perles

  • Questions pour mes champions

    Jana montre qu'elle n'est pas trop mécontente de son tirage au sort: A une Passante, de Baudelaire, piece of cake

    Elle explique avec l'assurance de ceux qui tutoient les grands auteurs: 

    - Charles est assis à une terrasse, il est en train de boire un verre... 

    Stupeur de Madame, qui se souvient d'avoir expliqué ce que c'est "le grand deuil", une rue assourdissante, un feston, un ourlet, et même d'avoir mimé la scène, en balançant sa jupe.  

    Oui, oui. Même ça. Mais elle n'a point parlé de terrasse de café. 

    Jana prend des airs de conspiratrice pour continuer sa lecture du poème: 

    - Moi, dit-elle, moi je pense que la dame, elle a une jupe fendue... 

    Madame en reste sans voix. 

    - Parce qu'elle montre sa jambe, explique Jana. 

    Conclusion: le film que Madame se fait dans la tête à la lecture du poème est sans doute fort différent de celui que se font certains de ses élèves... 

    Voyons à quoi ressemble le vôtre:  

    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

    Charles Baudelaire, Tableaux parisiens, in Les Fleurs du Mal 

  • P comme Premières Perles

    Les premières perles de l'année scolaire sont arrivées avec les premières pluies d'automne: c'est dire que la saison est bonne, elles se sont fait attendre les unes comme les autres. cool 

    Voici la toute première et provisoirement unique perle d'élève: 

    "J'ai une bonne santé parce que je vais chaque samedi chez le curé." 

    Madame n'a pas osé demander ce que ça signifiait tongue-out 

    *** 

    A l'entretien parents-professeurs, Madame a dû un peu jouer à la directrice et accueillir les papas et les mamans. 

    - Bonjour, monsieur, dit-elle à un papa-tout-seul et tout fringant, qui visiblement ne savait pas de quel côté se diriger. Je peux vous aider? 

    - J'attends mon ex-femme et ma fille. 

    - Vous avez rendez-vous avec quel prof? 

    - Je ne sais pas! 

    Pourtant, il était là sur invitation téléphonique.

    Comme la moitié des profs se trouvaient dans la salle du rez-de-chaussée et l'autre moitié dans celle juste au-dessus, Madame demande, afin de pouvoir le diriger du bon côté des escaliers: 

    - Votre fille est dans quelle classe? 

    - Je ne sais pas! 

    - Vous savez en quelle année elle est? 

    - Je ne sais pas... en cinquième, je pense. (1) Oui, c'est ça, en cinquième! 

    - Alors je devrais la connaître... Comment s'appelle-t-elle? 

    Heureusement il se souvenait du nom de sa fille. Mais à Madame, ce nom ne disait rien du tout. Vérification faite sur son ordinateur, Madame constate que ce papa s'est trompé. Non pas d'un an, mais de deux: sa fille n'est qu'en troisième. (2) 

    - Elle est en troisième économique, dit Madame en essayant de cacher sa stupeur (3) 

    - Ah oui, économique, c'est ça! 

    Comme quoi on peut être un jeune cadre dynamique au look arrogant, avoir une fille unique et juste savoir comment elle s'appelle. 

    *** 

    (1) la cinquième correspond à la première, en France. Sa fille devrait donc avoir 16 ans.

    (2) la troisième, c'est la seule année qui ait le même nom en France et en Belgique. Sa fille n'a donc que 14 ans. 

    (3) et ses tremblements... parce que je ne sais pas ce que vous en pensez, mais un père qui ne sait même pas en quelle année est sa fille...

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    quelques-uns des petits chéris de Madame, à la fenêtre avec leur prof d'histoire 

  • N comme nouvelles perles

    Les premiers oraux d'hier ont donné quelques moments d'hilarité - fort bien contenue, rassurez-vous.

    - Nous disons que nous sommes des crétins mais nous n'agissons pas en crétins.

    Madame se pince les lèvres devant ce beau commentaire d'un passage de Montesquieu et n'ose même pas dire à R* qu'il a un problème de prononciation:

    Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

    Montesquieu, De l'esprit des lois, XV, 5

    perles, prof, école, élève

    tous les chéris de Madame font partie de son programme cool 

     

  • L comme Lumières

    - C'est un texte du 20e siècle, c'est le siècle des Lumières!

    Madame lève un sourcil - sans doute même les deux - toujours cet étonnement, surtout dans ce cas-ci: une bonne élève peut-elle dire une "énormité" pareille?

    - Non? ce n'est pas le siècle des Lumières? C'est pourtant ce que j'avais noté sur ma feuille.

    ***

    Vendredi soir, gros coup de blues chez Madame, qui a fait passer un ultime examen de FLE à sa classe "maths fortes". Elle s'interroge avec anxiété. Qu'auront-ils finalement appris avec elle?

    ***

    - Voltaire? Ah! c'est justement ce texte-là que je ne connais pas bien! Mais vous pouvez m'interroger sur n'importe quel autre, vous verrez!

    - Montesquieu? Je n'ai jamais de chance avec les questions! C'est le texte le plus difficile!

    Et deux autres ont confondu Colette avec Amélie Nothomb. Ou le contraire.

    - Elle a appris à boire à l'âge de trois ans!

    - Qui? Amélie Nothomb?

    - Ben oui, son père lui donnait de la liqueur!

     

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    ici, ils avaient confondu l'Egypte ancienne avec les Contes des Mille et une nuits et les petits royaumes aux pétrodollars, c'était sans doute déjà un signe

    Langue tirée

     

  • 22! v'là les perles de juin

    Madame tient absolument à donner à ses élèves de cinquième (la Première, en France) un petit aperçu de la poésie française. Sa grande joie, c'est d'en parler avec eux à l'examen oral.

    Cette année, le dernier examen de juin était un examen de français pour ceux qui suivent la filière maths fortes et sciences.

    Sur les 27 élèves, quelques garçons avaient prévenu Madame dès le premier cours que le français, ce n'est pas leur truc, et que la poésie, c'est beaucoup trop compliqué.

    Cependant, Madame a persisté et s'est entretenue avec eux des beautés de l'Ode à Cassandre, d'Heureux qui comme Ulysse, du Dormeur du val et de quelques autres dont il ne sera pas question ici.

    Parfois, Madame pense poser une question facile, d'autant plus que les élèves ont le texte sous les yeux:

    - Comment s'appelle le village de Du Bellay?
    - Ulysse!

    Un autre commente Rimbaud:

    - Ce n'est pas normal!
    - Ah non?
    - Non, ce n'est pas normal, parce que c'est la guerre et il dort!
    - On n'a pas le droit de dormir quand c'est la guerre?
    - Non!

    Il y a aussi eu deux spécialistes de Ronsard:

    - Il fait des comparaisons. Il compare sa robe avec le soleil.
    - Tu vois ça à quel vers?
    - On le voit à "sa robe de pourpre au soleil"

    et de la Renaissance:

    - C'est un poème de la Renaissance!
    - A quoi tu le vois, que c'est de la Renaissance?
    - Parce qu'il y a beaucoup d'adjectifs. On exagère, je pense.

    Ce dernier est le plus grand fan du festival Tomorrowland. Où bien sûr rien n'est exagéré, puisqu'on n'est pas dans la Renaissance Langue tirée

    http://www.tomorrowland.com/en/2013

    Mais qu'on se rassure, les 23 autres ont dit des choses très belles et très sensées.

    Madame est contente Cool

    ***

    A l'examen d'écoute, la plus belle perle est celle-ci:

    - Il essaie des tracteurs.

    C'était une interview d'Omar Sy dans laquelle il disait:

    - J'essaie d'être acteur.

     

     

  • 7 petites perles... fines!

    "Il faut créer des bas", m'écrit une jeune fille. (1)

    "C'est contradictionnaire", m'écrit un garçon qui semble trouver que certains mots ne vont pas bien ensemble.

    Ce qui m'a beaucoup fait réfléchir, c'est qu'"un homme averti en veut deux." Finalement, je conclus qu'il devait s'agir d'une coquille...

    Le plus joli à l'écrit était un "à mon ravi tu n'as pas raison!"

    De jolies perles s'égrènent aussi à l'oral:

    "Madame Verdurin a vu le naufrage du Lusitania à la télé", m'affirme une autre jeune fille.

    "Montaigne a appris le grec d'une manière lucrative" (2)

    Et pour terminer, un mignon lapsus: "Jeannot et Câlin", de Voltaire...

    ***

    (1) Elle voulait dire "débat", bien sûr.

    (2) je crois que l'intention était de dire "d'une manière ludique"

  • U comme une et unique

    Une seule et unique perle parmi la petite centaine de devoirs corrigés ces derniers jours (1) mais je la trouve fort jolie: j'ai une élève qui parle aux objets.

    Voici ce qu'elle m'écrit:

    "Comme je l'ai dit au paravent, je voudrais étudier la psychologie."

    ***

    (1) seul aspect positif à l'absence de connexion internet: les corrections se font sans récré ni interruption d'aucune sorte Cool

  • P comme perles

    Les perles sont au correcteur ce qu'est le sourire offert au malade ou la tape amicale sur l'épaule du copain qui se laisse un peu aller: on se redresse, on rit, on respire, on reprend courage pour la suite.

    Voilà pourquoi la récolte des perles ne se fait jamais dans un but de moquerie: la perle, comme son nom l'indique, est précieuse. Et souvent le fruit de toute une culture Sourire

    La culture du dictionnaire ou comment bien l'utiliser:

    - C'est là que la chaussure me serre le pied! (*)

    La culture des verbes ou comment bien conjuguer:

    - Rien n'émeute cette fille

    La culture du surréalisme:

    - Epelle ne prend pas deux l

    La culture du mot juste:

    - Il tombe des flacons de neige

    Bref, vous l'aurez compris, et comme le dit si bien un de mes élèves: "Les études stipulent le reste de ta vie!"

    ***

    (*) en néerlandais on dit "waar het schoentje wringt" pour dire "voilà où le bât blesse"

  • 22, v'là les perles!

    Que ceux qui y voient de la moquerie teintée de pédantisme passent à autre chose. Que ceux qui y voient le sourire amical et innocent restent:

    voici quelques perles de la session de juin 2011

    Il y a les perles géographiques:

    - L'histoire se passe au Japon, à Hong-Kong.
    - Eric-Emmanuel Schmitt est né en France, donc d'origine belge.

    Il y a les perles homonymiques:

    - J'aime les petits poids!
    - Ils ont 9 heures d'étude avec quelques poses.
    - Je vois un gros en toit! lui dit le vieil homme.
    - Ils démarrent leurs journées sur les chapeaux de roux.

    Il y a celles qui font probablement très mal:

    - L'adversaire doit tousser le sol.

    Il y a toujours le fidèle de La Palice:

    - Un couche-tôt est en forme le matin et est fatigué le soir.

    Et il y a toujours ceux pour qui l'histoire, "c'est pas leur truc":

    - C'est de la Renaissance, donc c'est romantique!

     

     

  • P comme perles

    Les contrôles du mois de janvier sont corrigés: voilà l'occasion de vous offrir encore quelques perles Rigolant

    En 6e (Terminale), le thème était la gastronomie.

    Amis français, d'abord cet avertissement: les belles traditions culinaires et les bonnes recettes du terroir se perdent. Pensons par exemple à la blanquette de vo et au cocovin.

    J'ai bien aimé aussi la question suivante:

    - Voulez-vous de l'eau plate ou de l'eau pétulante?

    ***

    Il y en a qui ont lu Ni d'Eve ni d'Adam d'Amélie Nothomb et qui devront apprendre à bien utiliser le dictionnaire. Jugez-en vous-mêmes:

    - Amélie va donner des cours de français à Rinri et Rinri rabote le japonais d'Amélie

    Raboter, donner un coup de rabot, se dit en néerlandais "bijschaven", qui a également le sens de "perfectionner"

    Ou alors celle-ci:

    - Cette histoire est bombée d'émotions!

    L'élève voulait dire "bol staan van", ce qui signifie "être plein de"

    ***

    Et comme d'habitude j'avais mon Monsieur de la Palice qui n'a pas raté son coup:

    Question: Quand est-ce qu'on emploie la forme "soi"

    Réponse: On emploie "soi" quand c'est nécessaire.

  • V comme "Vous en reprendrez bien une?"

    Les dernières perles pêchées ont été lexicales:

    Complétez par le mot exact:
    - tu prends du sucre dans ton café?
    - oui, deux ...
     
    La réponse de ceux qui se laissent piéger par leur anglais, c'est:
    - oui, deux pièces
     
    Mais j'ai également vu:
    - oui, deux briques (dans le ventre, c'est bien connu, oui Sire il y a encore des Belges)
     
    Et puis un autre:
    - oui, deux gousses (quelqu'un que sa mère a sans doute convaincu des bienfaits d'une cure d'ail en cette saison)
     
    Enfin, la plus maligne a résolu le problème comme ceci:
    - oui, deux cuillères
     
    Elle a reçu le point, bien sûr ;-)
    V comme (on n'est pas) vache, tout de même Rigolant
     

  • L comme La Palice

    Il y a ceux qui, quand ils ne savent pas la réponse, laissent un blanc: pas de faux-fuyant et le correcteur s'épargne de la lecture inutile.

    Puis il y a ceux qui croient qu'il vaut mieux noter quelque chose. Peut-être que ça fera rire la prof: n'a-t-elle pas répété maintes fois qu'elle aimait ça?

    C'est ainsi qu'avec la correction des exercices d'écoute, je suis entrée de plain pied dans le royaume de monsieur de La Palice.

    Une classe de Terminale a dû écouter un reportage dans lequel une hôtesse d'Air France était interviewée. Une petite intro met d'abord les choses en perspective en parlant des origines de la profession: "avant la deuxième guerre mondiale, les hôtesses de l'air sont ... "

    - des femmes! me répond un élève.

    Plus loin dans le reportage, l'hôtesse interviewée parle des problèmes qu'on rencontre dans ce métier. Elle explique pourquoi le personnel navigant souffre de fatigue:

    - Parce que les vols sont fatigants, répond un autre.

     

  • V comme vocabulaire

    Il y a deux sortes délèves, comme disait Daninos à propos des chauffeurs qui voient un auto-stoppeur au bord de la route: "ceux qui s'arrêtent et ceux qui ne s'arrêtent pas".

    Ainsi chez mes élèves, j'ai ceux qui étudient et ceux qui n'étudient pas.

    Tout comme le chauffeur qui ne s'arrête pas parce qu'il croit avoir un tas de bonnes raisons et d'excuses valables (pas le temps, RDV urgent, qui c'est ce gars-là? me plaît pas, cette dégaine! etc.), l'élève qui n'étudie pas a ses bonnes raisons et ses excuses valables. A ses yeux, en tout cas.

    - Madame, je n'ai pas eu le temps: j'ai d'abord étudié ma grammaire (dit celui qui veut me prendre dans le sens du poil; au moins, il a "fait quelque chose" pour moi)
    - Madame, on avait aussi un gros contrôle d'histoire, et comme vous le savez, mes points en histoire ne sont pas très bons (dit celui qui veut m'attendrir par ses efforts pour une matière à propos de laquelle je n'arrête pas de déclarer qu'elle est importante AUSSI)
    - Madame, j'ai étudié, je vous assure! me dit mon pondeur de perles préféré (mais une petite interview démontre assez vite que c'était dans la voiture en revenant mort de fatigue de l'entraînement de foot, à dix heures du soir)

    etc.

    Et puis,il y a "la troisième catégorie, (inévitable lorsque l'on veut diviser le monde en deux) étant constituée par les automobilistes qui s'arrêtent, reculent, hésitent et repartent, et que les auto-stoppeurs désignent sous le nom de mille-pattes." (extrait de Pierre Daninos, Tout Sonia).

    Ma troisième catégorie, ce sont ceux qui survolent, picorent à gauche et à droite, vite satisfaits d'eux-mêmes - et se fiant à leur bonne étoile, arrivent à l'interro en ayant révisé rapidement pendant qu'ils gravissaient les 50 marches pour venir en classe. En entrant, ils me demandent avec un grand sourire: "Ce ne sera pas trop difficile, hein, madame?"
    Car oui, généralement ce mal affecte surtout les garçons, et ils essayent leurs charmes Clin d'œil

    Alors à la correction, ça donne ceci:

    - quand on dit de quelqu'un "quel pigeon!" ça veut dire qu'il voyage beaucoup

    En effet, la Flandre est un pays de pigeons voyageurs qu'un tas d'hommes s'amusent à mettre dans des malles et à transporter en pleine nuit vers des lieux très éloignés, où on ouvre les malles pour que ces pauvres bêtes puissent rentrer chez elles... il paraît que les pigeons gagnants valent des fortunes.

    - "il va se coucher avec les poules" veut dire qu'il correspond avec les ennemis

    Sans doute que ce brave garçon pensait à l'expression du néerlandais 'slapen met de duivel', traduction littérale: dormir avec le diable...

    - "il sucre les fraises" veut dire qu'il exagère; un autre pense que "c'est faire un travail inutile". Probablement parce que les fraises sont déjà sucrées.

    Et puis je demandais de me faire une phrase en utilisant l'expression "trop... pour que", donc la plupart me font une phrase du genre "il a trop bu pour qu'il puisse encore conduire". Mais un de mes lascars me prévient gentiment:

    - Trop de français n'est pas bon pour la santé!

    Allez, nog 5 keer slapen, et je les retrouve tous Rigolant

  • J comme les joies de la correction

    Je suis en train de corriger des paquets de copies. Il s'agit de grammaire, les pronoms personnels. Pour un non-natif, le sujet est plein d'écueils. Pourquoi est-ce "parle-lui" mais aussi "parles-en", par exemple?

    Par contre les natifs croient maîtriser le problème. Par conséquent, les quelques francophones de la classe n'ont pas jugé utile de jeter un coup oeil à la partie théorique. Ce qui fait que l'un d'entre eux m'explique avec le plus grand sérieux que

    à l'impératif on met un trait d'union pour une meilleure prononciation

    Lundi il faudra que je lui demande comment ça se prononce, un trait d'union...

    Je demandais aussi de me dire quand on pouvait utiliser la forme "soi". Réponse attendue: s'il s'agit d'une troisième personne indéfinie, genre "chacun pour soi". Un autre de mes francophones m'écrit:

    on l'emploie par exemple dans la phrase: Il faut que je sois en forme

    Evidemment, il est footballeur de haut niveau, et il étudie dans la voiture, pendant les trajets entre son club et son domicile, vu qu'il doit aller presque quotidiennement à l'entraînement...

     

  • K comme Khrouchtchev

    "Il faut tout de même qu'ils sachent qui est Khrouchtchev!" me dit mon collègue d'histoire.

    Sans doute. Nos élèves de terminale peuvent-ils comprendre tous les tenants et aboutissants de l'actualité s'ils n'ont jamais entendu parler de Staline, de déstalinisation, de la Hongrie de 1956, de la crise de Cuba de 1962?

    Mais voilà, tout ça ne les intéresse pas fort, et ils ont fait une interro catastrophique. Ce qui rend le prof très malheureux.

    Et ça me rappelle un échange avec des collègues français, profs de lettres, qui avaient interrogé à l'oral du bac. Tous avaient entendu des bourdes hénaurmes au niveau des connaissances historiques des élèves qui étaient passés devant eux.

    Prenez Victor Hugo. Ce "poète célèbre a vécu sous Napoléon Ier et l'enfant dont il parle a été tué par les nazis pendant la première guerre mondiale." Que diable! Un prof de lettres n'a pas à évaluer vos connaissances en histoire!

    Et Marivaux? "Il a aidé les frères Lumière à inventer le cinéma. C'est pour ça qu'on appelle cette époque les Années-Lumière." Voilà qui est clair, logique et évident.

    "A la fin du poème, Rimbaud donne la date du 3 septembre 1870 ; à quoi cela fait-il  référence ?" demande l'examinateur.
    - A la guerre.
    - Oui, pouvez-vous préciser laquelle ?
    - Celle de Napoléon Bonaparte.
    - Attention, il y a eu plusieurs Napoléon comme il y a eu plusieurs Louis (Louis I, II, XVI, XVIII); au fait, combien y a-t-il eu de Napoléon ?
    - Six ou huit !
    - Vous êtes sûre ? à quel Napoléon Rimbaud, comme d'ailleurs V. Hugo dans Les Châtiments, fait-il allusion ?
    - A celui qui aimait la guerre.(etc., écrit le collègue, qui se dit "fatigué" et on le comprend)

  • P comme perles

    Revoici la saison des perles. Je n'aime pas les examens, je n'aime ni les rédiger, ni les corriger, mais de temps à autre une réponse à la beauté nacrée vient détendre l'atmosphère.

    Oui, j'ose rire. Mais je ne me moque pas. Moi aussi je produis des perles quand je m'essaie à une langue étrangère - tu te souviens, Violeta, de ce que j'ai osé dire à ton mari en roumain, lors de votre premier séjour? Nu te plac? Alors que je voulais parler des crevettes qu'on mangeait ce jour-là, et évidemment pas de ma petite personne ;-)

    Mes élèves, quant à eux, se bagarrent avec le français:

    "Comme sport, je fais des courants d'air" me dit une élève dans le vent - courant d'air et randonnée peuvent tous deux se traduire par le mot néerlandais 'tocht' - et une autre sportive a "gagné un cours à pied". Sans doute la méthode socratique?
     
    Une élève de Terminale a peur pour l'an prochain: elle pense qu'à l'université "les étudiants vont disparaître en masse". Elle voulait parler de l'anonymat des amphis, bien sûr, et pas de la traite des blanches.
    "Je suis un radeau", ai-je entendu vers la fin de la journée. Radeau? Rat d'eau? Il s'agissait d'un fan de natation. Waterrat.
     
    Bref, "la réalité dépasse parfois la friction", comme l'a si bien résumé un dernier!
  • P comme première perle

    La première perle se trouve dans le premier devoir reçu le jeudi 3 septembre d'une classe d'élèves de 5e en Belgique (donc de 1e en France).

    Il s'agissait d'une série de vingt questions qui me permettent de me faire une première idée de leur attitude face à cette langue (souvent très étrange) étrangère qu'est le français.

    A ma 20e question: "Tu navigues parfois sur des sites francophones?" un élève m'écrit: "Non, je nasique surtout sur des sites néerlandais ou anglais."

    Les cruciverbistes parmi vous auront reconnu le mot qui correspond à la définition: "singe de Bornéo"

     

  • P comme perles

    A-t-on ou n'a-t-on pas le droit de rire un peu des perles de nos élèves?

    Puis-je publier ici que Madame de Sévigné écrit à sa fille qu'après le suicide de Vatel "l'ambiance était un peu cassée" ou est-ce que je suis en train de me moquer?

    Et si je vous raconte que ce passage de La dive bouteille (Rabelais) est une allusion à la fameuse citation latine "in vino vida", est-ce que j'outrepasse les règles de la bienséance?

    En la tant divine liqueur,

    Qui est dedans tes flancs reclose,

    Bacchus, qui fut d’Inde vainqueur,

    Tient toute vérité enclose.

    Vin tant divin, loin de toi est forclose

    Tout mensonge et toute tromperie.

    Je vous le demande...