lettre

  • L comme lettre 2

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    Chère Madame S 

    Barrez le "chère", il n'est là que pour la forme, vous ne m'aimiez pas, vous n'aimiez sans doute personne ou vous aimiez vous payer un petit succès facile en vous moquant de vos élèves. 

    En octobre, j'avais dû être opérée de l'appendicite, on m'avait gardée huit jours à l'hôpital et j'ai encore dû rester huit jours à la maison. Quand je suis revenue en classe, je me suis sentie fort démunie, vous aviez entre-temps appris des tas de choses que j'ai été obligée de deviner et de comprendre par moi-même. A commencer par une chanson dont vous exigiez que je la chante avec les autres, alors que je l'entendais pour la première fois. 

    C'est vous malheureusement que j'ai revue le plus souvent par la suite, jusqu'à l'an dernier. Et c'est dans des moments pareils que je maudis ma stricte éducation parce que je préférerais détourner la tête et ne pas vous saluer. 

    Mais toujours je vous souris et vous dis "Bonjour, madame S!" 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018

  • L comme lettre 1

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    Chère Madame D

    Je pensais que j'avais oublié votre nom, mais voilà! Il m'est revenu au moment même où je vous écris.

    C'est vous qui m'avez appris à lire et à écrire: mon institutrice de première année primaire. Avez-vous vu comme j'étais impatiente de savoir? Tellement impatiente! Sans doute que non, j'étais probablement la plus timide, la plus effacée des petites filles. Mais toujours le regard tendu vers vous et l'oreille à l'écoute de toute parole tombant de vos lèvres expertes. Car on m'avait dit que vous étiez une excellente institutrice et que vous aviez choisi vous-même de rester, année après année, avec les petites qui ânonnaient leurs premières lettres.

    Je me souviens très bien de cette leçon initiale où nous avons appris trois voyelles. Je me souviens de la fierté avec laquelle j'ai annoncé à mon père, le soir, que je savais lire. Je me souviens qu'il s'est moqué de moi. Connaître trois lettres, ce n'était pas savoir lire. J'étais loin du but et j'en avais honte.

    Mais ça, vous n'en avez sûrement rien su. 

    *** 

    écrit pour le Marathon d'écriture 2018

  • D comme Donc, c'est non!

    Savoir dire non, chaque fois qu'on a envie de dire non, ce n'est pas donné à tout le monde. Certains ont un mal fou à le faire, je suppose que vous en connaissez tongue-out

    Samedi dernier, j'ai fait la connaissance du champion du NON, Henri Michaux. Un homme qui, de ses 28 ans (en 1927) à sa mort en 1984, n'a quasiment rien fait d'autre que refuser tout ce qui lui était offert: les interviews, les rééditions, les prix littéraires, les représentations de ses écrits, tout ce qui pourtant fait partie de la carrière d'un auteur et lui permet de vivre de sa plume. 

    Il préférait avoir du mal à joindre les deux bouts. 

    Peut-on imaginer un auteur qui refuse d'être édité en Pléiade?
    Qui refuse un prix d'une valeur de 50 000 € alors qu'il n'a pas les moyens de faire encadrer ses œuvres picturales? 
    Qui refuse d'être l'objet d'un numéro spécial dans une revue spécialisée? 

    Jean-Luc Outers a passé de longs mois à retracer les lettres de refus de Michaux. Un travail difficile, vu que ce dernier a détruit autant que possible sa correspondance. Ironie du sort: on peut imaginer la valeur qu'ont acquise ses lettres aujourd'hui... 

    Toutes des lettres de refus, donc. Et pourtant on les lit avec plaisir. Il y a une sorte de comique de répétition mais la variation dans les formulations de refus est incroyable. Son obstination fait sourire et finit par forcer l'admiration tellement il refuse des choses incroyablement élogieuses et/ou financièrement intéressantes.  

    Michaux est un virtuose du NON. 

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    Source photo et info sur le site de Gallimard.

    Lire les premières pages ici.

    Présentation du livre, lecture d'extraits et interview avec Jean-Luc Outers ici (Passa Porta). Le lecture commence après environ 3 minutes.

  • C comme...

    Correspondance

    Le festival de la correspondance ne fait connaître son programme que le 20 juin et ce n'est que quelques jours plus tard qu'on peut commencer à réserver. Par téléphone uniquement, à moins d'habiter dans le coin et d'être en mesure de se rendre au guichet, à Grignan. On n'a pas eu l'occasion de téléphoner, pendant les heures de bureau, et même au-delà, on était au travail.

    Complet

    Par conséquent, tout est déjà complet. Il paraît même que les concerts lectures auxquels on voulait se rendre "ont été pris d'assaut" dès l'ouverture des réservations. Tant mieux pour les organisateurs, et on comprend mieux à présent pourquoi le festival peut se permettre des prix aussi élevés. Le public est là.

    Consolation

    Qu'à cela ne tienne. On a deux choses pour se consoler. D'abord, on a pris soin d'emporter le volume des Lettres choisies de la Marquise, dans l'édition de Roger Duchêne. C'est très peu pratique à lire, parce que les nombreuses notes ne se trouvent pas en bas de page, mais en fin de volume. Et c'est très incomplet, les plus fameuses ne s'y trouvent pas. Monsieur Duchêne a dû considérer que chacun les connaît déjà.

    Conversation

    Ensuite, on a la conversation de la dame du Bed&Breakfast. Où l'on apprend que la Marquise elle-même a logé dans la chambre qu'on occupe. Pas moins de deux nuits, s'il vous plaît! 

    Se non è vero, è ben trovato Cool

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     et vous, qu'en pensez-vous?
    è vero o è ben trovato? 

  • Z comme zalig

    "Un sentiment délicieux", voilà ce que donne le dictionnaire traducteur pour "een zalig gevoel".

    J'en suis bien désolée: 'délicieux' ne traduit pas le sens complet de 'zalig' ni ses connotations.

    'Zalig', c'est bienheureux, béat. Et délicieux en plus Langue tirée

    Trois mots en un pour signifier l'état dans lequel je me trouve en cette veille de vacances.

    En route ce soir pour le jardin des délices et de la béatitude bienheureuse, pas loin de Grignan et de la Marquise.

    Promis, je vous enverrai des lettres Cool

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    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_de_Rabutin-Chantal,_marquise_de_S%C3%A9vign%C3%A9#/media/File:Marquise_de_S%C3%A9vign%C3%A9.jpg

  • G comme Grignan

    Grignan, vous connaissez, probablement? Château, comte, marquise, correspondance? Madame la marquise à Paris ou en Bretagne et sa chère fille là-bas, si loin, en Provence, à laquelle elle écrit lettres et billets à peu près quotidiens?

    Et le printemps, vous savez aussi, probablement, que ça commence le 21 mars et finit le 21 juin?

    Mais pas à Grignan.

    A Grignan, cette année, le printemps s'est fait attendre. 

    Si, si.

    "Le programme sera disponible au printemps"

    Voilà ce qui s'est affiché, semaine après semaine.

    Savez-vous quand on a enfin pu le découvrir, ce programme du Festival de la Correspondance, organisé dans ce joli lieu et annoncé pour le printemps?

    Le 6 juin.

    Avouez qu'il devenait difficile de différer encore plus longuement. Surtout de la part d'une région où les rosiers fleurissent déjà à Pâques Langue tirée.

    http://www.grignan-festivalcorrespondance.com/programme.html

    ***

    Vous, je ne sais pas,
    mais moi j'aurais préféré qu'on affiche:
    "Le programme sera disponible en juin",
    ça m'aurait évité de passer du temps
    en recherches infructueuses
    en mars, avril et mai.

    ***

    Bon, sans rancune,
    je crois bien que je vais aller y faire un tour

    Cool

     

  • O comme orteil

    Chère Adrienne

    Merci de penser à moi. Il me manque une petite part de moi-même. On a dû m’amputer d’un orteil du pied gauche à cause d’une blessure mal soignée (est-ce assez bête, surtout pour un diabétique!).

    Pour le moment, je ne peux pas bouger et je m’ennuie beaucoup. Evidemment, j’ai beaucoup de temps pour lire.

    Il faudra que je retienne la leçon et que désormais je me soigne mieux.

    Le bonjour à vous tous.

    Ivan

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    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-414/

    Cher Ivan

    Il y aura donc deux aspects positifs à ce qui t’arrive: tu vas mieux prendre soin de toi et tu pourras lire toute ta bibliothèque ;-)

    J’espère que la blessure guérit bien et que bientôt tu pourras faire quelques pas… juste à temps pour le printemps qui arrive.

    Bon rétablissement!

    Adrienne

    ***

    la neige sur la peinture proposée par Lali
    s'accordait parfaitement à l'époque de cet échange de mails
    entre Madame et un collègue
    en mars dernier

    Il n'y a pas que l'Adrienne
    qui a un orteil en compote
    Clin d'œil

  • Que faire des enfants pendant les vacances?

    Chère Maman, cher Papa

    Au pays de Plonk et Replonk, on s’amuse bien, comme le dit notre chanson « Que l’été soit doux et ensoleillé, que l’on s’amuse bien ! »

    On fait un tas d'activités!
    On chasse sans chien (Sachons chasser, dit monsieur Plonk)

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    On joue à la statue (le gagnant est celui qui attire un pigeon)

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    On construit des pyramides belges (c'est avec des pommes)

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    On résout des problèmes rigolos (Monsieur et Madame Plonk ont six filles et chaque fille a un frère : combien ont-ils d’enfants ? combien de kilos de frites belges peut-on faire avec ces pommes de terre hollandaises? )

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    On cherche des araignées au plafond (ça fait beaucoup rire madame Plonk)

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    On fait des bulles

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    On joue à vache-vache (c'est trop drôle!)

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    On apprend le code de la route 

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    Mais tout de même, je voudrais bien savoir pourquoi Monsieur Plonk a une serpilière rose sur la tête?

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    Pourquoi Madame Plonk arrose les nénuphars dans l’étang ?

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    Et pourquoi, en haut du phare, il y a un casque de viking avec des skis dedans?

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    Bisous

    Adrien

    P-S: à la pétanque, c'est moi qui lance les boules le plus haut! 

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  • B comme Bonjour, facteur!

    Madame a beaucoup fait rire sa classe de 5e économie-langues modernes (1). Vraiment, ils se tordaient.

    Simplement parce que, suite à un reportage audiovisuel sur les moyens de communication moderne, elle a raconté qu'entre ses dix-huit et vingt ans, elle a passé les mois d'été à guetter le facteur et à courir à la boite aux lettres, jour après jour, dans l'attente d'un courrier de son chéri.

    Tordant, vraiment.

    ***

    Le soir, en repensant à tout ça, Madame s'est souvenue d'un poème qu'elle a appris par coeur à l'école primaire. Et que sûrement on n'apprend plus aux enfants d'aujourd'hui.

    Le facteur - Maurice Carême

    Le facteur n’a jamais de lettre
    A me remettre.
    Il rit quand je l’attends
    Sous l’auvent.
    Je tremble chaque fois
    Qu’il ouvre devant moi
    Sa sacoche a secrets.

    "Cette facture-là,
    C’est pour votre papa.
    Et la carte en couleurs,
    Avec un cœur,
    C'est pour votre grande sœur.
    Pour vous, il n'y a toujours rien,
    Mademoiselle " (2)

    Et pourtant je l’attends
    Chaque jour sous l’auvent

    ***

    (1) ce qui correspond à une classe de Première dans le système français.

    (2) ici j'ai l'impression qu'il manque quelque chose, ma mémoire me joue des tours... "Et il rit de plus belle en s'éloignant sur le chemin"? Je crois que c'est ça, ça me revient Rigolant

     prof,école,élèves,souvenir d'enfance,lettre

  • L comme lettres

    "Songez donc que jamais, vous entendez bien, jamais une femme ne brûle, ne déchire, ne détruit les lettres où on lui dit qu'elle est aimée. Toute notre vie est là, tout notre espoir, toute notre attente, tout notre rêve. Ces petits papiers, qui portent notre nom et nous caressent avec de douces choses, sont des reliques, et nous adorons les chapelles, nous autres, surtout les chapelles dont nous sommes les saintes. Nos lettres d'amour, ce sont nos titres de beauté, nos titres de grâce et de séduction, notre orgueil intime de femmes, ce sont les trésors de notre coeur. Non, non, jamais une femme ne détruit ces archives secrètes et délicieuses de sa vie."

    Maupassant, Nos lettres, première publication dans Le Gaulois du 29 février 1888
    http://maupassant.free.fr/textes/lettres.html

    Voilà un homme qui avait tout compris Langue tirée 

    En d'autres mots: je ne me suis toujours pas débarrassée de ces fameuses lettres dont j'ai déjà parlé ici (mais zou? mais zou? impossible de le retrouver) et qui ont passé plus d'un an dans ma voiture, que j'ai emportées au fin fond de la France et de l'Espagne dans le but de m'en défaire et que j'ai toujours rapportées chez moi. 

    En ce moment, je me demande si je vais leur faire franchir le seuil de la maison de tante Fé Incertain



  • Y comme Yvonne

    La dernière carte qu'Yvonne a envoyée au camp de Beverloo doit avoir été écrite les jours précédant le dimanche 26 avril 1925, date de la mort de sa belle-mère, puisqu'elle y dit ceci:

    Mon chéri

    J'espère que quand cette carte te parviendra, tu auras déjà reçu l'express qu'ils ont envoyé de l'atelier pour dire que Maman est très malade. Donc j'attends de t'envoyer une lettre en espérant qu'on te donnera ton congé. Alors réponds-moi immédiatement.

    Mille baisers de ta petite qui pense à toi à chaque minute du jour et qui t'aime tant.

    Yvonne

    yvonne,lettre,histoire

    yvonne,lettre,histoire

    ***

    Ce dimanche 26 avril 1925 décédaient d'autres femmes de tous âges, de toutes conditions et de tous pays, Lucy Gréterin, Marie-Joséphine Barbin, Margarita Caro, Joséphine Bellier de Villentroy, Marie Catherineau et la bien-nommée Filippina Delamorte.
    Merci à Geneanet Clin d'œil

    ***

    Point final le mois prochain.
    J'ai épuisé mes archives familiales
    Clin d'œil

  • Y comme Yvonne

    Quand je parle de la petite Yvonne, j'ai l'impression de ne raconter que des choses tristes.

    Le 25 mars 1934, Yvonne donne naissance à son quatrième enfant. Elle a eu deux garçons, puis deux filles.

    Douze jours plus tard, elle meurt.

    La première petite fille meurt en janvier de l'année suivante, victime d'une épidémie de fièvre. C'est en tout cas ce que mon père a cru se rappeler des explications qu'il avait reçues. Il se souvenait qu'une équipe sanitaire était venue pour désinfecter la maison après sa mort. Elle n'avait que quatre ans.

    La deuxième petite fille meurt en 1943, le jour de ses neuf ans.

    Elle était dans la même classe que ma mère qui se souvient d'être allée à son enterrement. Elle avait un problème cardiaque, une de ces petites choses qui se règlent fort bien de nos jours mais qui l'avait empêchée d'être toujours présente à l'école.

    Voici sa première lettre de nouvel an et fort probablement aussi sa dernière, vu ses nombreuses absences scolaires durant l'année 1942-43. Elle est datée du premier janvier 1942:

    yvonne,lettre

    yvonne,lettre

    Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la tradition de la lettre de nouvel an dans nos contrées, j'en parlais ici http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2009/01/01/le-premier-janvier-on-lit-sa-lettre-de-nouvel-an.html à une époque où personne ne me lisait Clin d'œil

    ***

    Ce même premier janvier 1942, des personnalités autrement plus importantes que la petite J*** mettaient également leur nom au bas d'un document, La Déclaration des Nations Unies.
    http://www.un.org/fr/aboutun/history/declaration.shtml

    ***

    Le mois prochain, pas de 29, donc rendez-vous en mars pour une dernière carte d'Yvonne.
    Après, on passera à autre chose, j'ai épuisé le sujet Langue tirée

  • Y comme Yvonne

    Voilà une semaine entière qu'Yvonne et son petit mari sont séparés et qu'il décompte les jours. Cette lettre est datée du jeudi 23 avril 1925:

    Ma très chère femme

    Je t'écris encore quelques mots pour te dire comment je vais.

    J'étais très content de la lettre que j'ai reçue de toi et dans laquelle j'ai vu que tu es allée au cinéma. Et bien, ma chérie, si tu ne t'y es pas amusée, n'y va plus, parce que deux dimanches, ce sera vite passé et peut-être seulement un parce qu'il est question ici qu'on puisse rentrer le 2 mai et ainsi nous serons réunis encore plus vite et pour toujours. (1)

    Ma chère petite femme, comment va maman? Est-elle encore malade? Et Zulma? Et comment vont belle-maman et M*** et S***? (2) Est-ce que M*** s'entend bien avec Gilbert? N'oublie pas de lui tenir son café au chaud à neuf heures et à quatre heures. (3)

    Je vais terminer ici, ma chérie, dans l'attente d'une petite réponse de toi.

    Je t'envoie aussi quelques jolies cartes en souvenir.

    Ton chéri qui pense à toi et qui ne t'oubliera jamais.

    Mille baisers à ma petite Yvonne

    ***

    (1) Chaque fois que je lis dans ses lettres le mot "toujours" je suis émue en pensant qu'à peine huit ans plus tard, sa petite Yvonne mourrait.
    (2) Yvonne était l'aînée, sa soeur M*** avait un an de moins qu'elle et S*** était la cadette, celle qui grâce au travail de ses soeurs a pu poursuivre ses études. Yvonne et M*** ont dû arrêter l'école à la mort de leur père. Elles avaient 15 et 14 ans. Du même coup, Yvonne a dû arrêter aussi le piano.
    (3) Ici, avec cette histoire de café, un auteur d'aujourd'hui mettrait un smiley en forme de clin d'oeil.
    M*** avait un fiancé mais elle ne l'a pas épousé. Quelques années après la mort d'Yvonne, c'est elle qui est devenue la seconde épouse de mon grand-père.

    yvonne,lettre

    ***

    Ce même jeudi 23 avril 1925, "Abd-el Krim porte la guerre du Rif jusqu'au Maroc français."
    "Dès le début du siècle, les populations berbères des montagnes du Rif menèrent une opposition farouche à la pénétration européenne. Les Espagnols, qui occupaient alors le nord du Maroc, furent battus à Anoual en 1921. Le chef des insurgés, Abd-el Krim, décida ensuite de poursuivre ses raids dans les régions contrôlées par les Français. Ceux-ci ripostèrent par une opération militaire conjointe franco-espagnole à laquelle participèrent Noguès et Franco. Le premier devait être un homme-clé du régime de Vichy en Afrique du Nord. Le second entra dans l'Histoire sous le surnom de «nabot sanglant». Quant à Abd-el Krim, il capitula en 1926. Déporté à la Réunion, il s'échappa et se réfugia au Caire. Il mourut dans la capitale égyptienne en 1963"
    Je cite le journal Le Soir du 23 avril 1997 http://archives.lesoir.be/d-ici-a-l-an-2000_t-19970423-Z0DM2E.html

    ***

    Le mois prochain, nous serons en janvier, donc nous lirons une lettre de nouvel an.

     

  • L comme lettre

    À Rome, le 10 décembre 1621

    Monseigneur ;

    Ni dans les déserts de l'Afrique, ni dans les abîmes de la mer, il n'y eut jamais un si furieux monstre que la sciatique ; et si les tyrans, dont la mémoire nous est odieuse, avaient eu de tels instruments de leur cruauté, c'eût été la sciatique que les martyrs eussent endurée pour la religion et non pas le feu et les morsures des bêtes. À chaque pointe qu'elle donne, elle porte un pauvre malade jusque sur les bornes de l'autre monde, et lui fait toucher sensiblement les extrémités de sa vie. Et certes, pour la supporter longtemps, il faudrait une plus grande vertu que la patience et d'autres forces que celles des hommes. À la fin, Dieu m'a envoyé quelque relâche, après avoir essayé une infinité de remèdes, dont les uns aigrissaient mon mal et les autres ne le soulageaient pas. Maintenant que la violence de la douleur cesse, je commence à jouir de ce repos que la lassitude et la faiblesse apportent aux corps qui ont été travaillés ; et quoi que je sois en un état de santé beaucoup moins parfait que ne sont ceux qui se portent bien, toutefois le mesurant par la proximité du mal que j'ai eu et la comparaison des peines que j'ai souffertes, je me loue bien fort de ma fortune présente, et je ne suis pas si hardi que j'ose encore me plaindre de la grande débilité qui m'est demeurée. Il est vrai pourtant que je n'ai plus de jambes que par bienséance et que, si je voulais entreprendre de cheminer, j'aurais autant de peine d'aller d'un bout de ma chambre à l'autre que s'il fallait passer des montagnes et traverser des rivières par les chemins. Mais avec cela je vous dirai une chose de laquelle vous vous étonneriez, si je vous avais rien dit, c'est qu'en cet état-là, qui vous fera pitié de quatre cents lieues, je suis d'un côté devenu si vaillant que je ne fuirais pas si j'étais poursuivi d'une armée et de l'autre si glorieux que, quand le pape me viendrait voir, je ne l'irais pas conduire jusqu'à la porte. Voilà l'avantage que je tire de mes mauvaises jambes et les remèdes qui naissent en mon lit dont je tâche de me soulager sans le secours de la médecine.

    Lettre de Jean-Louis Guez de Balzac au cardinal de la Vallette

    ***

    En voilà un qui sait de quoi il parle!

    Bonne santé à vous tous Sourire

  • Y comme Yvonne

    La photo est datée du dimanche 19 avril 1925: Souvenir du Camp de Beverloo, ont-ils écrit à la craie sur une cantine militaire. Puis la date, 19-4-1925. C'est bien pour la postérité, surtout si elle a l'âme d'une archiviste Clin d'œil.

    yvonne,lettre,photo

    Mon grand-père est à gauche sur la photo. Les quatre autres jeunes gens sont des amis de sa ville. Mon père les connaissait tous par leur nom. Le Michel dont il est question dans la lettre du 19 avril (que j'ai publiée ici en septembre) est tout à fait à droite. Il y a aussi deux Gaston et au milieu d'eux, un Edmond Clin d'œil

    ***

    Pendant ce temps-là naissait Jacques Lippe, qui ne manquerait pas de se faire photographier lui non plus, comme on peut le voir ici dans le rôle de monsieur Beulemans (merci à Jeannine du blog http://jardin-du-bonheur.skynetblogs.be/archive/2009/06/20/jacques-lippe.html)

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    ***

    Le mois prochain, une lettre pour Yvonne.

  • Y comme Yvonne

    Yvonne est impatiente de recevoir la photo annoncée:

    Mon chéri,

    Je suis dans l'attente de ton portrait, j'ai attendu le facteur mais je n'ai rien vu, j'espère pour demain.

    Papa vient de rentrer de l'hôpital, il n'était pas content, maman était dans son lit.

    Je t'écrirai encore une lettre.

    Mille baisers de ta chère Yvonne

    yvonne,lettre

    yvonne,lettre

    La santé de la maman déclinait si rapidement qu'elle est décédée le dimanche suivant.

    ***

    Ces jours-là, Quimper vivait les derniers moments d'une longue grève dans les faïenceries: elle s'arrêterait le 22 avril 1925. Les 350 ouvriers reprennent le chemin des usines après avoir obtenu une légère augmentation de salaire et une journée de travail qui passe de dix à neuf heures.

    ***

    Le mois prochain, une des photos prises à Beverloo.

  • Y comme Yvonne

    Yvonne voulait savoir comment se passait la vie au camp de Beverloo, alors voici ce que mon grand-père lui raconte le 19 avril 1925:

    Ma très chère femme

    Je t'écris ces quelques lignes au sujet du dimanche que je viens de passer ici. mais qu'est-ce que je serai heureux quand nous serons de nouveau réunis parce que le dimanche ici dans cette brousse est particulièrement triste.

    Ce matin j'ai lavé un peu de linge sale et après Michel est venu près de moi et nous nous sommes fait photographier ensemble devant notre chambrée. Ce sera un beau souvenir.

    A midi nous sommes allés manger à la cantine, puis nous avons bu un verre, puis nous nous sommes promenés dans le camp pour trouver d'autres *** (1). Et maintenant je suis dans ma chambre, il est sept heures du soir et quand j'aurai terminé ma lettre j'irai me coucher parce que c'est encore ainsi que le temps passe le plus vite.

    Alors ma chère femme, encore deux dimanches et je serai auprès de ma chère femme dont je me languis depuis si longtemps.

    Les photos seront prêtes mardi et je t'en enverrai tout de suite une.

    Je vais terminer ici et te souhaiter une bonne nuit et à moi aussi

    Beaucoup de baisers de ton petit bonhomme bien-aimé comme tu disais toujours.

    Bon courage, encore deux semaines.

    J'oublierais presque de dire combien j'étais heureux de ta lettre et de ta carte mais je suis très triste que maman soit malade. (2)

    Celui qui ne t'oublie pas

    X***

    yvonne,lettre

    (1) ici il marque le nom des habitants de sa ville Clin d'œil
    (2) preuve que le courrier était reçu de part et d'autre en une seule journée, même le samedi!

    ***

    Ce jour-là, alors que mon grand-père passait un triste dimanche loin de sa petite Yvonne, Hergé était tout heureux de voir son premier comic strip publié dans un journal, Le blé qui lève. Il aurait 18 ans le 22 mai.

    ***
    Le mois prochain, la réaction d'Yvonne à l'annonce des photos.

  • Y comme Yvonne

    Voici le genre de carte illustrée que les conscrits et autres appelés (ou rappelés, comme mon grand-père) pouvaient acheter au camp de Beverloo pour envoyer à leur épouse ou fiancée:

    yvonne,lettre

    Tout y est: le jeune homme en uniforme de l'armée belge, sa dulcinée, tous deux entourés d'un coeur et de branches fleuries, et en bas le heimat où on retrouvera sa bien-aimée...

    Ce n'est pas très approprié comme paysage quand on sait qu'Yvonne et mon grand-père étaient des enfants de la ville, mais soit, c'est tout de même celle-là que le petit mari d'Yvonne lui a choisie Clin d'œil

    ***

    Au moment où nos deux amoureux s'envoient des cartes kitchissimes, les surréalistes belges correspondent également: http://homepage.mac.com/emmapeel/correspondance/index.html. Voyez par exemple le tract de Paul Nougé paru le 20 avril 1925: http://homepage.mac.com/emmapeel/correspondance/16rouge.html. Bien que j'aie beaucoup d'admiration pour Marcel Mariën et consorts, je ne crois pas que j'échangerais une carte de mon grand-père contre une des leurs Langue tirée

    ***

    Le mois prochain, la réponse à la carte d'Yvonne du vendredi 17 avril, preuve que le courrier était acheminé à destination en un seul jour.

  • Lettres d'une mère à sa fille

    Ma mignonne chérie, j'ai bien lu ta lettre. J'espère que tu m'écriras aussi souvent que ton frère, puisque tu sais écrire de manière à te faire comprendre. Je t'enverrai tout ce que tu m'as demandé; je te prie d'être bien sage, d'écouter ton petit frère, et d'être sûre qu'il t'aime autant que je t'aime, et que quand il te défend une chose, c'est pour ton bien. Je serai bientôt près de vous, et nous ferons les vendanges ensemble. Adieu, mon gros pigeon, je t'embrasse un million de fois.

    Lettre de George Sand à sa fille Solange (7 ans) en 1835. En 1836, elle obtiendra la séparation d'avec son mari et récupérera Nohant.

    Tu m'écris une petite lettre passablement bête. Je ne crois pas à ce grand ennui qui t'accable, et dont tu ne penses pas un mot. C'est un genre de pensionnaire, que je connais. A mon couvent, on disait de même; et, quand je sortais, je m'ennuyais encore plus de ne rien faire. D'ailleurs, comme on peut toujours échapper à l'ennui en travaillant, je te conseille de te désennuyer toi-même. Pour moi, cela ne m'attendrit pas; et, comme les personnes ennuyées sont toujours ennuyeuses, quand tu voudras que j'aille te voir, tu feras bien de ne pas user de ce moyen-là. [...] Je ne peux pas te donner un trousseau assez considérable pour satisfaire tes goûts d'élégance. Tu auras la bonté de te contenter de changer comme les autres deux fois par semaine. Quand tu auras perdu ta coquetterie, je te laisserai faire comme tu voudras. Mais maintenant tu en abuserais, et tu deviendrais dix fois plus absurde que tu n'es, en fait de toilette, ce qui ne serait pas peu dire. Là-dessus, j'ai bien l'honneur de te saluer. Si tu ne sors pas dimanche, j'irai te voir; mais j'espère bien que tu ne te mettras pas dans ce cas-là, et que j'aurai le plaisir de t'embrasser à la maison. Bonjour, ma grosse. Tâche de ne pas te casser la mâchoire à force de bâiller, de ne pas perdre l'appétit et le sommeil à force de t'ennuyer. Jusqu'à présent ta figure ne me donne pas beaucoup d'inquiétude. Ton frère t'embrasse, et Pistolet te donne la patte.

    Lettre du 14 mai 1841. Solange a donc 13 ans.

    Qu'en pensez-vous?

    Je la trouve très dure. Mais ces deux lettres sont un bel exemple de leur "relation en dents de scie", il me semble...


  • Y comme Yvonne

    Mon cher amour

    Je t'écris encore cette petite carte parce que demain c'est samedi (1) et que je n'aurai pas beaucoup de temps.
    Papa vient de rentrer et il dit que maman est un peu malade. (2)

    Mon amour écris-moi quelques mots sur ta vie dans le camp.

    Doux baisers de ta petite Yvonne

    N'oublie pas de m'envoyer des cartes du camp.

    yvonne,lettre

    (1) on peut donc en conclure que cette carte a été écrite le vendredi 17 avril 1925
    (2) Yvonne parle ici de ses beaux-parents. Son propre père était décédé quand elle avait 15 ans.

    yvonne,lettre

    On peut voir qu'elle avait d'abord écrit "ziek" (malade) puis qu'elle l'a barré et réécrit "een weinig ziek" (un peu malade) pour ne pas trop alarmer son mari. Pourtant c'était alarmant, la maman est décédée peu après, le 26 avril, ce qui a permis à mon grand-père de rentrer un peu plus tôt de son camp de Beverloo, afin d'assister à l'enterrement de sa mère.

    ***

    Et pendant que la petite Yvonne était fort occupée, le lendemain samedi 18 avril, l'Eglise de son côté l'était tout autant: en vue de la béatification de Bernadette Soubirous, son corps était exhumé une troisième fois pour y prélever quelques "reliques" avant de l'exposer dans un cercueil de verre.

    ***

    Le mois prochain, une carte illustrée pour faire plaisir à Yvonne, qui le lui a demandé Clin d'œil

  • L comme Lettre

    Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu'ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l'art et de l'histoire française menacés, contre l'érection, en plein cœur de notre capitale, de l'inutile et monstrueuse tour Eiffel que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d'esprit de justice a déjà baptisée du nom de Tour de Babel.
    Sans tomber dans l'exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au dessus de ses rues, de ses boulevards élargis le long de ses quais admirables, au milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre humain ait enfantés.
    L'âme de la France, créatrice de chefs-d'œuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L'Italie, l'Allemagne, les Flandres, si fières, à juste titre, de leurs héritages artistiques, ne possèdent rien qui soit comparable, aux nôtres et, de tous les coins de l'univers, Paris s'attire la curiosité et l'admiration.
    Allons-nous donc laisser profaner tout cela ?
    La ville de Paris va-t-elle donc s'associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d'un constructeur de machines, pour s'enlaidir irréparablement et se déshonorer ?
    Car la tour Eiffel, dont la commerciale Amérique ne voudrait pas c'est, n'en doutez pas, le déshonneur de Paris ! Chacun le sait, chacun le dit, chacun s'en afflige profondément, et nous ne sommes qu'un faible écho de l'opinion universelle et légitimement alarmée.
    Enfin, lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s'écrieront étonnés : " Quoi ! C'est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si vanté ? " Ils auraient raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Puget de Rude de Barye, etc. sera devenu le Paris de M. Eiffel.
    II suffit d'ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu'une noire et gigantesque cheminée d'usine, écrasant de sa masse barbare : Notre-Dame la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l'Arc de triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s'allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, comme une tache d'encre, l'ombre odieuse de l'odieuse colonne de tôle boulonnée.
    C'est à vous qui aimez tant Paris, qui l'avez tant embelli, qui l'avez tant de fois protégé contre les dévastations administratives et le vandalisme des entreprises industrielles, qu'appartient l'honneur de le défendre une fois de plus.
    Nous nous remettons à vous du soin de plaider la cause de Paris, sachant que vous y dépenserez toute l'énergie, toute l'éloquence que doit inspirer à un artiste tel que vous l'amour de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est juste... Et si notre cri d'alarme n'est pas entendu, si nos raisons ne sont pas écoutées, si Paris s'obstine dans l'idée de déshonorer Paris, nous aurons du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore.

    Lettre ouverte adressée à Monsieur Alphand, Directeur général des travaux de l’exposition, signée par Victorien Sardou, Alexandre Dumas, François Coppée, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, Sully Prudhomme, etc., publiée dans "  Le Temps " le 4 février 1887.

    ***

    Il me semble que je ne pouvais rien trouver de plus approprié en ce 14 juillet, d'autant plus que le week-end prochain, je serai à Paris Cool

  • Y comme Yvonne

    Le 17 avril 1925, Aristide Briand redevient ministre des Affraires Étrangères et mon grand-père écrit à sa petite Yvonne depuis son camp de Beverloo. Mais il n'y a pour le reste aucun rapport entre les deux événements Langue tirée

    Ma bien-aimée

    Je t'envoie très vite encore quelques lignes pour te faire savoir que je commence déjà à m'habituer ici. C'est-à-dire que ça va déjà un peu mieux. (1) Mais vivement que ce soit fini et que nous en soyons débarrassés pour toujours.

    Comme je te l'ai écrit, je suis caporal et c'est "carottier" (2) parce que je n'ai pas de corvées à faire.

    Je ne sais pas encore quel goût aura la soupe mais ça a l'air dégueulasse. (3)

    Comme caporal du premier bataillon des signaleurs, je dois aller avec mes hommes sur la place pour leur faire installer le téléphone et c'est ce que j'ai fait.

    Tu vois, ma bien-aimée, que ma situation n'est pas trop mauvaise, mais ça n'empêche, ce n'est pas être avec toi, ma chère Ivonne.

    Enfin, je suis parmi les plus heureux qui soient, et comme dit le proverbe, "God schept de dag en wij gaan erdoor" (4), parce que de toute façon, il n'y a rien d'autre à faire et on doit toujours s'accommoder des circonstances dans lesquelles on se trouve.

    J'avais dit que j'enverrais une carte à la famille mais je n'en ai pas encore eu le temps jusqu'à présent, vu que si j'en envoie une à quelqu'un, il faut que j'en envoie à tous, donc j'attends d'avoir assez de temps devant moi pour le faire. D'ailleurs, comme tu l'auras vu à mon écriture, je dois vraiment me dépêcher pour t'écrire, mais crois-moi, dès que j'ai une minute, je t'écris, parce que c'est ce qu'il y a de plus important.

    Je vais terminer ici en attendant un (?) (5)

    encore une bonne quinzaine de jours

    ton mari qui t'aime

    X***

    mille baisers de loin et bientôt de près

     

    (1) belle faculté d'adaptation ou tentative de rassurer (à demi) sa bien-aimée: il est arrivé la veille!
    (2) mon grand-père a écrit "dat is een goed karot" (littéralement: c'est une bonne carotte) parce qu'en flamand, un "karottentrekker" désigne celui qui est assez malin pour échapper au travail, aux corvées, à tout ce qui est pénible
    (3) il écrit pendant la pause du repas de midi
    (4) proverbe purement flamand, au sens littéral de "Dieu crée le jour et nous le traversons"; on l'utilise pour inciter à une sagesse un peu fataliste: ne nous faisons pas inutilement des soucis et vivons un jour à la fois
    (5) mot incompréhensible pour moi, peut-être un code amoureux Langue tirée

    ***

    lettre,yvonne

    Le mois prochain, une autre carte d'Yvonne?

  • L comme Lettre à Lou

    QUATRE jours mon amour pas de lettre de toi           
    Le jour n’existe plus le soleil s’est noyé
    La caserne est changée en maison de l’effroi
    Et je suis triste ainsi qu’un cheval convoyé

    Que t’est-il arrivé souffres-tu ma chérie             
    Pleures-tu Tu m’avais bien promis de m’écrire
    Lance ta lettre obus de ton artillerie
    Qui doit me redonner la vie et le sourire

    Huit fois déjà le vaguemestre a répondu
    "Pas de lettres pour vous" Et j’ai presque pleuré
    Et je cherche au quartier ce joli chien perdu
    Que nous vîmes ensemble ô mon cœur adoré

    En souvenir de toi longtemps je le caresse
    Je crois qu’il se souvient du jour où nous le vîmes
    Car il me lèche et me regarde avec tendresse
    Et c’est le seul ami que je connaisse à Nîmes

    Sans nouvelles de toi je suis désespéré
    Que fais-tu Je voudrais une lettre demain
    Le jour s’est assombri qu’il devienne doré
    Et tristement ma Lou je te baise la main

    Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou,1915

    ***

    Où l'on voit qu'il n'y a pas que la Marquise qui se plaigne de ne pas recevoir de lettres de sa "chère bonne" aussi souvent qu'elle le voudrait Clin d'œil

  • Y comme Yvonne

    Toutes les lettres qu'Yvonne a envoyées au camp de Beverloo sont perdues, malheureusement. De cette nombreuse correspondance, il ne reste que quelques cartes illustrées.

    Comme celle-ci, par exemple:

    005 - kopie april 1925.JPG

    avec ces quatre vers de Lamartine où amour rime avec toujours...
    "Je pense à toi", lui écrit-elle au verso.

    ***

    rendez-vous le mois prochain, pour la deuxième lettre de son petit caporal?
    Clin d'œil

  • L comme lettre

    Ferney, le 27 mars 1762

    Vous me demanderez peut-être, mes divins anges, pourquoi je m'intéresse si fort à ce Calas, qu'on a roué ; c'est que je suis homme, c'est que je vois tous les étrangers indignés, c'est que vos officiers suisses protestants disent qu'ils ne combattront pas de grand cœur pour une nation qui fait rouer leurs frères sans aucune preuve.

    Je me suis trompé sur le nombre des juges, dans ma lettre à Monsieur de la Marche. Ils étaient treize, cinq ont constamment déclaré Calas innocent. S'il avait eu une voix de plus en sa faveur, il était absous. À quoi tient donc la vie des hommes ? À quoi tiennent les plus horribles supplices ? Quoi parce qu'il ne s'est pas trouvé un sixième juge raisonnable, on aura fait rouer un père de famille ! On l'aura accusé d'avoir pendu son propre fils, tandis que ses quatre autres enfants crient qu'il était le meilleur des pères ! Le témoignage de la conscience de cet infortuné ne prévaut-il pas sur l'illusion de huit juges, animés par une confrérie de pénitents blancs, qui a soulevé les esprits de Toulouse contre un calviniste ? Ce pauvre homme criait sur la roue qu'il était innocent ; il pardonnait à ses juges ; il pleurait son fils auquel on prétendait qu'il avait donné la mort. Un dominicain, qui l'assistait d'office sur l'échafaud, dit qu'il voudrait mourir aussi saintement qu'il est mort. Il ne m'appartient pas de condamner le Parlement de Toulouse ; mais enfin il n'y a eu aucun témoin oculaire ; le fanatisme du peuple a pu passer jusqu'à des juges prévenus. Plusieurs d'entre eux étaient pénitents blancs ; ils peuvent s'être trompés. N'est-il pas de la justice du roi et de sa prudence de se faire au moins représenter les motifs de l'arrêt ? Cette seule démarche consolerait tous les protestants de l'Europe et apaiserait leurs clameurs. Avons-nous besoin de nous rendre odieux ? Ne pourriez-vous pas engager Monsieur le comte de Choiseul à s'informer de cette horrible aventure qui déshonore la nature humaine, soit que Calas soit coupable, soit qu'il soit innocent ? Il y a certainement, d'un côté ou d'un autre, un fanatisme horrible ; et il est utile d'approfondir la vérité.

    Mille tendres respects à mes anges.

    Lettre de Voltaire au comte et à la comtesse d'Argental

  • Y vomme Yvonne

    Beverloo, le 16 avril 1925

    Ma bien-aimée,

    Je me dépêche de t'envoyer ces quelques lignes pour te dire que je suis bien arrivé, que je me porte bien, et j'espère que toi aussi tu vas bien.
    Nous sommes arrivés à T*** à neuf heures du matin et nous en sommes repartis à huit heures du soir pour aller à Beverloo, où nous sommes arrivés à cinq heures ce matin.
    Il fait froid.
    Je n'ai pas d'autres nouvelles, ma chère petite femme, sinon que je suis caporal.
    Garde le courage comme moi et tout ça sera vite passé et nous serons réunis pour toujours.

    Ton mari qui t'est tout dévoué

    ***

    Voici mon adresse:
    3e chasseurs à pied, 1er bat. 2e comp.
    Camp de Beverloo

    Je t'envoie mille et mille baisers de loin

    ivonne - kopie.JPG

    Yvonne était mariée depuis un an et était enceinte de son premier bébé quand mon grand-père le chapelier a été rappelé sous les drapeaux et obligé de passer quelques semaines au camp de Beverloo. Ils s'écrivaient une lettre par jour et s'envoyaient des cartes postales avec des mots d'amour...
    Je crois qu'avec cette première lettre, je vais commencer une série: on continue le mois prochain avec une carte d'Yvonne ?

    ***

    Et ce jour-là ailleurs dans le monde, des terroristes étaient au travail: le jeudi 16 avril 1925, à l'heure où mon grand-père écrit cette lettre, le dôme de la cathédrale de Sofia explose et retombe sur la foule venue à l'enterrement d'un général assassiné par les bolcheviks lors d'un autre attentat deux jours avant. Ils faisaient ainsi coup double. Dans la cathédrale, il y eut environ cent cinquante morts et 500 blessés, mais pas le roi Boris III, la cible principale, vu qu'il est arrivé en retard à la cérémonie.

  • Question existentielle

    Bonjour madame,

    c'est peut-être une question un peu bizarre, mais je voudrais savoir si c'est un devoir qu'on va utiliser dans la classe, comme lire en haut ou je ne sais pas, parce que je veux écrire quelque chose près de mon coeur et je ne suis pas sûre que je veux que tout le monde sait tout.

    Voilà livré tel quel le premier paragraphe d'un message reçu vendredi dernier d'une de mes élèves de 5e (la Première, en France).

    Je veux écrire quelque chose près de mon coeur... (1)

    C'est bien joli, n'est-ce pas? Vivement lundi et la rentrée, me suis-je dit Cool

    En même temps, ça nous rappelle la question numéro un de tout écrivant: pourquoi est-ce que j'écris? donc qu'est-ce que je choisis d'écrire? et dans quelle mesure vais-je me dévoiler?

    Puis quand elle ajoute:

    Je ne suis pas sûre que je veux que tout le monde sait tout... (2)

    apparaît la deuxième question, tout aussi inévitable que la première: pour qui est-ce que j'écris? puis-je sélectionner mes lecteurs?

    ***

    On est bien sérieux quand on a 17 ans... parfois Clin d'œil

    http://www.youtube.com/watch?v=Ddp1eujPLd8
    Julien chante Arthur

    ***

    (1) j'espère que vous lui pardonnerez cette tournure "peu française" et que vous l'aurez comprise. En néerlandais, nous avons l'expression 'het ligt mij nauw aan het hart', littéralement 'c'est très près de mon coeur', expression qui signifie 'cela m'est très cher' ou 'j'y tiens beaucoup'; elle veut dire qu'elle a envie d'écrire quelque chose d'un peu intime. http://taaladvies.net/taal/advies/vraag/1069/

    (2) j'espère que vous lui pardonnerez aussi l'absence du subjonctif, dont nous ne parlerons 'à fond' que l'an prochain

     

  • Lettre de Gargantua à son fils Pantagruel

    [...] Que diray je? Les femmes et les filles ont aspiré à ceste louange et manne céleste de bonne doctrine. Tant y a que en l'eage où je suis, j'ay esté contrainct de apprendre les lettres Grecques, lesquelles je n'avoys contemné (1) comme Caton (2), mais je n'avoys eu loysir de comprendre en mon jeune eage. Et voluntiers me délecte à lire les Moraulx de Plutarche, les beaulx Dialogues de Platon, les Monumens de Pausanias et Antiquitez de Atheneus, attendant l'heure qu'il plaira à Dieu, mon créateur me appeller, et commander yssir de ceste terre.

    Parquoy (3), mon filz, je te admoneste que employe ta jeunesse à bien profiter en estudes et en vertus. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistémon, dont l'un par vives et vocables instructions (4), l'aultre par louables exemples, te peut endoctriner. J'entens et veulx que tu aprenes les langues parfaictement: premierement la Grecque, comme le veult Quintilian, secondement, la Latine, et puis l'Hébraïcque pour les sainctes lettres, et la Chaldaïcque et Arabicque pareillement; et que tu formes ton stille, quand à la grecque, à l'imitation de Platon; quand à la Latine, de Cicéron. Qu'il n'y ait hystoire que tu ne tienne en mémoire présente, à quoy te aydera la Cosmographie (5) de ceulx qui en ont escript.

    Des ars libéraux, Géométrie, Arisméticque et Musicque, je t'en donnay quelque goust quand tu estoys encores petit, en l'eage de cinq à six ans; poursuys la reste, et de Astronomie saiche en tous les canons; laisse moy l'Astrologie divinatrice, et l'art de Lullius, comme abuz et vanitez (6).
    Du droit civil, je veulx que tu saiche par cueur les beaulx textes, et me les confère avecques philosophie.

    Et quand à la congnoissance des faictz de nature, je veulx que tu te y adonne curieusement : qu'il n'y ayt mer, rivière, ny fontaine, dont tu ne congnoisse les poissons; tous les oyseaulx de l'air, tous les arbres, arbustes et fructices (7) des forestz, toutes les herbes de la terre, tous les métaulx cachez au ventre des abysmes, les pierreries de tout Orient et Midy, rien ne te soit incongneu.

    Puis songneusement revisite les livres des médicins Grecz, Arabes et Latins, sans contemner (1) les Thalmudistes et Cabalistes, et, par fréquentes anatomies, acquiers toy parfaicte congnoissance de l'aultre monde, qui est l'homme. Et, par lesquelles heures du jour, commence à visiter les sainctes lettres, premièrement, en Grec le Nouveau Testament et Epistres des Apostres, et puis, en Hébrieu, le Vieux Testament.

    Somme, que je voy un abysme de science. Car, doresnavant que tu deviens homme et te fais grand, il te fauldra yssir de cette tranquillité et repos d'estude, et apprendre la chevalerie et les armes, pour défendre ma maison, et nos amys secourir en tous leurs affaires (8), contre les assaulx des malfaisans. Et veulx que, de brief (9), tu essaye combien tu as proffité, ce que tu ne pourras mieulx faire, que tenent conclusions (10) en tout sçavoir, publiquement, envers tous et contre tous, et hantant les gens lettrez qui sont tant à Paris comme ailleurs.

    Mais parce que, selon le saige Salomon, Sapience n'entre poinct en âme malivole (11) et science sans conscience n'est que ruine de l'âme (12), il te convient servir, aymer et craindre Dieu, et en luy mettre toutes tes pensées et tout ton espoir; et, par foy formée de charité, estre à luy adjoinct, en sorte que jamais n'en soys desamparé par péché. Aye suspectz les abus du monde; ne mets ton cueur à vanité (13): car ceste vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Soys serviable à tous tes prochains et les ayme comme toy mesmes. Révère tes précepteurs, fuis les compaignies des gens esquelz tu ne veulx point resembler, et, les grâces que Dieu te a données, icelles ne reçoipz en vain. Et quand tu congnoistras que auras tout le sçavoir de par delà acquis, retourne vers moy, affin que je te voye et donne ma bénédiction devant que mourir.

    Mon filz, la paix et grâce de Nostre Seigneur soit avecques toy. Amen.

    De Utopie, ce dix septiesme jour du moys de mars,

    Ton père,

    Gargantua.

    François Rabelais, Pantagruel, Folio 387

    (1) méprisé
    (2) Caton l'Ancien, adversaire de l'hellénisme, a appris le grec à l'âge de 80 ans
    (3) c'est pourquoi
    (4) instructions orales
    (5) géographie
    (6) refus du statut de vraie science à l'astrologie et à l'alchimie
    (7) buissons
    (8) embarras, difficultés
    (9) bientôt
    (10) soutenant des thèses
    (11) âme qui veut le mal
    (12) selon mon édition, cet adage était déjà courant chez les scolastiques, avant Rabelais
    (13) ne t'applique pas à des choses vaines

    ***

    J'aime beaucoup cette lettre - dont je vous ai retranscrit ici la seconde moité - parce qu'elle résume de belle façon les principes de l'humanisme et qu'il m'aurait bien plu, à moi aussi, de suivre textuellement tous ces apprentissages - peut-être avec la dissection de cadavres en moins Clin d'œil

  • L comme Lettre à Henriette

    Chère Henriette

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas et que j'aimerais que tu m'expliques.

    Dans chacune de mes lettres, je te suggère de mettre un mot de ta main lorsque tu me réponds. Chaque fois je t'assure que même un mot en adja me ferait plaisir et que je suis prête à apprendre tous les mots que tu me diras.

    Il se peut que tu ne saches pas quoi me dire - j'ai des élèves qui eux aussi manquent parfois d'inspiration, à ce qu'ils me disent Clin d'œil - mais dans ce cas ne pourrais-tu pas au moins signer toi-même ces quelques phrases que tes traducteurs attitrés me font parvenir?

    Je pensais que depuis le temps qu'on me dit que tu vas à l'école - plus de deux ans déjà! - tu devais avoir appris à écrire ton nom. Je sais que tu parles l'adja et que sans doute on ne t'apprendra le français que dans quelques années. Donc je comprends qu'on ait encore besoin des services de Nestor, Josué et Théodore. Mais pas pour noter ton joli prénom au bas de la page, il me semble? Tu as vu que Josué a écrit "Anriette"?

    Chère Henriette, il faut que je te dise une dernière chose: je suis découragée. Que veux-tu que je fasse d'une phrase comme "Salue les parents et amis de Belgique" ou "Bien des choses à toi et la famille"? Est-ainsi que parle une petite fille de dix ans? Pourquoi ne réponds-tu pas à mes questions sur ta vie, sur ton école?

    J'aimerais tellement comprendre et savoir ce qui se passe vraiment là-bas, dans ton village au coeur du Bénin...

    Je t'embrasse et je continue d'espérer qu'un jour nous arriverons à un véritable échange Bisou

     

    ***

    J'ai commencé, donc je continue...
    Mais le moins que je puisse dire
    c'est que mes échanges avec Plan International
    ne se situent pas au niveau optimal...
    Si j'en parle ouvertement aujourd'hui
    c'est dans l'espoir de recevoir des commentaires qui m'aideront...

     

  • L comme lettre

    C'est tout à fait par hasard que j'ai découvert un autre blog de "défis d'écriture" et le thème de la semaine m'a tout de suite inspirée Clin d'œil. Il s’agissait d’écrire une lettre (ou un mail) qui commençait par ces mots :

    Il est minuit. Cette journée m’a épuisé(e).

    Et se terminait ainsi :

    Je vous embrasse de la façon indécente qui, je m’en souviens, vous plait. 

    Ces deux phrases viennent d'ailleurs d'un livre de Jacqueline Harpman (hé oui, comme on se retrouve!) mais celui-ci je ne l'ai pas lu: Le passage des éphémères. On pouvait se mettre dans la peau de qui on voulait et écrire à qui on le souhaitait. Ce qui fut fait en deux temps trois mouvements Langue tirée

    ***

    Cher André

    Il est minuit. Cette journée m’a épuisée. J’ai bien cru que je n’arriverais pas au bout. Mais voilà, tout s’est bien passé, finalement. Baptiste a eu un bel enterrement, tout le village a défilé et j’ai bien joué mon rôle de veuve éplorée… Ça, j’en suis sûre, je l’ai bien senti à certains regards.

    J’ai été contente de t’y voir, toi aussi. Ainsi, personne ne s’étonnera si tu viens me faire une petite visite de temps en temps. Mais ne viens pas le mardi, c’est le jour de Cécile ! Elle est d’ailleurs encore restée toute l’après-midi sous prétexte de ne pas me laisser seule en un pareil jour et patati et patata… Enfin, tu la connais ! C’est surtout avec elle qu’il faudra se montrer prudent, vu qu’elle est toujours à fourrer son nez dans les affaires des autres et à colporter tous les ragots. Tu te souviendras que pour Baptiste, c’est par elle que j’ai su qu’il fricotait avec cette catin? Mais ne t’inquiète pas, j’ai toujours fait la naïve qui ne comprend pas ! Épouse modèle jusqu’au bout, ça on peut bien le dire !

    Donc voilà, tout est bien rangé, j’ai jeté la cafetière et le paquet de mort-aux-rats, on va enfin pouvoir VIVRE !

    Ce soir je repense à ta toute première lettre, je la connais encore par cœur, et pourtant quarante années ont passé. Tu l’avais terminée ainsi : « Je vous embrasse de la façon indécente qui, je m’en souviens, vous plait. »

    ton Angèle