maison à vendre

  • V comme vertical

    On ne pense pas assez aux escaliers. 

    Rien n’était plus beau dans les maisons anciennes que les escaliers. Rien n’est pus laid, plus froid, plus hostile, plus mesquin, dans les immeubles d’aujourd’hui. 

    On devrait apprendre à vivre davantage dans les escaliers. Mais comment ? 

    Georges Perec, Espèces d'espaces, 1974 

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

    Chaque fois qu'en cours de route grand-mère Adrienne voyait qu'un escalier menait à la porte d'entrée d'une habitation, soit que le relief du terrain obligeait à situer les pièces de séjour à l'étage, soit par choix des propriétaires, elle ne manquait pas d'asséner que "pour habiter là, on ne pouvait pas avoir eu d'infarctus", et quelqu'un d'autre dans la voiture ajoutait "ni s'être cassé une jambe". 

    L'escalier, c'est ce qui lui faisait peur. Celui de sa maison était raide, aux marches étroites, descendre de sa chambre à coucher était une affaire qui prenait un certain temps et beaucoup de précautions, surtout à cause de l'énorme pot de chambre qu'elle tenait d'une main et des mules à petit talon qu'elle avait aux pieds. 

    "Tiens-toi bien à la rampe!" nous criait-elle chaque fois qu'elle nous voyait sur des marches et bien sûr ça nous faisait rire et on y rajoutait quelques acrobaties, parce que les jeunes c'est comme ça, on se croit invulnérable. 

    Son autre escalier, celui du grenier, était encore pire: il n'y avait même pas de rampe; arrivé presque en haut, il fallait soulever la lourde trappe et l'attacher par une corde à un clou dans le mur. Quand on redescendait, les bras chargés d'échalotes ou de haricots secs, il aurait fallu deux autres mains pour détacher la trappe et la laisser doucement retomber sur nos têtes. C'est bien pour ça qu'on l'accompagnait, c'était toute une expédition dans la poussière des vieux trésors, dans l'ombre de meubles vermoulus éclairés par une petite tabatière, et la trappe nous donnait l'impression de pouvoir faire une chose utile. On se disait que grand-mère avait peur et avait besoin de notre aide pour aller chercher des pommes au grenier. 

    jeu,françois bon,souvenirs d'enfance

    photos de l'escalier d'Adrienne fraîchement vernis en octobre 2013 

    atelier d'hiver 2016-17 chez François Bon - consigne 5 sur "la verticalité de l'habitat"

    Georges Perec, Espèces d'espaces (1974), est en lecture complète ici

  • W comme wonder

    "De wonderen zijn de wereld nog niet uit" (1) 

    s'est dit l'Adrienne 

    quand après une troisième injonction en douze mois 

    elle a fini par recevoir cette réponse: 

    "Les armoires de cuisine seront livrées et installées le 10 novembre" 

    maart 2013 (3).JPG

    (1) parfois un miracle arrive 

    (et les "trous" dans la cuisine vont finir par se remplir) 

    alleluia 

    cool

  • Bilan du 20: dedans

    2015 nov (1) - kopie.JPG

    Le cadre des ancêtres est enfin accroché au mur

    2015 nov (2) - kopie.JPG

    L'étagère pend là où c'était prévu depuis plus de deux ans

    2015 nov (4) - kopie.JPG

    Il y a de la place pour déposer les lunettes, le thermomètre, un mouchoir... quand on veut prendre un petit bain...

    Et puis surtout - incroyable mais vrai - l'armoire à pharmacie est en place.

    2015 nov (5) - kopie.JPG

    Il y a enfin un miroir dans la salle de bains...

    L'Adrienne ne sait pas ce qu'elle ferait si elle n'avait pas de si bons amis.

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: dedans

    http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • Y comme yes, yes, yes!

    Il est venu,

    il était là!

    Entendez tous ce cri:

    Elle va en mourir (de joie) la mamma

    (pardon, l'Adrienne)

    Il est venu,

    il était là,

    le chauffagiste appelé cinq fois,

    avec des outils plein les bras ah ah ah

    ***

    et comme Fernand est plus rigolo que Charles, je vous mets du Fernand 

     

    Même si l'époque est plus proche du "il faut qu'on l'implore, de l'aube à l'aurore"

     

    L'Adrienne a enfin une installation aux normes et un joli nouveau robinet dans la cuisine

  • le bilan du 20

    L'armoire à pharmacie est toujours à terre.

    L'étagère aussi.

    Toutes les lampes ne sont pas encore accrochées.

    Les armoires de cuisine ne sont pas encore commandées.

    039 - kopie.JPG

    "trou" numéro 1

    Le chauffagiste n'est pas encore venu.

    La vaisselle n'est pas faite.

    La haie n'est pas tondue...

    ... Bref, tout se poursuit normalement Langue tirée

    040 - kopie.JPG

    "trou" numéro 2

  • Le bilan du 20

    Malgré la somme d'expériences passées toutes plus instructives les unes que les autres, l'Adrienne reste d'une candeur extrême.

    - Mercredi prochain, annonce-t-elle à l'amie venue lui rendre visite fin août, le chauffagiste vient pour l'entretien. En même temps, je me ferai expliquer comment marche cet appareil...

    Parce qu'il faut savoir que l'Adrienne n'est même pas capable de mettre son chauffage en route après la pause estivale.

    - Tu crois? fait l'amie.

    - Bien sûr! dit l'Adrienne.

    Oubliant que l'électricien, le plombier, le carreleur, le plâtrier (liste non exhaustive) lui ont donné toutes les raisons de douter de la fiabilité des rendez-vous promis.

    Bref, vous devinez la suite: trois mercredis d'affilée, l'Adrienne est restée coincée chez elle, n'osant même pas aller un peu gratter la terre de son jardinet de peur de ne pas entendre le coup de sonnette de l'homme de l'art. Trois mercredis d'affilée, elle a téléphoné le matin pour se faire confirmer le rendez-vous et retéléphoné le soir pour en prendre un nouveau. (1)

    - Vous pouvez y compter! dit la dame le matin.

    - Ah? il n'est pas venu? dit la même dame le soir, pas plus gênée que pour constater qu'il pleuvine.

     zomerwerken (10) - kopie.JPG

    on ne peut pourtant pas tout faire soi-même
    (l'Adrienne est juste capable de découper et de coller des fleurettes dans sa salle de bains)

    Alors l'Adrienne a fait une chose qu'elle n'avait encore jamais faite: après un dernier coup de fil où elle s'est un peu énervée ("Faut pas vous en prendre à mouâââââ" a gémi la dame avant même que l'Adrienne s'énerve tout à fait) elle a téléphoné à un autre chauffagiste.

    Appelons-le Zorro: il a sauvé l'Adrienne en arrivant cinq minutes plus tard Cool.

    Du coup, elle lui a aussi commandé un nouveau robinet pour la cuisine. Parce qu'il est également plombier. Une perle, quoi.

    Il revient mardi soir Langue tirée

    ***

    (1) Oui, vous avez bien lu, c'est peut-être ainsi qu'elle vaincra sa téléphonophobie... Essayons de voir en tout un aspect positif.

     

  • P comme paradis perdu

    Il arrive que l'Adrienne ait un gros coup de nostalgie. Il arrive qu'elle repense à son paradis perdu et que sa verte campagne lui manque. Parfois la solitude en ville pèse alors que ça n'avait jamais été le cas dans la vraie solitude de sa petite réserve naturelle. L'Adrienne chaussait ses bottes, allait faire un tour dans les bois et les prés et se revivifiait au chant des oiseaux.

    Il arrive que l'Adrienne ait un gros coup de découragement dans la maison de tante Fé. Tant de choses ne sont toujours pas en ordre. Une armoire à pharmacie attend d'être accrochée au mur depuis plus d'un an, des étagères sont encore au sol et il reste des cartons dans chaque pièce. Elle se demande si un jour elle s'y sentira chez elle et emploiera le mot "thuis" (1) pour la désigner.

    1962 (3) - kopie.JPG

    l'autre paradis perdu
    celui de l'enfance
    dans la maison de grand-mère Adrienne.
    Remarquez comme mini-Adrienne,
    qui ne sourit jamais sur les photos, malgré tous ses efforts,
    respire le bonheur

    Mais ne vous inquiétez pas: l'Adrienne est en train de recréer le décor de ses deux paradis perdus. Elle va planter des pommiers et un seringat pour faire "campagne" et elle a déjà les hortensias et la clématite pour faire "jardin de grand-mère".

    Samedi dernier, elle a acheté des centaines de bulbes à fleurs. Reste à savoir où et quand elle les plantera Langue tirée

    ***

    (1) thuis = à la maison, chez moi. C'est un mot qui manque en français, je trouve. L'équivalent du "home sweet home".

  • U comme ultimes améliorations

    Madame ne vaut pas mieux que ses élèves: c'est quand l'échéance est en vue qu'elle commence à s'activer sérieusement.

    Elle a donc enfin terminé la déco de ses toilettes (ne riez pas, c'est important d'avoir un joli petit coin): le papier peint colle (à peu près) et les miroirs aussi, provisoirement.

    Broeke aug 2015 (8) - kopie.JPG

    en effet, bien vu, ils ne sont pas parfaitement ronds
    comme dirait Fernand Raynaud, "c'est étudié pour"

    Ensuite, Madame s'est attaquée à un vrai gros chantier. Non, pas le rangement du bureau: celui de sa bibliothèque. Qui, vous vous en souviendrez peut-être, ressemblait à ça:

    boeken (1) - kopie.JPG

    oui, vous voyez bien, ça fait un an que c'est dans cet état-là

    Pendant deux jours, toutes les surfaces disponibles ont été fort encombrées parce que Madame a décidé de tout répertorier et (re)classer. Ce serait tout de même pratique, s'est-elle dit, s'il ne fallait pas vider quatre boîtes avant de mettre la main sur le volume cherché.

    Broeke aug 2015 (2) - kopie.JPG

    première boite: la littérature des 19e-21e siècles, lettres A et B

    Broeke aug 2015 (4) - kopie.JPG

    le reste de l'alphabet attend, ici les lettres P(agnol) à Z(ola)

    - Tu as vraiment besoin de tous ces livres? a demandé la mère de Madame, qui est passée dimanche après-midi pour cause de désoeuvrement, son amie dominicale étant à l'anniversaire de son petit-fils.

    Broeke aug 2015 (5) - kopie.JPG

    travail dangereux, parce qu'il y a des livres, forcément, qu'on a envie de lire
    sans attendre
    en buvant un café
    (mais oui, il y en a que Madame n'avait jamais lu)

    Enfin, hier soir vers 21.00 h., la bibliothèque était comme ça:

    Broeke aug 2015 (7) - kopie.JPG

     les travaux sont arrêtés par manque de papier peint
    (c'était pourtant une idée du tonnerre, d'utiliser le reste de papier pour les boîtes de livres, non?)

    Et jeudi, promis juré, Madame range son bureau.

    - Je travaille mieux sous pression, disent les élèves, souvent des garçons, qui font tout à la dernière minute.

    Jeudi, c'est le dernier jour libre dont Madame dispose. Espérons qu'elle travaille bien sous pression.

  • Premières

    juni - kopie.JPG

    Du groseillier planté l'an dernier
    l'Adrienne a dégusté les premières groseilles
    vers la mi-juin.

    Celles tout au moins que lui ont laissées
    les oiseaux, l'oïdium, les pucerons et les fourmis

    Langue tirée

     

    Comme vous pouvez le constater
    ce n'est pas le but de faire des confitures.

  • H comme heureuse

    Le dimanche, l'Adrienne est heureuse dans sa "maison de tante Fé".

    Bien sûr, ça manque d'arbres, de chants d'oiseaux, de nature.

    Bien sûr, ce n'est pas le Midi, pas l'Italie.

    Il n'y a ni la mer, ni la montagne, ni l'intense vie culturelle de la grande ville.

    Mais le dimanche, l'Adrienne s'y plaît, dans la maison de tante Fé.

    Parce que le dimanche, il n'y a pas de camions non plus....

    et elle se trouve au coeur du folklore local Cool

     maison à vendre,vie quotidienne

     maison à vendre,vie quotidienne

    maison à vendre,vie quotidienne

    maison à vendre,vie quotidienne

     Nobles et manants se préparent pour la procession

  • T comme Tata Yoyo

    Assise à son clavier (1), l'Adrienne chante à tue-tête "O mio babbino caro, mi piace, è bello bello, vo’ andare in Porta Rossa a comperar l’anello! Si, si, ci voglio andare! E se l’amassi indarno, andrei sul Ponte Vecchio ma per buttarmi in Arno! Mi struggo e mi tormento, O Dio! Vorrei morir! Babbo, pietà, pietà! Babbo, pietà, pietà!"

    Elle le chante une première fois avec Maria Callas (2), une deuxième fois avec Anna Netrebko (bof), une troisième fois avec un enfant prodige...

    Puis elle se rend compte qu'elle n'habite plus à la campagne et que Voisine-Casque-d'Or ou les passants-qui-passent doivent se demander de quel mal elle souffre.

    ***

    (1) d'ordinateur! le piano, c'est pour plus tard Clin d'œil

    (2) https://www.youtube.com/watch?v=69pxWVjlbNo

     

  • H comme honte

    - Tu sais, me dit-elle, M*** m'a demandé où tu habitais, mais je ne le lui ai pas dit.

    - ...?

    - Je suis restée évasive. C'est en bas de la rue ***, je lui ai dit.

    - ...?

    - Elle a insisté, elle voulait savoir où exactement, mais j'ai chaque fois répondu: c'est en bas de la rue.

    - Tu as bien fait, ai-je fini par répondre.

    Lâchement.

    ***

    Depuis, je ne cesse d'y penser: elle a donc tellement honte de l'humble maisonnette où je vis aujourd'hui?

  • F comme fleurs

     okt 2013 (7a) (2).JPG

    Je ne sais pas de quelles fleurs je suis le plus contente...

    celles du mur

    qui sont supposées remplacer la campagne perdue

    april 15 (1) - kopie.JPG

    ou celles des orchidées

    qui sont de nouveau en pleine forme en cet avril 2015

    sans que je fasse rien de spécial pour elles

    Sourire

     et qui représentent chacune

    un cadeau d'amitié

    ***

    BisouProjet 52 - semaine 15 - thème: fleurs

     http://manuelles.canalblog.com/archives/2014/12/30/312277...

     

  • O comme Olivier

    La vie d'Olivier est réglée comme du papier à musique. Oui, c'est un cliché, mais il convient parfaitement.

    Chaque matin à sept heures, il ferme sa porte derrière lui, dépose sa grosse mallette dans le coffre de sa voiture de fonction et part pour une journée de travail.

    Peu avant dix-sept heures, il est de retour chez lui. Vide sa boite aux lettres, enfile un jogging et court une petite heure, montre en main. Il rentre trempé de sueur et content de lui.

    Le samedi matin, entre neuf et dix, il fait ses courses pour la semaine. Toujours au même endroit. Toujours les mêmes choses dans son chariot.

    Il ne reçoit jamais de visites. Et quand dans la nuit du samedi au dimanche il découche, toute la rue le sait.

    C'est notre lot à tous, dans ces quartiers de petites maisons sans garage, où les nombreux retraités n'ont rien de mieux à faire qu'à observer la rue à l'abri de leur voilage.

    Et à vous prouver par leur conversation - tout à fait anodine - qu'ils ont tout vu Langue tirée

     

    vie quotidienne,ça se passe comme ça,maison à vendre

    photo prise d'une agence immobilière d'Ath

     

     

  • E comme experte

    Si quelqu'un d'autre est capable de le faire, alors moi aussi (Wat een andere kan, moet ik ook kunnen), disait ma grand-mère Adrienne.

    Forte de son exemple, j'ai donc pris mon courage à une main et la perceuse dans l'autre. Il est tout doucement évident que si je veux avoir un jour des étagères, cadres ou miroirs accrochés aux murs, il faudra que je le fasse moi-même.

    Samedi dernier, je me rends d'un bon pas à mon magasin de bricolage habituel - où, si les choses étaient bien faites, je devrais avoir droit à une réduction spéciale (Prix spécial d'opiniâtreté, par exemple?) - et j'en reviens allègrement avec le matériel nécessaire pour installer ceci dans un coin de la chambre à coucher (côté rue)

    001 - kopie.JPG

    Magnifique! me direz-vous. Et bravo l'Adrienne!

    Oui mais...

    002 - kopie.JPG

    Il semblerait que le mur soit un faux mur, ou en tout cas d'une substance si poreuse, qu'une fois l'installation faite, les vis et leur cheville en ressortent aussi facilement que si je les avais enfoncées dans du beurre... ou presque.

    Si quelqu'un d'autre est capable de le faire, alors moi aussi. Comme faire de gros gros trous dans les murs, à l'exemple de mon expert-ès-armoire-de-salle-de-bains...

    nov 14 (2) - kopie.JPG

    vous vous rappelez?
    (état inchangé depuis novembre dernier) 

     ***

    Mesdames, Messieurs
    A la suggestion de Joe Krapov
    un petit ajout ce soir:
    "la trombine horrifiée"

    expert,maison à vendre

     merci et bonne soirée à tous!

  • le bilan du 20

    Deux ans aujourd'hui que l'Adrienne a signé des papiers pour exprimer son envie que la maison de tante Fé devienne la maison d'Adrienne.

    Il faudra sans doute encore deux ans pour que tout ce qui doit être accroché aux murs soit fixé dans les bons trous et les bonnes chevilles (1), que tous les murs soient recouverts de peinture ou de papier peint, que toutes les boîtes aient disparu de la cuisine et du bureau.

    Mais il est vrai qu'on revient de loin Langue tirée

    juni 2013 (22) - kopie.JPG

    juin 2013 - le plâtre tombe plus facilement des murs que le vieux papier peint

    juli 2013 (1) - kopie.JPG

    juillet 2013 - l'électricien prend des initiatives pas toujours heureuses

    september 2013 (1) - kopie.JPG

    septembre 2013 - l'Adrienne met du parme sur les murs de sa future chambre

    okt 2013 (1 kopie).JPG

    octobre 2013 - l'électricien poursuit ses initiatives pas toujours heureuses

    november (3bis).JPG

    novembre 2013 - il y a une porte aux toilettes

    etc.

    etc.

    Cool

     

    (1) voir ici: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/01/06/e-comme-expert-8354221.html

  • F comme finalement

    Finalement, je n'ai pas pu me résoudre à l'abandonner.

    Pourtant "on" me disait:

    - à quoi bon?

    - ce vieux truc?

    - et ça ne marche même plus!

    - tu n'as pas la place!

    - et pour en faire quoi?

    - mais c'est affreux, laisse ça!

    - c'est tout rouillé! 

    - le bois est tout abîmé!

    Mais c'était plus fort que moi.

    La toute dernière fois que j'étais dans l'ancienne maison, je l'ai vue là, toute seule, abandonnée, j'ai pris mon tournevis, je l'ai démontée, je l'ai transportée à grand-peine jusqu'à ma voiture et je l'ai installée dans mon nouveau chez-moi.

    Et vous savez quoi?

    J'étais toute contente.

    nov kopie.JPG

    abandonner la vieille singernaaimasjien de ma grand-mère
    c'était lui manquer de foi

    c'est à cause de - ou grâce à? - cette machine à coudre que mes grands-parents ne se sont pas jetés sur les routes de l'exode, en mai 1940.

    - Jamais! disait Adrienne, jamais je n'abandonnerai ma nouvelle Singer aux Allemands!
    (c'est pourtant de là qu'elle venait Langue tirée)
    Alors toute la famille, le père, la mère, Adrienne, son mari et leur petite fille,
    toute la famille est restée auprès de la machine à coudre.

    Rigolant

     

    F comme fidélité

    ***

    et pour ceux qui lisent le néerlandais:

    http://www.dbnl.org/tekst/osta002gedi02_01/osta002gedi02_01_0103.php

  • E comme expert

    L'Adrienne a de la chance. Elle a de bons amis. Qui voient ses problèmes. Qui veulent l'aider.

    Ainsi par exemple, c'est évident qu'une femme seule ne peut pas soulever une lourde armoire de toilette pour l'accrocher au-dessus de son lavabo. 

    Il est évident aussi que la perceuse empruntée à sa carissima nipotina ne convient pas: pour ce genre de travail, dit l'ami expert, il faut une "klopboor". L'Adrienne ne se doutait même pas qu'il existait deux types de perceuses.

    - Je viens t'arranger ça lundi prochain, dit-il.

    nov 14 (1) - kopie.JPG

    Il prend des mesures, trace des lignes, fore des trous, y visse des crochets pour l'armoire, constate qu'il sont trop bas, les quatre trous, en refait quatre autres, deux ou trois centimètres plus haut, contate qu'ils ne sont pas au bon éloignement les uns des autres. En refait quatre autres à côté,

    nov 14 (3) - kopie.JPG

    et l'horrible horreur va s'agrandissant dans les yeux de l'Adrienne à mesure que les différentes étapes du "travail" agrandissent aussi les trous pour n'en former plus qu'un seul. Enorme. Profond. Très profond.

    nov 14 (5) - kopie.JPG

    - Ne t'inquiète pas, dit l'expert, je vais t'arranger ça!

    nov 14 (4) - kopie.JPG

    - Je crois, dit l'Adrienne prudemment, que tu seras bientôt passé au travers du mur.

    nov 14 (6) - kopie.JPG

    Et bien vous savez quoi? ça l'a fait rire, l'expert.

  • G comme genèse

    Au commencement, on enleva tout ce qu’il y avait. La pièce était vide: on fit de grands trous dans les murs et on abîma le plancher. C’était le début de juillet.

    juli 2014 (2) - kopie.JPG

    On installa une baignoire, des carrelages sur les murs et on replaça le lavabo: c’était la fin d’août.

     augustus 14 (1) - kopie.JPG

    Il fallut quatre couches de peinture blanche: c’était la fin de l’été.

     augustus 14 (6) - kopie.JPG

    Vinrent à point la foreuse, la scie à métaux et le tournevis pour l’installation de rideaux: c’était septembre.

     september 14 (1) - kopie.JPG

    Quatre armoires en pièces détachées furent acquises, transbahutées, déballées dans le coffre de la voiture et montées planche par planche par les escaliers avant de pouvoir être assemblées, installées et remplies: c’était octobre.

    maison à vendre,ça se passe comme ça,vie quotidienne

    L’Adrienne se dit: Ces rideaux sont bien peu épais: si j’allume, peut-être voit-on ma silhouette. Elle acquit deux feuilles de plastique à motif végétal, supposées tenir à la vitre par électricité statique. Malgré toutes ses précautions, elle dut les coller avec du scotch. C’était novembre.

     1 nov 2014 (5) - kopie.JPG

    Ainsi furent achevés les travaux de la salle de bains. Voici l’œuvre faite. Et l’on put se reposer, admirer et faire trempette en toute quiétude. 

  • 7 comme 7 heures du matin

    A sept heures du matin, la station-service au coin de la rue est déjà ouverte. Le garagiste et son épouse sont assis chacun d'un côté de la table de leur salle à manger faiblement éclairée. Ils sont penchés sur leurs paperasses ou leur journal tout en buvant un café. Derrière la porte vitrée, sous la petite pancarte 'OPEN', leur chien attend le premier client.

    Au numéro 116, la porte s'ouvre sur un vieux monsieur en savates et linge de corps. Chaque matin, il traverse la rue pour vérifier si sa belle automobile a passé une bonne nuit. C'est une grosse Rover gris sombre qu'il caresse du regard et de la main, puis il rentre chez lui. Sa puissante cylindrée ne quitte pratiquement jamais son bord de trottoir.

    A la petite école, des enfants attendent déjà le bus du ramassage scolaire. Certains dorment debout. Les plus grands garçons courent et taquinent les petites filles. Quelques-uns sont vêtus pour le Pôle Nord et d'autres pour la Côte d'Azur. Les cartables neufs ont déjà un peu souffert. Deux ou trois vestes jonchent le sol. Il fait chaud quand on se poursuit en courant.

    Quand le chien de la station-service passe, levant la patte ici et là, les enfants veulent le toucher, l'arrêter, le caresser. Il poursuit son chemin sans les regarder, sans ralentir.

    J'ai toujours peur qu'un jour l'un d'entre eux s'enhardira et se fera mordre.

  • Première fois

    C'était le 15 août et la mère de l'Adrienne n'avait exceptionnellement rien au programme.

    - Tu as envie de revoir encore une fois le K*? J'y vais pour continuer à vider la maison.

    Elle était partante.

    Le K*, la grande maison au milieu d'une petite réserve naturelle, se vide peu à peu au gré des visites de l'Adrienne et de l'ex-homme-de-sa-vie. Qui, la dernière fois, a menacé de tout jeter à la déchetterie: l'Adrienne ne va pas assez vite en besogne à son goût. Pourtant, la maison ne sera mise en vente qu'en 2015.

    Ce jour-là, elle constate que les lits ont disparu. Le letto matrimoniale, tant pis, même si c'est le cadeau de noces de ses grands-parents, où le mettrait-elle dans la petite maison de tante Fé?

    Mais l'autre? celui qui était le lit dans lequel son père a dormi jusqu'à la veille de son mariage?

    Rentrée chez elle, elle envoie un mail avec cette seule question:

    - Tu n'as tout de même pas jeté le lit de mon père au parc à conteneurs?

    La réponse vient le lendemain et tient en une phrase:

    Ik heb hem in een vroede koleire in stukken gekapt en opgestookt

    Ce qui veut dire qu'il a passé sa colère dessus en le cassant et en le brûlant.

    ***

    Colère? Quelle colère? se demande l'Adrienne dans les jours qui suivent, une fois la stupéfaction première passée.

    Et pour la première fois, oui pour la première fois en huit ans, elle est contente de ne plus être l'épouse de cet homme.

     père,maison à vendre

    pas de photo de ce lit
    mais il me reste les deux tables de nuit

  • K comme Kodak

    C'était l'époque des films kodak. Trente-six expositions. Enlever le rouleau, en mettre un autre, recharger l'appareil. La caméra était lourde, surtout avec le téléobjectif.On l'emportait à toutes les réunions de famille, on la trimbalait en voyage, du Chili jusqu'en Nouvelle-Zélande et jusqu'en haut des montagnes. C'était elle qu'on protégeait d'abord dès qu'il se mettait à pleuvoir.

    Il fallait faire développer les rouleaux. L'impatience de voir le résultat était forte.

    - Surtout, tu n'ouvres pas le paquet avant moi! me disait-il.

    Comme les enveloppes étaient scellées, il était difficile de tricher. Alors j'attendais.

    Aux vacances suivantes, je classais tout dans de grands albums. Je notais les lieux et les dates, pour ne rien oublier.

    On a fini par remplir une armoire d'une quinzaine d'albums qu'on ne regardait plus jamais. 

    Aujourd'hui, je ne peux me décider ni à les jeter, ni à les feuilleter et je ne sais pas où les mettre dans ma trop petite maison.

     maart-april (16).JPG

     même le grenier est déjà plein 

  • Adrienne et les corps de métier (7)

    Quand l'Adrienne a fait la connaissance de Monsieur Entrepreneur, on était au mois de juin.

    De l'an dernier.

    Le 20, la maison était à elle et le 23 tout le plâtre était tombé des murs extérieurs. C'est ce qui arrive quand on essaie d'enlever les huit couches d'anciens papiers peints et que le plafonnage date de 1922. 

    Après Jésus-Christ.

    Monsieur l'Entrepreneur lui a tout de suite fait une excellente impression. Il a envoyé son plâtrier le jour même et lui a conseillé d'arrêter les arrachages de papiers peints si elle ne voulait pas lui voir replafonner toute sa maison. Ça lui a inspiré confiance, à l'Adrienne. Elle est comme ça: elle accorde sa confiance de manière aveugle et irrévocable.

    Elle a donc décidé de lui confier tous les autres travaux prévus (1). Rappelez-vous ces toilettes qu'elle est si fière de montrer à tous ses visiteurs, y compris ceux du blog (2). 

    La seule chose qui manquait encore à son bonheur, c'était une salle de bains. 

    Qu'on lui a promise pour Noël.

    Pour Pâques.

    Pour l'été.

    Ça a failli réussir.

    Monsieur Entrepreneur, le 20 juin (3): "Mais non, ma chère Adrienne, je ne vous ai pas oubliée! Mais j'ai eu tant à faire! Et deux membres de mon personnel m'ont quitté!"

    Oui, c'est lui qui est à plaindre... Pas l'Adrienne.

    Même si elle n'a ni baignoire, ni lavabo.

    Ah? vous ne le saviez pas encore? C'est qu'avant de placer la baignoire, il faut déplacer le lavabo.

     maison à vendre

    (1) sauf le toit, pour lequel elle s'était déjà engagée avec un autre Monsieur, et qui constitue une saga particulière qu'on peut lire ici http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/11/02/adrienne-et-les-corps-de-metier-6-7991161.html

    (2) déjà en novembre http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2013/11/20/le-bilan-du-20-7990291.html et en juin au M comme mosaïques Cool

    (3) de cette année 

     maison à vendre

     état du chantier depuis début juillet

     

  • Adrienne fait des économies

    Une jolie moustiquaire sous forme de porte était prévue.

    350 €

    Elle aurait dû être installée en août dernier. Les circonstances ont fait que ça a été remis.

    Alors cette année, au lieu de rappeler son fournisseur, l'Adrienne est allée dans un magasin de bricolage.

    A acheté un peu de voilage et de velcro.

    Et installé sa "moustiquaire"

    10 €

    tuin juni 2014 (3) - kopie.JPG

    Il a juste fallu encore une pince à linge
    à cause du vent et du courant d'air dans la maison
    Cool

     

  • Première!

    tuin juni 2014 (7) - kopie.JPG

    La première clématite du jardin de l'Adrienne

  • U comme une vieille dame

    En descendant ce matin-là, je vois un matelas sur le trottoir et un homme qui, de la fenêtre de l'étage, y jette un lit en pièces détachées. Dans la rue, un autre ramasse les planches tombées et les jette dans une remorque.

    En remontant après les courses, je vois la vieille dame à sa porte. Matelas et remorque ont disparu.

    - Ils ont fini! lui dis-je.
    - Oh oui! et je suis bien contente que cette chambre soit vidée! Je dors en bas. A l'âge que j'ai, je préfère ne plus faire les escaliers...
    - ...
    - Vous savez, dit-elle, j'ai 95 ans! 

    Je la regarde bien en face en recalant mes deux gros sacs de courses sur mes épaules pas assez baraquées pour qu'ils y tiennent bien sans un petit coup de pouce de temps en temps.

    - Et bien ça alors, bravo! Je ne l'aurais jamais cru!

    C'est merveilleux, me dis-je en remontant encore un peu plus haut vers chez moi, c'est merveilleux d'être encore aussi bien à cet âge et dans sa propre maison.

  • M comme mosaïques

    L'Adrienne a la grande joie de vous annoncer la venue de mignonnes mosaïques grises et blanches dans son petit coin. 

    juin (3) - kopie.JPG

    sans barbotine

     juin (4) - kopie.JPG

     avec barbotine

    Avec tous ces travaux, l'Adrienne apprend constamment des nouveaux mots Langue tirée

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Barbotine

    où l'on verra que la barbotine est
    une boisson canadienne
    une plante herbacée
    un produit utilisé pour les carrelages ou la céramique
    une BD de Leonardo
    un personnage de Barbapapa

    etc.

  • 20 orchidées

    L'Adrienne a voulu faire comme Berthoise et Zigmund
    malheureusement, elle a oublié de mettre son appareil en fonction "close-up" 

    orchidées 2014 (3) - kopie.JPG

     mais pour quelqu'un qui sait compter
    il y a là bien 20 orchidées

    Cool

    Le bilan de l'année est très positif
    Faut croire qu'elles se plaisent dans la maison de Tante Fé
    Bisou

    orchidées 2014 (1a) kopie.JPG

    celles de la cuisine

    orchidées 2014 (1c) - kopie.JPG

    souvenir de François, sept ans déjà

    orchidées 2014 (5) - kopie.JPG

    orchidées 2014 (1b) kopie.JPG

    celles du bureau

    orchidées 2014 (2) - kopie.JPG

    Il n'y en a qu'une que je ne vous montre pas.
    J'ai réussi à casser toutes ses branches à fleurs alors qu'elles étaient en bouton.
    Toutes les quatre
    mais pas le même jour.


    Experte aussi quand je "fais les poussières"
    Langue tirée

  • Adrienne déménage

    Le salon est prêt

    verf en behang april 2014 001 - kopie.JPG

    phase deux de la peinture des faïences de la cheminée
    (il a fallu quatre couches)

    La cuisine est peinte et tapissée

    maart-april (7).JPG

     phase 1 du numéro d'équilibriste

    verf en behang april 2014 005 - kopie.JPG

    phase 1 de la pose du papier peint
    (l'entreprise totale a duré trois jours)

    Bref, aujourd'hui l'Adrienne a quelques amis qui vont lui déménager ses armoires et son lave-linge.

  • x c'est l'inconnu

    Entrepreneur, plein de célérité,

    Quinze jours a, je les ai bien comptés,

    Et dès demain seront justement seize,

    Que je fus fait confrère au diocèse

    De Saint-Marri, en l'église Saint-Pris.

    Si vous dirai comment je fus marrie

    Et me déplaît qu'il faut que je le die.

    Un samedi vous vîntes à l'étourdie

    En ce palais me jurer votre foi :

    « Lundi je travaille sous votre toit. »

    Incontinent, qui fut bien étonnée ?

    Ce fut Adri, plus que s'il eut tonné.

    Puis les jours et les semaines ont passé,

    Et quand je vous ai attendu assez

    J'ai compris que ce n'était pas demain

    Que j'aurais enfin ma salle de bains.

     

    maison a vendre,pastiche,poesie

    Clément Marot n'est malheureusement pas visible sur cette photo.