photo

  • T comme T-shirt orange

    fiction,jeu,photo

    C'est en arrivant à l'entrée du parc qu'elle l'a vu. Il était grand, mince, finement musclé dans son T-shirt orange par ce frais matin de printemps. L'enseigne du pharmacien marquait bientôt dix heures et 9 degrés mais son T-shirt lui collait à la peau. 

    "Il doit avoir marché longtemps avec son lourd bagage", pensa-t-elle. Un gros sac à dos était posé à terre contre sa jambe, une guitare bien emballée dans sa housse et un deuxième sac, volumineux, posé devant lui. 

    "Leurs yeux se rencontrèrent" se dit-elle en souriant, mais on n'était pas chez Flaubert: c'est sa coiffure rasta qu'elle regardait, et ses longs bras nus où l'on voyait les muscles sous la peau noire, comme lustrée. Il avait l'air fatigué et indécis. 

    "Je parie qu'il a dormi à la belle étoile", pensa-t-elle encore en le regardant remettre son sac à dos sur ses épaules. Elle le vit faire une grimace douloureuse, ce qui confirma son opinion. Il trimbalait sans doute toutes ses affaires depuis déjà un bon bout de temps. 

    - Vous avez dormi dehors? 

    Elle le regretta tout de suite mais dans l'urgence, elle n'avait rien trouvé de plus approprié comme entrée en matière. 

    Il la regarda, ébahi, sans répondre. Une question de langue, peut-être? 

    - Je vous offre un café? dit-elle en faisant un geste large en direction de la grande brasserie, un peu plus loin sur sa droite. 

    Elle le vit hésiter un instant. Elle supposa que ses rides et ses cheveux gris avaient quelque chose de rassurant, car il finit par ébaucher un sourire pour accepter. 

    fiction,jeu,photo

    C'était une de ces brasseries ostendaises où l'on sert de plantureux buffets pour le petit déjeuner. Elle capta son regard sur les paniers de viennoiseries, les plateaux garnis de fruits, de charcuteries et de fromages. S'il avait aussi faim qu'elle le supposait, l'odeur des œufs brouillés ou frits devait faire crier son estomac. Elle ne se trompait pas.  

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    "C'est tout juste s'il n'a pas avalé le petit bouquet de violettes", se dit-elle avec un sourire attendri, en quittant leur table plus d'une heure et demie plus tard. 

    - Comment vous remercier, lui dit-il pour la troisième fois, je n'ai rien à vous offrir. 
    - Détrompez-vous: vous m'avez beaucoup offert! Vous m'avez offert votre histoire. 

    Elle lui montra le chemin de la gare et se dépêcha vers son clavier. "A Djibril", écrivit-elle en dédicace, même si plus que probablement il ne le lirait jamais. 

    *** 

    merci à Lakévio pour la consigne et l'image (ici)

  • O comme obsession

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    Chaque fois qu'elle passait dans cette rue, elle ne pouvait s'empêcher de regarder intensément la façade du numéro 17. Chaque fois, cette vue la désolait. Chaque fois, il y avait de nouvelles dégradations à déplorer. 

    Il y a longtemps que le bois autour des grandes vitrines aurait dû recevoir une couche ou deux de peinture. Des squatteurs avaient négligé de fermer les fenêtres des chambres, en quittant les lieux. Des vitres s'étaient brisées, d'abord au premier étage, puis au second. 

    Elle n'osait s'imaginer dans quel état était le reste de la maison. Le plancher du grenier? La cour aux pavés orange? Toutes ces grandes pièces non chauffées depuis des années? La pluie ne s'était-elle pas infiltrée par le toit ou par les cheminées? Les rats, les souris, d'autres nuisibles n'avaient-ils pas envahi les lieux, les boiseries surtout? 

    Elle s'en voulait de s'inquiéter pour un bâtiment qui n'était plus dans la famille depuis bientôt trente ans mais c'était plus fort qu'elle: en passant devant, elle ne pouvait que regarder et voir. 

    Un autre hiver est venu. Les peintures ont été refaites, de nouvelles fenêtres installées, de grandes pancartes ont annoncé l'ouverture prochaine d'un café. 

    Ça l'a rendue heureuse. Heureuse qu'on garde le carrelage ancien, le grand miroir biseauté, les rayonnages gris clair sur le mur du fond. Elle espérait qu'en poussant la porte vitrée, elle entendrait à nouveau la clochette d'autrefois. 

    La chapellerie de son grand-père revivrait.

    *** 

    source de la photo de Fred Hedin et consignes chez Leiloona, que je remercie!

  • U comme une déclaration

    Ils sont quelques-uns, même dans la Flandre d'aujourd'hui malgré toute la réputation qui lui est faite, à aimer la France. 

    Cette fois, c'est au tour du photographe Michiel Hendryckx de faire sa déclaration d'amour. Son dernier livre vient de paraître, un opus de 240 pages de photos de la France. 

    "Voor de ganse wereld is Frankrijk de hemel op aarde. Alleen de Fransen zelf zien het niet. Het malcontent zijn is nationale sport. Het is in Frankrijk altijd te koud, te heet, te nat of te droog. En vooral nooit genoeg. Als ik thuiskom in mijn Frans dorp, heb ik sinds jaren de balorige gewoonte om vanuit mijn slaapkamerraamluid 'Vive la France!' te roepen. Zo kennen mijn buren me ondertussen. Ze vinden mijn hartenkreet aardig. Alleen geloven ze niet dat het van harte is. Dit boek is voor alles een schaamteloze liefdesverklaring." 

    Pour le monde entier, écrit-il, la France est le paradis sur terre. Seuls les Français ne le voient pas de cette façon. Le mécontentement est un sport national. Il y fait toujours trop froid, trop chaud, trop humide ou trop sec. Et surtout, ils n'ont jamais assez. 

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    © Michiel Hendryckx

    Quelques photos sont visibles ici (cliquer sur "bekijk de foto's")

  • 20 miracles de la nature (4)

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    De drôles de choses 

    poussent sur les plages belges... 

    Au bout d'un tronc lisse, fin et blanc, 

    une banane, 

    un train vert, 

    une maison au toit rouge, 

    un ballon, un poisson 

    et même un bateau. 

    banane.jpg

    Pendant que papa et maman 

    font la sieste et la bronzette 

    les enfants jouent et s'égarent. 

    Combien de fois mini-Adrienne-maxi-distraite n'a-t-elle pas eu ce coup au cœur de ne plus savoir de quel côté se tourner pour retrouver sa mère et son petit frère? 

    2016-08-26 (1).JPG

    D'un bout à l'autre de la digue 

    tous les appartements se ressemblent, 

    les même parapets, les mêmes bancs, 

    les mêmes promeneurs. 

    Ô miracle de la nature! 

    Un millier d'enfants perdus 

    retrouvent chaque été leurs parents, 

    heureusement, 

    grâce à la banane ou la maison 

    qui poussent en haut d'un bâton! 

    photo 1 chez Leiloona

    photo 2 ldh 

    photo 3 Adrienne à Ostende en août 2016, l'été des 1379 enfants perdus

  • 20 miracles de la nature (1)

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    Quand l'étang est à moitié gelé,
    Saturnin et ses copains  

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     amusent les passants 
    et les enfants 

    2016-11-30 (1) - Copie.JPG

    en leur refaisant 
    un numéro de Jésus 

    *** 

    pour le défi du Hibou 

    semaine 51 - miroir

  • K comme Khnopff

    - Les photos sans flash sont permises? demande ingénument l'Adrienne au charmant jeune homme chargé de surveiller les trois premières salles. 

    - Hélas non! dit-il. Les collectionneurs privés ne le veulent pas... 

    - C'est bien dommage! 

    Elle lui montre le tableau d'Adrien-Joseph HeymansBrugje in Houffalize (un petit pont à Houffalize), qui vient en effet d'une collection privée. 

    - Je ne l'avais encore jamais vu, celui-là. La photo, ça aide à se souvenir... 

    - C'est vrai, répond-il, mais vous pouvez la chercher sur internet. 

    Puis il se ravise: 

    - Ou acheter le catalogue! 

    Heymans.jpg

    le voilà, le petit pont, trouvé sur la page fb du musée, un comble tongue-out 

    Interdiction, donc, de sortir l'appareil photo pendant la visite des dix salles consacrées à l'exposition sur Emile Verhaeren et les artistes de son temps.  

    Interdiction de photographier ce KhnopffL'Encens, mais le jeune homme avait raison, on le trouve sans problème sur le net. 

    Khnopff_-_Wierook.JPG

    il est sur wikipedia commons... 

    Par contre, dans la riche collection permanente, on peut photographier autant qu'on veut. Là aussi, quelques Khnopff, comme cet inhabituel portrait masculin, celui qu'il a fait de son père Edmond: 

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    Et dans la même salle, quel bonheur de retrouver l'ami Spilliaert, dans ce bel autoportrait tout en transparences: 

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    Silhouette du peintre (1907) 

    Le prendre de côté n'a pas empêché qu'on y voie tout de même la photographe: de transparence en transparence, voilà la photo toute trouvée pour le projet du Hibou 

    semaine 50 - transparence

  • E comme envoi

    Ballade en octosyllabes 

    tongue-out 

    Madame en route vers la gare 
    Pense à eux tous, Alex, Oskar, 
    Si eux ne pensent plus à elle, 
    Patricia, Klara, Michaël: 
    Qu'est-ce qu'ils font, comment ils vont, 
    Latifa, Ellen et Simon? 

    Sont-ils satisfaits de leur choix, 
    Lisa, Ruben, Sofie, François? 
    Ils descendent du train de Gand, 
    Nabil, Araz, Noura, Laurent, 
    Crient "Bonjour, Madame! ça va?" 
    Joris, Fehmy, Tim, Vanessa. 

    C'est plus légère qu'elle part 
    Avec Sara, Viktor, Omar. 
    Il suffit de si peu de choses, 
    D'un sourire de Jan ou Roos. 
    Et pendant que Madame lit 
    Elle voit Sam et Beverly. 

    Envoi 

    Gentils élèves qui passez 
    De vous je n'ai jamais assez! 

    DSCI4262.JPG

    gare de Gand (Gent Sint-Pieters) le 11 novembre 2016 

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    gare d'Ostende: les nouveaux quais sont "en planches" et je les ai 

    photographiés pour le projet du Hibou 

    semaine 49 - mobilier urbain

  • 22 rencontres

    Interrompons notre série de rencontres pour répondre à la question de la semaine chez le Hibou (voilà une phrase ron-pon-con-pon qui ne passerait pas le test du gueuloir chez Flaubert tongue-out

    2016-11 (22).JPG

    semaine 47 - étoile 

    La plus belle étoile que je connaisse, c'est le soleil... 

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    Le 11 novembre dernier, il brillait de tous ses feux 

    2016-11 (16).JPG

    et a permis ces photos-ci.

  • M comme maison

    C'est au début de 2015 que l'Adrienne a disposé de la somme nécessaire pour s'offrir quelques armoires supplémentaires dans la cuisine. 

    Parce que là à gauche 

    2016-11-10 cuisine (2).JPG

    et là à droite 

    2016-11-10 cuisine (1).JPG

     et là devant les portes 

    maison,photo,hibou

    il y a de la place pour quelques rangements supplémentaires. 

    La sélection du cuisiniste n'est pas chose aisée mais finalement ça se décante tout seul: la plupart refusent de se déranger pour "seulement trois armoires". 

    Reste une maison de confiance qui accepte le travail et au fil des rendez-vous avec la responsable, l'Adrienne se sent de plus en plus enthousiaste. 

    Les semaines, les mois passent. On est déjà en septembre 2015 quand elle reçoit enfin le premier projet. Il y a quelques modifications à y apporter. 

    Les semaines, les mois passent. En mars 2016, l'offre envoyée est tout de suite signée et l'acompte payé. Les meubles seront installés dans un délai de six à huit semaines.

    Les semaines, les mois passent. En septembre 2016, l'Adrienne reçoit un message annonçant l'arrivée des armoires pour le jeudi 10 novembre. Elle sera au travail à ce moment-là, mais qu'importe! Elle n'ose imaginer quels nouveaux délais lui seraient imposés si elle voulait changer la date... 

    Le jeudi 10 novembre, au retour de l'école, là à gauche 

    maison,photo,hibou

    et là à droite 

    maison,photo,hibou

    et là devant les deux portes 

    maison,photo,hibou

    il y a enfin toutes les armoires demandées. 

    *** 

    photos choisies pour illustrer à contre-sens 

    le thème du Hibou 

    semaine 46 - uniforme 

    car, vu que l'ennui naquit un jour de l'uniformité 

    les nouvelles armoires ont une couleur totalement différente des anciennes 

    cool

     

  • G comme guerre

    Chaque fois que mon père remontait de la cave de mes grands-parents, il ne manquait pas de dire: 

    - Il y a là de quoi soutenir un siège! 

    Sur les étagères, grand-mère Adrienne avait des bocaux de haricots verts, des bouteilles de sauce tomate, des petits pois en conserves, des sardines à l'huile, des pilchards... et j'oublie sûrement des tas de choses. 

    Il est vrai qu'elle ne cessait de nous l'annoncer, la guerre, chaque fois qu'au journal télévisé elle voyait des politiciens se chamailler, chaque fois qu'ils élevaient la voix, c'est-à-dire à peu près tous les jours: 

    - 't Gaat nog oorlog worden! (1) 

    Alors les autres adultes se moquaient d'elle, de ses kilos de café et de sucre planqués dans une grande armoire à l'étage. Et quand elle leur rappelait l'aveuglement de Chamberlain et de Daladier, en 1938, ils riaient de plus belle. 

    Ma chère petite grand-mère... 

    Aussi ai-je bien pensé à elle en voyant ceci, chez ma nipotina

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    la table, côté gauche  

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    la table, côté droit 

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    le salon 

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    la cuisine 

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    et tout ça pour un chat qui ne veut plus se nourrir... 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 45 - guerre 

    ***

    (1) on va encore avoir une guerre!

     

  • 7 choses

    Quand elle a vu cette vieille Remington, elle n'a pas réfléchi, pas pensé qu'elle n'avait jamais appris la dactylographie: elle s'est juste souvenue de l'interview de Dany Laferrière, son idole, lue le matin même dans le bus en allant au travail. 

    Elle ferait comme lui et écrirait son premier livre, sa première oeuvre, son premier best-seller exactement comme lui, à un ou deux doigts, sur une machine identique. 

    Elle avait déjà le papier bleu comme Colette, les carnets de moleskine comme Hemingway, l'encre et la plume sur un pupitre comme Hugo, les plans détaillés et minutieux comme Flaubert.  

    Maintenant que tout était en place, ça devait marcher. 

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    Ce n'est qu'au moment où elle s'est installée - avec force cafés, oui, comme Balzac - qu'elle s'est aperçue que sa Remington n'en était pas une: elle était en caractères cyrilliques. 

    ***

    sources possibles de l'image ici 

    encore un coup de l'experte Adrienne 

    qui a cru, erronément, 

    que cette photo était celle de la consigne de la semaine 

    chez Bricabook

    tongue-out

  • Premier novembre

    Premières couleurs automnales 

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    douceur des fleurs de saison 

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    cyclamens du parc et anémones de mon jardin 

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    pour le projet du Hibou

    semaine 44 - douceur

     

     

  • U comme une fois...

    Une fois, juste une fois, l'Adrienne est allée à l'académie, a demandé la clé du local 217 et s'est installée à ce piano: 

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    le beau piano à queue du local 217 

    Une fois, juste une fois et pendant une heure entière, elle s'est amusée à jouer tous ses petits morceaux simplets - sur lesquels pourtant ses doigts trébuchent encore - et quand au bout de l'heure elle a rendu à la secrétaire la clé du local numéro 217, elle avait sur la figure un grand, tout grand sourire de bonheur qui ne l'a plus quittée de la journée laughing 

    Quelle différence de 'toucher' avec ce piano qu'elle a chez elle et qui a besoin d'une prise de courant pour fonctionner! 

    musique,photo,hibou,vie quotidienne

    et le piano-qui-marche-à-l'électricité cool 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 43 - électricité

     

  • T comme Torrinha

    Lui, c'est Dirk. Son père possède une supérette dans une station balnéaire belge. Il est prévu qu'il reprenne l'affaire dès que possible: il est l'unique héritier et il est prêt. Depuis toujours. 

    Elle, c'est Lurdes. Ses parents, ses jeunes frères et sœurs habitent un village de chèvres dans la montagne. Elle termine ses études d'hôtellerie et fait un stage à Funchal. 

    Là-bas, dans le bateau qui s'éloigne, il y a Dirk. Il se dit qu'il reviendra. Il se dit qu'il convaincra son père. Qu'il a trouvé la femme de sa vie. Qu'il a quelques mois devant lui pour apprendre le portugais. 

    Là-haut, sur la route de Torrinha, il y a Lurdes. Elle se dit qu'il reviendra. Elle se dit qu'elle convaincra ses parents. Que son avenir est dans ce pays inconnu. Qu'elle doit commencer à apprendre le néerlandais. 

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    photo et atelier de Leiloona

  • P comme prairie

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    Le 11 octobre 

    le fermier est venu faire les foins. 

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    Appellerons-nous cela de l'optimisme? 

    ou du réchauffement climatique? 

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    L'odeur du foin en octobre 

    voilà qui nous mène très loin 

    de ce qui est TYPIQUE 

    ***

    c'était le thème de la semaine 42 

    pour le projet du Hibou 

  • O comme Ophélie

    Elle s'arrête net au milieu de la place. Qu'a-t-elle vu là de si intéressant, tout à coup? Des pigeons? 

    Personne ne fait attention à elle. Quelques touristes se reposent sur un banc à l'ombre du musée. Trois jeunes gens flirtent au soleil. Un homme les observe, attiré par la jeune fille aux bras nus, aux longs cheveux bouclés. 

    Au milieu de la place, la petite ne bouge pas, n'entend pas la voix de l'homme qui crie son nom, qui s'approche à grands pas. Dans sa robe volantée, trop longue, trop large, avec ses cheveux emmêlés qu'elle n'a pas laissé coiffer ce matin, elle se tient immobile, le visage grave, fermé. 

    Arrivé à sa hauteur, l'homme passe le sac de voyage dans sa main gauche et attrape la petite par la main droite, un peu rudement. Elle sursaute, lève les yeux vers lui. 

    - Et maintenant, tu donnes la main et tu ne t'encours plus, compris? 

    Plus vite il serait débarrassé de cette corvée, mieux ce serait. 

    Jamais il n'avait eu à convoyer une orpheline aussi sauvageonne et impénétrable. 

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    merci à Leiloona

  • L comme Lali

    Les arbres timides et forts
    La nuit parlent à voix haute
    Mais si simple est leur langage
    Qu'il n'effraie pas les oiseaux

    Marcel Béalu, Voix des arbres, in Poèmes 1936-1980, éd. Le Pont traversé, 1981

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    image trouvée chez Lali mais la source et l'artiste sont ici:  

    http://shihonakaza.blogspot.be/2010/10/illustration-friday-beneath.html 

    L’écureuil et la feuille

    Un écureuil, sur la bruyère,
    Se lave avec de la lumière.
    Une feuille morte descend,
    Doucement portée par le vent.
    Et le vent balance la feuille
    Juste au-dessus de l’écureuil ;
    Le vent attend, pour la poser
    Légèrement sur la bruyère,
    Que l’écureuil soit remonté
    Sur le chêne de la clairière
    Où il aime à se balancer
    Comme une feuille de lumière.

    Maurice Carême (1899-1978)La Lanterne magique, 1947 

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    octobre 2016 

  • J comme Joseph

    Quelle famille européenne n'avait pas, au début du 20e siècle, un oncle d'Amérique? On peut se le demander, vu que le nombre de migrants partis du seul port d'Anvers s'élève à deux millions. (1)

    Dans la famille de grand-mère Adrienne, l'oncle d'Amérique s'appelait Joseph. 

    L'oncle d'Amérique, celui qui rime avec mythique: grand-mère Adrienne se souvenait de cette fois où il était revenu en Belgique et où, petite fille, elle avait reçu de lui une pièce d'or. 

    Dernièrement, en reclassant quelques vieilles photos, j'ai eu l'idée d'aller voir sur le site internet d'Ellis Island s'il était possible de l'y retrouver. 

    Il n'y est mentionné que pour son dernier voyage, sa dernière arrivée sur le sol américain, le 28 septembre 1923, venu d'Anvers avec le paquebot Belgenland. (2) 

    Belgenland.jpg

    source http://professionals.redstarline.org/ 

    En 1923, il a déjà 40 ans et la nationalité américaine. Son lieu de résidence est Pawtucket, Rhode Island. Tout ça est bien répertorié sur le site. On y apprend également qu'il est célibataire et qu'il voyage avec un ami natif de notre même bonne petite ville, Rémy, marié, 37 ans, domicilié à Pawtucket et citoyen américain lui aussi. 

    A sa famille restée en Belgique, l'oncle Joseph envoie de temps en temps une photo. Grand-mère Adrienne en avait conservé quelques-unes, dont une où il est assis dans un side-car, portant chemise et cravate, accoudé nonchalamment, la casquette en arrière et le cigare entre les doigts. L'homme en costume cravate chevauchant la moto est peut-être son ami Rémy. 

    BELGENLAND-.jpg

    source http://maritimematters.com/2013/10/red-star-line-museum-opens-in-antwerp/ 

    Mais ce que j'aurais aimé savoir, c'est à quel âge il est parti, comment s'est déroulé ce voyage-là, comment il s'est débrouillé dans les premiers temps... 

    Et aussi pourquoi il est revenu juste avant la guerre de 40, ce qui l'a obligé à se présenter à la Kommandantur une fois par semaine, à cause de sa nationalité américaine. 

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    petit émigrant de 1929 - source http://www.allaboutshipping.co.uk/

    Le musée de la Red Star Line à Anvers et des témoignages ici, comme l'histoire de la famille Hutlet 

    *** 

    (1) dans ma belle-famille ostendaise, ils cumulaient: ils avaient des émigrés aux Etats-Unis et en Australie (où ils avaient été obligés de traduire leur nom flamand en anglais, c'est ainsi qu'ils sont devenus la famille Richman) tongue-out 

    (2) traduction littérale: pays des Belges; capacité de 2600 passagers (500 en première classe, 600 en seconde et 1500 en troisième)

  • I comme Ivo

    Ivo Pogorelich joue Mozart 

    Sonate pour piano n°11 en fa majeur, KV 331 

    Morceau choisi pour illustrer le thème de la semaine 41 chez le Hibou 

    légèreté 

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    légèreté des graminées et de la lumière automnale 

    jeu,hibou,musique,mozart,photo

    légèreté de la promenade et des nuages 
    légèreté au cœur pour l'amie sur la photo
    qui ces dernières semaines 
    a subi de derniers tests 
    et termine sa cure de chimio 

  • C comme calme plat

    - C'est le calme plat, ici! s'exclame la nouvelle collaboratrice PMS (1). 
    - Ne t'inquiète pas, lui répond la directrice, ce n'est pas le travail qui manque! 

    La vérité est qu'au bout de quatre semaines de "collaboration", les quatre coordinatrices préfèrent s'occuper seules du suivi de leurs élèves à problèmes sociaux ou psychologiques. 

    Pour du vrai "calme plat", il faut aller au jardin: en deux mois de temps, il n'a fallu qu'une seule tonte, en encore... 

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    pelouse belge, 30 septembre 2016 
    quand même un brin plus verte du côté où elle a un peu d'ombre 

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    renversant, n'est-ce pas? 

    et ici quelques images prises à l'arboretum de Kalmthout après août et septembre quasiment sans une goutte d'eau... 

    ***

    (1) une auxiliaire qui vient deux ou trois fois par semaine à l'école pour aider en cas de problèmes psycho-médicaux-sociaux. 

    ***

    pour le projet du Hibou 

    semaine 40 - repos

  • W comme what else?

    Quoi de plus beau 

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    que des arbres et de l'eau 

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    du bleu et du vert 

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    des nuages dans le ciel 

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    et deux yeux pour les contempler 

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    photos prises à Namur 

    les 3 et 4 septembre derniers 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 39 - verdure

  • C comme cheveu

    J’ai commencé à écrire une scène où une astronaute se brosse les cheveux le matin du départ.

       C’est plus important qu’on ne pense, les cheveux.

       J’ai lu, il y a quelques semaines, que c’est grâce à ses cheveux, très bien conservés, et longs d’une vingtaine de centimètres, qu’on avait pu raconter l’histoire des dernières années d’une jeune femme préhistorique découverte dans le petit village danois d’Egtved.

       L’analyse chimique des cheveux, ai-je appris, permet, grâce à ce qu’on appelle des techniques de traçage, de révéler la mobilité d’un individu. Voici comment on procède : on divise le cheveu en plusieurs segments, et on dose pour chacun de ces segments le niveau de strontium, de carbone, de nitrogène, de protéines, etc., puis on examine les variations (ou la stabilité des constantes) d’un segment à l’autre. On compare le dosage de chaque segment avec ce qu’on sait de la géologie, en particulier, et, en gros, l’affaire est faite, on devient capable de vous donner l’emploi du temps du propriétaire des cheveux, de vous énumérer ses déplacements les plus récents. En l’occurrence, disait l’étonnant biographe, un voyage, depuis la Forêt-Noire vers le Danemark, où madame aurait passé neuf mois, puis un retour vers sa région natale (cette fois, pour un séjour de quatre à six mois), puis un retour au Danemark – madame circulait pas mal, mais il paraît que de tels voyages n’étaient pas rares à l’époque (je vous parle de ça, c’était l’âge du bronze).

       Plus besoin même d’archives, pour écrire la vie de ceux qui nous ont précédés : il suffira désormais d’un cheveu, qu’on décryptera dans l’ordre, de l’extrémité jusqu’à la racine, comme le témoin tranquille d’une existence linéaire. Vos cheveux sont comme un journal de vos jours, que n’importe quel savant peut venir lire, se penchant sur vos voyages, détaillant vos menus, décrivant les paysages que vous avez traversés.”

    Christine Montalbetti, Les Astronautes”, in L’Humanité, jeudi 2 juillet 2015, citée par Philippe Didion dans ses Notules dominicales de culture domestique 713 (19 juin 2016)

    actualité,littérature,coiffeur

    salon de coiffure ostendais - photo prise en décembre 2015

  • Z comme zen

    Le matin sur la plage bien ratissée, 

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    le midi à l'ombre de la galerie des Thermes, 

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    l'après-midi dans le jardin japonais, 

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    les chemins sont bien tracés 

    cool 

    *** 

    projet du Hibou - semaine 35 

    CHEMIN 

    photos prises à Ostende 

    le vendredi 26 août

  • R comme repos

    L'amie Anne affirme son bonheur de jardinière 

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    et me le fait partager 

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    au milieu des fleurs, des fruits, 

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    et des légumes. 

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    Ici aussi, le chat invite à suivre son exemple 

    cool 

    *** 

    Pour le projet du Hibou 

    semaine 34 - légume

     

  • G comme grimpe!

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    Dès qu'on quitte la côte et sa végétation méditerranéenne,

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    on voit les rochers, la montagne,

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    où poussent quantité d'arbres

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    jusqu'au milieu des ruines,

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    offrant leur ombre au visiteur,

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    rendant les sites encore plus photogéniques,

    voyage,pisidie,nature

    encore plus grandioses,

    voyage,pisidie,nature

    encore plus sauvages

    voyage,pisidie,nature

    et encore plus fragiles...

    voyage,pisidie,nature

    pour le projet du Hibou

    semaine 32 - arbres

     

     

     

  • Adrienne et les frelons

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    - C'est tout de même incroyable! dit l'Adrienne à sa mère, en voyant la cathédrale Saint-Jean et la colline de Fourvière en contrebas.

    C'est tout de même incroyable qu'hier on a pris le funiculaire, parce qu'on jugeait la montée à pied jusqu'à Fourvière trop ardue, et qu'aujourd'hui on a grimpé bien plus haut encore... et sans funiculaire!

    ***

    photo prise à Lyon le 16 juillet

    pour le projet du Hibou

    semaine 31 - relief

    ***

    Et les fous, les plus ingambes
    Montent et descendent le long
    De mon cou comme des frelons

    écrit Maurice Carême dans son joli poème sur la tour Eiffel.

    C'est exactement ce que l'Adrienne et sa mère ont fait, en parfaites touristes: monter et descendre comme des frelons...

    cool 

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    famille de frelons belges rencontrés en montant vers la Croix-Rousse

    "Kijk papa! daar is België!" criait le cadet en montrant l'horizon

    tongue-out

  • V comme vue

    Dommage pour la vue, tout comme la place Bellecour était rendue invisible par les installations pour l'euro 2016 (le démontage et le déblayage ont duré toute la semaine), la place des Terreaux était privée de ses deux principaux atouts beauté, la fontaine monumentale et les jeux de lignes et d'eau réalisés par Daniel Buren. 

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    quelques affiches explicatives où on retiendra surtout que la fontaine restera invisible plus d'un an encore 

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    derrière les palissades, de grands échafaudages et tout autour de nombreuses voitures garées: impossible de juger de l'effet des "lignes" de Daniel Buren et tous les jeux d'eau sont à l'arrêt 

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    dans la palissade, un petit trou - soigneusement grillagé - permet au contribuable et au touriste de suivre de loin les travaux en cours: on remarque un cheval hennissant de douleur, privé de ses membres 

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    et ça, c'est quoi? se demande le lecteur ahuri. 

    ça, c'est la vue de la fenêtre de la chambre d'hôtel 

    tongue-out 

    le genre de détail qu'on n'apprend jamais dans le descriptif au moment de la location 

    ***

    pour le projet du Hibou 

    semaine 30 - fontaine 

    photos prises à Lyon le 13 juillet 

    ***

    ici chez Daniel Buren, l'aspect que la place devrait avoir... 

     

  • Quels ont été tous ces anonymes?

    Hommage

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    à tous ces anonymes

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    qui pendant plus de 250 ans

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    ont planté, soigné, taillé, entretenu

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    phots prises à Beloeil et à Annevoie

    les 7 et 8 juillet

    pour le projet du Hibou - semaine 29 - hommage

     

  • J comme jalon

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    le 8 juillet
    à Annevoie
    monsieur neveu apprenait enfin
    ses résultats à l'EAF

    un jalon de plus
    dans un parcours scolaire
    qui lui a toujours permis ses propres choix

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    pour le projet du Hibou

    semaine 28 - rouge

  • X c'est l'inconnu

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    Voilà ce qui arrive quand on se promène dans Bruxelles

    et qu'on lève le nez

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    On voit des orangers, des bananiers

    On prend quelques photos

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    Puis on poursuit sa route

    sous le soleil d'avril  

    et on oublie de noter

    le nom de ce bijou...

    ***

    pour le projet du Hibou

    semaine 26 - bijou