krapov

  • F comme flamme de fouet

    A la flamme des fouets II           Paul Eluard  

    Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid,
    Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace,
    Porte couteau, souillure vaine, lampe inondée,
    Souhait d’amour, fruit de dégoût, glaces prostituées

    Bien sûr, bonjour à mon visage !
    La lumière y sonne plus clair un grand désir qu’un paysage.
    Bien sûr, bonjour à vos harpons,
    À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache ! 

    J’ai perdu, j’ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.

    Capitale de la douleur, 1926

     krapov,jeu,poesie,parodie,pastiche

     http://www.ebooksgratuits.org/html/eluard_capitale_de_la_douleur.html

    la consigne est ici:
    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/10/03/32720288.html

    Au Figaro Francis

    Coiffeur de nuit, coiffeur de jour, coiffeur au lit,
    Geste à frayeur, regard qui fuit, peigne vorace,
    Porte ciseaux, mouture naine, sombre et sans grâce,
    Souhait d'amour, fruit de dégoût, grand hallali.

    Bien sûr, bonjour à mon visage!
    La lumière y sonne plus clair au grand désir qu'un bronzage.
    Bien sûr, bonjour à vos miroirs,
    A vos coupes, à vos boucles, à vos accoudoirs!

    J'ai perdu Francis, j'ai gagné Figaro,
    Voyez mes cheveux sur le carreau.

    Capital de mon coiffeur, 2015

  • K comme krapoverie

    L’aïeule accroupie sous l’aubépine chantait ses alléluias d’une voix assourdie. C’est à peine si elle bougeait les lèvres. Dans les buissons épineux, un oiseau savourait les dernières baies. La boulangerie d’Edouard répandait ses arômes de petits pains au chocolat.

    krap2.jpg

    Pendant que nous nous aventurions sur la plage à la recherche de coquillages, petits baroudeurs barbouillés de confiture de framboises, Marie-Louise la sauvageonne ne quittait pas sa chambrette.

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    Aujourd’hui on trouverait l’info sur notre ordinateur et on découvrirait que cette petite était anorexique. Mais grand-mère ne pouvait que se lamenter quand elle ne touchait ni à sa fameuse bouillabaisse, ni à ses succulentes ratatouilles.

    ***

    Choisir deux photos parmi celles qui illustrent un calendrier collaboratif de 2011 et un autre de 2012, écrire un texte pour illustrer une des deux ou les deux photos choisies et y insérer au moins dix mots comprenant 4 ou 5 voyelles différentes.

    J'en ai utilisé 20. Merci à Joe Krapov!

    accroupie - accueillons - aïeul - alleluia - andouillette - anorexique - assourdie - aubépine - autonomiste - aventurerions - Bakounine - barbouillé - baroudeur - bijouterie - bitumage - boisseau - bougeait - bouillabaisse - boulangerie - brouillage - carabistouilles - coquillage - cueillera - Edouard - élucubrations - embrouillamini - épanouissement - Essaouira - évanouissement - gargouille - giratoire - glaïeul - guignolade - incontournable - innovateur - kaléidoscopique - Marie-Louise - Marioupol - naturologie - oiseau - oiseleur - ordinateur - palindrome - Papouasie - papouille - pointeuse - protubérance - pirouettant - purgatoire - Raspoutine - ratatouille - roucoulerai - saucière - saucissonner - sauvageonne - savourait - soupesait - tambouille - toupie - tyrannosaure - yaourtière 

     

     

  • U comme ulcérées

    Chère Isabelle,

    Il est mort. Je viens de l’apprendre. Il est mort mardi dernier. Cancer du poumon, évidemment. Tu te souviens qu’il fumait même en classe ? Qu’il nous soufflait la fumée de ses cigares en pleine figure, à l’examen oral ?

    Il est mort.

    Tu te rappelles les dernières fois que nous nous sommes vues? Nous avions quitté l’école depuis plus d'un an et nous parlions encore de lui. Noirs souvenirs que nous ressassions en marchant sur la Kapucienenvoer. Nous avions traversé la Dyle, contourné le béguinage, je crois que c’est au coin de la Fonteinstraat que nous avons rencontré celui que tu épouserais quatre ans plus tard. De mon côté je connaissais déjà celui qui allait être l’homme-de-ma-vie… Et malgré cela, chaque fois qu’on se voyait, on revenait en arrière, on parlait de lui. Et d’Anne.

    Il est enfin mort.

    Un autre soir, nous avons mangé un spaghetti bolognaise, je crois que c’était dans la Muntstraat. Nous parlions encore de lui. Nous nous demandions constamment pour combien de filles il serait cet animal nuisible. Nous nous disions que nous aurions dû être beaucoup plus féroces. Pourquoi n’a-t-on pas voulu nous croire ?

    Mais il est mort.

    Si tu vois Anne, dis-le-lui.

    Et si nous nous revoyons un jour, ne parlons plus de lui.

    Je t'embrasse

    Adrienne

    ***

    1) Choisissez le plan d'une ville. Examinez-le.
    2) pendant dix à 20 minutes, écrivez une lettre ou un e-mail à un(e) 
    ami(e) que vous n'avez pas revu(e) depuis l'âge de vos 20 ans. Vous 
    venez d'avoir de ses nouvelles de façon inattendue. Dans cette lettre, 
    en utilisant le plan de la ville choisi, vous évoquez des souvenirs, des 
    lieux, des itinéraires, des circonstances (études, travail, café, 
    sorties au cinéma) où vous étiez ensemble

    Merci à Joe Krapov pour cette intéressante consigne!

     

    Leuven 017 - kopie.JPG

    photos prises à Louvain en octobre 2010

    Leuven 016 - stadspark.JPG

     et l'étape suivante est pour vous:

    Vous transmettez ce courrier à votre voisin(e) 
    de droite ainsi que le plan. Pendant le temps restant vous répondez 
    longuement au courrier que vous venez de recevoir en utilisant le plan 
    fourni.

    Cool

  • Adrienne s'amuse

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    A l’instant précis où une équipe de chercheurs sous la direction du professeur de Gouberville découvrit le dernier nid d’insectes pollinisateurs encore en pleine activité,

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    le président de la Commission pour la Sauvegarde des Pommiers à Cidre (CSPC) donnait une conférence de presse encore plus accablante que les précédentes. 

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    Aussitôt, les journalistes ne surent plus à qui téléphoner d’abord, sauf ceux qui avaient perdu ou cassé leur dernier modèle de portable (c’est de plus en plus fragile ces petites choses)

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    Le seul problème qui se posa, fut de déterminer qui il fallait récompenser pour cette découverte si importante pour l’humanité en général et le Calvados en particulier, car plusieurs personnes la revendiquèrent haut la main.
    (la dame qui applaudit est une stagiaire limbourgeoise qui n'avait pas compris la question)

    1415-12 Edouard Levé 04.jpg

    Ce n’est qu’après avoir décerné le ruban, la médaille et une attestation fiscale à un dénommé Rambault, qui avait sans doute profité de sa haute taille et de son coffre puissant pour lever la main plus haut et crier plus fort que les autres,

    1415-12 Edouard Levé 05.jpg

    qu’on se rendit compte de l’injustice commise.

     ***

    les photos sont d'Edouard Levé
    et disponibles sur le net
    il n'y a qu'à chercher
    Cool
    http://www.paris-art.com/interview-artiste/%C3%A9douard-leve/leve-edouard/31.html

    http://www.paris-art.com/marche-art/Edouard%20Lev%C3%A9/Lev%C3%A9-Edouard/3815.html

  • Z comme zélatrice

    Petit précis de vocabulaire à usage mondain

    par une zélée zélatrice de Philippe Delerm

    *** 

    1. On ne vous fait pas fuir au moins ?

    Petite phrase à l’usage du couple qui fuit lâchement les lieux, profitant de votre arrivée inopinée.

    Insister légèrement encore pour qu’ils restent : cela permettra de les voir se contorsionner en excuses bidon : on allait partir de toute façon – la gamine est fatiguée – demain c’est l’école – on a encore une longue route à faire…

     

     2. C’est pas vrai !

    Exclamation qui veut dire exactement le contraire de ce qu’elle semble exprimer.

    L’utiliser pour montrer à quel point on admire l’invraisemblance du propos.

    L’accompagner d’un minimum de théâtralité : yeux grand ouverts, bouche en O majuscule, main sur le cœur.

    - Oh ! elle a osé faire ça ? C’est pas vrai !

     

    3. Ça va refroidir

    Politesse de la maîtresse de maison qui incite à commencer le repas sans elle.

    Se récrier que non, que c’est bien chaud et qu’on l’attend.

    Rajouter à son énervement de cuisinière des grands soirs en refusant de goûter la moindre bouchée avant qu’elle paraisse à table.

    C’est une question de savoir-vivre.

    On vous a fait le même coup cent fois.

     

    4. Voilà, tu la connais l’histoire

    Façon de terminer le récit du malheur des autres.

    Toujours raconté avec la délectation de celui/celle qui croit que ça ne lui arrivera jamais. Qui croit que ça ne peut tout simplement pas lui arriver.

    - Voilà, tu la connais l’histoire. C’est pour ça qu’ils ne se parlent plus depuis trente ans, son père et lui.

     

    5. Il faut le voir sur scène

    Expression de la supériorité absolue de l’élu « qui a vu sur scène » sur le commun des mortels « qui a vu à la télé ».

    Le tout déguisé en conseil : « Il faut le voir sur scène », qu’on susurre en posant une main sur l’avant-bras de l’interlocuteur, en se penchant légèrement vers lui, sur le ton de la confidence intime.

    Note : A ne pas confondre avec « Moi, je l’ai vu sur scène ! En 1967 ! A Bobino ! » qui est trop ouvertement vantard, surtout si l’artiste est mort depuis plus de quarante ans.

     

    6. Ça devrait toujours rester comme ça

    Petite phrase qui s’accompagne d’un léger soupir plein de faux regrets et qu’on ponctuera d’un grand sourire feint, tout en rendant à la mère – avec une joie qu’on s’efforce de dissimuler – le bébé braillard qui vient de faire un gros caca dans sa couche.  

     

    7. J’ai horreur de cette phrase

    Propos de personne cultivée face à l’inculture manifeste.

    Rejet de l’autre et de son manque de vocabulaire ou de naissance. Ou des deux.

    Parce que, bien sûr, « c’est juste une question d’éducation ». Et qu'on est du bon côté de la barrière.

     

    8. Du côté de mon mari

    Façon subtile de renier des liens de parenté.

    - Je croyais que vous étiez famille ?

    - Oh ! c’est un cousin éloigné, du côté de mon mari.

    D’un geste vague de la main, ce détail qui n’est pas anodin permet de clore la conversation sur un sujet peu reluisant dont on n’a pas envie de parler.

     

    9. Ça a été ?

    Accueille les clients au sortir de la cabine d’essayage. Signifie généralement qu’on les y a vus entrer avec des vêtements peu appropriés à leur âge ou à leur corpulence.

    Leur proposer tout de même, mais sans enthousiasme exagéré:

    - Vous voulez que je vous apporte la taille au dessus ?

     

    10. C’est maintenant qu’il faut en profiter

    Des soldes, des enfants en bas âge, du temps qu’il fait, de la retraite.

    Phrase à adapter à l’âge de l’interlocuteur et à la saison.

     De toute façon elle reste sans conséquence. Surtout utile quand on désire prendre congé.

     

    ***

    Et voilà!

    Faudra tout de même que je finisse par trouver ce livre.

    Cool

     Que Philippe Delerm me pardonne de le pasticher sans l'avoir lu.

     

    parodie,pastiche,jeu, krapoverie, krapov

     http://www.lecerclepoints.com/livre-ma-grand-mere-avait-les-memes-philippe-delerm-9782757825082.htm#page

  • B comme brouet

    Prendre une part de nuages (http://remue.net/spip.php?article6987), y ajouter une demi-ventolière en plastique (http://remue.net/spip.php?article6652) et quelques gouttes de lamento de l'excavatrice (http://hyperion21.blog.lemonde.fr/2012/11/30/pasolini-le-lamento-de-lexcavatrice-4/)

    ***

    Il coupe la ventolière, ouvre sa vieille toison, la ferme, allume à nouveau la ventolière. Rien ne va. Rien n’est mieux. Le bois est parfaitement rose et parfumé. Comme son haleine sur ma bouche. Comme les macarons qu’il laisse traîner sur les plages de sable.

    Son plaisir réside dans des robes en kiwi, dans le lit imprégné de sa sueur juvénile qu’il a su garder intacte et dans son désir de capter, dès qu’il le peut, une lumière, un flot, un ciel, un oiseau ou une fleur qui bougent, là-haut, au paradis, et qui s’offrent à lui dès qu’il rêve. Le grand ballet des nuages n’arrête jamais. Pour ça qu’il aime les ruines. Il lui arrive même de grimper sur les murets des temples pour que s’incruste encore un peu mieux en lui l’incessant frisson.

    C’est plutôt beau quand la colline s’énerve. Que les ondulations se brouillent. Que les jours se dressent, se musclent, s’étendent. Qu’ils dorent un soir silencieux, défiant, en se blessant aux pavés inégaux. On sent qu’ils ne lâcheront pas. Jusqu’à la gestation. Jusqu’au monde parallèle vieux comme le temps.

    Marius, malgré les silences, ne lâche rien lui non plus. Juste un peu prise de temps à autre, mais c’est pour mieux conjurer les recoins oubliés de ses folles envies qu’il dévore à sa manière. Il y a chez lui une patience qui est la mesure du véritable amour. Ainsi, quand il déprime, parce qu’il est seul, se succèdent au sommet de la colline, le désert, et un irrépressible vent de désespoir qui le fait se mêler à l’air ambiant, croiser d’autres solitudes et frotter au passage quelques cicatrices à la sienne.

    Il y a des moments comme ça, parcimonieux et rares, où on a l’impression de parler la même langue que l’autre.

    Walrus sept 2014 019 - kopie.JPG

    ciel wallon du 27 septembre

     ***

    ci-dessous le texte original de Thomas Vinau (http://remue.net/spip.php?article6987)

    Il coupe la radio, ouvre la fenêtre, la ferme, allume à nouveau la radio. Rien ne va. Rien n’est mieux. La cuisine est parfaitement vide et sale. Comme le jour qui se lève. Comme ses yeux qu’il laisse traîner dans la lumière neuve du jardin.

    Sa chance réside dans sa propension au rêve, dans les beaux restes de naïveté qu’il a su garder intacts et dans son désir de capter, dès qu’il le peut, les fragments, scènes, dessins, figures ou silhouettes qui bougent, là-haut, en apesanteur, et qui s’offrent à lui dès qu’il lève les yeux au ciel. Le grand ballet des nuages n’arrête jamais. Pour ça qu’il aime le dehors. Il lui arrive même de grimper dans la cabane de son fils pour que s’incruste encore un peu mieux en lui l’incessante danse.

    C’est plutôt beau quand l’horizon s’énerve. Que les pistes se brouillent. Que les nuages se dressent, se musclent, s’étendent. Qu’ils lèvent un menton noir, défiant, en fronçant les sourcils. On sent qu’ils ne lâcheront pas. Jusqu’à l’explosion. Jusqu’à la révolution de la lumière. »

    Joseph, malgré les apparences, ne lâche rien lui non plus. Juste un peu prise de temps à autre, mais c’est pour mieux conjurer les aléas d’un quotidien terre à terre qu’il transgresse à sa manière. Il y a chez lui un instinct de survie qui lui permet de ne jamais se perdre. Ainsi, quand il déprime, parce qu’il est seul, succède au premier réflexe, celui du repli, un irrépressible besoin de sortir, de se mêler à l’air ambiant, de croiser d’autres solitudes et de frotter au passage quelques unes à la sienne.

    Il y a des moments comme ça, parcimonieux et rares, où on a l’impression de parler la même langue que l’autre.

  • X c'est X

    Non, non, rien n’a changé…

    - Vous avez fait de la terre ce qu’elle est : une pétaudière !

    Quand Jules a descendu sa douzième gueuze (de chez Cantillon), il fait profiter tous les clients de l’estaminet de la Carpe (diem) de ses vues sur le monde comme il va. Tout en faisant mine de s’adresser uniquement à son voisin de bar.

    - Mon vieux, par moments t’as une figure d’enterrement ! Regarde-moi ! Devine quel âge j’ai ? Devine ! Qu’est-ce que tu dis ? 55 ? Tu m’as pas bien regardé ? 77 ans, Môssieur ! J’en aurai même 78 en novembre ! Et j’aime autant te dire que les dames ne s’en plaignent pas ! Tu peux me faire confiance. Le plus cornard de nous deux n’est pas celui qu’on croit.

    Heureusement, sa victime du jour est célibataire. Jules glisse de son tabouret, se raccroche au bar et lance à la cantonade :

    -  Il n’y a que les imbéciles qui sachent bien faire l’amour ! Alors oui, je suis un imbécile ! Un imbécile heureux !

    Le patron, qui connaît ses classiques, lui lance :

    - Tu es le cantonnier des chemins vicinaux, peut-être ?

    Jules est arrivé à un stade où plus aucun son ne lui parvient.

    - Alors j’ai bien vu qu’elle me regardait, la dame du premier étage, et je lui ai dit, comme ça : « Avez-vous remarqué que j’avais un beau cul ? »

    ***

    1 Ecrivez le titre de trois chansons que vous connaissez.
    2 Choisissez en une parmi ces trois : celle dont le titre pourra et 
    devra même être celui du texte que vous allez écrire
    3 Vous avez obligation d'insérer dans ce texte cinq répliques ou 
    citations extraites de chansons de Georges Brassens

    Merci à Joe Krapov pour la consigne!
    Aux amateurs qui voudraient chercher les citations de ses chansons: il y en a 5

    Cool

  • K comme krapoverie (fin)

    Dans le silence qui suit, Dominique a le tort de souffler à l'oreille de sa femme: "Je t'en prie, pas de déballage!".

    - Je crois, dit celle-ci, que tout le monde a entendu? Ce que mon mari veut dire, c'est que notre couple ne va pas très bien et que nous considérons cet atelier comme une ultime planche de salut. Une sorte de test. Ce sera notre seule activité commune depuis de nombreuses années. Depuis toujours, en fait.

    Elle a son air dur et sec. Dominique a tout à coup très chaud et regrette de s'être embarqué dans cette histoire d'atelier.

    - Merci de votre franchise, Dominique, dit Alicia en regardant ce couple mal assorti auquel elle remet deux badges identiques: Dominique et Dominique. 

    - Ma femme et moi, dit Henri pour détendre l'atmosphère, nous sommes Belges, nous sommes Flamands. Nous venons d'Ostende.

    Disant cela, il laisse comme toujours planer un petit silence. Il est convaincu qu'être Ostendais est un privilège que le monde entier lui envie.

    - Nous avons l'intention de passer les mois d'été dans le Velay et nous nous sommes inscrits à ce stage dans l'espoir de mieux connaître la cuisine locale et aussi de rencontrer des gens du coin, bien sûr. Parce que notre plus jeune fils s'est marié ici...
    - Et nous voulons être près de notre petit-fils pour le voir un peu grandir, ajoute Arlette, qui a déjà la main sur son sac d'où elle s'empresse de retirer quelques photos du bébé.

    A voir la stature d'Henry, nul ne s'étonne qu'il aime la bonne cuisine.

    - Et vous deux? fait Alicia en se tournant vers Marie-France et Anne-Françoise, pendant que chacun jette un regard plus ou moins intéressé au bébé blond photographié par des mains inexpertes.

    - Nous, dit Anne-Françoise, nous sommes deux amies d'enfance. C'est moi qui ai insisté auprès de Marie-France pour qu'elle m'accompagne à cet atelier.

    Pourvu, pense Marie-France, qu'elle n'aille pas raconter qu'elle m'y a poussée de peur que je fasse une dépression...

    ***

    Le soir, Alicia est couchée dans les bras de son Vincent qui lui demande comment ça s'est passé, avec ses nouvelles recrues.

    - Je pense, dit-elle en soupirant, que je ferais mieux de mettre "thérapeute" sur mon badge... 

  • K comme krapoverie (fin)

    C'est en 2011 que j'ai répondu au défi lancé par Joe Krapov et qui consistait en ceci:

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    J'avais toujours omis d'écrire le chapitre final - je ne sais même plus pourquoi ça n'a pas été fait à la suite des neuf autres. Sans doute ma cave était-elle sous eau ou mon chauffage en panne ou les deux à la fois Langue tirée

     

    Neuf mois de suite, il y a eu un "K comme krapoverie" qu'on peut facilement retrouver grâce au tag 'krapov' (c'est ça, la gloire, cher Joe, avoir son propre tag Cool)

    Voici donc le chapitre final, première partie (je l'ai coupé en deux parce qu'il est un peu long):

    ***

    - Bienvenue à tous! Bienvenue à nos ateliers culinaires! Je vois que vous êtes neuf à vous être inscrits, c'est parfait, ça fait un bon petit groupe!

    Alicia sourit de toutes ses dents en les regardant un à un et en observant de quelle façon ils sont groupés. Le nombre de centimètres qui les sépare indique clairement leur degré de familiarité. Les deux hommes sont accompagnés de leur épouse, qui se tient à leurs côtés en leur jetant de temps en temps un regard à la dérobée, et parmi les cinq autres femmes, deux sont des jumelles tellement pareilles qu'Alicia est contente d'avoir prévu des badges.

    - Alors voilà... Nous allons d'abord prendre un peu de temps pour faire connaissance. Je vais vous donner un badge, ça va nous aider à apprendre nos prénoms. Je vais demander à chacun de se présenter brièvement et peut-être aussi de dire ce qu'il attend de cet atelier. D'accord?

    Les neuf inscrits s'observent, certains hochent la tête affirmativement, d'autres grommellent un oui ou se raclent la gorge comme l'élève désigné pour répondre devant toute la classe.

    - D'accord! dit une voix forte et décidée.

    Les jumelles sursautent encore plus que les autres participants et se tournent vers leur sœur aînée en se demandant ce qu'elle va dire.

    - Moi c'est Maryvonne. Je suis venue avec mes deux sœurs, qui ont besoin de se changer les idées, de sortir un peu et de voir du monde. 

    Elle regarde chacun tour à tour de son air souverain puis déclare, en mettant la main sur l'épaule de l'une des deux jumelles:

    - Il faut savoir que Josiane a eu besoin d'une greffe de rein et que c'est Eliane qui le lui a donné.

    Tout le monde se tait, impressionné. Alicia s'exclame:

    - Oh! quel beau geste! Bravo!

    Les autres approuvent d'un murmure. 

    - Merci, Maryvonne, de nous avoir confié cette information... essentielle, je pense.

    Dans le silence qui suit, Dominique a le tort de souffler à l'oreille de sa femme: "Je t'en prie, pas de déballage!".

     

  • K comme krapoverie

     

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    Les chapitres précédents sont accessibles en cliquant sur la lettre k ici à votre droite.

    Chapitre 9

    Arlette et Henry avaient fini par trouver une maison qui leur plaise à tous les deux. Pas question de s’acheter un de ces pavillons modernes mais sans âme : ils avaient compulsé leur guide Michelin qui stipulait que "La maison vellave est originale par sa maçonnerie en moellons bruts où domine la lave grise ou rouge foncé en terrain volcanique, le granite gris clair en terrain ancien, l'arkose jaune en terrain sédimentaire. Les blocs de pierre sont cimentés d'un mortier souvent pétri avec de la pouzzolane, gravier volcanique rougeâtre" (édition de1995, page 35).

    Ils avaient donc cherché cet ultime joyau de l’architecture locale et étaient tombés sous le charme d’une maison assez simple, aux murs massifs percés de petites fenêtres. Elle se trouvait un peu à l’écart du village et possédait un jardin entouré d’un mur de la même lave grise que la maison. Henry avait repéré un petit potager bien exposé et Arlette aurait quelques massifs de fleurs. A l’autre extrémité, un grand noyer offrirait de l’ombre en été et des fruits en automne. C’était parfaitement charmant.

    Tout le bas avait été rénové mais il n’y avait pas d’étage, juste un grenier sous le toit. Finalement, cet aspect-là leur avait plu aussi : ils n’auraient pas à offrir l’hospitalité aux amis ni à la famille de Belgique, puisqu’ils n’en auraient tout bonnement pas la place. Amis et famille seraient les bienvenus, mais ils logeraient à l’hôtel, ce qui était mieux pour tout le monde, au long terme. Ce dernier argument les avait tout à fait décidés et ils en avaient fait l’acquisition.

    Aux vacances de Pâques, ils sont arrivés dans leur nouveau domaine suivis par un camion de déménagement. Ils ont pris un immense plaisir à s’installer là, comme s’ils étaient de jeunes mariés. Henry a juste eu le temps de faire quelques premiers semis et plantations – sous couche, l’hiver vellave pouvait encore sévir – puis commencèrent les nombreux aller et retour entre le travail en Belgique et la maison du Velay : car entretemps, un petit-fils était né.

  • K comme krapoverie

    Défi krapovien - Chapitre 8

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    ***

    Pour ceux qui ont raté le début, il est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/13/k-comme-krapoverie1.html (chapitres 1 à 5). Pour voir les chapitres 6 et 7, cliquez sur la lettre K dans la colonne ici à côté, à droite Sourire

    ***

    On aurait pu croire que tout les séparerait, leur histoire familiale, leur éducation, leur scolarité, leur métier étaient si différents, mais leur amitié a survécu à tout. Et leur parcours de vie, finalement, a été étrangement similaire.

    Toutes les deux se sont mariées très jeunes, ont eu un fils dès l'année suivante, ont travaillé dur, ont dû supporter l'infidélité de leur mari. Toutes les deux ont fini par s'en lasser et se sont retrouvées seules. D'abord Marie-France, puis cinq ans plus tard Anne-Françoise. Ça les a encore rapprochées.

    Nées la même année, habitant dans la même ville, elles continuaient de vivre les mêmes choses au même moment: le départ des enfants, la vieillesse et la maladie des parents. Là aussi Marie-France avait fait la première l'expérience douloureuse du décès de son père, puis Anne-Françoise avait perdu le sien. Les mamans souffraient de maux divers mais avaient l'étoffe de centenaires, tout le monde le leur disait. Ça ne les empêchait pas d'exiger une présence constante.

    Le fils de Marie-France était parti pour la capitale et les enfants d'Anne-Françoise, au hasard de leurs études, s'étaient tous retrouvés à l'étranger: son fils était devenu sinologue et était resté en Chine après y avoir passé un an en fin d'études, sa fille aînée exerçait l'audiologie dans des orphelinats de Colombie et sa cadette terminait ses études d'histoire de l'art en Italie. Tout ça était bel et bien, mais le nid était fort vide et les soirées parfois moroses.

    - Ça ne te dirait pas d'aller avec moi à la Mandoline? avait demandé Anne-Françoise à plusieurs reprises. Mais chaque fois Marie-France avait refusé: d'abord sous prétexte que son fils habitait encore chez elle, puis parce qu'elle n'en voyait pas l'utilité:

    - Je vis toute seule, maintenant, disait-elle sans la moindre logique dans ses arguments, alors pourquoi est-ce que j'irais là-bas?

    Mais la dernière fois qu'Anne-Françoise en avait parlé, elle avait été moins catégorique dans son refus.

    - Il y a de l'espoir, se dit Anne-Françoise en rentrant chez elle ce soir-là, il y a de l'espoir. Je sens que la prochaine fois, elle dira oui.


  • K comme krapoverie

    Défi krapovien - Chapitre 7

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

    ***

    Pour ceux qui ont raté le début, il est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/13/k-comme-krapoverie1.html (chapitres 1 à 5) et ici est le chapitre 6 http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/10/13/k-comme-krapoverie.html

    ***

    Pour Josiane, vivre avec le rein de sa sœur est une constante source de stress: elle est toujours à l'écoute de son corps, à peser et à analyser ce qu'elle mange, boit ou urine. A vérifier si ses jambes n'enflent pas ou si elle ne fait pas un peu de température. D'ailleurs, elle en fait de temps en temps et s'inquiète. Une infection est toujours possible et au moindre doute, on l'envoie aux urgences. Trois fois déjà elle a craint pour sa greffe. Puis a pu rentrer chez elle, l'alerte étant passée.

    Éliane la généreuse ne va pas trop bien non plus depuis l'opération: elle toujours si vive, si active, n'a plus d'allant. Son mari trouve qu'elle "languit". Ses enfants ne savent plus quoi inventer pour l'égayer. La vue de ses deux petits-fils la fatigue. Dieu sait pourtant comme elle les adore! Mais elle n'a plus de goût à rien. Elle qui n'était déjà pas bien grosse a encore maigri depuis sa visite médicale précédente. Elle se fait gentiment gronder par son médecin devant qui elle fond en larmes.

     

    - Il est temps, se dit leur aînée en entendant les dernières nouvelles, que j'intervienne! On ne peut pas laisser la situation se dégrader comme ça!

    L'autre jour, comme elle avait dû aller chercher son pain au village voisin - son boulanger fermait le lundi, quelle drôle d'idée! - une affiche placardée à la porte avait attiré son attention. "La Mandoline", elle ne connaissait pas du tout. Mais ça avait l'air intéressant. Et puis, au point où on en était, il ne fallait pas hésiter.

    Aussi, dès qu'elle avait raccroché après sa petite conversation bihebdomadaire avec sa sœur Éliane - car Maryvonne est une femme organisée doublée d'une femme de devoir - elle a appelé Josiane pour lui en parler. Ensuite, à elles deux, elles convaincraient Éliane. C'était gagné d'avance.

    Après quoi, elle se frotta les mains à son tablier en un geste qui lui était familier et passa un dernier coup de fil.

    - "La Mandoline"?

    Bah, on verrait bien ce que ça donnerait, ça ne coûtait pas grand-chose d'essayer. Maryvonne arrangea tout ça en deux temps trois mouvements puis se laissa tomber dans son fauteuil avec la satisfaction du devoir accompli.

  • K comme krapoverie

     

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

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    Il est plus que temps de reprendre cette histoire restée en rade en juillet dernier Incertain Pour ceux qui ont raté le début, il est ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/13/k-comme-krapoverie1.html

    ***

    Dominique en a marre: elle ne voit plus son mari que le dimanche - et encore, à condition d'aller le chercher derrière son journal ou de faire écran à la télé. Elle en a marre de ses exigences de petit potentat et de ses constantes récriminations. Sur la température du café matinal, la fréquence du lavage des carreaux, la moindre dépense domestique.

    Dimanche dernier, entre le reportage sur le basket et les compte-rendu des matchs de foot, elle le lui a dit. Mais il s'est contenté de hausser les épaules et d'augmenter le volume du téléviseur.

    - Si c'est comme ça que tu le prends, lui a-t-elle jeté avant de quitter le salon, tu vas voir!

    Elle a entassé les vêtements des filles et les siens dans sa petite voiture, pris les cartables, quelques jouets, et est allée s'installer chez son père. Pas folle, elle a gardé les clés de la maison et emporté tous les papiers importants. Sans doute son coup était-il légèrement prémédité...

    Aux deux petites elle a expliqué qu'elles passeraient une semaine chez grand-papa. Elle leur a présenté la chose comme s'il s'agissait de vacances à la campagne. En réalité, elle n'avait pas la moindre envie de rentrer chez elle, ni dans une semaine, ni dans un mois, ni jamais. La coupe était pleine.

    Cependant, dès le premier soir, au moment du coucher, elle pensa à Dominique: que faisait-il? comment se débrouillerait-il? Elle espérait à la fois qu'il s'inquiéterait, qu'elle lui manquerait, qu'il souffrirait... et qu'il agirait.

    C'est ainsi que trois semaines plus tard, Dominique et Dominique se sont retrouvés à la Mandoline.

  • K comme Krapoverie

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Après les chapitres 1, 2, 3 et 4 vous trouverez le cinquième, inédit Langue tirée

    ***

    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

    ***

    Eliane est née dans une petite ferme du Velay. Josiane est sa sœur cadette et Maryvonne leur aînée. Maryvonne est grande et forte mais les petites sont d’apparence si fragile qu’elles font soupirer leurs père et mère, le soir, quand ils les voient picorer dans leur assiette de soupe au pistou.

    Elles ont connu une enfance dure, avec le travail de la ferme où les bras masculins manquaient. Elles ont quitté l’école à quatorze ans, sans aucune qualification. Elles se sont mariées jeunes, ont eu des enfants.

    Puis Josiane a commencé à avoir des problèmes rénaux. De graves problèmes, qui l’ont menée jusqu’au calvaire de la dialyse de plus en plus fréquente. Au bout de quelques années, il a fallu se rendre à l’évidence : seule une greffe pourrait encore la sauver.

    Comme la liste d’attente était fort longue – et l’état de santé de Josiane fort précaire – c’est la fragile Eliane qui a offert un rein à sa sœur. Il est vrai qu’elles étaient bien compatibles, mais l’opération était tout de même loin d’être évidente.

    Eliane s’est bien remise de l’intervention. Josiane essaie de vivre chaque jour comme s’il était le premier – ou le dernier – et de ne pas trop culpabiliser à chaque signe de rejet de la part de son corps envers ce don qu’on lui a si généreusement fait.

    ***

    - Dominique !!!

    Quelqu’un m’appelle, se dit Dominique. Elle se retourne et lance un « oui ! » en même temps qu’une autre voix, une voix mâle, fait un « Quoi ? » en direction de celui qui a crié son nom.

    C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, Dominique et Dominique, à la soirée organisée par leurs écoles respectives, celle des filles, celle des garçons, pour fêter la fin de leurs études secondaires.

    C’était il y a trente ans. Et depuis trente ans, ils s’amusent chaque fois qu’ils se présentent à quelqu’un et aperçoivent cet instant d’étonnement et d’incompréhension dans les yeux de leur interlocuteur interloqué:

    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - ... ?

    Leur prénom les a réunis : ils sont allés à la même ville universitaire, se sont revus, se sont mariés, ont eu deux filles. Aujourd’hui, leur couple bat de l’aile. Avoir un prénom en commun, ce n’est pas un ciment suffisant ni le garant d’une union bien assortie. Elle le trouve pingre, pointilleux, maniaque, vétilleux. Il lui reproche de préférer son travail à son intérieur et de vouloir mener sa vie à sa guise.

    ***

    Le père de Marie-France est chauffeur de poids lourds, mais il s’est mis à boire et a perdu son travail. Depuis, sa mère fait des ménages.

    Une rue plus loin, il y a Anne-Françoise. Elle a une mère au foyer et un père représentant de commerce.

    Elles font route ensemble pour aller à l’école. Chaque midi, Anne-Françoise entre un instant chez Marie-France.  Là, il y a une télé et elle est toujours branchée sur la première chaîne, pour les émissions enfantines. Chez Anne-Françoise, il n’y a pas de télé.

    Au coin de la rue, avant d’entrer à l’école, Marie-France va s’approvisionner au magasin de bonbons : chaque midi elle dispose d’une piécette qui lui permet un grand choix de friandises. Parfois sa maman donne aussi une pièce à Anne-Françoise, qui ne reçoit jamais de bonbons.

    A douze ans, Marie-France est allée dans une école professionnelle : son milieu familial offrait la télé et les bonbons, mais pas des études pour les filles. A seize ans, elle était déjà au travail dans une grande surface.

    A seize ans, Anne-Françoise étudiait le latin et le grec et écrivait de longues lettres hebdomadaires à son amie d’enfance. La télé ou les bonbons n’étaient toujours pas entrés dans son univers familial.

    Elles ont cinquante ans aujourd’hui, se voient deux ou trois fois par an et s’écrivent aux fêtes et aux anniversaires.

    ***

    Le fils cadet d’Arlette et Henry, un grand gamin rieur aux yeux bleus et aux boucles blondes, a rencontré Valérie, la plus jeune fille d’Eliane, alors qu’il passait le mois d’août à faire du camping dans le sud de la France.  Il partageait une canadienne avec un copain, Valérie un igloo avec une copine. Vous devinez aisément la suite. A la fin des vacances, ils n’ont plus voulu se quitter.

    Eliane n’était pas follement heureuse du choix de sa cadette : ce grand dadais de Belge, était-ce bien là ce qu’il fallait à sa frondeuse de fille ? Mais il avait rapidement trouvé du travail dans la région et les deux jeunes gens s’étaient mis en ménage.

    Chez Arlette et Henry on était encore moins heureux avec cette histoire d’amour de vacances. Arlette était persuadée que son fils aurait pu faire un bien meilleur choix et surtout une plus belle carrière s’il ne s’était pas toqué de cette dévergondée – pour elle, une jeune fille qui fait du camping avec une copine ne peut être qu’une dévergondée. Et Henry ne se voyait pas faire 900 kilomètres chaque fois que sa femme aurait envie d’embrasser son gamin.

    Aussi, dès que le bébé s’est annoncé, Henry avait déjà quasiment décidé l’achat d’un petit pied-à-terre vellave où ils pourraient passer les mois d’été en famille. La région n’offrait pas de turbot ni de crevettes, mais on y élevait d’excellents veaux « sous la mère » et il y poussait des cèpes et des morilles. Eliane connaissait les bons coins.

    ***

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    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Revoici les chapitres 1, 2 et 3 suivis du quatrième, inédit Langue tirée

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    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

    ***

    Eliane est née dans une petite ferme du Velay. Josiane est sa sœur cadette et Maryvonne leur aînée. Maryvonne est grande et forte mais les petites sont d’apparence si fragile qu’elles font soupirer leurs père et mère, le soir, quand ils les voient picorer dans leur assiette de soupe au pistou.

    Elles ont connu une enfance dure, avec le travail de la ferme où les bras masculins manquaient. Elles ont quitté l’école à quatorze ans, sans aucune qualification. Elles se sont mariées jeunes, ont eu des enfants.

    Puis Josiane a commencé à avoir des problèmes rénaux. De graves problèmes, qui l’ont menée jusqu’au calvaire de la dialyse de plus en plus fréquente. Au bout de quelques années, il a fallu se rendre à l’évidence : seule une greffe pourrait encore la sauver.

    Comme la liste d’attente était fort longue – et l’état de santé de Josiane fort précaire – c’est la fragile Eliane qui a offert un rein à sa sœur. Il est vrai qu’elles étaient bien compatibles, mais l’opération était tout de même loin d’être évidente.

    Eliane s’est bien remise de l’intervention. Josiane essaie de vivre chaque jour comme s’il était le premier – ou le dernier – et de ne pas trop culpabiliser à chaque signe de rejet de la part de son corps envers ce don qu’on lui a si généreusement fait.

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    - Dominique !!!

    Quelqu’un m’appelle, se dit Dominique. Elle se retourne et lance un « oui ! » en même temps qu’une autre voix, une voix mâle, fait un « Quoi ? » en direction de celui qui a crié son nom.

    C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, Dominique et Dominique, à la soirée organisée par leurs écoles respectives, celle des filles, celle des garçons, pour fêter la fin de leurs études secondaires.

    C’était il y a trente ans. Et depuis trente ans, ils s’amusent chaque fois qu’ils se présentent à quelqu’un et aperçoivent cet instant d’étonnement et d’incompréhension dans les yeux de leur interlocuteur interloqué:

    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - ... ?

    Leur prénom les a réunis : ils sont allés à la même ville universitaire, se sont revus, se sont mariés, ont eu deux filles. Aujourd’hui, leur couple bat de l’aile. Avoir un prénom en commun, ce n’est pas un ciment suffisant ni le garant d’une union bien assortie. Elle le trouve pingre, pointilleux, maniaque, vétilleux. Il lui reproche de préférer son travail à son intérieur et de vouloir mener sa vie à sa guise.

    ***

    Le père de Marie-France est chauffeur de poids lourds, mais il s’est mis à boire et a perdu son travail. Depuis, sa mère fait des ménages.

    Une rue plus loin, il y a Anne-Françoise. Elle a une mère au foyer et un père représentant de commerce.

    Elles font route ensemble pour aller à l’école. Chaque midi, Anne-Françoise entre un instant chez Marie-France.  Là, il y a une télé et elle est toujours branchée sur la première chaîne, pour les émissions enfantines. Chez Anne-Françoise, il n’y a pas de télé.

    Au coin de la rue, avant d’entrer à l’école, Marie-France va s’approvisionner au magasin de bonbons : chaque midi elle dispose d’une piécette qui lui permet un grand choix de friandises. Parfois sa maman donne aussi une pièce à Anne-Françoise, qui ne reçoit jamais de bonbons.

    A douze ans, Marie-France est allée dans une école professionnelle : son milieu familial offrait la télé et les bonbons, mais pas des études pour les filles. A seize ans, elle était déjà au travail dans une grande surface.

    A seize ans, Anne-Françoise étudiait le latin et le grec et écrivait de longues lettres hebdomadaires à son amie d’enfance. La télé ou les bonbons n’étaient toujours pas entrés dans son univers familial.

    Elles ont cinquante ans aujourd’hui, se voient deux ou trois fois par an et s’écrivent aux fêtes et aux anniversaires.

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    la suite le 13 du mois prochain

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    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Revoici les chapitres 1 et 2, déja parus le 13 des mois précédents, suivis du chapitre 3, inédit Langue tirée

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    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

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    Eliane est née dans une petite ferme du Velay. Josiane est sa sœur cadette et Maryvonne leur aînée. Maryvonne est grande et forte mais les petites sont d’apparence si fragile qu’elles font soupirer leurs père et mère, le soir, quand ils les voient picorer dans leur assiette de soupe au pistou.

    Elles ont connu une enfance dure, avec le travail de la ferme où les bras masculins manquaient. Elles ont quitté l’école à quatorze ans, sans aucune qualification. Elles se sont mariées jeunes, ont eu des enfants.

    Puis Josiane a commencé à avoir des problèmes rénaux. De graves problèmes, qui l’ont menée jusqu’au calvaire de la dialyse de plus en plus fréquente. Au bout de quelques années, il a fallu se rendre à l’évidence : seule une greffe pourrait encore la sauver.

    Comme la liste d’attente était fort longue – et l’état de santé de Josiane fort précaire – c’est la fragile Eliane qui a offert un rein à sa sœur. Il est vrai qu’elles étaient bien compatibles, mais l’opération était tout de même loin d’être évidente.

    Eliane s’est bien remise de l’intervention. Josiane essaie de vivre chaque jour comme s’il était le premier – ou le dernier – et de ne pas trop culpabiliser à chaque signe de rejet de la part de son corps envers ce don qu’on lui a si généreusement fait.

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    - Dominique !!!

    Quelqu’un m’appelle, se dit Dominique. Elle se retourne et lance un « oui ! » en même temps qu’une autre voix, une voix mâle, fait un « Quoi ? » en direction de celui qui a crié son nom.

    C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, Dominique et Dominique, à la soirée organisée par leurs écoles respectives, celle des filles, celle des garçons, pour fêter la fin de leurs études secondaires.

    C’était il y a trente ans. Et depuis trente ans, ils s’amusent chaque fois qu’ils se présentent à quelqu’un et aperçoivent cet instant d’étonnement et d’incompréhension dans les yeux de leur interlocuteur interloqué:

    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - Bonjour ! Moi c’est Dominique.
    - ... ?

    Leur prénom les a réunis : ils sont allés à la même ville universitaire, se sont revus, se sont mariés, ont eu deux filles. Aujourd’hui, leur couple bat de l’aile. Avoir un prénom en commun, ce n’est pas un ciment suffisant ni le garant d’une union bien assortie. Elle le trouve pingre, pointilleux, maniaque, vétilleux. Il lui reproche de préférer son travail à son intérieur et de vouloir mener sa vie à sa guise.

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    la suite le 13 du mois prochain

  • K comme Krapoverie

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Revoici le chapitre 1, qui a déjà paru sur ce blog le 13 du mois dernier, suivi du chapitre 2, inédit Langue tirée

    ***

    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

    ***

    Eliane est née dans une petite ferme du Velay. Josiane est sa sœur cadette et Maryvonne leur aînée. Maryvonne est grande et forte mais les petites sont d’apparence si fragile qu’elles font soupirer leurs père et mère, le soir, quand ils les voient picorer dans leur assiette de soupe au pistou.

    Elles ont connu une enfance dure, avec le travail de la ferme où les bras masculins manquaient. Elles ont quitté l’école à quatorze ans, sans aucune qualification. Elles se sont mariées jeunes, ont eu des enfants.

    Puis Josiane a commencé à avoir des problèmes rénaux. De graves problèmes, qui l’ont menée jusqu’au calvaire de la dialyse de plus en plus fréquente. Au bout de quelques années, il a fallu se rendre à l’évidence : seule une greffe pourrait encore la sauver.

    Comme la liste d’attente était fort longue – et l’état de santé de Josiane fort précaire – c’est la fragile Eliane qui a offert un rein à sa sœur. Il est vrai qu’elles étaient bien compatibles, mais l’opération était tout de même loin d’être évidente.

    Eliane s’est bien remise de l’intervention. Josiane essaie de vivre chaque jour comme s’il était le premier – ou le dernier – et de ne pas trop culpabiliser à chaque signe de rejet de la part de son corps envers ce don qu’on lui a si généreusement fait.

    ***

    la suite le 13 du mois prochain

  • K comme Krapoverie

    Défi krapovien

    Que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hebdomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ? Voilà ce que Joe Krapov demandait. Ceci est mon "chapitre 1" Langue tirée

    ***

    Arlette et Henry sont mariés depuis plus de 40 ans. Ensemble.

    Lui est un gars d’Ostende, élevé au turbot poché sauce hollandaise et au rôti de bœuf en croûte. Elle une fille du Limbourg, là où on a, comme disent les blagues belges, (les vraies, les nôtres) tout récemment encore dégusté un missionnaire.

    Au début de leur mariage, Henry lui pardonnait ses pommes de terre trop cuites, ses légumes à l’eau, sa viande déshydratée et ses sauces … euh … passons, ça vaut mieux.

    Puis ils sont venus s’installer à deux ou trois kilomètres de la maison de ses parents. Arlette et la mère d’Henry ont vite compris, chacune de leur côté, que si elles voulaient sauver ce mariage, il faudrait inculquer à la belle-fille quelques notions culinaires de base.  Arlette a donc appris à cuire un poisson sans qu’il se décompose et à faire un beurre fondu sans le brûler. Et si Henry voulait de la sauce hollandaise ou un beurre blanc, ils allaient tout bonnement manger chez sa mère : Arlette n’en faisait pas un complexe, car elle avait – disait-elle – d’autres qualités.

    Trois enfants sont nés, qu’on a nourris comme on nourrit les enfants, de lait, de tartines, de soupes et de spaghetti bolognaise. Quand Henry réclamait des croquettes aux crevettes, Arlette rétorquait que ce n’était pas avec ça que l’appétit de leurs ados serait satisfait, que de toute façon les crevettes grises étaient hors de prix et qu’elle avait prévu un pot-au-feu.

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    le chapitre 2, le 13 du mois prochain