prof

  • F comme fête

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    Il paraît que le 5 octobre, c'est la fête des profs. Ou plutôt World Teachers' Day

    Cette année, le magazine flamand Klasse incite les profs à afficher leur bonheur d'enseignant via leur photo de profil sur fb. 

    Aussi, dès l'avant-veille du Jour J a-t-on pu voir fleurir de plus en plus de "Ik geef blij les" (1) 

    Madame n'a pas suivi le mouvement.
    Parce qu'elle n'aime pas ce qui est grégaire.
    Qu'elle pense qu'il n'est pas nécessaire de le prétendre mais de le vivre.
    Et que son grand-père avait le plus grand mépris pour tous ceux qui affichaient leurs opinions sur leur bagnole.(2) 

    Que ce soit leur amour des chiens ou des chats, de la chasse ou de la pêche, des déclarations nationalistes ou d'ordre intime. 

    ***

    (1) "Ik geef blij les" joue sur un double sens, j'enseigne dans la joie et je suis content(e) d'enseigner 

    (2) fb n'existait pas et on n'ose imaginer ce que le grand-père en aurait pensé, lui qui trouvait ces auto-collants déjà tout à fait inconvenants tongue-out

  • Z comme zéro sugar

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    - Et ce matin, s'inquiète Madame, tu as mangé quelque chose? 

    - Oui, du pain avec du choco... Enfin, beaucoup de choco avec un peu de pain, ajoute-t-elle en riant. 

    Madame dans ces cas-là ne manque jamais de jouer à la mère d'Amélie Nothomb dans La métaphysique des tubes et de rappeler que le sucre est ce poison blanc... Bla bla bla...

    En même temps elle se dit que si la jeune fille soigne son mal-être à la pâte à tartiner, c'est moins grave que si elle se mettait à s'enivrer, à fumer des joints, à sniffer de la coke... Evidemment.

    source et infos ici 

    Photo du pyjama prise à l'expo, où malheureusement Madame n'a pas eu l'idée de photographier l'origine arabe des mots zéro et sucre, qui auraient mieux convenu à ce billet que le pyjama  

    prof,école,élève,expo,langue

    ou la guitare  tongue-out

  • W comme welkom

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    - Tu imagines, dit Madame à Gentille Collègue, tu imagines qu'on nous ait accueillis comme ça, à l'époque où on avait huit ou dix ans? 

    Aujourd'hui, les premiers jours de septembre, les enfants de l'école primaire aperçoivent ce message de loin: WELKOM, bienvenue. 

    Madame se demande quel effet ça lui aurait fait, si elle avait été accueillie de manière aussi chaleureuse quand elle était enfant. 

    Mais elle se demande surtout si ça fait (encore) de l'effet sur les enfants d'aujourd'hui... 

  • 22 rencontres (2bis)

    - Le cash, ce n'est pas un problème! 

    Bizarre, pense Madame, qu'il me dise ça pour la deuxième fois, d'autant plus qu'il ne travaille pas - sauf qu'il fait parfois le laveur de vitres - et qu'il est endetté jusqu'au cou. 

    Il parle de ses diverses dépendances - il a arrêté l'alcool il y a quelques mois et il remplace le speed par du valium

    Il parle de sa solitude. 

    - Mes sœurs, dit-il, ne me téléphonent jamais. Ma mère est froide comme un frigo. Avec mon père tout va bien, on ne se parle plus. 

    Pourtant je suis sûre qu'ils t'aiment, dit Madame. 

    - Vingt ans à faire le con, c'est normal qu'on se méfie de moi, dit-il. Mes sœurs ont peur que je me pointe aux fêtes de famille rond comme un boulon. Mais jamais mes neveux et nièces ne m'ont vu saoul! 

    Son truc, c'est la musique. Il compose, chante, enregistre sur SoundCloud, envoie les liens et Madame se fait un devoir de tout écouter jusqu'au bout. Ce n'est pas du Mozart, bien qu'il ait le même prénom, dans sa forme germanique. 

    - C'est vous qui m'avez appris le français, dit-il à chaque fois. 

    Alors Madame rit: s'il l'a appris, c'était drôlement à contrecœur. Elle a encore en sa possession une petite latte au dos de laquelle il avait noté les verbes et conjonctions qui demandent le subjonctif. 

    - Hier j'ai sauvé un pigeon, raconte-t-il avec fierté, et je lui parle en français. 

    Voilà qui serait intéressant à entendre kiss surtout que ce pigeon vient de Geel tongue-out 

    Début août, il invite Madame à chanter ceci avec lui: 

     

    Il fait à Madame de drôles de compliments, mais elle s'en accommode: 

    - Vous, je vous aime bien, vous êtes un peu folle. 

     

     

  • 20 miracles de la nature (10)

    En rentrant de voyage à la mi-août, j'ai trouvé certaines plantes complètement noyées et puis celle-ci, qui n'avait pas reçu une seule goutte d'eau: l'orchidée à laquelle je tiens le plus, évidemment, celle qui me parle tous les jours de François. 

    Ses racines n'étaient plus que de la paille sèche, ses feuilles molles et brunes, sauf une minuscule au cœur de la plante. 

    L'Opération Sauvetage d'Urgence a été mise en branle... 

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    Couper tout ce qui est mort, rempoter, baigner quotidiennement, bien égoutter: le premier septembre elle remontre un premier signe de vie... 

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    Le dix septembre, elle bourgeonne de partout 

    kiss 

    Ce dix-huit septembre, François aurait eu 30 ans. J'aurais préféré que la science ait pu faire pour lui ce que moi j'ai fait pour son orchidée... 

  • M comme mille euros

    Chaque année à la fin du mois de septembre, tous les élèves - qu'ils le veuillent ou non - participent au cross de l'école. Chaque année, on se bagarre dur pour les places du podium et on souffre beaucoup à l'arrière du peloton. 
    Chaque année, Madame recueille un plein sac de "choses précieuses" dont elle prend soin pendant que ses élèves galopent leurs kilomètres: des clés de moto, des portefeuilles, des smartphone. 
    Il y a quelques années déjà, des élèves s'étaient écriés, à la vue de certains de ces petits objets: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un portable de 500 €! 
    D'ici peu, on s'écriera: 
    - Mais quelle idée d'apporter à l'école un Iphone de plus de mille euros! 

  • F comme fainéant

    prof,école,élève

    Fainéant, paresseux, voilà des mots qui sont absolument interdits dans le contexte scolaire. 

    Fin juin, quand I*** a reçu son carnet de notes, sa maman a été très fâchée qu'il n'ait pas réussi sa sixième (sa Terminale). 

    Pas fâchée contre son fils, bien sûr, mais contre l'école: le conseil de classe aurait dû le délibérer. 

    - Oui, dit Madame la coordinatrice (1), mais sur quelle base? 

    Quatre ans déjà que la maman sort le même argument: I*** est intelligent et n'a jamais eu besoin d'étudier pour réussir. Quatre ans que les profs lui disent qu'à force de ne rien faire, il n'acquiert aucune base (en maths, en langues, en économie) et ne développe aucune méthode de travail. 

    Bref, au bout d'une heure et demie d'entretien, la maman a fini par lâcher un "I*** n'est pas prêt, mentalement, pour passer dans le supérieur", ce qui équivalait à un aveu complet et à un accord avec la décision du conseil de classe. 

    *** 

    Donc I*** redouble et cette année Madame a la joie de l'avoir dans sa classe. 

    Il n'a pas fait son premier devoir écrit. 

    Il n'a pas préparé son oral. 

    Fainéant? Paresseux? 

    Oh non! il n'a sans doute jamais eu besoin de travailler pour réussir. 

    Il est tellement intelligent tongue-out 

    *** 

    - Je n'aime pas le français, dit-il à Madame après trois heures passées avec elle, mais toi je t'aime! 

    Madame a bien peur que ça ne suffise pas pour réussir. 

    Et prévoit un petit cours de rattrapage sur le vouvoiement et le tutoiement tongue-out 

    *** 

    (1) parce que pour des discussions de ce genre, la direction se débine et délègue à Madame 

    (2) je demande pardon au chat de l'hôpital Notre-Dame à la Rose de l'avoir choisi pour illustrer ce billet, tout rapport entre lui et I*** est absolument inexistant tongue-out

     

     

     

  • 22 rencontres (1bis)

    La première fois que Madame l'a revu après qu'il avait quitté les bancs de sa classe, il faisait du stop. Elle s'est arrêtée pour le prendre, bien sûr. 

    C'est alors qu'elle a remarqué qu'il était pieds nus. Il lui a dit de ne pas s'en inquiéter, ça avait un rapport avec le lieu d'où il venait - un camp scout - et non, il n'avait ni froid aux orteils ni mal à la plante des pieds. 

    La deuxième fois que Madame l'a revu, il a fait irruption dans son bureau des coordinatrices. Beaucoup d'années avaient passé, il s'était laissé pousser une barbe et travaillait comme éducateur. Il s'occupait d'enfants sourds et les aidait dans leur scolarisation. 

    En rentrant de vacances - Madame avait réussi l'exploit de ne presque pas penser à l'école, aux élèves ou aux anciens élèves pendant une quinzaine de jours - elle l'a revu au rayon des fruits et légumes du supermarché. 

    Devant l'étonnement de Madame quand il lui a annoncé qu'il suivait une formation de flic, il a déclaré: 

    - Je vais avoir 36 ans, tout de même! 

    Comme si ça avait un rapport avec sa nouvelle vocation... 

    prof, école, élève

    source de l'image 

    Quel dommage, se dit Madame depuis jeudi dernier, qu'un gars si doué pour l'accompagnement d'élèves en difficulté soit obligé de se chercher un autre boulot... Quelle perte pour l'enseignement, toutes ces restrictions budgétaires qui sous prétexte d'"inclusion" font entrer dans nos classes des enfants aux problématiques très diverses, sans aucun soutien approprié: que les enfants et les profs se débrouillent.

  • P comme pareil partout

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    Comment est-ce possible, s'insurgeait un politicien qui n'est pas mon ami, comment est-ce possible que des écoles, par manque de moyens, doivent faire appel à toutes sortes de bonnes volontés pour réaliser les travaux nécessaires l'été avant la rentrée? 

    Pourquoi, continue-t-il, trouvons-nous ce bénévolat normal quand il s'agit de l'école? Accepterions-nous la même chose pour, par exemple, les maisons de retraite ou les hôpitaux, que les familles soient invitées à venir donner un coup de main pour faire le grand ménage, repeindre, réaliser diverses réparations? 

    Non, évidemment. 

    Par hasard, la veille de la parution de l'article, j'avais photographié l'affiche ci-dessus, me disant qu'à Asciano on allait encore plus loin que dans notre école: on invite tout bonnement les parents d'élèves à s'associer aux profs pour repeindre ensemble les locaux. 

  • Z comme Zakaria

    Madame a une paire de collègues pour qui la radicalisation n'est pas un vain mot. 

    Aussi, quand Zakaria a décidé de se laisser pousser la barbe, n'ont-ils pas manqué de tirer à la sonnette d'alarme! 

    Ce qu'ils n'ont pas trouvé inquiétant, c'est que Joris et Hendrik, les meilleurs copains de Zakaria, arboraient fièrement le même genre de pilosité faciale. 

    *** 

    Madame a revu Zakaria la première semaine de juillet, dans la cour de l'école, en train d'aider à décharger un camion. 

    Il a terminé avec succès une deuxième année de formation comme prof d'anglais. Il est moniteur à la plaine de jeux et installait le matériel pour les enfants. 

    Sacré barbu! 

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    pas de barbu sur cette photo de juin dernier mais un autre "radicalisé", qui n'avait pas apprécié qu'un prof dise du mal de l'islam... à la rentrée prochaine, il entame des études de droit, comme sa grande sœur, dont il est très fier.

  • 22 rencontres (22)

    Il était venu pour inscrire sa fille et visiblement il n'avait pas envie d'être là. Un grand mec dans la quarantaine sportive, menton carré, regard au loin et moue dédaigneuse: 

    - Quoi? ça va vraiment durer si longtemps que ça? 

    Il pensait qu'une inscription se faisait à la minute, juste un papier à signer. 

    - Vous voulez bien me suivre? sourit Madame. 

    Sa femme, sa gamine et lui s'installent autour d'une table où des tas de paperasses sont préparées: brochures informatives, feuilles diverses pour les formalités et autres dépliants. 

    Madame a reconnu le récalcitrant et voit que lui aussi commence à se rendre compte de quelque chose: 

    - Est-ce qu'il se pourrait, demande-t-il tout à coup au milieu des explications, que j'aie eu cours avec vous? 

    - Mais oui, ça se pourrait. 

    Il étale ses deux paumes bien à plat sur la table et dit: 

    - Ici, ici même j'ai passé des examens! 

    Et un grand sourire illumine enfin son visage, les souvenirs affluent d'un seul coup et il change radicalement d'attitude. 

    Ouf, se dit Madame, on va pouvoir inscrire cette petite dans la bonne humeur. 

    prof,école,élève

    il faisait partie de la fine équipe qui avait réussi à faire une exploration des sous-sols et des greniers

    tongue-out 

    mais ça, on n'en a pas parlé 

    cool

     

     

     

  • R comme Redwane

    "Le bonheur," dit Redwane, "c'est les oignons dans mon durum." 

    Je vous laisse méditer sur cette petite phrase et souhaite à tous mes compatriotes une excellente fête nationale! 

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    oui, on les aime et on les respecte, mais ça ne nous empêche pas de rigoler cool

  • K comme KKK

    K comme Kristien! (1) 

    Madame a eu ses fils en classe et l'a revue de temps en temps, à une expo ou un concert. Elles se sont découvert des goûts communs. Celui de la musique, par exemple. Alors quand un jour Madame a évoqué son regret de ne jamais avoir appris à jouer du piano, Kristien a mis en marche le plan A: Amener Madame à s'inscrire à l'Académie de musique. 

    K comme Kristien (2) 

    - Qui tu me recommandes comme prof de piano? 

    - Demande Kristien! a répondu Kristien. C'est elle la meilleure. 

    C'est ainsi que Madame a rajouté une Kristien à sa liste. 

    K comme Kristien (3) 

    Restait à trouver un piano. 

    - Pas de problème! s'exclame la troisième Kristien, une gentille collègue de Madame, j'en ai un qui ne sert à personne, je te le prête. 

    C'est ainsi que Madame a fait la connaissance de "son" Roland. 

    L'autre matin, le téléphone sonne (4) 

    - Je voudrais recommencer le piano, dit Kristien numéro 3. Mais ne t'inquiète pas, tu peux le garder, j'en ai un autre. Ce que je voudrais, c'est que tu m'aides à reprendre... 

    Là, Madame a bien rigolé: elle qui n'a fait qu'un an de piano devrait servir de prof à quelqu'un qui a suivi des cours pendant de nombreuses années? même si c'est il y a TROIS ans? 

    Bref, Kristien est venue chez Madame, s'est mise au piano, et au bout d'une demi-heure l'a refermé toute contente: 

    - Ça va aller, je pense! Merci! 

    Il y a tout de même des gens qui sont incroyables tongue-out 

     *** 

    (1) (2) (3) prononcer Christine, tout simplement 

    (4) GRAND événement dans la vie de Madame: tout le monde sait qu'elle déteste ça et communique avec elle par mail 

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    piano décoré pour la fête de l'académie de ma ville, juin 2017

  • J comme Jasper

    D'abord, il y a eu Katia. Belle et compétente. 

    Puis, il y eu Jo. Beau brun ténébreux qui n'avait pas peur de s'investir à fond. 

    Après il y a eu Sara mais celle-là on préfère l'oublier. 

    Enfin, il y a eu Jasper. 

    Tout ça en deux ans, à peu près. La première est devenue directrice du centre PMS où elle travaillait, le second a cherché et trouvé un autre job, la troisième s'est fait renvoyer... et le dernier aura une nouvelle affectation en septembre prochain. 

    Parce que notre ministre de l'enseignement a encore trouvé un moyen de faire des économies et a rayé la présence d'auxiliaires (psychologue ou assistant social) dans nos écoles. Désormais, si on a besoin d'eux (!!!) il faudra prendre des rendez-vous, passer en conseil pour vérifier à qui il convient de confier le boulot et si tout va bien l'élève finira par être aidé. 

    Autant dire qu'on fera encore plus nous-mêmes. 

    Pourtant, on l'aimait bien, Jasper. Il disait tout ce qu'il pensait. 

    Par exemple: 

    - Tu as une drôle de façon de te nourrir! 

    (parce que Madame mange son plat froid à midi) 

    - Qu'est-ce qui te rend si heureuse? 

    (parce que Madame chante en entrant dans le bureau) 

    - Sans blague! tu es déjà si âgée? tu as presque l'âge de ma mère! 

    Bref, un mec sympa que tout le bureau des coordinatrices a rapidement adopté. 

    Il nous manquera. 

    prof,école,élève

    bientôt le navire enseignement devra naviguer tout seul: la pénurie de profs ne fait qu'augmenter, et nous avons plus de six places vacantes à pourvoir d'ici septembre...  

    (photo d'un jeu d'écriture sur www.zulma.fr)

     

  • I comme incipit

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    La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du xxe siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte, avec qui il entretenait des rapports très proustiens. Et son cours au Collège de France, intitulé « La préparation du roman », s’est soldé par un échec qu’il peut difficilement se dissimuler : toute l’année, il aura parlé à ses étudiants de haïkus japonais, de photographie, de signifiants et de signifiés, de divertissements pascaliens, de garçons de café, de robes de chambre ou de places dans l’amphi – de tout sauf du roman. Et ça va faire trois ans que ça dure. Il sait forcément que le cours lui-même n’est qu’une manœuvre dilatoire pour repousser le moment de commencer une œuvre vraiment littéraire, c’est-à-dire qui rende justice à l’écrivain hypersensible qui sommeille en lui et qui, de l’avis de tous, a commencé à bourgeonner dans ses Fragments d’un discours amoureux, déjà la bible des moins de vingt-cinq ans. De Sainte-Beuve à Proust, il est temps de muer et de prendre la place qui lui revient au panthéon des écrivains. Maman est morte : depuis Le Degré zéro de l’écriture, la boucle est bouclée. L’heure est venue. 

    Laurent Binet, La septième fonction du langage, Grasset 2015, p.9-10 (incipit) - info, source de la photo et extrait plus long ici 

    *** 

    C'est à la fois drôle et érudit, ça tient en haleine, ça divertit, ça donne envie de retrouver ses notes de cours sur Ferdinand De Saussure et de relire Roland Barthes d'un œil neuf tongue-out, bref j'essaie de faire durer un peu les 495 pages de ce bouquin que je viens seulement de commencer... mais je suis déjà conquise cool 

    Dans une autre vie, Laurent Binet a été prof, comme on peut le lire ici. Et en découvrant cet article, on ne peut qu'être content pour lui d'avoir trouvé une place - et une place bien meilleure - en dehors des mesquineries de l'enseignement... 

  • F comme fin fond

    Fin de l'année: Madame a besoin d'un moment de transition entre l'école et les vacances. Aussi passe-t-elle chaque avant-midi "au bureau", à mettre de l'ordre dans son travail administratif. 

    Dans le couloir, sur une énorme table, sont disposées les brochures d'information pour les études supérieures. 

    - Il me faudrait une ou deux boites pour les ranger, dit-elle à Linda, la dame qui entretient le rez-de-chaussée. 

    - Va donc voir à la cave, tu en trouveras sûrement avec les vieux cartons! 

    Voilà une injonction qui fait plaisir à Madame: enfin un alibi pour partir en exploration dans les sous-sols de l'école! 

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    De longs couloirs sombres au carrelage abîmé, 

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    suivis par d'autres couloirs,  

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    on finit par ne plus savoir où on est, heureusement il y a là aussi des plans d'évacuation
    pour les Madames qui se perdraient pendant leurs explorations tongue-out 

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    on aimerait savoir qui a abandonné là son vieux vélo 

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    ou cette barbie géante  

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    Dans un autre couloir, on entend s'ouvrir une porte, tourner une clé 
    - C'est moi! prévient Madame en voyant sortir Sandra, la dame qui entretient le deuxième étage. 
    Encore un mystère à élucider, se dit Madame, que fait Sandra dans cette pièce du sous-sol fermée à clé? 
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    On s'invente divers scénarios et pendant que l'imagination travaille, on tombe sur ceci: 

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  • Adrienne est choquée

    Hier, l'Adrienne était à l'enterrement d'une ancienne élève. Une jeune femme de 27 ans. L'église était bondée et bien qu'elle soit arrivée un gros quart d'heure à l'avance, elle a dû rester debout. Il y avait foule jusque dehors, sur le parvis. 

    Assises côte à côte sur toute une rangée, il y avait les meilleures amies du temps de l'école, accompagnées de leur conjoint. 

    Six personnes qui, pendant la cérémonie, tapotaient leur smartphone pour dire sur fb combien elles ont de la peine pour la pauvre Cynthia. 

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    photo prise le 29 juin où dans le jardin tout desséché de l'Adrienne a poussé ce merveilleux pavot rose

  • Premier souvenir

    Madame a dans sa classe une jeune fille douée de cette sorte de mémoire dont, jusqu'à présent, elle croyait seule notre Amélie pourvue: la faculté de remonter en arrière jusqu'à ses 18 ou 24 mois. 

    La jeune fille en question se souvient que lorsqu'elle avait un peu moins de deux ans, profitant d'un moment d'inattention de sa maman, occupée à remplir le tambour de son lave-linge, elle a avalé le contenu d'un de ces jolis berlingots pour la lessive. 

    Elle se souvient qu'elle a été très, très malade. 

    Alors bien sûr, en voyant une consigne de Kaléidoplumes intitulée "le premier souvenir", c'est à elle que Madame a pensé. 

    A celle qui un jour, a vomi des bulles...

     

  • U comme une vie

    Elle était assise dans la rangée du milieu, du côté gauche. A seize ans, elle végétait: une présence physique mais pas vraiment mentale. Je suis nulle en français, disait-elle. Elle ne croyait pas qu'elle pouvait s'améliorer et n'en voyait pas l'utilité. 

    Ses parents avaient divorcé et ni le père, ni la mère, ne voulaient payer pour elle ni ne la désiraient dans leur nouvelle relation: elle se faisait accepter en étant leur servante. Grâce à des petits boulots, elle subvenait elle-même à tous ses besoins, scolarité, vêtements, même la nourriture. Pour ne pas avoir à leur demander des sous. 

    A l'oral de juin, elle a déclaré qu'elle misait sur son anglais, parce qu'elle en avait besoin pour correspondre avec un jeune africain. Vous ne connaîtrez peut-être pas, disait-elle, il est du Ghana. 

    Voyez comme le hasard fait bien les choses: Madame connaît très bien le Ghana, non pour y être allée, mais pour avoir hébergé des réfugiés ghanéens. C'est à partir de ce moment-là, sans doute, que tout a changé. Elle a accepté que Madame fasse venir son père pour un entretien. 

    L'année d'après, elle a fait des progrès fulgurants en français. Comme elle projetait de rejoindre l'ami africain l'été suivant, Madame lui a fait faire connaissance avec une représentante de la communauté africaine de sa ville, pensant qu'il valait mieux que ce soit une femme africaine qui mette la jeune fille en garde. Ce n'était pas inutile. 

    Elle a réussi son année scolaire, avait assez économisé pour se payer le voyage, a découvert le Ghana et ses habitants. Elle avait trouvé un but pour lequel se dévouer et avait décidé de devenir institutrice. Des soucis d'argent ont fait qu'elle n'a suivi qu'une courte formation d'aide-soignante: ainsi elle pouvait rapidement trouver un travail et un salaire. 

    Quand elle passait à vélo, elle s'arrêtait pour faire une causette. Maintenant que vous habitez en ville, disait-elle, je viendrai vous voir. 

    Depuis mercredi soir, son grand cœur généreux s'est arrêté de battre. 

  • 22 rencontres (21)

    C'est devant la porte close du bureau de poste que Madame l'a rencontrée. Bientôt quinze ans déjà qu'elle a été son élève, mais elle est de celles qu'on n'oublie pas. De celles dont le berceau se trouvait à la mauvaise place, père absent, mère au chômage obligée de quitter à la cloche de bois des logis de plus en plus misérables où elle vivait avec ses deux filles et deux énormes chiens. 

    Chaque fois qu'elles se rencontrent au hasard d'une rue, Madame s'arrête pour une conversation. C'est ainsi qu'elle a vu que l'histoire risquait de se répéter - à 19 ans, une petite fille lui est née, dont le père à son tour est "absent" - avec tout son chapelet de précarités. Arrêt des études après la professionnelle, alors qu'elle avait largement les capacités d'aller dans l'enseignement général et de continuer à étudier, divers petits boulots qui lui ont cassé le dos, problèmes de santé qui l'empêchent aujourd'hui de travailler à temps plein.

    Chaque fois, Madame admire son courage, sa ténacité, sa volonté de s'en sortir et surtout d'offrir une meilleure vie à sa fille.

    Elle vient de l'inscrire en première secondaire dans notre école. 

    Espérons qu'elle puisse y faire un joli parcours.  

    prof,école,élève

     

  • Questions pour mes champions

    Jana montre qu'elle n'est pas trop mécontente de son tirage au sort: A une Passante, de Baudelaire, piece of cake

    Elle explique avec l'assurance de ceux qui tutoient les grands auteurs: 

    - Charles est assis à une terrasse, il est en train de boire un verre... 

    Stupeur de Madame, qui se souvient d'avoir expliqué ce que c'est "le grand deuil", une rue assourdissante, un feston, un ourlet, et même d'avoir mimé la scène, en balançant sa jupe.  

    Oui, oui. Même ça. Mais elle n'a point parlé de terrasse de café. 

    Jana prend des airs de conspiratrice pour continuer sa lecture du poème: 

    - Moi, dit-elle, moi je pense que la dame, elle a une jupe fendue... 

    Madame en reste sans voix. 

    - Parce qu'elle montre sa jambe, explique Jana. 

    Conclusion: le film que Madame se fait dans la tête à la lecture du poème est sans doute fort différent de celui que se font certains de ses élèves... 

    Voyons à quoi ressemble le vôtre:  

    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

    Charles Baudelaire, Tableaux parisiens, in Les Fleurs du Mal 

  • H comme horions (verbaux)

    Rivées à leur mini-clavier, à leur écran miniature, elles échangent des horions. De bonnes grosses baffes verbales qui font très mal. Qui laissent des traces. Qu'on peut photographier, envoyer à d'autres, conserver, montrer. Au petit ami, à d'autres copines: non mais tu as vu comment elle me traite? tu as vu ce qu'elle ose me dire? 

    Et chacun se jette dans la mêlée et donne à son tour quelques coups plus ou moins bas.  

    C'est un engrenage dont elles ne réussissent plus à sortir et qui dure depuis des semaines. 

    Alors que voulez-vous, Madame a fini par s'en mêler, au risque de se prendre quelques baffes elle aussi. 

    Pourtant la solution est simple: vous voulez vraiment que ça cesse? vous voulez vraiment vous réconcilier? alors éteignez vos smartphones et parlez-vous autour d'une table. Je veux même jouer les arbitres. 

    *** 

    le comble, c'est qu'au plus fort de la bataille elles avaient cours chez une collègue de psychologie: "comment régler les conflits? comment vivre ensemble dans la paix?"

  • G comme gym

    Il faisait 30° à l'ombre et ils avaient cours de gym. C'était le moment où le prof avait décidé de les faire courir: quatre fois le tour du domaine et du parc. Une course qui serait évaluée pour le dernier carnet de notes de l'année. 

    Par la fenêtre de son bureau des coordinatrices, Madame les regarde courir sous ce soleil de plomb. Parmi les meilleurs, en tête de course, il y a Nabil, Omar, Amine. Nabil est dans la classe de Madame et il est le meilleur en tout. 

    La dernière fois qu'ils ont mangé, c'était hier soir, vers 22.00 h. Ils ne se lèvent pas la nuit pour remanger avant l'aube, ça leur ferait une nuit trop courte et des journées d'école trop pénibles. 

    Ils courent sous le soleil. Ils sont toujours les meilleurs, à la course. Pas question de se laisser battre cette fois. 

    - Je me suis rincé la bouche au robinet, dit Nabil à Madame qui s'inquiète parce que malgré cette température et ces efforts, il n'a pas le droit de boire une goutte d'eau. 

    Combien de temps encore pourrons-nous faire comme si nous n'avions pas de musulmans dans nos écoles? 

    prof,école,élève

    photo prise en septembre 2013

     

  • B comme Bösendorfer

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    Madame ne comprend pas les nombreux collègues qui tiennent à tout prix à mettre beaucoup de kilomètres entre l'école et leur lieu d'habitation. Ou ceux qui vont expressément faire leurs courses dans la ville d'à côté, pour ne pas rencontrer d'élèves ou de parents d'élèves entre les rayons du supermarché. 

    Pour sa part, ce genre de rencontre lui fait toujours plaisir. 

    Ainsi, dernièrement, au secrétariat de l'académie de musique: 

    - Bonjour! je pourrais avoir la clé du local 217? 
    - Prenez plutôt celle du 219, dit Nora (qui détestait le français, la pauvre, les langues, ce n'était vraiment pas son truc), il y a un Bösendorfer! 

    Voilà comment Madame se la pète à tapoter les touches d'un instrument de luxe, alors qu'elle est tout juste capable de pianoter Boerendans (Rustic Dance) 

    Merci Nora cool

     

  • U comme... U n'existe pas!

    Les grands remuants de dernière année technique ont organisé une journée de la culture avec diverses activités auxquelles tous les élèves, par tranches horaires de deux heures, ont pu assister tour à tour. 

    C'était très réussi et Madame leur en a fait compliment laughing

    Elle a d'ailleurs profité de cette journée pour prendre un premier cours d'arabe, donné par deux charmantes jeunes filles. Madame ne cesse de s'extasier sur le plurilinguisme de ses élèves d'origines diverses, généralement bons bilingues néerlandais-français, en plus de la langue parlée à la maison (turc, arabe, russe, arménien...) et des langues étrangères qui font partie de leur cursus scolaire.  

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    Bref, à l'aide de ce tableau vous devriez pouvoir écrire votre nom en arabe... mais Lulu et Walrus n'y trouveront pas la lettre U tongue-out

     

  • Stupeur sans tremblements

    Quoi de plus simple, pense Madame chaque année à cette époque, quand elle revoit avec ses élèves l'emploi des temps du passé, quoi de plus simple que de leur faire écrire et raconter un souvenir d'enfance? 

    Quoi de plus simple, pour montrer qu'on maîtrise la différence entre le passé composé, l'imparfait et le plus-que-parfait, quoi de plus simple que de répondre à la consigne suivante: 

    Quand j'étais petit(e) ... (descriptions, habitudes...)

    Mais un jour ... (qu'est-ce qui est arrivé?)

    Et bien, Madame se trompait! 

    - Je pense, annonce-t-elle un mardi matin en remettant les copies corrigées de la veille, que je vous ferai écrire un exercice de ce genre à l'examen, où il faudra raconter au passé un souvenir d'enfance... 

    Autour des tables, on se regarde puis les plus courageux se lancent: 

    - Oh non! pas un souvenir d'enfance! 
    - Je ne saurais vraiment pas quoi raconter! 
    - Moi aussi j'aimerais mieux un autre sujet... 

    Stupéfaction de Madame: vous n'avez pas de souvenir d'enfance? je pensais que ce serait l'embarras du choix! vous voulez quoi, alors, comme sujet pour raconter au passé? 

    - Les vacances! 

    Re-stupéfaction de Madame: comment ça, les vacances? celles de l'année passée? les vacances, ce sont aussi des souvenirs d'enfance, non? vous voulez vraiment tous parler des vacances? 

    Et bien, oui. Unanimité! 

    *** 

    C'est trois jours plus tard seulement, en y repensant, que Madame s'est souvenue de cet élève de l'an dernier, qui, en recevant la consigne du souvenir d'enfance, lui avait demandé s'il pouvait INVENTER.

     

     

     

  • 22 rencontres (20)

    prof,école,élève,voyage

    Madame était tellement absorbée par le recensement de onze duveteux canetons qu'elle ne faisait pas du tout attention au cycliste qui arrivait. Elle ne s'est retournée pour le regarder qu'au moment où elle a entendu qu'il faisait crisser ses freins pour s'arrêter à sa hauteur. 

    - Bonjour! 

    Par bonheur, elle se souvenait de son nom. Elle se souvenait même de beaucoup, beaucoup de choses le concernant... En fait, il est un de ceux qu'elle aime particulièrement, un de ceux dont le berceau (etc voir le billet d'hier). 

    - Ça va? 

    Il allait bien et avait visiblement envie de le dire: il s'est marié un peu tard et malgré ses cheveux blancs, il a deux tout jeunes enfants. Il est toujours dans la police, où il est entré dès qu'il en a eu fini avec l'école secondaire. Quand on sort d'un berceau comme le sien, et qu'on ne peut ni ne veut imposer le coût d'études supérieures à ses parents, on choisit l'armée, la police, les chemins de fer..., bref on se bétonne une carrière. 

    - Je suis aussi guide de randonnées chez Joker, j'ai parcouru une bonne partie de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique du Nord et du Sud... Je suis parti à peu près trois mois dans l'année mais maintenant, avec les petites, ça devient plus difficile... 

    - Ah oui, bien sûr... dit Madame, qui admire qu'il ait trouvé ce moyen-là pour assouvir ses envies de voyages et de découverte du monde. 

    *** 

    Ce n'est que bien plus tard, en repensant à cette conversation, qu'elle s'est dit, tiens! dans la police aussi ils ont trois mois de vacances tongue-out 

    prof,école,élève,voyage

     autour du parc, les arbres préférés de Madame sont les majestueux hêtres rouges 

     

     

  • R comme révoltant

    Même au bout de trente-cinq ans dans le métier, c'est toujours aussi révoltant de constater que l'endroit où s'est trouvé le berceau de l'enfant détermine en majeure partie toute sa vie future. 

    A commencer par son orientation scolaire. 

    Révoltant et inacceptable de constater que les inégalités sociales ne sont ni effacées ni même nivelées ou compensées par l'école. 

    L'autre samedi, Madame a passé sa journée à inscrire de nouveaux élèves en secondaire. 

    Devinez de quels milieux proviennent ceux qui sont inscrits dans les filières fortes et ceux qui se retrouvent dans les filières les plus faibles. 

    C'est une injustice criante qui commence dès la maternelle. 

    Qui commence au berceau...

  • L comme lalaland

    C'est la pleine saison des examens de fin d'année à l'académie de musique, ce qu'on appelle chez nous "toonmomenten", du verbe 'tonen', montrer.

    Madame a plein d'élèves ou d'anciens élèves qui ces jours-ci doivent montrer leur jolie voix ou leur virtuosité à l'instrument de leur choix.

    Elle a donc mal aux mains à force d'applaudir cool 

    Vendredi soir, une gamine de 16 ans a chanté le "cuius animam gementem" du Stabat Mater de Pergolesi et Madame fera bien de retenir son nom parce que cette petite fera parler d'elle kiss 

    Ici une version avec Jaroussky:

     

  • K comme kesketakivapa?

    DIALOGUE ENTRE MON PAPA ET SA VOITURE

    (enregistré le 11 janvier 1998 à 7 heures du matin)

    Glaglagla
    Alors alors alors

    Hein bon euh hein bon

    Ploc ploc

    Non mais dis donc là ho dis donc Savapasspassécommsavapasspassécomm

    Glouglou

    Abon

    Bidule truc bougie machin
    Alorskesketakivapa
    Kesketakesketakesketa
    Kesketaketaketactactatatata-a-ta-a-a-vroum

    Amaitoudmêmmêmmêm !

    Tchouf tchouf ploc ploc tchouf tchouf ploc ploc

     

    poème de Marie-Hortense LACROIX, qu'on trouve sur de nombreux sites à vocation scolaire et que Madame lit avec plaisir pour ses grands ados tongue-out

    ***

    - kesketakivapa?

    - J'ai "journée portes ouvertes" même si je ne travaille qu'à mi-temps...

    - Abon

    - Depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir...

    - Non mais dis donc là ho dis donc!

    (hé oui, je ne me sens ni glouglou ni vroumvroum)