jeu

  • K comme krapoveries

    jeu,fiction,les joies d'internet,krapoverie

    Moi aussi j'ai marché sur la Lune. C'était en décembre et c'était beaucoup plus impressionnant que ces amateurs d'Apollo 11. 

    D'abord, c'était en couleurs: la fusée était du plus bel effet, avec ses carrés rouges et blancs, et nos costumes de bibendums oranges surmontés d'un beau globe aquarium tout à fait jolis et pratiques. En plus on avait un chien. Pas une malheureuse Laïka attachée comme un condamné à mort (lente) mais un vrai compagnon, intelligent et en alerte. 

    Quand j'étais petit, disait mon frère alors âgé de huit ou neuf ans, et il ne pouvait jamais finir sa phrase tellement ça faisait rigoler les grandes personnes. Moi je savais qu'il allait dire qu'il voulait un chien quand il était petit mais qu'il en aurait un quand il serait grand. Ou même deux. Je ne pense pas qu'on aurait pu prendre deux chiens dans la fusée, surtout pas des grands comme mon frère en voulait. C'est sûr qu'on aurait manqué d'oxygène, sur ce coup-là! 

    Et croyez-moi, ce problème d'oxygène nous a salement pourri la balade! Quelle tension dans la cabine, quelles inquiétudes! Sans compter que je suis déjà claustrophobe dans un ascenseur et que je manque d'air dès que mon nez est sous la couette. Bref, il fallait garder son calme et ne pas respirer trop fort. 

    Quand soudain un type en plus est apparu dans la cabine, on a paniqué. Déjà qu'on était drôlement à l'étroit, avec Dupont et Dupond qui n'étaient pas prévus au programme et qui s'amusaient à mettre le bazar, comme d'habitude... alors quand ce Jorgen a sorti son arme à feu, on ne savait vraiment plus où se mettre. 

    Mais ce n'est pas si grave et j'aurais dû le savoir, puisque ces aventures se terminent toujours bien - d'ailleurs sans cette garantie je ne me serais jamais embarquée dans cette fusée, malgré ses jolis carrés rouges et blancs. Ce n'est pas si grave, me suis-je dit, si un mauvais tue un autre mauvais et s'il se suicide après. De toute façon des gens comme lui ne peuvent aller qu'en enfer. C'est obligé.  

    Et comme par magie on a eu pile poil assez d'oxygène pour arriver sur terre presque en bonne forme. On était juste un peu évanouis.   

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408Consignes et illustrations chez Joe Krapov, que je remercie!

    Comment j'ai adopté un dragon

    Il s'agit d'un jeu de cartes et de dés d'Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze édité par "Le Droit de perdre".  

    incipit n°14 Moi aussi, j'ai marché sur la Lune  

    1718-06 adopte un dragon IMG_0408 3Toutes les sept minutes l'animateur lance un dé. On doit alors inclure dans son histoire les petits mots qui sont apparus. Pour cette séance les mots à inclure ont été : 

    Quand j'étais petit
    Et croyez-moi
    Quand soudain
    Mais ce n'est pas si grave
    Et comme par magie

    *** 

    source de la première illustration ici 

    lien vers l'album sur le site officiel de Tintin ici 

    et ici les aspects scientifiques

  • I comme illusion

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    Pour mon malheur, avant de rencontrer ma gentille petite Simone, j'ai connu sa sœur aînée, Maria. Maria est piqûrière, chez nous à l'usine, c'est comme ça que je l'ai connue. Une bonne ouvrière, ça oui, mais un fichu caractère! Et elle aimait déjà le vin, ce qui n'arrangeait pas son humeur... Quelle différence avec la petite Simone, douce comme un agneau... C'est elle que j'aurais dû rencontrer la première. Je n'en serais pas là aujourd'hui, avec une femme pendue à mon cou et une autre qui me fait du pied sous la table. 

    Oh! mon beau, mon fort, mon grand! Qu'est-ce que je l'aime! Quelle chance j'ai! Quel bonheur! Mon beau Gaspard! Et intelligent avec ça! C'est le patron lui-même qui l'a dit, mon plus jeune et mon meilleur contremaître, il a dit. Il ira loin, mon Gaspard, je le sais, je le sens! Vivement l'été prochain qu'on se marie! 

    Quelle gourde, cette Simone! Non mais regardez-moi ça! Encore une qui croit qu'elle a touché le gros lot! Et son grand dadais qui rougit quand je lui chatouille le tibia... qui attrape la chair de poule quand mes doigts frôlent son bras... Hahaha! il ne sait plus où se mettre! Je le connais moi, le Gaspard. 

    *** 

    Témoignages croisés. Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

    Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Pour comprendre la hiérarchie de l'usine textile d'autrefois, voir par exemple Maxence Van der Meersch, dans La fille pauvre: la canneteuse, puis la bobineuse et la doubleuse, tout à fait en bas. Au-dessus d'elles, "il y avait, pour n'en citer que quelques-unes, la soigneuse de continu, puis l'ourdisseuse, puis la tisserande, puis au sommet, respectée et jalousée, l'aristocrate, la piqûrière, qui nous dominait et ne nous disait pas bonjour.

  • F comme film

    jeu,pastiche,souvenir d'enfance,adrienne

    Arrive à ce moment de l’extérieur un bruit beaucoup plus net et proche que les autres : un trot de cheval sur les pavés de la ruelle, qui paraît s’arrêter au pied même de la maison de John. Celui-ci tend l’oreille et perçoit un bref dialogue entre deux voix de femmes, en arabe. Il éteint son projecteur et va jusqu’à la fenêtre d’où lui semblent venir ces sons qui l’intriguent. En se penchant, il aperçoit une cavalière aux cheveux blonds, dont il ne voit pas le visage, qui exécute une demi-volte pour redescendre la ruelle. Vêtue d’un costume de fantaisie, vaguement marocain, il s’agit visiblement d’une Européenne. Le spectateur pensera ensuite que cette jeune femme pouvait être Leïla, et plus tard la Gradiva. 

    Arrive à ce moment de l'extérieur un bruit de pas et une voix masculine qui annonce sa venue: c'est le laitier. Adrienne laisse ses épluchures de pommes de terre, se lève et lui tend le poêlon tout prêt sur la cuisinière pour qu'il y verse le litre quotidien. La monnaie aussi est déjà toute prête sur le coin de la table mais ça n'empêche pas les phrases rituelles, combien je vous dois et le temps qu'il fait. Le Westminster sonne onze heures et demie. 

    John retourne à sa table et remet son projecteur en marche. Les nouvelles images sont la suite des précédentes, mais maintenant se mêlent aux chevaux et cavaliers de plus en plus fréquentes représentations féminines, comme si elles se trouvaient induites par l’apparition de Leïla sur sa monture dans la ruelle nocturne (sous l’éclairage incertain d’un lampadaire, municipal ou appartenant au portail de la bâtisse où habite John). Ces dessins et peintures prennent même un caractère progressivement érotique et, dans ce cas, le regard de John s’y attarde plus longuement. Cet effet culmine avec la reproduction, totale ou partielle, d'une "Mort de Sardanapale" par Delacroix. 

    Adrienne retourne à sa table et termine d'éplucher les pommes de terre jusqu'à ce qu'elles baignent toutes dans l'eau d'une casserole émaillée. Verte. La soupe qui a bouilli emplit l'arrière-cuisine de sa buée et de son odeur. Dans le poêlon, une peau épaisse et jaunâtre se forme sur le lait frémissant. Adrienne le retire prestement du feu au premier bouillon et va le déposer à la cave, d'où elle revient avec une boîte de petits pois et carottes. Elle met le couvert pour quatre personnes. Dans son cadre en faux bois, une Joconde de carton sourit légèrement. 

    Alain Robbe-Grillet, C'est Gradiva qui vous appelleciné-roman, éd. Minuit, 2002, pages 10-12. 

    *** 

    un carrelage de l'époque d'Adrienne: photo prise dans le souterrain d'une belle maison de 1908, à Ostende, Euphrosina Beernaertstraat 148 
    photo et info ici

  • C comme coiffure

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    Bientôt cinq heures, se dit Luisa en se regardant mélancoliquement dans le grand miroir du vestibule. Elle a un moment de découragement à l'idée de devoir sortir, de devoir affronter le regard de la petite assemblée qui prend le thé tous les mardis chez son amie Teresa. Que ne peut-elle rester tranquillement chez elle... 

    C'est toujours sans aménité que Luisa s'observe, sans complaisance qu'elle se détaille. Oui, la taille est bien prise, les mains fines, le cou gracieux. Mais ce nez et ce menton un peu forts? Cet œil à la paupière tombante, surtout du côté gauche? Certes, ça lui vient de feu son père,  est-ce suffisant pour s'en consoler? l'accepter? 

    Puis un léger sourire s'esquisse et le rouge lui vient aux joues. 

    C'est que son regard est posé sur sa nouvelle coiffure, audacieuse, à la romaine, et que le figaro venu officier le matin même pour la première fois est jeune, beau, et qu'il sait parler aux femmes...  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio, que je remercie! 
    "La marquise sortit à cinq heures"... phrase attribuée par André Breton à Paul Valéry, mais, il y a des doutes... Il s'agit d'étoffer cette simple phrase pour en faire... toute une histoire !

  • B comme Bon, François Bon

    jeu,pastiche,françois bon,adrienne,souvenir d'enfance

    Cet hiver, c'est ciné-roman chez François Bon aussi et pour l'Adrienne c'est une incitation à dérouler le film qui n'existe que dans sa tête. 

    John est éclairé dans son travail par une forte lampe de bureau, très directionnelle, à bras articulé. Il compulse des papiers, puis se remet à écrire, à la main, avec un stylographe traditionnel, probablement défectueux, car il le trempe quelquefois dans un encrier. On entend, venant du dehors, des cris d’enfants qui jouent, mais pas très proches, puis un appel de muezzin pour la prière du soir, et d’autres sons constituant une sorte de rumeur arabe, paisible et quotidienne. 

    Adrienne travaille à la lumière du jour, si importante pour évaluer les couleurs. Elle se dépêche d'assembler les pièces. Elle est penchée sur sa machine. Sur le manteau de cheminée, l'horloge Westminster sonne tous les quarts d'heure. Aux heures, Adrienne lève la tête et compte les coups, immédiatement confirmés par le coucou accroché au mur.   

    John s’interrompt dans son écriture pour réfléchir un moment. Il appuie sur le bouton d’un boîtier de commande qui en même temps éteint la lampe de travail et allume l’écran, où défilent, sur un rythme assez rapide, des images de cavaliers arabes, de chevaux, de paysages marocains, etc. Le tout est constitué de croquis et peintures du siècle dernier, où l’on reconnaît en particulier des Delacroix, plus ou moins célèbres. Certains semblent retenir davantage l’attention de John, qui, visiblement, a souvent regardé ce matériel, le sujet sans aucun doute du texte qu’il est en train de rédiger. 

    Alain Robbe-Grillet, C'est Gradiva qui vous appelle, ciné-roman, éd. Minuit, 2002, page 10 

    Elle replie soigneusement les pièces assemblées et celles qui sont encore attachées à leur papier de soie. Elle récupère les bouts de tissu, jette quelques fils coupés. Elle vérifie si elle n'a oublié aucune épingle sur la table, passe et repasse la main sur sa surface. Elle pousse sa machine contre le mur, remet le couvercle dessus. C'est l'heure de faire chauffer la soupe et de cuire les pommes de terre. 

    *** 

    photo prise à Ostende le 3 novembre 
    détail de l'église Saints-Pierre-et-Paul

  • X c'est l'inconnu

    jeu,fiction,plumes

    - Tu veux voir sa chambre? a-t-elle proposé.

    Alors ils sont allés à l'étage. La petite avait choisi la pièce du fond, la plus grande, celle qui fait toute la largeur de la maison. Ça l'émeut plus qu'il n'aurait imaginé, les murs en rose et blanc, le voilage à la tête du lit, le bureau avec ses classeurs et ses livres de classe, des peluches partout et trois ou quatre posters d'un rouquin avec une guitare et des bras tatoués.

    - C'est Ed Sheeran, dit-elle. La petite est folle de lui.
    Ed Sheeran, ce nom ne lui disait rien, mais il a hoché la tête et a pris en main quelques livres sur le bureau.

    - La police a emporté son ordi, dit-elle. On espère y trouver des informations intéressantes. Sur ses contacts, ses intentions...

    Ses intentions? Ce mot le met extrêmement mal à l'aise. Quelles pourraient être les intentions d'une gamine de treize ans qui disparaît sans laisser de trace? 

     

    écrit pour les Plumes d'ici et d'ailleurs
    consignes 7: 
    Votre héros entre dans une maison, une église, un magasin, un café et cet endroit est vide.
    Décrivez le lieu avec précision, les pensées de votre héros et laissez faire votre imagination ...
    Quelque chose, quelqu’un va sortir de ce silence, de ce vide.
    A l’extrême servez vous d’un cimetière, d’un cinéma, d’un théâtre vide la nuit.
    Trouvez un lieu qui soit approprié à votre intrigue et à votre héros.

  • W comme Walkyrie

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    Elle est née dans la soierie comme d'autres naissent dans du coton. Son père, excellent homme mais mauvais chef d'entreprise, s'est vu éliminer dans la course sans merci au toujours plus (de profit) avec toujours moins (d'investissement dans l'humain). C'est ainsi que du jour au lendemain, sans explication, tranchant dans le vif, il a décidé de quitter la soie de ses ancêtres pour réaliser son rêve d'enfant: cultiver la terre. 

    Parti en éclaireur à la recherche d'une parcelle nourricière, il s'est installé en Bavière et y fait pousser des carottes et des navets au goût douceâtre, des choux et des pommes de terre. 

    Sa fille, d'abord hostile à ce changement de cap, a rapidement vu les opportunités qu'offrait sa nouvelle situation, en particulier le plaisir de dominer. Et comme par un effet de mimétisme, elle s'est épanouie, grande, forte, robuste comme une héroïne wagnérienne. 

    *** 

    Tableau et consignes chez Lakévio: Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. Mettez en gras ou soulignez les mots utilisés dans votre texte.

  • V comme village

     jeu,fiction,plumes

    Il s'étonne qu'au village où ils habitaient autrefois tous les deux, rien n'ait changé en dix ans: il y a même encore le boulanger, le boucher, le marchand de journaux où il achetait ses billets de loto. L'horloge de l'église marque bientôt midi et pris d'une idée subite, il s'arrête et pousse la porte de la petite boucherie d'Yvan, qui s'est un peu adapté au goût du jour et offre quelques plats préparés, en plus des biftecks, des saucisses et des côtes de porc. 

    Encore deux kilomètres. Il ne se demande même pas comment il sera reçu, remonte l'allée, sonne à la porte. 

    - Tu n'as pas changé, lui dit-il dès qu'elle entrouvre la porte, et il voit bien que ça lui fait plaisir. 

    - Je t'ai apporté du vol-au-vent, lui dit-il encore, une fois qu'elle l'a tout à fait laissé entrer. Il n'y a qu'à le réchauffer. 

    - Toi non plus tu n'as pas changé, lui dit-elle alors. 

    *** 

    écrit pour les Plumes d'ici et d'ailleurs
    consignes 6: 
    Vous êtes à la cuisine, vous préparez le repas et en effectuant les gestes habituels vous pensez à vos invités ou à la famille qui sera réunie.

    Vous êtes à un repas en famille ou entre amis et tout à coup en début de repas ou au dessert l’un des invités se lève et prend la parole.
    Dans les deux cas vous intégrez les personnages que vous avez créés.

     

  • 20 novembre

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    Lundi 20 novembre 

    Cher journal 

    Nous approchons des côtes de l'Argentine et nous profitons déjà en plein du printemps austral. Il paraît qu'aujourd'hui la température atteindra 25°! Mais les nuits sont fraîches et la jeune dame qui dort sur le pont a encore besoin de deux plaids... 

    Tu sais qu'elle m'intrigue beaucoup et que je poursuis ma petite enquête. Figure-toi que cette dame est en voyage de noces! Chaque matin son mari vient lui apporter des jus de fruits et lui lire le programme de la journée. Moi, tu me connais, mine de rien je passe, soi-disant pour ma promenade matinale... je m'arrête pour humer l'air du large, exactement à leur hauteur, et j'attrape forcément quelques bribes de la conversation. 

    Son mari parle bas mais j'entends bien ce qu'elle lui répond. Ce matin, elle lui a dit: 

    - N'insistez pas, cher ami. Je vous l'ai déjà dit et je ne changerai pas d'avis: nous verrons quand nous serons arrivés à votre ranch. 

    Je me demande bien ce qu'elle a voulu dire... J'en saurai peut-être plus demain.

    Une chose est sûre: les grandes personnes sont décidément très bizarres! 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie 
    il fallait s'inspirer du tableau et écrire une lettre

  • Question existentielle

    jeu,fiction,plumes

    Ce n'est qu'en s'approchant du centre qu'il remarque enfin la grande roue et qu'il se souvient que c'est la kermesse d'hiver. Combien d'années déjà qu'il vit sans enfant et qu'il ne s'approche plus d'un manège, n'achète plus de beignets ou de barbe-à-papa?

    Quand il rentre dans son garage, il a l'esprit de plus en plus embrouillé par des tas de questions auxquelles il ne sait que répondre. Tout ce qu'il déteste le plus, tout ce qu'il s'efforce d'éviter grâce à sa vie bien réglée et minutée.

    Doit-il contacter son ex-femme? Comment l'accueillera-t-elle? Rejettera-t-elle la faute sur lui, sur son absence? Et sa mère, sait-elle déjà? Comment réagira-t-elle? 

    Et sa fille... une gamine de treize ans, où est-elle? Pourquoi, comment, avec qui... que s'est-il passé?

    - J'y vais! décide-t-il d'un seul coup en remontant dans sa voiture. 

    *** 

    consigne 5 des Plumes 

    Lors du défi numéro 3 un imprévu a modifié le déroulement  habituel de la vie du héros. Écrivez la suite en mettant l’accent sur un danger, une tension. Essayez de pousser votre personnage à l’action. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre dernier.

     

  • P comme père

    jeu,fiction

    Il aime la vitesse, son joli cabriolet, son moteur puissant. Il aime s'amuser à laisser tout le monde derrière lui quand le feu passe au vert. Il roule encore plus vite que d'habitude et essaie d'oublier le mauvais quart d'heure qu'il vient de passer dans le bureau de la police. 

    C'est la routine, sans doute. C'est parmi les proches qu'on cherche le suspect et que l'enquête commence. Heureusement, avec le métier qu'il a et les joujoux modernes qui enregistrent chacun de ses mouvements, il n'a pas été difficile de démontrer où il se trouvait, ces dernières quarante-huit heures, ni à quoi il a passé son temps, sauf pendant ses quelques heures de sommeil. Y compris le moment où il est entré - et sorti - du Liberty Fitness Club. 

    Il se calme aux abords de la ville. Il ne faudrait pas qu'en plus on lui retire le permis. Quelques prélèvements ont peut-être été faits dans sa roadster - il a dû en remettre la clé - mais il est bien tranquille, on ne risque pas d'y trouver un cheveu de sa fille. 

    *** 

    écrit pour la consigne 4 des Plumes 

    Le héros voyage, effectue un trajet. Il s’agit d’ancrer le héros dans un environnement géographique précis qui constitue le cadre. Il porte également une empreinte historique et permet de définir l'époque. 
     
    Photo prise à Ostende le 4 novembre
  • N comme no pain no gain

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    Il était en plein effort quand son téléphone s'est mis à vibrer. Le temps de déposer les haltères, de s'essuyer la figure, de regarder le numéro, il était trop tard pour prendre l'appel.

    - Un numéro inconnu, se dit-il. C'est peut-être un client.

    C'était la police.

    Pour lui demander quand il avait vu sa fille pour la dernière fois.

    - Je... euh... attendez..., a-t-il bafouillé lamentablement. Il y a longtemps... En juillet-août deux mille... euh... attendez... il y a deux ans, oui c'est ça, août 2015.

    De la suite de la conversation, son esprit n'a réussi à enregistrer que des bribes: disparition inquiétante, ça oui, c'est sûr que c'était inquiétant. 

    *** 

    consigne 3 chez les Plumes

    Une lettre est arrivée qui va  bouleverser la vie de votre héros ou de votre héroïne. 
    Si vous êtes dans un monde plus moderne un mail, un appel téléphonique, un sms envoyé par erreur... 
    Votre héros va se trouver dans une situation de crise du fait de cet élément surprise. 
    Grâce à ce texte vous mettrez cet imprévu en place. 

    Photo prise dans ma ville le 3 novembre

  • L comme Liberty

    fiction,jeu

    Quand il a poussé la porte du Liberty fitness club, il a tendu sa carte de membre à Nadir et s'est dirigé vers les vestiaires sans remarquer la jeune fille qui l'observait. 

    - Et celui-là, demande-t-elle à Nadir, dans quelle catégorie tu le places? Half body? 

    - Attends, tu jugeras par toi-même, il sera aux appareils dans moins de cinq minutes. 

    Trois minutes plus tard, il était effectivement de retour, pectoraux moulés dans un maillot blanc, et s'est couché sur le banc aux haltères. 

    - Ça va, j'ai compris, dit-elle. 

    - Tu n'as encore rien vu, dit Nadir. 

    *** 

    suite de I comme inspiration chez les Plumes 

    consigne 2 chez Les Plumes: Votre héros a des activités, il sort et travaille. 
    Il est  dans un lieu public, au marché, chez le coiffeur, à la gare.
    Vous créez deux personnages qui le regardent et parlent de lui. De parfaits inconnus ou des personnages secondaires qui seront utiles ensuite. 

    L’illustration est une photo prise au musée d'Ostende, expo Het Vlot/The Raft - étude de Géricault pour le Radeau de la Méduse

  • K comme Kronprinz

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    Si vous dites aux grandes personnes : « J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! » 

    Après sa lecture, le Kronprinz a refermé le beau volume illustré et a décidé de s'adonner à l'art de l'aquarelle, plutôt qu'à celui de la guerre. 

    *** 

    fiction utopique et uchronique inspirée par le tableau donné en consigne chez Lakévio, que je remercie, ainsi qu'Antoine de Saint-Exupéry.

  • I comme inspiration chez les Plumes

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    Il a quarante ans depuis deux mois mais il préfère ne pas le savoir, ce qui veut dire qu'il y pense beaucoup. Il se dit que la meilleure moitié de sa vie est passée, ce en quoi il se trompe. 

    Il a un boulot qui ne le satisfait pas et s'il n'en change pas, c'est parce qu'il se persuade que c'est pareil partout. Et par paresse. 

    Il soigne son aspect physique, fait de la musculation, met des lotions antirides, veille à ne pas prendre un gramme. Ses deux millimètres de barbe sont soigneusement entretenus. 

    Il s'habille à la mode dans une boutique "jeune" où il commence à se sentir mal à l'aise. Juste un peu, à certains regards qu'il perçoit. 

    Il n'a pas de relation stable et ne voit presque pas sa fille - aujourd'hui adolescente - qui grandit dans une autre ville. La dernière fois qu'ils ont passé quinze jours de vacances ensemble, ça a viré au drame. Il était en couple avec Amélie, qui était horriblement jalouse de la gamine. Il a dû choisir. Il ne sait pas s'il le regrette. Ça lui fait un peu peur, une fille de treize ans. Et pas seulement peur de vieillir. 

    Il a quelques copains qu'il voit au gré de ses activités sportives, quoique la plupart du temps il les pratique en solitaire. Ce n'est pas simple de trouver les bons créneaux horaires. 

    Il a encore sa mère. Ils se téléphonent beaucoup, elle va bien. Il pense qu'elle a cessé de se tracasser qu'il soit "monogame en série", comme elle dit, ce en quoi il se trompe aussi.  

    *** 

    inspiration (consignes) chez les Plumes d'ici et d'ailleurs 

    photo: tableau de Robert Devriendt (expo The Raft Ostende)

  • E comme édification

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    "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Dès qu'on lui a permis de se lever, ma mère est allée se montrer à la fenêtre, le soir venu, après avoir allumé toutes les lampes et ouvert les rideaux. C'était un rituel auquel elle s'adonnait quotidiennement depuis plus d'un an, sans jamais manquer au rendez-vous, mise à part cette parenthèse de ma naissance. 

    Mais cela, l'homme en face le savait, bien sûr. 

    Moi-même je ne l'ai su que beaucoup plus tard, après leur mort à tous les deux, quand j'ai retrouvé leur correspondance. J'ai compris beaucoup de choses à ce moment-là. Par exemple, pourquoi ma mère et moi trouvions depuis toujours si attirants les hommes à moustache. Il en avait une, absolument impériale, sur un petit portrait au pastel que je possède encore aujourd'hui." 

    Tom referma le document, éteignit l'ordinateur, redisposa tout sur le bureau exactement comme il l'avait trouvé. Il espéra que longtemps encore il trouverait ainsi le moyen de connaître l'intimité de Nadia. 

    Tout en réfléchissant à ce qu'il venait de lire, il se passa la main sur son visage glabre. 

    - Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    l'incipit et l'excipit étaient imposés 
    en plus du tableau, évidemment smile

  • R comme retard

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    Il faudra, pense la petite en arrangeant ses fleurs, que je vérifie dans un dictionnaire comment on écrit 'chrysanthème'. Je suis sûre que Mademoiselle nous donnera un devoir sur la Toussaint.

    La petite aime sa nouvelle institutrice, excellente pianiste et fine pédagogue. Avec elle, toutes les petites corvées deviennent un honneur et elle les distribue de manière judicieuse et équitable.

    La petite espère que lundi ce sera son tour d'arroser le bel hortensia bleu qui orne le coin de la fenêtre. Et que l'après-midi, quand la classe ira à la piscine, personne ne tentera de lui arracher sa bouée, comme cet affreux Kevin a fait avec Anabelle, la dernière fois, pendant que Mademoiselle surveillait les derniers, ceux qui essaient d'entrer dans l'eau sans passer par la douche. C'est vrai qu'elle est un peu fraîche et que tout le monde y passe en courant, la petite aussi.

    Au fait, pourquoi Kevin s'en prend-il toujours à Anabelle, qui a une tête de plus que lui? Mordant son bras, tirant ses cheveux ou sa jupe, essayant d'ouvrir la porte quand elle est aux toilettes...

    Elle décide que dès le lendemain elle sera très gentille avec Anabelle, pour qui ça doit être fort pénible d'être toujours sur ses gardes quand Kevin est dans les parages.

    Tout comme les fleurs peuvent éclairer une pièce, une petite élève peut éclairer une classe.

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Jeu des Papous N°2

    A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

    dictionnaire - pianiste - hortensia - bouée - affreux - mordant - pénible - éclairer

    Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

  • N comme notaire

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    Arrêtée au passage piétonnier devant le feu rouge, elle voit qu'elle a un message de sa mère: 

    je te donne mon emploi du temps aujourd'hui visite à ghislaine en bus demain matin coiffeuse samedi matin banque alimentaire au delhaize après midi chez denise et dimanche katty si tu veux me voir avant mon départ il faudra prendre rendez-vous comme chez le notaire 

    La seule différence entre sa mère et le notaire, se dit-elle en déchiffrant, c'est que lui met des points et des virgules quand il écrit... 

    ***  

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • A comme allokataplixis

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    Ça a débuté comme ça. Hector Vanderheiden, coiffé de sa casquette neuve et chaussé des souliers de cuir réservés aux grandes occasions, la moustache peignée et retaillée, un mouchoir propre en poche, s'était rendu dans la capitale à l'invitation d'un notaire. 

    Chez qui il n'est jamais arrivé. 

    Mais ça, la famille ne l'a su que quand il était trop tard. 

    Hector Vanderheiden, les mains derrière le dos, a pris tout son temps pour flâner. Il était largement en avance pour le rendez-vous et en a profité pour admirer les étalages. Il y avait là des choses inouïes, des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence et qui le faisaient tomber d'émerveillement en émerveillement. 

    C'est ainsi qu'il s'est retrouvé, sans qu'il ait bien compris comment la chose s'était faite, sur les moelleux fauteuils de la Maison Polant. Où sa naïveté lui a valu un traitement de faveur. C'est bien normal. 

    C'est bien normal aussi que son cœur ait lâché. 

    Bien normal que son fils et sa belle-fille n'aient pas jugé utile de faire des frais pour le rapatriement du corps.  

    En fait, madame Polant, déléguée par la famille, avait seule suivi le corbillard. 

    *** 

    Allokataplixis, le mot vient d'être inventé par un professeur américain pour désigner l'émerveillement, la fascination du touriste devant ce qui est différent de chez lui (donc une notion fort différente du syndrome de Stendhal) - merci à Lakévio pour le tableau, l'incipit et l'expicit imposés!

  • P comme parapluie

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    Ellen avait certains principes dont elle n'aimait pas se départir: y rester fidèle l'aidait à traverser les jours. Il suffit de si peu de choses pour que la vie s'effiloche... 

    Ainsi par exemple, le 18 septembre on est encore l'été, il ne peut donc être question de sortir les bas, les pulls, les écharpes et les vestes. Tant pis s'il fait frisquet le matin, on marchera un peu plus vite. 

    Le parapluie, on peut le prendre: il arrive qu'il pleuve aussi l'été, n'est-ce pas? 

    C'est pour cela que dans sa petite robe sans manches, elle marchait à grands pas sous l'averse, heureusement munie de son parapluie. Klara a eu du mal à la rejoindre et s'est glissée à ses côtés, hors d'haleine, pour profiter de l'abri. 

    Un quart d'heure plus tard, en arrivant au bureau, Klara a le côté droit détrempé: pendant le chemin, Ellen a bien pris soin de positionner le parapluie de façon à évacuer toute l'eau dans le dos et le sac de sa collègue. 

    Alors Klara comprend enfin pourquoi ce jour-là, pour une fois, elle a eu droit au regard attentif d'Ellen pendant qu'elle lui parlait. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • C comme Carrare

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    Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l'homme, ce pli qu'il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

    Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C'était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

    Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu'elle jettera dans l'eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

    Mais sans lui. 

    *** 

    photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • X c'est l'inconnu

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    Où qu'il soit, Simon ne peut s'empêcher d'étudier les "signes" et ce n'est pas la préparation de sa thèse de linguistique sur les actes de langage qui y changera quelque chose: au sein de la vie sociale, tout est signe et donc significatif pour qui sait voir. 

    Ce matin, dans la salle du petit déjeuner, il a de quoi faire avec l'observation d'une dame seule dont la robe et la serviette de bain aux rayures bleues et blanches sont assorties à la nappe et au service de table. 

    Une dame que personne ne viendra rejoindre et qui pourtant laisse refroidir son œuf à la coque. 

    Qui a ouvert un nouveau paquet de cigarettes sans pourtant en avoir fumé une première. 

    Qui ne s'est même pas encore servi une tasse de café. 

    Qui a posé le Times bien en évidence sur le coin de la table, dans le sens de lecture opposé au sien, donc pour le passant. 

    Qui a ôté la serviette de son rond et l'a jetée en face d'elle. 

    Et qui, les mains jointes, ne cesse de regarder fixement au dehors. 

    Simon la prend en photo: voilà un cliché qu'il soumettra à la sagacité de ses étudiants, le semestre prochain.  

    *** 

    source de la photo et consignes chez Lakévio, que je remercie pour sa merveilleuse constance, même pendant les mois d'été cool

  • U comme une vie

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    On aurait peur de dire à Maria que ses fleurs sont "bellissime", il faut aussitôt qu'elle vous en offre. Alice le sait, pourtant elle n'y a pas pensé quand elle s'est spontanément exclamée que ses roses étaient magnifiques. Maria lui a répondu "Aspetta!" et a sorti son sécateur de la poche de son grand tablier de jardin. 

    Alice n'a pas de vase et remplit une carafe dans sa cuisine. 

    Puis elle oublie d'y mettre les fleurs.  

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    Elle a un peu recoupé la photo qu'Ugo a prise d'elle et l'a collée dans son carnet à spirale. Elle s'observe. Comme sur la photo, elle se retient de rire. Il lui avait enroulé ses longs cheveux sous une sorte de bonnet au crochet et fait retomber une mèche sur le côté. La visière lui descendait sur l'oreille. De l'autre côté il lui avait fait mettre une grande boucle d'oreille et dans les larges mailles de ce drôle de couvre-chef, il avait encore piqué une plume orange et un oiseau de papier multicolore. Elle s'était laissé faire sans rien demander, son italien n'était pas encore assez bon pour ce genre de conversation. 

    Finalement, elle était assez contente du résultat. 

    Elle espérait que lui aussi... 

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    Un mois déjà qu'elle est installée à Rome. Le temps file! Elle se dit qu'elle ne se lassera jamais de ce pays, de ses odeurs, de ses bruits, de sa cuisine, de son soleil, de ses habitants. Elle se dit que c'est ici qu'elle aurait dû naître. Elle se dit que si on peut adopter un enfant, on devrait aussi pouvoir adopter une maman. Elle aimerait bien être la fille de Maria.

    Il faudra qu'avant six mois elle ait trouvé quelque chose de stable. Un vrai travail.

    Ce ne sera pas évident. Tant de jeunes galèrent dans ce pays, ou s'expatrient. 

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    Le lendemain, elle a sa mère au téléphone:

    - Bon anniversaire, ma chérie! Tu as bien reçu ton paquet?

    Oui, elle l'a reçu. Sa mère croit apparemment que la France lui manque et lui a envoyé le dernier Sollers, des galettes Saint-Michel, un mirliton, une petite bouteille de sirop de violettes...

    Encore un malentendu! 

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    Elle passe beaucoup d'heures dans les musées. Elle dessine, elle prend des notes. Elle ne voit pas le temps passer et n'entend même plus ce que débitent les guides... ou les visiteurs. Elle se demande quand elle trouvera son propre style. Elle ne sait pas qu'elle le possède déjà. 

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    Elle se promène beaucoup aussi. Elle explore. Elle s'installe devant une vieille maison aux volets fermés, sort son matériel d'aquarelliste. Tout en peignant, elle imagine qui y a vécu. Qui l'a construite. Qui y est né et mort. Parfois la maison n'est pas vide: un volet s'ouvre, une vieille dame sort, vient voir l'oeuvre en cours. Parfois Alice lui offre son travail. 

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    Son modèle préféré, c'est Antonio, le mari de Maria. Inutile de lui demander de ne pas bouger, il s'assoupit dès qu'il s'assied. Il peut rester des heures à contempler le bout de ses baskets. 

    Alice essaie de restituer toute la dignité de l'homme même si on devine le mal qui lui ronge le cerveau. 

    Il faudrait voir, dit Maria, comme il était bel homme! Et elle va dans leur chambre à coucher, décroche la photo de leur mariage. "Guarda!" dit-elle. On sent tout l'amour et la fierté pour cet homme qu'aujourd'hui elle doit laver et habiller comme un enfant. 

    *** 

    merci aux Plumes d'ici et d'ailleurs
    pour les consignes et photos quotidiennes 
    tout l'été! 

    celles-ci sont de la semaine du 11 au 17 juillet

  • R comme racines

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    - Ça me fait quelque chose, me dit-elle, de passer par ici. 

    - Oui, à moi aussi! 

    Nous avions six ans et nous faisions la route ensemble quatre fois par jour. Sa maman était toujours là pour faire traverser la grand-route à ses enfants, surtout depuis qu'un garçonnet s'était fait écraser en sortant de l'école. 

    Nous étions dans la même classe et nous avons passé six ans côte à côte. Six ans d'une amitié indéfectible qui a suffi à nous faire traverser une moitié de vie, éloignées l'une de l'autre, et à nous retrouver comme si nous nous étions quittées la veille. 

    - Ça me donne des émotions, de passer par ici, me dit-elle. 

    - Bonnes ou mauvaises? 

    La question est difficile. Il y a eu des petits bonheurs et tant de grands malheurs, surtout dans sa vie à elle. 

    - En fait, dit-elle, je suis contente de repasser par ici. 

    Et moi je ne sais toujours pas pourquoi j'ai choisi de revenir vivre dans le quartier de mon enfance. 

     *** 
    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • O comme onze

    jeu,fiction,françois bon

    (1) Depuis ses 15 ans, il connaît The Matrix par cœur. Depuis ses 15 ans, il ne s'habille plus qu'en noir, avec le manteau très long et les lunettes sombres. Malheureusement, depuis ses 20 ans une calvitie sévère l'empêche de jouer pleinement les Keanu. 

    (2) A 60 ans, elle a eu envie de faire le trajet Belgique-Compostelle à vélo. Elle s'est un peu entraînée, quelques samedis, et puis elle est partie. Personne n'ose lui demander si elle n'a pas triché et pris le train, ici et là, pour alléger le parcours. 

    (3) Ses parents l'ont appelé Christophe mais il a choisi la graphie Kristof. Toute la vie il leur reprochera ce prénom français. Malheureusement, il n'a pas pu changer son nom de famille, qui est d'origine picarde. 

    (4) Elle regrettait d'être née trop tard pour pouvoir être hippie. Ça ne l'a pas empêchée de se parfumer au patchouli, de fumer de la marijuana et d'abandonner ses études à 17 ans. Ni d'enseigner l'anglais en Inde. 

    (5) Ses trois frères font la fierté de leurs vieux parents: ils ont bien réussi dans leur entreprise de toiture, plomberie, chauffage, électricité. Ils ont des villas, des piscines, un manège. Lui seul est un gagne-petit: il a fait des études et est prof dans le secondaire. 

    (6) Depuis de nombreuses années, sur tous les billets de banque qui lui passent entre les mains, elle écrit consciencieusement au stylo bleu: "L'argent, c'est de la merde". Depuis de nombreuses années, elle espère en vain qu'un de ces billets lui reviendra en mains. Aujourd'hui, elle se demande si elle n'a pas inspiré un Brestois. https://attaque.noblogs.org/post/2017/07/31/brest-finistere-largent-cest-dla-merde/

    (7) Arrête de faire le pitre! lui disait constamment sa mère.
    Tu vas encore te faire remarquer avec tes grimaces et tes pitreries! lui sifflait-elle. 

    Après sa mort, il a trouvé un carnet où elle consignait pieusement toutes ses facéties. 

    (8) Si vous saviez, dit-elle, comme j'ai galéré! Galéré des années, des années avant de trouver ce que j'aime vraiment faire! Ça me désespérait!

    Elle vient d'avoir vingt ans. 

    (9) Après deux opérations aux genoux, ligaments, rotule, il a dû arrêter le foot. Il s'est mis au vélo: il a parcouru toute la Corse, grimpé le mythique Mont-Ventoux, passé l'hiver sur son VTT. C'est comme ça qu'un soir de neige et de boue, un camion l'a percuté.

    (10) Elle a préparé le petit déjeuner familial, les boîtes à tartines pour les enfants, rangé la maison. Elle a conduit les enfants à l'école et leur a dit à ce soir, travaillez bien. Puis elle est allée se jeter dans le canal.

    (11) Il était ambulancier. Le roi de la vitesse et de l'efficacité. Le jour où l'ambulance a dû venir pour lui, elle est arrivée trop tard. 

    *** 

    atelier d'été de François Bon - consigne 1: onze personnages en 3 phrases chacun 

    source de la photo wikipedia

  • O comme Odette

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    Odette riait. On ne savait pas toujours pourquoi. Elle semblait heureuse alors on l'était aussi. Elle riait, et même elle minaudait. Elle prenait ses airs de petite fille candide, clignait des paupières, souriait. 

    Elle jouait avec son écharpe rose. Son chapeau rose, sa robe rose, elle ne voulait plus porter que du rose. Elle avait dû porter du noir trop longtemps, trop souvent. Elle avait bien le droit, maintenant, de porter ce qui lui plaisait. Pourquoi pas du rose, comme ses petites-filles de dix et douze ans. 

    Odette pleurait aussi, parfois. Un chagrin tout à coup l'accablait. Elle était incapable d'expliquer pourquoi. On se sentait si impuissants et malheureux pour elle. Que pouvait-on faire pour chasser les idées noires? Pour lui rendre son sourire? 

    On regardait de vieux albums. Elle tournait les pages, sans rien dire. Parfois elle regardait ailleurs. Les choses l'ennuyaient vite. Alors on allait se promener au jardin. Avec son chapeau rose et son écharpe rose. Elle marchait à petits pas.  

    Puis tout à coup elle disait: il faut vous en aller maintenant. 

    Ou d'autres fois, c'est elle qui voulait partir. Il faut que je rentre, disait-elle. Elle devenait nerveuse, fébrile. 

    Et elle répétait: Il faut que je rentre! mon papa va s'inquiéter. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • M comme mec

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    - Qu'est-ce que tu en penses? m'a demandé Jenny. 

    Elle tenait dans sa paume ouverte un bijou en forme d'ananas qu'elle avait épinglé sur son manteau. 

    - Tu crois que ça a de la valeur? 

    Sa question m'embêtait. Que pouvait bien avoir coûté cette petite mosaïque de fausses pierres précieuses? Et quelle valeur sentimentale y attachait-elle? 

    - C'est ton amoureux qui te l'a offert? j'ai dit, pour éluder prudemment sa question. 

    Ses quarante-huit ans ne l'ont pas empêchée de devenir toute rose. 

    - Oui, hier soir... Tu penses que c'est sérieux? Que c'est bon signe? 

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     - Ecoute, j'ai dit, c'est difficile de se faire une idée, comme ça... D'abord, je ne l'ai jamais vu... 

    J'ai tout de suite regretté cette parole imprudente. Et si elle allait vouloir me le présenter? Non, non! Il ne pouvait en être question. 

    - Qu'est-ce qu'il aime, dans la vie? j'ai rapidement enchaîné, me disant qu'elle allait se mettre à parler de lui et oublier ma sotte remarque. 

    - Les Romains! Enfin, la Rome antique, tu vois ce que je veux dire? Il collectionne tout ce qui s'y rapporte, en miniature, évidemment, les empereurs, les monuments, les soldats, tout, quoi! 

    - Ah! j'ai fait. 

    Et c'est tout ce que j'ai réussi à dire. Pas de doute possible, c'était bien lui. 

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    On était attablées à la Casa del Güey (1), à attendre notre pastel de elote. Heureusement, l'amour ne coupait pas l'appétit de Jenny et on pouvait continuer à aller se gaver de pâtisseries mexicaines chaque samedi après-midi. 

    - Et tu le revois quand? je lui ai demandé. 

    C'est là que j'ai senti le problème. Elle a hésité, a baissé la tête. 

    - Tu crois que la broche est un cadeau d'adieu? 

    Comment lui dire sans me trahir que c'est exactement ce qu'il faisait à chaque fois? 

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=awCZRIepB8M güey, ce sont les quatre lettres visibles à l'enseigne sur le tableau de Hopper c'est de l'argot mexicain pour mec 

    Les trois photos sont les consignes d'écriture des Plumes d'ici et d'ailleurs, que je remercie!

  • H comme histoire

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    - Plus vite, plus vite, crie Gaius, nous allons arriver trop tard!

    Là-bas, sur la plage de Neapolis, des gens sont massés et attendent ils ne savent trop quoi, dans l'anxiété.

    - Mais rame! rame! éructe Gaius dans une dernière quinte de toux qui lui sera fatale.

    Quelle idée aussi de s'aventurer sous ce nuage de poussières quand on est asthmatique...

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    Dix-sept siècles plus tard, c'est au tour de François-René d'aller faire du journalisme d'investigation scientifique en Italie. Ou appelez ça autrement, c'est comme vous voulez.

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    Il y accompagne un certain Joseph Fesch, qui, croyez-le ou non, est le tonton à Napoléon. Selon que vous soyez auteur ou victime, vous adopterez à son propos une des deux phrases suivantes: 

    "En 1793, Joseph Fesch fuit les partisans de Pascal Paoli et se réfugie en Provence. Sous la Terreur, ayant abandonné l'habit, il devient d'abord garde-magasin d'une division de l'armée des Alpes avant de se voir confier par son neveu Napoléon Bonaparte la charge, en 1795, de commis aux marchés de fournitures pour l'armée d'Italie. Durant cette campagne, il commence une collection de tableaux appelée à devenir l'une des plus riches de France voire d'Europe." 

    ou 

    "En 1793, Joseph Fesch fuit les partisans de Pascal Paoli et se réfugie en Provence. Sous la Terreur, ayant abandonné l'habit, il devient d'abord garde-magasin d'une division de l'armée des Alpes avant de se voir confier par son neveu Napoléon Bonaparte la charge, en 1795, de commis aux marchés de fournitures pour l'armée d'Italie. Durant cette campagne, il commence à voler tous les tableaux qui lui semblent avoir quelque valeur, de sorte qu'aujourd'hui la France a une des plus riches collections qui soient."

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    Ce tableau-ci, par contre, n'a pas été volé, vu qu'il était accroché dans une église française, fut-elle à Rome. Pour le voir, il suffit de glisser quelques pièces de monnaie dans le dispositif qui vous donnera un instant d'éclairage. Ou si vous n'avez pas de monnaie, d'attendre qu'un autre touriste le fasse.

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    Finalement, François-René n'est pas resté plus de six mois à Rome, le Cardinal ayant demandé son renvoi. Il y revient en 1828 comme ambassadeur de France.

    - San Stefano di Sessanio, dit-il d'un air songeur, appuyé à la monumentale cheminée de marbre gris, ça ne serait pas ce village de Calabre où cet imbécile de Paul-Louis a cru vivre ses dernières heures?

    - Je ne crois pas, Votre Excellence, c'est dans les Abruzzes, il me semble...

    - Calabre, Abruzzes, c'est chou vert et vert chou, déclare l'ambassadeur, qui n'aime pas être pris en défaut.

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    Et pour couper court à de nouvelles remarques de son secrétaire, il s'exclame:

    - Bientôt sept heures et demie! Je n'ai que juste le temps de me préparer pour la réception de ce soir!

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    ces images sont proposées à l'écriture sur le site des Plumes d'ici et d'ailleurs (première semaine)

  • G comme gourmandise

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    C'est seulement en arrivant à quelques mètres de son bateau qu'il a aperçu les coquelicots peints tout le long du bastingage. 

    Décidément, Laura exagérait! Après avoir "amélioré" le conditionnement des marchandises – non, ce n'était pas du sucre en poudre, comme il le lui avait fait croire – installé des plantes naines sur le pont arrière, remplacé sa vieille timbale par des tasses de porcelaine rose pastel – dans lesquelles elle ne servait que des tisanes insipides – défendu qu'il garde ses souliers aux pieds dès qu'il montait sur le bateau – son propre bateau! - elle prétendait maintenant lui faire traverser les trois cent dix-huit kilomètres de Marseille à Ajaccio dans un bateau peinturluré comme une camionnette VW de hippies?

    - Il n'y avait plus de sucre dans ton armoire, dit-elle  en l'accueillant de son air le plus câlin, alors comme je voulais te faire la surprise d'une mousse au chocolat, j'ai ouvert un des paquets qui sont dans la cale... 

    *** 

    écrit pour la proposition 149 d'Ecriture créative 
    avec les mots imposés suivants: 

    bastingage - coquelicot - poudre - conditionnement - gourmandise - nain(e) - timbale - huit - soulier - insipide

     

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    ceci n'est pas une camionnette VW de hippies mais le véhicule d'un fournisseur de châteaux en Espagne tongue-out