parodie

  • Premier agenda ironique

    Je suis le ténébreux miroir inconsolé 
    Ma batterie est morte et je suis constellé 

    de taches de café et d'autres petits reliefs de nourriture: c'est assise devant moi qu'elle boit et qu'elle mange. Car 

    Elle a pris ce pli depuis des temps très lointains 
    De venir m'allumer très tôt chaque matin 

    et de prendre tranquillement son petit déjeuner tout en me tapotant le clavier. Quand c'est l'heure de partir au travail, je sens bien qu'elle me quitte à regret. Elle me rallume dès son retour, nous voilà repartis pour des heures, 

    Voici des O, des I, des E, des U, des A, 
    Qu'elle a usés avec ses ongles et ses doigts 

    Elle m'emporte partout où elle va, j'ai vu l'Irlande et l'Italie, la mer du Nord aussi. 

    Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages, 
    Je suis très heureux d'avoir fait de beaux voyages. 

    Depuis quelque temps, je montre des signes de fatigue, nous luttons ensemble contre mon inexorable obsolescence programmée et je crains qu'elle ne pense bientôt à me remplacer. Même si 

    Il le faut avouer, l'amour est un grand maître. 
    Ce qu'on ne fut jamais, il vous enseigne à l'être. 

    C'est ainsi qu'elle a réussi à me tirer d'affaire, déjà une fois ou deux, et je lui suis reconnaissante d'avoir pu prolonger mon temps de vie, notre temps de vie commune, bien que nous ayons parfois nos nuages... 

    Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même 
    Je vis, je meurs, je me sens l'âme plus qu'humaine. 

    *** 

    merci à Gérard de Nerval, Victor Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Racine, Louise Labé, Lamartine, Du Bellay, à mon ordinateur bien-aimé et à l'Agenda ironique de juin 

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  • W comme wagon de train

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    Les trains assourdissants autour de moi hurlaient. 
    Grand, mince, pâle, la crinière impétueuse, 
    Le regard baissé, la bouche voluptueuse 
    Qu'une barbe comme celle du Ché ourlait, 

    Il avait l'air noble et absent d'une statue.
    Moi, je passais, nerveuse et crispée, espérant
    Voir dans son œil, beau regard sombre et conquérant,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Jour après jour, cette fugitive beauté 
    Tant de sentiments divers en moi faisait naître, 
    Et mille vains espoirs qu'on ne pouvait m'ôter. 

    Un jour, sur ce quai... Qui sait? ou jamais peut-être! 
    Il m'abordera, demandera où je vais...
    C'est ce que je pensais et mon mal s'aggravait.  

    *** 

    peinture et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    vous aurez reconnu le schéma des rimes de la Passante de Baudelaire cool

  • I comme imaginons...

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    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

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    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

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    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • D comme Défi du samedi

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    Les conquérants 

    Comme un vol d'étourneaux hors de leur trou natal, 

    Fatigués de brailler leurs querelles hautaines, 

    De Belgique, de France, des gens par centaines 

    Chantaient, ivres d’un rêve intercontinental. 

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

    Et faire de belles carrières lointaines, 

    Ils seraient entendus sur toutes les antennes 

    Depuis l'Orient jusqu'au monde occidental. 

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

    Leur voix au micro dans une forme olympique, 

    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ; 

     

    Où, d'un seul et magique tour de manivelle, 

    Ils se voyaient monter en un ciel ignoré 

    Du fond de l’inconnu, en étoile nouvelle. 

    *** 

    merci à Walrus pour sa consigne au Défi du samedi 

    et merci à José Maria de Heredia

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  • F comme folle histoire

    C'est la folle histoire d'un projet 

    celui d'une expo à Paris en 1915 

    soutenu par deux présidents 

    Fallières et Poincaré 

    trois artistes 

    Apollinaire, Duchamp et Satie 

    et d'un tas d'inventions toutes plus folles les unes que les autres, comme l'ataton (un réveil pour insomniaques), le chinophone, le rasoir thermohygrométrométrique ou les clochettes à mettre à l'intérieur du cercueil au cas où on serait mis en bière vivant. 

    DSCI4263.JPG

    C'est la folle histoire des années folles et les deux auteurs se sont sans doute follement amusés à l'écrire, mélangeant allègrement histoire et fiction: personnages et événements historiques s'imbriquent parfaitement dans ceux qui sont sortis de leur imagination. 

    Côté histoire, outre les noms déjà cités plus haut, on trouve les suffragettes, les attentats, l'assassinat de Jaurès. 

    Côté fiction, des noms qui ne laissent aucun doute sur l'aspect inventé des personnages: le baron Jean-Aymar de Thou, les inspecteurs Ducran et Lapoigne, Monseigneur Quatorze-Dix-Huit, Baramine, Chiche-Portiche, Soupirail, la liste est longue. 

    Bref, une folle histoire que je ne vais même pas essayer de vous résumer: vous la lirez si le cœur vous en dit. cool 

    lire,lecture,lecteur,humour

    Le voilà donc cet objet 
    qui du pays de ses maîtres 
    a détruit l'harmonie! 
    Il en blanchit, le traître! 

    (photo prise à Beaubourg le 5 janvier)

     

  • J comme je pense à lui

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    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois

  • V comme vue

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    Leïla  

    Tu dansais petite fille 
    Danseras-tu mère-grand 
    Dans le tourbillon de la vie 
    Bientôt les hommes reviendront 
    Il faudra bien qu'on te marie 

    Les masques sont silencieux 
    Et la musique est si lointaine 
    Qu’elle semble venir des cieux 
    Chaque jour apporte ses peines 
    Et ses problèmes pernicieux 

    Les brebis s’en vont dans la neige 
    Flocons de laine et ceux d’argent 
    Des soldats passent et que n’ai-je 
    Quelques mots plus encourageants 
    Que puis-je faire que sais-je

    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Crépus comme mer qui moutonne
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Et tes grands yeux tristes d'automne 
    Tu le sais bien ce que tu veux 

    Leïla ma petite Syrienne 
    Comment ne pas baisser les bras 
    Le fleuve est pareil à ta peine
    Il s’écoule et ne tarit pas 
    Quand donc la paix reviendra

    *** 

    écrit sur le schéma du poème de Guillaume Apollinaire, Marie, in Alcools

    *** 

    pour Lakévio

  • U comme un, deux, trois... un inventaire à la Prévert

    Un ordi  
    deux boites à mail  
    trois commentaires 
    quatre réponses 
    un soleil qui se lève 
    des autos dans la rue 

    un café 

    une douzaine de blogs à visiter 
    un volet qu'on relève à côté. 
    une maison qui tremble 
    six camions sont passés 
    une porte avec son paillasson
    un petit garçon crie 

    un autre café 

    un piano sur lequel on pianote 
    la fleur rouge qui fleurit depuis mai 
    deux amoureux qui passent 
    un facteur une chaise trois enveloppes 
    un voisin revient du marché 
    une araignée 
    une tendinite 
    une souris remisée dans un tiroir 

    un autre café 


    une fille indigne deux passantes trois vélos 
    un téléphone 
    deux messages une tante Jeanne 
    une Mater dolorosa trois cousins sportifs deux chats maigres 
    un talon d'Achille 
    un canapé pour la lecture 
    un buffet de grand-mère deux buffets de grand-mère 
    un tiroir plein de couverts 
    une vaisselle faite une maison rangée 
    une pelote de laine deux épingles de sûreté  
    un jour de félicité

    cinq ou six cafés 

    un petit garçon qui entre à l'école en riant 
    un petit garçon qui sort de l'école en pleurant 
    une assiette de pâtes 
    deux mandarines 
    cinq noix 
    un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
    dix vaches qui n'en finissent pas de brouter 
    un taureau trop jeune 
    deux belles figues sur le figuier et une salade à la feta 
    un soleil qui se couche déjà 
    un grand verre d'eau 
    un vin blanc sec 
    une tablette de chocolat 
    deux séries italiennes 
    une nuit trente-deux positions 

    et...

    encore deux cafés.

    (passer la journée à la maison, quand on ne travaille plus qu'à mi-temps, à la façon de l'Inventaire de Jacques Prévert, in Paroles, 1946)

  • N comme Novarina

    S'inspirer de Novarina et parler des noms de lieux en rapport avec l'autobiographie, voilà le deuxième exercice que proposait François Bon cet été: 

    A Villenoise, je vivais ma vie petite de n’importe qui, je vivais, je vécus n’importe quoi parmi moi : polypier aux Stigmates, muteur de tombe à Grosse-la-Neuve, répéteur aux Nadirs, échangeur aux Grés, mangeur d’action à la Croix-de-Vache, champion d’aise aux Jointeaux, cadavrier à La Vergue, parleur aux Corps-Creux : j’ai beaucoup vécu, j’ai pas été déçu... 

    Ponçon, Ivraie, Ifaux, Verdy-le-Grand, Verdit-Petit, Nussy-Villages, Monceau-Ponteau, Lubien-Serrien, Rives-du-Trou-Vrai : j’ai tout fait, j’ai fait tout, j'arrivais à rien, partout j’allais nulle part : cancre à Globeval, méritoire aux Itrans, déformiste à Jardigny, auscultier à Blangien, perdeur à Vieux-Villy, tangible aux Hauts-de-Lucey, réformiste aux Bas-de-Civry, ructeur au Gros-Verpeau, laxiste à Clair-Vigant, poncier à Loi... 

    Autobiographie aux noms propres – Adrienne à la manière de Novarina (mais alors de loin, de très, très, très loin tongue-out

    Elle a fait ses débuts dans une rue au nom de prince hollandais. Jusqu'à ses cinq ans, sa vie a été partagée entre une rue au nom d'alcool et une autre au nom très chrétien. Le vin va bien à la foi catholique, comme chacun sait.

    Elle a suivi ses parents à la campagne dans une rue qui gardait la trace des marécages d'autrefois et est allée à l'école à une place de jeu de balle, alors qu'on n'y faisait que très peu de sports, sauf la natation et la gymnastique.

    Elle est partie faire des études supérieures et a habité dans une rue au nom d'impératrice autrichienne. On peut comprendre qu'elle y était infiniment mieux que chez le prince hollandais. Tellement mieux qu'elle aurait voulu y rester. 

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    photo prise à Louvain en 2010

  • U comme un, deux, trois... je pars!

    La valise 

    Ma valise m'accompagne au massif de la Vanoise, et déjà ses nickels brillent et son cuir épais embaume. Je l'empaume, je lui flatte le dos, l'encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d'un trésor de plis blancs: ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail, oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, je harnache, pose sur un petit banc, selle et bride, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l'hôtel proverbial. 

    Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval. 

    Francis Ponge, Pièces, éd. Gallimard 1962 

     valise.JPG

    La valise

    Ma valise m'accompagne à Ostende, et déjà ses flancs s'arrondissent et son tissu bleu se tend. Je l'empaume, je lui flatte le dos, l'encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d'un trésor d'île lointaine - ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail - oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, harnache, monte, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l'hôtel proverbial. 

    Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval.

  • L comme Levé

    Ecrire à la manière d'Edouard Levé, Autoportrait, est un exercice proposé ce mois-ci par François Bon dans son atelier d'été.  

    Adolescent, je croyais que La Vie mode d'emploi m'aiderait à vivre, et Suicide mode d'emploi à mourir. J'ai passé trois ans et trois mois à l'étranger. Je préfère regarder sur ma gauche. Un de mes amis jouit dans la trahison. La fin d'un voyage me laisse le même goût triste que la fin d'un roman. J'oublie ce qui me déplaît. J'ai peut-être parlé sans le savoir avec quelqu'un qui a tué quelqu'un. Je vais regarder dans les impasses. Ce qu'il y a au bout de la vie ne me fait pas peur. Je n'écoute pas vraiment ce qu'on me dit. Je m'étonne qu'on me donne un surnom alors qu'on me connaît à peine. Je suis lent à comprendre que quelqu'un se comporte mal avec moi, tant je suis surpris que cela m'arrive : le mal est en quelque sorte irréel. J'archive. J'ai parlé à Salvador Dali à l'âge de deux ans. La compétition ne me stimule pas. Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que la vivre. Je me demande si, en vieillissant, je deviendrai réactionnaire. Assis jambes nues sur du skaï, ma peau ne glisse pas, elle crisse. J'ai trompé deux femmes, je leur ai dit, l'une y fut indifférente, l'autre pas. Je plaisante avec la mort. Je ne m'aime pas. Je ne me déteste pas. Je n'oublie pas d'oublier. Je ne crois pas que Satan existe. Mon casier judiciaire est vierge. J'aimerais que les saisons durent une semaine. Je préfère m'ennuyer seul qu'à deux. J'arpente les lieux vides et je déjeune dans des restaurants désolés. En matière de nourriture, je préfère le salé au sucré, le cru au cuit, le dur au mou, le froid au chaud, le parfumé à l'inodore. Je ne peux pas écrire tranquillement s'il n'y a rien à manger dans mon frigidaire. Je me passe facilement d'alcool et de tabac. Dans un pays étranger, j'hésite à rire lorsque mon interlocuteur rote pendant la conversation.

    édouard levé.jpg

    source de la photo, info et extraits ici: 
    http://www.gallimard.fr/Catalogue/P.O.L/formatpoche/Autoportrait

    Adolescente, je découvrais dans les livres que d'autres avaient vécu ce que je vivais. J'ai passé des mois à peaufiner les détails d'une fugue définitive que je n'ai finalement pas entreprise pour ne pas faire de peine à ma grand-mère. Je préfère regarder sur ma gauche. Une de mes collègues a un emphysème pulmonaire mais continue à fumer. La fin d'un voyage arrive généralement au bon moment. J'oublie presque tout. J'ai peut-être parlé sans le savoir avec quelqu'un qui a tué quelqu'un. J'ai failli acheter une maison ouvrière dans une impasse. Ce qu'il y a au bout de la vie ne me fait pas peur certains jours et d'autres jours oui. Je suis le plus souvent celle qui écoute. Je déteste qu'on me colle des étiquettes. Je suis surprise quand quelqu'un se comporte grossièrement avec moi vu que je reste toujours polie. J'archive. Je n'ai jamais osé approcher une célébrité. La compétition ne me stimule pas. Décrire précisément ma vie serait fastidieux. Je me demande si, en vieillissant, je deviendrai grabataire ou démente. Assise jambes nues sur du skaï, je déteste ça. Je ne m'aime pas. Je ne me déteste pas. Je n'oublie pas d'oublier. Je ne crois pas que Satan existe. Mon casier judiciaire est vierge. J'aime toutes les saisons du climat belge. Je ne m'ennuie jamais. J'arpente ma ville et je déjeune devant mon ordi. En matière de nourriture, je préfère les fruits, les légumes, les laitages et le pain. J'aime que mon frigidaire soit bien garni mais c'est uniquement le cas quand j'ai des invités. Je me passe facilement d'alcool et je n'aime pas la fumée des cigarettes. Dans un pays étranger, je voudrais toujours être capable de parler aux gens dans leur langue. 

    Voilà, voilà smile 

    Et maintenant, c'est à vous!

  • Adrienne et Charles

    Le temps a gardé son manteau 
    De vent de froidure et de pluie, 

    N'est pas vêtu de broderie 
    De soleil luisant clair et beau 

    Il n'y a bête ni oiseau 
    Qu'en son jargon ne chante ou crie: 

    Le temps a gardé son manteau! 

    Rivière, fontaine et ruisseau 
    Gonflent leur livrée jolie. 
    Chacun s'enferme bien au chaud: 
    Le temps a gardé son manteau. 

     charles prisonnier.JPG

    Charles prisonnier dans la Tour de Londres
    source wikipedia

  • F comme flamme de fouet

    A la flamme des fouets II           Paul Eluard  

    Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid,
    Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace,
    Porte couteau, souillure vaine, lampe inondée,
    Souhait d’amour, fruit de dégoût, glaces prostituées

    Bien sûr, bonjour à mon visage !
    La lumière y sonne plus clair un grand désir qu’un paysage.
    Bien sûr, bonjour à vos harpons,
    À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache ! 

    J’ai perdu, j’ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.

    Capitale de la douleur, 1926

     krapov,jeu,poesie,parodie,pastiche

     http://www.ebooksgratuits.org/html/eluard_capitale_de_la_douleur.html

    la consigne est ici:
    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/10/03/32720288.html

    Au Figaro Francis

    Coiffeur de nuit, coiffeur de jour, coiffeur au lit,
    Geste à frayeur, regard qui fuit, peigne vorace,
    Porte ciseaux, mouture naine, sombre et sans grâce,
    Souhait d'amour, fruit de dégoût, grand hallali.

    Bien sûr, bonjour à mon visage!
    La lumière y sonne plus clair au grand désir qu'un bronzage.
    Bien sûr, bonjour à vos miroirs,
    A vos coupes, à vos boucles, à vos accoudoirs!

    J'ai perdu Francis, j'ai gagné Figaro,
    Voyez mes cheveux sur le carreau.

    Capital de mon coiffeur, 2015

  • C comme coupable

    Le voilà, le coupable:

    herfst (vervolg) (5) - kopie.JPG

    celui qui a accueilli les amours débutantes

    de l'Adrienne et de l'homme-de-sa-vie...

    Il en rougit, le traître (1)

    Langue tirée

     

    (1) Il était vert, autrefois.
    "Le voilà donc le banc qui de la vie d'Adrienne a détruit l'harmonie..."
    Un jour peut-être j'en ferai une tirade bergeracoise, La tirade du banc.
    Vu l'immense succès de ma "tirade du pied" auprès des potaches de France, c'est gagné d'avance (en ce moment ça télécharge dur, ma tirade du pied... je me demande d'ailleurs comment ces gamin(e)s sont évalué(e)s LOL)

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/22/22-ou-la-tirade-du-pied.html

  • T comme tout le monde

    Tout le monde marche main dans la main
    Chante Françoise hardy
    Moi seule n'ai pas d'amoureux.

    ***

    Tout le monde aime Félix et Ernestine
    Pleure Poil de Carotte
    Moi seul suis le mal aimé.

    ***

    Tout le monde fait le guignol en classe
    Se plaint Agnan
    Moi seul aime l'arithmétique et la géométrie.

    ***

    Tout le monde a peur de Créon
    Dit fièrement Antigone
    Moi seule lui tiendrai tête.

    Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil
    Susurre Jean Yanne
    Moi seul y en a vouloir des sous!

    ***

    Tout le monde se convainc que la guerre de Troie n'aura pas lieu
    Prophétise Cassandre
    Moi seule vois ce qui nous attend.

    ***

    Tout le monde se croit bien portant
    Affirme le docteur Knock
    Moi seul sais que vous êtes des malades qui s'ignorent.

    Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot:

    Tout le monde peut y aller
    Gémit l'adolescent(e)
    Moi seul(e) n'ai pas la permission!

     ***

    Exercice d'écriture avec la double anaphore « Tout le monde… » et « Moi seul… » proposé par les Impromptus littéraires.

  • Dernier venu

    Dernier venu

    Que voulez-vous il pleuvinait
    Que voulez-vous je suis entrée
    Que voulez-vous il me cherchait
    Que voulez-vous j'y suis allée

    Que voulez-vous il m'a attirée
    Que voulez-vous je l'ai regardé
    Que voulez-vous il a été agréé
    Que voulez-vous je l'ai acheté

    ainsi que deux autres
    Langue tirée 

    bruxelles,lire,lecteur,livre,lecture,litterature,art,parodie,pastiche,poesie

    et ceci bien sûr est un pastiche de

    COUVRE-FEU

     Que voulez-vous la porte était gardée
    Que voulez-vous nous étions enfermés
    Que voulez-vous la rue était barrée
    Que voulez-vous la ville était matée

    Que voulez-vous elle était affamée
    Que voulez-vous nous étions désarmés
    Que voulez-vous la nuit était tombée
    Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

     Paul ÉLUARD (1895 - 1952), Poésie et Vérité

     

     

  • Z comme zélatrice

    Petit précis de vocabulaire à usage mondain

    par une zélée zélatrice de Philippe Delerm

    *** 

    1. On ne vous fait pas fuir au moins ?

    Petite phrase à l’usage du couple qui fuit lâchement les lieux, profitant de votre arrivée inopinée.

    Insister légèrement encore pour qu’ils restent : cela permettra de les voir se contorsionner en excuses bidon : on allait partir de toute façon – la gamine est fatiguée – demain c’est l’école – on a encore une longue route à faire…

     

     2. C’est pas vrai !

    Exclamation qui veut dire exactement le contraire de ce qu’elle semble exprimer.

    L’utiliser pour montrer à quel point on admire l’invraisemblance du propos.

    L’accompagner d’un minimum de théâtralité : yeux grand ouverts, bouche en O majuscule, main sur le cœur.

    - Oh ! elle a osé faire ça ? C’est pas vrai !

     

    3. Ça va refroidir

    Politesse de la maîtresse de maison qui incite à commencer le repas sans elle.

    Se récrier que non, que c’est bien chaud et qu’on l’attend.

    Rajouter à son énervement de cuisinière des grands soirs en refusant de goûter la moindre bouchée avant qu’elle paraisse à table.

    C’est une question de savoir-vivre.

    On vous a fait le même coup cent fois.

     

    4. Voilà, tu la connais l’histoire

    Façon de terminer le récit du malheur des autres.

    Toujours raconté avec la délectation de celui/celle qui croit que ça ne lui arrivera jamais. Qui croit que ça ne peut tout simplement pas lui arriver.

    - Voilà, tu la connais l’histoire. C’est pour ça qu’ils ne se parlent plus depuis trente ans, son père et lui.

     

    5. Il faut le voir sur scène

    Expression de la supériorité absolue de l’élu « qui a vu sur scène » sur le commun des mortels « qui a vu à la télé ».

    Le tout déguisé en conseil : « Il faut le voir sur scène », qu’on susurre en posant une main sur l’avant-bras de l’interlocuteur, en se penchant légèrement vers lui, sur le ton de la confidence intime.

    Note : A ne pas confondre avec « Moi, je l’ai vu sur scène ! En 1967 ! A Bobino ! » qui est trop ouvertement vantard, surtout si l’artiste est mort depuis plus de quarante ans.

     

    6. Ça devrait toujours rester comme ça

    Petite phrase qui s’accompagne d’un léger soupir plein de faux regrets et qu’on ponctuera d’un grand sourire feint, tout en rendant à la mère – avec une joie qu’on s’efforce de dissimuler – le bébé braillard qui vient de faire un gros caca dans sa couche.  

     

    7. J’ai horreur de cette phrase

    Propos de personne cultivée face à l’inculture manifeste.

    Rejet de l’autre et de son manque de vocabulaire ou de naissance. Ou des deux.

    Parce que, bien sûr, « c’est juste une question d’éducation ». Et qu'on est du bon côté de la barrière.

     

    8. Du côté de mon mari

    Façon subtile de renier des liens de parenté.

    - Je croyais que vous étiez famille ?

    - Oh ! c’est un cousin éloigné, du côté de mon mari.

    D’un geste vague de la main, ce détail qui n’est pas anodin permet de clore la conversation sur un sujet peu reluisant dont on n’a pas envie de parler.

     

    9. Ça a été ?

    Accueille les clients au sortir de la cabine d’essayage. Signifie généralement qu’on les y a vus entrer avec des vêtements peu appropriés à leur âge ou à leur corpulence.

    Leur proposer tout de même, mais sans enthousiasme exagéré:

    - Vous voulez que je vous apporte la taille au dessus ?

     

    10. C’est maintenant qu’il faut en profiter

    Des soldes, des enfants en bas âge, du temps qu’il fait, de la retraite.

    Phrase à adapter à l’âge de l’interlocuteur et à la saison.

     De toute façon elle reste sans conséquence. Surtout utile quand on désire prendre congé.

     

    ***

    Et voilà!

    Faudra tout de même que je finisse par trouver ce livre.

    Cool

     Que Philippe Delerm me pardonne de le pasticher sans l'avoir lu.

     

    parodie,pastiche,jeu, krapoverie, krapov

     http://www.lecerclepoints.com/livre-ma-grand-mere-avait-les-memes-philippe-delerm-9782757825082.htm#page

  • X c'est l'inconnu

    Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. J’ai senti que j’avais en moi toutes les capacités nécessaires à l’être encore longtemps et à rendre heureux ceux qui voudraient bien partager un bout de chemin avec moi.

    Sans se poser trop de questions. Sans m’en poser. Juste accepter, jour après jour, la vie comme elle vient, la vie comme elle va. Et m’accepter moi comme je suis.

    Quand l’aumônier est revenu, alors que je l’avais si improprement chassé, j’ai finalement accepté de signer le pourvoi. Chacun m’assure qu’en cassation, le climat, le contexte et surtout la saison, tout sera différent. Que j’ai toutes mes chances de m’en sortir.

     

    Et puis surtout, j’ai décidé de ne plus me laisser faire.

     

    ***

    Voilà une fin "revisitée" qui tombe bien, en ce jour des Saints Innocents, non?

    Langue tirée

     camus,littérature,parodie,pastiche,jeu,fiction

    depuis que la photo a été prise, le tissu bleu est devenu un rideau
    et le tableau peint par une amie est accroché dans la salle de bains;
    mais Camus est encore dans une de ces boites
    en haut à gauche

    Cool

  • J comme je refais du Delerm

    - N'oubliez pas d'éteindre vos portables, dit Madame au moment de distribuer les questions de l'examen. Qu'il n'y ait pas de discussion possible.

    Alors on fouille dans les poches de pantalon, on en sort de rutilants objets à 500 € l'unité, on les tripote en deux ou trois pichenettes et on les remet bien au chaud contre la cuisse.

    Bizarrement, c'est pendant les examens qu'on fait une entorse au règlement qu'on applique toujours si strictement: les portables, à l'école, on ne peut ni les voir, ni les entendre.

    On ne les voit jamais autant que ces jours-ci, surtout dans les classe les plus peuplées, où Madame exige qu'on les pose à terre.

    - Fais attention, dit Madame à un étourdi qui l'a déposé sous sa chaise, quand tu vas te lever tu vas l'écraser.

    Et ça le fait sourire, le bougre.

    ***

    - Moi j'ai bien aimé, disent-ils, les uns après les autres.

    Pendant la conversation qu'on a en particulier avec chacun, pour l'examen oral, on apprend sur eux un tas de choses. En particulier - mais s'en étonnera-t-on? - que leurs idoles sont toutes anglo-saxonnes. Ils écoutent Ed Sheeran ou un certain Smith dont on a déjà oublié le prénom. Téléchargent le texte des chansons, en recherchent le vocabulaire, le connaissent par coeur.

    - Tu devrais te trouver une vedette francophone et faire pareil en français, leur dit Madame.

    C'est vrai, ils l'accordent, ce serait une bonne chose, mais seul Stromae est jugé assez bon.

    - Et Cyprien? demande Madame, qu'est-ce que tu en as pensé?

    - Moi j'ai bien aimé, disent-ils les uns après les autres. J'ai presque tout compris.

    Puis ils ajoutent, et le coeur de Madame accélère un peu sa cadence, mais ça c'est de l'allégresse pure:

    - Je crois bien que je vais encore regarder ses vidéos.

    Alors on remercie youtube d'avoir créé des Norman et des Cyprien.

    Et on félicite l'élève pour ses bonnes résolutions. 

    ***

    Cyprien: https://www.youtube.com/watch?v=RL7grUEo960

    Norman: https://www.youtube.com/watch?v=zt-LbzrS2lI

     

    ***

    Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

    -          Ecrire au présent

    -          Faire des phrases courtes

    -          Utiliser abondamment « On »

    Ma grand-mère avait les mêmes - Il a refait sa vie - Y’a un peu plus, je le laisse - N’oubliez pas d’éteindre vos portables - Moi j’ai bien aimé - C’est le soir que c’est difficile - Je voulais voir ce que c’était - D’abord, merci de prendre ma question - On ne vous fait pas fuir au moins - Je préfère Trouville à Deauville - C’est pas vrai ! - Ca va refroidir - Voilà, tu la connais l’histoire - Faut arrêter ! – Y a pas d’souci - Il faut le voir sur scène - Ca devrait toujours rester comme ça - J’ai horreur de cette phrase - Chez nous, c’est comme ça ! - Du côté de mon mari - Je vais prendre les matches un par un - Ca a été ? - J’ai une contrainte - C’est maintenant qu’il faut en profiter - On était écroulées - Qui lit encore Duhamel ? - Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui ? - Il pourrait bien neiger - Par contre je veux bien un stylo - On peut le changer - Quel est votre plus gros défaut ?

  • F comme faire du Delerm

    bricabook145.jpg

    Kot  et Leiloona
    http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-145e/

    - Ma grand-mère avait les mêmes, dit-elle en ne cachant pas le peu d’estime qu’elle porte aux nouvelles acquisitions qu’on vient de faire à grands renforts de « j’achète ? », « je n’achète pas ? », « j’achète ! ».

    Il y a des gens qui ont le chic pour ôter toute confiance en soi d’un seul regard, d’une seule petite moue dédaigneuse.

    Pourquoi rencontre-t-on ces gens-là précisément le jour où on est si content d’un vêtement neuf ?

    ***

    - Il a refait sa vie.

    - Elle a refait sa vie.

    C’est la petite phrase dont on sait qu’elle va arriver tôt ou tard dans la conversation qu’on a avec sa mère à propos d’une connaissance de ses connaissances.

    Et dont on comprend bien le sous-entendu, à cause du petit silence significatif qui suit :

    - Et toi, qu’est-ce que tu attends pour « refaire ta vie ? »

    ***

    - Y a un peu plus, je le laisse ?

    Pourquoi n’ose-t-on jamais dire :

    - Ah ça non, par exemple ! J’ai demandé 500 grammes, pas 650 !

    Par contre, on n’entend jamais :

    - Y a un peu moins, c’est OK ?

    Alors quand on a l’intention de faire la terrine de saumon frais et fumé, on dit bien fort :

    - Il me faut exactement 500 grammes de filet de saumon ! Très exactement !

    Et on feint l’admiration quand le poissonnier jette sur la balance un morceau qui fait au gramme près ce qu’on a demandé.

    - Bravo ! s’exclame-t-on. Voilà qui s’appelle avoir le compas dans l’œil.

    Au lieu de lui dire :

    - Pourquoi vous ne réussissez pas ce joli coup à chaque fois ?

     

    ***

    Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

    -          Ecrire au présent

    -          Faire des phrases courtes

    -          Utiliser abondamment « On »

     Les 3 premiers titres: Ma grand-mère avait les mêmes - Il a refait sa vie - Y’a un peu plus, je le laisse

    Merci à Joe Krapov pour la consigne et à Leiloona pour la photo!

  • P comme parodies et pastiches

     miletune47.JPG

    http://miletune.over-blog.com/2013/11/sujet-semaine-47.html


    Ballade des (in)vendus

     

    Frères humains qui passez par ici
    Arrêtez-vous, admirez-nous aussi,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Vous sortirez votre portemonnaie.
    Vous nous voyez ci attachés aux pieds
    Et notre chair qui est trop peu 
    nourrie,

    Nous fait dans le dos de drôles de plis,
    Nos pieds nus sous des pantalons trop courts.
    De notre mal personne ne s'en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous veuillent un jour!

  • P comme parodies et pastiches

    lali 345.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-345/comment-page-1/#comment-493865

    Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
    De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
    Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
    Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ;
    Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
    Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
    Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
    Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
    Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
    Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
    Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
    Et mainte page blanche entre ses mains froissée
    Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers...

    ... mais bon dieu de bon dieu à l’âge qu’elle a aujourd’hui (et au mien !) elle devrait arrêter ces gamineries !

  • P comme parodies et pastiches

    L’automne est bleu comme le cuivre

    Dans la casserole cuisent aussi doux qu’une moquette

    Des pieds de porcs incongrus  tel  le sparadrap sur mes sourcils

    Parfois la vie est synonyme d’affichage publicitaire

    Parfois elle est juste un peu surréaliste

    Jamais une erreur les mots ne mentent pas.

    ***

     

    Casserole - cuivre - bleu -  automne - affichage – pied - synonyme – moquette - sparadrap - sourcil étaient les mots imposés pour ce logorallye d'écriture créative.

    oostende.jpg

  • H comme Hugo

    A la manière de Victor, écrit pour cette photo des Impromptus littéraires:

    Crépuscule

    Crepuscule.jpg

    http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php

    C'est le moment crépusculaire.
    J'admire, assise sur le sable,
    Ce reste de jour dont s'éclaire
    La dernière heure agréable.

    Sur la digue, de nuit baignée,
    Je contemple, émue, les amours
    Sous les branches du châtaignier,
    Ce doux murmure des toujours.

    Sa haute silhouette noire
    Dit que l’été est de retour.
    On sent à quel point il doit croire
    A la fuite utile des jours.

    Ils sont deux dans la mer immense,
    Et en pensées déjà très loin,
    Pour eux ce soir la vie commence,
    Et je médite, obscur témoin,

    Pendant que, déployant ses voiles,
    L'ombre, où se mêle une rumeur,
    Semble élargir jusqu'aux étoiles
    Leur aspiration au bonheur.


  • 22 ou la tirade du pied

    La première nuit, j'avais tellement mal que je me suis dit que si on me proposait là, tout de suite, de me couper l'orteil, j'aurais peut-être accepté. Alors pour passer le temps, je me suis joué la scène à la Cyrano:

    Agressif: Moi, madame, si j'avais un tel pied,
    Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse!

    Amical: Mais quel grand malheur, cette casse!
    Pour marcher, n'est-ce pas un sérieux handicap?

    Descriptif: C'est un bloc bleu, un pic rouge, un cap...
    Que dis-je, c'est un cap? C'est une péninsule!

    Curieux: De quoi sert cette oblongue capsule?
    De poupée vaudou ou de boite à meccano?

    Gracieux: Aimez-vous à ce point le piano
    Que maternellement vous vous préoccupiez
    De briser sa lourde chute avec vos deux pieds?

    Truculent: ça, madame, lorsque vous claudiquez,
    Vos amis peuvent-ils le voir sans paniquer
    Qu'ils vous trouveront morte en bas de l'escalier?

    Prévenant: Ne pourrait-on pas vous relier
    Du sofa à une ligne de téléphone?

    Tendre: Cette cure de repos est bien bonne:
    Profitez-en bien de votre petite panne!

    Pédant: L'animal seul, c'est sûr, qu'Aristophane
    Appelle Hippocampelephantocamélos
    Avait au pied tant de chair avec si peu d'os!

    Cavalier: Quoi, l'amie, ce bloc est à la mode?
    Pour rouler en auto c'est vraiment peu commode!

    Emphatique: Nul soulier ne peut, pied bancal,
    T'envelopper tout entier sauf cette sandale!

    Dramatique: C'est la mer Rouge quand il saigne!

    Admiratif: Pour un parfumeur, quelle enseigne!

    Lyrique: Est-ce une conque? Etes-vous un triton?

    Naïf: Ce monument, quand le visite-t-on?

    Respectueux: Souffrez, madame, qu'on salue!
    C'est là ce qui s'appelle faire le pied de grue!

    Campagnard: Hé, ardé! C'est-y un pied? Nanain!
    C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain!

    Militaire: Pointez contre cavalerie!

    Pratique: Voulez-vous le mettre en loterie?
    Assurément, madame, il sera le gros lot!

    Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot:
    Le voilà donc ce pied qui des pas de son maître
    A détruit l'harmonie! Il en rougit, le traître!

    Je sais que ça ne fait que vingt Clin d'œil

    Je compte sur vous pour m'envoyer les deux manquants Bisou

  • J comme...

     El Delaissado

     

    Je suis le ténébreux jardin inconsolé
    - Mon capitaine a le dos démoli -
    Mon seul Pommier est mort et les geais consternés
    Portent le Soleil noir de la Mélancolie.

     

    Dans la nuit du roncier toi qui m’as fignolé
    Rends-moi ma clématite et mes fleurs si jolies
    Les roses plaisaient tant à mon cœur désolé
    Et le chèvrefeuille qui au coudrier s’allie.

     

    Suis-je friche ou prairie ? Orties, prêles et mourons ?
    Mes haies sont rouges encor de la honte et la peine
    J’ai rêvé sous le ciel à l’ombre des frênes.


    Et j’ai vingt fois vainqueur traversé l’Achéron
    Insufflant du courage à celle qui me fait
    Espérant pour elle une baguette de fée.


    Je demande bien pardon à Gérard, mais vraiment! parodier ou pasticher son Desdichado, je connais peu d'exercices plus amusants Rigolant

    Et pour le titre, vous l'aurez deviné, c'est J comme Jardin, ce pauvre Délaissado à qui je me suis identifiée, en le regardant un matin, le temps d'un sonnet...

  • P comme poème, parodie et pastiche

    A  16 ans, j'étais complètement sous le charme du Desdichado de Nerval, je croyais même que je le comprenais... d'autant plus que l'ami Gérard est né le même jour que moiClin d'oeil

    Je vous remets le fameux poème ci-dessous pour rafraîchir vos éventuels souvenirs scolaires.

    Mais le top du top, c'est le site de Nicolas Graner, où vous trouverez, par les bons soins de l'Oulipo, une centaine de réécritures (parodies, pastiches) toutes plus hilarantes les unes que les autres. Je vous en offre une aussi, en guise d'apéritif...

    Bon amusement à tous les Nervaliens!

    nerval

      

      

      

      

      

    El Desdichado

    Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
    Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :
    Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
    Porte le soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le pampre à la rose s'allie.

    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
    J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

    Gérard de Nerval

    http://graner.net/nicolas/desdi/textes/begu.php3 

    Bègue
    Alain Chevrier  

    El Begueyado

    Je suis le thé, le tétée, le tes nez, le tes nénés, le ténébreux, - le voeu, le veuf, - l'incon, l'inconcon, l'inconsolé,
    Le prince d'à qui, d'acquitter, d'Aquitaine - à la toutou, à la tour à bobo, abolie :
    Ma seule est toi, ma seule étoile, est momo, est morte, - et mon lu, mon lulu, mon luth, zut, non, pas ma flûte, mon luth con, mon luth constellé
    Porte le sot, le sol, le soleil noir, - de la mémé, de la mélancoco, de la mélancolie.

    Dans la nu, dans la nuit du tonton, du bobo, du tombeau, toi qui m'as con, toi qui m'as con sot, toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le pot, le pause, le Pausilippe et la merde, oui, la mer, dix tas, d'Italie,
    La fleur qui plaisait tante à, tant à mon c..., à mon coeur, des eaux, des zozos, désopilé, pardon, désolé,
    Et la treille ou le paon, où le pan pan, ou le pampre, à l'art, à la rose sale, à la rose s'allie.

    Suis-je à mou, Amour ou foetus, fardon, Phoebus, lulu, l'usine, Lusignan, gnan gnan, ou bibi, Biron ?
    Mon front est rouge enc..., encor du b..., du bey, du baiser, de la raie, de la reine...
    J'errais, j'ai rêvé dans la crotte, pardon, dans la grotte, où nana, où nage la sissi, la cirée, la sirène,

    Et j'ai deux fois vingt, quarante, pardon, deux fois vains coeurs, vainqueur, trave, traversé la, l'à quai, l'Achéron :
    Momo, modulant toutou, tour à tour sur la la, sur la lie, sur l'hallali, sur la lili, sur la lyre d'or, dort, d'Orphée,
    Les sous, les sourires, non, les soupirs de la s..., de la sainte, et l'écrit, les cricris, les cris de la f..., de la fée.

    Gégérard de Nénerval


    Nénervant, non ?