peinture

  • I comme illusion

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    Pour mon malheur, avant de rencontrer ma gentille petite Simone, j'ai connu sa sœur aînée, Maria. Maria est piqûrière, chez nous à l'usine, c'est comme ça que je l'ai connue. Une bonne ouvrière, ça oui, mais un fichu caractère! Et elle aimait déjà le vin, ce qui n'arrangeait pas son humeur... Quelle différence avec la petite Simone, douce comme un agneau... C'est elle que j'aurais dû rencontrer la première. Je n'en serais pas là aujourd'hui, avec une femme pendue à mon cou et une autre qui me fait du pied sous la table. 

    Oh! mon beau, mon fort, mon grand! Qu'est-ce que je l'aime! Quelle chance j'ai! Quel bonheur! Mon beau Gaspard! Et intelligent avec ça! C'est le patron lui-même qui l'a dit, mon plus jeune et mon meilleur contremaître, il a dit. Il ira loin, mon Gaspard, je le sais, je le sens! Vivement l'été prochain qu'on se marie! 

    Quelle gourde, cette Simone! Non mais regardez-moi ça! Encore une qui croit qu'elle a touché le gros lot! Et son grand dadais qui rougit quand je lui chatouille le tibia... qui attrape la chair de poule quand mes doigts frôlent son bras... Hahaha! il ne sait plus où se mettre! Je le connais moi, le Gaspard. 

    *** 

    Témoignages croisés. Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

    Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Pour comprendre la hiérarchie de l'usine textile d'autrefois, voir par exemple Maxence Van der Meersch, dans La fille pauvre: la canneteuse, puis la bobineuse et la doubleuse, tout à fait en bas. Au-dessus d'elles, "il y avait, pour n'en citer que quelques-unes, la soigneuse de continu, puis l'ourdisseuse, puis la tisserande, puis au sommet, respectée et jalousée, l'aristocrate, la piqûrière, qui nous dominait et ne nous disait pas bonjour.

  • C comme coiffure

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    Bientôt cinq heures, se dit Luisa en se regardant mélancoliquement dans le grand miroir du vestibule. Elle a un moment de découragement à l'idée de devoir sortir, de devoir affronter le regard de la petite assemblée qui prend le thé tous les mardis chez son amie Teresa. Que ne peut-elle rester tranquillement chez elle... 

    C'est toujours sans aménité que Luisa s'observe, sans complaisance qu'elle se détaille. Oui, la taille est bien prise, les mains fines, le cou gracieux. Mais ce nez et ce menton un peu forts? Cet œil à la paupière tombante, surtout du côté gauche? Certes, ça lui vient de feu son père,  est-ce suffisant pour s'en consoler? l'accepter? 

    Puis un léger sourire s'esquisse et le rouge lui vient aux joues. 

    C'est que son regard est posé sur sa nouvelle coiffure, audacieuse, à la romaine, et que le figaro venu officier le matin même pour la première fois est jeune, beau, et qu'il sait parler aux femmes...  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio, que je remercie! 
    "La marquise sortit à cinq heures"... phrase attribuée par André Breton à Paul Valéry, mais, il y a des doutes... Il s'agit d'étoffer cette simple phrase pour en faire... toute une histoire !

  • W comme Walkyrie

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    Elle est née dans la soierie comme d'autres naissent dans du coton. Son père, excellent homme mais mauvais chef d'entreprise, s'est vu éliminer dans la course sans merci au toujours plus (de profit) avec toujours moins (d'investissement dans l'humain). C'est ainsi que du jour au lendemain, sans explication, tranchant dans le vif, il a décidé de quitter la soie de ses ancêtres pour réaliser son rêve d'enfant: cultiver la terre. 

    Parti en éclaireur à la recherche d'une parcelle nourricière, il s'est installé en Bavière et y fait pousser des carottes et des navets au goût douceâtre, des choux et des pommes de terre. 

    Sa fille, d'abord hostile à ce changement de cap, a rapidement vu les opportunités qu'offrait sa nouvelle situation, en particulier le plaisir de dominer. Et comme par un effet de mimétisme, elle s'est épanouie, grande, forte, robuste comme une héroïne wagnérienne. 

    *** 

    Tableau et consignes chez Lakévio: Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. Mettez en gras ou soulignez les mots utilisés dans votre texte.

  • 20 novembre

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    Lundi 20 novembre 

    Cher journal 

    Nous approchons des côtes de l'Argentine et nous profitons déjà en plein du printemps austral. Il paraît qu'aujourd'hui la température atteindra 25°! Mais les nuits sont fraîches et la jeune dame qui dort sur le pont a encore besoin de deux plaids... 

    Tu sais qu'elle m'intrigue beaucoup et que je poursuis ma petite enquête. Figure-toi que cette dame est en voyage de noces! Chaque matin son mari vient lui apporter des jus de fruits et lui lire le programme de la journée. Moi, tu me connais, mine de rien je passe, soi-disant pour ma promenade matinale... je m'arrête pour humer l'air du large, exactement à leur hauteur, et j'attrape forcément quelques bribes de la conversation. 

    Son mari parle bas mais j'entends bien ce qu'elle lui répond. Ce matin, elle lui a dit: 

    - N'insistez pas, cher ami. Je vous l'ai déjà dit et je ne changerai pas d'avis: nous verrons quand nous serons arrivés à votre ranch. 

    Je me demande bien ce qu'elle a voulu dire... J'en saurai peut-être plus demain.

    Une chose est sûre: les grandes personnes sont décidément très bizarres! 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie 
    il fallait s'inspirer du tableau et écrire une lettre

  • O comme océan

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    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    Je suis si fatiguée... m'avait-elle dit. Alors je lui ai proposé de faire une petite sieste. Mais je vais vraiment dormir, a-t-elle répondu. Et bien tant mieux, j'ai dit, ça te fera du bien de dormir un peu, et ça fera disparaître ton mal de tête en même temps. 

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    J'en ai assez, dit-elle. Je n'en peux plus. 

    C'est vrai qu'elle est à bout. La dépression, on ne sait pas quand on va en sortir. Pour le rhume ou la grippe, on sait. 

    Un câlin fait redoubler le torrent et les hoquets. Elle s'en veut "d'être comme ça". Elle s'en veut de paraître "ingrate", après les bonnes heures passées ensemble, le repas partagé. 

    Je dis des choses qui se veulent rassurantes, apaisantes... que dire? "C'est tellement mystérieux, le pays des larmes". 

    La semaine passée, quand je lui avais montré et expliqué la peinture de Katie O'Hagan, elle avait dit "C'est exactement comme moi." 

    Quelle sorte de radeau lui faudra-t-il pour se maintenir à flot sur l'océan qui l'engloutit?

  • L comme Liberty

    fiction,jeu

    Quand il a poussé la porte du Liberty fitness club, il a tendu sa carte de membre à Nadir et s'est dirigé vers les vestiaires sans remarquer la jeune fille qui l'observait. 

    - Et celui-là, demande-t-elle à Nadir, dans quelle catégorie tu le places? Half body? 

    - Attends, tu jugeras par toi-même, il sera aux appareils dans moins de cinq minutes. 

    Trois minutes plus tard, il était effectivement de retour, pectoraux moulés dans un maillot blanc, et s'est couché sur le banc aux haltères. 

    - Ça va, j'ai compris, dit-elle. 

    - Tu n'as encore rien vu, dit Nadir. 

    *** 

    suite de I comme inspiration chez les Plumes 

    consigne 2 chez Les Plumes: Votre héros a des activités, il sort et travaille. 
    Il est  dans un lieu public, au marché, chez le coiffeur, à la gare.
    Vous créez deux personnages qui le regardent et parlent de lui. De parfaits inconnus ou des personnages secondaires qui seront utiles ensuite. 

    L’illustration est une photo prise au musée d'Ostende, expo Het Vlot/The Raft - étude de Géricault pour le Radeau de la Méduse

  • K comme Kronprinz

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    Si vous dites aux grandes personnes : « J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! » 

    Après sa lecture, le Kronprinz a refermé le beau volume illustré et a décidé de s'adonner à l'art de l'aquarelle, plutôt qu'à celui de la guerre. 

    *** 

    fiction utopique et uchronique inspirée par le tableau donné en consigne chez Lakévio, que je remercie, ainsi qu'Antoine de Saint-Exupéry.

  • J comme Jaune

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    J'aime les petits éboueurs de Jaune, j'aime la façon dont cet artiste utilise avec humour les espaces restreints mis à sa disposition. 

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    En balade à Ostende, j'en découvre chaque fois de nouveaux, comme ceux-ci, près du Kursaal. L'artiste a profité de la présence de ces oiseaux, peints par un autre (anonyme?), pour créer de nouvelles scènes avec ses petits éboueurs facétieux. 

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    Oui, j'aime ces clins d’œil disséminés dans la ville! 

  • I comme inspiration chez les Plumes

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    Il a quarante ans depuis deux mois mais il préfère ne pas le savoir, ce qui veut dire qu'il y pense beaucoup. Il se dit que la meilleure moitié de sa vie est passée, ce en quoi il se trompe. 

    Il a un boulot qui ne le satisfait pas et s'il n'en change pas, c'est parce qu'il se persuade que c'est pareil partout. Et par paresse. 

    Il soigne son aspect physique, fait de la musculation, met des lotions antirides, veille à ne pas prendre un gramme. Ses deux millimètres de barbe sont soigneusement entretenus. 

    Il s'habille à la mode dans une boutique "jeune" où il commence à se sentir mal à l'aise. Juste un peu, à certains regards qu'il perçoit. 

    Il n'a pas de relation stable et ne voit presque pas sa fille - aujourd'hui adolescente - qui grandit dans une autre ville. La dernière fois qu'ils ont passé quinze jours de vacances ensemble, ça a viré au drame. Il était en couple avec Amélie, qui était horriblement jalouse de la gamine. Il a dû choisir. Il ne sait pas s'il le regrette. Ça lui fait un peu peur, une fille de treize ans. Et pas seulement peur de vieillir. 

    Il a quelques copains qu'il voit au gré de ses activités sportives, quoique la plupart du temps il les pratique en solitaire. Ce n'est pas simple de trouver les bons créneaux horaires. 

    Il a encore sa mère. Ils se téléphonent beaucoup, elle va bien. Il pense qu'elle a cessé de se tracasser qu'il soit "monogame en série", comme elle dit, ce en quoi il se trompe aussi.  

    *** 

    inspiration (consignes) chez les Plumes d'ici et d'ailleurs 

    photo: tableau de Robert Devriendt (expo The Raft Ostende)

  • G comme Géricault

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    Le petit séjour de catsitting ostendais a permis de découvrir l'expo Het Vlot/The Raft qui s'est ouverte le 22 octobre et durera jusqu'au 15 avril. 

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    Tant mieux, d'ailleurs, qu'il me reste cinq mois pour tout voir, parce que des œuvres sont exposées en divers endroits de la ville - dont certains ne sont normalement pas accessibles au public - et je suis loin d'avoir tout vu en une journée. 

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    Surtout qu'une journée muséale ne commence qu'à dix heures et se termine à dix-sept heures... 

    Bref. 

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    Géricault, donc, et son célèbre tableau Le Radeau de la Méduse, voilà le point de départ. Le radeau comme métaphore de la condition humaine, le radeau dans l'actualité, le radeau comme rêve d'enfant... Beaucoup de choses touchantes, intéressantes ou amusantes. 

    Oui, j'ai même ri: je trouve Messieurs Delmotte hilarant tongue-out 

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    photo 1: Jan Fabre, Kunst is (niet) eenzaam (1985), L'art (n')est (pas) solitaire - sur son propre radeau, Jan Fabre prévoit un terrain de foot... et de nombreux ballons tongue-out 

    photo 2: Katie O'Hagan, Life Raft (2011) 

    photo 3: Oda Jaune, Sans titre (2017)

    photo 4: Fabien Mérelle, Le Radeau de Fortune (2016) 

    photo 5: Pedro Valdez Cardoso, Sans titre, d'après Géricault (2007)

  • E comme édification

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    "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Dès qu'on lui a permis de se lever, ma mère est allée se montrer à la fenêtre, le soir venu, après avoir allumé toutes les lampes et ouvert les rideaux. C'était un rituel auquel elle s'adonnait quotidiennement depuis plus d'un an, sans jamais manquer au rendez-vous, mise à part cette parenthèse de ma naissance. 

    Mais cela, l'homme en face le savait, bien sûr. 

    Moi-même je ne l'ai su que beaucoup plus tard, après leur mort à tous les deux, quand j'ai retrouvé leur correspondance. J'ai compris beaucoup de choses à ce moment-là. Par exemple, pourquoi ma mère et moi trouvions depuis toujours si attirants les hommes à moustache. Il en avait une, absolument impériale, sur un petit portrait au pastel que je possède encore aujourd'hui." 

    Tom referma le document, éteignit l'ordinateur, redisposa tout sur le bureau exactement comme il l'avait trouvé. Il espéra que longtemps encore il trouverait ainsi le moyen de connaître l'intimité de Nadia. 

    Tout en réfléchissant à ce qu'il venait de lire, il se passa la main sur son visage glabre. 

    - Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    l'incipit et l'excipit étaient imposés 
    en plus du tableau, évidemment smile

  • Z comme Zoé

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    Aglaé est tout à fait dans son rôle et affiche une mine de circonstance. Avec ses airs de pleureuse antique, son chignon défait, ses yeux gonflés et son nez rougi, on ne voit presque plus qu'elle et Agathe sont sœurs jumelles. 

    Agathe réussit toujours à rester belle, même avec ce masque de douleur: grands yeux mélancoliques, bouche mignonne, petit nez parfait et coiffure impeccable. 

    Comme chaque fois, c'est vers Zoé qu'elle se tourne. L'aînée a son air habituel, sérieux et responsable, le dos droit. On attend qu'elle décide. 

    Mais aujourd'hui elle ne dit rien, le regard au loin, pensive. Alors Agathe lui touche légèrement le pli du coude, pour la rappeler à la réalité: 

    - Zoé... qu'est-ce qu'on fait, pour le cadavre? 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    que je remercie!

  • R comme retard

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    Il faudra, pense la petite en arrangeant ses fleurs, que je vérifie dans un dictionnaire comment on écrit 'chrysanthème'. Je suis sûre que Mademoiselle nous donnera un devoir sur la Toussaint.

    La petite aime sa nouvelle institutrice, excellente pianiste et fine pédagogue. Avec elle, toutes les petites corvées deviennent un honneur et elle les distribue de manière judicieuse et équitable.

    La petite espère que lundi ce sera son tour d'arroser le bel hortensia bleu qui orne le coin de la fenêtre. Et que l'après-midi, quand la classe ira à la piscine, personne ne tentera de lui arracher sa bouée, comme cet affreux Kevin a fait avec Anabelle, la dernière fois, pendant que Mademoiselle surveillait les derniers, ceux qui essaient d'entrer dans l'eau sans passer par la douche. C'est vrai qu'elle est un peu fraîche et que tout le monde y passe en courant, la petite aussi.

    Au fait, pourquoi Kevin s'en prend-il toujours à Anabelle, qui a une tête de plus que lui? Mordant son bras, tirant ses cheveux ou sa jupe, essayant d'ouvrir la porte quand elle est aux toilettes...

    Elle décide que dès le lendemain elle sera très gentille avec Anabelle, pour qui ça doit être fort pénible d'être toujours sur ses gardes quand Kevin est dans les parages.

    Tout comme les fleurs peuvent éclairer une pièce, une petite élève peut éclairer une classe.

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Jeu des Papous N°2

    A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

    dictionnaire - pianiste - hortensia - bouée - affreux - mordant - pénible - éclairer

    Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

  • N comme notaire

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    Arrêtée au passage piétonnier devant le feu rouge, elle voit qu'elle a un message de sa mère: 

    je te donne mon emploi du temps aujourd'hui visite à ghislaine en bus demain matin coiffeuse samedi matin banque alimentaire au delhaize après midi chez denise et dimanche katty si tu veux me voir avant mon départ il faudra prendre rendez-vous comme chez le notaire 

    La seule différence entre sa mère et le notaire, se dit-elle en déchiffrant, c'est que lui met des points et des virgules quand il écrit... 

    ***  

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • A comme allokataplixis

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    Ça a débuté comme ça. Hector Vanderheiden, coiffé de sa casquette neuve et chaussé des souliers de cuir réservés aux grandes occasions, la moustache peignée et retaillée, un mouchoir propre en poche, s'était rendu dans la capitale à l'invitation d'un notaire. 

    Chez qui il n'est jamais arrivé. 

    Mais ça, la famille ne l'a su que quand il était trop tard. 

    Hector Vanderheiden, les mains derrière le dos, a pris tout son temps pour flâner. Il était largement en avance pour le rendez-vous et en a profité pour admirer les étalages. Il y avait là des choses inouïes, des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence et qui le faisaient tomber d'émerveillement en émerveillement. 

    C'est ainsi qu'il s'est retrouvé, sans qu'il ait bien compris comment la chose s'était faite, sur les moelleux fauteuils de la Maison Polant. Où sa naïveté lui a valu un traitement de faveur. C'est bien normal. 

    C'est bien normal aussi que son cœur ait lâché. 

    Bien normal que son fils et sa belle-fille n'aient pas jugé utile de faire des frais pour le rapatriement du corps.  

    En fait, madame Polant, déléguée par la famille, avait seule suivi le corbillard. 

    *** 

    Allokataplixis, le mot vient d'être inventé par un professeur américain pour désigner l'émerveillement, la fascination du touriste devant ce qui est différent de chez lui (donc une notion fort différente du syndrome de Stendhal) - merci à Lakévio pour le tableau, l'incipit et l'expicit imposés!

  • U comme un arbre, un lieu

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    - Tu ne peux pas te tromper, avait-il dit, il n'y en a qu'un! 

    C'est donc là qu'il l'attendait, à l'entrée du parc, au soleil de cette belle matinée de fin avril. 

    Sous l'arbre dans toute la splendeur de sa floraison blanche. 

    Cet arbre-là, dont le parc ne possédait qu'un seul exemplaire. 

    Voilà pourquoi il lui avait bien dit: Tu ne peux pas te tromper! 

    Et elle, que faisait-elle pendant tout ce temps? Pourquoi n'arrivait-elle pas? Avait-elle changé d'avis au dernier moment? 

    Il n'avait pourtant pas menti, sur sa page de profil: ni sur son âge, ni sur sa taille, ni sur sa profession. Ni évidemment sur le lien principal qui s'était tout de suite créé entre eux deux: sa passion pour la botanique, qu'elle partageait. 

    Alors au fait, oui: et elle, que faisait-elle pendant tout ce temps? 

    D'abord, elle avait dû faire une recherche, le davidia involucratafranchement ça ne lui évoquait rien de connu. Elle avait peut-être un peu exagéré, lors de leurs échanges, sur sa connaissance des arbres, mais tout le monde ne le faisait-il pas, pour amorcer le poisson? 

    Finalement, cette histoire s'était terminée à son avantage. 

    - Il n'y en a qu'un, vraiment? Oui, si tu veux, un au parc Monceau, un au Luxembourg et un au Jardin des plantes.

    Et tout en marchant d'un bon pas vers le jardin du Luxembourg, elle se demandait ce qui serait le mieux: avouer rapidement ses lacunes en botanique ou essayer de les combler avant qu'il ne s'en rende compte...  

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • P comme parapluie

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    Ellen avait certains principes dont elle n'aimait pas se départir: y rester fidèle l'aidait à traverser les jours. Il suffit de si peu de choses pour que la vie s'effiloche... 

    Ainsi par exemple, le 18 septembre on est encore l'été, il ne peut donc être question de sortir les bas, les pulls, les écharpes et les vestes. Tant pis s'il fait frisquet le matin, on marchera un peu plus vite. 

    Le parapluie, on peut le prendre: il arrive qu'il pleuve aussi l'été, n'est-ce pas? 

    C'est pour cela que dans sa petite robe sans manches, elle marchait à grands pas sous l'averse, heureusement munie de son parapluie. Klara a eu du mal à la rejoindre et s'est glissée à ses côtés, hors d'haleine, pour profiter de l'abri. 

    Un quart d'heure plus tard, en arrivant au bureau, Klara a le côté droit détrempé: pendant le chemin, Ellen a bien pris soin de positionner le parapluie de façon à évacuer toute l'eau dans le dos et le sac de sa collègue. 

    Alors Klara comprend enfin pourquoi ce jour-là, pour une fois, elle a eu droit au regard attentif d'Ellen pendant qu'elle lui parlait. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • C comme Carrare

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    Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l'homme, ce pli qu'il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

    Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C'était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

    Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu'elle jettera dans l'eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

    Mais sans lui. 

    *** 

    photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • X c'est l'inconnu

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    Où qu'il soit, Simon ne peut s'empêcher d'étudier les "signes" et ce n'est pas la préparation de sa thèse de linguistique sur les actes de langage qui y changera quelque chose: au sein de la vie sociale, tout est signe et donc significatif pour qui sait voir. 

    Ce matin, dans la salle du petit déjeuner, il a de quoi faire avec l'observation d'une dame seule dont la robe et la serviette de bain aux rayures bleues et blanches sont assorties à la nappe et au service de table. 

    Une dame que personne ne viendra rejoindre et qui pourtant laisse refroidir son œuf à la coque. 

    Qui a ouvert un nouveau paquet de cigarettes sans pourtant en avoir fumé une première. 

    Qui ne s'est même pas encore servi une tasse de café. 

    Qui a posé le Times bien en évidence sur le coin de la table, dans le sens de lecture opposé au sien, donc pour le passant. 

    Qui a ôté la serviette de son rond et l'a jetée en face d'elle. 

    Et qui, les mains jointes, ne cesse de regarder fixement au dehors. 

    Simon la prend en photo: voilà un cliché qu'il soumettra à la sagacité de ses étudiants, le semestre prochain.  

    *** 

    source de la photo et consignes chez Lakévio, que je remercie pour sa merveilleuse constance, même pendant les mois d'été cool

  • U comme une vie

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    On aurait peur de dire à Maria que ses fleurs sont "bellissime", il faut aussitôt qu'elle vous en offre. Alice le sait, pourtant elle n'y a pas pensé quand elle s'est spontanément exclamée que ses roses étaient magnifiques. Maria lui a répondu "Aspetta!" et a sorti son sécateur de la poche de son grand tablier de jardin. 

    Alice n'a pas de vase et remplit une carafe dans sa cuisine. 

    Puis elle oublie d'y mettre les fleurs.  

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    Elle a un peu recoupé la photo qu'Ugo a prise d'elle et l'a collée dans son carnet à spirale. Elle s'observe. Comme sur la photo, elle se retient de rire. Il lui avait enroulé ses longs cheveux sous une sorte de bonnet au crochet et fait retomber une mèche sur le côté. La visière lui descendait sur l'oreille. De l'autre côté il lui avait fait mettre une grande boucle d'oreille et dans les larges mailles de ce drôle de couvre-chef, il avait encore piqué une plume orange et un oiseau de papier multicolore. Elle s'était laissé faire sans rien demander, son italien n'était pas encore assez bon pour ce genre de conversation. 

    Finalement, elle était assez contente du résultat. 

    Elle espérait que lui aussi... 

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    Un mois déjà qu'elle est installée à Rome. Le temps file! Elle se dit qu'elle ne se lassera jamais de ce pays, de ses odeurs, de ses bruits, de sa cuisine, de son soleil, de ses habitants. Elle se dit que c'est ici qu'elle aurait dû naître. Elle se dit que si on peut adopter un enfant, on devrait aussi pouvoir adopter une maman. Elle aimerait bien être la fille de Maria.

    Il faudra qu'avant six mois elle ait trouvé quelque chose de stable. Un vrai travail.

    Ce ne sera pas évident. Tant de jeunes galèrent dans ce pays, ou s'expatrient. 

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    Le lendemain, elle a sa mère au téléphone:

    - Bon anniversaire, ma chérie! Tu as bien reçu ton paquet?

    Oui, elle l'a reçu. Sa mère croit apparemment que la France lui manque et lui a envoyé le dernier Sollers, des galettes Saint-Michel, un mirliton, une petite bouteille de sirop de violettes...

    Encore un malentendu! 

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    Elle passe beaucoup d'heures dans les musées. Elle dessine, elle prend des notes. Elle ne voit pas le temps passer et n'entend même plus ce que débitent les guides... ou les visiteurs. Elle se demande quand elle trouvera son propre style. Elle ne sait pas qu'elle le possède déjà. 

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    Elle se promène beaucoup aussi. Elle explore. Elle s'installe devant une vieille maison aux volets fermés, sort son matériel d'aquarelliste. Tout en peignant, elle imagine qui y a vécu. Qui l'a construite. Qui y est né et mort. Parfois la maison n'est pas vide: un volet s'ouvre, une vieille dame sort, vient voir l'oeuvre en cours. Parfois Alice lui offre son travail. 

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    Son modèle préféré, c'est Antonio, le mari de Maria. Inutile de lui demander de ne pas bouger, il s'assoupit dès qu'il s'assied. Il peut rester des heures à contempler le bout de ses baskets. 

    Alice essaie de restituer toute la dignité de l'homme même si on devine le mal qui lui ronge le cerveau. 

    Il faudrait voir, dit Maria, comme il était bel homme! Et elle va dans leur chambre à coucher, décroche la photo de leur mariage. "Guarda!" dit-elle. On sent tout l'amour et la fierté pour cet homme qu'aujourd'hui elle doit laver et habiller comme un enfant. 

    *** 

    merci aux Plumes d'ici et d'ailleurs
    pour les consignes et photos quotidiennes 
    tout l'été! 

    celles-ci sont de la semaine du 11 au 17 juillet

  • R comme racines

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    - Ça me fait quelque chose, me dit-elle, de passer par ici. 

    - Oui, à moi aussi! 

    Nous avions six ans et nous faisions la route ensemble quatre fois par jour. Sa maman était toujours là pour faire traverser la grand-route à ses enfants, surtout depuis qu'un garçonnet s'était fait écraser en sortant de l'école. 

    Nous étions dans la même classe et nous avons passé six ans côte à côte. Six ans d'une amitié indéfectible qui a suffi à nous faire traverser une moitié de vie, éloignées l'une de l'autre, et à nous retrouver comme si nous nous étions quittées la veille. 

    - Ça me donne des émotions, de passer par ici, me dit-elle. 

    - Bonnes ou mauvaises? 

    La question est difficile. Il y a eu des petits bonheurs et tant de grands malheurs, surtout dans sa vie à elle. 

    - En fait, dit-elle, je suis contente de repasser par ici. 

    Et moi je ne sais toujours pas pourquoi j'ai choisi de revenir vivre dans le quartier de mon enfance. 

     *** 
    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • D comme dernier défi

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    Il a ajusté la partie supérieure d'une roulotte de romanichels à la barge qu'il utilise le plus souvent pour aller sur la rivière. A cause de cette roulotte, il est impossible de voir ce qu'il trafique à l'intérieur, et ça intrigue beaucoup les paysans, les pêcheurs et les gens du village. On le soupçonne d'y emmener des dames, une ou même deux à la fois, pourquoi pas, et qu'on imagine très peu vêtues, puisqu'il a toujours le prétexte de sa peinture, de son art. 

    Ce en quoi on ne se trompe pas. 

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    Ce jour-là précisément Aline est à bord, vêtue cependant, de sa plus jolie robe et de son chapeau neuf. Il l'emmène déjeuner à Chatou, chez le père Fournaise avec ses amis les canotiers. Aline a tenu à emporter son chien et fait des mines que l'ami Gustave semble trouver à son goût. 

    On l'aime bien, Gustave, c'est lui qui règle la note... 

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    L'a-t-il peinte, son Aline! Aline en lectrice, assise en tailleur dans l'ombre bleue du salon, Aline au bain, soulevant légèrement sa jambe de statue, Aline au jardin, moment de farniente parmi les papillons, les mésanges et les fleurs, Aline dans le champ de blé, avec le village en arrière-plan, Aline lui faisant un baiser d'au revoir, la bouche en coeur au bout de ses jolis doigts... 

    Il se dit qu'il finira sans doute par l'épouser. Il a cinquante ans passés et leur petit Pierre bientôt cinq. 

    *** 

    Dernier défi des Plumes d'ici et d'ailleurs
    jours 18 (Claude Monet, La barque atelier, 1874), 19 (Renoir, Le déjeuner des canotiers, 1871) et 31 (logorallye avec les mots des objets présents sur la photo: lectrice, statue, mésange, bleue, tirelire, au revoir, village, tailleur, farniente)

  • Adrienne à Amsterdam

    Vous le savez déjà, l'Adrienne a passé une semaine à Amsterdam. 

    Elle y a dépensé plus d'argent en musées qu'en nourriture: le billet d'entrée coûte plus cher qu'un plat du jour. 

    Un musée par jour donc, pas d'overdose, et chaque fois un endroit qui puisse intéresser également Monsieur Neveu. 

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    Découverte d'un peintre que je ne connaissais pas, le Bruxellois Colijn de Coter (né entre 1450/55 et décédé entre 1522/32), huile sur panneau, Bewening van Christus.   

    Monsieur Neveu n'a été que fort peu impressionné par les Rembrandt, Vermeer, Van Dijck, Jordaens. Par contre, en bon petit Français, il s'est extasié devant cette toile-ci tongue-out. De même qu'il trouvait nulles les sculptures dans le jardin du musée et qu'il a complètement changé d'avis quand je lui ai dit qu'elles étaient de Dubuffet. 

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    Comprenne qui pourra, au Rijksmuseum on peut photographier toutes les œuvres grandioses exposées, mais le lendemain, au musée Van Gogh, les photos sont interdites. Je le déplore. La photo ci-dessus a été prise au Rijksmuseum, c'est un "jeune" Van Gogh qui, à peine arrivé à Paris, peint la butte de Montmartre dans un style encore très classique, naturaliste. 

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    Le troisième jour, nous l'avons passé entièrement au Tropenmuseum et nous en sommes partis à regret. La riche collection permanente, les expos temporaires, tout nous a intéressés. La photo ci-dessus représente un "tablier de danse" porté par les femmes du nord de la Papouasie, autour du lac Sentani. Ces motifs peints sur les écorces d'arbre ont inspiré des artistes européens comme Henri Matisse et Joan Miró. En voici un autre exemple: 

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    Par contre, le lendemain au musée de l'Hermitage, nous nous sommes juste contentés d'y prendre un repas. Payer 17,50 € par personne et par expo nous semblait prohibitif, surtout que Monsieur Neveu ne montrait que peu d'intérêt pour le dernier des Romanov ou pour les Hollandais du 17e siècle. 

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    Que peut-on conclure en voyant cette photo d'un plat principal au café-restaurant du musée de l'Hermitage? 
    1.qu'il est normal que le billet d'entrée coûte plus cher que le plat, vu la taille du saumon et les quantités de légumes qui l'accompagnent 
    2.qu'on peut facilement passer huit jours en Hollande sans prendre un gramme 

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    Par contre, la visite des établissements du diamantaire Gassan sont gratuites (sur réservation) et dans la langue de votre choix. 

    La visite se termine évidemment par d'alléchantes vitrines devant lesquelles Monsieur Neveu a eu bien du mal à résister à l'achat d'une montre. 

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    Touchante visite - en tout cas pour l'Adrienne - de la maison où a vécu Rembrandt de 1639 à 1658. Ce coin de cuisine a rappelé des souvenirs à l'Adrienne, dont la chère grand-mère a eu le même genre de "pompsteen" avant que le grand-père ne décide qu'il était temps d'avoir une cuisine "moderne", c'est-à-dire un affreux évier en inox au lieu du vaste bac en pierre naturelle... 

     *** 

    petite note pour ceux qui ont compté jusqu'à sept: oui, il en manque deux: le musée des sciences NEMO et le petit musée archéologique Allard Pierson

    cool

     

     

  • V comme vandale

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    Nous logions dans Amsterdam Noord. On pouvait lire toutes sortes d'affichettes collées ici et là, portant la signature Huisstijl Noord

    Celle de la photo dit: On m'appelle un vandale, mais sait-on ce que c'est que d'habiter au Noord

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    A notre arrivée, toute une équipe était à l'ouvrage sur un énorme mur pas loin de l'embarcadère pour le ferry qui traverse l'IJ entre la gare centrale et les entrepôts NDSM

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    En repartant dimanche matin, nous avons pu admirer l'oeuvre terminée. 

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    On voit que c'est un travail de groupe, où chacun a son propre style 

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    certains ont même pignon sur rue, si j'ose dire tongue-out 

    voyage,amsterdam,art,peinture

    Les musées sont très chers à Amsterdam, mais l'art de rue est provisoirement gratuit: merci les vandales cool

     

     

  • M comme mec

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    - Qu'est-ce que tu en penses? m'a demandé Jenny. 

    Elle tenait dans sa paume ouverte un bijou en forme d'ananas qu'elle avait épinglé sur son manteau. 

    - Tu crois que ça a de la valeur? 

    Sa question m'embêtait. Que pouvait bien avoir coûté cette petite mosaïque de fausses pierres précieuses? Et quelle valeur sentimentale y attachait-elle? 

    - C'est ton amoureux qui te l'a offert? j'ai dit, pour éluder prudemment sa question. 

    Ses quarante-huit ans ne l'ont pas empêchée de devenir toute rose. 

    - Oui, hier soir... Tu penses que c'est sérieux? Que c'est bon signe? 

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     - Ecoute, j'ai dit, c'est difficile de se faire une idée, comme ça... D'abord, je ne l'ai jamais vu... 

    J'ai tout de suite regretté cette parole imprudente. Et si elle allait vouloir me le présenter? Non, non! Il ne pouvait en être question. 

    - Qu'est-ce qu'il aime, dans la vie? j'ai rapidement enchaîné, me disant qu'elle allait se mettre à parler de lui et oublier ma sotte remarque. 

    - Les Romains! Enfin, la Rome antique, tu vois ce que je veux dire? Il collectionne tout ce qui s'y rapporte, en miniature, évidemment, les empereurs, les monuments, les soldats, tout, quoi! 

    - Ah! j'ai fait. 

    Et c'est tout ce que j'ai réussi à dire. Pas de doute possible, c'était bien lui. 

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    On était attablées à la Casa del Güey (1), à attendre notre pastel de elote. Heureusement, l'amour ne coupait pas l'appétit de Jenny et on pouvait continuer à aller se gaver de pâtisseries mexicaines chaque samedi après-midi. 

    - Et tu le revois quand? je lui ai demandé. 

    C'est là que j'ai senti le problème. Elle a hésité, a baissé la tête. 

    - Tu crois que la broche est un cadeau d'adieu? 

    Comment lui dire sans me trahir que c'est exactement ce qu'il faisait à chaque fois? 

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=awCZRIepB8M güey, ce sont les quatre lettres visibles à l'enseigne sur le tableau de Hopper c'est de l'argot mexicain pour mec 

    Les trois photos sont les consignes d'écriture des Plumes d'ici et d'ailleurs, que je remercie!

  • B comme bon voyage

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    Elle passe et repasse dans le couloir, la taille cambrée, ses jolies fesses bien moulées dans une robe blanche. Elle se penche légèrement à une fenêtre ouverte pour faire voleter son foulard rose sur ses épaules nues. Ses élégantes chaussures, blanches aussi, évidemment, la grandissent de douze centimètres: c'est peut-être peu pratique pour voyager, mais c'est absolument indispensable, pense-t-elle, tout comme la blondeur qu'elle a mise dans ses cheveux et l'échancrure de son corsage. 

    Oui, elle a de grands projets. 

    Dans sa main gauche, elle serre le livre qui lui a donné l'idée de ce voyage en Russie: La madone des sleepings

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • J comme Joséphine

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    Elle a laissé la fenêtre de la chambre ouverte et est sortie sans rien emporter. Ni sac, ni portefeuille, ni clé. Rien. 

    Elle a mis une robe d'été confortable, de bonnes chaussures plates et des chaussettes. 

    Elle marche vers l'est, dans ce soleil du matin qui rend les ombres longues et la lumière si blanche. 

    Elle regrette déjà de ne pas avoir pris ses lunettes de soleil mais ne revient pas en arrière. Elle a trop peur de changer d'avis. 

    Non, la fenêtre restera ouverte, son sac et toutes ses affaires à l'intérieur, elle marche. Tout le reste n'a plus d'importance. 

    La route sera longue. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie

  • D comme Danielle

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    Il y a des jours où Danielle change de coiffure et laisse ses cheveux libres, au lieu de les serrer dans un chignon. 

    Des jours où elle tourne le dos aux autres et se colle à la vitre avec un livre. 

    Des jours où elle garde ses lunettes noires, même à l'intérieur d'une rame de métro. 

    Des jours où elle dit à sa gentille collègue, en riant un peu trop fort, qu'elle s'est encore malencontreusement cogné le coin de l’œil à sa table de nuit.  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio
    que je remercie!

  • O comme Oakoak

    L'artiste de street art Oakoak a eu "carte blanche" pour s'amuser autour de la place Sainte-Catherine et comme j'aime énormément ce genre d'humour pictural, je me dis qu'il faudra retourner à Bruxelles, un de ces jours... cool 

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    source de la photo et article ici avec un diaporama de nombreuses autres photos
    (Photos : EdA Mathieu Golinvaux)