nordique

  • M comme maison de poupée

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    Allez savoir pourquoi, ce titre m'a toujours induite en erreur, m'ôtant l'envie de lire la pièce. Maison de poupée, pourtant, est bien choisi, je dois l'avouer maintenant que je l'ai enfin lue tongue-out 

    [Papa] m'appelait sa petite poupée et il jouait avec moi comme je jouais avec mes poupées. Et puis je suis entrée dans ta maison... [...] Je veux dire que j'ai quitté les mains de papa pour passer dans les tiennes. - LdP p.136, traduction de Marc Auchet. 

    La pièce date de la fin du 19e siècle et bien sûr, ça se remarque à chaque page. La position de Nora comme femme, épouse, mère, n'est plus tout à fait celle d'aujourd'hui. Fort heureusement, les lois ont fini par accorder aux femmes un statut d'être humain responsable à part entière. 

    Je viens d'apprendre que les lois ne sont pas ce que je croyais. Mais je n'arrive pas à me persuader que ces lois-là puissent être justes. (id., p.149) 

    Pourtant, même si la société a évolué, la pièce garde une certaine actualité: si on considère la place de la femme, son rôle, son statut, aujourd'hui encore elle est placée devant les mêmes choix. Je le vois par exemple à mes grandes élèves, qui choisissent à 17 ou 18 ans une carrière qui leur permettra de s'occuper de leurs enfants... aucun garçon de 18 ans n'a ce souci. 

    Pour une belle analyse éthique de la pièce, voyez ici

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    lu pour le challenge nordique chez Margotte

  • F comme Finlande

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    Si un jour vous croisez l'Adrienne en ville, et que vous la voyez se baisser pour ramasser un truc sur le trottoir, ce ne sera sans doute pas pour une piécette qui brille au soleil: ce sera pour le ver de terre kamikaze ou l'escargot déshydraté, qu'elle remettra tous deux dans ce qu'elle considère être le bon chemin pour eux. 

    L'autre jour, c'est à la fenêtre de son bureau que son araignée domestique décide de filer sa toile. 

    - Quelle idée! lui dit l'Adrienne. Il y a des moustiquaires partout, qu'est-ce que tu espères attraper? 

    La réponse est venue dans le quart d'heure.

    L'araignée sait se rendre utile. 

    C'est aussi ce qui apparaît dans un conte de la Laponie finlandaise.  

    Un Sámi poursuivi par des ennemis se cache dans un trou sous terre. Une araignée s'empresse de tisser une toile qui recouvre entièrement l'entrée de la cachette. Alors quand les poursuivants arrivent et voient la toile d'araignée intacte au-dessus du trou, ils passent leur chemin. Le Sámi est sauvé. 

    Voilà pourquoi, dit la légende, les vieux Samis ne veulent pas qu'on tue une araignée: un jour l'une d'elles a sauvé la vie d'un homme. 

    *** 

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    lu pour le challenge nordique chez Margotte: 

    Contes de Laponie rassemblés par J.K. Qvigstad et adaptés en français par J. Privat, éd. Esprit ouvert, 2000

     

  • B comme Bottes suédoises

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    Pour parler de ce livre, par quel bout commencer? 

    Faire le lien avec le précédent, Les Chaussures italiennes? C'est inutile, ils peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre. 

    Faire le lien avec la biographie de l'auteur, dont c'est l'ultime ouvrage? (1) Peut-être n'est-ce pas pertinent de se demander dans quelle mesure auteur et narrateur se confondent quand ils parlent de l'éventualité de leur mort prochaine et de la peur qu'ils en éprouvent. 

    Faire le lien avec l'environnement naturel décrit dans le roman? Le climat nordique, ces rochers où rien ne pousse, cette petite ville portuaire de plus en plus déserte et désolée ajoutent évidemment à l'ambiance générale. 

    Chacun y souffre du même problème, la solitude: l'ancien facteur, qui se mêle de la vie des autres, la femme du restaurant, qui rêve d'un ailleurs, la vieille sur son rocher, dernière survivante de quelques familles de pêcheurs, la veuve de Nordin, mort subitement d'un arrêt cardiaque, la réfugiée polonaise, qui travaille depuis des années à la remise en état d'une vieille bagnole, la jeune journaliste... et le narrateur, même si c'est par choix qu'il vit en reclus sur son île. 

    Lui aussi aimerait revivre un amour, avoir une présence aimante à ses côtés. A 70 ans, il a peur qu'il ne lui reste que peu de temps, même s'il est encore en parfaite santé. 

    Vieillir, c'est s'aventurer sur une glace de moins en moins solide. (p. 255)

    Et puis... et puis, après l'incendie criminel de sa maison, les événements vont s'enchaîner pour nous mener, nous lecteurs, vers une fin beaucoup plus positive qu'on ne l'aurait imaginé. 

    Ce qui me fait conclure que peut-être, s'il en avait eu le temps, Henning Mankell aurait poursuivi par un troisième tome. 

    Moi en tout cas je sais quel titre je lui aurais donné tongue-out  

    *** 

    (1) l'original a paru en 2015 et l'auteur est décédé en octobre cette année-là 

    source de l'image et info ici, sur le site de l'éditeur et les 25 premières pages en lecture ici 

    merci à Margotte et à son challenge nordique 

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  • K comme Krapu

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    Eva-Lena a trente-neuf ans, un mari, trois enfants, et sa vie se trouve à un point mort au moment où, par un malheureux concours de circonstances, elle se retrouve enfermée dans le cagibi de la photocopieuse, un vendredi soir. 

    Elle n'en sera "sauvée" que le lundi matin, de sorte qu'elle a eu de très nombreuses heures pour réfléchir à son passé, son présent et son avenir. 

    Voilà pour le pitch

    info et photo sur le site de l'éditeur 

    lire, lecture, lecteur, nordique

    deuxième lecture pour le challenge chez Margotte. 

    Au début, ça m'a très fort fait penser au Lièvre de Vatanen, peut-être à cause des oreilles sur la photo de couverture, ou parce que l'auteur est née en Finlande, mais il me semblait retrouver des similitudes dans la situation burlesque d'Eva-Lena et celle de Vatanen ainsi que des ressemblances de ton, d'atmosphère. 

    J'ai juste failli arrêter de lire en me rendant compte que le portrait d'Eva-Lena comme prof ressemblait un peu trop au mien: celle qui vient déjà pendant les vacances préparer sa classe, celle pour qui aucun manuel n'est assez bon et qui préfère fabriquer tout son matériel elle-même, celle qui pense tout le temps à l'école, à ses élèves, à ses cours, s'interroge tout le temps sur ses méthodes, ses évaluations, le bien-être de ses élèves. Et qui a tout le temps le nez dans ses copies, méritant ainsi les sarcasmes de son mari: pourquoi faire toutes ces heures supplémentaires sans être payée? 

    Or, je ne voulais surtout pas lui ressembler! 

    Heureusement, les ressemblances n'allaient pas plus loin tongue-out et j'ai suivi avec attention (et espoir tongue-out) l'introspection forcée de l'héroïne qui arrive aux bonnes conclusions: "J'ai fait partie des personnes les plus prétentieuses qui soient" (p.239) cherchant la perfection dans un tas de domaines - elle est par exemple un as du planning, de l'organisation, du ménage et de la traque anti-poussière - et en a oublié ce qui compte réellement.  

    "Quand je sortirai d'ici, j'aurai à nouveau le choix. D'innombrables options s'offriront à moi. 
    Maintenant, il faut que je note les choses que je ne veux pas rater à l'avenir. Et les choses dont je peux me passer." (p.256) 

    Elle ne gardera qu'un seul principe, finalement: l'amour. De soi et des autres. Le plaisir. 

  • Première participation

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    Un des gros problèmes de l'Adrienne, c'est de se lancer dans des tas de trucs et d'avoir du mal à les mener à bien. 

    Faut qu'elle apprenne à se limiter. 

    Faudrait... 

    Mais bon, elle s'est engagée dans un challenge chez Margotte

    Il y avait le choix entre Poucette (un à trois livres), Petite sirène (trois à cinq livres) et Reine des neiges (plus de cinq livres). Je vous laisse deviner à quoi l'Adrienne s'est engagée tongue-out 

    Bref, ceci explique pourquoi aujourd'hui elle va vous parler d'un livre qui l'a barbée. 

    Oui, barbée. 

    Et pourtant - une fois de plus - elle s'était laissé embobiner par l'alléchante quatrième de couverture, qui promettait un voyage en Italie, la découverte d’œuvres d'art (Giotto, Brunelleschi, Raphaël...) et de l'amour. 

    Est-ce que tout ça ne s'y trouverait donc pas, vous demandez-vous. 

    Si, si. Quatre cent quinze pages. 415. Pour seulement deux personnages, une jeune fille de 17 ans, un jeune homme à peine plus âgé, féru d'art et préparant une série d'articles sur le thème de la crucifixion en peinture. 

    Elle tombe amoureuse de lui et pour avoir une bonne raison de s'attacher à ses pas de musée en église, se fait expliquer - en long et en large - la grosse trentaine d’œuvres qui formeront l'objet de ses articles.

    Comme il s'agit de crucifixions et qu'on suppose que les (jeunes) lecteurs d'aujourd'hui ne connaissent pas l'histoire sainte, on reçoit au fil des pages de longs cours de catéchisme. David, Salomon, Jésus, Marie, les apôtres, l'Ancien et le Nouveau Testament, les fêtes chrétiennes, tout est aussi minutieusement expliqué que les trente quatre peintures et sculptures. 

    Ouf! Même l'Adrienne - qui pourtant on le sait aime l'Italie, ses peintres, ses musées - n'est pas arrivée à lire jusqu'au bout. 

    Peut-être parce qu'elle connaît son catéchisme. 

    Ou peut-être parce que l'intrigue amoureuse est quasi nulle. Nul le suspense. Nulle l'évolution des personnages. 

    Bref, n'en parlons plus. 

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    BjØrn Sortland, La minute de vérité, roman d'art et d'amour, traduit du norvégien par Françoise, Marina et Tom Heide, Bayard, 2015