roumanie

  • R comme Roumanie

    Je découvre quelques textes qu'Emmanuel Carrère a écrits et publiés en juin 1990, suite à un voyage dans la Roumanie de l'immédiat après Ceaușescu. 

    J'y retrouve tous les éléments qui nous avaient frappés nous aussi cet été-là: un "marécage de mensonges, de rodomontades, de calomnies croisées", la "pénurie et le goût cendreux des jours". Le Front de Salut national "que tout le monde déteste" alors que son président "a été massivement élu" et la responsabilité de cette élection "rejetée sur une population stupide et aliénée." 

    La peur que cette population "se contente de peu et sacrifiera volontiers l'ombre de la démocratie à la proie plus tangible de quelques concessions matérielles, un peu de viande et d'essence" car c'est en effet ce à quoi les gens aspirent le plus, un peu de bien-être matériel. 

    Et la peur des mineurs, venus tout casser et taper du manifestant à la barre de fer. 

    La peur que "la masse, décervelée depuis quarante ans et entretenue dans cet état par la télévision, continuera d'accepter sans rechigner le régime du parti unique". 

    L'amère plaisanterie selon laquelle la Roumanie "est le seul pays dans l'histoire à avoir librement élu des communistes." 

    Le sentiment diffus que le pays pourrait facilement glisser vers un nationalisme orthodoxe et xénophobe. Comme le disait ouvertement une religieuse rencontrée au monastère d'Agapia (en Bucovine), pour qui la Roumanie se devait de récupérer la Bessarabie et être un pays avec une seule langue et une seule religion. 

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    photo prise au monastère d'Agapia en juillet 1990 

    pendant que la religieuse pérorait sur une Grande Roumanie (România Mare) avec une religia şi limbă uniques, un très vieux représentant de cette "masse décervelée depuis quarante ans" était en train de millimétrer le gazon à l'aide de ciseaux. 

    Les extraits cités d'Emmanuel Carrère viennent de "Il est avantageux d'avoir où aller", paru chez POL en 2016.

  • C comme choc culturel

    C’est quoi, un choc culturel ? 

    L’Adrienne, à l’époque, je me demande si elle connaissait ce mot. Mais depuis, elle connaît la sensation. 

    Le choc culturel, c’est arriver dans un pays qui, bien qu’il soit de l’Europe géographique, ressemble plus à l’idée qu’on se fait du Tiers monde. Peu ou pas d’asphalte ou d’éclairage sur les routes, des maisons basses, décrépites, avec des toits de tôle. 

    C’est être entouré d’enfants dépenaillés qui tendent la main, partout où on s’arrête. C’est constater qu’il n’y a pas de commerces indépendants, uniquement de rares points de vente où les gens font la queue. Pour un pain mou et sans goût ou un paquet de cigarettes. C’est le marché noir et la débrouille. Les « réseaux sociaux » de l’entraide et de l’échange: le copain d’un copain, d’un cousin, d’un copain d’un cousin, fournit la ţuică, les tomates, un bout de tissu, qu’on lui revaudra par un autre bien ou service rendu. 

    C’est l’eau courante qui est coupée la majeure partie de la journée. Alors quand il y en a, on remplit la baignoire, quelques seaux. Pour pouvoir verser un peu d'eau dans la cuvette des toilettes... geste dérisoire. 

    C’est le gaz qui est coupé parfois, sans crier gare. Tant pis pour vous si vous avez un plat au four ou une soupe sur le feu. 

    C’est le manque. Le manque de tout ce qui paraît pourtant tellement évident, comme le papier ou les stylos à bille, le sucre ou les pommes de terre. Les fruits frais. 

    C’est faire la queue pendant des heures à une pompe à essence. Chacun éteint son moteur et on pousse les voitures à la main, centimètre par centimètre. 

    Vous pensez bien que l’Homme, l’Adrienne et Chien Parfait, dans leur mobile home (ou camping-car) ne passaient pas inaperçus dans un pays où on ne voyait que de vieilles Dacia: à chaque arrêt, ils créaient l’attroupement. 

    C’est l’aspect de ce voyage que l’Adrienne a le moins aimé… au bout de quelques jours, elle n’avait plus aucun stylo, crayon, carnet, plus rien à offrir. 

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    15 juillet 1990 
    les queues pour l'essence sous 40° C

  • B comme balade en ville

    Le café et la confiture avalés, on emmène l’Homme et l’Adrienne pour une première balade en ville. Seul le chien est déjà parfaitement à l’aise avec tout le monde et tire la gamine au bout de sa laisse. 

    - On va vous montrer le marché, dit Violeta. 

    On arrive en effet à des étals surmontés d’une grande verrière. Des vitres sont cassées, la peinture écaillée, tout est sale, la rouille attaque le métal mais l’ensemble a dû être fort beau, quelques décennies plus tôt. 

    La verrière est complètement vide, à l’exception d’une vieille femme avec un fichu sur la tête, assise sur le sol devant une cagette contenant une carotte et un oignon. 

    Une carotte et un oignon. 

    L’Adrienne n’a pas osé prendre de photo mais ça ne fait rien : l’image est gravée en elle. 

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    13 juillet 1990

  • Adrienne et Mamaie

    C’est une petite vieille dame toute menue, toute voûtée, toute souriante. C’est Mamaie, la maman de Violeta. Entre l’Adrienne et cette petite grand-mère, c’est le coup de foudre, l’amour pour la vie. Mamaie lui tient le bras, lui fait la conversation, lui raconte sa nostalgie. 

    Autrefois, mot magique ! 

    Autrefois… Avant le communisme, avant la guerre, avant les destructions, les restrictions, les pénuries… 

    Autrefois, raconte Mamaie, son mari et elle avaient une jolie maison entourée d’un jardin plein de fleurs et d’arbres fruitiers. 

    Démolie, la jolie maison, rasé, le beau jardin, pour y construire des blocs de béton. 

    Autrefois, raconte Mamaie, nous avions un roi, nous aussi. 

    Mamaie connaît son Gotha sur le bout des doigts, en tout cas celui d’avant-guerre. Ah ! qu’il était beau, le roi Mihai, qu’elle était belle et digne, sa mère Elena, quel malheur le communisme ! Les Hohenzollern-Sigmaringen, les Saxe-Cobourg-Gotha, tu vois, dit-elle, nous sommes de la même famille que ton roi Baudouin. 

    Peu de mots – le français de Mamaie date des années 30 – beaucoup de gestes, quelques larmes et de gros câlins, Mamaie et l’Adrienne se comprennent parfaitement. 

    - Plus jamais, dit Mamaie, plus jamais je n’ai mangé de bons abricots comme celui de l’arbre de notre jardin d’autrefois. 

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    assise à gauche, à l'avant-plan, petite Mamaie (prononcer Mama-yé) 
    debout, Violeta, assis dans le fauteuil, son fils (22 ans) 
    les lunettes et la queue de cheval sont à l'Adrienne 

  • Première expérience

    Les présentations faites, l’Homme et l’Adrienne continuent de sentir peser sur eux les quatre regards observateurs. L’obstacle de la langue installe un certain silence. L’émotion fait perdre à Violeta le peu de français qu’elle connaît. Son mari ne parle que le roumain, son fils un peu d’anglais et la petite est trop intimidée pour ouvrir la bouche. 

    L’Adrienne est dans le même cas : ses rudiments de roumain semblent s’être presque tous évaporés et il est encore un peu tôt dans la journée pour sortir un « noapte bună », seule formule dont elle se souvienne avec précision

    Violeta disparaît dans sa cuisine suivie de sa fille et revient avec deux tasses de café et deux soucoupes dans lesquelles elle a déposé un peu de confiture maison.

    On n’est pas dans un pays où la ménagère qui reçoit une visite n’a qu’à ouvrir son placard à provisions pour en sortir un paquet de chocolat ou de biscuits. Ici, on le verra dès le premier jour, ici il n’y a rien. Rien que la débrouille. 

    - Vous aimez ? s’enquiert Violeta. C’est du café turc. 

    L’Homme et l’Adrienne le trouvent horrible. 

    - C’est très différent de ce qu’on connaît, dit l’Adrienne, qui à l’époque ne buvait jamais de café. 

    Le café turc de Violeta, c’est du café moulu qu’on fait bouillir plusieurs minutes dans un poêlon, puis on le verse dans les tasses en essayant de ne pas transvaser trop de marc. Mission impossible et breuvage très amer. Dans le pays de l’Adrienne, la température de l’eau pour le café est une chose à tenir bien à l’œil : « café bouillu, café foutu ! » 

    - On fera notre café nous-mêmes, glisse l’Homme à l’Adrienne. 

  • X c'est l'inconnu

    Qu’il soit permis à l’Adrienne de rappeler à la jeunesse une autre réalité de l’époque : dès qu’on avait quitté la maison, on y laissait en même temps la possibilité d’être joint au téléphone, les seuls appareils étant fixes. 

    Début juillet, l’Homme, l’Adrienne et le Chien Parfait ont donc quitté leur verte campagne, traversé la Belgique et l’Allemagne, passé deux jours en Autriche, traversé la Hongrie, passé encore un jour à Eger et une nuit à Tiszafüred avant d’entrer en territoire roumain. 

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    au camping de Tiszafüred 
    chien parfait posant comme on le lui a ordonné 

    kiss 

    (ici la narratrice fait une pause, l’émotion est trop forte, les souvenirs affluent, les images sont encore si vivaces et pourtant il n’y a dans l’album qu’elle est allée chercher au grenier aucune photo de tout ce trajet entre la frontière hongroise et le sud de la Roumanie : 374 mémorables kilomètres sur des routes plus ou moins asphaltées, où passent aussi des charrettes tirées par des mulets, des charrettes à bras, des troupeaux de canards, des oies, des chèvres, des moutons, des chiens vagabonds... et où jouent des enfants

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    route menant au village où Violeta enseignait à l'époque 

    Tout ça pour vous dire que sans téléphone portable, sans GPS, sans rien, il a fallu trouver la bonne rue dans une ville de 300 000 habitants, trouver le bloc H3 parmi des dizaines d’autres blocs, tous semblables, trouver l’escalier C, et enfin la porte de l’appartement de Violeta. 

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    bloc H3 escalier C 

    L’Adrienne sonne. Une gamine vient ouvrir. Referme aussitôt la porte. On l’entend courir et crier dans le couloir.

    L’Adrienne et l’Homme se regardent : se seraient-ils trompés d'appartement ? Aucun nom n’est indiqué sur la sonnette. Puis la porte s’ouvre de nouveau et malgré la mauvaise qualité de la photo qu’elle a envoyée dans un de ses courriers, on reconnaît Violeta :

    - C’est vous ? dit-elle. C’est vraiment vous ? Vous êtes vraiment venus de si loin pour nous voir ?

  • V comme vorbesc româneste

    L’Adrienne s’est acheté un Assimil® pour bien préparer le voyage et a potassé ses rudiments de « roumain sans peine », soir après soir.

    Les problèmes commencent dès la leçon numéro 1 : vorbesc româneste, je parle le roumain. L’accent circonflexe sur le a indique qu’il faut le prononcer « du fond de la gorge, comme un i sourd » explique-t-on à la page V de l’introduction. Jamais l’Adrienne n’a réussi à bien le dire, ne sachant ni comment ni où le former exactement.

    Bref, au bout d’une semaine de labeur, elle sait demander « ce mai faci » (prononcer tché maille fatch, comment vas-tu?) et répondre « foarte bine, mulțumesc » (prononcer faux Arte biné moult sous mesque, très bien merci), elle sait conjuguer avoir et être au présent, compter jusqu’à vingt et sortir quelques formules toutes faites.

    Elle se rend bien compte que ça ne l’avancera pas beaucoup dans la vraie vie roumaine mais au moins elle sait dire merci… et j'ai soif : Mi-e sete ! 

    assimil.jpg

    le voici, édition 1989 

    cool 

    la petite phrase "vorbesc româneste" a finalement été fort utile à l'Adrienne, mais à la forme négative "nu vorbesc româneste", le jour où trois garçons sont entrés dans son mobile home (pendant que l'Homme était parti faire pipi dans la nature) et qu'ils voulaient lui acheter le jean qu'elle portait! 

     

  • U comme urare, urari

    Il ne leur a pas fallu longtemps, à Violeta et à l’Adrienne, pour se découvrir simultanément l’envie de se rencontrer. Une envie et un besoin si forts qu’il a été décidé de l’organiser pour cet été-là, celui de 1990, celui de tous les espoirs, le premier été après la chute du Geniu Carpaților. 

    L’Homme et l’Adrienne ont loué un mobile home (ou camping-car, pour les Français), acheté des cartes routières d’Allemagne, d’Autriche, de Hongrie, de Roumanie et de Yougoslavie – pour certaines, il a fallu se rendre à la capitale dans un magasin spécialisé – et décidé du parcours : pour l’aller, ce serait avec arrêt et visite de l’abbaye de Melk, du château de Schönbrunn, des vignobles et des monuments baroques d’Eger et pour le retour, Golubac, Smederevo, Manasija, d’impressionnantes forteresses médiévales le long du Danube côté yougoslave

    Entre les deux, une dizaine de jours de découverte de la Roumanie avec Violeta et sa famille. 

    Au fil des semaines, le projet prenait corps, se peaufinait et l’excitation un peu nerveuse devant ce grand inconnu augmentait. 

  • T comme traiasca internetul (bis)

    Jeunes gens qui passez par ici, si vous y passez, vous n’avez peut-être pas connu cette époque où, si on voulait garder le contact avec un ami lointain, il fallait faire confiance à un bout de papier, y coller un timbre, y inscrire une adresse, l’écouter tomber dans une boîte – rouge chez nous, jaune en France – puis espérer que toute la chaîne des différents services postaux ferait infailliblement son travail. 

    Vous n’avez peut-être pas connu cette inquiétude qui saisit l’expéditeur dès le début : l’adresse est-elle suffisamment lisible ? l’enveloppe ne sera-t-elle pas malencontreusement détrempée, l’encre effacée ? ne sera-t-elle pas perdue, quelque part sur sa longue route ? 

    Vous n’avez peut-être pas connu non plus l’excitation de l’attente ni la joie de découvrir, parfois deux ou trois semaines plus tard, une réponse à votre lettre. Parfois il était heureux que vous ayez gardé votre brouillon – car oui, on faisait d’abord un brouillon, qu’on relisait plusieurs fois, qu’on retravaillait, où on pesait chaque mot – brouillon qui vous permettait de vous rappeler quelles questions vous aviez posées, quelles anecdotes vous aviez racontées, trois semaines plus tôt. 

    *** 

    Dans la correspondance avec Violeta, il est vite apparu un problème: certaines lettres ne lui parvenaient pas. La machine à rumeurs disait que d'indélicats membres de la longue chaîne reliant l'expéditrice à la réceptionnaire ouvraient les lettres venant de l'étranger, dans l'espoir d'y trouver des billets de banque. 

    Dès lors, l'Adrienne n'a plus jamais cacheté ses missives, qui sont toutes arrivées sans encombres. 

     

  • 22 rencontres (16)

    Était-ce déjà le printemps, quand la lettre est arrivée ? Non, probablement pas. 

    Une enveloppe qui ne ressemblait à aucune autre, à commencer par la texture du papier. Et sa couleur. 

    L’écriture aussi était différente

    L’enveloppe venait de Roumanie et ne portait que cette seule inscription : « Aux enfants de l’école de X***, Belgique » 

    Par quel miraculeux hasard était-elle arrivée dans le casier de l’Adrienne ? Dans la boîte aux lettres de son école ?
    Il y avait une dizaine d’autres adresses où elle aurait pu être délivrée : écoles maternelles, primaires, secondaires… Pourquoi la sienne ?
    Et dans la sienne, des tas d’autres casiers, d’autres profs, d’autres collègues de
    français langue étrangère. Pourquoi celui de l’Adrienne ? 

    A l’intérieur, une lettre : un message vibrant d’espoir et d’ouverture sur le monde, que l’Adrienne a lu avec émotion à toutes ses classes. 

    C’est ainsi qu’a débuté son histoire d’amour avec ce pays et ses habitants. 

    C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de Violeta, de son mari, de ses enfants, de sa maman, de sa famille, de ses amies, de ses collègues, des amis de ses enfants. 

    Une rencontre cruciale et une amitié pour la vie. 

    *** 

    tous les billets sur cette rencontre ici ou en suivant le tag 'Roumanie' 

    amitié,roumanie,souvenir

    une des classes de l'école où Violeta enseignait à l'époque 

  • R comme Roumanie

    1.les prémices 

    C’est avec stupeur, ahurissement, admiration que l’Adrienne et l’Homme ont vu un premier pan de mur s’écrouler dans la nuit. Peur aussi, appréhension : quelles seraient les conséquences ? Les soldats, qu’on voyait ici et là, ne tireraient-ils pas sur cette foule ? Ils n’avaient pas hésité, auparavant… Le régime n’enverrait-il pas ses chars, comme les fois précédentes, en d’autres lieux ? Était-ce vraiment la fin d’un monde ? 

    Tous ceux qui ont vu ces images à la télé, en novembre 1989, ont dû ressentir cette même émotion, forte, prégnante, intense. 

    L’Adrienne en tout cas a pleuré en voyant les Berlinois de l’ouest ouvrir les bras et les refermer tendrement, fermement, joyeusement, sur ceux qui avaient escaladé les premières ruines du mur qui les séparait depuis 28 ans. 

    2.Geniul Carpaților 

    Dans les semaines d’après, l’Adrienne a suivi les évènements le cœur battant. Les uns après les autres, des régimes plient, des militaires baissent les armes, des dirigeants acceptent des réformes ainsi que l’organisation d’élections plus libres. Tous se rendent compte du sens de l’histoire, apparemment. Tous, sauf un : le Génie des Carpates, qui croit devoir durcir encore ses positions et les conditions de vie de son peuple, déjà si fortement éprouvé par ses diverses politiques, toutes aussi désastreuses… La précarité, les pénuries alimentaires ou autres s’en trouvent encore aggravées.

    Le 21 décembre, l’Adrienne est de nouveau devant sa télé, le cœur battant, et voit la foule scander « Timișoara » et « libertate » devant un Ceaușescu plutôt ahuri. Il avait précisément ordonné ce rassemblement populaire dans le but de montrer à tous le soutien du peuple roumain à son régime. La transmission est coupée. La révolution – ou était-ce un coup d’État déguisé ? dans la Roumanie d’alors, les rumeurs les plus folles sont colportées, et celle-là est peut-être la moins folle de toutes – la révolution est en marche. 

    Malheureusement, elle fera plus d’un millier de morts. 

    *** 

    La photo de Leiloona a donné lieu, le 9 janvier, à un texte-souvenir sur la Roumanie et depuis ce jour-là, quand j'écris, c'est sur ce sujet. 

    Il y aura donc quelques billets rappelant la découverte de ce pays et de quelques-uns de ses habitants. 

  • G comme Grande Roumanie

    bricabook248.jpg

    Demain, dit Violeta, on va se lever tôt parce qu'on a une longue route à faire. 

    Nous on est d'accord. Ceux qu'il faut attendre, c'est Violeta et Traian, toujours à se précipiter dans une queue, dès qu'ils en repèrent une, pour acheter un paquet de cigarettes. 

    Ce matin, dit Violeta, il faut beaucoup manger, parce qu'on ne va pas s'arrêter en route et on ne va arriver en Bucovine que ce soir. 

    Là on n'est pas d'accord. Prendre un bon petit déjeuner ne nous empêchera pas d'avoir faim à midi et l'Homme, la faim le rend de très mauvaise humeur. 

    Pas question! dit-il fermement. 

    C'est que, tente d'expliquer Violeta, on va traverser un territoire magyar et là, on ne nous aime pas. Si on s'arrête, ils vont voir à notre voiture qu'on vient du Dolj et on va sûrement avoir des problèmes! 

    Parce que Violeta, depuis la chute du mur de Berlin puis celle toute récente de leur Conducător, s'attend à tout moment à une guerre civile: elle ne peut pas croire que les minorités allemandes ou hongroises accepteront de rester roumaines. 

    Pas question! répète l'homme. A midi, on s'arrête pour manger. 

    C'est ainsi qu'on a traversé les Carpates, Violeta avec la peur au ventre, Traian espérant que sa voiture ne retombe pas en panne comme elle l'avait déjà fait le matin même. Qu'on s'est arrêtés à Tîrgu Mures (70 000 magyarophones) et qu'au grand étonnement de Violeta les gens étaient comme elle. Gentils et accueillants. 

    Mănâncă frumos, dit-elle à son mari qui ouvrait juste tout grand la bouche, că te fotografiază Peter! 

    *** 

    L'Adrienne a laissé un gros bout de son cœur en Roumanie 

    alors merci pour cet atelier 248, Leiloona!

  • M comme Mateiu

    Le temps des vacances, on se sent toujours obligée de faire un peu de rangement mais cette année-ci une sorte de miracle a eu lieu: on s'est attaquée à trois grandes boites de "souvenirs" qui traînaient depuis trois ans dans le salon et on a réussi à en jeter la majeure partie. 

    Evidemment, on est de nouveau tombée sur quelques trucs qu'on ne peut ni jeter, ni donner, comme cet énorme livre de Mateiu Caragiale

    mateiu caragiale.JPG

    Il s'agit d'une édition bilingue roumain-français de poèmes de Mateiu Caragiale, reçue en cadeau de mes amis roumains lors de notre première rencontre, l'été qui a suivi la chute du conducator. 
    Comme cet épais bouquin fait 34 cm sur 24, il n'entre dans aucune des boîtes de la bibliothèque... 

    ***

    Bref, les trois grandes boîtes se trouvent réduites à un demi-carton, c'est une véritable prouesse, du jamais vu sur la planète Adrienne.

     

  • W comme wagon de train

    débora2.jpg

    © Thiophene_Guy.

     

    http://ecrire-and-co.fr/patchwork-de-plumes-jeu-n-2/

    merci Débora!

    ***

    Il s’appelle Traian en l’honneur de l’empereur romain qui a fait de son pays une enclave latine dans un océan slave.

    Prénom choisi et voulu par sa mère, qui pourtant l’appelle uniquement Puiu, poussin.

    Même quand elle monte dans son train bondé, qu'il doit faire preuve d'autorité dans la chasse aux resquilleurs et que du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il porte crânement le béret, le sifflet et la lourde sacoche.

    - Ne m’appelle pas comme ça, Mămică
    - Et pourquoi pas, mon Puiu ?

  • V comme verwendag

    Un samedi du mois d'octobre, depuis quelques années déjà, une tente est installée devant la bibliothèque. Tout le personnel est présent et en habit de fête pour accueillir les lecteurs, offrir une boisson et un petit cadeau.

    'Verwendag', ça veut dire la journée des gâteries.

    Ce jour-là, la location des CD et DVD est gratuite.

    L'Adrienne est rentrée chez elle avec "Seres queridos", un film hispano-argentin de Dominic Harari et Jeresa Pelegri; et avec "Amintiri din epoca de aur", un film roumain de Cristian Mungiu (et quatre autres).

    La presse est plutôt partagée et il va falloir juger par soi-même Langue tirée

    Pour "Seres queridos":

     

     

     

     

    http://vimeo.com/78989190

     

    Vous aussi, si vous voulez: http://vimeo.com/78989190

     

    Pour le film roumain:

  • V comme Violeta

    Chère Violeta

    Dernièrement, je suis passée par chez toi. C'était un jeudi, vers les onze heures du matin. Le soleil brillait sur la plaine du Danube et pourtant il ne faisait que -56°. Il faut dire que je me trouvais à 11277 mètres d'altitude.

    C'est donc un peu pour ça, et aussi à cause de la vitesse de notre moyen de locomotion, que je n'ai pas pu te faire un petit bonjour comme j'aurais aimé le faire...

    Alors en compensation, j'ai sympathisé dès mon arrivée à Istanbul avec les quatre collègues de la délégation roumaine, que j'ai très certainement abreuvé à force de leur parler de toi, des incroyables circonstances de notre rencontre et de nos vingt ans d'amitié.

    Je n'ai pas pu m'empêcher non plus de les saouler avec les trois mots de roumain que je connais (Noroc! c'est le cas de le dire, hahaha) mais ils me l'ont pardonné, je crois, et nous nous sommes promis de garder contact par mail :-)

    Grâce à toi, j'ai pu répondre à toutes leurs questions et obtenu mon diplôme de "véritable connaisseuse" de la culture roumaine: les sarmale, la tsuica, le kozonac, la mamaliga et les trésors de la Bucovina, j'ai été incollable ;-)

    Alors je te dis multsumesc et je t'embrasse bien fort

    Istanbul 2010 020 - kopie.JPG

    une vue de la salle où nous étions pour les "réunions plénières" avec l'inévitable drapeau turc ;-)

  • T comme Traiasca Internetul!

    "Traiasca Internetul!", écris-je à Violeta, mon amie roumaine. Non pas que je sache le roumain - mes connaissances se limitent à quelques mots de base comme 'merci' et 'santé' et deux ou trois petites phrases parmi lesquelles la fameuse "maninca frumos" dont je ne vous parlerai pas aujourd'hui (clin d'oeil à toi, Violeta ;-))

    Non pas, disais-je donc, que je sache le roumain, j'ai simplement copié la phrase d'un powerpoint - heureusement bilingue - que mon amie Violeta m'envoie. Le message en est, grosso modo: parfois je t'envoie un powerpoint sans l'accompagner d'un petit mot, n'en sois pas irritée, c'est parce que je pense à toi mais que je n'ai pas le temps d'écrire.

    C'est vrai que je n'aime pas tellement ça et que personnellement je ne le fais jamais.

    Par contre je suis tout à fait d'accord avec le message final, "traiasca Internetul", vive l'internet, qui me permet de garder le contact si facilement avec les amies dont je suis séparée par tant de kilomètres...

    Et moi qui veux garder l'anonymat le plus absolu sur ce blog, voilà déjà trois amies "de loin" qui en connaissent l'existence.

    Pour ceux que ça intéresse, on peut voir le pps en question ici http://www.slideshare.net/Beatris/vive-internet-presentation

  • R comme Roumanie

    Un gamin de 12 ans frappe à la porte de notre bureau des coordinatrices. L'oeil sombre et l'air buté.

    - Je devais venir voir Mme P*** à midi, me dit-il.
    - Je regrette, elle n'est pas là. Mais je lui dirai que tu es passé. Entre, on va noter ton nom sur une feuille.

    Je regarde le nom qu'il a noté. Il se termine par -escu. Un Roumain, sans nul doute! Je revois en un flash immédiat mon amie Violeta et une grande bouffée d'amitié me submerge. Nous étions là-bas, en Roumanie, à discuter des "identités".

    - Le vrai Roumain d'origine, me disait-elle, porte un nom en -escu.
    - Ah! je comprends alors les Eugène Ionesco, Lola Popesco...
    - Exactement!

    Je regarde ce futur brun ténébreux et lui dis avec un grand sourire:

    - Tu es d'origine roumaine?

    Mais ce n'était même pas une question, en fait. Et oui, son père et sa mère sont Roumains, arrivés en Belgique vers l'époque de sa naissance, il a encore ses grands-parents là-bas et avec eux il parle le roumain.

    Depuis, chaque fois que je le repère dans un couloir, j'ai envie de lui faire un clin d'oeil ou de lui parler de la Roumanie.

    Mais je me retiens. Je ne crois pas qu'il apprécierait ;-)

     

     

  • C comme chocolate cake

    Mon amie Gabriela (rappelez-vous, c'était ici  que vous pouviez faire connaissance de son travail d'artiste http://www.gabrielaboiangiu.com/ a ajouté une sixième recette, où le chocolat est tellement présent que ça en devient proprement irrésistible. Donc je vous fais un rappel de son projet de recettes-gâteaux-cadeaux comme elle le décrit ici: http://www.gabrielaboiangiu.com/#/share/4534739800 et je vous donne la recette du pudding au chocolat! Pour la photo, il faudra aller sur son site...

    ‘SHARE’ CHOCOLATE PUDDLE PUDDING

     

    Ingredients:

    250g broken plain chocolate

    300ml milk

    2 tbs brandy

    50g unsalted butter at room temperature

    150g caster sugar

    2 eggs, separated

    25g self raising flour

    25g cocoa powder

    Vanilla extract

     

    Cocoa powder for dusting

    Strawberries dipped in melted chocolate for a fancy occasion.

     

    Makes one cake: 12 portions

    Preparation time:1hr (with coated chocolates and strawberries.

    Baking time: 45min

     

    Preheat oven to gas mark 4, or 180 Celsius.

     

     

    Put the broken pieces of chocolate in a saucepan with the milk and heat gently until the chocolate has melted. Stir in the brandy if you will be using any.

     

    Beat the butter and the sugar, and the two egg yolks. Then add the cocoa and the flour and the vanilla extract. Then add the chocolate mixture.

    Beat the egg whites separately until they hold their shape. Then easily fold the mixture all together. Put in a round tin and then bake at 180 degrees for 35-45 minutes, until it has a crust. The middle will be soft and runny, so don’t over bake.

     

    Add cocoa powder and/or chocolate coated strawberries to decorate.

     

    Enjoy!

     

    Once you have baked this cake once or twice, please take a photograph and send it to the artist with few suggestions of your own if you have any; suggestions that can be added to the recipe or decorations.

     

    Hope you will enjoy this and also pass it on to somebody else.

     

    Gabriela Boiangiu

    gabi_art@hotmail.com

  • R comme relayer des recettes

    Gabriela est une amie et une artiste. Si vous voulez la connaître mieux avant de poursuivre, allez voir ici http://www.gabrielaboiangiu.com/

    J'aimerais vous faire participer à son projet de recettes-gâteaux-cadeaux comme elle le décrit ici: http://www.gabrielaboiangiu.com/#/share/4534739800

    Un exemple?

    ‘SHARE’ CHOCOLATE ORANGE CAKE

    Ingredients:

    2 oranges
    6 eggs
    1 tsp baking powder
    ½ tsp bicarbonate of soda
    200g ground almonds
    250g carter sugar
    50g cocoa powder
    Optional: Chocolate or icing for decorating.

     

    Makes one cake: 12 portions
    Preparation time: 2hrs boiling two oranges+30min
    Baking time: approximately 1 hr

     

    Boil two whole oranges for 2 hours. Cool them down and mash them with a food processor to make them into pulp.

    Put grease paper on a round cake tray. Preheat the oven to 180 degrees.

    Mix the eggs with 250g sugar and beat well. Add the ground almonds and baking powder and bicarbonate of soda. Then add cocoa powder and the orange pulp. Mix all the ingredients well.

    Poor the dough into the tray and bake for 60 min. Try with a skewer, to see if it is baked in the middle. The cake is quite moist so make sure you don’t bake for too long.

    Enjoy!

     

    Once you have baked this cake once or twice, please take a photograph and send it to the artist with few suggestions of your own that can be added to the recipe or decorations.

    Hope you will enjoy this and also pass it on to somebody else.

     

    Gabriela Boiangiu gabi_art@hotmail.com

     

    Et si ça vous a mis l'eau à la bouche, il y a aussi le cake aux fruits, le cake aux carottes et les very british biscuits au gingembre ;-)

    Je compte sur vous!

     

  • V comme Valentin

    Valentin Boiangiu, artiste roumain installé en Angleterre

    Distant woods1, mixed media on paper,80x48cm

    vali_008

    J'aime le côté "féerique" de cette oeuvre: j'y trouve à la fois le sentiment de l'attirance, de la beauté et celui de l'angoisse, de la prescience du danger...

    Tout semble bien équilibré, mais il y a ce chaos qu'on devine...

    J'y retrouve toutes sortes de sensations qui sont présentes dans la plupart des contes.

  • R comme Roumanie

    Puisque ce sont les vacances, je vous propose d'aller regarder un petit film en roumain sous-titré en français. Je laisse la parole au réalisateur: 

    "Chers amis, je suis Alexandru MITA, metteur en scène et professeur de FLE, directeur de la troupe de théâtre et de cinéma de l'Association Culturelle Europea. Je vous invite à découvrir le site du film artistique "Un Jeu", le premier film avec ados que j'ai réalisé voilà 3 ans, adaptation d'après un roman pour les jeunes de l'écrivain roumain Alexandru MITRU et, en même temps, modèle de lecture plurielle. J'ai sous-titré en français pour l'instant seulement la première partie (vous verrez qu'il y a les trois parties du film sur le site). Je veux savoir vos opinions sur ce film et j'attends de la part des profs qu'ils me contactent pour réaliser ensemble des projets Comenius avec des films (dans ce domaine j'ai une riche expérience, récompensé avec 4 prix Label Européen dans les 5 dernières années).
     Je vous attends donc sur http://www.films.uv.ro , le site du film artistique "Un Jeu".
     Merci d'avance pour vos opinions!
     Alexandru MITA - Roumanie "

    Allez donc prendre un petit bain de langue en roumain!

  • R comme Roumanie

    Désolée! Pas de troisième leçon de roumain... ce mois-ci, je suis légèrement débordée...

    Tu vois bien, Violeta, que j'ai besoin de ton aide!

    En compensation, une photo du musée des Arts de Craiova:

    craiovamuseedart

  • R comme Roumanie

    Deuxième leçon de roumain

    Allons tout de suite à l'essentiel:

    Mi-e sete!   (tous ces e se prononcent é)                

    Ce qui veut dire: J'ai soif!

    Une fois le verre en main, vous dites: Noroc!

    Ce qui est l'équivalent de notre : Santé! mais qui en fait signifie 'bonne chance'

    Si on remplit votre verre une seconde fois et vous ne voulez pas passer pour un poivrot fini, vous dites: Puţin                (prononcer poutsine)

    Ça veut dire: un peu.

    Et finalement n'oubliez pas de remercier: Mulţumesc!      (moule-tsou-mesque)

  • Reportage hier soir

    Hier soir aussi un reportage sur l'adoption. On suit une jeune femme d'origine indienne à la recherche de sa famille. Elle est mariée et mère de trois enfants mais espère retrouver sa mère, son père, sa soeur, son frère, qu'elle a "perdus" à l'âge de 5 ou 6 ans. Une histoire tout à fait invraisemblable et pourtant vraie (ah! Boileau!), tragiquement vraie... Comment retrouver dans un pays comme l'Inde une famille dispersée qu'on n'a plus vue depuis 22 ans si on ne se rappelle même plus le nom du village où on a vu sa maman pour la dernière fois?

    Un garçon de 18 ans, abandonné par sa mère dans un orphelinat roumain près de Constanta, a été adopté à l'âge de 6 ans. Ses parents adoptifs l'emmènent pour la première fois en Roumanie pour lui montrer où il a passé ses premières années. Ils espèrent aussi retrouver sa mère et sa grand-mère. Mais ils espèrent surtout que cette confrontation avec ses origines lui ouvrira les yeux et lui fera saisir à pleines mains ses chances actuelles au lieu de continuer à se laisser aller d'échec en échec.

    A suivre...

  • r comme roumain

    Première leçon de roumain

    Nu sînt român              Je ne suis pas Roumain

    Nu sînt româncă           Je ne suis pas Roumaine  Toutes les lettres se prononcent

    - u se prononce ou

    - ă ressemble plus à un e muet ou à l'article anglais comme dans "a dog" par exemple

    - î et â ont à peu près la même prononciation; ce son n'existe dans aucune autre langue que je connais et je n'ai pas encore réussi moi-même à bien le dire… mais vos interlocuteurs roumains comprendront et applaudiront vos efforts

     

  • H comme hasard

    Certains disent que le hasard n'existe pas...

    En décembre 1989, les Roumains se débarrassent de leur Conducator. En janvier 1990, un professeur de français et de roumain décide, avec sa classe, d'envoyer une lettre à une ville choisie au hasard, tout simplement en pointant un doigt sur un atlas ouvert à la page de l'Europe de l'Ouest.

    Cette ville sur laquelle un doigt innocent s'arrête, c'est la ville où j'enseigne.

    Le prof en question s'appelle Violeta. D'une belle écriture calligraphiée, elle écrit sur l'enveloppe:

    Aux enfants de l'école de *** en Belgique

    Et c'est tout.

     

    Dans la ville où j'enseigne, il y a une bonne vingtaine d'adresses où cette lettre pourrait être déposée: de nombreuses adresses d'écoles primaires, par exemple. Mais elle arrive dans mon casier. Dans mon école d'enseignement secondaire (uniquement général, à l'époque). Où il y a tout un bataillon de profs. Et autant de casiers.

    Mais le hasard fait bien les choses: cette lettre est arrivée dans le bon casier. Elle a pour moi quelque chose d'infiniment émouvant. Je la lis avec des tremblements dans la voix à toutes mes classes. Nous commençons une correspondance. Et je rencontre Violeta à Craiova en juillet 1990. Aujourd'hui encore, elle est mon amie.