jeu

  • T comme T-shirt orange

    fiction,jeu,photo

    C'est en arrivant à l'entrée du parc qu'elle l'a vu. Il était grand, mince, finement musclé dans son T-shirt orange par ce frais matin de printemps. L'enseigne du pharmacien marquait bientôt dix heures et 9 degrés mais son T-shirt lui collait à la peau. 

    "Il doit avoir marché longtemps avec son lourd bagage", pensa-t-elle. Un gros sac à dos était posé à terre contre sa jambe, une guitare bien emballée dans sa housse et un deuxième sac, volumineux, posé devant lui. 

    "Leurs yeux se rencontrèrent" se dit-elle en souriant, mais on n'était pas chez Flaubert: c'est sa coiffure rasta qu'elle regardait, et ses longs bras nus où l'on voyait les muscles sous la peau noire, comme lustrée. Il avait l'air fatigué et indécis. 

    "Je parie qu'il a dormi à la belle étoile", pensa-t-elle encore en le regardant remettre son sac à dos sur ses épaules. Elle le vit faire une grimace douloureuse, ce qui confirma son opinion. Il trimbalait sans doute toutes ses affaires depuis déjà un bon bout de temps. 

    - Vous avez dormi dehors? 

    Elle le regretta tout de suite mais dans l'urgence, elle n'avait rien trouvé de plus approprié comme entrée en matière. 

    Il la regarda, ébahi, sans répondre. Une question de langue, peut-être? 

    - Je vous offre un café? dit-elle en faisant un geste large en direction de la grande brasserie, un peu plus loin sur sa droite. 

    Elle le vit hésiter un instant. Elle supposa que ses rides et ses cheveux gris avaient quelque chose de rassurant, car il finit par ébaucher un sourire pour accepter. 

    fiction,jeu,photo

    C'était une de ces brasseries ostendaises où l'on sert de plantureux buffets pour le petit déjeuner. Elle capta son regard sur les paniers de viennoiseries, les plateaux garnis de fruits, de charcuteries et de fromages. S'il avait aussi faim qu'elle le supposait, l'odeur des œufs brouillés ou frits devait faire crier son estomac. Elle ne se trompait pas.  

    lakévio53.jpg

    "C'est tout juste s'il n'a pas avalé le petit bouquet de violettes", se dit-elle avec un sourire attendri, en quittant leur table plus d'une heure et demie plus tard. 

    - Comment vous remercier, lui dit-il pour la troisième fois, je n'ai rien à vous offrir. 
    - Détrompez-vous: vous m'avez beaucoup offert! Vous m'avez offert votre histoire. 

    Elle lui montra le chemin de la gare et se dépêcha vers son clavier. "A Djibril", écrivit-elle en dédicace, même si plus que probablement il ne le lirait jamais. 

    *** 

    merci à Lakévio pour la consigne et l'image (ici)

  • O comme obsession

    leiloona263.jpg

    Chaque fois qu'elle passait dans cette rue, elle ne pouvait s'empêcher de regarder intensément la façade du numéro 17. Chaque fois, cette vue la désolait. Chaque fois, il y avait de nouvelles dégradations à déplorer. 

    Il y a longtemps que le bois autour des grandes vitrines aurait dû recevoir une couche ou deux de peinture. Des squatteurs avaient négligé de fermer les fenêtres des chambres, en quittant les lieux. Des vitres s'étaient brisées, d'abord au premier étage, puis au second. 

    Elle n'osait s'imaginer dans quel état était le reste de la maison. Le plancher du grenier? La cour aux pavés orange? Toutes ces grandes pièces non chauffées depuis des années? La pluie ne s'était-elle pas infiltrée par le toit ou par les cheminées? Les rats, les souris, d'autres nuisibles n'avaient-ils pas envahi les lieux, les boiseries surtout? 

    Elle s'en voulait de s'inquiéter pour un bâtiment qui n'était plus dans la famille depuis bientôt trente ans mais c'était plus fort qu'elle: en passant devant, elle ne pouvait que regarder et voir. 

    Un autre hiver est venu. Les peintures ont été refaites, de nouvelles fenêtres installées, de grandes pancartes ont annoncé l'ouverture prochaine d'un café. 

    Ça l'a rendue heureuse. Heureuse qu'on garde le carrelage ancien, le grand miroir biseauté, les rayonnages gris clair sur le mur du fond. Elle espérait qu'en poussant la porte vitrée, elle entendrait à nouveau la clochette d'autrefois. 

    La chapellerie de son grand-père revivrait.

    *** 

    source de la photo de Fred Hedin et consignes chez Leiloona, que je remercie!

  • B comme borderline

    lakévio1avril.jpg

    Quand elle est venue s'installer dans la maison d'à côté, elle a tout de suite entrepris de grands travaux. La grange a été transformée en immense séjour avec atelier à l'étage et dans la fermette basse où le vieil Oscar avait vécu jusqu'à ses 96 ans elle a aménagé une cuisine et une salle de bains. 

    Dans le grand jardin déjà fort touffu depuis que le vieil Oscar ne l'entretenait plus, elle a planté des sapins pour qu'ils fassent vite un écran total l'hiver comme l'été: ses voisins, même depuis leur étage, ne verraient bientôt plus du tout sa maison. Du côté de la rue, elle a fait ériger un mur de parpaings en béton gris, haut de plus de deux mètres. 

    De son atelier, elle avait une vue sur toute la campagne et les quelques maisons environnantes. Mais de la sienne on ne voyait rien. Rien qu'un mur et une masse de conifères. Pourtant, elle se sentait toujours épiée et avait avec sa plus proche voisine des relations en dents de scie. 

    - Moi, disait-elle à chaque fois qu'elles se voyaient, je suis une artiste. J'ai une âme d'artiste! 

    La voisine ne savait pas trop ce que ça voulait dire, mais opinait de la tête. Elle supposait que l'âme d'artiste expliquait les accoutrements bizarres, les cheveux longs mal peignés retenus par des foulards multicolores, les tas de bijoux et bagues de pacotille, les sautes d'humeur et la douzaine de chats. 

    - Il faudra venir prendre le café chez moi, dit-elle un jour, comme ça vous verrez la maison, comme elle a changé! 

    La voisine n'aimait ni "l'âme d'artiste", ni ses chats, ni ses travaux entrepris sans le moindre permis de bâtir. Mais elle y est allée, la curiosité a été la plus forte. 

    Et elle a vu ce qu'elle voulait voir.

    Elle a vu les rénovations, les beaux espaces, les chats qui entrent et sortent, celle qui allaite ses petits au creux d'un fauteuil où elle avait apparemment mis bas, ceux qui sautent sur la table et lapent le lait prévu pour le café, reniflent les tasses.

    Elle n'a pas vu la dame qui avait tellement besoin qu'on l'aime et la rassure.  

     *** 

    aquarelle et consigne ici, chez Lakévio, que je remercie!

  • Y comme Ysabelle

    lakévio52.jpg

    A l'âge de seize ans, elle a décidé de prendre fermement en main le reste de sa vie. 

    D'abord, elle a changé la première lettre de son prénom: Isabelle était trop commun. Elle voulait se singulariser. 

    Elle a commencé à l'écrire avec un Y. 

    Quelques recherches généalogiques lui ont permis de trouver une lignée de bonne noblesse terrienne dont le nom de famille présentait une similitude avec le sien. Il était juste plus long. Beaucoup plus long. 

    Elle a testé sur quelques amies le roman qu'elle se brodait. Son allure, son chic, son joli chignon blond, ses robes bien coupées, ses manières un peu précieuses, tout était étudié pour accréditer la thèse d'une Tess d'Urberville du 20e siècle. Contrairement à l'héroïne de Thomas Hardy, elle saurait bien mener sa barque. 

    Quatre ans plus tard, elle est prête pour la scène finale, décisive, quand tout à coup elle est prise d'un doute. C'est comme un étourdissement qui l'oblige à poser son léger bagage et à s'asseoir sur le perron. 

    Tout à coup, elle ne sait plus si elle fait le bon choix.  

    *** 

    tableau et consigne (passée depuis longtemps) chez Lakévio

  • 20 miracles de la nature (4)

    bricabook258.jpg

    De drôles de choses 

    poussent sur les plages belges... 

    Au bout d'un tronc lisse, fin et blanc, 

    une banane, 

    un train vert, 

    une maison au toit rouge, 

    un ballon, un poisson 

    et même un bateau. 

    banane.jpg

    Pendant que papa et maman 

    font la sieste et la bronzette 

    les enfants jouent et s'égarent. 

    Combien de fois mini-Adrienne-maxi-distraite n'a-t-elle pas eu ce coup au cœur de ne plus savoir de quel côté se tourner pour retrouver sa mère et son petit frère? 

    2016-08-26 (1).JPG

    D'un bout à l'autre de la digue 

    tous les appartements se ressemblent, 

    les même parapets, les mêmes bancs, 

    les mêmes promeneurs. 

    Ô miracle de la nature! 

    Un millier d'enfants perdus 

    retrouvent chaque été leurs parents, 

    heureusement, 

    grâce à la banane ou la maison 

    qui poussent en haut d'un bâton! 

    photo 1 chez Leiloona

    photo 2 ldh 

    photo 3 Adrienne à Ostende en août 2016, l'été des 1379 enfants perdus

  • E comme écrire un mur

    lakévio42.jpg

    Il y a le mur qui sépare 

    et le mur qui protège 

    Il y a le mur qui interdit 

    et celui qui réunit 

    Des murs où on exprime sa haine 

    et ceux où on peint la beauté 

    Mais jamais ce n'est le mur 

    qu'il faut incriminer ou admirer. 

    ***

    merci à Lakévio pour l'image et la consigne

  • D comme désuet

    jeu,fiction,souvenirs d'enfance

    Dès potron-minet, après de courtes ablutions, ils partaient, l'humeur primesautière et la tête pleine des mirifiques choses qu'ils feraient là-bas, dès leur arrivée, en récompense des moult kilomètres avalés. 

    Le petit frère embarquait toujours subrepticement quelques jouets de plus dans la voiture déjà pleine à craquer. Leur père le subodorait mais préférait épargner ses forces pour fustiger tous ces paltoquets, ces gougnafiers, ces pleutres mous du volant qui avaient choisi de prendre la même route le même jour que lui. 

    Plusieurs fois, la gamine vérifiait si le billet de 20 francs reçu du grand-père était toujours bien plié en quatre dans son escarcelle. Le petit frère jouait à la guerre en faisant tous les bruitages puis à brûle-pourpoint s'enquérait: "c'est encore loin?". 

    Leur pusillanime mère se gardait bien d’intervenir jusqu’à ce que le père, excédé, intime le silence. Mais toujours le petit frère prenait ses menaces pour galéjades et poursuivait allègrement ses calembredaines. 

    "C’est encore loin?" répétait-il au moment même où on lui promettait punitions et fessées, prouvant par là qu’il n’y voyait que rodomontades. 

    Au bout de douze heures de route, ils finissaient tout de même par arriver au pays des vins gouleyants, vénus callipyge et commerçants chafouins qui la nuit peignaient "NL go home" sur toutes leurs départementales et le jour vendaient du pastis aux NL en leur faisant croire que c’était du cognac. 

    *** 

    merci à Filigrane pour ce jeu où il fallait utiliser 10 des 20 mots désuets suivants: 

    ablutions, brûle-pourpoint, calembredaines, callipyge, chafouin, escarcelle, fustiger, galéjade, gougnafier, gouleyant, mirifique, moult, paltoquet, potron-minet, pleutre, primesautier, pusillanime, rodomontades, subrepticement, subodorer 

    *** 

    photo prise à l'expo Hergé 

    dessin pour le Lotus bleu

  • V comme vertical

    On ne pense pas assez aux escaliers. 

    Rien n’était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n’est pus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin, dans les immeubles d’aujourd’hui. 

    On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? 

    Georges Perec, Espèces d'espaces, 1974 

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

    Chaque fois qu'en cours de route grand-mère Adrienne voyait qu'un escalier menait à la porte d'entrée d'une habitation, soit que le relief du terrain obligeait à situer les pièces de séjour à l'étage, soit par choix des propriétaires, elle ne manquait pas d'asséner que "pour habiter là, on ne pouvait pas avoir eu d'infarctus", et quelqu'un d'autre dans la voiture ajoutait "ni s'être cassé une jambe". 

    L'escalier, c'est ce qui lui faisait peur. Celui de sa maison était raide, aux marches étroites, descendre de sa chambre à coucher était une affaire qui prenait un certain temps et beaucoup de précautions, surtout à cause de l'énorme pot de chambre qu'elle tenait d'une main et des mules à petit talon qu'elle avait aux pieds. 

    "Tiens-toi bien à la rampe!" nous criait-elle chaque fois qu'elle nous voyait sur des marches et bien sûr ça nous faisait rire et on y rajoutait quelques acrobaties, parce que les jeunes c'est comme ça, on se croit invulnérable. 

    Son autre escalier, celui du grenier, était encore pire: il n'y avait même pas de rampe; arrivé presque en haut, il fallait soulever la lourde trappe et l'attacher par une corde à un clou dans le mur. Quand on redescendait, les bras chargés d'échalotes ou de haricots secs, il aurait fallu deux autres mains pour détacher la trappe et la laisser doucement retomber sur nos têtes. C'est bien pour ça qu'on l'accompagnait, c'était toute une expédition dans la poussière des vieux trésors, dans l'ombre de meubles vermoulus éclairés par une petite tabatière, et la trappe nous donnait l'impression de pouvoir faire une chose utile. On se disait que grand-mère avait peur et avait besoin de notre aide pour aller chercher des pommes au grenier. 

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

    photos de l'escalier d'Adrienne fraîchement vernis en octobre 2013 

    atelier d'hiver 2016-17 chez François Bon - consigne 5 sur "la verticalité de l'habitat"

    Georges Perec, Espèces d'espaces (1974), est en lecture complète ici

  • O comme On n'ose pas

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance,école

    C'est l'école et en même temps ce n'est pas l'école. C'est le même couloir avec son carrelage aux motifs géométriques, le même beige passé sur sous les murs, les mêmes néons au bout de leur armature métallique.

    Dans ce couloir, et jusque dehors, une longue file de gens endimanchés.

    On ne connaît personne.

    Ce sont les portes des classes et en même temps ce ne sont pas les classes: des gens très sérieux, des messieurs âgés, une ou deux dames, sont installés derrière une longue table. Devant eux, il y a deux ou trois grosses boites en bois sombre. Le long du mur opposé à la porte, des sortes de cabines d'essayage dont le rideau est laid et beaucoup trop court: on voit les jambes des gens à l'intérieur.

    Ils ne se déshabillent pas.

    Ils entrent et sortent de là en silence avec des papiers qu'on leur donne, un jaunâtre, un rose, qu'ils glissent dans la fente des grosses boites.

    La mère aussi entre dans une de ces cabines. On trouve qu'elle y reste longtemps et on surveille bien ses jambes, de peur qu'elle disparaisse. On ne sait jamais.

    On ressort de là sans avoir vu ni le directeur, ni aucune maîtresse, ni une camarade de classe.

    Le lendemain lundi, tout a retrouvé son aspect habituel, comme si on avait juste rêvé.

    On n'ose même pas en parler à la maîtresse. 

    *** 

    écrit pour l'atelier de François Bon 
    hiver 2016-17 
    consigne 4

  • N comme numéro 17

    jeu,souvenir d'enfance,françois bon

    Au numéro 1 on ne reconnaît plus rien: la maison d'angle a été démolie et remplacée par des appartements. 

    Le 3, le 5, le 7, la brique plus sombre qu'avant, peu de changement, parfois une nouvelle porte d'entrée au lieu de celle d'autrefois, avec sa petite grille de fer forgé tarabiscoté. 

    Le 9, le 11, le 13, partout on a investi dans du double vitrage de qualité récente. Le choix des rideaux est révélateur: les longs voilages colorés et ornés de motifs dorés ou argentés indiquent plus sûrement que le nom au-dessus de la sonnette les origines maghrébines. 

    Le 15, la maison d'Albert et Julia, morts depuis quarante ans mais on voit comme hier Albert qui fait briller son Opel noire chaque samedi, Julia qui se rend à la messe avec son chapeau à voilette, leur téléphone dans le couloir, celui qui servait à toute la rue pour les urgences médicales ou autres. 

    Enfin, le numéro 17.

    On se demande qui dort aujourd'hui dans la chambre de derrière avec vue sur les toits où on croyait dur comme fer voir caracoler saint Nicolas la veille du 6 décembre. 

    *** 

    texte écrit suivant le consigne de l'atelier de l'hiver 2016-17 chez François Bon

  • L comme lieu

    DSCI4601.JPG

    Le Champ-du-Prince; une rue sinueuse bordée de maisons à un étage; des briques rouges et des toits de tuiles, une seule fenêtre en bas, deux à l'étage; des jardins potagers dans les espaces non bâtis; peu de garages, de nombreuses voitures garées dans la rue; des enfants à vélo, des ménagères à cabas, un chien qui aboie; deux commerces, un boucher au coin de la rue et un boulanger plus bas vers le centre ville; l'odeur du pain sorti du four, tous les jours sauf le lundi; deux salons de coiffure aux effluves suaves et les marbres froids d'un entrepreneur de pompes funèbres; les voisines sur le pas de la porte, le balai ou le torchon à la main, les vieux qui fument la pipe; le poissonnier du vendredi, le laitier du matin, le facteur, les éboueurs; le rémouleur deux fois par an; le marchand de crème glacée, de Pâques à septembre; chacun sa musique, sa sonnette, son heure, ses habitudes, ses odeurs. 

    *** 

    atelier d'écriture de François Bon 
    hiver 2016-2017 
    consigne 1

  • K comme Kodiak

    lakévio41.jpg

    Lui, c'est mon frère Kodiak. Moi c'est Kirkouk. Parce que 2011, c'est l'année du K

    En nous voyant, tout le monde s'exclame: Oh! comme ils sont mignons! Et comme ils ont l'air de bien s'entendre! 

    L'air, oui, mais l'air ne fait pas la chanson. 

    Si les gens nous observaient un peu plus attentivement, ils verraient bien qui prend toute la place. Et qui risque de tomber à côté du coussin. Qui garde l'os sous le menton. Et qui n'a rien. Qui dort comme un bienheureux. Et qui sert d'oreiller sans réussir à fermer l’œil. Qui a le ventre rond, et qui les os saillants. 

    Oh! comme c'est trop chou! gazouillait encore la visiteuse de cet après-midi. Quel dommage de les séparer! 

    Et bien moi je vous le dis franchement: séparez-nous, ne vous gênez surtout pas! Le plus tôt sera le mieux! 

    Sinon je vais finir par faire un malheur... 

    *** 

     photo et consignes chez Lakévio

  • J comme Joe, jeu et je me souviens

    Je me souviens qu'avec mon père il y avait du sport à la radio toute l'année. 

    Je me souviens que le premier janvier, quand la famille était réunie pour le nouvel an dans la chapellerie familiale, mon père et son frère étaient collés à la télé devant le saut à ski à Garmisch-Partenkirchen. Je me souviens que je ne comprenais pas ce que ça pouvait avoir de si passionnant ni pourquoi ils faisaient de grands "chut", alors que les noms, la nationalité et les temps étaient affichés à l'écran. 

    Je me souviens que la saison cycliste était une succession de moments forts et de victoires belges: Eddy Merckx, Lucien Van Impe, Freddy Maertens, Roger De Vlaeminck et tant d'autres gagnaient à peu près toutes les courses. 

    DSCI4616 - Copie.JPG

    mon père à 13 ans 

    Je me souviens de cet été où nous avons par hasard croisé une étape du tour de France et où ma mère, cette dame si respectable, si comme-il-faut, si digne, s'est égosillée à hurler des encouragements au passage d'Eddy Merckx. Je me souviens que grand-mère Adrienne trouvait qu'il gagnait trop de courses et qu'il aurait mieux fait d'en laisser pour les autres. 

    Je me souviens de l'admiration de mon père pour une toute jeune gymnaste roumaine qui nous a tous stupéfiés l'été 1976. Je me souviens que j'avais peur à chaque seconde qu'elle se rompe le cou mais son pied se posait toujours aussi miraculeusement que gracieusement sur la poutre. Je me souviens qu'elle savait absolument tout faire à la perfection et voltigeait avec la même souriante facilité sur le tapis ou aux barres asymétriques. 

     

    Je me souviens que sa passion prédominante était le football, probablement parce que c'était le sport dans lequel il avait atteint le meilleur niveau, capitaine de son équipe qu'il a menée au championnat. 

    DSCI4617 - Copie.JPG

    Je me souviens que mon frère n'avait aucune motivation pour les études mais qu'il connaissait parfaitement par cœur les noms, dates de naissance, taille, poids et curriculum sportif de tous les footballeurs des équipes belges, grâce à ses figurines et albums Panini. 

    Je me souviens qu'il me soumettait ses figurines en me demandant de désigner quels footballeurs je trouvais les plus beaux. Je me souviens que de guerre lasse, j'ai désigné un joueur du RWDM qui avait de beaux cheveux blonds tongue-out

    Je me souviens que mon père appréciait Paul Van Himst

    462px-Paul_Van_Himst_1964.jpg

    Paul Van Himst, à l'âge de 21 ans, source de la photo ici 

    Je me souviens qu'un été on est allé voir les matchs de tennis à Westende - Jacky Brichant était venu y soutenir un tournoi en jouant quelques matchs avec des jeunes - et que je n'ai jamais réussi à comprendre les règles de ce sport ni surtout le bizarre comptage des points. 

    Je me souviens que pour moi depuis toujours, le sport est une chose qui se pratique mais qui n'offre aucun intérêt à la vue ni à l'ouïe. 

    *** 

    consigne du jeu
    "Je me souviens du sport, d'athlètes et d'événements sportifs" 
    chez Joe Krapov

  • I comme imaginons...

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

     

    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • E comme élucubrations

    - Mais qu'est-ce que tu es encore allé crafouiller! vernifla sa tendre moitié, qui avait cessé de courouler au bout de trois mois de mariage.  

    - Et toi? se mit-il aussitôt à hurlir. Ça te fait jouir de me cagnasser les c... à tout bout de champ?  

    - Je berçois, essaya posément le conseiller conjugal, qu'entre vous deux tout est sujet à vichtailler. Or je suppose que, comme tout un chacun, vous préféreriez violoner plutôt que vous crascatuer comme des malpropres?  

    - Ah ça! pirpura-t-elle, pour ce qui est de violoner, avec lui, faudra repasser!  

    Et elle se mit à rire à gorge trochoyée tellement elle se trouvait loloyante et l'esprit d'à propos.  

    - Il faudrait cependant essayer d'hurspender les hostilités, sisselissait le conseiller conjugal de sa voix la plus épurlante, au lieu de vous écriper pour la moindre vétille...  

    - Mais qu'est-ce qu'il a à scrafougner, çui-là!?  

    - Tu l'as dit! groudit la tendre moitié. Y peut pas parler comme tout le monde?  

    - Et bien, flagit le conseiller conjugal, voilà qui est de bon augure, vous êtes enfin d'accord sur quelque chose! 

    *** 

    jeu,les joies d'internet

    L.H.O.O.Q.
    (Beaubourg, jeudi 5 janvier 2007)

    merci à Emma qui proposait ce petit jeu 
    il fallait utiliser 

    crafouiller, vernifler, courouler, hurlir, cagnasser, berçoire, violoner, vichtailler, crascatuer, pirpurer, trochoire, loloyer, hurspender, sisselir, épurler, écriper, scrafougner, groudir, flagir

     

  • N comme naïve

    Elle s'affale dans le fauteuil où il est installé depuis qu'il est rentré du travail. 

    - Je suis fourbue! dit-elle dans un souffle. 

    Il pose une main sur ses cuisses, sans lever les yeux de sa lecture. 

    - Je me demande bien de quoi, répond-il. 

    Alors elle se tait. 

    C'est ce qu'elle a toujours le mieux su faire. 

    lakévio40.jpg

     tableau et consigne chez Lakévio que je remercie

  • 20 miracles de la nature (1)

    2016-11-30 (2).JPG

    Quand l'étang est à moitié gelé,
    Saturnin et ses copains  

    2016-11-30 (1).JPG

     amusent les passants 
    et les enfants 

    2016-11-30 (1) - Copie.JPG

    en leur refaisant 
    un numéro de Jésus 

    *** 

    pour le défi du Hibou 

    semaine 51 - miroir

  • Quel cadeau lui faire?

     Quand j'ai couru porter un collier de perles à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse en avait un en vrais diamants 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru porter mes rubans d'soie à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà fini d's'coiffer 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'offris pour étrenne un poudrier à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà du rose aux joues 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru tout chose au rendez-vous d'mon Eurypyle 
    La bell' posait toute nue pour un sal' typ' qui la peignait 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con 

    lakévio38.jpg

    tableau et consigne chez Lakévio

     (n'est-ce pas incroyable?
    voilà exactement 52 ans
    que l'ami Georges chantait cette chanson de la vidéo!)

  • J comme je pense à lui

    lakévio37.jpg

    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois

  • D comme dehors!

    bikiniski.jpg

    source de la photo, en toutes lettres, pour que vous puissiez apprécier les connaissances grammaticales du journaliste: 

    http://www.sport365.fr/ski-alpin-insolite-filles-de-lequipe-de-france-se-devetissent-pouvoir-partir-stage-2652571.html 

    *** 

    - Moi, dit Aurélien, je suis dingue de sport! C'est pour ça que je me suis tout naturellement orienté vers le journalisme sportif. 

    - Mouais, mouais, fait la rédactrice en chef, qui a précisément sous les yeux sa dernière bafouille pour le site sportif où il a sa petite rubrique. Je vois, je vois. 

    - J'adore mettre mon nez dans les coulisses et faire découvrir les faces cachées, poursuit Aurélien, sans se rendre compte qu'il ne fait que s'enfoncer un peu plus.

    - Etant donné que vous m'avez été recommandé - elle se refuse à dire "pistonné" - je vais vous donner l'occasion de faire vos preuves. 

    C'est ainsi qu'Aurélien s'est retrouvé à suivre des tournois de golf avec quelques éminents confrères.

    Pendant que les autres profitaient de l'été austral, il potassait sa grammaire.

    A son retour, la rédactrice en chef lui avait promis une interrogation écrite sur les conjugaisons.   

    lakévio36.jpg

     toile de Hopper et jeu de Lakévio

     

  • X c'est l'inconnu

    Tu vois cette photo, mon fils? Tu vois ces murs si hauts et cette rue étroite, comme pour empêcher le soleil de l'atteindre? 

    Ta grand-mère, le soleil, elle l'aimait. Elle ouvrait ses volets, elle ouvrait ses fenêtres. Les bruits de la rue aussi, elle les aimait. 

    Et puis tu vois, il est écrit "Epicerie". Ça, c'est nous, notre famille, c'est notre nom: El Attar. 

    Quand ton aïeul a dû se choisir un nom pour l'état-civil, il a choisi celui qui désignait son métier, le vendeur d'épices.  

    Toi, l'épicerie de la photo, tu ne l'as jamais connue, bien sûr. Il y a longtemps que ton grand-père a fermé sa boutique. 

    Mais c'est là, dans cette rue-là, que dans les années soixante il a été "l'Arabe du coin", celui qui est ouvert le dimanche. 

    Tu comprends maintenant pourquoi je tiens tellement à cette "vilaine photo", comme tu dis? 

    C'est notre histoire, mon fils. 

    C'est ton histoire.

    lakévio35.jpg

    source et consigne chez Lakévio

  • R comme rengaine

    lakévio34.jpg

    En ouvrant sa porte, Maria a vu cette marée de parapluies. 

    - Zut! il pleut! 

    Elle a vite saisi le sien, l'a ouvert et a emboîté le pas à tous ces gens qui défilent dans les deux sens, la tête rentrée dans les épaules, les yeux fixés au sol pour éviter de marcher dans une flaque. 

    - Revoilà les jours sombres, disent les uns. 

    - On est repartis pour des semaines de grisaille, marmonnent les autres. 

    - La pluie, quand ça commence, ça ne s'arrête plus. 

    - Triste temps, triste pays! 

    Maria ne peut s'empêcher de sourire en entendant ces rengaines qui reviennent dans toutes les conversations chaque fois qu'une goutte d'eau tombe. 

    Arrivée à la grand-place, elle cherche des yeux son amie Nicole, avec qui elle a rendez-vous. La voilà, qui lui tourne le dos. Maria sourit en voyant cette grande distraite qui n'a de nouveau rien prévu pour se protéger de l'intempérie. 

    - Nicole! Viens vite te mettre à l'abri! 

    - A l'abri de quoi? 

    Ce n'est qu'en tendant son parapluie à son amie que Maria se rend compte qu'il ne pleut pas.

     

    *** 

    consigne et tableau chez Lakévio 
    que je remercie. 

  • 20 questions loufoques (2)

    11. Quels mots trouver pour faire l'éloge de la paresse ? 

    Rien ne sert de courir, il faut dormir à point. 

    12. Citez le dernier livre que vous avez lu et le dernier film que vous avez vu, en mêlant les mots de façon à produire deux titres originaux. 

     J'ai la mémoire qui flanche... 

    13. La question 13 vous fait-elle peur ? Pourquoi ? Imaginez une question qui flanque la trouille. 

    Je ne suis pas superstitieuse, je marche sous les échelles et j'aime tous les chats - même noirs - et toutes les araignées - même du matin tongue-out 

    Question qui me flanque régulièrement la trouille: Quoi! on est dimanche midi et le frigo est vide???

    14. De quelle couleur devrait être la prochaine déclaration d'impôt ? 

    Limpide... 

    15. Racontez-moi une loufoquerie que vous auriez aimé faire si vous aviez osé. 

    Aller à l'école avec sur la tête le chapeau boule de mon arrière-grand-père... un jour, j'oserai, je le sens tongue-out 

    16. Quelle musique entendez-vous en ce moment ? (ou aimeriez-vous entendre) 

    Mozart, sonate n°11 en fa majeur, KV 331 

    17. Citez un homme dont le prénom est Alain et une femme dont le prénom est Danielle. 

    Cousin Alain: "à trois ans, on voit déjà à la façon dont l'enfant tient une raquette de tennis s'il sera bon ou pas"
    Danielle la femme de Jacques: "mon fils n'a que huit ans et il est déjà en CM2"
    (malheureusement pour Danielle, l'Adrienne ne savait que très vaguement à quel âge un enfant se retrouve normalement en CM2) 

    18. Monsieur et madame "ça m'gratte quand je dors à cause des couvertures" ont une fille ? Quel est son prénom? 

    Ils ont hésité entre Moltonelle et Flanelle mais se sont finalement décidés pour Couette 

    19. Trouvez-vous que ce questionnaire est trop long ? Quelle question avez-vous préférée ? 

    Joker! je devrais aller voir les 10 premières pour faire un bon choix  

    20. Fermez les yeux et tapez 10 lettres sur votre clavier. Qu'est-ce que ça donne ? 

    cccclf, ,vd  (et encore, je manquais d'inspiration!) 

    ***

    Ce questionnaire est la suite du billet du 20 octobre et est l'oeuvre d'Obni 
    http://www.obni.net/questionnaire/questionnaire 

    jeu,vive internet,musique,mozart

    je préfère garder les yeux ouverts pour voir les incroyables couleurs du ciel 

    cool 

    et les anciennes cheminées d'usine!

  • K comme Krapoverie

    La journée avance et le bus avec les grands-parents n'est toujours pas en vue. Ernest n'a plus un radis et il ne reste quasiment rien du petit pécule de Bernadette. Vont-ils pouvoir planter leur tente quelque part dans les environs? C'est douteux! Ils ont déjà eu l'occasion de remarquer que rien - ou presque - n'est gratuit à Lourdes. 

    - On pourrait essayer les maisons religieuses, propose Bernadette, jamais à court de bonnes idées. Séparément, bien sûr! parce que ça m'étonnerait que les bonnes sœurs acceptent de nous loger ensemble. 

    Où trouve-t-elle encore la force de rire, se demande Ernest, qui devient plus sombre d'heure en heure, lui qui n'était déjà pas franchement gai pendant le voyage. 

    DSCI3987.JPG

    Ils finissent par trouver une congrégation posant pour la photo souvenir comme un jeu de quilles, en quinconce et d'une symétrie tirée au cordeau. 

    - On dirait ma grand-tante Gudule et ses copines, s'esclaffe Bernadette. Celle qui est chez les bonnes sœurs à Lokeren. Attends-moi là, je vais me renseigner. 

    Malheureusement, ce n'étaient pas des Flamandes, mais des Polonaises. 

    - Tant pis, dit Bernadette, retournons dans le centre... 

    DSCI3986 - Copie.JPG

     C'est là qu'ils tombent enfin sur le groupe de touristes belges avec le grand-père, la grand-mère, le chauffeur du bus et un tas d'inconnus: tout le monde pose gravement devant un des autels extérieurs. 

    - Qu'est-ce que je suis contente de vous voir, tous les deux! s'écrie Bernadette en se jetant au cou de son grand-père et de sa grand-mère. Venez que je vous présente Ernest.  

     ernest et bernadette.jpg

    C'est ainsi qu'Ernest, en prenant congé des grands-parents de Bernadette trois jours plus tard, a appris une petite phrase essentielle pour la suite des événements le concernant: 

    - Il faut vraiment que j'y aille, dit-il en remerciant une dernière fois le grand-père. Mes affaires m'attendent! 

    - Ah! s'exclame le grand-père, vous avez bien raison, mon garçon: les affaires, c'est comme les brouettes! Quand on ne les pousse pas, elles s'arrêtent! 

    - Merci, je m'en souviendrai, dit Ernest. 

    ***

    c'est avec cette photo chez Joe Krapov que tout a commencé 

    cool 

    le premier épisode est ici 

    toutes les autres photos proviennent des archives de mes grands-parents

  • J comme joueur

    Il semblait si tranquille, en bordure du terrain. Les mains dans les poches, la casquette à carreaux bien vissée sur le crâne, il se taisait. C’est tout juste si parfois il hochait la tête au commentaire de ses voisins.

    Eux n’hésitaient pas à élever la voix, à interpeller violemment les joueurs des deux camps, à crier des injures en menaçant du poing dès qu’ils croyaient voir une faute ou une maladresse.

    Lui semblait toujours si tranquille.

    Peut-être parce que lui seul, parmi tous ces spectateurs surchauffés, connaissait le jeu de l’intérieur.

    Lui seul, autrefois, s’était trouvé à la place des joueurs. 

    père,fiction,leuze

    *** 

    ce texte écrit en 2014 est une fiction 

    père,fiction,leuze

    dont le personnage ressemble à mon père 

    wink

  • G comme guerre

    Chaque fois que mon père remontait de la cave de mes grands-parents, il ne manquait pas de dire: 

    - Il y a là de quoi soutenir un siège! 

    Sur les étagères, grand-mère Adrienne avait des bocaux de haricots verts, des bouteilles de sauce tomate, des petits pois en conserves, des sardines à l'huile, des pilchards... et j'oublie sûrement des tas de choses. 

    Il est vrai qu'elle ne cessait de nous l'annoncer, la guerre, chaque fois qu'au journal télévisé elle voyait des politiciens se chamailler, chaque fois qu'ils élevaient la voix, c'est-à-dire à peu près tous les jours: 

    - 't Gaat nog oorlog worden! (1) 

    Alors les autres adultes se moquaient d'elle, de ses kilos de café et de sucre planqués dans une grande armoire à l'étage. Et quand elle leur rappelait l'aveuglement de Chamberlain et de Daladier, en 1938, ils riaient de plus belle. 

    Ma chère petite grand-mère... 

    Aussi ai-je bien pensé à elle en voyant ceci, chez ma nipotina

    2016-11 (1).JPG

    la table, côté gauche  

    2016-11 (2).JPG

    la table, côté droit 

    2016-11 (3).JPG

    le salon 

    2016-11 (4).JPG

    la cuisine 

    2016-11 (5).JPG

    et tout ça pour un chat qui ne veut plus se nourrir... 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 45 - guerre 

    ***

    (1) on va encore avoir une guerre!

     

  • 7 choses

    Quand elle a vu cette vieille Remington, elle n'a pas réfléchi, pas pensé qu'elle n'avait jamais appris la dactylographie: elle s'est juste souvenue de l'interview de Dany Laferrière, son idole, lue le matin même dans le bus en allant au travail. 

    Elle ferait comme lui et écrirait son premier livre, sa première oeuvre, son premier best-seller exactement comme lui, à un ou deux doigts, sur une machine identique. 

    Elle avait déjà le papier bleu comme Colette, les carnets de moleskine comme Hemingway, l'encre et la plume sur un pupitre comme Hugo, les plans détaillés et minutieux comme Flaubert.  

    Maintenant que tout était en place, ça devait marcher. 

     7 choses.jpg

    Ce n'est qu'au moment où elle s'est installée - avec force cafés, oui, comme Balzac - qu'elle s'est aperçue que sa Remington n'en était pas une: elle était en caractères cyrilliques. 

    ***

    sources possibles de l'image ici 

    encore un coup de l'experte Adrienne 

    qui a cru, erronément, 

    que cette photo était celle de la consigne de la semaine 

    chez Bricabook

    tongue-out

  • Premier novembre

    Premières couleurs automnales 

    DSCI4003.JPG

    douceur des fleurs de saison 

    DSCI3991.JPG

    cyclamens du parc et anémones de mon jardin 

    DSCI4009.JPG

    pour le projet du Hibou

    semaine 44 - douceur

     

     

  • Derniers potins

    lakévio33.jpg

    Généralement, c'est ma bonne qui m'emmène au parc. Elle discute si fort avec les autres bonnes que je peux aller jusqu'au bassin, je les entends encore. Elles ont des conversations peu intéressantes sur leur amoureux et très instructives sur nos mamans et nos papas. Elles oublient un peu qu'on est là et qu'on a des oreilles mais on joue en faisant semblant de rien.

    Parfois, c'est maman qui m'emmène au parc. Ces jours-là, elle retrouve son amie Clotilde et je fais mes pâtés de sable le plus près possible pour ne rien perdre de leur conversation. Même si elles se parlent tout bas, même si Clotilde me tourne le dos, je n'en perds pas une miette, surtout quand elles parlent des bonnes et des papas. 

    Ces jours-là, je peux garder mes gants pour faire mes pâtés de sable - je n'aime pas avoir ces grains qui collent sous les ongles - maman ne le remarque même pas! 

    tableau et jeu chez Lakévio 
    que je remercie!

  • T comme Torrinha

    Lui, c'est Dirk. Son père possède une supérette dans une station balnéaire belge. Il est prévu qu'il reprenne l'affaire dès que possible: il est l'unique héritier et il est prêt. Depuis toujours. 

    Elle, c'est Lurdes. Ses parents, ses jeunes frères et sœurs habitent un village de chèvres dans la montagne. Elle termine ses études d'hôtellerie et fait un stage à Funchal. 

    Là-bas, dans le bateau qui s'éloigne, il y a Dirk. Il se dit qu'il reviendra. Il se dit qu'il convaincra son père. Qu'il a trouvé la femme de sa vie. Qu'il a quelques mois devant lui pour apprendre le portugais. 

    Là-haut, sur la route de Torrinha, il y a Lurdes. Elle se dit qu'il reviendra. Elle se dit qu'elle convaincra ses parents. Que son avenir est dans ce pays inconnu. Qu'elle doit commencer à apprendre le néerlandais. 

    bricabook237.jpg

    photo et atelier de Leiloona