poesie

  • Questions pour mes champions

    Jana montre qu'elle n'est pas trop mécontente de son tirage au sort: A une Passante, de Baudelaire, piece of cake

    Elle explique avec l'assurance de ceux qui tutoient les grands auteurs: 

    - Charles est assis à une terrasse, il est en train de boire un verre... 

    Stupeur de Madame, qui se souvient d'avoir expliqué ce que c'est "le grand deuil", une rue assourdissante, un feston, un ourlet, et même d'avoir mimé la scène, en balançant sa jupe.  

    Oui, oui. Même ça. Mais elle n'a point parlé de terrasse de café. 

    Jana prend des airs de conspiratrice pour continuer sa lecture du poème: 

    - Moi, dit-elle, moi je pense que la dame, elle a une jupe fendue... 

    Madame en reste sans voix. 

    - Parce qu'elle montre sa jambe, explique Jana. 

    Conclusion: le film que Madame se fait dans la tête à la lecture du poème est sans doute fort différent de celui que se font certains de ses élèves... 

    Voyons à quoi ressemble le vôtre:  

    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

    Charles Baudelaire, Tableaux parisiens, in Les Fleurs du Mal 

  • Premier agenda ironique

    Je suis le ténébreux miroir inconsolé 
    Ma batterie est morte et je suis constellé 

    de taches de café et d'autres petits reliefs de nourriture: c'est assise devant moi qu'elle boit et qu'elle mange. Car 

    Elle a pris ce pli depuis des temps très lointains 
    De venir m'allumer très tôt chaque matin 

    et de prendre tranquillement son petit déjeuner tout en me tapotant le clavier. Quand c'est l'heure de partir au travail, je sens bien qu'elle me quitte à regret. Elle me rallume dès son retour, nous voilà repartis pour des heures, 

    Voici des O, des I, des E, des U, des A, 
    Qu'elle a usés avec ses ongles et ses doigts 

    Elle m'emporte partout où elle va, j'ai vu l'Irlande et l'Italie, la mer du Nord aussi. 

    Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages, 
    Je suis très heureux d'avoir fait de beaux voyages. 

    Depuis quelque temps, je montre des signes de fatigue, nous luttons ensemble contre mon inexorable obsolescence programmée et je crains qu'elle ne pense bientôt à me remplacer. Même si 

    Il le faut avouer, l'amour est un grand maître. 
    Ce qu'on ne fut jamais, il vous enseigne à l'être. 

    C'est ainsi qu'elle a réussi à me tirer d'affaire, déjà une fois ou deux, et je lui suis reconnaissante d'avoir pu prolonger mon temps de vie, notre temps de vie commune, bien que nous ayons parfois nos nuages... 

    Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même 
    Je vis, je meurs, je me sens l'âme plus qu'humaine. 

    *** 

    merci à Gérard de Nerval, Victor Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Racine, Louise Labé, Lamartine, Du Bellay, à mon ordinateur bien-aimé et à l'Agenda ironique de juin 

    jeu,parodie,pastiche,poésie

     

  • V comme vierge

    Vergine santa: le texte est de l'Italien Pétrarque, la musique du Flamand Cyprien de Rore (1515 ou 1516-1565). Oui, l'Europe existait bien avant 1957 et les échanges culturels aussi cool

    Le Vergine sont une série de onze poèmes qui terminent Le Canzoniere de Francesco Petrarca (14e siècle)

    Ils ont été mis en musique par Cyprien de Rore et publiés à Venise en 1548 sous le titre « Musica di Cipriano de Rore sopra le stanze del Petrarca in laude della Madonna » 

    J'aime tout particulièrement la musique de la Renaissance... 

    Un autre exemple de cette musique ici, trois minutes et sept secondes de bonheur kiss

  • 7 fois Emile (5)

    Emile VERHAEREN_la lecture.jpg

    Emile Verhaeren, extrait du tableau de Theo Van Rysselberghe, La lecture (1903), date à laquelle notre Emile est l'heureux époux de Marthe depuis 12 ans. 
    Tableau à voir au musée de Gand (MSK) 

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord

    Voici quinze ans déjà que nous pensons d'accord ;
    Que notre ardeur claire et belle vainc l'habitude,
    Mégère à lourde voix, dont les lentes mains rudes
    Usent l'amour le plus tenace et le plus fort. 

    Je te regarde, et tous les jours je te découvre, 
    Tant est intime ou ta douceur ou ta fierté : 
    Le temps, certe, obscurcit les yeux de ta beauté, 
    Mais exalte ton cœur dont le fond d'or s'entr'ouvre. 

    Tu te laisses naïvement approfondir,
    Et ton âme, toujours, paraît fraîche et nouvelle ;
    Les mâts au clair, comme une ardente caravelle,
    Notre bonheur parcourt les mers de nos désirs. 

    C'est en nous seuls que nous ancrons notre croyance,
    A la franchise nue et la simple bonté ;
    Nous agissons et nous vivons dans la clarté
    D'une joyeuse et translucide confiance.

    Ta force est d'être frêle et pure infiniment ;
    De traverser, le cœur en feu, tous chemins sombres,
    Et d'avoir conservé, malgré la brume ou l'ombre,
    Tous les rayons de l'aube en ton âme d'enfant. 

    in Les heures d'après midi (1905)

  • D comme désolée!

    C'est avec ce petit poème de Maurice Carême que Madame faisait faire connaissance à ses élèves avec le passé simple, à l'époque où elle avait devant elle des gamins et gamines de quatorze ans. 

    Le chat et le soleil 

    Le chat ouvrit les yeux, 
    Le soleil y entra. 
    Le chat ferma les yeux, 
    Le soleil y resta. 

     Voilà pourquoi, le soir 
    Quand le chat se réveille, 
    J'aperçois dans le noir 
    Deux morceaux de soleil. 

    siska.jpg

    Mon chat Pipo a définitivement fermé les yeux et ma carissima nipotina est allée à la Croix-Bleue pour y adopter un nouveau petit soleil. 

    La photo vient de leur site, le lendemain de son adoption. 

    Au refuge, on l'avait baptisée Siska mais à cause de ses airs de princesse je l'appelle Sissi tongue-out 

    DSCI2814 (2).JPG

    En attendant de faire sa connaissance le week-end prochain, et pour continuer le "mois belge" - quoiqu'ici ce soit "mois belge" tous les mois - je vous offre le chat de Geluck. 

    La photo a été prise à la foire des antiquaires à Tour et Taxis le 30 janvier 2016.

     

     

  • 7 fois Emile (4)

    Le printemps jeune et bénévole

    Le printemps jeune et bénévole
    Qui vêt le jardin de beauté
    Élucide nos voix et nos paroles
    Et les trempe dans sa limpidité. 

    La brise et les lèvres des feuilles
    Babillent, et lentement effeuillent
    En nous les syllabes de leur clarté. 

    Mais le meilleur de nous se gare 
    Et fuit les mots matériels ; 
    Un simple et doux élan muet 
    Mieux que tout verbe amarre 

    Notre bonheur à son vrai ciel : 
    Celui de ton âme, à deux genoux,
    Tout simplement, devant la mienne,
    Et de mon âme, à deux genoux,
    Très doucement, devant la tienne. 

    in Les heures claires (1896)

    Émile_Verhaeren_-_Les_Hommes_du_jour_-_1909.PNG

    Les Hommes du jour, n°82, 14 août 1909, dessin d'Aristide Delannoy. 
    (source
    )

  • I comme imaginons...

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    Imaginons, imaginons 

     

    Imaginons, imaginons 

    Que je verrais de ma fenêtre 

    Mûrir des fraises et du Chinon 

    Pour la santé et le bien-être. 

     

    Je verrais des tartes à la crème 

    Qui pousseraient au bord des routes; 

    Les rois écriraient des poèmes 

    Pour la paix à Homs, à Beyrouth. 

     

    Les parents seraient un peu fous 

    Et feraient de jolies bêtises, 

    Les enfants un peu casse-cou 

    Iraient aux pommes et aux cerises. 

     

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

    La pluie tomberait en flocons 

    Sous un tiède soleil de cuivre, 

    Je m'install'rais sur mon balcon, 

    Partout il y aurait des livres. 

     

    Mon jardin serait plein de roses, 

    Je ne verrais pas de mendiants, 

    Finies les fins de mois moroses, 

    Aucun ne vivrait d'expédients. 

     

    Les animaux seraient en paix 

    Et les hommes peut-être aussi. 

    Je verrais partout du respect 

    Au lieu de ces mal dégrossis. 

    jeu,parodie,pastiche,poème,poésie

     

    Imaginons, imaginons, 

    De ma fenêtre je verrais 

    Tout un univers bien mignon 

    Que le soleil éclairerait. 

     

    Les hommes sans plus de problèmes 

    Voyageraient par-ci, par-là; 

    Les rois écriraient des poèmes, 

    L'hiver neigeraient des lilas. 

    *** 

    consigne de La petite fabrique d'écriture et pastiche d'un poème de Pierre Gamarra 

    malheureusement refusé à la petite fabrique parce que la consigne était "par la fenêtre je vois" et non pas "je verrais

    tongue-out

  • 7 fois Emile (3)

    Emile_Verhaeren TheoVR.jpg

    Portrait d'Emile Verhaeren par son ami Theo Van Rysselberghe 
    source 

    Au passant d’un soir 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Elle est humble, ma porte, 
    Et pauvre, ma maison. 
    Mais ces choses n’importent. 

    Je regarde rentrer chez moi tout l’horizon 
    A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre; 
    Et la lumière et l’ombre et le vent des saisons 
    Sont la joie et la force et l’élan de mon être. 

    Si je n’ai plus en moi cette angoisse de Dieu 
    Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome, 
    Mon coeur, qui n’a changé que de liens et de vœux, 
    Eprouve en lui l’amour et l’angoisse de l’homme. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte basse 
    S’arrêtera? 

    Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues, 
    A cet homme qui s’en viendra 
    Du bout du monde, avec son pas; 
    Et devant l’ombre et ses cent flammes suspendues 
    Là-haut, au firmament, 

    Nous nous tairons longtemps 
    Laissant agir le bienveillant silence 
    Pour apaiser l’émoi et la double cadence 
    De nos deux cœurs battants. 

    Il n’importe d’où qu’il me vienne 
    S’il est quelqu’un qui aime et croit 
    Et qu’il élève et qu’il soutienne 
    La même ardeur qui monte en moi. 

    Alors combien tous deux nous serons émus d’être 
    Ardents et fraternels, l’un pour l’autre, soudain, 
    Et combien nos deux cœurs seront fiers d’être humains 
    Et clairs et confiants sans encor se connaître! 

    [...] 

    Et maintenant 
    Que nous voici à la fenêtre 
    Devant le firmament, 
    Ayant appris à nous connaître 
    Et nous aimant, 
    Nous regardons, dites, avec quelle attirance, 
    L’univers qui nous parle à travers son silence. 

    Nous l’entendons aussi se confesser à nous 
    Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes 
    Et sa brise qui va et vient par les campagnes 
    Frôler en même temps et la rose et le houx. 

    Nous écoutons jaser la source à travers l’herbe 
    Et les souples rameaux chanter autour des fleurs; 
    Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe 
    Et notre amour s’emplit de nouvelles ardeurs. 

    Nous nous changeons l’un l’autre, à nous sentir ensemble 
    Vivre et brûler d’un feu intensément humain, 
    Et dans notre être où l’avenir espère et tremble, 
    Nous ébauchons le cœur de l’homme de demain. 

    Dites, quel est le pas 
    Des mille pas qui vont et passent 
    Sur les grand’routes de l’espace, 
    Dites, quel est le pas 
    Qui doucement, un soir, devant ma porte 
    S’arrêtera ? 

    Emile Verhaeren, in Les flammes hautes (1917)

  • D comme Défi du samedi

    parodie,pastiche,défi,poésie

    Les conquérants 

    Comme un vol d'étourneaux hors de leur trou natal, 

    Fatigués de brailler leurs querelles hautaines, 

    De Belgique, de France, des gens par centaines 

    Chantaient, ivres d’un rêve intercontinental. 

     

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

    Et faire de belles carrières lointaines, 

    Ils seraient entendus sur toutes les antennes 

    Depuis l'Orient jusqu'au monde occidental. 

     

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

    Leur voix au micro dans une forme olympique, 

    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ; 

     

    Où, d'un seul et magique tour de manivelle, 

    Ils se voyaient monter en un ciel ignoré 

    Du fond de l’inconnu, en étoile nouvelle. 

    *** 

    merci à Walrus pour sa consigne au Défi du samedi 

    et merci à José Maria de Heredia

    parodie,pastiche,défi,poésie

     

  • 7 fois Emile (2)

    Les pauvres

    Il est ainsi de pauvres cœurs
    Avec, en eux, des lacs de pleurs,
    Qui sont pâles, comme les pierres
    D'un cimetière. 

    Il est ainsi de pauvres dos
    Plus lourds de peine et de fardeaux
    Que les toits des cassines brunes,
    Parmi les dunes. 

    Il est ainsi de pauvres mains,
    Comme feuilles sur les chemins,
    Comme feuilles jaunes et mortes,
    Devant la porte. 

    Il est ainsi de pauvres yeux
    Humbles et bons et soucieux
    Et plus tristes que ceux des bêtes
    Sous la tempête. 

    Il est ainsi de pauvres gens,
    Aux gestes las et indulgents,
    Sur qui s'acharne la misère,
    Au long des plaines de la terre. 

    in Les douze mois (1895)

    Émile_Verhaeren-buste.JPG

    Buste d'Émile Verhaeren dans le square André-Lefèbvre (Paris, 5e arr.) 

    (source de la photo)

  • T comme traduction

    Le discours sur la paix

    Vers la fin d’un discours extrêmement important
    le grand homme d’État trébuchant
    sur une belle phrase creuse
    tombe dedans
    et désemparé la bouche grande ouverte
    haletant
    montre les dents
    et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
    met à vif le nerf de la guerre
    la délicate question d’argent.


    Jacques Prévert, in Paroles, 1946

    tintin paix.jpg

    source du dessin

    El discurso sobre la paz

    Hacia el final de un discurso de extrema importancia
    el gran hombre de Estado tropieza
    con una bella frase hueca
    cae dentro
    y desesperado, la boca abierta,
    jadeante
    enseña los dientes
    y la caries dental de su s pacíficos razonamientos
    pone en evidencia el nervio de la guerra
    el delicado asunto del dinero.

    traduction trouvée chez Colo (merci Colo!)

    Toespraak over de vrede

    Tegen het einde van een uiterst belangrijke toespraak
    struikelt de grote staatsman
    over een mooie holle frase
    valt erin
    en radeloos met wijdopen mond
    hijgend
    toont de tanden
    en het tandbederf van zijn vreedzame redeneringen
    legt de oorlogszenuw bloot
    de gevoelige geldkwestie.
    traduction de l'Adrienne

    poésie,poème,espagnol,traduction

    source de l'image

     
  • 7 fois Emile (1)

    Je suis en retard pour la commémoration du centenaire de la mort d'Emile Verhaeren, survenue à Rouen le 27 novembre 1916. Ce n'est que la semaine dernière que j'ai enfin eu le temps de fouiller dans les archives de notre bibliothèque communale et d'y rafler à peu près tout ce qui s'y trouvait de la main de l'auteur, plus l'essai sur le poète par son ami Stefan Zweig. 

    Le premier poème que j'ai lu m'a tout de suite frappée par sa série de "Je me souviens", bien avant que Perec n'en ait l'idée. Il s'agit du poème Liminaire de son recueil Toute la Flandre (composé entre 1904 et 1911). 

    En voici un extrait:  

    (...)
    Je me souviens du village près de l'Escaut, D'où l'on voyait les grands bateaux Passer, ainsi qu'un rêve empanaché de vent Et merveilleux de voiles, Le soir, en cortège, sous les étoiles. Je me souviens de la bonne saison; Des parlottes, l'été, au seuil de la maison Et du jardin plein de lumière, Avec des fleurs, devant, et des étangs, derrière; Je me souviens des plus hauts peupliers, De la volière et de la vigne en espalier Et des oiseaux, pareils à des flammes solaires. Je me souviens de l'usine voisine -Tonnerre et météores Roulant et ruisselant De haut en bas, entre ses murs sonores- Je me souviens des mille bruits brandis, Des émeutes de vapeur blanche Qu'on déchaînait, le Samedi, Pour le chômage du Dimanche. Je me souviens des pas sur le trottoir, En automne, le soir, Quand, les volets fermés, on écoutait la rue Mourir. La lampe à flamme crue Brûlait et l'on disait le chapelet Et des prières à n'en plus finir! Je me souviens du vieux cheval De la vieille guimbarde aux couleurs fades, De ma petite amie et du rival Dont mes deux poings mataient la fièvre et les bravades. Je me souviens du passeur d'eau et du maçon, De la cloche dont j'ai gardé mémoire entière, Et dont j'entends encore le son; Je me souviens du cimetière... Mes simples vieux parents, ma bonne tante! -Oh! les herbes de leur tombeau Que je voudrais mordre et manger!- C'était si doux la vie en abrégé! C'était si jeune et beau La vie, avec sa joie et son attente!
    (...)

    Émile_Verhaeren_by_Vallotton.jpg

    Portrait d'Émile Verhaeren par Félix Vallotton paru dans Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1898) 
    A cette date, notre Emile a 43 ans (il est né en 1855) et déjà ses imposantes moustaches tongue-out 
    (source du document iconographique) 

    poème,poésie,belge,belgique,flandre

    gare de Gand, affiche pour l'expo au MSK que je vais devoir me dépêcher d'aller voir 

    cool

  • R comme révolte

    Ne pas échapper à un gros sentiment de révolte, alors que pourtant on évite soigneusement d'ouvrir la télé ou d'écouter la radio. 

    Ne pas réussir à échapper à un gros sentiment de révolte, parce qu'on a mille et une raisons de se sentir révolté(e). 

    Il y a des jours comme ça, où on en a marre, où on éprouve du dégoût, où on voudrait ne plus rien savoir de tout ce mal qui arrive dans notre monde. 

    littérature,poésie,actualité

    Ce monde-ci n’est qu’une œuvre comique 
    Où chacun fait ses rôles différents. 
    Là, sur la scène, en habit dramatique, 
    Brillent prélats, ministres, conquérants. 
    Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs, 
    Troupe futile et des grands rebutée, 
    Par nous d’en bas la pièce est écoutée, 
    Mais nous payons, utiles spectateurs ; 
    Et, quand la farce est mal représentée, 
    Pour notre argent nous sifflons les acteurs. 

    Epigramme XIV du Premier livre des épigrammes de Jean-Baptiste Rousseau ()
    (à ne pas confondre avec l'autre mais Madame n'est - pour des raisons diverses - fan ni de l'un ni de l'autre tongue-out

    littérature,poésie,actualité

    littérature,poésie,actualité

    littérature,poésie,actualité

    littérature,poésie,actualité

    Dans ma ville, pour "siffler les acteurs" nous avons tricoté pendant des mois, morceau par morceau et couleur par couleur, des carrés de 33 cm de côté. Puis nous avons disposé et cousu ensemble tous ces carrés pour en faire une couverture géante. 

    Signe géant de protestation contre la pauvreté. 

    Et cri géant dans le vide...

  • L comme Lali

    Les arbres timides et forts
    La nuit parlent à voix haute
    Mais si simple est leur langage
    Qu'il n'effraie pas les oiseaux

    Marcel Béalu, Voix des arbres, in Poèmes 1936-1980, éd. Le Pont traversé, 1981

    lali491.jpg

    image trouvée chez Lali mais la source et l'artiste sont ici:  

    http://shihonakaza.blogspot.be/2010/10/illustration-friday-beneath.html 

    L’écureuil et la feuille

    Un écureuil, sur la bruyère,
    Se lave avec de la lumière.
    Une feuille morte descend,
    Doucement portée par le vent.
    Et le vent balance la feuille
    Juste au-dessus de l’écureuil ;
    Le vent attend, pour la poser
    Légèrement sur la bruyère,
    Que l’écureuil soit remonté
    Sur le chêne de la clairière
    Où il aime à se balancer
    Comme une feuille de lumière.

    Maurice Carême (1899-1978)La Lanterne magique, 1947 

    2016-10-05 (4).JPG

    octobre 2016 

  • V comme vue

    lakévio28.jpg

    Leïla  

    Tu dansais petite fille 
    Danseras-tu mère-grand 
    Dans le tourbillon de la vie 
    Bientôt les hommes reviendront 
    Il faudra bien qu'on te marie 

    Les masques sont silencieux 
    Et la musique est si lointaine 
    Qu’elle semble venir des cieux 
    Chaque jour apporte ses peines 
    Et ses problèmes pernicieux 

    Les brebis s’en vont dans la neige 
    Flocons de laine et ceux d’argent 
    Des soldats passent et que n’ai-je 
    Quelques mots plus encourageants 
    Que puis-je faire que sais-je

    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Crépus comme mer qui moutonne
    Sais-je où s’en iront tes cheveux
    Et tes grands yeux tristes d'automne 
    Tu le sais bien ce que tu veux 

    Leïla ma petite Syrienne 
    Comment ne pas baisser les bras 
    Le fleuve est pareil à ta peine
    Il s’écoule et ne tarit pas 
    Quand donc la paix reviendra

    *** 

    écrit sur le schéma du poème de Guillaume Apollinaire, Marie, in Alcools

    *** 

    pour Lakévio

  • U comme un, deux, trois... un inventaire à la Prévert

    Un ordi  
    deux boites à mail  
    trois commentaires 
    quatre réponses 
    un soleil qui se lève 
    des autos dans la rue 

    un café 

    une douzaine de blogs à visiter 
    un volet qu'on relève à côté. 
    une maison qui tremble 
    six camions sont passés 
    une porte avec son paillasson
    un petit garçon crie 

    un autre café 

    un piano sur lequel on pianote 
    la fleur rouge qui fleurit depuis mai 
    deux amoureux qui passent 
    un facteur une chaise trois enveloppes 
    un voisin revient du marché 
    une araignée 
    une tendinite 
    une souris remisée dans un tiroir 

    un autre café 


    une fille indigne deux passantes trois vélos 
    un téléphone 
    deux messages une tante Jeanne 
    une Mater dolorosa trois cousins sportifs deux chats maigres 
    un talon d'Achille 
    un canapé pour la lecture 
    un buffet de grand-mère deux buffets de grand-mère 
    un tiroir plein de couverts 
    une vaisselle faite une maison rangée 
    une pelote de laine deux épingles de sûreté  
    un jour de félicité

    cinq ou six cafés 

    un petit garçon qui entre à l'école en riant 
    un petit garçon qui sort de l'école en pleurant 
    une assiette de pâtes 
    deux mandarines 
    cinq noix 
    un paysage avec beaucoup d'herbe verte dedans
    dix vaches qui n'en finissent pas de brouter 
    un taureau trop jeune 
    deux belles figues sur le figuier et une salade à la feta 
    un soleil qui se couche déjà 
    un grand verre d'eau 
    un vin blanc sec 
    une tablette de chocolat 
    deux séries italiennes 
    une nuit trente-deux positions 

    et...

    encore deux cafés.

    (passer la journée à la maison, quand on ne travaille plus qu'à mi-temps, à la façon de l'Inventaire de Jacques Prévert, in Paroles, 1946)

  • G comme grand nettoyage

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    On va faire un grand nettoyage - Amalia Bautista 

    On va faire un grand nettoyage
    et on va jeter toutes les choses
    qui ne nous servent à rien, ces
    choses que nous n'employons plus, ces
    autres qui ne font que prendre la poussière,
    celles que nous évitons de trouver car
    elles nous plongent dans les plus amers souvenirs,
    celles qui nous font mal, occupent de la place
    ou que nous n'avons jamais voulues proches.

     
    On va faire un grand nettoyage
    ou, mieux encore, un déménagement
    qui nous permette d'abandonner les choses
    sans même les toucher, sans nous salir,
    les laissant là où elles ont toujours été;
    c'est nous qui allons partir, mon cœur,
    pour recommencer à accumuler.
    Ou bien nous allons mettre le feu à tout
    et rester tranquilles, avec cette image
    des braises du monde devant les yeux
    et le cœur déshabité.
     
    Trad: Colo
     traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    Vamos a hacer limpieza general - Amalia Bautista

     
    Vamos a hacer limpieza general
    y vamos a tirar todas las cosas
    que no nos sirven para nada, esas
    cosas que ya no utilizamos, esas
    otras que no hacen más que coger polvo,
    las que evitamos encontrarnos porque
    nos traen los recuerdos más amargos,
    las que nos hacen daño, ocupan sitio
    o no quisimos nunca tener cerca.

    Vamos a hacer limpieza general
    o, mejor todavía, una mudanza
    que nos permita abandonar las cosas
    sin tocarlas siquiera, sin mancharnos,
    dejándolas donde han estado siempre;
    vamos a irnos nosotros, vida mía,
    para empezar a acumular de nuevo.
    O vamos a prenderle fuego a todo
    y a quedarnos en paz, con esa imagen
    de las brasas del mundo ante los ojos
    y con el corazón deshabitado.

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    We houden een grote schoonmaak - Amalia Bautista

     
    We houden een grote schoonmaak
    en gaan alles weggooien
    wat tot niets dient, 
    dingen die we niet meer gebruiken, 
    andere die alleen maar stof vangen,
    die we liever niet tegenkomen omdat
    ze onze bitterste herinneringen meebrengen,
    die ons pijn doen, plaats innemen
    of die we nooit dicht bij ons wilden hebben.

    We houden een grote schoonmaak
    of beter nog, een verhuis
    die ons toelaat zaken achter te laten
    zonder ze aan te raken, zonder ons vuil te maken,
    ze laten waar ze altijd gestaan hebben;
    wij zullen weggaan, mijn leven,
    om opnieuw te beginnen op te stapelen.
    Of we steken alles in brand
    en blijven in vrede achter, 
    met dat beeld in de ogen
    van de gloeiende kolen van de wereld 
    en met een leeg hart.
     
    traduction de l'Adrienne 
    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

     toutes les photos, on l'aura compris, datent de l'emménagement 
    et les petits pieds nus pointure 34 sont ceux de ma nipotina cool

  • U comme un, deux, trois... je pars!

    La valise 

    Ma valise m'accompagne au massif de la Vanoise, et déjà ses nickels brillent et son cuir épais embaume. Je l'empaume, je lui flatte le dos, l'encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d'un trésor de plis blancs: ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail, oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, je harnache, pose sur un petit banc, selle et bride, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l'hôtel proverbial. 

    Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval. 

    Francis Ponge, Pièces, éd. Gallimard 1962 

     valise.JPG

    La valise

    Ma valise m'accompagne à Ostende, et déjà ses flancs s'arrondissent et son tissu bleu se tend. Je l'empaume, je lui flatte le dos, l'encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein d'un trésor d'île lointaine - ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail - oui, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, harnache, monte, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l'hôtel proverbial. 

    Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval.

  • T comme Tout aussitôt...

    Dès le premier jour à Lyon, un pèlerinage à la maison de Louise Labé s'est imposé comme une évidence pour la groupie que je suis. 

    Lyon 2016 (23).JPG

    Elle est divisée en deux: à droite, le bien nommé "Louise Café" et à gauche un nouvel établissement (depuis juin dernier) où nous avons pris un thé et un café, Le F2. 

    Lyon 2016 (24).JPG

    Au milieu, au-dessus d'une belle imposte, la plaque commémorative très sujette à controverse ces dernières années... 
    voir: http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?t=39663 
    et http://www.liberation.fr/grand-angle/2006/06/16/louise-labe-femme-trompeuse_41395 
    Réfutation ici: http://www.persee.fr/doc/rhren_1771-1347_2006_num_63_1_3044 

    Lyon 2016 (28).JPG

    Mais pour la véritable groupie, ces murs ont eu l'effet escompté: émotion et quasi recueillement en visitant les pièces de l'étage supérieur et en observant la cour intérieure. 

    ***

    Tout aussitôt que je commence à prendre 
    Dans le mol lit le repos désiré, 
    Mon triste esprit, hors de moi retiré, 
    S'en va vers toi incontinent se rendre. 

    Lors m'est avis que dedans mon sein tendre 
    Je tiens le bien où j'ai tant aspiré, 
    Et pour lequel j'ai si haut soupiré 
    Que de sanglots ai souvent cuidé fendre. 

    Ô doux sommeil, ô nuit à moi heureuse! 
    Plaisant repos plein de tanquillité, 
    Continuez toutes les nuits mon songe; 

    Et si jamais ma pauvre âme amoureuse 
    Ne doit avoir de bien en vérité, 
    Faites au moins qu'elle en ait en mensonge. 

    Louise Labé, Sonnet IX 

    ***

    Oui, c'est ici - ou dans un lieu comparable - que Louise Labé a dû vivre, aimer, dormir et rêver... 

    Lyon 2016 (26).JPG

    une salle au premier du côté de la rue Paufique 

    photos prises à Lyon le 12 juillet

  • P comme Plutôt seront Rhône et Saône disjoints...

    Plutôt seront Rhône et Saône disjoints

    Plutôt seront Rhône et Saône disjoints, 
    Que d'avec toi mon coeur se désassemble :
    Plutôt seront l'un et l'autre mont joints, 
    Qu'avecques nous aucun discord s'assemble :
    Plutôt verrons et toi et moi ensemble 
    Le Rhône aller contremont lentement, 
    Saône monter très violentement, 
    Que ce mien feu, tant soit peu, diminue, 
    Ni que ma foi décroisse aucunement. 
    Car ferme amour sans eux est plus que nue.

    Maurice Scève (1501-1564)

    Lyon 2016 (101).JPG

    photo prise au musée des Confluences le 14 juillet

  • T comme traduction

    Er woonde op de aarde      Il y avait sur terre

    Er woonde op de aarde      Il y avait sur terre 
    een vrouw van honderd jaar      Une vraie centenaire 
    die veel te veel bewaarde,      Qui conservait de tout 
    ik weet alleen niet waar.      Mais je ne sais pas où

    Wat iemand had vergeten,     Ce qu'on avait oublié,
    wat iemand niet meer zag,     Ce qu'on ne voyait plus,
    wat bijna was versleten,     Ce qui était usé,
    wat in een laatje lag.     Dans un tiroir perdu.

    Wat in antieke kasten      Dans de vieilles armoires
    en diepe putten bleef,      Ou dans de grands trous noirs,
    wat nergens meer in paste,      Ce qui ne marchait plus,
    wat schonkig was en scheef.     Etait laid ou tordu.

    En niet als in de dromen      Et mieux que dans les rêves 
    en elke dag te moe,      Et chaque jour sans trêve
    ze heeft het meegenomen,       Elle l'a emporté
    ik weet niet waar naartoe.      Je ne sais pas où c'est.

    “Er woonde op de aarde” - Joke van Leeuwen
    In: Ozo heppiejer, Versjes van Joke van Leeuwen (Querido, 2012)

    Traduction de l'Adrienne, la plus littérale possible

    juli 2013 (2) - kopie.JPG

    que prouve cette photo?

    1.que l'Adrienne, au moins une fois dans sa vie, est allée au parc à conteneurs

    2.que la chose est si exceptionnelle qu'elle en a fait une photo

    3.qu'elle aurait mieux fait d'attendre: les plaques de gyproc étaient intactes et par après il a fallu en racheter pour le faux plafond des toilettes et du kot" à chauffage

    tongue-out

  • P comme perles de poésie

    Sur le pont Beaurami 

    Il attend son amie 

    Sur le pont Beaumira

    Jamais ne reviendra 

    Mirabeau 

    Rime à beau 

    *** 

    L'élève s'embrouille dans les syllabes 
    Madame s'évade dans les nuages 

    Barimo 
    Maribo 
    Robami 
    Mobari 

    On a ri! 

     

    mirabeau.JPG

    Le pont Mirabeau 
    sous lequel coulent la Seine 
    et les amours d'Apollinaire... 
    source
    de la photo 

     

  • Adrienne et Charles

    Le temps a gardé son manteau 
    De vent de froidure et de pluie, 

    N'est pas vêtu de broderie 
    De soleil luisant clair et beau 

    Il n'y a bête ni oiseau 
    Qu'en son jargon ne chante ou crie: 

    Le temps a gardé son manteau! 

    Rivière, fontaine et ruisseau 
    Gonflent leur livrée jolie. 
    Chacun s'enferme bien au chaud: 
    Le temps a gardé son manteau. 

     charles prisonnier.JPG

    Charles prisonnier dans la Tour de Londres
    source wikipedia

  • X c'est l'inconnu

    10
    Pour rafistoler un coeur en détresse
    Il faut plus qu'une petite compresse

    défi 404.jpg

    9
    Pour soutenir un coeur en charpie
    Il ne suffit pas d'une béquille

    défi 404bis.jpg

    8
    Pour soulager le coeur qui pleure
    Il faut plus qu'un antidouleur

    défi 404.5.jpg

    7  
    Si tu as le coeur brisé
    Je te chante du Bizet

    défi 404ter.jpg

    6
    Si tu as le coeur gros
    Je le rends allegro

    défi 404.4.jpg 

    5
    Ton coeur en compote
    Je le retricote

    défi 404.6.jpg

    4
    Coeur qui soupire
    Vois ton empire...

    défi 404.7.jpg

    3
    Coeur en miettes
    Ne t'inquiète

    défi 404.8.jpg


    Coeur d'or
    J'adore

    défi 404.9.jpg

    1
    Le jour n'est pas plus pur que le fond de ton coeur...

    (alexandrin monosyllabique pris chez Racine, Phèdre, acte IV scène 2:
    Hippolyte: Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur)

    ***

    pour le défi du samedi n°404

  • Première fois

    La première fois que j'ai entendu un poème de Victor Hugo, je ne savais pas que c'était de lui. Je ne savais même pas qui était Victor Hugo. 

    Pourquoi je raconte ça? Parce que dernièrement, trois éléments d'origines diverses m'ont ramenée à ce souvenir. 

    Il y a d'abord eu la lettre d'Umberto Eco à son plus jeune petit-fils, parue dans l'Espresso et que j'ai relue à l'occasion de son décès en février dernier. "Impara a memoria", lui écrit-il. Apprends par cœur, fais travailler ta mémoire. Même message dans une interview récente de Michel Onfray, où il évoque son père qui, malgré le peu d'années passées sur les bancs d'une école, connaissait par cœur quelques beaux textes littéraires.  

    Puis il y a eu ce billet-souvenir de Bonheur du Jour, dans lequel elle parle des récitations qu'il fallait apprendre à l'école primaire et débiter le soir pour montrer qu'on connaissait sa leçon: "Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne..." 

    Enfin, le livre dont je parlais hier, à la gloire du jeune Hugo. 

    Tout ça devait concourir à me rappeler mon grand-père et sa récitation préférée, Après la bataille. Il nous faisait le grand jeu, roulait des yeux terribles sur les passages les plus poignants, 

    Et vise au front mon père en criant: "Caramba! "
    Le coup passa si près que le chapeau tomba 

    accélérait puis ralentissait le rythme pour s'apaiser dans le dernier vers et déclamer d'un air modestement héroïque:

    "Donne-lui tout de même à boire", dit mon père.  

    Mon petit frère et moi étions sidérés et impressionnés comme si notre grand-père avait été lui-même l'auteur de ce poème. 

    Lui non plus, comme le père de Michel Onfray, n'avait pas usé fort longtemps ses fonds de culotte sur les bancs d'une école. D'abord parce que les Allemands avaient fermé la sienne, en pays flamand. Toute sa vie il en a gardé une sorte de "manque" et il se plaisait à railler ce qu'il appelait "ses universités", ce temps passé dans une petite école wallonne où son père l'avait finalement envoyé, parce qu'il n'aimait pas voir son gamin de dix ans traîner dans les rues et faire les quatre cents coups à une époque aussi dangereuse que l'occupation allemande entre 1914 et 1918. 

    poème,poésie,hugo,souvenir,école,litterature

    1939

     

  • F comme fotoboek

    001 - kopie (4).JPG

    Sur la couverture de l'épais album, le titre est en anglais: Birth Day. Peut-être pour indiquer dès l'emblée son approche internationale. Planétaire.

    Le sous-titre est en néerlandais: Comment le monde accueille ses enfants. Ou plus littéralement: leur souhaite la bienvenue

    Lieve Blancquaert est une photographe belge (d'expression néerlandaise) qui est très célèbre en Flandre grâce à ses reportages pour la télévision et son engagement humanitaire en faveur des femmes, principalement pour améliorer les conditions précaires (et trop souvent mortelles) dans lesquelles des millions de femmes de par le monde doivent accoucher. 

    002 - kopie (2).JPG

    L'idée de Birth Day a germé dans la capitale afghane, Kaboul. C'est là que j'ai vu pour la première fois dans quelles horribles circonstances des femmes devenaient mères. Plus tard, je l'ai revu au Burundi et au Congo.

    Où et comment un enfant naît, c'est un miroir de la société. Toute sa vie semble déjà fixée par ces deux mètres carrés où sa mère l'a mis au monde. Dans l'utérus, il n'y a pas de place pour la frime. Pauvre, riche, blanc, noir, croyant ou pas... chaque enfant commence par un même premier cri. Ce moment ne dure pas plus d'une fraction de seconde. Après, nous sommes tous différents. Le premier contact, le premier lange définiront le reste de notre vie.

    Ça m'a tellement touchée que l'idée m'est venue de parcourir le monde pour voir de mes propres yeux comment ce monde accueille ses enfants. J'ai rencontré des parents, des grands-parents, des sages-femmes, du personnel médical et des tas d'autres gens qui s'investissent pour les mamans et leurs enfants. Ce que je raconte est basé sur mes expériences personnelles, émouvantes et effarantes. J'ai surtout essayé de ne pas juger mais de comprendre.

    ***

    Voulez-vous que je vous dise? 

    C'est un très beau livre. 

    Émouvant, toujours. 

    Effarant, souvent. 

    ***

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 10 - couverture

    Des photos du livres sont visibles sur le site de Lieve Blancquaert 

    http://www.lieveblancquaert.be/portfolio/birth-day/193

    Et moi, en voyant le thème "couverture", j'avais d'abord pensé à celle-ci: 

    Christine de Pisan: Virelai

       

    Je chante par couverture,
    Mais mieulx plourassent mi œil,
    Ne nul ne scet le traveil
    Que mon pouvre cuer endure.
     
    Pour ce muce ma doulour
    Qu’en nul je ne voy pitié,
    Plus a l’en cause de plour
    Mains treuve l’en d’amistié.
     
    Pour ce plainte ne murmure
    Ne fais de mon piteux dueil ;
    Ainçois ris quant plourer vueil,
    Et sanz rime et sanz mesure
    Je chante par couverture.
     
    Petit porte de valour
    De soy monstrer dehaitié,
    Ne le tiennent qu’a folour
    Ceulz qui ont le cuer haitié
     
    Si n’ay de demonstrer cure
    L’entencion de mon vueil,
    Ains, tout ainsi com je sueil,
    Pour celler ma peine obscure,
    Je chante par couverture.

  • T comme traduction

    Siempre hay un intruso
     Claribel Alegría (Nicaragua °1924)

    Una mirada a veces
    un gesto entorpecido
    una frase
    un olor
    el beso que al unirnos
    nos separa.
     
    Altijd is er een spelbreker
    Claribel Alegría (Nicaragua °1924)
     
    Een blik soms
    een hinderlijk gebaar
    een zin
    een geur
    de zoen die ons verenigt
    scheidt ons.
    (traduction de l'Adrienne)
     

    Paris 16 - Louise Bourgeois.JPG

    oeuvre de Louise Bourgeois
    photo prise à Paris en 2010

    Il y a toujours un intrus
    Claribel Alegría (Nicaragua °1924)

    Un regard parfois
    un geste engourdi
    une phrase
    une odeur
    le baiser qui en nous unissant
    nous sépare
    (traduction de Colo)
  • G comme Guillaume

    TourEiffel.gif

    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Guillaume_Apollinaire_Calligramme.JPG

    - Un calligramme, explique-t-elle à ses élèves, est un poème qui a la forme typographique de la chose dont il parle. 

    Alors elle leur montre cette tour Eiffel de l'ami Guillaume: 

    - Vous voyez? Les lettres sont disposées de façon à former une tour Eiffel. 

    Ils voient. 

    006 (3) - kopie.JPG

    Et un objet qui a la forme de la chose pour laquelle on est venu, comment ça s'appelle?

    ***

    question que je pose dans le cadre du projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 6 - forme

  • F comme folie bergère

    À la fin tu es las de ce monde ancien 

    Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin 

    Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine 

    Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes 
    La religion seule est restée toute neuve la religion 
    Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation 

    Zone - Guillaume Apollinaire

    bricabook208.jpg

    photo de Leiloona

    À la fin tu en veux à ce monde ancien 

    Horlogère ô tour Eiffel le troupeau fait tic tac ce matin

    Tu en as assez de vivre dans le rat race à l'américaine

    Ici même les aspirines ont l'air d'être tacticiennes
    La folie seule est restée toute simple la folie
    Est restée entière comme la citadelle de Tripoli

    ***

    élucubrations d'Apollinaire et de l'Adrienne
    pour l'atelier de Leiloona bricabook 208

     

  • E comme Er was eens...

    Il était une fois l'eau - Peter Verhelst 

    Il était une fois l'eau
    Où était-ce?
    Au bord de l'eau
    Là où ça touche terre
    Où dis-tu?
    Là où l'eau touche terre
    De qui?
    Là où notre eau devient notre terre, tu veux dire
    Là où notre eau est notre terre et notre sable est notre sable
    C'était là
    Là où les nuages et les ciels sont à nous, je veux dire
    C'était là
    Comment c'était là
    Comment c'était couché là, les mains à côté de la tête
    Comment on l'a emporté et il restait couché
    Même quand on l'a emporté, il restait, pendant qu'on l'emportait, couché là dans le sable
    Même quand on ne regardait plus
    Surtout là où on ne regardait plus il restait couché sur le sable
    Que ça partirait bien un jour de lui-même, pensions-nous parfois
    Mais qu'il devenait nôtre au moment où on l'emportait
    Nous le savions
    Il était une fois, avons-nous encore essayé de penser, mais
    Aussi fort que nous le pouvions, nous avons essayé de continuer à penser
    Il était une fois, il était une fois

    (traduction française de l'Adrienne)

    01-31 (1) - kopie2.JPG

    photo prise à Bruxelles samedi dernier en allant à la BRAFA

    Er was eens het water - Peter Verhelst

    Er was eens het water
    Waar was het?
    Aan de rand van het water
    Waar het aan land komt
    Waar zeg je?
    Waar het water aan land komt
    Van wie?
    Waar ons water ons land wordt, bedoel je
    Waar ons water ons land is en ons zand ons zand is
    Daar was het
    Waar de wolken en de luchten van ons zijn, bedoel ik
    Daar was het
    Hoe het daar lag
    Hoe het voorover lag, zo, met de handen naast het hoofd
    Hoe we het wegnamen en het voorover bleef liggen
    Zelfs toen we het wegnamen, bleef het, terwijl we het wegnamen, voorover op het zand liggen
    Zelfs toen we niet meer keken
    Vooral waar we niet meer keken bleef het op het zand liggen, voorover
    Dat het op een dag wel uit zichzelf zou vertrekken, dachten we soms,
    Maar dat het van ons werd toen we het wegnamen
    Wisten we
    Er was eens, probeerden we nog te denken, maar
    Zo luid we konden, probeerden we er was eens, er was eens te blijven denken 

    L'original ici, avec la photo que chacun connaît et aura sans doute reconnue, ainsi qu'une traduction en anglais:

    http://www.ntgent.be/fr/news/er-was-eens-het-water-once-upon-a-time-peter-verhelst/c/plus