pastiche

  • W comme wagon de train

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    Les trains assourdissants autour de moi hurlaient. 
    Grand, mince, pâle, la crinière impétueuse, 
    Le regard baissé, la bouche voluptueuse 
    Qu'une barbe comme celle du Ché ourlait, 

    Il avait l'air noble et absent d'une statue.
    Moi, je passais, nerveuse et crispée, espérant
    Voir dans son œil, beau regard sombre et conquérant,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Jour après jour, cette fugitive beauté 
    Tant de sentiments divers en moi faisait naître, 
    Et mille vains espoirs qu'on ne pouvait m'ôter. 

    Un jour, sur ce quai... Qui sait? ou jamais peut-être! 
    Il m'abordera, demandera où je vais...
    C'est ce que je pensais et mon mal s'aggravait.  

    *** 

    peinture et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    vous aurez reconnu le schéma des rimes de la Passante de Baudelaire cool

  • I comme imaginons...

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    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

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    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

     

    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • D comme Défi du samedi

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    Les conquérants 

    Comme un vol d'étourneaux hors de leur trou natal, 

    Fatigués de brailler leurs querelles hautaines, 

    De Belgique, de France, des gens par centaines 

    Chantaient, ivres d’un rêve intercontinental. 

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

    Et faire de belles carrières lointaines, 

    Ils seraient entendus sur toutes les antennes 

    Depuis l'Orient jusqu'au monde occidental. 

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

    Leur voix au micro dans une forme olympique, 

    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ; 

     

    Où, d'un seul et magique tour de manivelle, 

    Ils se voyaient monter en un ciel ignoré 

    Du fond de l’inconnu, en étoile nouvelle. 

    *** 

    merci à Walrus pour sa consigne au Défi du samedi 

    et merci à José Maria de Heredia

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  • F comme folle histoire

    C'est la folle histoire d'un projet 

    celui d'une expo à Paris en 1915 

    soutenu par deux présidents 

    Fallières et Poincaré 

    trois artistes 

    Apollinaire, Duchamp et Satie 

    et d'un tas d'inventions toutes plus folles les unes que les autres, comme l'ataton (un réveil pour insomniaques), le chinophone, le rasoir thermohygrométrométrique ou les clochettes à mettre à l'intérieur du cercueil au cas où on serait mis en bière vivant. 

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    C'est la folle histoire des années folles et les deux auteurs se sont sans doute follement amusés à l'écrire, mélangeant allègrement histoire et fiction: personnages et événements historiques s'imbriquent parfaitement dans ceux qui sont sortis de leur imagination. 

    Côté histoire, outre les noms déjà cités plus haut, on trouve les suffragettes, les attentats, l'assassinat de Jaurès. 

    Côté fiction, des noms qui ne laissent aucun doute sur l'aspect inventé des personnages: le baron Jean-Aymar de Thou, les inspecteurs Ducran et Lapoigne, Monseigneur Quatorze-Dix-Huit, Baramine, Chiche-Portiche, Soupirail, la liste est longue. 

    Bref, une folle histoire que je ne vais même pas essayer de vous résumer: vous la lirez si le cœur vous en dit. cool 

    lire,lecture,lecteur,humour

    Le voilà donc cet objet 
    qui du pays de ses maîtres 
    a détruit l'harmonie! 
    Il en blanchit, le traître! 

    (photo prise à Beaubourg le 5 janvier)

     

  • J comme je pense à lui

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    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois

  • V comme vue

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    Leïla  

    Tu dansais petite fille 
    Danseras-tu mère-grand 
    Dans le tourbillon de la vie 
    Bientôt les hommes reviendront 
    Il faudra bien qu'on te marie 

    Les masques sont silencieux 
    Et la musique est si lointaine 
    Qu’elle semble venir des cieux 
    Chaque jour apporte ses peines 
    Et ses problèmes pernicieux 

    Les brebis s’en vont dans la neige 
    Flocons de laine et ceux d’argent 
    Des soldats passent et que n’ai-je 
    Quelques mots plus encourageants 
    Que puis-je faire que sais-je

    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Crépus comme mer qui moutonne
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Et tes grands yeux tristes d'automne 
    Tu le sais bien ce que tu veux 

    Leïla ma petite Syrienne 
    Comment ne pas baisser les bras 
    Le fleuve est pareil à ta peine
    Il s’écoule et ne tarit pas 
    Quand donc la paix reviendra

    *** 

    écrit sur le schéma du poème de Guillaume Apollinaire, Marie, in Alcools

    *** 

    pour Lakévio

  • U comme un, deux, trois... un inventaire à la Prévert

    Un ordi  
    deux boites à mail  
    trois commentaires 
    quatre réponses 
    un soleil qui se lève 
    des autos dans la rue 

    un café 

    une douzaine de blogs à visiter 
    un volet qu'on relève à côté. 
    une maison qui tremble 
    six camions sont passés 
    une porte avec son paillasson
    un petit garçon crie 

    un autre café 

    un piano sur lequel on pianote 
    la fleur rouge qui fleurit depuis mai 
    deux amoureux qui passent 
    un facteur une chaise trois enveloppes 
    un voisin revient du marché 
    une araignée 
    une tendinite 
    une souris remisée dans un tiroir 

    un autre café 


    une fille indigne deux passantes trois vélos 
    un téléphone 
    deux messages une tante Jeanne 
    une Mater dolorosa trois cousins sportifs deux chats maigres 
    un talon d'Achille 
    un canapé pour la lecture 
    un buffet de grand-mère deux buffets de grand-mère 
    un tiroir plein de couverts 
    une vaisselle faite une maison rangée 
    une pelote de laine deux épingles de sûreté  
    un jour de félicité

    cinq ou six cafés 

    un petit garçon qui entre à l'école en riant 
    un petit garçon qui sort de l'école en pleurant 
    une assiette de pâtes 
    deux mandarines 
    cinq noix 
    un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
    dix vaches qui n'en finissent pas de brouter 
    un taureau trop jeune 
    deux belles figues sur le figuier et une salade à la feta 
    un soleil qui se couche déjà 
    un grand verre d'eau 
    un vin blanc sec 
    une tablette de chocolat 
    deux séries italiennes 
    une nuit trente-deux positions 

    et...

    encore deux cafés.

    (passer la journée à la maison, quand on ne travaille plus qu'à mi-temps, à la façon de l'Inventaire de Jacques Prévert, in Paroles, 1946)

  • N comme Novarina

    S'inspirer de Novarina et parler des noms de lieux en rapport avec l'autobiographie, voilà le deuxième exercice que proposait François Bon cet été: 

    A Villenoise, je vivais ma vie petite de n’importe qui, je vivais, je vécus n’importe quoi parmi moi : polypier aux Stigmates, muteur de tombe à Grosse-la-Neuve, répéteur aux Nadirs, échangeur aux Grés, mangeur d’action à la Croix-de-Vache, champion d’aise aux Jointeaux, cadavrier à La Vergue, parleur aux Corps-Creux : j’ai beaucoup vécu, j’ai pas été déçu... 

    Ponçon, Ivraie, Ifaux, Verdy-le-Grand, Verdit-Petit, Nussy-Villages, Monceau-Ponteau, Lubien-Serrien, Rives-du-Trou-Vrai : j’ai tout fait, j’ai fait tout, j'arrivais à rien, partout j’allais nulle part : cancre à Globeval, méritoire aux Itrans, déformiste à Jardigny, auscultier à Blangien, perdeur à Vieux-Villy, tangible aux Hauts-de-Lucey, réformiste aux Bas-de-Civry, ructeur au Gros-Verpeau, laxiste à Clair-Vigant, poncier à Loi... 

    Autobiographie aux noms propres – Adrienne à la manière de Novarina (mais alors de loin, de très, très, très loin tongue-out

    Elle a fait ses débuts dans une rue au nom de prince hollandais. Jusqu'à ses cinq ans, sa vie a été partagée entre une rue au nom d'alcool et une autre au nom très chrétien. Le vin va bien à la foi catholique, comme chacun sait.

    Elle a suivi ses parents à la campagne dans une rue qui gardait la trace des marécages d'autrefois et est allée à l'école à une place de jeu de balle, alors qu'on n'y faisait que très peu de sports, sauf la natation et la gymnastique.

    Elle est partie faire des études supérieures et a habité dans une rue au nom d'impératrice autrichienne. On peut comprendre qu'elle y était infiniment mieux que chez le prince hollandais. Tellement mieux qu'elle aurait voulu y rester. 

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    photo prise à Louvain en 2010

  • U comme un, deux, trois... je pars!

    La valise 

    Ma valise m'accompagne au massif de la Vanoise, et déjà ses nickels brillent et son cuir épais embaume. Je l'empaume, je lui flatte le dos, l'encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d'un trésor de plis blancs: ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail, oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, je harnache, pose sur un petit banc, selle et bride, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l'hôtel proverbial. 

    Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval. 

    Francis Ponge, Pièces, éd. Gallimard 1962 

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    La valise

    Ma valise m'accompagne à Ostende, et déjà ses flancs s'arrondissent et son tissu bleu se tend. Je l'empaume, je lui flatte le dos, l'encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d'un trésor d'île lointaine - ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail - oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, harnache, monte, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l'hôtel proverbial. 

    Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval.

  • L comme Levé

    Ecrire à la manière d'Edouard Levé, Autoportrait, est un exercice proposé ce mois-ci par François Bon dans son atelier d'été.  

    Adolescent, je croyais que La Vie mode d'emploi m'aiderait à vivre, et Suicide mode d'emploi à mourir. J'ai passé trois ans et trois mois à l'étranger. Je préfère regarder sur ma gauche. Un de mes amis jouit dans la trahison. La fin d'un voyage me laisse le même goût triste que la fin d'un roman. J'oublie ce qui me déplaît. J'ai peut-être parlé sans le savoir avec quelqu'un qui a tué quelqu'un. Je vais regarder dans les impasses. Ce qu'il y a au bout de la vie ne me fait pas peur. Je n'écoute pas vraiment ce qu'on me dit. Je m'étonne qu'on me donne un surnom alors qu'on me connaît à peine. Je suis lent à comprendre que quelqu'un se comporte mal avec moi, tant je suis surpris que cela m'arrive : le mal est en quelque sorte irréel. J'archive. J'ai parlé à Salvador Dali à l'âge de deux ans. La compétition ne me stimule pas. Décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que la vivre. Je me demande si, en vieillissant, je deviendrai réactionnaire. Assis jambes nues sur du skaï, ma peau ne glisse pas, elle crisse. J'ai trompé deux femmes, je leur ai dit, l'une y fut indifférente, l'autre pas. Je plaisante avec la mort. Je ne m'aime pas. Je ne me déteste pas. Je n'oublie pas d'oublier. Je ne crois pas que Satan existe. Mon casier judiciaire est vierge. J'aimerais que les saisons durent une semaine. Je préfère m'ennuyer seul qu'à deux. J'arpente les lieux vides et je déjeune dans des restaurants désolés. En matière de nourriture, je préfère le salé au sucré, le cru au cuit, le dur au mou, le froid au chaud, le parfumé à l'inodore. Je ne peux pas écrire tranquillement s'il n'y a rien à manger dans mon frigidaire. Je me passe facilement d'alcool et de tabac. Dans un pays étranger, j'hésite à rire lorsque mon interlocuteur rote pendant la conversation.

    édouard levé.jpg

    source de la photo, info et extraits ici: 
    http://www.gallimard.fr/Catalogue/P.O.L/formatpoche/Autoportrait

    Adolescente, je découvrais dans les livres que d'autres avaient vécu ce que je vivais. J'ai passé des mois à peaufiner les détails d'une fugue définitive que je n'ai finalement pas entreprise pour ne pas faire de peine à ma grand-mère. Je préfère regarder sur ma gauche. Une de mes collègues a un emphysème pulmonaire mais continue à fumer. La fin d'un voyage arrive généralement au bon moment. J'oublie presque tout. J'ai peut-être parlé sans le savoir avec quelqu'un qui a tué quelqu'un. J'ai failli acheter une maison ouvrière dans une impasse. Ce qu'il y a au bout de la vie ne me fait pas peur certains jours et d'autres jours oui. Je suis le plus souvent celle qui écoute. Je déteste qu'on me colle des étiquettes. Je suis surprise quand quelqu'un se comporte grossièrement avec moi vu que je reste toujours polie. J'archive. Je n'ai jamais osé approcher une célébrité. La compétition ne me stimule pas. Décrire précisément ma vie serait fastidieux. Je me demande si, en vieillissant, je deviendrai grabataire ou démente. Assise jambes nues sur du skaï, je déteste ça. Je ne m'aime pas. Je ne me déteste pas. Je n'oublie pas d'oublier. Je ne crois pas que Satan existe. Mon casier judiciaire est vierge. J'aime toutes les saisons du climat belge. Je ne m'ennuie jamais. J'arpente ma ville et je déjeune devant mon ordi. En matière de nourriture, je préfère les fruits, les légumes, les laitages et le pain. J'aime que mon frigidaire soit bien garni mais c'est uniquement le cas quand j'ai des invités. Je me passe facilement d'alcool et je n'aime pas la fumée des cigarettes. Dans un pays étranger, je voudrais toujours être capable de parler aux gens dans leur langue. 

    Voilà, voilà smile 

    Et maintenant, c'est à vous!

  • D comme déguster

    1. 

    C'est un verre à pied en simple verre blanc, celui qui porte bonheur quand on le casse, comme a dit ma tante le jour où elle en a laissé tomber un chez ma mère en l'aidant à la vaisselle. 

    Il est d'un format assez petit: petit pied, rondeur très légère, petite ouverture sur le dessus. 

    Le bord est fin. C'est important. 

     

    2. 

    Tout est est important: le pied pour faire valser le fond de vin qu'on va déguster, le verre fin et parfaitement transparent, pour admirer la robe à la lumière, l'ouverture pas trop grande, exactement à la mesure de la narine qu'on va y introduire pour humer ses parfums. 

     

    3. 

    Sur son galbe léger, le nom en petites lettres blanches du viticulteur qui l'a offert après la dégustation. Il porte fièrement le logo des vignerons indépendants comme un gage de qualité. De ceux qui disent le nom de l'homme qui fabrique ses fûts à la main, vous expliquent de A à Z comment ils maîtrisent la fermentation malolactique et qui dorment à côté de leurs cuves pour mieux les contrôler aux moments délicats. 

    DSCI3279 (2).JPG

    4. 
    Le logo des vignerons indépendants représente un personnage stylisé portant sur son épaule gauche une cuve de vin. 
    Ce qui ne correspond plus à aucune réalité d'aujourd'hui. 
    D'autant plus qu'après trois ou quatre générations de viticulteurs de père en fils, ce sont maintenant deux jeunes femmes qui se trouvent à la tête de l'entreprise familiale. 

     

    5.

    Le pied est solide même si le bord supérieur est très fin. Le verre peut aller au lave-vaisselle. Cependant, après l'avoir soigneusement rincé à l'eau claire, on préfère l'essuyer à un torchon propre qu'on vient de sortir de l'armoire et dont on "casse" d'abord un peu la raideur.

    Avant d'y verser du vin, on hume le verre pour s'assurer qu'aucune odeur étrangère ne viendra interférer avec la dégustation. C'est qu'on prend ces choses-là très au sérieux. 

     

    6. 

    Sur le galbe du verre, à l'endroit le plus large, il y a de légères stries, dues aux frottements. Car dans le secret de l'armoire, derrière la vitre opaque, les verres se touchent, se frôlent, se caressent, se griffent. 

     

    7. 

    Depuis leur dernier déménagement, les verres sont bousculés: ils s'entrechoquent à chaque passage d'un poids lourd. Ils émettent de plaintives musiques cristallines. Ils sont pris de soubresauts et manquent tomber de leur étagère. 

     

    8. 

    Finies les belles dégustations bien orchestrées: les grands crus, les beaux cépages, les années prestigieuses, les gloires du terroir ont été remplacés par la modeste bouteille de supermarché. 

    Plus besoin de faire valser et goûter, le bouchon est remplacé par la capsule à vis métallique. 

     

    9. 

    Sur la table de travail, dans ce fouillis inextricable de papiers et de livres, juste à droite de l'ordinateur, il y a parfois un verre à pied légèrement galbé. On le remplit peu et on le déguste à petites gorgées espacées, en essayant de bien avoir le goût du vin. Comme le préconise Colette. 

    Si c'est du blanc, on fait en sorte que les rayons du soleil ne viennent pas le réchauffer. 

    Parfois on est tellement pris par le travail qu'on oublie complètement le verre à pied dans lequel le lendemain se trouve toujours un fond de vin. 

    DSCI3280.JPG

     ***

    Quatorze fois vers le même objet – à la manière de Francis Ponge.

    http://www.tierslivre.net/WIPagcb/FICHES_IMPRIM/PONGE_oeillet.pdf 

    et pour le projet du Hibou

    semaine 27 - robe

  • B comme bureau

    Il y a beaucoup d'objets sur ma table de travail. Le plus ancien est sans doute un dictionnaire français-roumain de 1967 et non pas mon petit Robert comme je le croyais d'abord, vu qu'il date de 1976. Le plus récent est un kalanchoé rouge sombre apporté par une chère collègue-amie pour mon anniversaire. Je l'ai mis dans un pot de céramique blanche.

    Je passe plusieurs heures par jour à ma table de travail. Parfois je souhaiterais qu'elle soit la plus vide possible. En fait, je trouve tellement pratique d'avoir un tas de choses à portée de mains qu'elle s'en trouve tout encombrée.

    Elle est formée d'un contre-plaqué imitant le bois mais sa couleur est d'un beige trop jaunâtre pour faire illusion. Sur le bord, les fausses nervures imitant la nature sont complètement usées.

    Je ne range pas assez souvent ma table de travail. Généralement, ça consiste à refaire de jolis tas bien droits et à tout déplacer-replacer pour pouvoir passer un chiffon humide sur sa surface. Cet aménagement de mon territoire se fait rarement au hasard. Il correspond à un des moments clés du calendrier: fêtes de fin d'année, début des vacances ou de l'année scolaire, période d'examens. Il suffit que je range quelque chose pour que je ne le retrouve plus, ce qui est la meilleure des excuses pour ne rien ranger. 

    pastiche,littérature,perec,françois bon

    ***

    à la manière de Perec 

    qui continue ainsi pendant des pages 

    comme on peut le voir ici: 

    Notes brèves concernant les objets qui sont sur ma table de travail

    http://www.tierslivre.net/WIPagcb/FICHES_IMPRIM/PEREC_TableTravail_2.pdf

     

  • Adrienne et Charles

    Le temps a gardé son manteau 
    De vent de froidure et de pluie, 

    N'est pas vêtu de broderie 
    De soleil luisant clair et beau 

    Il n'y a bête ni oiseau 
    Qu'en son jargon ne chante ou crie: 

    Le temps a gardé son manteau! 

    Rivière, fontaine et ruisseau 
    Gonflent leur livrée jolie. 
    Chacun s'enferme bien au chaud: 
    Le temps a gardé son manteau. 

     charles prisonnier.JPG

    Charles prisonnier dans la Tour de Londres
    source wikipedia

  • F comme flamme de fouet

    A la flamme des fouets II           Paul Eluard  

    Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid,
    Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace,
    Porte couteau, souillure vaine, lampe inondée,
    Souhait d’amour, fruit de dégoût, glaces prostituées

    Bien sûr, bonjour à mon visage !
    La lumière y sonne plus clair un grand désir qu’un paysage.
    Bien sûr, bonjour à vos harpons,
    À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache ! 

    J’ai perdu, j’ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.

    Capitale de la douleur, 1926

     krapov,jeu,poesie,parodie,pastiche

     http://www.ebooksgratuits.org/html/eluard_capitale_de_la_douleur.html

    la consigne est ici:
    http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/10/03/32720288.html

    Au Figaro Francis

    Coiffeur de nuit, coiffeur de jour, coiffeur au lit,
    Geste à frayeur, regard qui fuit, peigne vorace,
    Porte ciseaux, mouture naine, sombre et sans grâce,
    Souhait d'amour, fruit de dégoût, grand hallali.

    Bien sûr, bonjour à mon visage!
    La lumière y sonne plus clair au grand désir qu'un bronzage.
    Bien sûr, bonjour à vos miroirs,
    A vos coupes, à vos boucles, à vos accoudoirs!

    J'ai perdu Francis, j'ai gagné Figaro,
    Voyez mes cheveux sur le carreau.

    Capital de mon coiffeur, 2015

  • C comme coupable

    Le voilà, le coupable:

    herfst (vervolg) (5) - kopie.JPG

    celui qui a accueilli les amours débutantes

    de l'Adrienne et de l'homme-de-sa-vie...

    Il en rougit, le traître (1)

    Langue tirée

     

    (1) Il était vert, autrefois.
    "Le voilà donc le banc qui de la vie d'Adrienne a détruit l'harmonie..."
    Un jour peut-être j'en ferai une tirade bergeracoise, La tirade du banc.
    Vu l'immense succès de ma "tirade du pied" auprès des potaches de France, c'est gagné d'avance (en ce moment ça télécharge dur, ma tirade du pied... je me demande d'ailleurs comment ces gamin(e)s sont évalué(e)s LOL)

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/10/22/22-ou-la-tirade-du-pied.html

  • T comme tout le monde

    Tout le monde marche main dans la main
    Chante Françoise hardy
    Moi seule n'ai pas d'amoureux.

    ***

    Tout le monde aime Félix et Ernestine
    Pleure Poil de Carotte
    Moi seul suis le mal aimé.

    ***

    Tout le monde fait le guignol en classe
    Se plaint Agnan
    Moi seul aime l'arithmétique et la géométrie.

    ***

    Tout le monde a peur de Créon
    Dit fièrement Antigone
    Moi seule lui tiendrai tête.

    Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil
    Susurre Jean Yanne
    Moi seul y en a vouloir des sous!

    ***

    Tout le monde se convainc que la guerre de Troie n'aura pas lieu
    Prophétise Cassandre
    Moi seule vois ce qui nous attend.

    ***

    Tout le monde se croit bien portant
    Affirme le docteur Knock
    Moi seul sais que vous êtes des malades qui s'ignorent.

    Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot:

    Tout le monde peut y aller
    Gémit l'adolescent(e)
    Moi seul(e) n'ai pas la permission!

     ***

    Exercice d'écriture avec la double anaphore « Tout le monde… » et « Moi seul… » proposé par les Impromptus littéraires.

  • Dernier venu

    Dernier venu

    Que voulez-vous il pleuvinait
    Que voulez-vous je suis entrée
    Que voulez-vous il me cherchait
    Que voulez-vous j'y suis allée

    Que voulez-vous il m'a attirée
    Que voulez-vous je l'ai regardé
    Que voulez-vous il a été agréé
    Que voulez-vous je l'ai acheté

    ainsi que deux autres
    Langue tirée 

    bruxelles,lire,lecteur,livre,lecture,litterature,art,parodie,pastiche,poesie

    et ceci bien sûr est un pastiche de

    COUVRE-FEU

     Que voulez-vous la porte était gardée
    Que voulez-vous nous étions enfermés
    Que voulez-vous la rue était barrée
    Que voulez-vous la ville était matée

    Que voulez-vous elle était affamée
    Que voulez-vous nous étions désarmés
    Que voulez-vous la nuit était tombée
    Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

     Paul ÉLUARD (1895 - 1952), Poésie et Vérité

     

     

  • 22! la revoilà!

    bricabook181.jpg

    © Marion Pluss

    http://www.bricabook.fr/2015/06/atelier-decriture-181e-une-photo-quelques-mots/

    Elle ne lâchait pas la rampe et montait tranquillement les marches en s'arrêtant de temps en temps pour reprendre son souffle.

    Voilà bien longtemps qu'elle n'avait plus pris le métro, qui pourtant la fascinait depuis ses dix ans. A l'époque, il y avait encore des poinçonneurs.

    Arrivée presque en haut, elle s'arrêta et respira calmement l'air de Paris.

    Alors elle dit bien fort, un fin sourire aux lèvres : 

    - Doukipudonktan?

    Et repensant avec émotion à son tonton Gabriel, elle ajouta plus bas:

    - J'ai vieilli. Maintenant c'est vraiment le cas de le dire. J'ai vieilli.

  • Z comme zélatrice

    Petit précis de vocabulaire à usage mondain

    par une zélée zélatrice de Philippe Delerm

    *** 

    1. On ne vous fait pas fuir au moins ?

    Petite phrase à l’usage du couple qui fuit lâchement les lieux, profitant de votre arrivée inopinée.

    Insister légèrement encore pour qu’ils restent : cela permettra de les voir se contorsionner en excuses bidon : on allait partir de toute façon – la gamine est fatiguée – demain c’est l’école – on a encore une longue route à faire…

     

     2. C’est pas vrai !

    Exclamation qui veut dire exactement le contraire de ce qu’elle semble exprimer.

    L’utiliser pour montrer à quel point on admire l’invraisemblance du propos.

    L’accompagner d’un minimum de théâtralité : yeux grand ouverts, bouche en O majuscule, main sur le cœur.

    - Oh ! elle a osé faire ça ? C’est pas vrai !

     

    3. Ça va refroidir

    Politesse de la maîtresse de maison qui incite à commencer le repas sans elle.

    Se récrier que non, que c’est bien chaud et qu’on l’attend.

    Rajouter à son énervement de cuisinière des grands soirs en refusant de goûter la moindre bouchée avant qu’elle paraisse à table.

    C’est une question de savoir-vivre.

    On vous a fait le même coup cent fois.

     

    4. Voilà, tu la connais l’histoire

    Façon de terminer le récit du malheur des autres.

    Toujours raconté avec la délectation de celui/celle qui croit que ça ne lui arrivera jamais. Qui croit que ça ne peut tout simplement pas lui arriver.

    - Voilà, tu la connais l’histoire. C’est pour ça qu’ils ne se parlent plus depuis trente ans, son père et lui.

     

    5. Il faut le voir sur scène

    Expression de la supériorité absolue de l’élu « qui a vu sur scène » sur le commun des mortels « qui a vu à la télé ».

    Le tout déguisé en conseil : « Il faut le voir sur scène », qu’on susurre en posant une main sur l’avant-bras de l’interlocuteur, en se penchant légèrement vers lui, sur le ton de la confidence intime.

    Note : A ne pas confondre avec « Moi, je l’ai vu sur scène ! En 1967 ! A Bobino ! » qui est trop ouvertement vantard, surtout si l’artiste est mort depuis plus de quarante ans.

     

    6. Ça devrait toujours rester comme ça

    Petite phrase qui s’accompagne d’un léger soupir plein de faux regrets et qu’on ponctuera d’un grand sourire feint, tout en rendant à la mère – avec une joie qu’on s’efforce de dissimuler – le bébé braillard qui vient de faire un gros caca dans sa couche.  

     

    7. J’ai horreur de cette phrase

    Propos de personne cultivée face à l’inculture manifeste.

    Rejet de l’autre et de son manque de vocabulaire ou de naissance. Ou des deux.

    Parce que, bien sûr, « c’est juste une question d’éducation ». Et qu'on est du bon côté de la barrière.

     

    8. Du côté de mon mari

    Façon subtile de renier des liens de parenté.

    - Je croyais que vous étiez famille ?

    - Oh ! c’est un cousin éloigné, du côté de mon mari.

    D’un geste vague de la main, ce détail qui n’est pas anodin permet de clore la conversation sur un sujet peu reluisant dont on n’a pas envie de parler.

     

    9. Ça a été ?

    Accueille les clients au sortir de la cabine d’essayage. Signifie généralement qu’on les y a vus entrer avec des vêtements peu appropriés à leur âge ou à leur corpulence.

    Leur proposer tout de même, mais sans enthousiasme exagéré:

    - Vous voulez que je vous apporte la taille au dessus ?

     

    10. C’est maintenant qu’il faut en profiter

    Des soldes, des enfants en bas âge, du temps qu’il fait, de la retraite.

    Phrase à adapter à l’âge de l’interlocuteur et à la saison.

     De toute façon elle reste sans conséquence. Surtout utile quand on désire prendre congé.

     

    ***

    Et voilà!

    Faudra tout de même que je finisse par trouver ce livre.

    Cool

     Que Philippe Delerm me pardonne de le pasticher sans l'avoir lu.

     

    parodie,pastiche,jeu, krapoverie, krapov

     http://www.lecerclepoints.com/livre-ma-grand-mere-avait-les-memes-philippe-delerm-9782757825082.htm#page

  • X c'est l'inconnu

    Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. J’ai senti que j’avais en moi toutes les capacités nécessaires à l’être encore longtemps et à rendre heureux ceux qui voudraient bien partager un bout de chemin avec moi.

    Sans se poser trop de questions. Sans m’en poser. Juste accepter, jour après jour, la vie comme elle vient, la vie comme elle va. Et m’accepter moi comme je suis.

    Quand l’aumônier est revenu, alors que je l’avais si improprement chassé, j’ai finalement accepté de signer le pourvoi. Chacun m’assure qu’en cassation, le climat, le contexte et surtout la saison, tout sera différent. Que j’ai toutes mes chances de m’en sortir.

     

    Et puis surtout, j’ai décidé de ne plus me laisser faire.

     

    ***

    Voilà une fin "revisitée" qui tombe bien, en ce jour des Saints Innocents, non?

    Langue tirée

     camus,littérature,parodie,pastiche,jeu,fiction

    depuis que la photo a été prise, le tissu bleu est devenu un rideau
    et le tableau peint par une amie est accroché dans la salle de bains;
    mais Camus est encore dans une de ces boites
    en haut à gauche

    Cool

  • J comme je refais du Delerm

    - N'oubliez pas d'éteindre vos portables, dit Madame au moment de distribuer les questions de l'examen. Qu'il n'y ait pas de discussion possible.

    Alors on fouille dans les poches de pantalon, on en sort de rutilants objets à 500 € l'unité, on les tripote en deux ou trois pichenettes et on les remet bien au chaud contre la cuisse.

    Bizarrement, c'est pendant les examens qu'on fait une entorse au règlement qu'on applique toujours si strictement: les portables, à l'école, on ne peut ni les voir, ni les entendre.

    On ne les voit jamais autant que ces jours-ci, surtout dans les classe les plus peuplées, où Madame exige qu'on les pose à terre.

    - Fais attention, dit Madame à un étourdi qui l'a déposé sous sa chaise, quand tu vas te lever tu vas l'écraser.

    Et ça le fait sourire, le bougre.

    ***

    - Moi j'ai bien aimé, disent-ils, les uns après les autres.

    Pendant la conversation qu'on a en particulier avec chacun, pour l'examen oral, on apprend sur eux un tas de choses. En particulier - mais s'en étonnera-t-on? - que leurs idoles sont toutes anglo-saxonnes. Ils écoutent Ed Sheeran ou un certain Smith dont on a déjà oublié le prénom. Téléchargent le texte des chansons, en recherchent le vocabulaire, le connaissent par coeur.

    - Tu devrais te trouver une vedette francophone et faire pareil en français, leur dit Madame.

    C'est vrai, ils l'accordent, ce serait une bonne chose, mais seul Stromae est jugé assez bon.

    - Et Cyprien? demande Madame, qu'est-ce que tu en as pensé?

    - Moi j'ai bien aimé, disent-ils les uns après les autres. J'ai presque tout compris.

    Puis ils ajoutent, et le coeur de Madame accélère un peu sa cadence, mais ça c'est de l'allégresse pure:

    - Je crois bien que je vais encore regarder ses vidéos.

    Alors on remercie youtube d'avoir créé des Norman et des Cyprien.

    Et on félicite l'élève pour ses bonnes résolutions. 

    ***

    Cyprien: https://www.youtube.com/watch?v=RL7grUEo960

    Norman: https://www.youtube.com/watch?v=zt-LbzrS2lI

     

    ***

    Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

    -          Ecrire au présent

    -          Faire des phrases courtes

    -          Utiliser abondamment « On »

    Ma grand-mère avait les mêmes - Il a refait sa vie - Y’a un peu plus, je le laisse - N’oubliez pas d’éteindre vos portables - Moi j’ai bien aimé - C’est le soir que c’est difficile - Je voulais voir ce que c’était - D’abord, merci de prendre ma question - On ne vous fait pas fuir au moins - Je préfère Trouville à Deauville - C’est pas vrai ! - Ca va refroidir - Voilà, tu la connais l’histoire - Faut arrêter ! – Y a pas d’souci - Il faut le voir sur scène - Ca devrait toujours rester comme ça - J’ai horreur de cette phrase - Chez nous, c’est comme ça ! - Du côté de mon mari - Je vais prendre les matches un par un - Ca a été ? - J’ai une contrainte - C’est maintenant qu’il faut en profiter - On était écroulées - Qui lit encore Duhamel ? - Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui ? - Il pourrait bien neiger - Par contre je veux bien un stylo - On peut le changer - Quel est votre plus gros défaut ?

  • F comme faire du Delerm

    bricabook145.jpg

    Kot  et Leiloona
    http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-145e/

    - Ma grand-mère avait les mêmes, dit-elle en ne cachant pas le peu d’estime qu’elle porte aux nouvelles acquisitions qu’on vient de faire à grands renforts de « j’achète ? », « je n’achète pas ? », « j’achète ! ».

    Il y a des gens qui ont le chic pour ôter toute confiance en soi d’un seul regard, d’une seule petite moue dédaigneuse.

    Pourquoi rencontre-t-on ces gens-là précisément le jour où on est si content d’un vêtement neuf ?

    ***

    - Il a refait sa vie.

    - Elle a refait sa vie.

    C’est la petite phrase dont on sait qu’elle va arriver tôt ou tard dans la conversation qu’on a avec sa mère à propos d’une connaissance de ses connaissances.

    Et dont on comprend bien le sous-entendu, à cause du petit silence significatif qui suit :

    - Et toi, qu’est-ce que tu attends pour « refaire ta vie ? »

    ***

    - Y a un peu plus, je le laisse ?

    Pourquoi n’ose-t-on jamais dire :

    - Ah ça non, par exemple ! J’ai demandé 500 grammes, pas 650 !

    Par contre, on n’entend jamais :

    - Y a un peu moins, c’est OK ?

    Alors quand on a l’intention de faire la terrine de saumon frais et fumé, on dit bien fort :

    - Il me faut exactement 500 grammes de filet de saumon ! Très exactement !

    Et on feint l’admiration quand le poissonnier jette sur la balance un morceau qui fait au gramme près ce qu’on a demandé.

    - Bravo ! s’exclame-t-on. Voilà qui s’appelle avoir le compas dans l’œil.

    Au lieu de lui dire :

    - Pourquoi vous ne réussissez pas ce joli coup à chaque fois ?

     

    ***

    Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

    -          Ecrire au présent

    -          Faire des phrases courtes

    -          Utiliser abondamment « On »

     Les 3 premiers titres: Ma grand-mère avait les mêmes - Il a refait sa vie - Y’a un peu plus, je le laisse

    Merci à Joe Krapov pour la consigne et à Leiloona pour la photo!

  • L comme longue attente

    En la forêt de Longue Attente
    Notre Adrienne a froid aux pieds.
    S'en va, cette journée présente,
    Par le chemin des écoliers.
    Car de train elle s'est trompée
    Pour enfin rentrer au logis
    En sa cité fort détrempée ;
    Pour la longue attente elle a pris
    L'hôtellerie de Pensée.

    (Mais papier et stylo aussi)

     wagon de train (1) - kopie.JPG

     L'Adrienne, coincée pendant deux heures dans une gare, a de tendres pensées pour son vieux copain Charles d'Orléans qui lui pardonnera sûrement d'être pastiché Langue tirée

     http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/charles_d_orleans/en_la_foret_de_longue_attente.html

  • C comme chanson du vitrier

    Comme c’est beau
    ce qu’on peut voir comme ça
    à travers le sable à travers le verre
    à travers les carreaux
    tenez regardez par exemple
    comme c’est beau
    cette jeune femme
    là en face
    qui accueille un petit garçon
    pour le mener en classe
    pour lui apprendre à lire et à écrire
    pour qu’il puisse un jour
    aider sa maman
    qui reçoit des tas de papiers
    qu’elle ne comprend pas
    qui doit faire très attention
    en faisant ses courses
    de ne pas rapporter
    des rognons de porc au lieu d’agneau
    parce qu’elle n’ose pas toujours demander
    aux autres clients
    alors voir son petit garçon
    qui épelle ses premiers mots
    ça la rend si fière
    et heureuse pour le reste de la journée.


    (à la manière de Jacques Prévert, Chanson du vitrier, Histoires et d’autres histoires, 1963)

    ***

    écrit pour le Défi du Samedi n° 291

  • x c'est l'inconnu

    Entrepreneur, plein de célérité,

    Quinze jours a, je les ai bien comptés,

    Et dès demain seront justement seize,

    Que je fus fait confrère au diocèse

    De Saint-Marri, en l'église Saint-Pris.

    Si vous dirai comment je fus marrie

    Et me déplaît qu'il faut que je le die.

    Un samedi vous vîntes à l'étourdie

    En ce palais me jurer votre foi :

    « Lundi je travaille sous votre toit. »

    Incontinent, qui fut bien étonnée ?

    Ce fut Adri, plus que s'il eut tonné.

    Puis les jours et les semaines ont passé,

    Et quand je vous ai attendu assez

    J'ai compris que ce n'était pas demain

    Que j'aurais enfin ma salle de bains.

     

    maison a vendre,pastiche,poesie

    Clément Marot n'est malheureusement pas visible sur cette photo. 

  • F comme Folon

    défi292.jpg

     

    http://samedidefi.canalblog.com/archives/2014/03/29/29538433.html

    Autrefois,
    on mettait le képi dans la cage
    et on sortait avec l’oiseau sur la tête.

    Aujourd’hui
    on tient les oiseaux enfermés
    sous le chapeau.

     

    Liberté
    je crie ton nom.

    ***

    écrit pour le Défi du samedi 292

  • P comme parodies et pastiches

     miletune47.JPG

    http://miletune.over-blog.com/2013/11/sujet-semaine-47.html


    Ballade des (in)vendus

     

    Frères humains qui passez par ici
    Arrêtez-vous, admirez-nous aussi,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Vous sortirez votre portemonnaie.
    Vous nous voyez ci attachés aux pieds
    Et notre chair qui est trop peu 
    nourrie,

    Nous fait dans le dos de drôles de plis,
    Nos pieds nus sous des pantalons trop courts.
    De notre mal personne ne s'en rie :
    Mais priez Dieu que tous nous veuillent un jour!

  • P comme parodies et pastiches

    lali 345.jpg

    http://lalitoutsimplement.com/en-vos-mots-345/comment-page-1/#comment-493865

    Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
    De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
    Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
    Elle entrait et disait : Bonjour, mon petit père ;
    Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
    Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
    Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
    Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
    Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
    Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
    Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
    Et mainte page blanche entre ses mains froissée
    Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers...

    ... mais bon dieu de bon dieu à l’âge qu’elle a aujourd’hui (et au mien !) elle devrait arrêter ces gamineries !

  • P comme parodies et pastiches

    L’automne est bleu comme le cuivre

    Dans la casserole cuisent aussi doux qu’une moquette

    Des pieds de porcs incongrus  tel  le sparadrap sur mes sourcils

    Parfois la vie est synonyme d’affichage publicitaire

    Parfois elle est juste un peu surréaliste

    Jamais une erreur les mots ne mentent pas.

    ***

     

    Casserole - cuivre - bleu -  automne - affichage – pied - synonyme – moquette - sparadrap - sourcil étaient les mots imposés pour ce logorallye d'écriture créative.

    oostende.jpg

  • Question existentielle

    Quand reverrai-je...

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit Paris
    Briller la tour Eiffel, et en quelle saison
    Reverrai-je l'Italie et ses horizons
    Qui me sont source de bonheur jamais tarie?

    Plus me plaît un séjour à New-York ou à Rome,
    Le Colisée, l'arc de Titus et le Forum
    Que d'avoir du marbre ou de la soie sur mes murs;

    Plus les voyages en des pays proches ou lointains,
    Big Apple, Bali, Vésuve ou Mont Palatin,
    Que des meubles design et de riches tentures.

    merci Joachim Bisou