opéra

  • V comme voix

    Quand j'ai perdu mon arrière-grand-père, mon grand-père, ma grand-mère, mon père, la première chose que j'ai perdue d'eux, c'est le son de leur voix. 

    Bien sûr, pour les visages il y a les photos: elles ravivent le souvenir, c'est certain. Aurais-je une vision si nette de ma grand-mère si je n'avais pas les photos pour me la rappeler? C'est possible. 

    De même, je me souviens très bien de leur écriture, à tous. Pourtant, pour deux d'entre eux je ne dispose d'aucun document écrit de leur main. Ma mémoire sera donc plus visuelle qu'auditive. 

    Avoir perdu le souvenir de leur voix est une chose que je regrette énormément. 

    Aussi, l'extrait ci-dessous me "parle" fort: 

    Il fut un temps où je conservais certains messages de mon grand-père, qui m’appelait de Tokyo, sur le répondeur de mon téléphone fixe parisien. La capacité d’enregistrement étant limitée, je faisais régulièrement le tri pour ne conserver que les messages les plus précieux. Les messages téléphoniques sont on ne peut plus privés, parce qu’ils portent une adresse personnelle, et que le nom de l’émetteur et du destinataire sont souvent prononcés. Je conservais ces messages, et sa voix qui m’interpellait. Mais lorsque, après son départ définitif, j’ai voulu réécouter ses messages comme un ultime recours, tous avaient disparu. J’avais dû les effacer à un moment, en pensant que… en pensant quoi ? 

    Ryoko Sekiguchi, La voix sombre, POL, 2015 

    souvenir,père

    Bizarrement, je me souviens mieux de la voix de José van Dam,
    qui ne chante pourtant plus depuis 2010 tongue-out 

    (rien à voir avec cette photo prise à Ostende en décembre 2015) 

     l'opéra entier ici avec Lucia Popp, Frederica von Stade, Gundula Janowitz... et notre José national sous la direction de Georg Solti en 1980.

  • X c'est l'inconnu

    Il me semble que cette Giulietta est fort surprise 

    de se trouver toute nue 

    2016-08-26 (48).JPG

    sur le mauvais balcon... 

    *** 

    photo prise à Ostende 

    le vendredi 26 août 

    ***

    en supplément, parce que j'kiss ces beaux inconnus cool 

  • F comme figaro

    Pour ceux qui aiment lire un petit compte-rendu 
    de la visite chez les successeurs du coiffeur-philosophe 
    il faudra revenir en fin de journée 
    quand l'Adrienne se sera fait couper les cheveux

    smile 

    extrait du Mariage de Figaro 

    sous la direction de René Jacobs

    Figaro: Se a caso Madama la notte ti chiama, din! din! in due passi da quella puoi gir.
    Vien poi l’occasione che vuolmi il padrone, don! don! in tre salti lo vado a servir...

    Susanna: Così se il mattino il caro Contino, din! din! e ti manda tre miglia lontan,
    don! don! a mia porta il diavol lo porta, ed ecco in tre salti … 

     Se vuol ballare, signor Contino, il chitarrino Le suonerò.
    Se vuol venire nella mia scuola, la capriola Le insegnerò.
    Saprò... Ma, piano: Meglio ogni arcano, dissimulando, scoprir potrò.

  • O comme observez!

    C'était il y a bien longtemps, l'Adrienne suivait sa première année de cours d'italien.

    - Quelqu'un sait comment on dit "moustache" en italien? demande la prof.

    L'Adrienne lève la main, toute contente:

    - Mustacchi (1)! fait-elle.

    La prof lève un sourcil étonné:

    - Ah non, dit-elle, non non! Tu confonds avec le mot français...

    - C'est dans Mozart! riposte l'Adrienne. C'est dans "Così fan tutte"!

    - C'est possible, dit la prof un peu sèchement, mais en italien, moustache se dit "baffi".

    Non siate ritrosi, occhietti vezzosi,
    Due lampi amorosi vibrate un po quà.
    Felici rendeteci, amate con noi,
    E noi felicissime faremo anche voi.
    Guardate, toccate, il tutto osservate;
    Siam due cari matti,
    siam forti e ben fatti, 
    E come ognun vede,
    sia merto, sia caso,
    Abbiamo bel piede,
    bell'occhio, bel naso,
    Guardate bel piede, osservate bell'occhio,
    Toccate bel naso, il tutto osservate:
    E questi mustacchi chiamare si possono
    Trionfi degli uomini, pennacchi d'amor,
    Trionfi, pennacchi, mustacchi!

    (1) se prononce comme Moustaki, sauf pour l'accent tonique, évidemment  wink 

    ***

    semaine 20 chez Le Hibou

    thème: moustache

  • T comme Tata Yoyo

    Assise à son clavier (1), l'Adrienne chante à tue-tête "O mio babbino caro, mi piace, è bello bello, vo’ andare in Porta Rossa a comperar l’anello! Si, si, ci voglio andare! E se l’amassi indarno, andrei sul Ponte Vecchio ma per buttarmi in Arno! Mi struggo e mi tormento, O Dio! Vorrei morir! Babbo, pietà, pietà! Babbo, pietà, pietà!"

    Elle le chante une première fois avec Maria Callas (2), une deuxième fois avec Anna Netrebko (bof), une troisième fois avec un enfant prodige...

    Puis elle se rend compte qu'elle n'habite plus à la campagne et que Voisine-Casque-d'Or ou les passants-qui-passent doivent se demander de quel mal elle souffre.

    ***

    (1) d'ordinateur! le piano, c'est pour plus tard Clin d'œil

    (2) https://www.youtube.com/watch?v=69pxWVjlbNo

     

  • C comme Ça devait arriver un jour!

    C'est pendant le premier entracte, en se rendant aux toilettes, que l'Adrienne tout à coup est apostrophée par un:

    - Ah! tu es là aussi!

    Auquel elle a répondu par un simple "Oui" tout en poursuivant son chemin. Puis elle est descendue à la librairie, a feuilleté les quelques rares bouquins qui s'y vendent encore - les CD et DVD ont mangé presque tout l'espace - et est retournée à sa place terminer le livre de Jeanne Benameur qu'elle avait commencé avant le début du spectacle.

    Entre-temps, lui aussi avait regagné sa place au premier rang du parterre, mais restait debout, tourné vers la salle et la scrutant du regard pour essayer de découvrir où elle était assise. Elle a rentré la tête dans les épaules, s'est penchée un peu vers la droite pour se cacher derrière le dos d'un couple qui avait eu la bonne idée de se lever pour converser avec une connaissance.

    Quand la musique a repris, les mots racontaient leur histoire, crudel, ingrato, inganno, infedele, sdegnata, traditore, abbandonata... comme à peu près tout le répertoire des opéras.

    Pendant le deuxième entracte, il s'est de nouveau levé pour observer la salle et l'Adrienne s'est tassée encore un peu plus sur son siège. Les gens autour d'elle ont commencé à la regarder bizarrement Langue tirée

    A la fin de la représentation, elle est sortie pendant les applaudissements, pour être sûre de ne pas le rencontrer aux vestiaires.

    Dans son carnet, elle a soigneusement noté quelle formule d'abonnement elle ne devait surtout pas prendre, à la saison prochaine, si elle ne veut pas se retrouver chaque fois confrontée à l'homme-de-sa-vie.

     alcina.jpg

    http://www.lamonnaie.be/fr/opera/425/Alcina

     

     

     

  • K comme Ketje

    Arriver à Bruxelles en plein Zinnekeparade. Sous une pluie battante et un vent qui arrache le capuchon de l'imperméable. Ne pas avoir de main libre pour se couvrir de nouveau la tête.

    Traîner une valise sur le pavé inégal de la Grand-Place noire de monde. Se perdre dans les ruelles au milieu de la foule massée autour des groupes de la parade. Ne pas trouver la rue de l'hôtel où on a réservé en toute dernière minute. Se dire qu'il aurait mieux valu faire l'aller-retour en voiture, comme prévu initialement, quelle que soit la fatigue.

    brussel mei 2014 (1) - kopie.JPG

    au coin de la rue de l'Etuve, vers 17.00 h.

    Se rendre compte que c'est peut-être une des dernières fois qu'on va à l'opéra, vu qu'on a résilié son abonnement pourtant si chèrement acquis. L'argent est aussi le nerf de la guerre entre la maison (sa plomberie, son électricité, son nouveau toit) et la culture.

    Etre contente d'être là, dans cette ville toujours un peu folle, toujours un peu bon enfant.

    Demander la route à un homme. Qui sort son plan de ville et envoie la voyageuse à gauche alors qu'elle devrait aller à droite. Supposer que c'est son côté féminin qui lui a fait commettre cette erreur. Tourner en rond sous la pluie. S'adresser à une femme flic. Se demander comment son collègue a fait pour deviner le nom de l'hôtel.

    S'installer enfin dans une chambre avec vue. Sur le mur d'en face et le toit plat du premier étage.

    La connexion wifi est si lente que l'ordi se lasse d'attendre. La pluie a cessé; les trottoirs sèchent. 

    brussel mei 2014 (2) - kopie.JPG

     introduction au spectacle, grand foyer, vers 19.30 h.

    Voir un Rigoletto qui vaut le déplacement. Se dire qu'à la saison prochaine, on prendra peut-être de temps en temps une place au poulailler. Même s'il faudra faire l'investissement d'une longue-vue.

    Rester jusqu'aux derniers applaudissements, vu qu'on n'a ni train, ni voiture à prendre. Ne presque pas se tromper de route pour rentrer à l'hôtel.

    Se sentir plus Daninos que jamais quand les lampes se rallument spontanément toutes les cinq à six minutes alors qu'on a bien éteint à tous les interrupteurs.

    Constater que les autres voyageurs aiment prendre des bains de minuit. Se dire qu'ils apprécieront sans doute tout autant le bain de leur voisine à six heures du matin.

  • M comme Monnaie et Mozart

    Ce soir j'oublie mes corrections pendant trois heures trente.

    Je serai à la Monnaie pour voir Così fan tutte.

    Quel bonheur Langue tirée

    http://www.lamonnaie.be/fr/mymm/related/event/251/media/1754/Michael%20Haneke%20sur%20Cosi%20fan%20tutte/

    Bon week-end à tous!

  • I comme ivresse

    "On ne boit pas que du thé, dans la Recherche! Quelques grands crus de Bordeaux sont servis à la table des Verdurin, et la consommation de porto favorise parfois les entreprises de séduction du héros, à Balbec. Mais c'est le champagne devenu, à la Belle Epoque, le nectar des dîners mondains ou galants (...) qui est la boisson la plus consommée."

    Michel Erman, Les 100 mots de Proust, PUF Que sais-je, 2013, pages 65-66

    proust,lecture,littérature

    http://www.puf.com/Que_sais-je:Les_100_mots_de_Proust

    Alors, alors?

    Libiamo!

    https://www.youtube.com/watch?v=vWz7Gbalk98

  • F comme femme fatale

    Ce soir, l'Adrienne sera au Cirque Royal pour y assister à une production de la Monnaie, Lucrezia Borgia.

    Petit reportage dans les coulisses de la Monnaie où on s'active pour préparer le spectacle: http://www.lamonnaie.be/fr/mymm/related/event/241/media/1603/Les%20coulisses%20de%20Lucrezia%20Borgia/

    Aucun rapport, bien sûr, avec la journée de la femme... quoique!

    C'est peut-être une occasion de faire la fête (F comme... Cool)

  • O comme opéra

    geen 012.JPG

    la Monnaie
    hiver 2012-2013
    Bisou
    j'aime j'aime Bruxelles

  • Première fois au Vlaamse Opera

    Comme vous le savez depuis lundi dernier, je suis allée voir ailleurs Innocent

    J'ai donc pu faire une étude comparative des mérites de La Monnaie et du Vlaamse Opera...

    J'y ai vu un jeune ecclésiastique en soutane. Je croyais que ça n'existait qu'à Rome Langue tirée.
    J'y ai vu un monsieur qui dormait déjà dix minutes avant le lever du rideau et qui ne s'est réveillé qu'à l'entracte. Ce qui ne l'a pas empêché d'applaudir avec force et conviction.
    J'y ai vu des vieilles dames qui minaudaient:

    - Votre épouse me dit que je peux m'asseoir ici, à côté de vous... ça vous va?

    D'autres qui médisaient:

    - Oh je ne pense pas qu'ils iront chez Marcelle. Ils n'y vont que quand ils sont malades.

    J'y ai entendu toutes sortes de banalités mais sans doute l'époque des soldes y était pour quelque chose:

    - Moi mes chaussures je les use, mais elle, non.

    - C'était bleu et blanc, avec des oursons...

    Parfois, tout de même, quelqu'un parlait musique:

    - Rossini, c'est toujours bien!

    - Moi je vais chaque année à Pesaro! Je suis très rossinienne!

    Bref, ça volait très haut Cool

  • Z comme Zedda

    J'ai fait une infidélité à la Monnaie et je suis allée voir Il viaggio a Reims au Vlaamse Opera, à Gand. Pourquoi? Parce que le chef était ce maestro Zedda que j'ai vu l'été dernier à Pesaro (voir le billet: http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/07/21/z-comme-zedda.html)

    Maestro Alberto Zedda, qui vient de fêter son 84e anniversaire le 2 janvier, est un petit monsieur souriant et plein de malice. Et une source inépuisable d'anecdotes Clin d'œil

    Au moment d'acheter le billet, fin août, je me suis souvenue du terrible hiver de l'an dernier et n'ai pas voulu prendre le risque d'acheter une place aussi chère pour ensuite être empêchée d'arriver jusqu'à Gand à cause de la couche de neige ou du verglas: j'ai donc choisi un dimanche en matinée, ce qui me permettrait si nécessaire d'aller à pied au village et de me débrouiller avec les transports en commun à l'aller comme au retour. Finalement, il faisait un temps si doux qu'on se serait cru au printemps. Mais ce choix du dimanche en matinée tombait très bien: après le spectacle, chacun était invité, s'il le désirait, à assister à une entrevue avec le Maestro en personne ainsi qu'avec un des chanteurs.

    En voyant cette salle archi-comble et l'immense ovation (*) reçue par Alberto Zedda à la fin du spectacle, j'ai craint qu'il n'y ait la foule à cet entretien. Mais non, nous n'étions pas trente personnes... et ce fut tout à fait charmant. Maestro Zedda était intarissable et aurait pu continuer à parler pendant des heures.

    Ce qui m'a le plus amusée, c'est sa réponse à la question:

    - Maestro Zedda, vous est-il jamais arrivé, dans votre festival Rossini à Pesaro, d'intervenir dans la mise en scène? et de refuser une mise en scène?
    - Oui, ça m'est arrivé.
    - Ah bon, ça vous est arrivé? Et c'est arrivé souvent?
    - Non, c'est arrivé quelques fois seulement.
    - Et pourriez-vous nous dire pour quelles raisons vous refusez une mise en scène?
    - Oh... je refuse des choses qui sont contraires à l'esprit rossinien.
    - Vous pourrriez nous en donner un exemple?
    - Et bien un jour un metteur en scène voulait que les protagonistes s'arrachent leurs vêtements sur scène pour suggérer un passage à l'acte amoureux. C'était même plus que suggérer, d'ailleurs... c'était un véritable strip-tease...
    - Donc ça, vous l'avez interdit?
    - Oui, ça j'ai dit que ça n'allait pas.

    Voilà toute la malice d'Alberto Zedda: car précisément ce jour-là au Vlaamse Opera, on avait pu assister à ce genre de scène:

    - Alors vous n'avez pas apprécié notre mise en scène de l'opéra? Vous-même l'auriez refusée?
    - C'est une chose que Rossini n'aurait jamais acceptée... Mais j'ai admiré, ajouta-t-il non sans ironie, comment les deux chanteurs ont réussi à continuer à chanter juste malgré toute la gymnastique à laquelle on les a obligés.

    ***

    (*) comment dit-on en français "een staande ovatie", quand tout le public se lève pour applaudir?

    Une photo du Maestro en pleine action, c'est sur le site du Vlaamse Opera: http://vlaamseopera.be/nl/#!/producties/il-viaggio-a-reims?showmember=526873

    Une photo de la scène "scabreuse" ici: http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,print,0&cntnt01articleid=3259&cntnt01showtemplate=false&cntnt01lang=fr_FR&cntnt01returnid=54

  • G comme générale

    J'ai eu l'occasion d'assister samedi dernier à une répétition générale de l'opéra qui sera présenté en première ce soir: Cendrillon, de Jules Massenet... et j'en suis sortie enchantée!

    J'ai tout aimé: la mise en scène qui allie beaucoup d'humour à la féerie du conte de fée, tout droit sorti du livre de Charles Perrault illustré par Gustave Doré; la prestation des choristes qui ont de véritables petits rôles types à jouer et à danser; la voix magnifique d'Anne-Catherine Gillet dans le rôle titre...

    Mais j'arrête là mon énumération des beautés de ce spectacle, dès lundi les journalistes spécialisés en parleront mieux que moi.

    Bien sûr, il s'agissait d'une prégénérale, donc ici et là il y a eu une interruption pour régler un détail du décor. Aussi, je me réjouis de pouvoir y retourner le 17 décembre pour voir un spectacle bien huilé et parfait jusque dans ses moindres détails, comme on en a l'habitude à la Monnaie Cool

    Voir un opéra, je considère que c'est un privilège. Le voir deux fois, c'est le nirvana Sourire

    opéra,bruxelles,la monnaie

    l'épisode de l'essayage de la petite pantoufle de verre, par Gustave Doré: "Approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu'elle y entrait sans peine & qu'elle lui était juste comme de cire."

    ***

    L'interview avec le metteur en scène, Laurent Pelly: http://www.lamonnaie.be/fr/mymm/article/30/

    Tous les renseignements ici: http://www.lamonnaie.be/fr/opera/146/&utm_source=La+Monnaie&utm_medium=email&utm_campaign=D%C3%A9cembre+%C3%A0+la+Monnaie+!

    Pour ceux qui voudraient relire le conte dans la version de Perrault: http://fr.wikisource.org/wiki/Cendrillon_%28Perrault%29

    Enfin, quelques morceaux d'anthologie:

    - une publicité Chevrolet de 1936, A coach for Cinderella http://www.youtube.com/watch?v=rMDh5Ln5J_0 et une de 1937, A ride for Cinderella http://www.youtube.com/watch?v=ssvsVIHkGC0

    - un court métrage de Méliès http://video.google.com/videoplay?docid=3563531842208195735

    - et pour ceux qui comme moi aiment Tex Avery, voici son dessin animé Swing shift Cinderella: http://www.dailymotion.com/video/x3sxba_tex-avery-mgm-1945-swing-shift-cind_fun

    opéra,bruxelles,la monnaie

    l'affiche de l'année de création: 1899

  • Z comme Zedda

    - Maestro Zedda è presente questa sera! annonce fièrement le directeur de ce cycle de conférences philologiques auxquelles j'étais allée à Pesaro.

    Maestro Zedda, mais qui est ce monsieur? me demandai-je...

    Ce soir-là, il s'agissait de philologie musicale et de la question de "la version authentique" du Barbier de Séville de Rossini. Un des problèmes étant, par exemple, que Rossini lui-même a produit de nombreuses variantes ou adapté livret et partition aux circonstances. Comme tant d'autres compositeurs, me direz-vous.

    J'appris que maestro Zedda est l'auteur de la première édition critique du manuscrit de Rossini, publié en 1968. Vous comprendrez donc qu'il n'est plus tout jeune. J'appris aussi que c'est son édition qui a été mise en scène par Jean-Pierre Ponnelle en 1969 et - tenez-vous bien - que c'est cette mise en scène de Ponnelle qu'on joue encore aujourd'hui à la Scala de Milan. Je plains les Milanais comme j'ai plaint les Véronais à qui on sert du Zeffirelli depuis quarante ans... Mais sans doute qu'il n'y a que des touristes de passage et que les amateurs d'opéra et de créativité viennent à la Monnaie Langue tirée

    Rentrée chez moi, j'ai fait mes recherches avec mon ami g**gl*. Maestro Alberto Zedda est spécialiste de Rossini, lié à l'académie rossinienne de Pesaro et né en 1928. Mais apparemment toujours actif. Ci-dessous, un lien vers un article fort élogieux pour une de ses prestations au Vlaamse Opera en décembre dernier:

    http://www.rtbf.be/culture/scenes/%C2%AB-ssemiramide-%C2%BB-voix-ravageuses-decor-ravage-zedda-super-maestro/

    Faudra-t-il que je prenne aussi un abonnement au Vlaamse Opera?

    Clin d'œil

    "Begin maar te sparen"(1), aurait dit ma grand-mère Adrienne...

    Et justement, pour la saison à venir, il y a un opéra de Rossini au programme, Il viaggio a Reims, avec au pupitre maestro Alberto Zedda!

    http://vlaamseopera.be/nl#!/seizoen-2011-2012/il-viaggio-a-reims?mode=overlay

    ***

    (1) commence par épargner

  • O comme opéra

    Quand je dis que j'ai appris l'italien grâce à l'opéra, je fais généralement sourire les gens. Ils croient à un trait d'humour.

    Pourtant, c'est vrai.

    C'est souvent grâce à l'opéra que je trouve le mot exact sans devoir le chercher.

    J'étais à Pesaro, via Rossini, où la vue d'une jolie robe rouge en solde m'a décidée à entrer dans un magasin. Elle était juste à ma taille mais il y avait des épingles dans l'ourlet. Grâce à Barberina, dans les Noces de Figaro, j'ai pu tout de suite sortir le mot 'spilla' à la vendeuse Clin d'œil

    http://www.youtube.com/watch?v=pYHwyGDyXxg&feature=related

    Parfois cependant l'opéra peut m'induire en erreur. Comme le jour où j'ai utilisé le mot 'mustacchi', appris dans Cosi fan tutte. Mais aujourd'hui on dit 'baffi' Rigolant

    http://www.youtube.com/watch?v=Pr2LBjN7K10

    voyage,italie,pesaro,italien,opéra,mozart

  • Stupeur et tremblements pour la culture

    Faire toujours plus avec toujours moins, ce n'est pas que dans l'enseignement qu'on est confronté à ce problème ces 30 dernières années, c'est dans tout ce qui touche à la culture: on est obligé de déployer des trésors d'ingéniosité et de faire appel à beaucoup de bénévolat si on veut continuer à réaliser des choses.

    Appelons ça le miracle de la culture.

    Ce miracle a lieu tous les jours dans nos écoles, où des profs sont dans leur classe avant, entre et après les cours, pour donner des explications à ceux qui n'ont pas compris, ou qui ont été malades; où ils organisent des activités diverses. Où ils essaient d'"allumer ce feu" dont parlait Montaigne.

    Ce miracle a lieu tous les jours dans des endroits comme la Monnaie, où on crée, où on peaufine, où on essaie de répondre quotidiennement à la question que posait Ernst Krenek en 1936: "Ist Oper heute noch möglich?"

    ***

    Pour essayer de répondre à la question de Krenek, on peut aller voir ici:  http://www.opera-europa.org/view.asp?id=1114

    Et l'opinion des jeunes est là: http://www.opera-europa.org/view.asp?id=1116

    ***

    Ma "question existentielle" du mois de janvier était Kan kunst de wereld redden? On est bien loin, aujourd'hui, de l'optimisme affiché par Dostoievski dans Les frères Karamazov: "L'art sauvera le monde".

    On constate qu'au manque de moyens financiers s'ajoute le doute. Voyez la conférence de l'Unesco en 2009, qui titrait un défaitiste Que peut encore l'art?

    On peut lire les résultats de la réflexion ici: http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=40576&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

    ***

    Enfin, troisième point: l'opéra est un art du spectacle, ce qui veut dire que chaque représentation est unique mais passagère. Comment garder la trace de l'éphémère?

    Parmi les choses qu'on ne rencontre pas dans la nature, mais seulement dans le monde fabriqué par l'homme, on distingue entre objets d'usage et oeuvres d'art ; tous deux possèdent une certaine permanence qui va de la durée ordinaire à une immortalité potentielle dans le cas de l'oeuvre d'art. En tant que tels, ils se distinguent d'une part des produits de consommation, dont la durée au monde excède à peine le temps nécessaire à les préparer, et d'autre part, des produits de l'action, cornme1es événements, les actes et les mots, tous en eux-mêmes si transitoires qu'ils survivraient à peine à l'heure ou au jour où ils apparaissent au monde, s'ils n'étaient conservés d'abord par la mémoire de l'homme, qui les tisse en récits, et puis par ses facultés de fabrication. Du point de vue de la durée pure, les oeuvres d'art sont clairement supérieures à toutes les autres choses; comme elles durent plus longtemps au monde que n'importe quoi d'autre, elles sont les plus mondaines des choses. Davantage, elles sont les seules choses à n'avoir aucune fonction dans le processus vital de la société; à proprement parler, elles ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va-et-vient des générations. Non seulement elles ne sont pas consommées comme des biens de consommation, ni usées comme des objets d'usage: mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités de la vie humaine.

    Hannah Arendt, La Crise de la culture, Foilo Essais n°113, 1989

    ***

    Voilà, je pense qu'avec cela la boucle est bouclée: non, l'art ne peut être un bien de consommation comme un autre, non on ne peut pas le laisser entièrement entre les mains des sponsors privés.

    Et l'école non plus.

     

     

  • K comme Kat'a Kabanovà

    J'ai eu la chance de pouvoir assister à la prégénérale de Kat'a Kabanovà à la Monnaie.

    J'ai eu la chance de pouvoir me mettre bien au milieu du quatrième rang du parterre, sans personne devant sauf le chef d'orhestre et son assistant, sans personne non plus sur de nombreuses rangées derrière moi. Pas de chuchotements, pas de toux, pas de pastilles ou autres bonbons qu'on sort de leur emballage (frch frch).

    J'ai eu la chance d'être entourée de deux vieux messieurs qui n'arrêtaient pas de dire à leur compagne quelle heure il était. En effet, moi je me promène généralement sans montre. A ma droite j'avais l'heure en français, à ma gauche en néerlandais. La prégénérale commençait avec un peu de retard et vous aurez sans doute remarqué comme moi que les gens âgés sont les plus impatients (et les plus prompts à resquiller dans les files d'attente, mais ne nous éloignons pas du sujet)

    - Vous allez voir ici un premier vrai filage de la pièce, nous dit Peter De Caluwe, en costume trois pièces et cravate romantique.

    Puis le spectacle commence. Grandiose!

    J'ai vu le même opéra il y a quelques années déjà, mais cette mise en scène d'Andrea Breth et la direction musicale de Leo Hussain effacent jusqu'au souvenir du précédent...

    Grandiose, véhément et juste.

    Quel beau cadeau!

    Quelle chance j'ai eue de voir ça!

     

    Brussel 003 - Kat'a.JPG

    Tous les renseignements ici: http://www.lamonnaie.be/fr/opera/37/K%C3%A1ta-Kabanov%C3%A1, on la joue une dernière fois demain dimanche...

  • Bilan d'une soirée à la Monnaie

    "Un rideau rouge qui s’écarte sur un tableau de cour aux couleurs délirantes, un bain musical qui éclabousse de ses trilles colorés et ironiques : nous voilà plongés dans un des spectacles lyriques les plus fascinants de ces dernières années, une comédie clownesque tragique inspirée de Gombrowicz, un conte de fées à l’envers, celui d’une princesse « moche et molichonne » (très relatifs tout ça) que le prince (pas charmant) n’épousera pas. Et cette Yvonne (sorte de Théorème pasolinien), par sa présence étrange, quasi muette, son refus des (in)convenances d’une cour déliquescente, renvoie chacun à ses propres laideurs et perversions inavouées… Son élimination est donc programmée. Et si les noyaux de cerise ne suffisent pas à la faire trébucher, les arêtes de la perche feront leur office."

    L'article entier est ici: http://archives.lesoir.be/opera--yvonne-princesse-de-bourgogne--a-la-monnaie_t-20100910-01203X.html?query=boesmans&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=boesmans&pos=0&all=368&nav=1

    Je ne pourrais pas mieux dire... et ne peux résister à l'envie de citer un deuxième extrait du même article:

    "Fidèle à sa manière, le compositeur, plus raffiné et virtuose que jamais, frôle les références stylistiques du passé (et les siennes !), pastiches, citations ou réminiscences à peine esquissées dans une fragmentation jouissive, mais balisée de bribes de leitmotive, de Strauss à Massenet, de Berg à Offenbach, de la danse du XVIIe à la romance du XIXe, les dégringolades perlées, les brusques accélérations, les « évanouissements » du tissu sonore, ses perversions tonales, ses jeux de clavier… Et le tout, miraculeusement, se perçoit dans la continuité la plus fluide, la plus accessible."

    Bref, un régal!

  • Y comme Yvonne

    YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE DE BOESMANS

    La Monnaie ouvre sa saison 2010-2011 avec « Yvonne, princesse de Bourgogne », le nouvel et cinquième opéra de Philippe Boesmans. Entre tragédie et grotesque, cette oeuvre, adaptée de la pièce de Witold Gombrowicz, traite du désir et du dégoût qu'inspirent la différence ou l'anormalité et fustige les conventions de la bourgeoisie. Poursuivant sa collaboration avec Luc Bondy qui signe ici le livret et la mise en scène, Philippe Boesmans propose une partition subtile et chatoyante. Patrick Davin dirige l'Orchestre symphonique de la Monnaie. 

    La vente des billets a débuté le samedi 19 juin.

    9, 10, 12, 14, 15, 17, 18, 19 & 21 septembre 2010
    La Monnaie

    Plus d'infos

     

    AUTOUR D'YVONNE

    Des rendez-vous à ne pas manquer !

    JOURNEE PHILIPPE BOESMANS - 11.09.2010
    Une journée consacrée à Philippe Boesmans au cours de laquelle compositeurs, directeurs d'opéra, chefs d'orchestre, metteurs en scène, chanteurs ou musiciens partageront leurs expériences de travail et feront part de leurs réflexions sur l'oeuvre du compositeur.
    Programme complet disponible dès le 23 août.

    CONCERT CHAMBRES D'À CÔTÉ - 11.09.2010
    Pour clore cette journée, Philippe Boesmans présentera, dans le cadre du Klarafestival, sa création « Chambres d'à côté » dédiée au jeune quatuor à cordes Tana. Trois oeuvres instrumentales du compositeur compléteront le programme de ce concert inédit.
    Réservations dès le 28 août.

    SATELLITES
    Meet the Artists - Inside the Music - A Stage with a View
    Trois rendez-vous pour prolonger l'expérience de l'opéra : une rencontre avec les artistes, une analyse de la partition, ou une plongée dans l'univers de Gombrowicz.
    Programme complet disponible dès le 23 août.

     

    Voilà pour le premier opéra que je verrai à la Monnaie la saison prochaine :-)

    Les articles ci-dessus viennent du mail qu'on reçoit sur simple demande (voir le site de La Monnaie, www.lamonnaie.be)

  • M comme Massenet et Monnaie

    Samedi dernier la Monnaie ouvrait ses portes dès 14.00 h. pour la Journée européenne de l'opéra (European Opera days) dont le thème ici à Bruxelles était l'Espagne et Don Quichotte, puisque en ce moment c'est cet opéra de Massenet qui est à l'affiche.

    J'ai donc eu le bonheur d'entendre un acteur espagnol, Pedro Cabanas, lire quelques pages de l'oeuvre de Cervantes.

    La Monnaie ressemblait - comme souvent d'ailleurs - à une ruche en pleine effervescence, et c'était très bien, très festif, très décontracté.

    Le soir, j'ai vu un Don Quichotte particulièrement touchant, d'autant plus que ce sont les adieux de notre gloire nationale, José Van Dam, dans le rôle de l'homme de la Mancha.

    Toutes les infos et d'autres très belles activités prévues dans les prochains jours, ici: http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/programma/productie.jsp?id=11000

    Je vous le recommande, et tout particulièrement ceci qui aura lieu demain:

    A STAGE WITH A VIEW – 16.05.2010 11:00

    Jorge Semprún
    , grande figure emblématique de la littérature espagnole et française, est invité à commenter les thèmes présents dans le Quijote de Cervantès dans une perspective contemporaine. L’acteur Pedro Cabanas lira des fragments du chef d’œuvre de Cervantès et la pianiste Inge Spinette jouera des arrangements pour piano de la partition de l’opéra.

  • Y comme Yvonne

    En janvier et en mars 2009 je vous parlais déjà du nouvel opéra de Philippe Boesmans, Yvonne, princesse de Bourgogne, qu'on venait de créer à l'opéra Garnier.

    Grande fut ma joie de voir qu'il serait au programme de la Monnaie dès la saison prochaine! Ne serait-ce que pour le prénom du personnage du titre ;-) il faut absolument que je le voie!

    "Comédie tragique en quatre actes et en musique sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger d'après la pièce éponyme de Witold Gombrowicz." nous explique-t-on sur le site de la Monnaie.

    On pourra le voir du 9 au 21 septembre prochain.

    Tout le programme de la saison 2010-2011 à la Monnaie ici: http://new.lamonnaie.be/fr/81/Pr%C3%A9sentation-de-la-saison-2010-2011
    et sur Yvonne, princesse de Bourgogne ici: http://new.lamonnaie.be/fr/opera/28/Yvonne-princesse-de-Bourgogne
    mais je suis sûre que j'en reparlerai!

  • J comme j'en rajoute une couche

    IPHIGÉNIE     A mes gémissements le ciel est sourd, hélas!

    Toutes mes excuses aux personnes qui étaient assises autour de moi dimanche dernier à la Monnaie, mais en entendant cette phrase-là chantée par Nadia Michael je n'ai pas pu m'empêcher de rire.

    D'ailleurs j'en ris encore aujourd'hui en l'écrivant... merci, Nadia!

  • I comme Iphigénie

    J'ai été absolument emballée par les deux opéras de Gluck présentés le même jour à la Monnaie dimanche dernier.

    voir le site http://www.demunt.be/demunt-1.0/programma/productionType.jsp?seizoen=2009&productionTypeID=9&language=FR

    Après une impeccable Iphigénie en Aulide (avec Véronique Gens dans le rôle titre), nous arrivions en Tauride.

    Malheureusement, il y a un certain nombre de lettres et de sons qu'Iphigénie en Tauride est incapable de prononcer correctement. J'avais l'impression qu'elle chantait avec un "dentier" de boxeur dans la bouche, quelque chose en tout cas qui l'empêchait de former des i ou des s, par exemple.

    Nous voici au début de la pièce; vous pouvez vous amuser à compter combien de fois elle a des s (ou des z, c'est pareil) à dire... et n'oubliez pas les liaisons (lol):

    Cette nuit... j'ai revu le palais de mon père,
    J'allais jouir de ses embrassements;
    J'oubliais, en ces doux moments,
    Ses anciennes rigueurs et quinze ans de misère...
    La terre tremble sous mes pas
    Le soleil indigné fuit ces lieux qu'il abhorre,
    Le feu brille dans l'air et la foudre en éclats
    Tombe sur le palais, l'embrase et le dévore!
    Du milieu des débris fumants
    Sort une voix plaintive et tendre:
    Jusqu'au fond de mon cœur elle se fait entendre;
    Je vole à ces tristes accents...
    A mes yeux aussitôt se présente mon père
    Sanglant, percé de coups, et d'un spectre inhumain
    Fuyant la rage meurtrière...
    Ce spectre affreux, c'était ma mère!
    Elle m'arme d'un glaive et disparait soudain:
    Je veux fuir... on me crie: "Arrête ! c'est Oreste !"
    Je vois un malheureux et je lui tends la main.
    Je veux le secourir; un ascendant funeste
    Forçait à mon bras à lui percer le sein!

     
     

  • M comme la Mongolie à la Monnaie

    Samedi soir à la Monnaie j'ai vu l'opéra Semele de Haendel. Ou plutôt l'oratorio Semele monté comme un opéra. Qui plus est, monté par un artiste - un performer, est le vocable le plus adéquat vu les oeuvres de Zhang Huan - artiste chinois qui, dans ses interviews, aimait à affirmer tout de suite qu'il ne connaissait rien au baroque et rien à l'opéra.

    En lisant ça, tout de même, je lève un sourcil.

    Puis d'autres articles ont surtout fait état des frais engagés pour faire venir de Chine à Bruxelles le temple chinois qui devait servir de décor.

    Je lève l'autre sourcil  ^ ^

    Et puis je vais voir. Et je suis comblée. Tout colle parfaitement, tout est à sa place, je peux vraiment l'affirmer pour chaque élément de la mise en scène. La symbolique est claire et évidente. Le temple forme un décor non seulement adéquat mais en plus d'une grande perfection esthétique. L'éclairage est admirable. 

    Les passions des dieux de l'Olympe ou celles des simples mortels, qu'ils soient paysans chinois ou jeunes cadres dynamiques, ce sont les mêmes. Eros et thanatos. Pouvoir. Désir d'immortalité.

    Mais rassurez-vous, je ne vais pas remplir des pages. Allez voir sur le site de la Monnaie, c'est ici: http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/programma/productie.jsp?id=10756&seizoen=2009&language=FR

    Et allez voir cette Semele de Mongolie, c'est gratuit. Alors si j'entends le mot élitiste... je me fâche ;-) http://www.lamonnaie.be/demunt-1.0/overdemunt/index.jsp?pageID=1991&language=FR

     

  • Y comme Yvonne

    YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE de Philippe Boesmans

    Une sublime métamorphose de la laideur, écrit Caroline Alexander dans son article du 27 janvier 2009 paru ici http://www.webthea.com/actualites/?YVONNE-PRINCESSE-DE-BOURGOGNE-de,1781 
    Les représentations à l'opéra Garnier sont terminées depuis longtemps (depuis le 8 février 2009), mais je vous avais promis de vous tenir au courant des critiques. Elles sont toutes positives, en voici donc une:
     

    La création d’un nouvel opéra fait toujours l’événement. Celle du dernier ouvrage de Philippe Boesmans, auteur de quelques mémorables réussites, était attendue comme le Messie. Il n’a pas déçu et même s’il n’a pas apporté la paix dans le monde, du moins son Yvonne princesse de Bourgogne a-t-elle apporté la paix à l’Opéra National de Paris qui lui en avait passé commande : l’accueil du public et des professionnels au Palais Garnier fut pour une fois unanime. Ce samedi 24 janvier 2009, ils savaient qu’ils assistaient à la naissance d’une grande œuvre ! La musique de notre temps au service d’une histoire intemporelle.

    Dans le huis clos de la musique dite contemporaine et plus particulièrement celui de l’opéra, le belge Philippe Boesmans est un cas à part. Son premier opus lyrique, La Passion de Gilles, fut créé à la Monnaie de Bruxelles en 1983 à la demande de Gérard Mortier qui en était alors le directeur. Après ce ballon d’essai accueilli mi-figue mi raisin, le musicien désormais installé « en résidence » dans la maison d’opéra bruxelloise (il le restera jusqu’en 2007), allait, d’opéra en opéra, voler de succès en succès. Reigen/La Ronde d’après Schnitzler, Wintermärschen/Un conte d’hiver d’après Shakespeare, Julie d’après Mademoiselle Julie de Strindberg firent le tour des grandes scènes européennes et continuent de nourrir de nombreux programmes.

    Trois mises en musique de pièces de théâtre, trois collaborations serrées avec le metteur en scène Luc Bondy, à la fois sur l’écriture des livrets et les réalisations scéniques. Quand le même Gérard Mortier, qui a la fidélité chevillée au corps, prit la tête de l’Opéra National de Paris, il passa une nouvelle commande à son talentueux compatriote. Cette fois en coproduction avec les Wiener Festwochen, le festival viennois que préside Luc Bondy et, bien entendu, la Monnaie de Bruxelles.

    Sujet trouble, oeuvre troublante

    L’auteur de base cette fois est le romancier et dramaturge Witold Gombrowicz (1904-1969) dont Yvonne princesse de Bourgogne, sa première pièce, secoua bien des imaginaires quand elle fut créée en France par Jorge Lavelli en 1965. Sujet trouble, œuvre troublante, la pièce est régulièrement reprise et montée en France par des metteurs en scène de renom (Jacques Rosner, Philippe Adrien, Yves Beaunesne).

    Dans un royaume aussi chimérique que la Pologne du père Ubu, le prince Philippe, fils du roi Ignace, aime jouer les provocateurs et défier les bonnes manières de la cour. Ainsi, il croise en promenade une laideron à ce point repoussante qu’elle provoque sur son passage ricanements et lazzis de toutes sortes, il décide aussitôt de l’épouser. On croit à une bonne blague mais le fanfaron princier veut pousser jusqu’au bout sa facétie d’enfant gâté. Yvonne, la molle, l’apathique, la muette, est installée au palais et sa présence insolite, le rayonnement hors norme qui se dégage de son regard et de son corps, renvoie chacun et chacune à ses frustrations les plus inavouées. Il ne restera dès lors qu’à trouver la recette du crime parfait de s’en débarrasser…

    En ricochets sur les hoquets

    Concentré sur l’essentiel, le livret de Luc Bondy est d’une totale fidélité au texte original de Gombrowicz, tous les personnages sont présents jusqu’au valet qui se fait renvoyer à chaque apparition et qui ne dit pas un mot. La musique de Boesmans accompagne, rehausse, commente, aigrelette par-ci, guillerette par-là, toujours en situation, avec des envolées sèches de pur sérialisme et des retombées quasi romantiques, jusqu’au silence en écho, si l’on peut dire, à la hargne engendrée par le mutisme de l’héroïne. Pathétique quand l’Innocent clame son amour pour la disgracieuse fiancée princière, en bulles sombre pour faire crépiter les crises de fou rire, en ricochet sur les hoquets de la reine, en plénitude pour la grande aria de celle-ci au troisième acte, véritable numéro de voltige où les aigus et les graves font des montagnes russes avec secousses. Ce dont Mireille Delunsch, blonde souveraine en bigoudis, s’acquitte avec autant de punch que d’humour.

    Une musique savante étrangement familière

    Boesmans compose une musique savante étrangement familière. Il ne cite aucun de ses aînés mais en est imprégné. On peut y décrypter des résonances à la Richard Strauss, des réminiscences de Berg, des respirations de Janacek. Ceux-là et quelques autres ont manifestement mis son inspiration en appétit, mais il les a digérés, accommodés, ressuscités dans un langage qui n’appartient qu’à lui, ludique et virtuose, empreint à la fois de bonhomie, d’humour et de chaleur humaine.

    La mise en scène de Bondy traque les personnages jusque dans leurs secrets, Ignace le roi bling-bling en survêtement de cuir rouge ou pantoufles dorées fait la roue pour faire jeune et branché (Paul Gay baryton dandy parfait de suffisance) le prince, jeune roquet dépassé par les événements qu’il déclenche (Yann Beuron le poil en bataille, le jeu fou fou et la voix toujours admirablement projetée), le chambellan sentencieux de Victor von Halem, l’Innocent déchirant de Guillaume Antoine. Et, menant tout ce petit monde surfait par la force de son inertie, la comédienne allemande Dörté Lyssewski, regard vide, corps désarticulé, démarche claudicante les pieds en dedans, prodigieusement magnétique.

    Les hauts murs chers au décorateur Richard Peduzzi enferment cette cour des miracles bon chic bon genre entre baie vitrée, volée d’escalier et cloisons capitonnées, les coiffures en tourelles et les costumes hilarants de Milena Canonero, les lumières de Dominique Bruguière : tout est pesé et soupesé, tiré au cordeau, pour la plus grande réjouissance de l’œil. Et pour l’oreille les musiciens du Klangforum de Vienne, aguerris aux musiques d’aujourd’hui, répondent à la précision quasi chirurgicale des battues de Sylvain Cambreling, l’homme qui suit la carrière de Philippe Boesmans depuis ses premières portées.

    A signaler, le passage à l’amphithéâtre Bastille, pour trois représentations, de Reigen/La Ronde, dans la version de chambre pour 22 instruments orchestrée par Fabrizio Cassol. Une production des Hollandais de l’Opera Studio Nederland, mise en scène par Harry Kupfer et dirigée par Winfried Maczewski.

    Yvonne, princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans, livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofsberger, d’après Witold Gombrowicz. Orchestre du Klangforum Wien, direction Sylvain Cambreling, ensemble Les jeunes Solistes, direction Rachid Safir, mise en scène Luc Bondy, décors Richard Peduzzi, costumes Milena Canonero, lumières Dominique Bruguière. Avec Dörte Lyssewski, Yann Beuron, Paul Gay, Mireille Delunsch, Victor von Halem, Hannah Esther Minutillo, Guillaume Antoine, Jason Bridges, Jean-Luc Ballestra.

    Opéra National de Paris, palais Garnier, les 24, 28, 30, janvier, 3, 5 février à 19h30, les 1er et 8 février à 14h30.

    Reigen/La Ronde de Philippe Boesmans - Amphithéâtre Bastille, les 17, 18, 19 février à 20h

    08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

    YvonneprincessedeBourgogne

     
     
  • Y comme Yvonne

    Chère Yvonne

    et moi qui croyais que ton prénom était complètement ringard! Voilà que des artistes de chez nous font une belle tentative pour le remettre à la mode ;-)

    Du bon et du belge à l'Opéra national de Paris pour cette Yvonne princesse de Bourgogne, puisque la musique est de Philippe Boesmans et que la direction musicale est confiée à Sylvain Cambreling. La première a eu lieu samedi dernier (le 24 janvier)http://www.operadeparis.fr/cns11/live/onp/site/saison/operas/operas_details.php?event_id=103&CNSACTION=SELECT_EVENT

    Quelques extraits video pour te faire une opinion: http://www.operadeparis.fr/cns11/live/onp/site/actu/personnalia/personnalia_details.php?lang=fr&news_id=61&CNSACTION=SELECT_NEWS

    On en reparlera!

    YvonneprincessedeBourgogne

  • R comme Rusalka

    Ce mois-ci, j'ai vu Rusalka à la Monnaie dans une mise en scène de Stefan Herheim.

    De Rusalka, je ne connaissais que vaguement l'histoire (genre Petite Sirène de Hans Christian Andersen) et le fameux air à la lune qu'on trouve en différentes versions sur Youtube. Une mise en scène complètement éloignée du conte de fées ne m'indispose donc pas.

    Mais en fait, malgré l'originalité du point de vue de Herheim, tous les éléments du conte sont présents - même l'élément aquatique! Et surtout, tout se tient: "ça colle".

    Le décor contribue aussi largement au plaisir visuel: le bar qui nous plonge dans l'univers du voyeurisme à la Edward Hopper, la maison à l'avant-plan qui semble tout droit sortie d'une des rues de Saint-Josse, la bouche de métro, l'église en briques rouges, le saule pleureur...

    Lisez cette critique: http://www.lalibre.be/culture/musique/article/465784/rusalka-retour-a-la-case-trottoir.html et aussi celle-ci http://www.lesoir.be/culture/scenes/opera-la-monnaie-cree-rusalka-2008-12-08-671807.shtml

    hopper_nighthawks

    Edward Hopper. 1942. Nighthawks

  • D comme décision définitive

    C'est décidé, le choix est fait!

    monnaie 

     

    A la Monnaie pour la saison prochaine je m'organise une sélection sans trop de risques, La Cenerentola de Rossini pour commencer dans la joie et la bonne humeur, le Requiem de Verdi aux alentours de la Toussaint, c'est approprié, Rusalka de Dvorak, il faut tout de même un peu enrichir sa culture Clin d'oeil n'est-ce pas...

    Ensuite deux opéras que je reverrai avec plaisir, La Calisto de Cavalli et les Nozze di Figaro, de Mozart, je me réjouis déjà!

    Enfin, un récital de Noël, les Liebeslieder de Brahms et deux spectacles de danse, l'un sur des suites pour violoncelle de Bach et l'autre sur des Impromptus de Schubert...

    Mais - ô honte sur moi - je boude nos deux grands auteurs belgo-belges au programme, Maeterlinck avec Pelléas et Mélisande et de Ghelderode avec le Grand Macabre: pardon, professeur Beyen! Je sais que je suis impardonnable...

  • N comme Le Nozze di Figaro

    Il ne s'est pas trop foulé pour cet opéra, monsieur Lorenzo da Ponte! Il faut croire que Beaumarchais avait fait du beau travail... Juste un petit extrait de la première scène de l'acte I pour que vous puissiez en juger vous-même:

    FIGARO       
    Ma non capisco
    perché tanto ti spiace
    la più comoda stanza del palazzo.
    SUSANNA Perch'io son la Susanna, e tu sei pazzo. FIGARO
    Grazie; non tanti elogi! Guarda un poco
    se potriasi star meglio in altro loco.
    Se a caso madama
    la notte ti chiama,
    din din; in due passi
    da quella puoi gir.
    Vien poi l'occasione
    che vuolmi il padrone,
    don, don; in tre salti
    lo vado a servir.
    SUSANNA
    Così se il mattino
    il caro Contino,
    din din; e ti manda
    tre miglia lontan,
    don don; a mia porta
    il diavol lo porta,
    ed ecco in tre salti ...
    Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, ou La folle Journée Figaro Tu prends de l’humeur contre la chambre du château la plus commode, et qui tient le milieu des deux appartements. La nuit, si madame est incommodée, elle sonnera de son côté ; zeste, en deux pas tu es chez elle. Monseigneur veut-il quelque chose : il n’a qu’à tinter du sien ; crac, en trois sauts me voilà rendu. Suzanne Fort bien ! Mais quand il aura tinté le matin, pour te donner quelque bonne et longue commission, zeste, en deux pas, il est à ma porte, et crac, en trois sauts...

    Tous à la Monnaie en juin 2009!