jeu

  • V comme vieux

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    La maison basse était bien cachée par d'épaisses haie mais lui, il voyait tout ce qui se passait. Il voyait et sans être vu, il entendait. 

    Il entendait passer la gamine et son petit frère au babil incessant. Il les hélait, eux s'approchaient du portillon, mi-apeurés par le vieux bonhomme aux petits yeux inquisiteurs, mi-excités par la curiosité. 

    Il s'en amusait et attisait tour à tour leur envie et leur crainte d'oser.

    Venez, venez, disait-il, je vais vous montrer quelque chose que vous n'avez encore jamais vu.

    Et chaque fois c'était vrai, c'était du jamais vu. Même le petit frère, pris par la crainte d'horribles représailles, tenait sa langue.

    D'autres fois, quand ils pensaient être devenus bons amis et qu'ils s'approchaient spontanément du portillon en criant "Oscar! Oscar!", il leur lançait d'horribles imprécations qui les faisaient s'enfuir à toutes jambes, la gamine tenant bien serrée la main du petit frère qui trébuchait sur les cailloux.

    Le vieil homme, assis devant sa maison basse bien cachée derrière d'épaisses haies, a toujours gardé son mystère et nourri les cauchemars des deux enfants.  

    *** 

    photo et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • J comme Joséphine

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    Elle a laissé la fenêtre de la chambre ouverte et est sortie sans rien emporter. Ni sac, ni portefeuille, ni clé. Rien. 

    Elle a mis une robe d'été confortable, de bonnes chaussures plates et des chaussettes. 

    Elle marche vers l'est, dans ce soleil du matin qui rend les ombres longues et la lumière si blanche. 

    Elle regrette déjà de ne pas avoir pris ses lunettes de soleil mais ne revient pas en arrière. Elle a trop peur de changer d'avis. 

    Non, la fenêtre restera ouverte, son sac et toutes ses affaires à l'intérieur, elle marche. Tout le reste n'a plus d'importance. 

    La route sera longue. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie

  • D comme Danielle

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    Il y a des jours où Danielle change de coiffure et laisse ses cheveux libres, au lieu de les serrer dans un chignon. 

    Des jours où elle tourne le dos aux autres et se colle à la vitre avec un livre. 

    Des jours où elle garde ses lunettes noires, même à l'intérieur d'une rame de métro. 

    Des jours où elle dit à sa gentille collègue, en riant un peu trop fort, qu'elle s'est encore malencontreusement cogné le coin de l’œil à sa table de nuit.  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio
    que je remercie!

  • Premier agenda ironique

    Je suis le ténébreux miroir inconsolé 
    Ma batterie est morte et je suis constellé 

    de taches de café et d'autres petits reliefs de nourriture: c'est assise devant moi qu'elle boit et qu'elle mange. Car 

    Elle a pris ce pli depuis des temps très lointains 
    De venir m'allumer très tôt chaque matin 

    et de prendre tranquillement son petit déjeuner tout en me tapotant le clavier. Quand c'est l'heure de partir au travail, je sens bien qu'elle me quitte à regret. Elle me rallume dès son retour, nous voilà repartis pour des heures, 

    Voici des O, des I, des E, des U, des A, 
    Qu'elle a usés avec ses ongles et ses doigts 

    Elle m'emporte partout où elle va, j'ai vu l'Irlande et l'Italie, la mer du Nord aussi. 

    Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages, 
    Je suis très heureux d'avoir fait de beaux voyages. 

    Depuis quelque temps, je montre des signes de fatigue, nous luttons ensemble contre mon inexorable obsolescence programmée et je crains qu'elle ne pense bientôt à me remplacer. Même si 

    Il le faut avouer, l'amour est un grand maître. 
    Ce qu'on ne fut jamais, il vous enseigne à l'être. 

    C'est ainsi qu'elle a réussi à me tirer d'affaire, déjà une fois ou deux, et je lui suis reconnaissante d'avoir pu prolonger mon temps de vie, notre temps de vie commune, bien que nous ayons parfois nos nuages... 

    Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même 
    Je vis, je meurs, je me sens l'âme plus qu'humaine. 

    *** 

    merci à Gérard de Nerval, Victor Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Racine, Louise Labé, Lamartine, Du Bellay, à mon ordinateur bien-aimé et à l'Agenda ironique de juin 

    jeu,parodie,pastiche,poésie

     

  • Dernière fois

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    Les matins d'été, elle est toujours la première à faire entrer le soleil. La première à se lever, à ouvrir ses rideaux, à se préparer, à descendre à la cuisine. 

    Elle prend soin de ne faire aucun bruit, de ne réveiller personne. C'est une chose qu'elle sait très bien faire: ouvrir une porte si lentement que rien ne crisse, bien tenir la poignée baissée en passant d'une pièce à l'autre et la laisser doucement, très doucement, remonter à sa position initiale. Descendre pieds nus et ne mettre ses sandales qu'une fois dehors. 

    Alors, si tout se passe bien, elle a une ou deux heures de liberté devant elle. Une ou deux précieuses heures à courir dans les champs et à embrasser les arbres. Jusqu'à ce que la vie de la maison la reprenne. Jusqu'au lendemain matin.  

    Elle n'en peut plus. Elle a décidé que cet été-là serait différent. Elle a bien réfléchi. 

    Ce matin sera le dernier à vivre ici. Elle a douze ans et elle est prête. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne

     

  • Z comme Zoë

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    Assises à droite et à gauche de Zoë: c'est ce qu'elles font depuis toujours. Depuis la maternelle.

    Depuis toujours, Zoë les dépasse d'une demi-tête. Depuis toujours, elle leur dicte ce qu'elles doivent faire, ce qu'elles doivent penser. Depuis toujours, elles l'écoutent. 

    Les jumelles, c'est comme ça qu'on les appelle. Depuis toujours. C'est vrai qu'elles font peu de choses pour se singulariser. Aujourd'hui encore, elles portent la même robe imprimée, le même cardigan bleu marine, la même coiffure. L'une est juste un peu plus dure d'oreille et l'autre un peu plus frileuse. 

    Elles ont aimé le même homme. Depuis toujours. Mais c'est Zoë qu'il a épousée. Evidemment. Elle en a retiré une vanité de plus. Jamais les jumelles ne se sont mariées. 

    Ce que Zoë ne sait pas, alors qu'elle leur parle d'un ton docte de feu son mari, c'est qu'en mourant il a laissé trois veuves. 

    Les jumelles, depuis toujours, savent se taire. 

    *** 

    tableau et consignes sur Miletune

     

     

  • Y comme Yvette

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    Dans sa belle grande maison ouverte sur la campagne, Yvette s'ennuie.

    Un peu de ménage le matin, en compagnie de sa brave Hortense, qui lui rapporte quelques potins du village. Un tour de jardin l'après-midi, cueillir une première pomme, une dernière graminée.

    Le reste du temps n'est qu'attente. Le plus souvent, elle s'installe à la petite table ronde près de la terrasse et joue des patiences, interminablement. De ces jeux de cartes en solitaire qui ne demandent aucun effort de concentration. 

    Elle est superstitieuse. Au début de son mariage, elle espérait que les cartes lui diraient qu'elle serait bientôt enceinte. Quel serait le sexe de son premier bébé. Combien d'enfants elle aurait. 

    Elle n'est pas devenue mère. 

    Maintenant elle pose aux cartes d'autres questions. Dans combien d'heures son mari rentrera. S'il l'aime encore. Combien d'années de vie commune lui restent à vivre. 

    Son jeu est mal engagé. Elle vient de commencer et elle a déjà tiré un roi. Elle sent que la réponse à sa dernière question sera zéro. 

    D'ailleurs, elle n'a pas besoin des cartes pour le savoir. 

    *** 

    merci à Lakévio pour le tableau et la consigne!

  • N comme Northern Army

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    A chaque fois, c'était un tel plaisir, cette ambiance de bivouac, ces uniformes, ces feux de camp, et cette émulation entre les participants, perceptible jusque dans les moindres détails de l'équipement.

    Lui, il était particulièrement fier du sien, de cette veste aux poignets qui s'effilochent, de ce pantalon à la couleur passée, de cette médaille épinglée là où bat son cœur. Seule la casquette à visière était un peu trop neuve et luisante.

    Mais le reste, tout le reste, avait appartenu à cet ancêtre irlandais dont, il en était sûr, il avait hérité le regard bleu gris. Qu'importe si nulle photo ne pouvait en témoigner. Il y a de ces choses qui sont une évidence, il n'en démordait pas.

    Il sirotait son café tiède en regardant au loin les deux simili-bataillons se livrer leur fausse guerre, avec de vrais coups de canon, des tirs au fusil, des cris de commandement, des clairons qui sonnent, des nuages de fumée planant sur la pente herbeuse.  

    Si seulement ça pouvait l'aider à oublier les cauchemars de sa vraie guerre...

    Est-ce que dans cent ans un de ses descendants s'amuserait à rejouer la guerre du Vietnam? 

    ***

    photo et consignes chez Leiloona

     

  • M comme mort à Venise

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    Elle le savait, que ce n'était pas une bonne idée de revenir sur les lieux des amours mortes, et même si elle ne l'avait pas su, tant de gens le lui avaient dit et répété...

    Mais c'était sa façon à elle d'enterrer le passé, de tourner la page.

    Alors elle a choisi la même ville, le même bar sous les arcades, le même siège.

    La seule chose différente, c'est qu'à l'époque elle ne buvait pas de café, alors qu'aujourd'hui elle dégustait avec plaisir un cappuccino. Ou même deux.

    N'était-ce pas la meilleure preuve de sa guérison?

    ***

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

     

  • F comme fuite du temps

    jeu,fiction,peinture

    Ça s'est passé là-bas, dans la grande prairie aux pissenlits. Il portait son pull orange.

    Le mois de mai offrait ses premiers beaux jours. Ils s'étaient roulé dans l'herbe puis tout à coup il lui a demandé: «Alors, dis-moi, qu'est-ce qui s'est passé en fin de compte?».

    Les yeux à moitié cachés par le bonnet qu'elle portait malgré le beau soleil de mai, elle le fixait sans répondre. Pouvait-elle lui faire confiance? Il était si jeune! 

    Il s'amusait à arracher tous les pissenlits à sa portée, ne s'inquiétant pas de leur jus laiteux. Le soir, il s'étonnerait d'avoir les mains couvertes de taches brunâtres.

    Le soir, il aurait déjà tout oublié.

    Elle regardait leurs jambes trop blanches, leurs pieds nus et toute cette apparente innocence du monde. «Viens, finit-elle par dire, l'herbe devient humide, on va remonter la colline.»



    ***

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • Première et dernière fois

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    Souviens-toi! se disait-elle, généralement quand elle était au volant de sa voiture, arrêtée par un tracteur garé sur le chemin étroit ou par des hordes de motards prenant sa sinueuse ruelle pour un circuit automobile. Il faudra que tu t'en souviennes, le jour où tu auras la nostalgie de ta campagne. 

    Te souvenir du fermier qui te coupait tes arbres ou t'aspergeait la haie de désherbant, te souvenir de ses moqueries quand il venait récupérer ses vaches mangeant tes jeunes haricots, piétinant tes précieux semis. 

    Te rappeler les matins noirs de l'hiver où tu pataugeais deux kilomètres dans la neige en espérant trouver un bus au village, ou ces fois-là où tu as marché 14 km pour aller à l'école, et qu'il fallait revenir de même le soir, avec aux pieds des bottes en caoutchouc. 

    Oui, la neige y était plus féerique qu'en ville, les bois plus beaux qu'ailleurs, l'air plus pur, le silence plus profond, les oiseaux plus colorés. Mais quand tu penseras avec regret aux jacinthes sauvages, aux mûres juteuses, aux fleurs de sureau et aux noisettes, quand tes chats te manqueront, ta famille de hérissons ou le chant de la grive, c'est alors qu'il faudra te souvenir de tout le reste. 

    De ton dos cassé sur des travaux trop lourds, des promeneurs du dimanche qui arrachaient tes fleurs, des cyclotouristes qui jetaient leurs détritus dans ton talus. 

    Et des chasseurs qui ont tué ton chien.  

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    *** 

    tableau et consigne chez Lakévio, que je remercie!

  • T comme T-shirt orange

    fiction,jeu,photo

    C'est en arrivant à l'entrée du parc qu'elle l'a vu. Il était grand, mince, finement musclé dans son T-shirt orange par ce frais matin de printemps. L'enseigne du pharmacien marquait bientôt dix heures et 9 degrés mais son T-shirt lui collait à la peau. 

    "Il doit avoir marché longtemps avec son lourd bagage", pensa-t-elle. Un gros sac à dos était posé à terre contre sa jambe, une guitare bien emballée dans sa housse et un deuxième sac, volumineux, posé devant lui. 

    "Leurs yeux se rencontrèrent" se dit-elle en souriant, mais on n'était pas chez Flaubert: c'est sa coiffure rasta qu'elle regardait, et ses longs bras nus où l'on voyait les muscles sous la peau noire, comme lustrée. Il avait l'air fatigué et indécis. 

    "Je parie qu'il a dormi à la belle étoile", pensa-t-elle encore en le regardant remettre son sac à dos sur ses épaules. Elle le vit faire une grimace douloureuse, ce qui confirma son opinion. Il trimbalait sans doute toutes ses affaires depuis déjà un bon bout de temps. 

    - Vous avez dormi dehors? 

    Elle le regretta tout de suite mais dans l'urgence, elle n'avait rien trouvé de plus approprié comme entrée en matière. 

    Il la regarda, ébahi, sans répondre. Une question de langue, peut-être? 

    - Je vous offre un café? dit-elle en faisant un geste large en direction de la grande brasserie, un peu plus loin sur sa droite. 

    Elle le vit hésiter un instant. Elle supposa que ses rides et ses cheveux gris avaient quelque chose de rassurant, car il finit par ébaucher un sourire pour accepter. 

    fiction,jeu,photo

    C'était une de ces brasseries ostendaises où l'on sert de plantureux buffets pour le petit déjeuner. Elle capta son regard sur les paniers de viennoiseries, les plateaux garnis de fruits, de charcuteries et de fromages. S'il avait aussi faim qu'elle le supposait, l'odeur des œufs brouillés ou frits devait faire crier son estomac. Elle ne se trompait pas.  

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    "C'est tout juste s'il n'a pas avalé le petit bouquet de violettes", se dit-elle avec un sourire attendri, en quittant leur table plus d'une heure et demie plus tard. 

    - Comment vous remercier, lui dit-il pour la troisième fois, je n'ai rien à vous offrir. 
    - Détrompez-vous: vous m'avez beaucoup offert! Vous m'avez offert votre histoire. 

    Elle lui montra le chemin de la gare et se dépêcha vers son clavier. "A Djibril", écrivit-elle en dédicace, même si plus que probablement il ne le lirait jamais. 

    *** 

    merci à Lakévio pour la consigne et l'image (ici)

  • O comme obsession

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    Chaque fois qu'elle passait dans cette rue, elle ne pouvait s'empêcher de regarder intensément la façade du numéro 17. Chaque fois, cette vue la désolait. Chaque fois, il y avait de nouvelles dégradations à déplorer. 

    Il y a longtemps que le bois autour des grandes vitrines aurait dû recevoir une couche ou deux de peinture. Des squatteurs avaient négligé de fermer les fenêtres des chambres, en quittant les lieux. Des vitres s'étaient brisées, d'abord au premier étage, puis au second. 

    Elle n'osait s'imaginer dans quel état était le reste de la maison. Le plancher du grenier? La cour aux pavés orange? Toutes ces grandes pièces non chauffées depuis des années? La pluie ne s'était-elle pas infiltrée par le toit ou par les cheminées? Les rats, les souris, d'autres nuisibles n'avaient-ils pas envahi les lieux, les boiseries surtout? 

    Elle s'en voulait de s'inquiéter pour un bâtiment qui n'était plus dans la famille depuis bientôt trente ans mais c'était plus fort qu'elle: en passant devant, elle ne pouvait que regarder et voir. 

    Un autre hiver est venu. Les peintures ont été refaites, de nouvelles fenêtres installées, de grandes pancartes ont annoncé l'ouverture prochaine d'un café. 

    Ça l'a rendue heureuse. Heureuse qu'on garde le carrelage ancien, le grand miroir biseauté, les rayonnages gris clair sur le mur du fond. Elle espérait qu'en poussant la porte vitrée, elle entendrait à nouveau la clochette d'autrefois. 

    La chapellerie de son grand-père revivrait.

    *** 

    source de la photo de Fred Hedin et consignes chez Leiloona, que je remercie!

  • B comme borderline

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    Quand elle est venue s'installer dans la maison d'à côté, elle a tout de suite entrepris de grands travaux. La grange a été transformée en immense séjour avec atelier à l'étage et dans la fermette basse où le vieil Oscar avait vécu jusqu'à ses 96 ans elle a aménagé une cuisine et une salle de bains. 

    Dans le grand jardin déjà fort touffu depuis que le vieil Oscar ne l'entretenait plus, elle a planté des sapins pour qu'ils fassent vite un écran total l'hiver comme l'été: ses voisins, même depuis leur étage, ne verraient bientôt plus du tout sa maison. Du côté de la rue, elle a fait ériger un mur de parpaings en béton gris, haut de plus de deux mètres. 

    De son atelier, elle avait une vue sur toute la campagne et les quelques maisons environnantes. Mais de la sienne on ne voyait rien. Rien qu'un mur et une masse de conifères. Pourtant, elle se sentait toujours épiée et avait avec sa plus proche voisine des relations en dents de scie. 

    - Moi, disait-elle à chaque fois qu'elles se voyaient, je suis une artiste. J'ai une âme d'artiste! 

    La voisine ne savait pas trop ce que ça voulait dire, mais opinait de la tête. Elle supposait que l'âme d'artiste expliquait les accoutrements bizarres, les cheveux longs mal peignés retenus par des foulards multicolores, les tas de bijoux et bagues de pacotille, les sautes d'humeur et la douzaine de chats. 

    - Il faudra venir prendre le café chez moi, dit-elle un jour, comme ça vous verrez la maison, comme elle a changé! 

    La voisine n'aimait ni "l'âme d'artiste", ni ses chats, ni ses travaux entrepris sans le moindre permis de bâtir. Mais elle y est allée, la curiosité a été la plus forte. 

    Et elle a vu ce qu'elle voulait voir.

    Elle a vu les rénovations, les beaux espaces, les chats qui entrent et sortent, celle qui allaite ses petits au creux d'un fauteuil où elle avait apparemment mis bas, ceux qui sautent sur la table et lapent le lait prévu pour le café, reniflent les tasses.

    Elle n'a pas vu la dame qui avait tellement besoin qu'on l'aime et la rassure.  

     *** 

    aquarelle et consigne ici, chez Lakévio, que je remercie!

  • Y comme Ysabelle

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    A l'âge de seize ans, elle a décidé de prendre fermement en main le reste de sa vie. 

    D'abord, elle a changé la première lettre de son prénom: Isabelle était trop commun. Elle voulait se singulariser. 

    Elle a commencé à l'écrire avec un Y. 

    Quelques recherches généalogiques lui ont permis de trouver une lignée de bonne noblesse terrienne dont le nom de famille présentait une similitude avec le sien. Il était juste plus long. Beaucoup plus long. 

    Elle a testé sur quelques amies le roman qu'elle se brodait. Son allure, son chic, son joli chignon blond, ses robes bien coupées, ses manières un peu précieuses, tout était étudié pour accréditer la thèse d'une Tess d'Urberville du 20e siècle. Contrairement à l'héroïne de Thomas Hardy, elle saurait bien mener sa barque. 

    Quatre ans plus tard, elle est prête pour la scène finale, décisive, quand tout à coup elle est prise d'un doute. C'est comme un étourdissement qui l'oblige à poser son léger bagage et à s'asseoir sur le perron. 

    Tout à coup, elle ne sait plus si elle fait le bon choix.  

    *** 

    tableau et consigne (passée depuis longtemps) chez Lakévio

  • 20 miracles de la nature (4)

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    De drôles de choses 

    poussent sur les plages belges... 

    Au bout d'un tronc lisse, fin et blanc, 

    une banane, 

    un train vert, 

    une maison au toit rouge, 

    un ballon, un poisson 

    et même un bateau. 

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    Pendant que papa et maman 

    font la sieste et la bronzette 

    les enfants jouent et s'égarent. 

    Combien de fois mini-Adrienne-maxi-distraite n'a-t-elle pas eu ce coup au cœur de ne plus savoir de quel côté se tourner pour retrouver sa mère et son petit frère? 

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    D'un bout à l'autre de la digue 

    tous les appartements se ressemblent, 

    les même parapets, les mêmes bancs, 

    les mêmes promeneurs. 

    Ô miracle de la nature! 

    Un millier d'enfants perdus 

    retrouvent chaque été leurs parents, 

    heureusement, 

    grâce à la banane ou la maison 

    qui poussent en haut d'un bâton! 

    photo 1 chez Leiloona

    photo 2 ldh 

    photo 3 Adrienne à Ostende en août 2016, l'été des 1379 enfants perdus

  • E comme écrire un mur

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    Il y a le mur qui sépare 

    et le mur qui protège 

    Il y a le mur qui interdit 

    et celui qui réunit 

    Des murs où on exprime sa haine 

    et ceux où on peint la beauté 

    Mais jamais ce n'est le mur 

    qu'il faut incriminer ou admirer. 

    ***

    merci à Lakévio pour l'image et la consigne

  • D comme désuet

    jeu,fiction,souvenirs d'enfance

    Dès potron-minet, après de courtes ablutions, ils partaient, l'humeur primesautière et la tête pleine des mirifiques choses qu'ils feraient là-bas, dès leur arrivée, en récompense des moult kilomètres avalés. 

    Le petit frère embarquait toujours subrepticement quelques jouets de plus dans la voiture déjà pleine à craquer. Leur père le subodorait mais préférait épargner ses forces pour fustiger tous ces paltoquets, ces gougnafiers, ces pleutres mous du volant qui avaient choisi de prendre la même route le même jour que lui. 

    Plusieurs fois, la gamine vérifiait si le billet de 20 francs reçu du grand-père était toujours bien plié en quatre dans son escarcelle. Le petit frère jouait à la guerre en faisant tous les bruitages puis à brûle-pourpoint s'enquérait: "c'est encore loin?". 

    Leur pusillanime mère se gardait bien d’intervenir jusqu’à ce que le père, excédé, intime le silence. Mais toujours le petit frère prenait ses menaces pour galéjades et poursuivait allègrement ses calembredaines. 

    "C’est encore loin?" répétait-il au moment même où on lui promettait punitions et fessées, prouvant par là qu’il n’y voyait que rodomontades. 

    Au bout de douze heures de route, ils finissaient tout de même par arriver au pays des vins gouleyants, vénus callipyge et commerçants chafouins qui la nuit peignaient "NL go home" sur toutes leurs départementales et le jour vendaient du pastis aux NL en leur faisant croire que c’était du cognac. 

    *** 

    merci à Filigrane pour ce jeu où il fallait utiliser 10 des 20 mots désuets suivants: 

    ablutions, brûle-pourpoint, calembredaines, callipyge, chafouin, escarcelle, fustiger, galéjade, gougnafier, gouleyant, mirifique, moult, paltoquet, potron-minet, pleutre, primesautier, pusillanime, rodomontades, subrepticement, subodorer 

    *** 

    photo prise à l'expo Hergé 

    dessin pour le Lotus bleu

  • V comme vertical

    On ne pense pas assez aux escaliers. 

    Rien n’était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n’est pus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin, dans les immeubles d’aujourd’hui. 

    On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? 

    Georges Perec, Espèces d'espaces, 1974 

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

    Chaque fois qu'en cours de route grand-mère Adrienne voyait qu'un escalier menait à la porte d'entrée d'une habitation, soit que le relief du terrain obligeait à situer les pièces de séjour à l'étage, soit par choix des propriétaires, elle ne manquait pas d'asséner que "pour habiter là, on ne pouvait pas avoir eu d'infarctus", et quelqu'un d'autre dans la voiture ajoutait "ni s'être cassé une jambe". 

    L'escalier, c'est ce qui lui faisait peur. Celui de sa maison était raide, aux marches étroites, descendre de sa chambre à coucher était une affaire qui prenait un certain temps et beaucoup de précautions, surtout à cause de l'énorme pot de chambre qu'elle tenait d'une main et des mules à petit talon qu'elle avait aux pieds. 

    "Tiens-toi bien à la rampe!" nous criait-elle chaque fois qu'elle nous voyait sur des marches et bien sûr ça nous faisait rire et on y rajoutait quelques acrobaties, parce que les jeunes c'est comme ça, on se croit invulnérable. 

    Son autre escalier, celui du grenier, était encore pire: il n'y avait même pas de rampe; arrivé presque en haut, il fallait soulever la lourde trappe et l'attacher par une corde à un clou dans le mur. Quand on redescendait, les bras chargés d'échalotes ou de haricots secs, il aurait fallu deux autres mains pour détacher la trappe et la laisser doucement retomber sur nos têtes. C'est bien pour ça qu'on l'accompagnait, c'était toute une expédition dans la poussière des vieux trésors, dans l'ombre de meubles vermoulus éclairés par une petite tabatière, et la trappe nous donnait l'impression de pouvoir faire une chose utile. On se disait que grand-mère avait peur et avait besoin de notre aide pour aller chercher des pommes au grenier. 

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

    photos de l'escalier d'Adrienne fraîchement vernis en octobre 2013 

    atelier d'hiver 2016-17 chez François Bon - consigne 5 sur "la verticalité de l'habitat"

    Georges Perec, Espèces d'espaces (1974), est en lecture complète ici

  • O comme On n'ose pas

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance,école

    C'est l'école et en même temps ce n'est pas l'école. C'est le même couloir avec son carrelage aux motifs géométriques, le même beige passé sur sous les murs, les mêmes néons au bout de leur armature métallique.

    Dans ce couloir, et jusque dehors, une longue file de gens endimanchés.

    On ne connaît personne.

    Ce sont les portes des classes et en même temps ce ne sont pas les classes: des gens très sérieux, des messieurs âgés, une ou deux dames, sont installés derrière une longue table. Devant eux, il y a deux ou trois grosses boites en bois sombre. Le long du mur opposé à la porte, des sortes de cabines d'essayage dont le rideau est laid et beaucoup trop court: on voit les jambes des gens à l'intérieur.

    Ils ne se déshabillent pas.

    Ils entrent et sortent de là en silence avec des papiers qu'on leur donne, un jaunâtre, un rose, qu'ils glissent dans la fente des grosses boites.

    La mère aussi entre dans une de ces cabines. On trouve qu'elle y reste longtemps et on surveille bien ses jambes, de peur qu'elle disparaisse. On ne sait jamais.

    On ressort de là sans avoir vu ni le directeur, ni aucune maîtresse, ni une camarade de classe.

    Le lendemain lundi, tout a retrouvé son aspect habituel, comme si on avait juste rêvé.

    On n'ose même pas en parler à la maîtresse. 

    *** 

    écrit pour l'atelier de François Bon 
    hiver 2016-17 
    consigne 4

  • N comme numéro 17

    jeu,souvenir d'enfance,françois bon

    Au numéro 1 on ne reconnaît plus rien: la maison d'angle a été démolie et remplacée par des appartements. 

    Le 3, le 5, le 7, la brique plus sombre qu'avant, peu de changement, parfois une nouvelle porte d'entrée au lieu de celle d'autrefois, avec sa petite grille de fer forgé tarabiscoté. 

    Le 9, le 11, le 13, partout on a investi dans du double vitrage de qualité récente. Le choix des rideaux est révélateur: les longs voilages colorés et ornés de motifs dorés ou argentés indiquent plus sûrement que le nom au-dessus de la sonnette les origines maghrébines. 

    Le 15, la maison d'Albert et Julia, morts depuis quarante ans mais on voit comme hier Albert qui fait briller son Opel noire chaque samedi, Julia qui se rend à la messe avec son chapeau à voilette, leur téléphone dans le couloir, celui qui servait à toute la rue pour les urgences médicales ou autres. 

    Enfin, le numéro 17.

    On se demande qui dort aujourd'hui dans la chambre de derrière avec vue sur les toits où on croyait dur comme fer voir caracoler saint Nicolas la veille du 6 décembre. 

    *** 

    texte écrit suivant le consigne de l'atelier de l'hiver 2016-17 chez François Bon

  • L comme lieu

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    Le Champ-du-Prince; une rue sinueuse bordée de maisons à un étage; des briques rouges et des toits de tuiles, une seule fenêtre en bas, deux à l'étage; des jardins potagers dans les espaces non bâtis; peu de garages, de nombreuses voitures garées dans la rue; des enfants à vélo, des ménagères à cabas, un chien qui aboie; deux commerces, un boucher au coin de la rue et un boulanger plus bas vers le centre ville; l'odeur du pain sorti du four, tous les jours sauf le lundi; deux salons de coiffure aux effluves suaves et les marbres froids d'un entrepreneur de pompes funèbres; les voisines sur le pas de la porte, le balai ou le torchon à la main, les vieux qui fument la pipe; le poissonnier du vendredi, le laitier du matin, le facteur, les éboueurs; le rémouleur deux fois par an; le marchand de crème glacée, de Pâques à septembre; chacun sa musique, sa sonnette, son heure, ses habitudes, ses odeurs. 

    *** 

    atelier d'écriture de François Bon 
    hiver 2016-2017 
    consigne 1

  • K comme Kodiak

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    Lui, c'est mon frère Kodiak. Moi c'est Kirkouk. Parce que 2011, c'est l'année du K

    En nous voyant, tout le monde s'exclame: Oh! comme ils sont mignons! Et comme ils ont l'air de bien s'entendre! 

    L'air, oui, mais l'air ne fait pas la chanson. 

    Si les gens nous observaient un peu plus attentivement, ils verraient bien qui prend toute la place. Et qui risque de tomber à côté du coussin. Qui garde l'os sous le menton. Et qui n'a rien. Qui dort comme un bienheureux. Et qui sert d'oreiller sans réussir à fermer l’œil. Qui a le ventre rond, et qui les os saillants. 

    Oh! comme c'est trop chou! gazouillait encore la visiteuse de cet après-midi. Quel dommage de les séparer! 

    Et bien moi je vous le dis franchement: séparez-nous, ne vous gênez surtout pas! Le plus tôt sera le mieux! 

    Sinon je vais finir par faire un malheur... 

    *** 

     photo et consignes chez Lakévio

  • J comme Joe, jeu et je me souviens

    Je me souviens qu'avec mon père il y avait du sport à la radio toute l'année. 

    Je me souviens que le premier janvier, quand la famille était réunie pour le nouvel an dans la chapellerie familiale, mon père et son frère étaient collés à la télé devant le saut à ski à Garmisch-Partenkirchen. Je me souviens que je ne comprenais pas ce que ça pouvait avoir de si passionnant ni pourquoi ils faisaient de grands "chut", alors que les noms, la nationalité et les temps étaient affichés à l'écran. 

    Je me souviens que la saison cycliste était une succession de moments forts et de victoires belges: Eddy Merckx, Lucien Van Impe, Freddy Maertens, Roger De Vlaeminck et tant d'autres gagnaient à peu près toutes les courses. 

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    mon père à 13 ans 

    Je me souviens de cet été où nous avons par hasard croisé une étape du tour de France et où ma mère, cette dame si respectable, si comme-il-faut, si digne, s'est égosillée à hurler des encouragements au passage d'Eddy Merckx. Je me souviens que grand-mère Adrienne trouvait qu'il gagnait trop de courses et qu'il aurait mieux fait d'en laisser pour les autres. 

    Je me souviens de l'admiration de mon père pour une toute jeune gymnaste roumaine qui nous a tous stupéfiés l'été 1976. Je me souviens que j'avais peur à chaque seconde qu'elle se rompe le cou mais son pied se posait toujours aussi miraculeusement que gracieusement sur la poutre. Je me souviens qu'elle savait absolument tout faire à la perfection et voltigeait avec la même souriante facilité sur le tapis ou aux barres asymétriques. 

     

    Je me souviens que sa passion prédominante était le football, probablement parce que c'était le sport dans lequel il avait atteint le meilleur niveau, capitaine de son équipe qu'il a menée au championnat. 

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    Je me souviens que mon frère n'avait aucune motivation pour les études mais qu'il connaissait parfaitement par cœur les noms, dates de naissance, taille, poids et curriculum sportif de tous les footballeurs des équipes belges, grâce à ses figurines et albums Panini. 

    Je me souviens qu'il me soumettait ses figurines en me demandant de désigner quels footballeurs je trouvais les plus beaux. Je me souviens que de guerre lasse, j'ai désigné un joueur du RWDM qui avait de beaux cheveux blonds tongue-out

    Je me souviens que mon père appréciait Paul Van Himst

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    Paul Van Himst, à l'âge de 21 ans, source de la photo ici 

    Je me souviens qu'un été on est allé voir les matchs de tennis à Westende - Jacky Brichant était venu y soutenir un tournoi en jouant quelques matchs avec des jeunes - et que je n'ai jamais réussi à comprendre les règles de ce sport ni surtout le bizarre comptage des points. 

    Je me souviens que pour moi depuis toujours, le sport est une chose qui se pratique mais qui n'offre aucun intérêt à la vue ni à l'ouïe. 

    *** 

    consigne du jeu
    "Je me souviens du sport, d'athlètes et d'événements sportifs" 
    chez Joe Krapov

  • I comme imaginons...

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

     

    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • E comme élucubrations

    - Mais qu'est-ce que tu es encore allé crafouiller! vernifla sa tendre moitié, qui avait cessé de courouler au bout de trois mois de mariage.  

    - Et toi? se mit-il aussitôt à hurlir. Ça te fait jouir de me cagnasser les c... à tout bout de champ?  

    - Je berçois, essaya posément le conseiller conjugal, qu'entre vous deux tout est sujet à vichtailler. Or je suppose que, comme tout un chacun, vous préféreriez violoner plutôt que vous crascatuer comme des malpropres?  

    - Ah ça! pirpura-t-elle, pour ce qui est de violoner, avec lui, faudra repasser!  

    Et elle se mit à rire à gorge trochoyée tellement elle se trouvait loloyante et l'esprit d'à propos.  

    - Il faudrait cependant essayer d'hurspender les hostilités, sisselissait le conseiller conjugal de sa voix la plus épurlante, au lieu de vous écriper pour la moindre vétille...  

    - Mais qu'est-ce qu'il a à scrafougner, çui-là!?  

    - Tu l'as dit! groudit la tendre moitié. Y peut pas parler comme tout le monde?  

    - Et bien, flagit le conseiller conjugal, voilà qui est de bon augure, vous êtes enfin d'accord sur quelque chose! 

    *** 

    jeu,les joies d'internet

    L.H.O.O.Q.
    (Beaubourg, jeudi 5 janvier 2007)

    merci à Emma qui proposait ce petit jeu 
    il fallait utiliser 

    crafouiller, vernifler, courouler, hurlir, cagnasser, berçoire, violoner, vichtailler, crascatuer, pirpurer, trochoire, loloyer, hurspender, sisselir, épurler, écriper, scrafougner, groudir, flagir

     

  • N comme naïve

    Elle s'affale dans le fauteuil où il est installé depuis qu'il est rentré du travail. 

    - Je suis fourbue! dit-elle dans un souffle. 

    Il pose une main sur ses cuisses, sans lever les yeux de sa lecture. 

    - Je me demande bien de quoi, répond-il. 

    Alors elle se tait. 

    C'est ce qu'elle a toujours le mieux su faire. 

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     tableau et consigne chez Lakévio que je remercie

  • 20 miracles de la nature (1)

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    Quand l'étang est à moitié gelé,
    Saturnin et ses copains  

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     amusent les passants 
    et les enfants 

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    en leur refaisant 
    un numéro de Jésus 

    *** 

    pour le défi du Hibou 

    semaine 51 - miroir

  • Quel cadeau lui faire?

     Quand j'ai couru porter un collier de perles à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse en avait un en vrais diamants 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon p'tit collier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru porter mes rubans d'soie à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà fini d's'coiffer 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mes p'tits rubans, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'offris pour étrenne un poudrier à Eurypyle 
    La belle, la traîtresse avait déjà du rose aux joues 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon poudrier, j'avais l'air d'un con 

    Quand j'ai couru tout chose au rendez-vous d'mon Eurypyle 
    La bell' posait toute nue pour un sal' typ' qui la peignait 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con, ma mère 
    Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con 

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    tableau et consigne chez Lakévio

     (n'est-ce pas incroyable?
    voilà exactement 52 ans
    que l'ami Georges chantait cette chanson de la vidéo!)

  • J comme je pense à lui

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    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois