prof

  • H comme Hajar

    Fin août, à l'accueil des nouveaux inscrits, Madame a eu l'occasion de faire étalage de ses rudiments d'italien: Hajar et sa maman, en plus de l'arabe, maîtrisent le mieux cette langue. 

    Hajar est née au Maroc mais à cause du travail de son papa, elle a été scolarisée en Italie. D'où la famille est venue pour s'installer en Belgique, il y a trois ans, toujours pour les mêmes raisons. Côté flamand, ce qui veut dire que pour la poursuite de sa scolarité, Hajar a dû apprendre vite, vite le néerlandais. Pas évident de réussir de bonnes études dans ces conditions. 

    Sa prof de néerlandais a demandé à chacun de préparer quinze questions d'interview, des questions ouvertes permettant d'apprendre des choses nouvelles sur les condisciples. Puis-je vous demander d'y jeter un rapide coup d’œil (1), demande-t-elle à Madame, qui travaille dur du dictionnaire pour lui répondre cool 

    Pour ses questions, elle n'a eu qu'une seule source d'inspiration, l'enfance, la petite enfance. Voilà, se dit Madame, une jeune fille bien nostalgique de son paradis perdu... 

    Ton enfance a-t-elle été heureuse? Quels ont été les bons côtés? Tu as passé ton enfance dans cette ville-ci ou ailleurs? Selon toi, quels sont les aspects positifs ou négatifs, d'avoir grandi ici (ou là où tu as grandi) ? 

    Quels seraient les trois mots clés pour définir ton enfance? Pourquoi ces trois mots-là? 

    Quel était ton jeu préféré? 

    Est-ce que tu as parfois eu envie de revenir en arrière? ou de ne jamais grandir? Pourquoi?

    Quel était le métier de tes rêves, quand tu étais petit(e)? Pourquoi? 

    Tu vois des différences entre ton enfance et celle des enfants d'aujourd'hui? Si oui, lesquelles? 

    etc. 

    Madame se demande comment ses questions auront été reçues par les camarades de classe et devine, ici et là, ce que Hajar y aurait répondu elle-même... 

    *** 

    (1) "volevo chiederle se fosse possibile darci una leggera occhiata", faudra que Madame retienne l'expression, "un léger coup d’œil" cool  

  • D comme demain

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    La porte donnant sur un des couloirs des petits de l'école primaire était ouverte. On pouvait y admirer une cheminée de briques rouges, du feu dans l'âtre, un conduit pour la fumée. Tout à fait en carton et en papier, tout à fait touchant.  

    A tour de rôle, les petits peuvent y déposer une chaussure, une pantoufle, avec une douceur pour le cheval du grand saint et surtout une lettre. J'imagine le bel exercice d'écriture que ça a dû être de rédiger en bonne et due forme ses souhaits pour le grand jour. Demain, donc. 

    Il serait bien temps, dit ma Tantine rencontrée vendredi soir alors qu'elle allait chercher ses petits-enfants à la sortie de l'école, il serait bien temps que Kasper soit au courant, pour saint Nicolas. On va le lui dire après la fête. Et Kato, continue-t-elle, une enfant si intelligente! On a dû le lui dire aussi, elle était déjà en quatrième primaire! 

    Ça n'a rien à voir avec l'intelligence, ai-je répondu, souvent ils ont deviné mais n'ont pas du tout envie de savoir. 

    J'y réfléchis encore en marchant vers la bibliothèque et je me dis que ce n'est pas aux parents, ceux-là mêmes qui ont pris soin pendant de nombreuses années d'entretenir l'illusion de miracle et de magie, de déclarer que tout ça n'était qu'une vaste farce. 

     

  • Première neige

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    Hier, Madame a un peu regretté sa promesse faite à deux élèves d'aller les applaudir à leur examen de piano: quand elle est sortie de l'académie de musique vers les six heures du soir, la neige tombait dru et c'est transformée en bonhomme de neige ambulant qu'elle est arrivée chez elle un quart d'heure plus tard. 

    Une belle neige bien collante - qui sait quel nom les Inuits donnent à cette sorte-là? - une neige qui reste bien accrochée au manteau, même si on le secoue vigoureusement, au bonnet, à l'écharpe, aux gants. 

    Par contre sur la photo, ce n'est pas de la neige: c'est de la grêle tombée à Ostende au début de novembre. 

    Chaque année la carissima nipotina rêve d'un Noël blanc et le jour où exceptionnellement sa courette est toute blanche, elle se trouve à Montepulciano cool

  • 22 rencontres (4bis)

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    C'est à une petite expo dans sa ville que Madame a rencontré A-F. Et comme en Terminale elle a appris qu'"On paie mal un maître en ne restant toujours que l’élève", elle a fait beaucoup mieux que Madame: elle enseigne à l'université. 

    - Ah! s'exclame-t-elle, moi qui étais nulle en orthographe - elle a toujours aimé s'autoflageller à ce propos - si vous saviez ce que je vois aujourd'hui chez mes étudiants! 

    Madame, qui n'aime pas trop participer au grand lamento du tout-va-de-mal-en-pis, l'écoute en souriant. 

    - Et tous ces dys- quelque chose! s'emporte A-F: dyslexie, dysorthographie, dyscalculie! Il suffit qu'ils aient une attestation et on ne peut même plus leur enlever des points pour leurs erreurs! Vous vous rendez compte? 

    Madame hoche la tête, bien sûr qu'elle sait, elle ne sanctionne pas ses élèves dyslexiques sur leur mauvaise orthographe. 

    *** 

    Quelques jours plus tard, A-F envoie un message à Madame: 

    - Incroyable! J'ai fait mieux que la moyenne! 

    Il s'agissait d'un test du Figaro (2). Bien sûr, Madame s'y est collée aussi. 

    - Il y a une faute dans le test, lui répond Madame, très frustrée de n'avoir pas fait un 10/10 à cause de ça. Se rendre compte ne s'accorde pas avec le sujet! (3) 

    Voilà qui rend A-F toute contente: 

    - Oh! dans ce cas j'ai encore un point de plus! 

    - Tu vois bien, dit Madame, que tu n'es pas nulle en orthographe tongue-out 

    *** 

    (1) la citation est de Nietzsche (dans Ainsi parlait Zarathoustra)

    (2) qui est aussi la source de l'image illustrant ce billet

    (3) pour ceux qui auraient un doute, voir ici

     

  • O comme océan

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    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    Je suis si fatiguée... m'avait-elle dit. Alors je lui ai proposé de faire une petite sieste. Mais je vais vraiment dormir, a-t-elle répondu. Et bien tant mieux, j'ai dit, ça te fera du bien de dormir un peu, et ça fera disparaître ton mal de tête en même temps. 

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    J'en ai assez, dit-elle. Je n'en peux plus. 

    C'est vrai qu'elle est à bout. La dépression, on ne sait pas quand on va en sortir. Pour le rhume ou la grippe, on sait. 

    Un câlin fait redoubler le torrent et les hoquets. Elle s'en veut "d'être comme ça". Elle s'en veut de paraître "ingrate", après les bonnes heures passées ensemble, le repas partagé. 

    Je dis des choses qui se veulent rassurantes, apaisantes... que dire? "C'est tellement mystérieux, le pays des larmes". 

    La semaine passée, quand je lui avais montré et expliqué la peinture de Katie O'Hagan, elle avait dit "C'est exactement comme moi." 

    Quelle sorte de radeau lui faudra-t-il pour se maintenir à flot sur l'océan qui l'engloutit?

  • Dernière fois

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    Jeudi soir, tout en réarrangeant les cent soixante chaises à son goût, Madame s'est tout à coup fait la réflexion que c'était l'avant-dernière fois qu'elle organisait une soirée d'information pour les sixièmes/Terminales et leurs parents. 

    Un jour, ce sera la dernière fois que madame Verdurin mangera son croissant en lisant le naufrage du Lusitania, la dernière fois que ce goujat de Ronsard invitera Cassandre à l'aimer pendant qu'elle est jeune et belle, la dernière fois que Voltaire ironisera avec les Jeannot de la Jeannotière sur l'utilité du latin, de l'histoire, de la géographie... 

    Peut-être même cette dernière fois est-elle déjà arrivée, puisque Madame ne sait pas si ses derniers élèves, l'an prochain, seront des classes de cinquième/Première ou de sixième/Terminale. 

    Arrivée à ce stade-là de ses réflexions, elle s'est dit que ça valait sans doute mieux de ne pas savoir et de continuer à "cultiver son jardin", c'est-à-dire terminer de vérifier l'ordre de la salle, des chaises, du matériel audiovisuel... et des toilettes tongue-out 

    prof,école,élève,littérature

     

  • X c'est l'inconnu

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    - Il y a un ingrédient mystère dans ce petit dessert, dit la gentille Delfine en apportant une assiette surprise ornée de sa bougie d'anniversaire. A vous de le trouver! 

    Alors l'Amie et l'Adrienne dégustent à la petite cuiller et trouvent le spéculoos, le chocolat, le caramel, la banane, le fromage frais... et cette petite mousse au milieu, peu sucrée, au goût de... au goût de... 

    De quoi, au fait? 

    L'Amie est une ancienne collègue, à la retraite depuis sept ans déjà. Elle voyage beaucoup. Elle a passé septembre et octobre chez elle et s'embarque pour les Philippines la semaine prochaine. 

    - Toi, dit-elle, tu sais ce que tu as fait de septembre et d'octobre. Mais moi? qu'en ai-je fait? c'est passé, c'est tout ce que je sais. 

    Et autres considérations philosophiques sur le temps qui passe. 

    - On reviendra ici, dit l'Amie.

     

     

     

     

  • U comme una giornata particolare

    Le matin tôt, être la fille sur qui on peut compter. Avoir réglé son réveil la veille, sauter du lit, faire le service de réveil au téléphone pour sa mère, se préparer, retéléphoner pour annoncer sa venue dans les cinq minutes et repréciser qu'elle se tienne prête avec la valise en bas de l'appartement, sortir la voiture... 

    Bien sûr, la mère a encore voulu faire deux trois trucs - alors qu'elle se disait "prête depuis six heures!" - et l'Adrienne garée en catastrophe - il n'y a jamais de place en bas de l'appartement, sauf celle pour handicapés - gêne la circulation. Parce que c'est évidemment à ce moment-là que le bus doit passer. 

    Enfin la mère arrive, déclare que l'Adrienne est "vraiment un sac de nerfs", parle toute la route de sa voisine d'à côté, de celle du haut et de celle du bas. Une bonne demi-heure plus tard, elle est à destination, valise, guichet, billets, train... ouf. 

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    Deuxième temps, le retour: être l'Adrienne qui ne rate pas une occasion de faire le mauvais choix à un carrefour ou comme dans ce cas-ci, dans le noir, des travaux, une circulation dense, un territoire inconnu... et hop! un petit "remake" du retour d'Italie, sans carte, sans GPS, l'Adrienne s'est dirigée au pif et a traversé chaque hameau, chaque village, cherchant vainement une indication de lieu qui la remettrait sur la piste. Heureusement, le soleil s'était levé, lui indiquant le nord-est tongue-out 

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    Troisième temps, redevenir Madame, calme, sereine, souriante, heureuse et impatiente de retrouver ses chéris. Même la perspective d'un mercredi après-midi et d'une soirée occupés à des entretiens avec des parents d'élèves, oui même ça, tout est préférable au voiturage d'une mère qui part pour deux semaines chez son fils. 

  • T comme temps

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    Dans la liste il manque le mot temps tongue-out 

    Or, "Temps perdu ne se rattrape pas"... 

    L'Adrienne le sait très bien 

    Elle a été élevée à coups de proverbes. 

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    "Chaque chose en son temps" 

    Le temps d'un casse-croûte au soleil d'octobre 

    avec quelques-uns des chéris de Madame 

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    "Il y a un temps pour tout" 

    Certainement! 

    Mais tout demande du temps 

    Et il est bien ennuyeux  

    d'être privée de clavier 

    tongue-out 

     

  • 22 rencontres (3bis)

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    Madame allait traverser le parc quand elle a vu arriver un landau à deux étages, derrière lequel disparaissait presque complètement une grande jeune femme blonde. 

    - Lien! (1) s'écrie Madame, quel bonheur de te voir "en vrai" (2). Et de voir tes bébés!

    Lien est devenue il y a peu la maman de jumeaux, un petit garçon et une petite fille. Ils sont dans ces "landaus superposés" et dorment à poings fermés. Littéralement. 

    Madame s'extasie longuement sur la beauté des bébés et au fil de la conversation, Lien dit: 

    - Je n'aurais jamais cru que ça m'aurait fait cet effet-là, d'être maman! 

    Madame ne peut qu'acquiescer: oh oui! elle a bien changé, la tête folle d'autrefois kiss 

    *** 

    (1) prononcer Line 

    (2) "en vrai" parce que Madame a pu suivre toute la grossesse, la naissance et la croissance sur fb tongue-out 

    prof,élève

  • R comme retard

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    Il faudra, pense la petite en arrangeant ses fleurs, que je vérifie dans un dictionnaire comment on écrit 'chrysanthème'. Je suis sûre que Mademoiselle nous donnera un devoir sur la Toussaint.

    La petite aime sa nouvelle institutrice, excellente pianiste et fine pédagogue. Avec elle, toutes les petites corvées deviennent un honneur et elle les distribue de manière judicieuse et équitable.

    La petite espère que lundi ce sera son tour d'arroser le bel hortensia bleu qui orne le coin de la fenêtre. Et que l'après-midi, quand la classe ira à la piscine, personne ne tentera de lui arracher sa bouée, comme cet affreux Kevin a fait avec Anabelle, la dernière fois, pendant que Mademoiselle surveillait les derniers, ceux qui essaient d'entrer dans l'eau sans passer par la douche. C'est vrai qu'elle est un peu fraîche et que tout le monde y passe en courant, la petite aussi.

    Au fait, pourquoi Kevin s'en prend-il toujours à Anabelle, qui a une tête de plus que lui? Mordant son bras, tirant ses cheveux ou sa jupe, essayant d'ouvrir la porte quand elle est aux toilettes...

    Elle décide que dès le lendemain elle sera très gentille avec Anabelle, pour qui ça doit être fort pénible d'être toujours sur ses gardes quand Kevin est dans les parages.

    Tout comme les fleurs peuvent éclairer une pièce, une petite élève peut éclairer une classe.

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Jeu des Papous N°2

    A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

    dictionnaire - pianiste - hortensia - bouée - affreux - mordant - pénible - éclairer

    Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

  • Lequel vous conseilleriez?

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    Les gentilles dames de la bibliothèque ont de la chance: le samedi d'octobre où elles organisent leur "verwendag" (1) il fait toujours beau cool 

    C'est toujours un grand plaisir d'aller les saluer, de boire un café et de papoter autour du thème du jour. 

    Cette année, on demandait de noter sur une carte postale quel livre on conseillerait et pourquoi. Tâche ardue d'en choisir un... parmi tous ceux qu'on a aimés! 

    Les gentilles dames pour leur part avaient affiché leur TOP 10 en livres, musique et films.  

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    - Ça me fait drôlement plaisir, a dit Madame à Sophie, que tu aies mis le Petit Prince dans ton top 10! 

    Sophie a ri: 

    - C'est le premier livre que j'ai lu en français, dit-elle. 

    Oui, c'était un beau samedi! 

    *** 

    (1) verwendag veut dire la journée des gâteries (du verbe verwennen, gâter, chouchouter) 

    photo 1: un des chênes du parking de l'école, samedi matin 14 octobre, vers 08.45 h., face au soleil 

    photo 2: le choix de Sophie, la meilleure des gâteries qu'on puisse faire à Madame cool

  • F comme fête

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    Il paraît que le 5 octobre, c'est la fête des profs. Ou plutôt World Teachers' Day

    Cette année, le magazine flamand Klasse incite les profs à afficher leur bonheur d'enseignant via leur photo de profil sur fb. 

    Aussi, dès l'avant-veille du Jour J a-t-on pu voir fleurir de plus en plus de "Ik geef blij les" (1) 

    Madame n'a pas suivi le mouvement.
    Parce qu'elle n'aime pas ce qui est grégaire.
    Qu'elle pense qu'il n'est pas nécessaire de le prétendre mais de le vivre.
    Et que son grand-père avait le plus grand mépris pour tous ceux qui affichaient leurs opinions sur leur bagnole.(2) 

    Que ce soit leur amour des chiens ou des chats, de la chasse ou de la pêche, des déclarations nationalistes ou d'ordre intime. 

    ***

    (1) "Ik geef blij les" joue sur un double sens, j'enseigne dans la joie et je suis content(e) d'enseigner 

    (2) fb n'existait pas et on n'ose imaginer ce que le grand-père en aurait pensé, lui qui trouvait ces auto-collants déjà tout à fait inconvenants tongue-out

  • Z comme zéro sugar

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    - Et ce matin, s'inquiète Madame, tu as mangé quelque chose? 

    - Oui, du pain avec du choco... Enfin, beaucoup de choco avec un peu de pain, ajoute-t-elle en riant. 

    Madame dans ces cas-là ne manque jamais de jouer à la mère d'Amélie Nothomb dans La métaphysique des tubes et de rappeler que le sucre est ce poison blanc... Bla bla bla...

    En même temps elle se dit que si la jeune fille soigne son mal-être à la pâte à tartiner, c'est moins grave que si elle se mettait à s'enivrer, à fumer des joints, à sniffer de la coke... Evidemment.

    source et infos ici 

    Photo du pyjama prise à l'expo, où malheureusement Madame n'a pas eu l'idée de photographier l'origine arabe des mots zéro et sucre, qui auraient mieux convenu à ce billet que le pyjama  

    prof,école,élève,expo,langue

    ou la guitare  tongue-out

  • W comme welkom

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    - Tu imagines, dit Madame à Gentille Collègue, tu imagines qu'on nous ait accueillis comme ça, à l'époque où on avait huit ou dix ans? 

    Aujourd'hui, les premiers jours de septembre, les enfants de l'école primaire aperçoivent ce message de loin: WELKOM, bienvenue. 

    Madame se demande quel effet ça lui aurait fait, si elle avait été accueillie de manière aussi chaleureuse quand elle était enfant. 

    Mais elle se demande surtout si ça fait (encore) de l'effet sur les enfants d'aujourd'hui... 

  • 22 rencontres (2bis)

    - Le cash, ce n'est pas un problème! 

    Bizarre, pense Madame, qu'il me dise ça pour la deuxième fois, d'autant plus qu'il ne travaille pas - sauf qu'il fait parfois le laveur de vitres - et qu'il est endetté jusqu'au cou. 

    Il parle de ses diverses dépendances - il a arrêté l'alcool il y a quelques mois et il remplace le speed par du valium

    Il parle de sa solitude. 

    - Mes sœurs, dit-il, ne me téléphonent jamais. Ma mère est froide comme un frigo. Avec mon père tout va bien, on ne se parle plus. 

    Pourtant je suis sûre qu'ils t'aiment, dit Madame. 

    - Vingt ans à faire le con, c'est normal qu'on se méfie de moi, dit-il. Mes sœurs ont peur que je me pointe aux fêtes de famille rond comme un boulon. Mais jamais mes neveux et nièces ne m'ont vu saoul! 

    Son truc, c'est la musique. Il compose, chante, enregistre sur SoundCloud, envoie les liens et Madame se fait un devoir de tout écouter jusqu'au bout. Ce n'est pas du Mozart, bien qu'il ait le même prénom, dans sa forme germanique. 

    - C'est vous qui m'avez appris le français, dit-il à chaque fois. 

    Alors Madame rit: s'il l'a appris, c'était drôlement à contrecœur. Elle a encore en sa possession une petite latte au dos de laquelle il avait noté les verbes et conjonctions qui demandent le subjonctif. 

    - Hier j'ai sauvé un pigeon, raconte-t-il avec fierté, et je lui parle en français. 

    Voilà qui serait intéressant à entendre kiss surtout que ce pigeon vient de Geel tongue-out 

    Début août, il invite Madame à chanter ceci avec lui: 

     

    Il fait à Madame de drôles de compliments, mais elle s'en accommode: 

    - Vous, je vous aime bien, vous êtes un peu folle. 

     

     

  • 20 miracles de la nature (10)

    En rentrant de voyage à la mi-août, j'ai trouvé certaines plantes complètement noyées et puis celle-ci, qui n'avait pas reçu une seule goutte d'eau: l'orchidée à laquelle je tiens le plus, évidemment, celle qui me parle tous les jours de François. 

    Ses racines n'étaient plus que de la paille sèche, ses feuilles molles et brunes, sauf une minuscule au cœur de la plante. 

    L'Opération Sauvetage d'Urgence a été mise en branle... 

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    Couper tout ce qui est mort, rempoter, baigner quotidiennement, bien égoutter: le premier septembre elle remontre un premier signe de vie... 

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    Le dix septembre, elle bourgeonne de partout 

    kiss 

    Ce dix-huit septembre, François aurait eu 30 ans. J'aurais préféré que la science ait pu faire pour lui ce que moi j'ai fait pour son orchidée... 

  • M comme mille euros

    Chaque année à la fin du mois de septembre, tous les élèves - qu'ils le veuillent ou non - participent au cross de l'école. Chaque année, on se bagarre dur pour les places du podium et on souffre beaucoup à l'arrière du peloton. 
    Chaque année, Madame recueille un plein sac de "choses précieuses" dont elle prend soin pendant que ses élèves galopent leurs kilomètres: des clés de moto, des portefeuilles, des smartphone. 
    Il y a quelques années déjà, des élèves s'étaient écriés, à la vue de certains de ces petits objets: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un portable de 500 €! 
    D'ici peu, on s'écriera: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un Iphone de plus de mille euros! 

  • F comme fainéant

    prof,école,élève

    Fainéant, paresseux, voilà des mots qui sont absolument interdits dans le contexte scolaire. 

    Fin juin, quand I*** a reçu son carnet de notes, sa maman a été très fâchée qu'il n'ait pas réussi sa sixième (sa Terminale). 

    Pas fâchée contre son fils, bien sûr, mais contre l'école: le conseil de classe aurait dû le délibérer. 

    - Oui, dit Madame la coordinatrice (1), mais sur quelle base? 

    Quatre ans déjà que la maman sort le même argument: I*** est intelligent et n'a jamais eu besoin d'étudier pour réussir. Quatre ans que les profs lui disent qu'à force de ne rien faire, il n'acquiert aucune base (en maths, en langues, en économie) et ne développe aucune méthode de travail. 

    Bref, au bout d'une heure et demie d'entretien, la maman a fini par lâcher un "I*** n'est pas prêt, mentalement, pour passer dans le supérieur", ce qui équivalait à un aveu complet et à un accord avec la décision du conseil de classe. 

    *** 

    Donc I*** redouble et cette année Madame a la joie de l'avoir dans sa classe. 

    Il n'a pas fait son premier devoir écrit. 

    Il n'a pas préparé son oral. 

    Fainéant? Paresseux? 

    Oh non! il n'a sans doute jamais eu besoin de travailler pour réussir. 

    Il est tellement intelligent tongue-out 

    *** 

    - Je n'aime pas le français, dit-il à Madame après trois heures passées avec elle, mais toi je t'aime! 

    Madame a bien peur que ça ne suffise pas pour réussir. 

    Et prévoit un petit cours de rattrapage sur le vouvoiement et le tutoiement tongue-out 

    *** 

    (1) parce que pour des discussions de ce genre, la direction se débine et délègue à Madame 

    (2) je demande pardon au chat de l'hôpital Notre-Dame à la Rose de l'avoir choisi pour illustrer ce billet, tout rapport entre lui et I*** est absolument inexistant tongue-out

     

     

     

  • 22 rencontres (1bis)

    La première fois que Madame l'a revu après qu'il avait quitté les bancs de sa classe, il faisait du stop. Elle s'est arrêtée pour le prendre, bien sûr. 

    C'est alors qu'elle a remarqué qu'il était pieds nus. Il lui a dit de ne pas s'en inquiéter, ça avait un rapport avec le lieu d'où il venait - un camp scout - et non, il n'avait ni froid aux orteils ni mal à la plante des pieds. 

    La deuxième fois que Madame l'a revu, il a fait irruption dans son bureau des coordinatrices. Beaucoup d'années avaient passé, il s'était laissé pousser une barbe et travaillait comme éducateur. Il s'occupait d'enfants sourds et les aidait dans leur scolarisation. 

    En rentrant de vacances - Madame avait réussi l'exploit de ne presque pas penser à l'école, aux élèves ou aux anciens élèves pendant une quinzaine de jours - elle l'a revu au rayon des fruits et légumes du supermarché. 

    Devant l'étonnement de Madame quand il lui a annoncé qu'il suivait une formation de flic, il a déclaré: 

    - Je vais avoir 36 ans, tout de même! 

    Comme si ça avait un rapport avec sa nouvelle vocation... 

    prof, école, élève

    source de l'image 

    Quel dommage, se dit Madame depuis jeudi dernier, qu'un gars si doué pour l'accompagnement d'élèves en difficulté soit obligé de se chercher un autre boulot... Quelle perte pour l'enseignement, toutes ces restrictions budgétaires qui sous prétexte d'"inclusion" font entrer dans nos classes des enfants aux problématiques très diverses, sans aucun soutien approprié: que les enfants et les profs se débrouillent.

  • P comme pareil partout

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    Comment est-ce possible, s'insurgeait un politicien qui n'est pas mon ami, comment est-ce possible que des écoles, par manque de moyens, doivent faire appel à toutes sortes de bonnes volontés pour réaliser les travaux nécessaires l'été avant la rentrée? 

    Pourquoi, continue-t-il, trouvons-nous ce bénévolat normal quand il s'agit de l'école? Accepterions-nous la même chose pour, par exemple, les maisons de retraite ou les hôpitaux, que les familles soient invitées à venir donner un coup de main pour faire le grand ménage, repeindre, réaliser diverses réparations? 

    Non, évidemment. 

    Par hasard, la veille de la parution de l'article, j'avais photographié l'affiche ci-dessus, me disant qu'à Asciano on allait encore plus loin que dans notre école: on invite tout bonnement les parents d'élèves à s'associer aux profs pour repeindre ensemble les locaux. 

  • Z comme Zakaria

    Madame a une paire de collègues pour qui la radicalisation n'est pas un vain mot. 

    Aussi, quand Zakaria a décidé de se laisser pousser la barbe, n'ont-ils pas manqué de tirer à la sonnette d'alarme! 

    Ce qu'ils n'ont pas trouvé inquiétant, c'est que Joris et Hendrik, les meilleurs copains de Zakaria, arboraient fièrement le même genre de pilosité faciale. 

    *** 

    Madame a revu Zakaria la première semaine de juillet, dans la cour de l'école, en train d'aider à décharger un camion. 

    Il a terminé avec succès une deuxième année de formation comme prof d'anglais. Il est moniteur à la plaine de jeux et installait le matériel pour les enfants. 

    Sacré barbu! 

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    pas de barbu sur cette photo de juin dernier mais un autre "radicalisé", qui n'avait pas apprécié qu'un prof dise du mal de l'islam... à la rentrée prochaine, il entame des études de droit, comme sa grande sœur, dont il est très fier.

  • 22 rencontres (22)

    Il était venu pour inscrire sa fille et visiblement il n'avait pas envie d'être là. Un grand mec dans la quarantaine sportive, menton carré, regard au loin et moue dédaigneuse: 

    - Quoi? ça va vraiment durer si longtemps que ça? 

    Il pensait qu'une inscription se faisait à la minute, juste un papier à signer. 

    - Vous voulez bien me suivre? sourit Madame. 

    Sa femme, sa gamine et lui s'installent autour d'une table où des tas de paperasses sont préparées: brochures informatives, feuilles diverses pour les formalités et autres dépliants. 

    Madame a reconnu le récalcitrant et voit que lui aussi commence à se rendre compte de quelque chose: 

    - Est-ce qu'il se pourrait, demande-t-il tout à coup au milieu des explications, que j'aie eu cours avec vous? 

    - Mais oui, ça se pourrait. 

    Il étale ses deux paumes bien à plat sur la table et dit: 

    - Ici, ici même j'ai passé des examens! 

    Et un grand sourire illumine enfin son visage, les souvenirs affluent d'un seul coup et il change radicalement d'attitude. 

    Ouf, se dit Madame, on va pouvoir inscrire cette petite dans la bonne humeur. 

    prof,école,élève

    il faisait partie de la fine équipe qui avait réussi à faire une exploration des sous-sols et des greniers

    tongue-out 

    mais ça, on n'en a pas parlé 

    cool

     

     

     

  • R comme Redwane

    "Le bonheur," dit Redwane, "c'est les oignons dans mon durum." 

    Je vous laisse méditer sur cette petite phrase et souhaite à tous mes compatriotes une excellente fête nationale! 

    21 juillet 2013 bis (93).JPG

    oui, on les aime et on les respecte, mais ça ne nous empêche pas de rigoler cool

  • K comme KKK

    K comme Kristien! (1) 

    Madame a eu ses fils en classe et l'a revue de temps en temps, à une expo ou un concert. Elles se sont découvert des goûts communs. Celui de la musique, par exemple. Alors quand un jour Madame a évoqué son regret de ne jamais avoir appris à jouer du piano, Kristien a mis en marche le plan A: Amener Madame à s'inscrire à l'Académie de musique. 

    K comme Kristien (2) 

    - Qui tu me recommandes comme prof de piano? 

    - Demande Kristien! a répondu Kristien. C'est elle la meilleure. 

    C'est ainsi que Madame a rajouté une Kristien à sa liste. 

    K comme Kristien (3) 

    Restait à trouver un piano. 

    - Pas de problème! s'exclame la troisième Kristien, une gentille collègue de Madame, j'en ai un qui ne sert à personne, je te le prête. 

    C'est ainsi que Madame a fait la connaissance de "son" Roland. 

    L'autre matin, le téléphone sonne (4) 

    - Je voudrais recommencer le piano, dit Kristien numéro 3. Mais ne t'inquiète pas, tu peux le garder, j'en ai un autre. Ce que je voudrais, c'est que tu m'aides à reprendre... 

    Là, Madame a bien rigolé: elle qui n'a fait qu'un an de piano devrait servir de prof à quelqu'un qui a suivi des cours pendant de nombreuses années? même si c'est il y a TROIS ans? 

    Bref, Kristien est venue chez Madame, s'est mise au piano, et au bout d'une demi-heure l'a refermé toute contente: 

    - Ça va aller, je pense! Merci! 

    Il y a tout de même des gens qui sont incroyables tongue-out 

     *** 

    (1) (2) (3) prononcer Christine, tout simplement 

    (4) GRAND événement dans la vie de Madame: tout le monde sait qu'elle déteste ça et communique avec elle par mail 

    DSCI5022.JPG

    piano décoré pour la fête de l'académie de ma ville, juin 2017

  • J comme Jasper

    D'abord, il y a eu Katia. Belle et compétente. 

    Puis, il y eu Jo. Beau brun ténébreux qui n'avait pas peur de s'investir à fond. 

    Après il y a eu Sara mais celle-là on préfère l'oublier. 

    Enfin, il y a eu Jasper. 

    Tout ça en deux ans, à peu près. La première est devenue directrice du centre PMS où elle travaillait, le second a cherché et trouvé un autre job, la troisième s'est fait renvoyer... et le dernier aura une nouvelle affectation en septembre prochain. 

    Parce que notre ministre de l'enseignement a encore trouvé un moyen de faire des économies et a rayé la présence d'auxiliaires (psychologue ou assistant social) dans nos écoles. Désormais, si on a besoin d'eux (!!!) il faudra prendre des rendez-vous, passer en conseil pour vérifier à qui il convient de confier le boulot et si tout va bien l'élève finira par être aidé. 

    Autant dire qu'on fera encore plus nous-mêmes. 

    Pourtant, on l'aimait bien, Jasper. Il disait tout ce qu'il pensait. 

    Par exemple: 

    - Tu as une drôle de façon de te nourrir! 

    (parce que Madame mange son plat froid à midi) 

    - Qu'est-ce qui te rend si heureuse? 

    (parce que Madame chante en entrant dans le bureau) 

    - Sans blague! tu es déjà si âgée? tu as presque l'âge de ma mère! 

    Bref, un mec sympa que tout le bureau des coordinatrices a rapidement adopté. 

    Il nous manquera. 

    prof,école,élève

    bientôt le navire enseignement devra naviguer tout seul: la pénurie de profs ne fait qu'augmenter, et nous avons plus de six places vacantes à pourvoir d'ici septembre...  

    (photo d'un jeu d'écriture sur www.zulma.fr)

     

  • I comme incipit

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    La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du xxe siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte, avec qui il entretenait des rapports très proustiens. Et son cours au Collège de France, intitulé « La préparation du roman », s’est soldé par un échec qu’il peut difficilement se dissimuler : toute l’année, il aura parlé à ses étudiants de haïkus japonais, de photographie, de signifiants et de signifiés, de divertissements pascaliens, de garçons de café, de robes de chambre ou de places dans l’amphi – de tout sauf du roman. Et ça va faire trois ans que ça dure. Il sait forcément que le cours lui-même n’est qu’une manœuvre dilatoire pour repousser le moment de commencer une œuvre vraiment littéraire, c’est-à-dire qui rende justice à l’écrivain hypersensible qui sommeille en lui et qui, de l’avis de tous, a commencé à bourgeonner dans ses Fragments d’un discours amoureux, déjà la bible des moins de vingt-cinq ans. De Sainte-Beuve à Proust, il est temps de muer et de prendre la place qui lui revient au panthéon des écrivains. Maman est morte : depuis Le Degré zéro de l’écriture, la boucle est bouclée. L’heure est venue. 

    Laurent Binet, La septième fonction du langage, Grasset 2015, p.9-10 (incipit) - info, source de la photo et extrait plus long ici 

    *** 

    C'est à la fois drôle et érudit, ça tient en haleine, ça divertit, ça donne envie de retrouver ses notes de cours sur Ferdinand De Saussure et de relire Roland Barthes d'un œil neuf tongue-out, bref j'essaie de faire durer un peu les 495 pages de ce bouquin que je viens seulement de commencer... mais je suis déjà conquise cool 

    Dans une autre vie, Laurent Binet a été prof, comme on peut le lire ici. Et en découvrant cet article, on ne peut qu'être content pour lui d'avoir trouvé une place - et une place bien meilleure - en dehors des mesquineries de l'enseignement... 

  • F comme fin fond

    Fin de l'année: Madame a besoin d'un moment de transition entre l'école et les vacances. Aussi passe-t-elle chaque avant-midi "au bureau", à mettre de l'ordre dans son travail administratif. 

    Dans le couloir, sur une énorme table, sont disposées les brochures d'information pour les études supérieures. 

    - Il me faudrait une ou deux boites pour les ranger, dit-elle à Linda, la dame qui entretient le rez-de-chaussée. 

    - Va donc voir à la cave, tu en trouveras sûrement avec les vieux cartons! 

    Voilà une injonction qui fait plaisir à Madame: enfin un alibi pour partir en exploration dans les sous-sols de l'école! 

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    De longs couloirs sombres au carrelage abîmé, 

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    suivis par d'autres couloirs,  

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    on finit par ne plus savoir où on est, heureusement il y a là aussi des plans d'évacuation
    pour les Madames qui se perdraient pendant leurs explorations tongue-out 

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    on aimerait savoir qui a abandonné là son vieux vélo 

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    ou cette barbie géante  

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    Dans un autre couloir, on entend s'ouvrir une porte, tourner une clé 
    - C'est moi! prévient Madame en voyant sortir Sandra, la dame qui entretient le deuxième étage. 
    Encore un mystère à élucider, se dit Madame, que fait Sandra dans cette pièce du sous-sol fermée à clé? 
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    On s'invente divers scénarios et pendant que l'imagination travaille, on tombe sur ceci: 

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  • Adrienne est choquée

    Hier, l'Adrienne était à l'enterrement d'une ancienne élève. Une jeune femme de 27 ans. L'église était bondée et bien qu'elle soit arrivée un gros quart d'heure à l'avance, elle a dû rester debout. Il y avait foule jusque dehors, sur le parvis. 

    Assises côte à côte sur toute une rangée, il y avait les meilleures amies du temps de l'école, accompagnées de leur conjoint. 

    Six personnes qui, pendant la cérémonie, tapotaient leur smartphone pour dire sur fb combien elles ont de la peine pour la pauvre Cynthia. 

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    photo prise le 29 juin où dans le jardin tout desséché de l'Adrienne a poussé ce merveilleux pavot rose

  • Premier souvenir

    Madame a dans sa classe une jeune fille douée de cette sorte de mémoire dont, jusqu'à présent, elle croyait seule notre Amélie pourvue: la faculté de remonter en arrière jusqu'à ses 18 ou 24 mois. 

    La jeune fille en question se souvient que lorsqu'elle avait un peu moins de deux ans, profitant d'un moment d'inattention de sa maman, occupée à remplir le tambour de son lave-linge, elle a avalé le contenu d'un de ces jolis berlingots pour la lessive. 

    Elle se souvient qu'elle a été très, très malade. 

    Alors bien sûr, en voyant une consigne de Kaléidoplumes intitulée "le premier souvenir", c'est à elle que Madame a pensé. 

    A celle qui un jour, a vomi des bulles...