poème

  • Questions pour mes champions

    Jana montre qu'elle n'est pas trop mécontente de son tirage au sort: A une Passante, de Baudelaire, piece of cake

    Elle explique avec l'assurance de ceux qui tutoient les grands auteurs: 

    - Charles est assis à une terrasse, il est en train de boire un verre... 

    Stupeur de Madame, qui se souvient d'avoir expliqué ce que c'est "le grand deuil", une rue assourdissante, un feston, un ourlet, et même d'avoir mimé la scène, en balançant sa jupe.  

    Oui, oui. Même ça. Mais elle n'a point parlé de terrasse de café. 

    Jana prend des airs de conspiratrice pour continuer sa lecture du poème: 

    - Moi, dit-elle, moi je pense que la dame, elle a une jupe fendue... 

    Madame en reste sans voix. 

    - Parce qu'elle montre sa jambe, explique Jana. 

    Conclusion: le film que Madame se fait dans la tête à la lecture du poème est sans doute fort différent de celui que se font certains de ses élèves... 

    Voyons à quoi ressemble le vôtre:  

    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

    Charles Baudelaire, Tableaux parisiens, in Les Fleurs du Mal 

  • K comme kesketakivapa?

    DIALOGUE ENTRE MON PAPA ET SA VOITURE

    (enregistré le 11 janvier 1998 à 7 heures du matin)

    Glaglagla
    Alors alors alors

    Hein bon euh hein bon

    Ploc ploc

    Non mais dis donc là ho dis donc Savapasspassécommsavapasspassécomm

    Glouglou

    Abon

    Bidule truc bougie machin
    Alorskesketakivapa
    Kesketakesketakesketa
    Kesketaketaketactactatatata-a-ta-a-a-vroum

    Amaitoudmêmmêmmêm !

    Tchouf tchouf ploc ploc tchouf tchouf ploc ploc

     

    poème de Marie-Hortense LACROIX, qu'on trouve sur de nombreux sites à vocation scolaire et que Madame lit avec plaisir pour ses grands ados tongue-out

    ***

    - kesketakivapa?

    - J'ai "journée portes ouvertes" même si je ne travaille qu'à mi-temps...

    - Abon

    - Depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir...

    - Non mais dis donc là ho dis donc!

    (hé oui, je ne me sens ni glouglou ni vroumvroum)

     

     

  • H comme Hannon

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    2017-04-08 (18).JPG

    Théo Hannon et son copain James Ensor s'amusent autour d'un même thème... 

    (photos prises au Mu.Zee d'Ostende)

    ici, on peut voir un des portraits de Théo Hannon par James Ensor  

  • 7 fois Emile (5)

    Emile VERHAEREN_la lecture.jpg

    Emile Verhaeren, extrait du tableau de Theo Van Rysselberghe, La lecture (1903), date à laquelle notre Emile est l'heureux époux de Marthe depuis 12 ans. 
    Tableau à voir au musée de Gand (MSK) 

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ;
    Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude,
    Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes
    Usent l'amour le plus tenace et le plus fort. 

    Je te regarde, et tous les jours je te découvre, 
    Tant est intime ou ta douceur ou ta fierté : 
    Le temps, certe, obscurcit les yeux de ta beauté, 
    Mais exalte ton cœur dont le fond d'or s'entr'ouvre. 

    Tu te laisses naïvement approfondir,
    Et ton âme, toujours, paraît fraîche et nouvelle ;
    Les mâts au clair, comme une ardente caravelle,
    Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs. 

    C'est en nous seuls que nous ancrons notre croyance,
    A la franchise nue et la simple bonté ;
    Nous agissons et nous vivons dans la clarté
    D'une joyeuse et translucide confiance.

    Ta force est d'être frêle et pure infiniment ;
    De traverser, le cœur en feu, tous chemins sombres,
    Et d'avoir conservé, malgré la brume ou l'ombre,
    Tous les rayons de l'aube en ton âme d'enfant. 

    in Les heures d'après midi (1905)

  • D comme désolée!

    C'est avec ce petit poème de Maurice Carême que Madame faisait faire connaissance à ses élèves avec le passé simple, à l'époque où elle avait devant elle des gamins et gamines de quatorze ans. 

    Le chat et le soleil 

    Le chat ouvrit les yeux, 
    Le soleil y entra. 
    Le chat ferma les yeux, 
    Le soleil y resta. 

     Voilà pourquoi, le soir 
    Quand le chat se réveille, 
    J'aperçois dans le noir 
    Deux morceaux de soleil. 

    siska.jpg

    Mon chat Pipo a définitivement fermé les yeux et ma carissima nipotina est allée à la Croix-Bleue pour y adopter un nouveau petit soleil. 

    La photo vient de leur site, le lendemain de son adoption. 

    Au refuge, on l'avait baptisée Siska mais à cause de ses airs de princesse je l'appelle Sissi tongue-out 

    DSCI2814 (2).JPG

    En attendant de faire sa connaissance le week-end prochain, et pour continuer le "mois belge" - quoiqu'ici ce soit "mois belge" tous les mois - je vous offre le chat de Geluck. 

    La photo a été prise à la foire des antiquaires à Tour et Taxis le 30 janvier 2016.

     

     

  • W comme wagon de train

    lakévio43.jpg

    Les trains assourdissants autour de moi hurlaient. 
    Grand, mince, pâle, la crinière impétueuse, 
    Le regard baissé, la bouche voluptueuse 
    Qu'une barbe comme celle du Ché ourlait, 

    Il avait l'air noble et absent d'une statue.
    Moi, je passais, nerveuse et crispée, espérant
    Voir dans son œil, beau regard sombre et conquérant,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Jour après jour, cette fugitive beauté 
    Tant de sentiments divers en moi faisait naître, 
    Et mille vains espoirs qu'on ne pouvait m'ôter. 

    Un jour, sur ce quai... Qui sait? ou jamais peut-être! 
    Il m'abordera, demandera où je vais...
    C'est ce que je pensais et mon mal s'aggravait.  

    *** 

    peinture et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    vous aurez reconnu le schéma des rimes de la Passante de Baudelaire cool

  • 7 fois Emile (4)

    Le printemps jeune et bénévole

    Le printemps jeune et bénévole
    Qui vêt le jardin de beauté
    Élucide nos voix et nos paroles
    Et les trempe dans sa limpidité. 

    La brise et les lèvres des feuilles
    Babillent, et lentement effeuillent
    En nous les syllabes de leur clarté. 

    Mais le meilleur de nous se gare 
    Et fuit les mots matériels ; 
    Un simple et doux élan muet 
    Mieux que tout verbe amarre 

    Notre bonheur à son vrai ciel : 
    Celui de ton âme, à deux genoux,
    Tout simplement, devant la mienne,
    Et de mon âme, à deux genoux,
    Très doucement, devant la tienne. 

    in Les heures claires (1896)

    Émile_Verhaeren_-_Les_Hommes_du_jour_-_1909.PNG

    Les Hommes du jour, n°82, 14 août 1909, dessin d'Aristide Delannoy. 
    (source
    )

  • I comme imaginons...

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

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    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

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    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • 7 fois Emile (3)

    Emile_Verhaeren TheoVR.jpg

    Portrait d'Emile Verhaeren par son ami Theo Van Rysselberghe 
    source 

    Au passant d’un soir 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Elle est humble, ma porte, 
    Et pauvre, ma maison. 
    Mais ces choses n’importent. 

    Je regarde rentrer chez moi tout l’horizon 
    A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre; 
    Et la lumière et l’ombre et le vent des saisons 
    Sont la joie et la force et l’élan de mon être. 

    Si je n’ai plus en moi cette angoisse de Dieu 
    Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome, 
    Mon coeur, qui n’a changé que de liens et de vœux, 
    Eprouve en lui l’amour et l’angoisse de l’homme. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues, 
    A cet homme qui s’en viendra 
    Du bout du monde, avec son pas; 
    Et devant l’ombre et ses cent flammes suspendues 
    Là-haut, au firmament, 

    Nous nous tairons longtemps 
    Laissant agir le bienveillant silence 
    Pour apaiser l’émoi et la double cadence 
    De nos deux cœurs battants. 

    Il n’importe d’où qu’il me vienne 
    S’il est quelqu’un qui aime et croit 
    Et qu’il élève et qu’il soutienne 
    La même ardeur qui monte en moi. 

    Alors combien tous deux nous serons émus d’être 
    Ardents et fraternels, l’un pour l’autre, soudain, 
    Et combien nos deux cœurs seront fiers d’être humains 
    Et clairs et confiants sans encor se connaître! 

    [...] 

    Et maintenant 
    Que nous voici à la fenêtre 
    Devant le firmament, 
    Ayant appris à nous connaître 
    Et nous aimant, 
    Nous regardons, dites, avec quelle attirance, 
    L’univers qui nous parle à travers son silence. 

    Nous l’entendons aussi se confesser à nous 
    Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes 
    Et sa brise qui va et vient par les campagnes 
    Frôler en même temps et la rose et le houx. 

    Nous écoutons jaser la source à travers l’herbe 
    Et les souples rameaux chanter autour des fleurs; 
    Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe 
    Et notre amour s’emplit de nouvelles ardeurs. 

    Nous nous changeons l’un l’autre, à nous sentir ensemble 
    Vivre et brûler d’un feu intensément humain, 
    Et dans notre être où l’avenir espère et tremble, 
    Nous ébauchons le cœur de l’homme de demain. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte 
    S’arrêtera ? 

    Emile Verhaeren, in Les flammes hautes (1917)

  • D comme Défi du samedi

    parodie,pastiche,défi,poésie

    Les conquérants 

    Comme un vol d'étourneaux hors de leur trou natal, 

    Fatigués de brailler leurs querelles hautaines, 

    De Belgique, de France, des gens par centaines 

    Chantaient, ivres d’un rêve intercontinental. 

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

    Et faire de belles carrières lointaines, 

    Ils seraient entendus sur toutes les antennes 

    Depuis l'Orient jusqu'au monde occidental. 

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

    Leur voix au micro dans une forme olympique, 

    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ; 

     

    Où, d'un seul et magique tour de manivelle, 

    Ils se voyaient monter en un ciel ignoré 

    Du fond de l’inconnu, en étoile nouvelle. 

    *** 

    merci à Walrus pour sa consigne au Défi du samedi 

    et merci à José Maria de Heredia

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  • 7 fois Emile (2)

    Les pauvres

    Il est ainsi de pauvres cœurs
    Avec, en eux, des lacs de pleurs,
    Qui sont pâles, comme les pierres
    D'un cimetière. 

    Il est ainsi de pauvres dos
    Plus lourds de peine et de fardeaux
    Que les toits des cassines brunes,
    Parmi les dunes. 

    Il est ainsi de pauvres mains,
    Comme feuilles sur les chemins,
    Comme feuilles jaunes et mortes,
    Devant la porte. 

    Il est ainsi de pauvres yeux
    Humbles et bons et soucieux
    Et plus tristes que ceux des bêtes
    Sous la tempête. 

    Il est ainsi de pauvres gens,
    Aux gestes las et indulgents,
    Sur qui s'acharne la misère,
    Au long des plaines de la terre. 

    in Les douze mois (1895)

    Émile_Verhaeren-buste.JPG

    Buste d'Émile Verhaeren dans le square André-Lefèbvre (Paris, 5e arr.) 

    (source de la photo)

  • T comme traduction

    Le discours sur la paix

    Vers la fin d’un discours extrêmement important
    le grand homme d’État trébuchant
    sur une belle phrase creuse
    tombe dedans
    et désemparé la bouche grande ouverte
    haletant
    montre les dents
    et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
    met à vif le nerf de la guerre
    la délicate question d’argent.


    Jacques Prévert, in Paroles, 1946

    tintin paix.jpg

    source du dessin

    El discurso sobre la paz

    Hacia el final de un discurso de extrema importancia
    el gran hombre de Estado tropieza
    con una bella frase hueca
    cae dentro
    y desesperado, la boca abierta,
    jadeante
    enseña los dientes
    y la caries dental de su s pacíficos razonamientos
    pone en evidencia el nervio de la guerra
    el delicado asunto del dinero.

    traduction trouvée chez Colo (merci Colo!)

    Toespraak over de vrede

    Tegen het einde van een uiterst belangrijke toespraak
    struikelt de grote staatsman
    over een mooie holle frase
    valt erin
    en radeloos met wijdopen mond
    hijgend
    toont de tanden
    en het tandbederf van zijn vreedzame redeneringen
    legt de oorlogszenuw bloot
    de gevoelige geldkwestie.
    traduction de l'Adrienne

    poésie,poème,espagnol,traduction

    source de l'image

     
  • 7 fois Emile (1)

    Je suis en retard pour la commémoration du centenaire de la mort d'Emile Verhaeren, survenue à Rouen le 27 novembre 1916. Ce n'est que la semaine dernière que j'ai enfin eu le temps de fouiller dans les archives de notre bibliothèque communale et d'y rafler à peu près tout ce qui s'y trouvait de la main de l'auteur, plus l'essai sur le poète par son ami Stefan Zweig. 

    Le premier poème que j'ai lu m'a tout de suite frappée par sa série de "Je me souviens", bien avant que Perec n'en ait l'idée. Il s'agit du poème Liminaire de son recueil Toute la Flandre (composé entre 1904 et 1911). 

    En voici un extrait:  

    (...)
    Je me souviens du village près de l'Escaut, D'où l'on voyait les grands bateaux Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent Et merveilleux de voiles, Le soir, en cortège, sous les étoiles. Je me souviens de la bonne saison; Des parlottes, l'été, au seuil de la maison Et du jardin plein de lumière, Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière; Je me souviens des plus hauts peupliers, De la volière et de la vigne en espalier Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires. Je me souviens de l'usine voisine -Tonnerre et météores Roulant et ruisselant De haut en bas, entre ses murs sonores- Je me souviens des mille bruits brandis, Des émeutes de vapeur blanche Qu'on déchaînait, le Samedi, Pour le chômage du Dimanche. Je me souviens des pas sur le trottoir, En automne, le soir, Quand, les volets fermés, on écoutait la rue Mourir. La lampe à flamme crue Brûlait et l'on disait le chapelet Et des prières à n'en plus finir! Je me souviens du vieux cheval De la vieille guimbarde aux couleurs fades, De ma petite amie et du rival Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades. Je me souviens du passeur d'eau et du maçon, De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière, Et dont j'entends encore le son; Je me souviens du cimetière... Mes simples vieux parents, ma bonne tante! -Oh! les herbes de leur tombeau Que je voudrais mordre et manger!- C'était si doux la vie en abrégé! C'était si jeune et beau La vie, avec sa joie et son attente!
    (...)

    Émile_Verhaeren_by_Vallotton.jpg

    Portrait d'Émile Verhaeren par Félix Vallotton paru dans Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1898) 
    A cette date, notre Emile a 43 ans (il est né en 1855) et déjà ses imposantes moustaches tongue-out 
    (source du document iconographique) 

    poème,poésie,belge,belgique,flandre

    gare de Gand, affiche pour l'expo au MSK que je vais devoir me dépêcher d'aller voir 

    cool

  • L comme Lali

    Les arbres timides et forts
    La nuit parlent à voix haute
    Mais si simple est leur langage
    Qu'il n'effraie pas les oiseaux

    Marcel Béalu, Voix des arbres, in Poèmes 1936-1980, éd. Le Pont traversé, 1981

    lali491.jpg

    image trouvée chez Lali mais la source et l'artiste sont ici:  

    http://shihonakaza.blogspot.be/2010/10/illustration-friday-beneath.html 

    L’écureuil et la feuille

    Un écureuil, sur la bruyère,
    Se lave avec de la lumière.
    Une feuille morte descend,
    Doucement portée par le vent.
    Et le vent balance la feuille
    Juste au-dessus de l’écureuil ;
    Le vent attend, pour la poser
    Légèrement sur la bruyère,
    Que l’écureuil soit remonté
    Sur le chêne de la clairière
    Où il aime à se balancer
    Comme une feuille de lumière.

    Maurice Carême (1899-1978)La Lanterne magique, 1947 

    2016-10-05 (4).JPG

    octobre 2016 

  • V comme vue

    lakévio28.jpg

    Leïla  

    Tu dansais petite fille 
    Danseras-tu mère-grand 
    Dans le tourbillon de la vie 
    Bientôt les hommes reviendront 
    Il faudra bien qu'on te marie 

    Les masques sont silencieux 
    Et la musique est si lointaine 
    Qu’elle semble venir des cieux 
    Chaque jour apporte ses peines 
    Et ses problèmes pernicieux 

    Les brebis s’en vont dans la neige 
    Flocons de laine et ceux d’argent 
    Des soldats passent et que n’ai-je 
    Quelques mots plus encourageants 
    Que puis-je faire que sais-je

    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Crépus comme mer qui moutonne
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Et tes grands yeux tristes d'automne 
    Tu le sais bien ce que tu veux 

    Leïla ma petite Syrienne 
    Comment ne pas baisser les bras 
    Le fleuve est pareil à ta peine
    Il s’écoule et ne tarit pas 
    Quand donc la paix reviendra

    *** 

    écrit sur le schéma du poème de Guillaume Apollinaire, Marie, in Alcools

    *** 

    pour Lakévio

  • U comme un, deux, trois... un inventaire à la Prévert

    Un ordi  
    deux boites à mail  
    trois commentaires 
    quatre réponses 
    un soleil qui se lève 
    des autos dans la rue 

    un café 

    une douzaine de blogs à visiter 
    un volet qu'on relève à côté. 
    une maison qui tremble 
    six camions sont passés 
    une porte avec son paillasson
    un petit garçon crie 

    un autre café 

    un piano sur lequel on pianote 
    la fleur rouge qui fleurit depuis mai 
    deux amoureux qui passent 
    un facteur une chaise trois enveloppes 
    un voisin revient du marché 
    une araignée 
    une tendinite 
    une souris remisée dans un tiroir 

    un autre café 


    une fille indigne deux passantes trois vélos 
    un téléphone 
    deux messages une tante Jeanne 
    une Mater dolorosa trois cousins sportifs deux chats maigres 
    un talon d'Achille 
    un canapé pour la lecture 
    un buffet de grand-mère deux buffets de grand-mère 
    un tiroir plein de couverts 
    une vaisselle faite une maison rangée 
    une pelote de laine deux épingles de sûreté  
    un jour de félicité

    cinq ou six cafés 

    un petit garçon qui entre à l'école en riant 
    un petit garçon qui sort de l'école en pleurant 
    une assiette de pâtes 
    deux mandarines 
    cinq noix 
    un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
    dix vaches qui n'en finissent pas de brouter 
    un taureau trop jeune 
    deux belles figues sur le figuier et une salade à la feta 
    un soleil qui se couche déjà 
    un grand verre d'eau 
    un vin blanc sec 
    une tablette de chocolat 
    deux séries italiennes 
    une nuit trente-deux positions 

    et...

    encore deux cafés.

    (passer la journée à la maison, quand on ne travaille plus qu'à mi-temps, à la façon de l'Inventaire de Jacques Prévert, in Paroles, 1946)

  • G comme grand nettoyage

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    On va faire un grand nettoyage - Amalia Bautista 

    On va faire un grand nettoyage
    et on va jeter toutes les choses
    qui ne nous servent à rien, ces
    choses que nous n'employons plus, ces
    autres qui ne font que prendre la poussière,
    celles que nous évitons de trouver car
    elles nous plongent dans les plus amers souvenirs,
    celles qui nous font mal, occupent de la place
    ou que nous n'avons jamais voulues proches.

     
    On va faire un grand nettoyage
    ou, mieux encore, un déménagement
    qui nous permette d'abandonner les choses
    sans même les toucher, sans nous salir,
    les laissant là où elles ont toujours été;
    c'est nous qui allons partir, mon cœur,
    pour recommencer à accumuler.
    Ou bien nous allons mettre le feu à tout
    et rester tranquilles, avec cette image
    des braises du monde devant les yeux
    et le cœur déshabité.
     
    Trad: Colo
     traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    Vamos a hacer limpieza general - Amalia Bautista

     
    Vamos a hacer limpieza general
    y vamos a tirar todas las cosas
    que no nos sirven para nada, esas
    cosas que ya no utilizamos, esas
    otras que no hacen más que coger polvo,
    las que evitamos encontrarnos porque
    nos traen los recuerdos más amargos,
    las que nos hacen daño, ocupan sitio
    o no quisimos nunca tener cerca.

    Vamos a hacer limpieza general
    o, mejor todavía, una mudanza
    que nos permita abandonar las cosas
    sin tocarlas siquiera, sin mancharnos,
    dejándolas donde han estado siempre;
    vamos a irnos nosotros, vida mía,
    para empezar a acumular de nuevo.
    O vamos a prenderle fuego a todo
    y a quedarnos en paz, con esa imagen
    de las brasas del mundo ante los ojos
    y con el corazón deshabitado.

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    We houden een grote schoonmaak - Amalia Bautista

     
    We houden een grote schoonmaak
    en gaan alles weggooien
    wat tot niets dient, 
    dingen die we niet meer gebruiken, 
    andere die alleen maar stof vangen,
    die we liever niet tegenkomen omdat
    ze onze bitterste herinneringen meebrengen,
    die ons pijn doen, plaats innemen
    of die we nooit dicht bij ons wilden hebben.

    We houden een grote schoonmaak
    of beter nog, een verhuis
    die ons toelaat zaken achter te laten
    zonder ze aan te raken, zonder ons vuil te maken,
    ze laten waar ze altijd gestaan hebben;
    wij zullen weggaan, mijn leven,
    om opnieuw te beginnen op te stapelen.
    Of we steken alles in brand
    en blijven in vrede achter, 
    met dat beeld in de ogen
    van de gloeiende kolen van de wereld 
    en met een leeg hart.
     
    traduction de l'Adrienne 
    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

     toutes les photos, on l'aura compris, datent de l'emménagement 
    et les petits pieds nus pointure 34 sont ceux de ma nipotina cool

  • D comme déclaration

    Inopia 

      Fernando del Paso

    He despilfarrado el arcoíris.
    Las golondrinas que tenía destinadas a varios poemas
    están en números rojos.
    Mi cuenta de atardeceres está congelada.
    Le debo al fisco tres mil quinientas mariposas.
     
    INDIGENCE

                  Fernando del Paso

    J'ai gaspillé l'arc en ciel.
    Les hirondelles que j'avais destinées à divers poèmes
    sont dans le rouge.
    Mon compte de crépuscules est congelé.
    Je dois au fisc trois mille cinq cent papillons.
     
    BEHOEFTIGHEID
     
    Fernando del Paso
     
    Ik heb de regenboog verkwist.
    De zwaluwen die bestemd waren voor verscheidene gedichten
    staan rood.
    Mijn bedrag zonsondergangen is bevroren.
    Ik moet de fiscus nog drie duizend vijfhonderd vlinders.  
    (traduction de l'Adrienne)
     
    Tout ça pour vous dire que l'Adrienne trouve toujours de nouvelles raisons de stresser: en ce moment, c'est l'idée qu'elle devrait se mettre à sa déclaration d'impôts tongue-out
     poème, espagnol, traduction

    signe extérieur de richesse

  • Première fois

    La première fois que j'ai entendu un poème de Victor Hugo, je ne savais pas que c'était de lui. Je ne savais même pas qui était Victor Hugo. 

    Pourquoi je raconte ça? Parce que dernièrement, trois éléments d'origines diverses m'ont ramenée à ce souvenir. 

    Il y a d'abord eu la lettre d'Umberto Eco à son plus jeune petit-fils, parue dans l'Espresso et que j'ai relue à l'occasion de son décès en février dernier. "Impara a memoria", lui écrit-il. Apprends par cœur, fais travailler ta mémoire. Même message dans une interview récente de Michel Onfray, où il évoque son père qui, malgré le peu d'années passées sur les bancs d'une école, connaissait par cœur quelques beaux textes littéraires.  

    Puis il y a eu ce billet-souvenir de Bonheur du Jour, dans lequel elle parle des récitations qu'il fallait apprendre à l'école primaire et débiter le soir pour montrer qu'on connaissait sa leçon: "Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne..." 

    Enfin, le livre dont je parlais hier, à la gloire du jeune Hugo. 

    Tout ça devait concourir à me rappeler mon grand-père et sa récitation préférée, Après la bataille. Il nous faisait le grand jeu, roulait des yeux terribles sur les passages les plus poignants, 

    Et vise au front mon père en criant: "Caramba! "
    Le coup passa si près que le chapeau tomba 

    accélérait puis ralentissait le rythme pour s'apaiser dans le dernier vers et déclamer d'un air modestement héroïque:

    "Donne-lui tout de même à boire", dit mon père.  

    Mon petit frère et moi étions sidérés et impressionnés comme si notre grand-père avait été lui-même l'auteur de ce poème. 

    Lui non plus, comme le père de Michel Onfray, n'avait pas usé fort longtemps ses fonds de culotte sur les bancs d'une école. D'abord parce que les Allemands avaient fermé la sienne, en pays flamand. Toute sa vie il en a gardé une sorte de "manque" et il se plaisait à railler ce qu'il appelait "ses universités", ce temps passé dans une petite école wallonne où son père l'avait finalement envoyé, parce qu'il n'aimait pas voir son gamin de dix ans traîner dans les rues et faire les quatre cents coups à une époque aussi dangereuse que l'occupation allemande entre 1914 et 1918. 

    poème,poésie,hugo,souvenir,école,litterature

    1939

     

  • F comme fotoboek

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    Sur la couverture de l'épais album, le titre est en anglais: Birth Day. Peut-être pour indiquer dès l'emblée son approche internationale. Planétaire.

    Le sous-titre est en néerlandais: Comment le monde accueille ses enfants. Ou plus littéralement: leur souhaite la bienvenue

    Lieve Blancquaert est une photographe belge (d'expression néerlandaise) qui est très célèbre en Flandre grâce à ses reportages pour la télévision et son engagement humanitaire en faveur des femmes, principalement pour améliorer les conditions précaires (et trop souvent mortelles) dans lesquelles des millions de femmes de par le monde doivent accoucher. 

    002 - kopie (2).JPG

    L'idée de Birth Day a germé dans la capitale afghane, Kaboul. C'est là que j'ai vu pour la première fois dans quelles horribles circonstances des femmes devenaient mères. Plus tard, je l'ai revu au Burundi et au Congo.

    Où et comment un enfant naît, c'est un miroir de la société. Toute sa vie semble déjà fixée par ces deux mètres carrés où sa mère l'a mis au monde. Dans l'utérus, il n'y a pas de place pour la frime. Pauvre, riche, blanc, noir, croyant ou pas... chaque enfant commence par un même premier cri. Ce moment ne dure pas plus d'une fraction de seconde. Après, nous sommes tous différents. Le premier contact, le premier lange définiront le reste de notre vie.

    Ça m'a tellement touchée que l'idée m'est venue de parcourir le monde pour voir de mes propres yeux comment ce monde accueille ses enfants. J'ai rencontré des parents, des grands-parents, des sages-femmes, du personnel médical et des tas d'autres gens qui s'investissent pour les mamans et leurs enfants. Ce que je raconte est basé sur mes expériences personnelles, émouvantes et effarantes. J'ai surtout essayé de ne pas juger mais de comprendre.

    ***

    Voulez-vous que je vous dise? 

    C'est un très beau livre. 

    Émouvant, toujours. 

    Effarant, souvent. 

    ***

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 10 - couverture

    Des photos du livres sont visibles sur le site de Lieve Blancquaert 

    http://www.lieveblancquaert.be/portfolio/birth-day/193

    Et moi, en voyant le thème "couverture", j'avais d'abord pensé à celle-ci: 

    Christine de Pisan: Virelai

       

    Je chante par couverture,
    Mais mieulx plourassent mi œil,
    Ne nul ne scet le traveil
    Que mon pouvre cuer endure.
     
    Pour ce muce ma doulour
    Qu’en nul je ne voy pitié,
    Plus a l’en cause de plour
    Mains treuve l’en d’amistié.
     
    Pour ce plainte ne murmure
    Ne fais de mon piteux dueil ;
    Ainçois ris quant plourer vueil,
    Et sanz rime et sanz mesure
    Je chante par couverture.
     
    Petit porte de valour
    De soy monstrer dehaitié,
    Ne le tiennent qu’a folour
    Ceulz qui ont le cuer haitié
     
    Si n’ay de demonstrer cure
    L’entencion de mon vueil,
    Ains, tout ainsi com je sueil,
    Pour celler ma peine obscure,
    Je chante par couverture.

  • T comme traduction

    Siempre hay un intruso
     Claribel Alegría (Nicaragua °1924)

    Una mirada a veces
    un gesto entorpecido
    una frase
    un olor
    el beso que al unirnos
    nos separa.
     
    Altijd is er een spelbreker
    Claribel Alegría (Nicaragua °1924)
     
    Een blik soms
    een hinderlijk gebaar
    een zin
    een geur
    de zoen die ons verenigt
    scheidt ons.
    (traduction de l'Adrienne)
     

    Paris 16 - Louise Bourgeois.JPG

    oeuvre de Louise Bourgeois
    photo prise à Paris en 2010

    Il y a toujours un intrus
    Claribel Alegría (Nicaragua °1924)

    Un regard parfois
    un geste engourdi
    une phrase
    une odeur
    le baiser qui en nous unissant
    nous sépare
    (traduction de Colo)
  • G comme Guillaume

    TourEiffel.gif

    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Guillaume_Apollinaire_Calligramme.JPG

    - Un calligramme, explique-t-elle à ses élèves, est un poème qui a la forme typographique de la chose dont il parle. 

    Alors elle leur montre cette tour Eiffel de l'ami Guillaume: 

    - Vous voyez? Les lettres sont disposées de façon à former une tour Eiffel. 

    Ils voient. 

    006 (3) - kopie.JPG

    Et un objet qui a la forme de la chose pour laquelle on est venu, comment ça s'appelle?

    ***

    question que je pose dans le cadre du projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 6 - forme