livre

  • C comme coulisses

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    En douze chapitres, l'auteur présente douze familles actives à la cour de Versailles: entrepreneurs, musiciens, militaires, intendants, femmes de chambre, cuisiniers, concierges... pour ce qui est des "petites gens" mais aussi le duc de La Rochefoucauld ou la gouvernante des enfants de France, la maréchale de la Mothe-Houdancourt. 

    C'est précisément cet aspect 'famille', généalogie, qui est le plus intéressant: tout est basé sur de nombreuses archives, de sorte qu'on est bien informé sur les revenus, les dots, les legs, les contrats, les appointements, les dates et les lieux... mais pas ou peu sur les gens. A part leurs titres, leur fonction, leur travail, leurs liens de famille, on ne les connaît pas. Il est fort rare en effet qu'on ait une idée de leur physique, de leur caractère, de leur vie. 

    Par contre, on y apprendra les rouages du système mis en place à Versailles, avec les charges qui s'achètent et peuvent se transmettre aux descendants, l'ascension ou le déclin de quelques-unes des familles qui ont fait partie de ce système. 

    Je dois dire que ce que j'ai le plus apprécié dans cet ouvrage, ce sont les annexes tongue-out 

    *** 

    source de la photo, info et 4e de couverture ici

  • Le premier de la rentrée

    Un tas de "premières fois", ce matin: première fois que je m'adonne au rituel des livres de la rentrée littéraire, première participation à un marathon de lecture (ce que c'est, tout de même, de travailler à mi-temps tongue-out) et première fois qu'un livre correspond aussi mal à ce qui est promis en quatrième de couverture. 

    Et ça, c'est vraiment plus fort que tout, vu la terrible concurrence dans ce domaine! 

    "Jean-Louis Fournier nous offre avec ce livre à l'humour aussi corrosif que tendre le meilleur des remontants. Un livre salutaire sur le marché du livre du bonheur." 

    Humour corrosif? Humour tendre? Livre salutaire? 

    Allez, je vous donne l'incipit: 

    "Elle a gloussé et elle a dit: "Que du bonheur."
    J'ai raccroché.
    Qu'elle aille se faire foutre, la pintade.
    Depuis que tout va mal, jamais expression n'a été aussi "tendance".
    On est obligé d'être heureux.
    Le bonheur à perpète...
    Aucune excuse.
    Si on est malheureux, c'est vraiment qu'on le cherche.
    Les malheureux sont mal vus, ils doivent raser les murs, se cacher.
    Avoir honte." 

    Voilà. C'était le chapitre un. Entier et complet. Il vous a arraché un sourire? 

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    source ici (éd. Payot)

    « Les livres sur le bonheur se vendent comme des petits pains », écrit très justement  Jean-Louis Fournier, et je le soupçonne fort d'avoir voulu attraper un peu de cette manne-là. Lui qui prétend «dénoncer l’arnaque» en crée une autre: les gogos du titre, j'en fais partie, puisque j'ai acquis ce bouquin... 

    Arnaque aussi, le nombre de pages: 220 à peu près. Vous voulez voir de quoi elles ont l'air? 

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    Conclusion: 220 pages lues en moins d'un vingt minutes. Un nouveau record établi et je me demande si je réussirai un jour à le battre tongue-out 

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    Ah! que cela fait du bien de rire !
    Merci Jean-Louis Fournier! Merci Schopenhauer!

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    pour le bonheur de lecture, c'est ici cool

  • L comme lieu public

    Depuis que la fille aînée de Paula lui a annoncé qu'elle attend un bébé, Paula ne décolère plus. Elle qui, ces derniers mois, s'ingéniait à peaufiner une histoire crédible pour son entourage, une belle histoire de beau mariage avec un beau parti, voilà que cette grossesse risquait de la ridiculiser définitivement: de quoi elle aurait l'air si les amis et la famille découvraient la vérité? Fallait espérer que sa fille reste à Bruxelles avec son nègre et n'aurait pas l'idée de venir montrer ce petit bâtard! Cette idée la révulsait et tout en scannant mécaniquement les livres qu'on rapportait à la bibliothèque, elle réfléchissait à un nouveau plan d'action... 

    Dans le rayon des guides touristiques, Sohaib hésitait en se passant rêveusement les doigts dans sa jeune barbe: fallait-il prendre ce Routard Finlande de 2010, déjà fort daté, ou ce Lonely Planet de 2015? 

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    Assise au niveau de la lettre B, Marie-Jeanne vérifiait s'il n'y avait pas un volume de Janine Boissard qu'elle n'avait pas encore lu. Celui-ci, peut-être, dans lequel ses petits-enfants l'appellent au secours? 

    Dans le coin des ordinateurs, Simon grattait machinalement les croûtes qu'il avait au front et sur la joue droite. Il aurait encore quelques cicatrices de plus mais rien ne l'empêcherait de continuer le skate avec son copain Roy. Le skate et le groupe de rock, sa seule liberté: sa copine décidait de son look - vêtements, coupe de cheveux - et ses parents de son avenir. Ils venaient de l'inscrire en droit, lui qui rêvait d'être instituteur et avait un don réel avec les enfants. 

    C'est à ce moment-là que le portable de Sohaib a sonné. Les mains encombrées par les guides touristiques qu'il était en train de comparer, il a mis quelques secondes de trop à le sortir de sa poche. Toutes les têtes s'étaient déjà tournées vers lui. Tout le monde a entendu cette musique psalmodique et tout le monde l'entend s'énerver à mi-voix en arabe. 

    Cette musique, cette langue, sa jeune barbe, toutes les apparences sont contre lui. 

    *** 

    texte de fiction 

    la consigne était: choisissez un lieu public et mettez-y trois ou quatre personnages - il doit s'y passer quelque chose d'anodin

  • I comme incipit

    La maison est petite, il y a trop peu de place pour les livres, ils sont entassés dans des boites - ça permet d'en mettre plus sur moins d'espace - et la mort dans l'âme j'en ai donné quelques-uns, par-ci, par-là... 

    Puis, avec ce qu'on me connaît comme "suite dans les idées", j'arrive dans une ville nouvelle - Lyon, par exemple - et dès le premier jour il y a la visite obligatoire d'une librairie. 

    Le second jour aussi, d'ailleurs. 

    Pas pour acheter, me dis-je en entrant, vu que (etc. voir plus haut) mais pour le simple plaisir de voir et de manipuler des bouquins, de découvrir les nouveautés, de lire des incipits, des excipits et des pages 99 tongue-out

    Après évidemment on sort de là avec un ou deux livres qui ont été tellement irrésistibles que les bonnes résolutions n'ont pas été tenues. 

    Ce qui est le sort de la plupart des bonnes résolutions. 

    "Madera était lourd. Je l'ai saisi sous les aisselles, j'ai descendu à reculons les escaliers qui conduisaient au laboratoire. Ses pieds sautaient d'une marche à l'autre, et ces rebondissements saccadés, qui suivaient le rythme inégal de ma descente, résonnaient sèchement sous la voûte étroite. Nos ombres dansaient sur les murs. Le sang coulait encore, visqueux, qui suintait de la serviette-éponge saturée, glissait en traînées rapides sur les revers de soie, se perdait dans les plis de la veste, filets glaireux, très légèrement brillants, qu'arrêtait la moindre rugosité de l'étoffe, et qui perlaient parfois jusqu'au sol, où les gouttes explosaient en tachetures étoilées. Je l'ai déposé au bas de l'escalier, tout près de la porte du laboratoire, et je suis remonté pour prendre le rasoir et éponger les taches de sang avant qu'Otto ne revienne. Mais Otto est rentré presque en même temps que moi, par l'autre porte." 

    Georges Perec, Le Condottière, coll. Points, 2013 (incipit) 

    Une oeuvre de jeunesse de Perec qui avait été refusée à l'époque par les maisons d'édition et dont la publication est largement posthume; une histoire de faussaire écrite en 1960, il avait 24 ans. Perec est mort en 1982, le livre a été publié 30 ans plus tard. 

    condottiere.jpg

    source de l'image, info et extrait ici: 
    http://www.seuil.com/ouvrage/le-condottiere-georges-perec/9782021030532

  • Stupeur et tremblements vénitiens

    C'est un petit ouvrage d'à peine 58 pages dans sa version italienne qui paraît ce mois-ci en traduction française https://diacritik.com/2016/05/18/roberto-ferrucci-venise-est-lagune-venezia-e-laguna/  

    Venezia non è una città di mare. Venezia è laguna.

    Venise n'est pas une cité de la mer. Venise est lagune.

    I veneziani che escono in barca, si aggirano per le sue fragili e bellissime acque verdi, raramente escono a fendere quelle azzurre dell’alto Adriatico. È questo il paradosso enorme di quell’assurdo dibattito su grandi navi sì, grandi navi no. La laguna non è mare. Anche e soprattutto per questo il resto del mondo sa che la risposta a quel falso dilemma è NO.

    Les Vénitiens qui sortent en bateau et se déplacent sur leurs merveilleuses et fragiles eaux vertes, vont rarement jusqu'à celles toutes bleues du haut Adriatique. Voilà le paradoxe énorme de cet absurde débat à propos des grands paquebots oui, grands paquebots non. La lagune n'est pas une mer. C'est aussi et surtout pour cette raison que le reste du monde sait que la réponse à ce faux dilemme est NON.

    E forse oggi Venezia è in mano a qualcuno che la vuole trasformare in un grande contenitore commerciale, di consumo. […] Solo se si ritornerà a pensarla e a rispettarla come città di laguna, accettando la sua preziosa e unica fragilità, Venezia potrà continuare a essere la città più bella e amata al mondo.

    Et aujourd'hui peut-être Venise se trouve entre les mains de celui qui veut la transformer en un haut lieu de commerce et de consommation. [...] Ce n'est qu'en la repensant et respectant comme ville lagunaire, en acceptant sa fragilité unique et précieuse, qu'on pourra la garder comme la ville la plus belle et la plus aimée au monde.

    Le polveri sottili che una grande nave rilascia nell’aria sono l’equivalente di quattordicimila automobili circolanti in un giorno. Un ecomostro in movimento che avanza lento verso il bacino di San Marco. […] Centomila tonnellate d’acciaio che solcano le gracili acque della laguna, milioni di chili che fanno sussultare le pietre di Venezia […] ma lasciano apparentemente intatta l’acqua attorno a loro. […] Salvo che poi, eccolo, qualche minuto dopo, l’effetto risucchio e pistone […] senti all’improvviso la terra sotto ai tuoi piedi agitarsi come fosse preda di una mareggiata […] devastanti sul lungo periodo per le rive e le fondamenta di Venezia. 

    Les particules fines émises par un paquebot sont l'équivalent de 14000 voitures circulant une journée. Un monstre écologique en mouvement qui s'avance lentement vers Saint-Marc. [...] Cent mille tonnes d'acier qui rident les eaux fragiles de la lagune, des millions de kilos qui font tressauter les pierres de Venise [...] mais laissent l'eau tout autour en apparence intacte. [...] Sauf qu'après quelques minutes, par l'effet de remous, tu sens tout à coup la terre s'agiter sous tes pieds, comme en proie à une tempête [...] dévastant les rives et les quais (ou fondations) de Venise.

    Les extraits viennent d'ici http://www.michelecatozzi.it/2015/12/28/venezia-e-laguna-un-pamphlet-contro-le-grandi-navi/ (c'est moi qui ai traduit).

    Des photos absolument sidérantes de ces paquebots géants qui frôlent les rives et les quais de Venise: Are these giant cruise ships destroying Venice?

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    photo prise du blog de l'auteur, Roberto Ferrucci: son livre s'inscrit dans la liste des cris d'alarme lancés ici et là.

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    le même triste débat dans un film documentaire allemand de 2012

  • M comme Miller

    Vous êtes tombé sur une photographie d'Adamine dans le Jamaica Star et vous l'avez découpée. C'est une photo en noir et blanc, au grain prononcé, d'une jeune femme de vingt-cinq ans. Le visage est flou, on dirait que le flash a déformé ses traits plutôt qu'il ne les a fait ressortir. Elle est debout derrière une table, on ne la voit donc qu'à partir de la taille. [...]

    Vous avez épinglé cette photo sur la porte, espérant que lorsqu'elle passerait devant, Adamine saisirait soudain un reflet d'elle-même, que le passé lui reviendrait au galop et la submergerait. Ça fait un bail que vous avez commencé ce petit jeu: essayer de lui rendre la mémoire. [...]

    Vous espérez que les souvenirs lui reviennent. Mais surtout, vous voudriez qu'un jour, elle se souvienne de vous.

    Kei Miller, L'authentique Pearline Portious, éd. Zulma 2016, p. 110-111 (traduction de Nathalie Carré)

    littérature, traduction

    J'en avais déjà parlé ici il y a une dizaine de jours...

    Magistral roman à deux voix: il y a d'abord celle du narrateur, qui avance peu à peu à la fois dans l'écriture de son livre et dans son enquête sur son personnage principal, Adamine Bustamante.

    A la voix du narrateur se mêle celle d'Adamine, clairement reconnaissable à son langage mêlé de mots et d'accent antillais.

    Coup de chapeau au travail de la traductrice!

    Les fils se nouent, les pièces s'assemblent, le tout est une construction parfaite qui tient en haleine jusqu'au bout.

    Et non, je n'en dis pas plus, de peur de dévoiler l'intrigue ou le dénouement cool 

    Un coup de coeur!

     

  • Première impression

    "Il était une fois une léproserie en Jamaïque. Si vous vouliez aujourd'hui vous y rendre, il vous faudrait trouver un homme répondant au nom d'Ernie McIntyre mais que vous appelleriez simplement Mr Mac parce que - comme lui-même, sa propre mère et tous les autres le précisent avec insistance - c'est sous ce seul nom qu'il est connu." 

    C'est ainsi que commence L'authentique Pearline Portious, du Jamaïcain Kei Miller, dans une excellente traduction de Nathalie Carré aux éditions Zulma (2016) 

    C'est ainsi que ça commence, un peu comme un conte, où l'oralité d'une narratrice se mêle à la voix de l'écrivain, pour ajuster, rectifier, commenter. 

    Et vous êtes définitivement pris par l'histoire. 

    On en reparlera, c'est sûr smile 

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    http://www.zulma.fr/livre-lauthentique-pearline-portious-572131.html

  • Dernier refuge

    Depuis qu'elle avait trouvé ce travail chez un vieux savant 

    plus rien ne faisait obstacle à sa passion dévorante 

    des livres et de la lecture... 

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    Lali 476 et Le Hibou semaine 22 
    thème: obstacle

  • N comme nourricière

    J'ai retrouvé dernièrement une recette de "crème de semoule aux raisins de Corinthe" qui ne pouvait évidemment que me rappeler ma grand-mère Adrienne et une de ses fameuses tartes réservées aux festivités de la kermesse d'été.

    Grand-mère Adrienne n'avait pas de balance fort précise et de toute façon, ses recettes étaient ajustées au goût (je rajouterais bien un peu de sucre? est-ce qu'il ne faudrait pas mettre un peu plus de sel?), à la vue (la sauce est un peu liquide? ou au contraire pas assez fluide? on rajoute ce qu'il faut pour atteindre la consistance souhaitée) et au toucher (la pâte est-elle assez souple? la cuisson est-elle parfaite?).

    Bref, au pif cool 

    Même les recettes que je lui ai vu faire, que j'ai réalisées avec elle, il m'est impossible de les recréer parfaitement: je n'ai plus la même bière pour cuire le lapin, je n'ai pas sa grande casserole en fer blanc légèrement cabossé, il y a toujours un je-ne-sais-quoi pour rendre le résultat final différent. Même sans nostalgie ni paradis perdu.

    Alors en lisant cette petite phrase chez Erri De Luca, je ne pouvais qu'être totalement d'accord: "il lutto si sconta a tavola, invece che al cimitero": le deuil se ressent beaucoup plus à table qu'au cimetière.

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    source: Feltrinelli 
    il existe une version traduite chez Gallimard:
    'Le plus et le moins'

  • V comme Vends maison de famille

    "Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite" ... Chaque vers était écrit de plus en plus gros, jusqu'au dernier, "IL A FILÉ", qui éclaboussait la feuille comme pour se moquer du lecteur trop lent à qui le bonheur venait d'échapper." 

    François-Guillaume Lorrain, Vends maison de famille, Flammarion 2016, p.12

    La maison normande, qui suinte l'humidité et où toute l'activité se concentre dans le jardin potager et fruitier, c'est le bonheur du père. Chaque week-end, il y emmène son épouse et ses deux enfants, qui ont été embrigadés dès leur plus jeune âge pour réaliser un rêve qui n'est pas le leur: vivre en autarcie.

    Le dimanche soir, on rentre à Paris épuisés, la voiture chargée de fruits et de légumes. On finira par élever aussi des poules, des moutons. Qu'il faudra tuer. C'est un travail d'homme, même si l'homme n'est encore qu'un enfant. 

    Un enfant isolé qui, au fil des week-ends et des vacances à travailler sous la dure férule d'un père exigeant, peu aimant, aux colères et aux punitions terribles, rêve d'une autre vie, rêve d'avoir le temps d'aller voir un film au cinéma, de lire un livre, d'avoir un moment de liberté. 

    "Oui, je voulais bazarder cette maison. J'avais mes raisons. Autrement dit: des souvenirs. Le mercredi à treize heures, mon père venait me cueillir à la sortie du collège et je m'affalais sur la banquette arrière, fait comme un rat. Au loin, mes camarades s'en allaient jouer au foot, flirter avec les filles, profiter de l'après-midi. J'étais le rat des villes qu'on kidnappe pour l'emmener à la campagne. Sans doute cela ne lui effleurait-il pas l'esprit que j'en étais malheureux." (p.23)

    Quand l'histoire commence, le narrateur est adulte et vit à l'étranger, le plus loin possible de cette maison de campagne que sa mère a gardée et continue à entretenir seule depuis la mort du père.

    "C'était moi, bien sûr, qui aurais dû m'atteler à cette tâche. Mais depuis plus de deux décennies, je croisais au large, loin de la France, toujours en pointillé. J'étais le bon à rien. A peine arrivé et déjà prêt à repartir, tout juste capable, pour la soulager, de scier une grosse branche ou de porter quelques bûches." (p.11)

    Jusqu'au jour où elle fait une chute et se casse le col du fémur: elle sait que son fils voudra vendre la maison et lui envoie un album photo. 

    Au fil des pages de cet album, le narrateur va découvrir d'autres facettes que ce qu'il a gardé en mémoire depuis l'enfance. Et au-delà des souvenirs pénibles, il va comprendre certaines choses concernant les motivations de son père et son attitude envers sa famille.

    Le livre réussit donc ce double défi: faire resurgir un passé douloureux sans tomber dans l'amertume et les rancœurs. 

    Je le recommande smile 

    Je pense que chacun est comme le narrateur "un adulte irradié par son enfance" et que ce qui est valable pour lui (ou moi) l'est pour tous: "La pile enfouie en moi continuait à émettre ses ondes radioactives."  

    livre,lecture,lecteur,hibou,souvenir d'enfance,maison

    source de la photo: 

    http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=49336&levelCode=litterature 

    *** 

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 17 - jardinage

  • 7 petits extraits

    D'abord, il y a à la fois l'envie et la difficulté d'écrire sur le père et de nombreuses réflexions sur l'écriture, à commencer par celle-ci: 

    "On n'est jamais déçu, avec l'écriture. Quand elle a faim, elle ne cesse de vous mordiller comme un chiot rageur, de japper sur la page: écris-moi! écris-moi! Repoussez-la, elle va faire un tour et revient avec un appétit redoublé."

    Yann Queffélec, L'homme de ma vie, éd. Guérin, 2015, Avant-propos

    Puis il y a l'immense amour pour la mère, morte d'un cancer quand l'auteur avait 21 ans: 

    "Ses quatre enfants (...), maman pensait ne jamais les avoir, pas même le premier. Sur un cliché minute en noir et blanc, (...) on la voit le pire jour de sa vie, juste après la guerre. On venait de lui annoncer qu'elle devait se résigner, et pourquoi pas, à l'adoption."

    Yann Queffélec, L'homme de ma vie, éd. Guérin, 2015, p.17

    Beaucoup d'humour, de l'autodérision aussi, un humour attendri pour les siens... 

    "Ma nounou s'appelait Marie. Elle était brune, jolie, rieuse, elle ressemblait à maman. Je passais mon temps suspendu à son cou. Je crains qu'elle n'ait aujourd'hui recours au déambulateur suite à mes témoignages d'affection réitérés."

    Yann Queffélec, L'homme de ma vie, éd. Guérin, 2015, p.20

    Un humour qui empêche de tomber dans l'amertume quand on mesure la différence entre la part d'amour que reçoivent les uns et les autres dans la fratrie: 

    "Dernier né, baptisé à la clairette de die, photographié sans flash ni déclic, Tanguy resplendit néanmoins sur le degré supérieur dans l'affection des siens. Il arrivait sous le signe du bisou, car nous nous comportâmes envers lui comme des sauterelles avinées dans un champ de maïs."

    Yann Queffélec, L'homme de ma vie, éd. Guérin, 2015, p.21

    Etre le fils d'un grand homme de la littérature, raconté avec drôlerie 

    "Papa se mit en rogne en voyant nos affaires en charpie, nos faces griffées. Combien de Recteurs de l'île de Sein, bonté divine! Combien de phares d'Armen allait-il devoir façonner jour et nuit, combien de cargos en détresse envoyer à la mort sur des récifs embrumés pour élever des saligauds qui lui ruinent le portefeuille quand ils vont jouer au ballon. Et en plus on leur a volé leur ballon à ces deux andouilles! Un ballon: une conférence d'une heure et quart en Afrique pour l'Alliance française!" (p.31-32)

    Comment réussir à pardonner à ce père si peu aimant pour lui alors que depuis sa naissance il met sur un piédestal son fils aîné, Hervé 

    "Kodak à volonté pour cet envoyé du ciel plus divin dans ses langes et ses pleurs qu'une hostie consacrée." (p.18)

    A lui, alors qu'il était encore tout enfant, son père a dit les paroles terribles de rejet: 

    "Tu t'es trompé de famille".

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    quelques critiques dans la presse:

    Télérama

    Paris-Match

    L'Express

     lire un extrait et voir d'autres liens sur le site de la maison d'édition

     

  • G comme gageure

    Sur la table du réveillon de nouvel an sont rassemblés les livres en cours de lecture. A gauche, celui de Barrico qui m'a inspirée pour illustrer des photos de Bricabook. Puis un 'giallo' dont l'action est située à Torino et que je n'ai pas réussi à terminer pendant le voyage en avion. Eva dorme, que je projette de lire depuis sa parution. Deux livres de Lucette Desvignes que je lis simultanément - je sais, ce n'est pas très malin - et qui évoquent toute une vie, tout un monde aujourd'hui disparus. Enfin, trois livres de Pierre Michon achetés lors de mon dernier passage à Bruxelles. J'ai commencé par les Onze, puis j'ai lu son Rimbaud, maintenant j'en suis donc aux Vies minuscules. Encore une belle découverte! 

    lire - kopie.JPG

    Parce que ce projet est une gageure 

    et que trouver le temps de lire en est une autre

    tongue-out

    Pour le Projet 52 de Ma'

    Projet 52 - 2016

    semaine 1 - livre

    ***

    comment? c'était au singulier?

    oups

    tongue-out

  • L comme lecture

     lali443.jpg

     http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-443/

    Ce jour-là, elle découvrit enfin le passage qui menait à la crypte sous l'immense basilique. Elle contenait des rayonnages remplis de livres. 

    Tous ceux qui avaient été mis à l'index au fil des siècles y étaient bien rangés dans l'ordre alphabétique: d'Alembert, Balzac, Baudelaire, Pierre Bayle, Simone de Beauvoir, Henri Bergson, Condorcet, René Descartes, Diderot, Alexandre Dumas (le père, et le fils), Fénelon, Flaubert, Fontenelle, Gide, Victor Hugo, Lamartine, Lamennais, Maurice Maeterlinck, Michelet, Montaigne, Montesquieu, Blaise Pascal, Rabelais, Rousseau, Sainte-Beuve, George Sand, Stendhal, Voltaire, Zola.

    Bref, on y était en excellente compagnie.

     

    Et il suffisait d'ouvrir un de ces volumes au hasard - Voltaire, par exemple - pour faire fuir immédiatement le spectre de l'horrible danger de la lecture.

  • H comme Henning

    Jusqu'à présent, je n'avais lu de lui que Les Chaussures italiennes. Le livre m'avait énormément plu mais j'avais peur de me lancer dans ses romans policiers que je croyais très noirs. Du genre à me filer des cauchemars pour un demi-siècle Langue tirée.

    Mercredi dernier, j'ai rapporté ceci de la bibliothèque:

    Henning - kopie.JPG

    trois d'un coup!

     (si jamais je réussis à les lire, j'en reparlerai...)

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: art

    et en hommage à l'art d'écrire de Henning Mankell (1948-2015)

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

     

  • W comme wagon de train

    "Het leest als een trein", dit-on en néerlandais, pour signifier qu'on a du mal à s'arracher à sa lecture et qu'on a filé à toute vitesse dans un livre comme le train dans un paysage.

    C'est ce qui m'est arrivé avec Les nuits de laitue, reçu vendredi par la poste et commencé le soir même. Malgré la fatigue qui m'avait anéantie - la journée ne s'était pas bien passée, c'est le moins qu'on puisse dire - j'ai pris le livre en main et je ne l'ai lâché qu'après l'avoir terminé. Alors qu'il fait tout de même 223 pages.

    Pourtant, ce n'est pas qu'il y ait un suspense insoutenable. Juste une envie de savoir le fin mot de l'histoire. Ce qui donne surtout ce coup de coeur, à mon avis, c'est la fraîcheur et l'originalité du ton et du style, le tout teinté d'une fine émotion et d'un peu d'humour.

    Fraîcheur et originalité, tout d'abord par le choix des personnages, tous plus "fêlés" les uns que les autres. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil aux nombreux résumés qu'on en trouve en ligne, à commencer par la présentation des éditions Zulma elles-mêmes (lien ci-dessous).

    Emotion, dans les rapports humains et les aléas de la vie intime de chacun. En dire plus à ce propos, ce serait déflorer le livre. Tout ça assaisonné d'une pointe d'humour, qui fait parfaitement glisser des choses qui pourraient sembler fort tristes si on en faisait un résumé tout sec, depuis le mari absent de Mariana jusqu'à l'Alzeimher de monsieur Taniguchi, ainsi qu'un ou deux morts. Personnellement, j'ai surtout ri quand il s'agit des chiens de Teresa.

    "Profitant de l'absence de sa maîtresse, Ananias avait à peu près complètement déchiqueté le canapé. Mendonça s'était gavé de bourre et était à présent affalé par terre, avec des aigreurs d'estomac, car son régime habituel comprenait bien des tongs en caoutchouc mais pas de mousse, dont on reconnaîtra volontiers qu'elle est parfois indigeste. Il avait même essayé d'avaler la fermeture de la housse du canapé, sans toutefois y parvenir - ce n'était plus la forme de jadis."

    Vanessa Barbara, Les nuits de laitue, éd. Zulma, 2015, p.141-142

    Quant à la question de savoir quel est le sens du titre, un premier élément de réponse est fourni à la page 79:

    "[...] ses dernières heures auraient un arrière-goût de laitue, exactement comme ses nuits d'insomnie [...]

    La tisane de laitue, c'est un remède de grand-mère qui aurait dû délivrer Otto de son problème d'insomnie, mais il n'a été efficace qu'une seule fois, cette nuit cruciale où son épouse Ada y avait ajouté au moins trois comprimés de somnifères finement écrasés...

    Je n'en dirai pas plus. Si vous voulez savoir en quoi cette nuit-là était cruciale, il faudra lire le livre.

    lesnuitsdelaitue.jpg

    http://www.zulma.fr/livre-les-nuits-de-laitue-572119.html

    merci à Masse critique

    et aux éditions Zulma

  • Stupeur et tremblements partagés

    Si l'âge nous fait avancer,

    c'est vers la perplexité,

    pas vers la connaissance de soi.

     

    Georges Picard, Merci aux ambitieux de s'occuper du monde à ma place, éd. Corti, 2015, p.9

     georges picard.jpg

     

    http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/merci_aux_ambitieux_picard.html

  • U comme ultimes améliorations

    Madame ne vaut pas mieux que ses élèves: c'est quand l'échéance est en vue qu'elle commence à s'activer sérieusement.

    Elle a donc enfin terminé la déco de ses toilettes (ne riez pas, c'est important d'avoir un joli petit coin): le papier peint colle (à peu près) et les miroirs aussi, provisoirement.

    Broeke aug 2015 (8) - kopie.JPG

    en effet, bien vu, ils ne sont pas parfaitement ronds
    comme dirait Fernand Raynaud, "c'est étudié pour"

    Ensuite, Madame s'est attaquée à un vrai gros chantier. Non, pas le rangement du bureau: celui de sa bibliothèque. Qui, vous vous en souviendrez peut-être, ressemblait à ça:

    boeken (1) - kopie.JPG

    oui, vous voyez bien, ça fait un an que c'est dans cet état-là

    Pendant deux jours, toutes les surfaces disponibles ont été fort encombrées parce que Madame a décidé de tout répertorier et (re)classer. Ce serait tout de même pratique, s'est-elle dit, s'il ne fallait pas vider quatre boîtes avant de mettre la main sur le volume cherché.

    Broeke aug 2015 (2) - kopie.JPG

    première boite: la littérature des 19e-21e siècles, lettres A et B

    Broeke aug 2015 (4) - kopie.JPG

    le reste de l'alphabet attend, ici les lettres P(agnol) à Z(ola)

    - Tu as vraiment besoin de tous ces livres? a demandé la mère de Madame, qui est passée dimanche après-midi pour cause de désoeuvrement, son amie dominicale étant à l'anniversaire de son petit-fils.

    Broeke aug 2015 (5) - kopie.JPG

    travail dangereux, parce qu'il y a des livres, forcément, qu'on a envie de lire
    sans attendre
    en buvant un café
    (mais oui, il y en a que Madame n'avait jamais lu)

    Enfin, hier soir vers 21.00 h., la bibliothèque était comme ça:

    Broeke aug 2015 (7) - kopie.JPG

     les travaux sont arrêtés par manque de papier peint
    (c'était pourtant une idée du tonnerre, d'utiliser le reste de papier pour les boîtes de livres, non?)

    Et jeudi, promis juré, Madame range son bureau.

    - Je travaille mieux sous pression, disent les élèves, souvent des garçons, qui font tout à la dernière minute.

    Jeudi, c'est le dernier jour libre dont Madame dispose. Espérons qu'elle travaille bien sous pression.

  • L comme l'homme qui ment

    Cumuler deux ou trois talents, il semblerait que ce soit tout à fait possible. C'est ce que je me suis dit au fil des pages de "L'homme qui ment", écrit par Marc Lavoine, que j'attendais au tournant.

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    Mais réellement, quelle bonne surprise que ce livre-là. Où jamais la vedette ne joue les vedettes. Où l'enfance et le milieu familial sont décrits avec une sorte de pudeur tendre, tout en dévoilant l'intimité des secrets de famille.

    L'auteur-narrateur s'adresse à son père décédé et remonte le cours de leur vie, dans la petite maison près d'Orly.

    " [...] nous étions quatre, mon père, ma mère, mon frère et moi, plus la chatte Mistouflette, et nous avons eu de bons moments. C'était le temps de l'idéal, la banlieue, les années soixante.

    Communistes par notre père qui est aux cieux et catholiques par notre mère qui l'est depuis, nous avons bénéficié, Francis et moi, d'une éducation plutôt contrastée."

    Marc Lavoine, L'homme qui ment, Fayard, 2015, p.14

    Je me rends compte, en feuilletant le livre à la recherche d'extraits à vous faire lire, que j'aurais envie de tout retranscrire, de tout relire. C'est prenant. Sans doute parce que ça a un tel air d'authenticité et d'honnêteté intellectuelle. Sans doute aussi parce que les enfances, les familles, les grands-parents, les copains, l'école, les vacances, ont quelque chose d'universel. 

    "Nous avons donc vécu là, dans cette couronne de banlieue, la grande, près des champs de pommes de terre et des avions qui décollent. Encore la campagne et déjà la ville et ses grues synonymes de grands ensembles qui avaient pris la mesure des choses, cette ville grandissante et moderne aux portes de ce petit village agricole vacillant qui va mourir avec le progrès."

    Marc Lavoine, L'homme qui ment, Fayard, 2015, p.15

    Le récit s'ouvre et se ferme sur le cimetière sans être triste pour autant. Il commence le jour de l'enterrement du père et se termine par ce paragraphe:

    "Vous êtes séparés pour toujours dans deux tombes différentes, vous faites cimetière à part, mais dans la même banlieue, à un kilomètre à vol d'oiseau l'un de l'autre, bercés par le souffle des avions d'Orly. Maman est dans le vieux Wissous derrière la mairie, proche de l'église, pas très loin de l'épicerie de ses parents, et toi, papa, près des pistes et des terrains de foot, là où tout a commencé, là où tout se termine, en banlieue, à Wissous, l'origine du monde."

    Marc Lavoine, L'homme qui ment, Fayard, 2015, p.190

    ***

    et puis en cherchant un peu, j'ai trouvé ceci, qui résume exactement mon sentiment

     

  • Dernier venu

    Dernier venu

    Que voulez-vous il pleuvinait
    Que voulez-vous je suis entrée
    Que voulez-vous il me cherchait
    Que voulez-vous j'y suis allée

    Que voulez-vous il m'a attirée
    Que voulez-vous je l'ai regardé
    Que voulez-vous il a été agréé
    Que voulez-vous je l'ai acheté

    ainsi que deux autres
    Langue tirée 

    bruxelles,lire,lecteur,livre,lecture,litterature,art,parodie,pastiche,poesie

    et ceci bien sûr est un pastiche de

    COUVRE-FEU

     Que voulez-vous la porte était gardée
    Que voulez-vous nous étions enfermés
    Que voulez-vous la rue était barrée
    Que voulez-vous la ville était matée

    Que voulez-vous elle était affamée
    Que voulez-vous nous étions désarmés
    Que voulez-vous la nuit était tombée
    Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

     Paul ÉLUARD (1895 - 1952), Poésie et Vérité

     

     

  • J comme jeudi j'ai lu

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    Ce n'est pas bien

    de lire tant de livres à la fois,

    d'en commencer un

    avant d'avoir fini le précédent.

    Je sais.

    ***

    A gauche, lectures légères et faciles, terminées.

    Au milieu, lectures intéressantes et chargées d'histoire.

    A droite, la dégustation à petites doses.

    ***

    Et puis encore deux autres, que j'ai oublié de mettre sur la photo, Eden utopie  (Fabrice Humbert) et L'aménagement du territoire (Aurélien Bellanger)

    Je sais, trop is teveel

    ***

    Projet 52 de Ma' - thème: livre

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • 7 réponses à Pierre Maury

    1. Adrienne1 mai 2015 10:45

      je vais donc devoir finir par m'équiper d'un E-reader ;-)

      Répondre 
    2. Pierre Maury1 mai 2015 14:45

      Comment peut-on vivre sans?

      Répondre
    3. Pierre Maury est un compatriote qui vit à Madagascar et qui a un excellent blog littéraire auquel je suis abonnée - par feedly interposé - depuis deux ans. Je n'y laisse pas de commentaire et je n'ai jamais mentionné non plus que je connais son père pour l'avoir rencontré à un atelier d'écriture.
    4. Le premier mai dernier, j'ai fait une exception, comme vous pouvez le voir ci-dessus.
    5. La réponse qui m'a été faite m'a donné envie de réagir. Cependant, de peur d'être mal comprise, je préfère le faire ici Sourire

    ***

    Comment peut-on vivre sans E-reader?

    1.exactement comme pendant toute mon enfance et mon adolescence, j'ai pu vivre sans télévision. Il y avait des livres et la radio. C'est grâce à cette dernière que je connais les sketchs de Fernand Raynaud par coeur. Ainsi que l'eau ferrugineuse Langue tirée

    2.ou comme, de mes 16 à 21 ans, j'ai pu me passer de mobylette: j'avais un p'tit vélo...

    3.jusqu'à présent, j'ai toujours trouvé le livre plus pratique: il n'a pas besoin d'énergie et ne peut donc pas "tomber en panne"

    4.il est d'une manipulation très simple, je n'ai pas à faire la rude traversée d'un mode d'emploi sybillin (je me connais)

    5.je suis déjà beaucoup sur des écrans, grands et petits, et je préfère lire sur du papier: ça va plus vite (ne me demandez pas comment ça se fait) et sur le papier aucune faute ne m'échappe (LOL)

    6.je pourrai continuer à m'en passer, aussi longtemps que les éditeurs publieront sous les deux formats, papier et numérique

    7.enfin, je continuerai à m'en passer aussi longtemps que les modèles seront aussi éphémères que des coquelicots (en bien moins joli): tablettes iPad, Android ou simples liseuses se succèdent à un rythme effréné sur le marché, sitôt arrivées, sitôt supplantées... et jetées dans le grand dépotoir africain...

  • I comme Indridason

    C'est sur le conseil de quelques blogs spécialisés en lecture que je me suis décidée à emprunter deux ou trois volumes de la série du commissaire Erlandur, le personnage créé par l'auteur islandais Arnaldur Indridason.

    Dépaysement garanti, ne serait-ce que par l'étrangeté des noms et prénoms parmi lesquels il n'est pas toujours évident de savoir immédiatement s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Ösp, par exemple. Ou Sindri. Et quand on croit avoir trouvé une "règle", Arnaldur, Erlandur, Sigurdur, Gudlaugur sont des hommes donc Valgerdur doit en être un aussi? On constate qu'on se trompe. Il n'y a pas de règles.

    J'ai ressenti ce que la plupart de mes élèves éprouvent quand je leur fais lire un livre en français: la difficulté de retenir ces noms aux sonorités inconnues, au point d'avoir complètement oublié, deux chapitres plus loin, qui était cette Valgerdur. Et même oublié qu'il s'agissait d'une femme. Mais peut-être étais-je trop fatiguée Langue tirée

    En effet, le tort que j'ai eu, c'est de lire ces histoires chapitre par chapitre avant de m'endormir. Résultat: j'ai eu des nuits peuplées d'enfants qui se perdent et meurent ensevelis dans la neige, de femmes battues par leur mari, de jeunes toxicomanes prêts à tout pour leur shoot, y compris la plus vile prostitution. 

    Qu'Erlandur enquête dans un hôtel, se promène dans les rues de Reykjavik ou fasse un tour en province, on a l'impression que l'Islande n'est peuplée que de couples qui se déchirent, de parents cruels, de fratries qui se haïssent, d'ivrognes et d'héroïnomanes qui abandonnent leurs enfants. Qu'ils sont prisonniers de leur île.

    Mais les récits sont denses, forts, bien menés, bien construits. Enquête et histoire personnelle se croisent sans cesse. Le commissaire se débat dans les complexités de sa propre existence tout comme les autres personnages. Tous sont poursuivis par leur passé, par des événements de leur enfance et ses blessures. 

    On est ému.

    On en redemande.

    Et on espère que parmi les 300 000 Islandais il s'en trouve quelques-uns à vivre en harmonie Cool

     Indridason-voix.jpg

    Indridason-femme-en-vert.gif

  • Question existentielle

    Pourquoi

    les livres n'ont-ils pas tous

    le même format?

    ***

    Ils seraient tellement plus pratiques à ranger

    et le résultat final

    serait infiniment plus esthétique

    boeken (1) - kopie.JPG

    les boîtes de livres ne seraient pas des puzzles

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    et ça ferait moins désordre

  • Y comme y a pas photo!

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    Photo de  Marion Pluss

     http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-148e/

    - Tu joues avec moi ? demande-t-il en déballant le damier reçu du grand saint à barbe blanche.

    - Non ! pas maintenant ! fait-elle sans lever le nez de son « Heidi » apporté la veille par le même ami des enfants.

    - Si ! joue avec moi !

    Immédiatement suivi du :

    - Maman ! Elle veut pas jouer avec moi !

    Et du tout aussi irrémédiable :

    - Pourquoi tu ne veux jamais jouer avec ton petit frère ? Allez ! Laisse ce livre !

    Et celle-qui-ne-veut-jamais-jouer-avec-son-petit-frère se voit obligée, une fois de plus, de lâcher sa lecture pour désennuyer son cadet.

    - Si tu triches, comme l’autre fois, on s’arrête tout de suite, compris ?

    La menace ne semble pas l’impressionner : il a eu ce qu’il voulait, il verra bien, le moment venu, comment se débrouiller. Il a plus d’un tour dans son sac à malices.

    Elle dispose les pions, les blancs pour lui, les noirs pour elle. La partie s’engage. Le père la suit tout en faisant mine de lire son journal. Il se trahit avec ses commentaires sur la bêtise de la joueuse. Ne comprend-il donc pas qu’elle espère finir vite en laissant gagner le petit ? 

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  • Wagon de train pour l'enfance

    "Il ne s'est rien passé dans mon enfance", écrit-il à la page 35.

    "Le passé n'existe pas", ajoute-t-il à la page 88.

    Pourtant, c'est le sujet de son premier roman.

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    Une fois qu'on a dépassé les deux ou trois clichés qui ont échappé à une relecture attentive du 'tapuscrit' (1), on est séduit par des images plus originales (2), beaucoup d'humour et souvent une belle pointe d'émotion.

    Bref, dès la deuxième page, j'étais "vendue", comme on dit dans nos Flandres.

    Parce qu'on se reconnaît et que les enfances, finalement, se ressemblent toutes.

    Assis à l'arrière du véhicule familial, on "ne supporte pas qu'une Mercedes ou une BMW nous dépasse." (p.47).

    Le jour de la première communion, on a peur de mal se débrouiller entre la main gauche et la droite, et on attend "les effets secondaires" (p.64) que produira l'hostie. On est déçu par ce truc qui "n'a aucun goût" et qui "colle aux dents" (p.64).

    On est complètement ignare dans tout ce qui touche à la sexualité et on ne dispose que de trois méthodes pour acquérir quelque connaissance sur le sujet: "le bouche-à-oreille, les parents et les livres" (p.74)

    Orgueil et décence: il m'apparaît impossible d'en parler avec mes copains qui du haut de leurs trois poils pubiens me raconteront probablement des âneries.
    Les parents? Plutôt être écartelé en place de Grève par quatre percherons devant une foule édentée que leur poser une seule question. (...)
    Reste le livre. Un jour, mes parents ont laissé traîner une encyclopédie du sexe, éditée chez Larousse. J'ai fondu sur l'appât et j'ai commencé à compulser la somme. Tel un archéologue, je questionnais chaque image à la recherche du chaînon manquant. J'ai trouvé des réponses à des questions que je ne me posais pas, des questions que je ne pensais même pas possible d'être formulées.

    Nicolas Delesalle, Un parfum d'herbe coupée, Préludes, 2014, p.74-75.

    Quelques belles pages sur ses profs - sa mère était prof de russe, donc il sait que ce métier, c'est faire du "jeu d'acteur" (p.101) "debout sur l'estrade, sous les feux d'une rampe invisible, pour toute une vie" (p.102) alors que les élèves "ne font que passer."

    D'autres belles pages sur la découverte de la lecture.

    Pendant longtemps, je n'ai pas lu. (...) Mes soeurs dévoraient tous les livres de la bibliothèque rose, puis verte, dont leurs étagères étaient remplies. Moi, je dévorais mes Délice-Choc et je courais la tête vide dans le jardin, autour de la maison, avec mon chien Raspoutine, aussi érudits l'un que l'autre, tous les deux ahanants, à la recherche d'un exploit, d'une aventure, d'une balle ou d'un bâton.

    Nicolas Delesalle, Un parfum d'herbe coupée, Préludes, 2014, p.89.

    Enfance des années 80, pas tellement différente de la mienne, finalement, qui s'est pourtant déroulée bien avant: un père qui s'attaque à ses travaux de jardinage comme s'il s'agissait d'ouvrir une piste "dans la forêt primaire du bassin du Congo" (p.118), la télé qu'on regarde en famille une fois par semaine. Et la grande peur, un soir qu'on entend les parents se disputer comme ils ne l'ont jamais fait avant.

    Le livre s'ouvre sur l'enterrement de la grand-mère et de temps en temps l'auteur s'adresse à la petite-fille qu'il n'a pas encore et qui, tout comme lui sait si peu de choses sur l'enfance de ses grands-parents, ne saura rien de la sienne non plus...

    Sauf ce qu'il en écrit ici.

    *** 

    (1) un ventilateur antédiluvien, un canapé en cuir élimé, un petit vieux sec comme une trique...

    (2) ma grand-mère, une petite ortie brune d'origine sicilienne (p.11)

    ***

    Merci à Babelio et aux éditions Préludes
    qui m'ont offert ce livre.

    C'est toujours gênant d'avoir à dire des choses désagréables sur un cadeau.
    Mais cette fois-ci, je fais un billet.

    Langue tirée

    Parce que j'ai beaucoup ri
    et j'ai été émue

  • R comme retour à Schaarbeek

    J'avais sympathisé avec une participante à un atelier d'écriture. Elle a publié son premier livre. J'ai voulu aller à la présentation par l'éditeur (1). Par sympathie. Pour acheter le livre, même si je ne sais pas où le mettre. Toute ma bibliothèque est encore dans des cartons et je crains qu'elle n'y reste.

    Le train s'est annoncé avec plus d'une demi-heure de retard. A Schaarbeek, entre la gare et le lieu de la présentation du livre, je me suis trompée deux fois de chemin. Mon plan de Bruxelles ne va pas au-delà du pentagone. J'ai fini par faire stopper une voiture de police qui passait fort à propos. Au moins, la police sait où se trouve ce que je cherche, ce qui n'est pas le cas des passants.

    Il était midi moins le quart quand je suis finalement arrivée. Difficile de faire une entrée discrète, il n'y avait qu'une dizaine de personnes, en comptant les trois auteurs. L'éditeur finissait de parler du livre pour lequel j'étais venue, vu que la séance commençait à onze heures. Ensuite il a parlé des deux autres. Chaque auteur a lu un extrait de son ouvrage. J'ai acheté le livre, on me l'a gentiment dédicacé.

    Après... après il s'est passé un truc que je raconterai peut-être après-demain (2) et qui m'a fait fuir ce lieu.

    En retournant vers la gare, je me suis dit que j'aurais mieux fait d'attendre que Tania (3) soit revenue de vacances avant de revenir à Schaarbeek. J'y aurais été en meilleure compagnie.

    ***

    (1) qui est aussi l'animateur de l'atelier

    (2) Stupeur et tremblements...

    (3) http://textespretextes.blogs.lalibre.be/

  • L comme livres

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    de gros volumes cartonnés
    portant la signature du grand-oncle Aimé.

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    recouverts d’un vieux papier vert
    les livres de classe de mon beau-père.

    J’ai trouvé dans ma bibliothèque
    dans un manuel de bricolage
    une photo de notre mariage.

    Les romans d’amour hérités de tante Simonne
    Les Comtesse de Ségur reçus de Marie-Louise
    Les Jules Verne cadeaux de madame Henriette

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     Les grands classiques, les lectures imposées, une collection de romans pour la jeunesse, les recueils de poèmes, les anthologies historiques, tout le théâtre de Ghelderode et d’Ionesco, de Racine et de Molière, toute la poésie du 16e siècle, de Verlaine et de Rimbaud.

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    Jacques Prévert et Jacques le fataliste. François Mauriac et François le Champi. Madame de la Fayette et madame Bovary.

    Tout emballer, tout répertorier, tout déménager, tout reclasser, tout replacer.

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    Pourtant je ne suis pas bibliothécaire Clin d'œil

    ***

    texte écrit pour les Croqueurs de mots n°127
    http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/06/30/defi-n-126-5383002.html

     Merci à Enriqueta de m'avoir prévenue!

    Et bonne fête nationale aux amis français Sourire

  • 7 livres

    Avoir des vacances, c'est se jeter avec passion sur la lecture, même si on a une longue liste de choses urgentes et utiles à faire (y penser pour le prochain U comme...)

    Se jeter avec passion sur la lecture, c'est lire plusieurs livres à la fois et passer de l'un à l'autre comme le boulimique qui vide son frigo.

    C'est lire enfin un Donna Leon pour rêver de Venise (Wilful behaviour).

    C'est découvrir enfin Sorj Chalandon et rêver de Bretagne en Mayenne (Une promesse)

    C'est déguster 153 pages d'Albert Camus (La chute) et se moquer des Hollandais.

    C'est s'offrir Notre quelque part de Nii Ayikwei Parkes pour voyager au Ghana.

    C'est frémir pour Isabella d'Este qui vit une période troublée à Mantoue (Maria Bellonci, Rinascimento privato

    C'est peut-être terminer Du côté de chez Shuang de Jean-Louis Crimon pour ces quelques détails qu'on y apprend sur la Chine d'aujourd'hui.

    C'est prendre en dessert un livre de jeunesse (que je ne nommerai pas de peur d'attirer les élèves de mes collègues de 4e Langue tirée) dans lequel un homme hérite d'un mas dans le sud de la France.

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     Les voilà
    Cool

  • O comme odeur de sainteté

    "Le suore, preoccupate della salute dell'anima nostra, ci insegnavano che ogni sacrificio offerto al Signore si trasmutava in fiore odorosissimo nell'orto del Cielo"

    Elsa Morante, Aneddoti infantili, Einaudi 2013.

     

    Autre extrait qui m'a rappelé des souvenirs: "Les religieuses, préoccupées du salut de notre âme, nous enseignaient que chaque sacrifice offert au Seigneur se transformait dans le jardin du ciel en une fleur au merveilleux parfum."

    Je n'ai eu qu'une seule institutrice portant le voile. Du point de vue humain et pédagogique, elle a été la meilleure de toutes.

    Bien sûr, la religion était au centre de sa vie et sa foi très vive.

    Sa théorie à elle différait un peu de celle des religieuses d'Elsa Morante: elle nous racontait qu'un sacrifice offert à Dieu était récompensé au centuple. 

    - La preuve, nous dit-elle un après-midi, l'autre jour j'ai donné de bon coeur mon dernier stylo à quelqu'un qui n'en avait pas et le lendemain on m'en a livré toute une boite en cadeau!

    Nous étions fascinées et toutes prêtes à croire qu'elle recevrait bientôt les stigmates, exactement comme sa sainte préférée, Thérèse de Lisieux.

  • U comme une pécheresse

    "A sette anni ero già una grande peccatrice. Al mio primo esame di coscienza, scopersi di avere tutti i peccati mortali, ad esclusione di uno di cui non sapevo il significato."

    Elsa Morante, Aneddoti infantili, Einaudi, 2013 (1)

     

    A sept ans, écrit Elsa Morante, j'étais déjà une grande pécheresse. A mon premier examen de conscience, j'ai découvert que j'avais commis tous les péchés mortels, sauf un dont je ne connaissais pas la signification.

    C'est un des nombreux passages qui m'ont fait sourire parce que je m'y suis reconnue. Petite fille pétrie de catéchisme et de culpabilité, j'avais toujours peur d'oublier un péché, alors pour toute sécurité je terminais ma confession par un "et j'ai menti" (2).

    Ce que je confessais m'avait été dicté par ma mère: "Je n'ai pas toujours été gentille avec mon petit frère" et "je n'ai pas toujours été obéissante envers ma maman".

    Entre mes sept et mes douze ans, agenouillée dans le confessionnal, à chaque fois je débitais d'une voix tremblante exactement la même chose.

    Aussi étais-je très étonnée de recevoir à chaque fois une pénitence différente. Revenue sur ma chaise de paille, je m'en acquittais scrupuleusement tout en me demandant pourquoi cette fois-là le tarif était trois Je vous salue Marie alors que la fois précédente un seul suffisait. (3)

    ***

    (1) on peut lire ici le premier chapitre de ce livre d'Elsa Morante: 
    http://www.einaudi.it/var/einaudi/contenuto/extra/978885841154PCA.pdf

    (2) car on m'avait bien dit que ne pas donner l'entière vérité était une forme de mensonge

    (3) un jour en relevant humblement les yeux après mon mensonge final ("et j'ai parfois menti") j'ai même cru voir que le prêtre souriait. Ça m'a d'ailleurs fort étonnée, à l'époque Langue tirée