je les négligeais pour me consacrer à mes propres affaires, de lui démontrer qu'elle avait tort. Mais c'était seulement une voix provenant de ma mauvaise humeur, ce qu'elle pensait réellement de mon comportement de mère, je ne le sais pas. Elle est la seule qui puisse le dire, si jamais elle réussit à s'insérer dans cette longue chaîne de mots pour modifier mon texte, pour y introduire délibérément des chaînons manquants, pour en enlever d'autres sans que ça se voie, pour dire de moi plus que ce que je veux, plus que ce que je suis capable de dire. Je désire cette intrusion, je me la souhaite depuis que j'ai commencé à jeter notre histoire sur le papier mais je dois arriver à la fin avant de soumettre toutes ces pages à une vérification. Si je l'essayais maintenant, c'est sûr que ça me bloquerait. J'écris depuis trop longtemps et je suis fatiguée, il est de plus en plus difficile de tenir bien tendu le fil de l'histoire dans le chaos des années, des petits et des grands événements, des humeurs. 

    Pensieri di quel genere diventarono una consuetudine, in quegli anni. Fu come se Lila, che su Dede ed Elsa alla fin fine aveva pronunciato soltanto quell’unica frase perfida, fosse diventata l’avvocato difensore dei loro bisogni di figlie, e io mi sentissi obbligata a dimostrarle che aveva torto ogni volta che le trascuravo per dedicarmi a me. Ma era solo una voce inventata dal malumore, cosa pensasse realmente dei miei comportamenti di madre non lo so. Lei è l’unica che può raccontarlo, se davvero è riuscita a inserirsi in questa catena lunghissima di parole per modificare il mio testo, per introdurre ad arte anelli mancanti, per sganciarne altri senza darlo a vedere, per dire di me più di quanto io voglia, più di quanto io sia capace di dire. Auspico questa sua intrusione, me la auguro fin da quando ho cominciato a buttar giù la nostra storia, ma devo arrivare alla fine per sottoporre tutte queste pagine a una verifica. Se ci provassi adesso, certamente mi incepperei. Scrivo da troppo tempo e sono stanca, è sempre più difficile tener teso il filo del racconto dentro il caos degli anni, degli eventi piccoli e grandi, degli umori.

    C'est pour ça que j'ai tendance à survoler ce qui me concerne pour rattraper tout de suite Lila et les nombreuses complications qui l'accompagnent, ou pire, que je me laisse accaparer par mes vicissitudes uniquement parce que je m'en défais plus facilement. Mais ce sont deux chemins que je ne peux plus prendre. Je ne peux plus suivre la première voie, sur laquelle, si je me tiens à l'écart, je finirais par trouver de moins en moins de traces de Lila, étant donné la nature même de nos rapports, vu que je n'arrive à elle qu'en passant par moi. Je ne dois pas non plus prendre la seconde voie, et parler de mes propres expériences avec de plus en plus de détails. C'est sûrement ce qu'elle préférerait. Vas-y, me dirait-elle, fais savoir quelle tournure ta vie a prise, qui s'intéresse à la mienne, avoue que même toi elle ne t'intéresse pas. Elle conclurait: je suis un gribouillage sur un gribouillage, complètement inadaptée à un de tes livres, laisse tomber, Lenù, on ne parle pas des ratures. Que faire alors? Lui donner raison une fois de plus? Accepter qu'être adulte, c'est arrêter de se montrer, c'est apprendre à se cacher jusqu'à disparaître? Admettre que plus les années avancent, moins je sais de Lila?     

    Perciò o tendo a sorvolare sui fatti miei per riacciuffare subito Lila e tutte le complicazioni che porta con sé o, peggio, mi lascio prendere dalle vicende della mia vita solo perché le butto giù con più facilità. Ma bisogna che mi sottragga a questo bivio. Non devo andare per la prima strada, lungo la quale – visto che la natura stessa del nostro rapporto impone che io possa arrivare a lei solo passando per me – finirei, se mi metto da parte, per trovare di Lila sempre meno tracce. Né d’altra parte devo andare per la seconda. Che io, infatti, parli della mia esperienza sempre più diffusamente è proprio ciò che lei di sicuro asseconderebbe. Dài – mi direbbe –, facci sapere che piega ha preso la tua vita, a chi importa della mia, confessa che non interessa nemmeno a te. E concluderebbe: io sono uno scarabocchio su uno scarabocchio, del tutto inadatta a uno dei tuoi libri; lasciami perdere, Lenù, non si racconta una cancellatura. Che fare dunque? Darle ancora una volta ragione? Accettare che essere adulti è smettere di mostrarsi, è imparare a nascondersi fino a svanire? Ammettere che più gli anni avanzano, meno so di Lila? 

    Ce matin, je surmonte ma fatigue et je me remets à mon bureau. Maintenant que j'approche le point le plus douloureux de notre histoire, je veux chercher sur la page un équilibre entre moi et elle, alors que dans la vie je n'ai jamais réussi à le trouver, ni même entre moi et moi. 

    Questa mattina tengo a bada la stanchezza e mi rimetto alla scrivania. Ora che sono vicina al punto più doloroso della nostra storia, voglio cercare sulla pagina un equilibrio tra me e lei che nella vita non sono riuscita a trovare nemmeno tra me e me. 

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. E/O 2015, chapitre 2 (traduction de l'Adrienne) 

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  • I comme incipit

    D'octobre 1976 jusqu'en 1979, je ne suis plus retournée vivre à Naples et j'ai évité de rétablir des rapports stables avec Lila. Ça n'a pas été facile. Elle a tout de suite cherché à entrer de force dans ma vie, et moi je l'ignorais, je la tolérais, je la subissais. Même si elle se comportait comme si elle ne désirait rien d'autre qu'être à mes côtés dans un moment difficile, je ne réussissais pas à oublier le mépris avec lequel elle m'avait traitée. 

    Aujourd'hui je pense que s'il n'y avait eu de blessant que l'insulte - tu es une crétine, m'avait-elle hurlé au téléphone quand je lui avais dit pour Nino, et jamais, jamais ce n'était arrivé qu'elle me parle de cette façon - je me serais vite calmée. En réalité, plus que cette offense, c'est l'allusion à Dede et à Elsa qui a compté. Pense au mal que tu fais à tes filles, m'avait-elle admonestée, et sur le moment je n'y avais pas prêté attention. Mais avec le temps, ces mots ont acquis de plus en plus de poids, j'y revenais de plus en plus souvent. Jamais Lila n'avait manifesté le moindre intérêt pour Dede et Elsa, plus que probablement elle ne se souvenait même pas de leur nom. Les fois où au téléphone j'avais fait allusion à une de leurs remarques intelligentes, elle avait coupé court et était passée à autre chose. Et quand elle les avait rencontrées pour la première fois, dans la maison de Marcello Solara, elle s'était limitée à un regard discret et à quelques généralités, elle n'avait même pas eu un peu d'attention pour leurs jolis vêtements, leur belle coiffure, ni comme elles étaient capables toutes les deux, malgré leur jeune âge, de s'exprimer correctement. Pourtant c'est moi qui les avais faites, c'est moi qui les avais élevées, elles étaient une part de moi, son amie de toujours: elle aurait dû faire un peu de place - je ne dis pas par affection, mais au moins par gentillesse - à ma fierté de mère. Bien au contraire, elle n'a même pas eu recours à un peu d'ironie débonnaire, elle avait montré de l'indifférence et c'est tout. Ce n'est que maintenant - sûrement par jalousie, puisque j'avais pris Nino pour moi - qu'elle s'était souvenue des petites et avait voulu souligner à quel point j'étais une mauvaise mère et que j'étais en train de causer leur malheur. Dès que j'y pensais, je m'énervais. Est-ce que Lila s'était jamais préoccupée de Gennaro, quand elle avait quitté Stefano, quand elle avait abandonné l'enfant à sa voisine pour aller travailler en usine, quand elle me l'avait envoyé comme pour s'en débarrasser? Ah, j'avais commis des erreurs, mais j'étais sans nul doute plus mère qu'elle. 

    (traduction de l'Adrienne)

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    A partire dall’ottobre 1976 e fino a quando, nel 1979, non tornai a vivere a Napoli, evitai di riallacciare rapporti stabili con Lila. Ma non fu facile. Lei cercò quasi subito di rientrare a forza nella mia vita e io la ignorai, la tollerai, la subii. Anche se si comportava come se non desiderasse altro che starmi vicina in un momento difficile, non riuscivo a dimenticare il disprezzo con cui mi aveva trattata. 

    Oggi penso che se a ferirmi fosse stato solo l’insulto – sei una cretina, mi aveva gridato per telefono quando le avevo detto di Nino, e non era mai successo prima, mai, che mi parlasse a quel modo – mi sarei presto acquietata. In realtà, più di quell’offesa, contò l’accenno a Dede e a Elsa. Pensa al male che fai alle tue figlie, mi aveva ammonito, e lì per lì non ci avevo fatto caso. Ma quelle parole acquistarono nel tempo sempre più peso, ci tornai su spesso. Lila non aveva mai manifestato il minimo interesse per Dede e per Elsa, quasi certamente non si ricordava nemmeno i loro nomi. Le volte che avevo accennato per telefono a qualche loro sortita intelligente, aveva tagliato corto, era passata ad altro. E quando le aveva incontrate per la prima volta a casa di Marcello Solara, si era limitata a uno sguardo distratto e a qualche frase generica, non aveva avuto nemmeno un po’ di attenzione per com’erano ben vestite, ben pettinate, capaci entrambe, pur essendo ancora piccole, di esprimersi con proprietà. Eppure le avevo fatte io, le avevo tirate su io, erano parte di me, la sua amica di sempre: avrebbe dovuto lasciare spazio – non dico per affetto ma almeno per gentilezza – al mio orgoglio di madre. Invece non era ricorsa nemmeno a un poco di ironia bonaria, aveva mostrato indifferenza e basta. Solo adesso – per gelosia sicuramente, perché mi ero presa Nino – si era ricordata delle bambine e aveva voluto sottolineare che ero una pessima madre, che pur di essere felice io, stavo causando la loro infelicità. Appena ci pensavo mi innervosivo. Lila si era preoccupata forse di Gennaro quando aveva lasciato Stefano, quando aveva abbandonato il bambino alla sua vicina di casa per via del lavoro in fabbrica, quando l’aveva mandato da me quasi per sbarazzarsene? Ah, io avevo le mie colpe, ma ero senza dubbio più madre di lei. 

    Elena Ferrante, Storia della bambina perduta, ed. e/o, 2015 (chapitre 1)

  • V comme vierge

    Vergine santa: le texte est de l'Italien Pétrarque, la musique du Flamand Cyprien de Rore (1515 ou 1516-1565). Oui, l'Europe existait bien avant 1957 et les échanges culturels aussi cool

    Le Vergine sont une série de onze poèmes qui terminent Le Canzoniere de Francesco Petrarca (14e siècle)

    Ils ont été mis en musique par Cyprien de Rore et publiés à Venise en 1548 sous le titre « Musica di Cipriano de Rore sopra le stanze del Petrarca in laude della Madonna » 

    J'aime tout particulièrement la musique de la Renaissance... 

    Un autre exemple de cette musique ici, trois minutes et sept secondes de bonheur kiss

  • M comme mort à Venise

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    Elle le savait, que ce n'était pas une bonne idée de revenir sur les lieux des amours mortes, et même si elle ne l'avait pas su, tant de gens le lui avaient dit et répété...

    Mais c'était sa façon à elle d'enterrer le passé, de tourner la page.

    Alors elle a choisi la même ville, le même bar sous les arcades, le même siège.

    La seule chose différente, c'est qu'à l'époque elle ne buvait pas de café, alors qu'aujourd'hui elle dégustait avec plaisir un cappuccino. Ou même deux.

    N'était-ce pas la meilleure preuve de sa guérison?

    ***

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

     

  • I comme incipit

    C'est à la bibliothèque d'Ostende que j'ai enfin trouvé L'amica geniale, d'Elena Ferrante, volume 1. Je l'ai donc emprunté, ce qui m'obligera à retourner à la mer avant l'été cool

    Je ne sais pourquoi les traducteurs ou la maison d'édition ou tout autre instance dans la chaîne commerciale ont estimé que l'italien "geniale" devait se traduire ici par "prodigieuse", alors que c'est un mot qui a exactement le même sens d'une langue à l'autre. 

    Peut-être que ce choix se justifiera au fil de la lecture, mais pour le moment l'amie est justement "géniale", puisqu'elle a une intelligence largement supérieure à la moyenne. Et des tas d'idées "géniales" tongue-out

    Stamattina mi ha telefonato Rino, ho creduto che volesse ancora soldi e mi sono preparata a negarglieli. Invece il motivo della telefonata era un altro: sua madre non si trovava più.

    «Da quando?».

    «Da due settimane».

    «E mi telefoni adesso?».

    Il tono gli dev’essere sembrato ostile, anche se non ero né arrabbiata né indignata, c’era solo un filo di sarcasmo. Ha pro­vato a ribattere ma l’ha fatto confusamente, in imbarazzo, un po’ in dialetto, un po’ in italiano. Ha detto che s’era convinto che la madre fosse in giro per Napoli come al solito.

    «Pure di notte?».

    «Lo sai com’è fatta».

    «Lo so, ma due settimane d’assenza ti sembrano normali?».

    «Sì. Tu non la vedi da molto, è peggiorata: non ha mai son­no, entra, esce, fa quello che le pare».

    Comunque alla fine si era preoccupato. Aveva chiesto a tutti, aveva fatto il giro degli ospedali, si era rivolto persino alla polizia. Niente, sua madre non era da nessuna parte. Che buon figlio: un uomo grosso, sui quarant’anni, mai lavorato in vita sua, solo traffici e sperperi. Mi sono immaginata con quanta cura avesse fatto le ricerche. Nessuna. Era senza cervello, e a cuore aveva soltanto se stesso.

    «Non è che sta da te?» mi ha chiesto all’improvviso.

    La madre? Qui a Torino? Conosceva bene la situazione e parlava solo per parlare. Lui sì che era un viaggiatore, era venuto a casa mia almeno una decina di volte, senza essere invitato. Sua madre, che invece avrei accolto volentieri, non era mai uscita da Napoli in tutta la sua vita. Gli ho risposto:

    «No che non sta da me».

    «Sei sicura?».

    «Rino, per favore: t'ho detto che non c'è».

    «E allora, dov'è andata?».

    Ha cominciato a piangere e ho lasciato che mettesse in scena la sua disperazione, singhiozzi che partivano fine continuavano veri. Quando ha finit gli ho detto:

    «Per favore, una volta tanto comportati come vorrebbe lei: non la cercare».

    «Ma che dici?».

    «Dico quelle che ho detto. E inutile. Impara a vivere da solo e non cercare più nemmeno me».

    Ho riattaccato.

    Elena Ferrante, L'amica geniale, edizioni e/o, 2011, p.15-16 

    litterature,italie,italien,traduction,amitie

    https://www.edizionieo.it/book/9788866320326/l-amica-geniale 

    Ce matin, Rino m'a téléphoné, j'ai cru qu'il voulait encore de l'argent et je me préparais à le lui refuser. Mais le motif de son appel était différent: sa mère avait disparu. 

    - Depuis quand?
    - Deux semaines.
    - Et c'est maintenant que tu me téléphones?

    Mon ton a dû lui sembler hostile, même si je n'étais ni fâchée, ni indignée, c'était juste un brin de sarcasme. Il a essayé de répliquer mais l'a fait de manière confuse, embarrassée, un peu en dialecte, un peu en italien. Il s'est dit convaincu que sa mère faisait un tour à Naples, comme d'habitude. 

    - Même la nuit?
    - Tu sais comment elle est.
    - Je le sais, mais deux semaines d'absence, ça te semble normal?
    - Oui. Toi, il y a longtemps que tu l'as vue, ça s'est aggravé: elle n'a jamais sommeil, entre, sort, fait ce qui lui plaît.

    Finalement, il s'était tout de même inquiété. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux, s'était même tourné vers la police. Rien, sa mère n'était nulle part. Le bon fils! un homme lourdaud, la quarantaine, qui n'a jamais travaillé de sa vie, juste des petits trafics et du gaspillage. Je me suis imaginé avec quel soin il avait entrepris les recherches. Aucun. Il était sans cervelle et seule sa propre personne lui tenait à coeur. 

    - Elle n'est pas chez toi? m'a-t-il demandé tout à coup. 

    Sa mère? Ici à Turin? Il connaissait bien la situation et ne parlait que pour le plaisir de parler. Lui était un voyageur, il était venu chez moi une dizaine de fois sans y être invité. Sa mère, que j'aurais pourtant accueillie avec plaisir, n'avait jamais quitté Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu: 

    - Non, elle n'est pas chez moi.
    - Tu en es sûre?
    - Rino, s'il te plaît! je t'ai dit qu'elle n'y est pas.
    - Mais alors, elle est allée où?

    Il a commencé à pleurer et je l'ai laissé mettre en scène son désespoir, des sanglots feints qui devenaient vrais. Quand il a terminé, je lui ai dit: 

    - Je t'en prie, pour une fois, comporte-toi comme elle le voudrait: ne la cherche pas.
    - Mais qu'est-ce que tu dis? 
    - Je dis ce que j'ai dit. C'est inutile. Apprends à vivre seul et ne cherche plus, pas même moi. 

    Et j'ai raccroché. 

    *** 

    Il y a un truc bizarre dans ma tête: quand j'aime un texte, j'ai envie de le traduire. 

    tongue-out 

    Ceci était le chapitre 1 du prologue 

    *** 

    p.309, on arrive à la fin et le titre s'explique: "l'amica geniale" est utilisé pour la narratrice et non pour l'amie dont elle raconte l'enfance, l'adolescence, le mariage. La matin de ses noces, son amie lui demande de continuer les études: 

    "Non per te: tu sei la mia amica geniale, devi diventare la più brava di tutti, maschi e femmine."

     

  • Adrienne a comme un doute

    Après ce "mois belge", se dit l'Adrienne, si je faisais un "mois italien"? 

    Car elle n'aime rien tant que s'imposer des contraintes d'écriture, il y a longtemps que l'alphabet ne lui suffit plus. 

    Alors elle a cogité - elle adore ça, elle n'a que ça à faire, même la nuit tongue-out - et pensé à diverses possibilités, n'écrire que des vers, se concentrer sur une couleur, un autre pays, un thème? 

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    A comme arancini 

    la photo est de l'Adrienne et la recette est ici 

    Les arancini, si on est fan de la série télévisée Montalbano, on se doit tôt ou tard d'y goûter. 

    Comme on peut le lire ici cool 

    Et si on a appris l'italien, on peut écouter l'auteur, Andrea Camilleri, qui lit très bien sa nouvelle: 

    sur les 36 minutes, les dix dernières ne sont que silence: pour connaître le dénouement, il faudra lire le livre ou regarder l'épisode tongue-out

     

     

     

     

  • Z comme Zigzags

    littérature,venise,italie,france,voyage

    Si vous avez des envies de Venise, mais pas le temps ou l'argent pour y aller, lisez Théophile Gautier: 

    L’humidité y est extrême ; une odeur fade, dans les chaudes journées d’été, s’élève des lagunes et des vases ; tout y est d’une malpropreté infecte. Ces beaux palais de marbre et d’or, que nous venons de décrire, sont salis par le bas d’une étrange manière ; l’antique Bucentaure lui-même, que les Français ont brûlé pour en avoir la dorure, n’était pas, s’il en faut croire les historiens, plus à l’abri de ces dégoûtantes profanations que les autres édifices publics, malgré les croix et les rispetto dont ils sont couverts. À ces palais s’accrochent, comme un pauvre au manteau d’un riche, d’ignobles masures moisies et lézardées qui penchent l’une vers l’autre, et qui, lasses d’être debout, s’épaulent familièrement aux flancs de granit de leurs voisins. Les rues (car il y a des rues à Venise, bien qu’on n’ait pas l’air de le croire) sont étroites et sombres, avec un dallage qui n’a jamais été refait. Des vieux linges et des matelas sèchent aux fenêtres [...] c’est le cadavre d’une ville et rien de plus ; et je ne sais pas pourquoi les faiseurs de libretti et de barcarolles s’obstinent à nous parler de Venise comme d’une ville joyeuse et folle. La chaste épouse de la mer est bien la ville la plus ennuyeuse du monde, ses tableaux et ses palais une fois vus.

    Les gondoles, dont ils font tant de belles descriptions, sont des espèces de fiacres d’eau qui ne valent guère mieux que ceux de terre.

    C’est un cercueil flottant peint en noir avec une dunette fermée au milieu, un morceau de fer hérissé de cinq à six pointes à la proue et qui ne ressemble pas mal aux chevilles d’un manche de violon. Un seul homme fait marcher cette embarcation avec une rame unique qui lui sert en même temps de gouvernail. Quoique l’extérieur n’en soit pas gai, il se passe quelquefois à l’intérieur des scènes aussi réjouissantes que dans les voitures de deuil après un enterrement.

    Les gondoliers sont des marins butors qui mangent des lasagnes et des macaroni, et ne chantent pas du tout de barcarolles.

    Quant aux sérénades sous les balcons, aux fêtes sur l’eau, aux bals masqués, aux imbroglios d’opéra-comique, aux maris et aux tuteurs jaloux, aux duels, aux escalades, aux échelles de soie, aux grandes passions à grands coups de poignard, — cela n’existe pas plus là qu’ailleurs. 

    ***

    texte complet ici 

    Zigzags a paru en 1845 

    la photo a été prise en 2006

  • O comme Occidentali's Karma

    C'est la chanson qui a gagné au festival de San Remo 2017 et qui représentera l'Italie à l'Eurovision. 

    Francesco Gabbani surfe sur la vague (ou la vogue) qui séduit toute une génération - je le vois assez chez les jeunes et même les moins jeunes qui m'entourent - les bâtonnets d'encens, les sushis, le yoga, la zen-attitude... tout ça mélangé à quelques slogans du monde occidental, depuis le "Panta rhei" des Anciens jusqu'au Singing in the rain... 

    Le singe nu danse 

    la scimmia nuda balla 

    et internet est l'opium du pauvre 

    oppio dei poveri

     

    ***

    sur les forums, beaucoup d'Italiens se demandent pourquoi tant d'étrangers regardent cette vidéo et lui donnent des "like" et des commentaires positifs alors qu'eux-mêmes trouvent le texte assez nul tongue-out

    "assurdo come gli stranieri apprezzino una canzone italiana. . . Non ho visto commenti positivi da italiani. . . forse perché la canzone fa REALMENTE schifo?" (c'est absurde que les étrangers apprécient une chanson italienne. Je n'ai pas vu de commentaires positifs d'Italiens, peut-être parce que la chanson est vraiment nulle)

    la réponse se trouve sans doute dans les commentaires en anglais-polonais-islandais-bosniaque-espagnol qui disent qu'ils ne comprennent rien aux paroles mais donnent 10/10 à la chanson tongue-out

    "I learn to sing this song on italian,even i dont understand a single word,i mean i saw a translation on english but this sounds amazing,1000000 voices from Bosnia goes to Francesko and this masterpiece." (sic) 

    Italy, twelve points? 

     

  • 7 fois 7

    C'est finalement une tout autre cafetière italienne que l'Adrienne s'est offerte fin mai dernier, à l’occasion de son anniversaire. 

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    Remarquez l'embout à gauche: la vapeur qu'il produit doit métamorphoser le lait en une mousse légère pour le cappuccino. Voilà ce qui a définitivement fait pencher la balance en faveur de cet article-ci, à peine plus cher que la Bialetti dont on parlait hier et pour lequel le choix du format, du modèle, de la couleur... ne se posait pas. 

    ***

    Contrairement à ses habitudes, l'Adrienne s'est astreinte à lire de bout en bout le mode d'emploi - qui heureusement n'est pas très épais - puis à suivre scrupuleusement toutes les étapes de la fabrication de la mousse de lait: la notice recommande le lait demi-écrémé bien froid, on dose la bonne quantité (100 ml), on attend que les lampes rouge et verte s'allument, on évacue un premier jet de vapeur jusqu'à ce qu'il n'en sorte plus d'eau, on introduit l'embout dans le lait etc. etc.

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    Hélas, ça foire à tous les coups. 

    D'abord on ne comprend pas pourquoi le lait ne se change pas en mousse. Au contraire, il se met à bouillir et à gicler sur la nouvelle machine, les murs et tout le reste, y compris sur l'Adrienne. 

    *** 

    Puis on finit par résoudre le mystère: les 100 ml de départ ont doublé de volume tout en restant liquides, d'où on peut conclure que de cet embout, il ne sort pas que de la vapeur, mais aussi de l'eau. 

    Bref, ce n'est pas demain que l'Adrienne pourra offrir un cappuccino à sa mère, à qui elle avait annoncé toute fière: 

    - Dès que je réussis à faire un vrai cappuccino, je t'invite! 

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    Sur les sept fois sept tentatives, voici le seul qui donne un peu l'illusion de ressembler à un cappuccino, mais c'est surtout grâce à son cacao tongue-out

     

     

  • E comme expert

    Certains se souviendront peut-être en quels termes dithyrambiques l'Adrienne avait décidé que la cafetière italienne était l'ustensile qu'il lui fallait en remplacement de son percolateur? 

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    dessin de Guillaume Long sur son blog

    Elle s'est donc rendue à Bruxelles dans un magasin spécialisé avec la ferme intention d'en rapporter un précieux exemplaire à la maison. 

    Malheureusement, ces cafetières étaient présentées en divers modèles (du plus classique au plus design), en plusieurs coloris (tons neutres, tons vifs, tons pastels) et bien sûr en différents formats, de sorte que l'Adrienne, après avoir passé une grosse demi-heure à comparer tailles, prix, modèles et couleurs... est ressortie du magasin sans avoir pu se décider. 

    Elle comprend bien, à présent, ce qu'ont dû ressentir ses amis roumains la première fois qu'ils étaient en Belgique, juste après la chute de leur Conducator, et qu'ils ont été confrontés à des hypermarchés où le choix d'un simple yaourt demande l'examen d'un rayonnage de plusieurs mètres sur quatre étages. 

     

  • V comme Voglio una casa

    Voglio una casa, la voglio bella / Je veux une maison, je la veux belle
    Piena di luce come una stella / Pleine de lumière comme une étoile
    Piena di sole e di fortuna / Pleine de soleil et de bonheur
    E sopra il tetto spunti la luna / Et par-dessus le toit se lève la lune
    Piena di riso, piena di pianto / Pleine de rires, pleine de pleurs
    Casa ti sogno, ti sogno tanto / Maison de rêve, je te rêve tant
    Dididindi, Dididindi...

    Voglio una casa, per tanta gente / Je veux une maison pour beaucoup de gens
    La voglio solida ed accogliente, / Je la veux solide et accueillante,
    Robusta e calda, semplice e vera / Solide et chaleureuse, simple et vraie
    Per farci musica matina e sera / Pour y faire de la musique soir et matin
    E la poesia abbia il suo letto / Et que la poésie y ait son lit
    Voglio abitare sotto a quel tetto. / Je veux habiter sous ce toit.
    Dididindi, Dididindi...

    Voglio ogni casa, che sia abitata / Je veux que chaque maison soit habitée
    E più nessuno dorma per strada / Que plus personne ne dorme dans la rue
    Come un cane a mendicare / A mendier comme un chien
    Perchè non ha più dove andare / Parce qu'il n'a plus où aller
    Come una bestia trattato a sputi / Traité avec mépris comme une bête
    E mai nessuno, nessuno lo aiuti. / Sans que personne jamais ne l'aide.
    Dididindi, Dididindi...

    Voglio una casa per i ragazzi, / Je veux une maison pour les jeunes
    che non sanno mai dove incontrarsi / Qui ne savent pas où se rencontrer
    e per i vecchi, case capienti / Et pour les vieux, de grandes maisons
    che possano vivere con i parenti / Où ils puissent vivre avec la famille
    case non care, per le famiglie / Des maisons pas chères pour les familles
    e che ci nascano figli e figlie. / Et qu'y naissent des fils et des filles.
    Dididindi, Dididindi...

    source du texte / traduction de l'Adrienne

  • Stupeur et tremblements vénitiens

    C'est un petit ouvrage d'à peine 58 pages dans sa version italienne qui paraît ce mois-ci en traduction française https://diacritik.com/2016/05/18/roberto-ferrucci-venise-est-lagune-venezia-e-laguna/  

    Venezia non è una città di mare. Venezia è laguna.

    Venise n'est pas une cité de la mer. Venise est lagune.

    I veneziani che escono in barca, si aggirano per le sue fragili e bellissime acque verdi, raramente escono a fendere quelle azzurre dell’alto Adriatico. È questo il paradosso enorme di quell’assurdo dibattito su grandi navi sì, grandi navi no. La laguna non è mare. Anche e soprattutto per questo il resto del mondo sa che la risposta a quel falso dilemma è NO.

    Les Vénitiens qui sortent en bateau et se déplacent sur leurs merveilleuses et fragiles eaux vertes, vont rarement jusqu'à celles toutes bleues du haut Adriatique. Voilà le paradoxe énorme de cet absurde débat à propos des grands paquebots oui, grands paquebots non. La lagune n'est pas une mer. C'est aussi et surtout pour cette raison que le reste du monde sait que la réponse à ce faux dilemme est NON.

    E forse oggi Venezia è in mano a qualcuno che la vuole trasformare in un grande contenitore commerciale, di consumo. […] Solo se si ritornerà a pensarla e a rispettarla come città di laguna, accettando la sua preziosa e unica fragilità, Venezia potrà continuare a essere la città più bella e amata al mondo.

    Et aujourd'hui peut-être Venise se trouve entre les mains de celui qui veut la transformer en un haut lieu de commerce et de consommation. [...] Ce n'est qu'en la repensant et respectant comme ville lagunaire, en acceptant sa fragilité unique et précieuse, qu'on pourra la garder comme la ville la plus belle et la plus aimée au monde.

    Le polveri sottili che una grande nave rilascia nell’aria sono l’equivalente di quattordicimila automobili circolanti in un giorno. Un ecomostro in movimento che avanza lento verso il bacino di San Marco. […] Centomila tonnellate d’acciaio che solcano le gracili acque della laguna, milioni di chili che fanno sussultare le pietre di Venezia […] ma lasciano apparentemente intatta l’acqua attorno a loro. […] Salvo che poi, eccolo, qualche minuto dopo, l’effetto risucchio e pistone […] senti all’improvviso la terra sotto ai tuoi piedi agitarsi come fosse preda di una mareggiata […] devastanti sul lungo periodo per le rive e le fondamenta di Venezia. 

    Les particules fines émises par un paquebot sont l'équivalent de 14000 voitures circulant une journée. Un monstre écologique en mouvement qui s'avance lentement vers Saint-Marc. [...] Cent mille tonnes d'acier qui rident les eaux fragiles de la lagune, des millions de kilos qui font tressauter les pierres de Venise [...] mais laissent l'eau tout autour en apparence intacte. [...] Sauf qu'après quelques minutes, par l'effet de remous, tu sens tout à coup la terre s'agiter sous tes pieds, comme en proie à une tempête [...] dévastant les rives et les quais (ou fondations) de Venise.

    Les extraits viennent d'ici http://www.michelecatozzi.it/2015/12/28/venezia-e-laguna-un-pamphlet-contro-le-grandi-navi/ (c'est moi qui ai traduit).

    Des photos absolument sidérantes de ces paquebots géants qui frôlent les rives et les quais de Venise: Are these giant cruise ships destroying Venice?

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    photo prise du blog de l'auteur, Roberto Ferrucci: son livre s'inscrit dans la liste des cris d'alarme lancés ici et là.

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    le même triste débat dans un film documentaire allemand de 2012

  • C comme café

    Ce sont les voyages en Italie qui ont fait que l'Adrienne, buveuse exclusive de thé, a découvert la saveur du café. 

    Découvert et pas redécouvert, car il n'a rien de comparable au café au lait qu'elle a bu chez sa grand-mère pendant toute son enfance, dans les grandes tasses Boch Frères à motifs bleus. 

    L'Homme raillait "la chaude eau" (1) et ne buvait que du café pour lequel il avait un percolateur. L'Adrienne a toujours trouvé le breuvage qui en sortait de qualité plutôt médiocre, même le plus fin des maragogype ne pouvait la convaincre de lâcher ses merveilleux thés de chez Fortnum & Mason.

    C'est la raison pour laquelle, suite à ses séjours chez des amis pourvus d'une magnifique machine à espresso, elle a commencé à rêver d'investir dans du beau matériel. 

    Non pas les dosettes et autres capsules vantées par des acteurs américains mais le fin du fin made in Italy qui coûte malheureusement dix fois plus.

    Et qui encombre aussi beaucoup plus. 

    Elle a failli se l'offrir à Noël. A reculé devant le prix et le volume de l'appareil. Puis elle a vu ceci:  

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    http://long.blog.lemonde.fr/2009/11/11/pause-cafe-premiere-partie/

    Encombrement zéro, prix dérisoire, utilisation d'une extrême facilité (2), entretien simplissime, aucune panne à craindre... et surtout, elle fait, selon Guillaume Long, le meilleur des cafés. café2 - kopie.gif

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    café3 - kopie (2).gif

    http://long.blog.lemonde.fr/2009/11/12/pause-cafe-seconde-partie/

     

    Reste à trouver une boutique où ça se vend cool

    ***

    (1) voir Astérix chez les Bretons

    (2) l'Adrienne est une analphabète des modes d'emploi

  • T comme trofiette

    Parfois, il faut vraiment se forcer. Vraiment se dire: "OK, j'y vais!". Vraiment se décider à pousser la porte et à entrer.

    Toute seule.

    Dans un bon restaurant, où chacun est installé avec sa chacune.

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    Après quoi, le plus gros du travail est fait. Il ne s'agit plus que de lire le menu et de passer sa commande en essayant de ne pas voir les regards curieux de chacun avec sa chacune quand ils sont en manque de conversation.

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    Choisir des coquilles Saint-Jacques en entrée et des trofiette. Les déguster avec un verre de vin blanc dans lequel une mouche vient apprendre à nager.

    Une mouche fin décembre, voilà un des dommages collatéraux quand il ne gèle plus tongue-out

  • Adrienne aime les arbres

    A Turin aussi, les arbres ont été dûment photographiés Cool

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    D'abord, un magnifique camélia, piazza Carlo Alberto

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    puis les ors de l'automne, piazza Cavour

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    enfin, en allant vers le Po

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    le beau rouge de la vigne vierge sur le pont Umberto I

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    encore des canoteurs

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    et l'étonnement d'être la seule dans ce beau cadre

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    si romantique Langue tirée

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  • T comme truffes

    Une amie chère au cœur de l'Adrienne s'est fait un devoir de la secouer un peu.

    Il était temps que quelqu'un le fasse de cette façon.

    D'autres amies bien intentionnées lui avaient bien sûr également prodigué force conseil. Mais peu d'entre eux étaient applicables, quand on est fait comme l'Adrienne.

    Depuis la mi-novembre, elle ne "se laisse plus dessécher" et veille à manger quelque chose de mieux que ses sempiternels "pain-fromage-crudité".

    Quand elle n'a ni le temps ni l'envie de cuisiner - ce qui est souvent le cas depuis environ deux ans - elle passe chez le traiteur italien et là... mamma mia! elle s'offre des spighe al tartufo ou une caille farcie à la truffe ou une sauce à la truffe.

    Ne lui dites pas que ce n'est pas la saison des truffes: elle le sait tongue-out

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    c'est décidé, la prochaine fois elle prendra les lasagne d'aubergine ou de courgette
    (et une petite bouteille d'huile d'olive parfumée à la truffe) cool

    ***

    MERCI

    aux amies bien intentionnées

    et aux traiteurs italiens

  • P comme Po

    Finalement, ce qu'il y a eu de plus beau à ce séjour turinois, c'est la balade sur les rives du Po Cool

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    c'était un jeudi après-midi

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    par ciel bleu

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    j'ai traversé le pont Umberto I

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    il y avait très peu de promeneurs

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    mais les canoteurs se bousculaient

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    c'était le moment idéal pour admirer les feux de l'automne

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     toute cette beauté juste à côté de la ville

  • L comme longtemps je me suis...

    Longtemps, je me suis baladée dans le centre de la ville.

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    l'ombre de l'église San Lorenzo se profile sur la façade du Palazzo reale, 
    dimanche 1er novembre 

    Longtemps, je me suis demandé quelle photo prendre pour illustrer le thème de "l'ombre".

    Et ce n'est que rentrée chez moi que j'ai aperçu que celle-ci en comportait une qui faisait sens cool.

    Pour les fans de Guarino Guarini, voici le lien vers le site de l'église San Lorenzo, son oeuvre: http://www.sanlorenzo.torino.it/

    ***

    Et le titre?

    C'était juste pour faire peur à Walrus

    tongue-out

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: ombre

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • K comme Konrad

    - Je m'appelle Konrad, nous dit-il. Avec un K.

    Et il ajoute, comme s'il fallait s'en excuser:

    - Je suis Suisse allemand.

    Personne ne sait quoi lui répondre. Faut-il le consoler ou le congratuler?

    C'est lui qui fournit la réponse, en répétant un certain nombre de fois, au cours de la semaine:

    - Faut m'excuser, je suis Suisse allemand.

    De quoi, ce n'est pas clair, mais la Belge comprend tongue-out.

    Il est prof, comme moi. De langues germaniques (faut l'excuser).

    ***

    A la fin de la semaine, au moment des adieux, je dis à Konrad:

    - Toi, tu restes, tu as quinze jours de congés scolaires, en Suisse?

    Il a eu dans le regard cette ombre reconnaissable entre profs fatigués:

    - Je reste six mois, dit-il. J'ai pris un congé sans solde.

    On acquiesce. On comprend.

    - Je ne gagne pas un sou, mais ce break, j'en ai vraiment besoin.

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    photo prise à Turin au musée du cinéma

  • J comme jardin

    A l'arrière du palazzo Madama on peut encore parfaitement voir la construction qui date du moyen âge, en briques rouges, avec ses deux tours de garde. C'est là aussi qu'on a reconstitué le "jardin médiéval", dont voici le plan:

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    C'est tout mimi et entretenu par des bénévoles. En les voyant balayer les trois feuilles tombées sur une minuscule pelouse, je me suis dit que moi aussi, si j'étais torinese, je porterais leur badge et je gratterais la terre...

    Torino 2015-4 012 - kopie.JPG

    les carrés de potager sont entourés de claies d'osier

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    les tours très imposantes "écrasent" le jardinet

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    le jardin de ruines, voir à gauche du plan ci-dessus

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    le "potager"

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    le "jardin du prince", avec fontaine et berceau de roses blanches simples, très parfumées.
    (voir à droite sur le plan)

  • I comme illuminations

    Un beau projet ayant comme nom "Luci d'artista", Lumières d'artiste, rendait les artères principales de la ville particulièrement agréables dès le coucher du soleil, c'est-à-dire déjà à 17.30 h.

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    via Roma, Planetario

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    piazza San Carlo, Regno dei fiori: nido cosmico de tutte le anime

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    Galleria Subalpina, Migrazione

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    via Accademia delle Scienze, Ancora una volta

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    via Pietro Micca et via Cernaia, Volo su...

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    via Garibaldi, Lui e l'arte di andare nel bosco

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    une longue histoire que je n'ai pas lue jusqu'au bout

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    parce qu'elle m'aurait valu un torticolis

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    piazza Palazzo di Città, My noon

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    via San Francesco d'Assisi, Il Mito

    ***

    Les illuminations seront encore visibles jusqu'au 10 janvier

    Toute l'info ici:

    http://www.contemporarytorinopiemonte.it/

  • H comme hyperbole

    Tout est grand, tout est immense, tout se doit d'être à la hauteur du passé royal de la ville.

    La plupart des cages d'escaliers - même celles d'un "simple" condominio comme celui où était situé mon B&B - respirent cet air de faste et de grandeur et montrent bien que l'espace, rare et cher dans une ville aussi surpeuplée, est un véritable luxe depuis des siècles.

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      une des volées d'escaliers du Museo Egizio

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    une de celles du palazzo Madama

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    escaliers qui ne mènent à "rien", si ce n'est à un balcon donnant sur la place et à la grande salle dite "du Sénat"
    (qui ne l'a été que pendant 3 ans, de 1861 à 1864)

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    bref, un bel endroit pour y boire un cappuccino
    (même pas plus cher qu'ailleurs)

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    et on y est tout seul!

    (ils sont fous ces Turinois Langue tirée)

  • F comme fer forgé

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    Palazzo Madama

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    via dei Mercanti
    (immeuble particulier)

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    Museo Egizio

    ***

    trois exemples parmi des centaines d'autres

     

  • 7 notes de musique

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    photo prise à Turin lundi dernier 

    (remarquez le petit chat Sourire)

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: musique

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • D comme décor

    Quand on se promène dans une ville italienne, surtout dans la moitié nord du pays, on ne peut s'empêcher de penser que le décor - ou le décorum - est une notion réellement essentielle.

    Derrière d'imposantes façades se trouvent de vastes cours intérieures et des cages d'escaliers mènent à une multitude d'appartements. Si on en franchit la porte, on peut constater qu'à l'intérieur également, le décor est riche, "baroquisant", surchargé.

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    une des nombreuses cours intérieures de la via Carlo Alberto
    (avec de gros pavés sur lesquels, dès six heures et demie du matin, les "portiere" font rouler à grand fracas d'énormes poubelles)

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    splendeurs un peu fanées des galeries si on les regarde de plus près

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    les étages supérieurs du bâtiment d'en face
    (tous se ressemblent tellement qu'au bout de trois jours je passe encore devant la porte de mon B&B sans m'en rendre compte, et je dois revenir sur mes pas... ou j'essaie d'introduire la clé dans la serrure d'une autre porte)

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    carrelages somptueux, meubles ouvragés, cadres en bois doré sur tous les murs et grands lustres à pendeloques de cristal... ou en verre de Murano, comme dans ma chambre:

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    Mais c'est à la nuit tombée que le décor prend vraiment toute sa glorieuse importance

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  • B comme bellissimo!

    "Bellissimo!" s'exclament jeunes et vieux qui se pressent en ce dimanche après-midi dans le palazzo reale, dont tous les salons sont plus rouge et or les uns que les autres.

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    A l'entrée de la salle de bal, il y a la foule: on fait la queue pour s'offrir un selfie. Des couples se proposent gentiment de se prendre en photo les uns les autres.

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    Ce qui attire le plus l'Adrienne, dans ce sombre palais où l’œil ne peut se reposer nulle part tant chaque centimètre carré est surchargé de décoration, c'est la vue sur les jardins.

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    Le parc aussi est "bellissimo" sous ses couleurs automnales et de chaque fenêtre la vue est différente:

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    Dans la suite du parcours, c'est au tour des enfants d'être émerveillés par les chevaux, les armures et le panache de la scuderia.

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    "Non toccare!" répètent les gardiens d'un ton sévère dès qu'une main enfantine se tend pour toucher la patte d'un cheval.

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    je crois qu'il faut être Italien pour oser se promener avec des plumes roses

    Et c'est vrai que c'est bien tentant. Voyez celui-ci, et dites si vous n'auriez pas eu envie de vérifier la douceur de son poil:

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    toutes les photos ont été prises à Turin le 1er novembre 2015

  • Première fois

    S'il n'y a pas de grèves

    pas d'accidents

    pas de défaillances techniques de quelque ordre que ce soit

    l'Adrienne cet avant-midi est en route pour Turin

    pour sa toute première découverte de la capitale du Piémont et du slow-food.

    Les cinq jours qu'elle y passera seront trop courts pour en voir toutes les beautés et y déguster toutes les spécialités

    mais ce sera une raison d'y retourner.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Turin

    Un ticket est déjà pris pour mercredi:

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    « Museo Egizio di Torino-631 o » par Tim Adams — worldisround.com. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Museo_Egizio_di_Torino-631_o.jpg#/media/File:Museo_Egizio_di_Torino-631_o.jpg

     

  • V comme voleur

    Marcus a arrêté son cheval à l'ombre d'un bosquet qui pépie de chants d'oiseaux. En sautant à terre, il voit que le chien est toujours là. Il n'a servi à rien de galoper, cette bête l'a suivi malgré tout. Il flatte la tête de son cheval. Son cou, tout son corps est en sueur. Il l'attache à un arbre. L’animal commence tout de suite à manger quelques feuilles des branches les plus basses d’un châtaignier. De temps en temps, il s'arrête, l'oreille tendue, nerveux, tout le corps parcouru de frissons.

    La veille encore, Marcus peignait un tableau dont il pensait qu'il serait son chef-d’œuvre. Finies les petites scènes de famille, terminés les portraits de notables et d'enfançons au grand col de dentelle de Malines. Il s'était mis à la création, mûrement réfléchie et préparée par de nombreuses études et esquisses, d'une vaste fresque mythologique. Il avait dépensé une petite fortune pour acquérir les panneaux de tilleul nécessaires à sa réalisation.

    Il se souvient de l’arrivée de l'Italien, voilà à peine deux mois. Il ne s'est pas tout de suite méfié, il avait même cru qu'ils pourraient s'échanger leurs arts, apprendre l'un de l'autre. Mais c'est lui qui a tout donné et l'Italien qui a tout pris. Marcus ne s'en était pas tout de suite rendu compte. Il sait, à présent, que c'est grâce à lui que le Florentin a acquis la maîtrise de la peinture à l'huile, des enduits, des vernis, des fins glacis qui captent la lumière...

    C'est la veille seulement qu'il a tout compris. Le rose aux joues de la duchesse, son trouble, ses émois, ses regards à la dérobée n'étaient plus pour lui.

    Il ne sait pas laquelle des deux trahisons lui cause le plus de douleur.

    Solidement attachés aux flancs de son cheval, les panneaux, les esquisses, les précieuses eaux-fortes.

    Il paraît qu’à Urbino aussi on aime la peinture flamande.

     fiction,peinture

    Urbino, palazzo, juillet 2011

  • Adrienne en bateau

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    © Kot

    http://www.bricabook.fr/2015/01/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-153e/

    L'Adrienne a soigneusement choisi ce lieu de villégiature pour son petit port de mer. Depuis toujours, les voyages en bateau la font rêver.

    L’excursion est prévue pour le dimanche matin. Elle s’en réjouit à l’avance et tient à être la première sur le quai, quitte à attendre une demi-heure l’ouverture du petit guichet. Au moins, elle sera assurée d’avoir une place. Les bateaux ne sont pas grands, et il n’y en a que deux.

    Le dimanche matin, le quai est désert et la mer étale. Quand la baraquette s’ouvre enfin, elle s’avance, le portefeuille à la main.

    - Les bateaux ne sortiront pas, aujourd’hui, lui dit un homme après l'avoir laissée poireauter dix minutes sous prétexte qu'il déguste un croissant à la crème.

    - Ils ne sortiront pas ? Et pourquoi pas ?

    - La mer est trop agitée, fait-il en se servant le reste du café de sa thermos.

    De son autre main, il a un geste vague vers la surface de l’eau où on ne repère même pas une vaguelette.

    Son café bu, il referme le cadenas de la baraquette.