souvenir

  • R comme Roumanie

    Je découvre quelques textes qu'Emmanuel Carrère a écrits et publiés en juin 1990, suite à un voyage dans la Roumanie de l'immédiat après Ceaușescu. 

    J'y retrouve tous les éléments qui nous avaient frappés nous aussi cet été-là: un "marécage de mensonges, de rodomontades, de calomnies croisées", la "pénurie et le goût cendreux des jours". Le Front de Salut national "que tout le monde déteste" alors que son président "a été massivement élu" et la responsabilité de cette élection "rejetée sur une population stupide et aliénée." 

    La peur que cette population "se contente de peu et sacrifiera volontiers l'ombre de la démocratie à la proie plus tangible de quelques concessions matérielles, un peu de viande et d'essence" car c'est en effet ce à quoi les gens aspirent le plus, un peu de bien-être matériel. 

    Et la peur des mineurs, venus tout casser et taper du manifestant à la barre de fer. 

    La peur que "la masse, décervelée depuis quarante ans et entretenue dans cet état par la télévision, continuera d'accepter sans rechigner le régime du parti unique". 

    L'amère plaisanterie selon laquelle la Roumanie "est le seul pays dans l'histoire à avoir librement élu des communistes." 

    Le sentiment diffus que le pays pourrait facilement glisser vers un nationalisme orthodoxe et xénophobe. Comme le disait ouvertement une religieuse rencontrée au monastère d'Agapia (en Bucovine), pour qui la Roumanie se devait de récupérer la Bessarabie et être un pays avec une seule langue et une seule religion. 

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    photo prise au monastère d'Agapia en juillet 1990 

    pendant que la religieuse pérorait sur une Grande Roumanie (România Mare) avec une religia şi limbă uniques, un très vieux représentant de cette "masse décervelée depuis quarante ans" était en train de millimétrer le gazon à l'aide de ciseaux. 

    Les extraits cités d'Emmanuel Carrère viennent de "Il est avantageux d'avoir où aller", paru chez POL en 2016.

  • J comme Joe, jeu et je me souviens

    Je me souviens qu'avec mon père il y avait du sport à la radio toute l'année. 

    Je me souviens que le premier janvier, quand la famille était réunie pour le nouvel an dans la chapellerie familiale, mon père et son frère étaient collés à la télé devant le saut à ski à Garmisch-Partenkirchen. Je me souviens que je ne comprenais pas ce que ça pouvait avoir de si passionnant ni pourquoi ils faisaient de grands "chut", alors que les noms, la nationalité et les temps étaient affichés à l'écran. 

    Je me souviens que la saison cycliste était une succession de moments forts et de victoires belges: Eddy Merckx, Lucien Van Impe, Freddy Maertens, Roger De Vlaeminck et tant d'autres gagnaient à peu près toutes les courses. 

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    mon père à 13 ans 

    Je me souviens de cet été où nous avons par hasard croisé une étape du tour de France et où ma mère, cette dame si respectable, si comme-il-faut, si digne, s'est égosillée à hurler des encouragements au passage d'Eddy Merckx. Je me souviens que grand-mère Adrienne trouvait qu'il gagnait trop de courses et qu'il aurait mieux fait d'en laisser pour les autres. 

    Je me souviens de l'admiration de mon père pour une toute jeune gymnaste roumaine qui nous a tous stupéfiés l'été 1976. Je me souviens que j'avais peur à chaque seconde qu'elle se rompe le cou mais son pied se posait toujours aussi miraculeusement que gracieusement sur la poutre. Je me souviens qu'elle savait absolument tout faire à la perfection et voltigeait avec la même souriante facilité sur le tapis ou aux barres asymétriques. 

     

    Je me souviens que sa passion prédominante était le football, probablement parce que c'était le sport dans lequel il avait atteint le meilleur niveau, capitaine de son équipe qu'il a menée au championnat. 

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    Je me souviens que mon frère n'avait aucune motivation pour les études mais qu'il connaissait parfaitement par cœur les noms, dates de naissance, taille, poids et curriculum sportif de tous les footballeurs des équipes belges, grâce à ses figurines et albums Panini. 

    Je me souviens qu'il me soumettait ses figurines en me demandant de désigner quels footballeurs je trouvais les plus beaux. Je me souviens que de guerre lasse, j'ai désigné un joueur du RWDM qui avait de beaux cheveux blonds tongue-out

    Je me souviens que mon père appréciait Paul Van Himst

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    Paul Van Himst, à l'âge de 21 ans, source de la photo ici 

    Je me souviens qu'un été on est allé voir les matchs de tennis à Westende - Jacky Brichant était venu y soutenir un tournoi en jouant quelques matchs avec des jeunes - et que je n'ai jamais réussi à comprendre les règles de ce sport ni surtout le bizarre comptage des points. 

    Je me souviens que pour moi depuis toujours, le sport est une chose qui se pratique mais qui n'offre aucun intérêt à la vue ni à l'ouïe. 

    *** 

    consigne du jeu
    "Je me souviens du sport, d'athlètes et d'événements sportifs" 
    chez Joe Krapov

  • Z comme Zinzin

    Quand l'Adrienne revient de son cours de solfège, le lundi soir, ou quand elle rentre d'un concert, d'un opéra, à chaque fois c'est pareil: elle chante dans la rue et tous ceux qui l'entendent doivent la croire complètement zinzin. 

    Mais ce n'est pas grave. 

    Dimanche dernier, entre l'académie de musique et la maison de tante Fé, elle n'a pas cessé de chanter ceci en marchant, de peur de l'oublier en cours de route: 

    une chanson de 1930 que chantait son grand-père et qu'elle n'avait plus entendue depuis très (très, très) longtemps  

    *** 

    c'est bien de l'avoir retrouvée 

    c'est bien d'en comprendre enfin les paroles 

    et de revoir le grand-père qui regardait son épouse d'un air coquin 

    en la chantant 

    tongue-out

  • 22 rencontres (16)

    Était-ce déjà le printemps, quand la lettre est arrivée ? Non, probablement pas. 

    Une enveloppe qui ne ressemblait à aucune autre, à commencer par la texture du papier. Et sa couleur. 

    L’écriture aussi était différente

    L’enveloppe venait de Roumanie et ne portait que cette seule inscription : « Aux enfants de l’école de X***, Belgique » 

    Par quel miraculeux hasard était-elle arrivée dans le casier de l’Adrienne ? Dans la boîte aux lettres de son école ?
    Il y avait une dizaine d’autres adresses où elle aurait pu être délivrée : écoles maternelles, primaires, secondaires… Pourquoi la sienne ?
    Et dans la sienne, des tas d’autres casiers, d’autres profs, d’autres collègues de
    français langue étrangère. Pourquoi celui de l’Adrienne ? 

    A l’intérieur, une lettre : un message vibrant d’espoir et d’ouverture sur le monde, que l’Adrienne a lu avec émotion à toutes ses classes. 

    C’est ainsi qu’a débuté son histoire d’amour avec ce pays et ses habitants. 

    C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de Violeta, de son mari, de ses enfants, de sa maman, de sa famille, de ses amies, de ses collègues, des amis de ses enfants. 

    Une rencontre cruciale et une amitié pour la vie. 

    *** 

    tous les billets sur cette rencontre ici ou en suivant le tag 'Roumanie' 

    amitié,roumanie,souvenir

    une des classes de l'école où Violeta enseignait à l'époque 

  • Question (pas) existentielle

    question,art,souvenir

    La question n'est pas vraiment existentielle, pourtant elle occupe l'Adrienne depuis l'adolescence. 

    Au départ, elle se la posait uniquement pour la littérature, en particulier pour la poésie : qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre appartient à l'ART avec un grand A? 

    La question s'est posée aussi pendant ses études: pourquoi le roman policier, par exemple, est-il "un genre mineur"? Ou la BD? 

    question,art,souvenir

    Même questionnement pour ce qui entrera ou non dans le panthéon des arts picturaux. A fortiori en ce qui concerne l'art contemporain. 

    Dans les années 80-90, l'Homme et l'Adrienne ont eu un artiste pour voisin. Un de ceux qui sont déjà dans les musées et qui ont droit à des expos à l'étranger. C'était donc le moment - a pensé cette naïve Adrienne - de discuter de ce qui fait la spécificité de l'art. Des critères d'évaluation, en quelque sorte. 

    Malheureusement, cette question a beaucoup fâché l'artiste et l'Adrienne est restée sur sa faim. 

    question,art,souvenir

    Alors en voyant ce billet chez Tania le 26 novembre dernier, toute cette conversation lui est revenue. Ainsi que l'incompréhensible fâcherie qui s'en est suivie. 

    De sorte que l'Adrienne a depuis ce jour lointain une autre question sans réponse: pourquoi un artiste refuse-t-il de discuter sur ce sujet? et pire: pourquoi cette question le met-elle en colère? 

    *** 

    photo 1: Marcel Broothaers, Sculpture morte, Beaubourg 

    photo 2: planche de Franquin pour Gaston Lagaffe, expo Beaubourg 

    photo 3: mur peint pas loin de Beaubourg, écho parfait à l'expo Magritte: Ceci n'est pas un graffiti 

  • G comme Grande Roumanie

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    Demain, dit Violeta, on va se lever tôt parce qu'on a une longue route à faire. 

    Nous on est d'accord. Ceux qu'il faut attendre, c'est Violeta et Traian, toujours à se précipiter dans une queue, dès qu'ils en repèrent une, pour acheter un paquet de cigarettes. 

    Ce matin, dit Violeta, il faut beaucoup manger, parce qu'on ne va pas s'arrêter en route et on ne va arriver en Bucovine que ce soir. 

    Là on n'est pas d'accord. Prendre un bon petit déjeuner ne nous empêchera pas d'avoir faim à midi et l'Homme, la faim le rend de très mauvaise humeur. 

    Pas question! dit-il fermement. 

    C'est que, tente d'expliquer Violeta, on va traverser un territoire magyar et là, on ne nous aime pas. Si on s'arrête, ils vont voir à notre voiture qu'on vient du Dolj et on va sûrement avoir des problèmes! 

    Parce que Violeta, depuis la chute du mur de Berlin puis celle toute récente de leur Conducător, s'attend à tout moment à une guerre civile: elle ne peut pas croire que les minorités allemandes ou hongroises accepteront de rester roumaines. 

    Pas question! répète l'homme. A midi, on s'arrête pour manger. 

    C'est ainsi qu'on a traversé les Carpates, Violeta avec la peur au ventre, Traian espérant que sa voiture ne retombe pas en panne comme elle l'avait déjà fait le matin même. Qu'on s'est arrêtés à Tîrgu Mures (70 000 magyarophones) et qu'au grand étonnement de Violeta les gens étaient comme elle. Gentils et accueillants. 

    Mănâncă frumos, dit-elle à son mari qui ouvrait juste tout grand la bouche, că te fotografiază Peter! 

    *** 

    L'Adrienne a laissé un gros bout de son cœur en Roumanie 

    alors merci pour cet atelier 248, Leiloona!

  • V comme voix (bis)

    Il y a ce petit chapitre chez Philippe Delerm qui redit exactement ce que je voulais exprimer dans le billet du mois dernier à propos de la voix de ceux que nous avons aimés et qui ne sont plus là. Leur voix et le souvenir qu'on a de leur voix... 

    En voici un extrait: 

    La voix qu'on cherche à retrouver en nous de ceux que nous avons aimés. Jamais leur voix dans l'absolu: seulement liée à certaines phrases, parfois les plus banales, mais dont la musique revenait souvent. Parfois cette douloureuse injustice d'entendre des voix qui nous étaient presque indifférentes, et l'impossibilité de redonner musique à celles que nous aimions le plus. 

    Philippe Delerm, Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter sur terre, éd. du Seuil, 2015, p.103

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  • R comme relire ses classiques

    La petite ville de Verrières peut passer pour l’une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s’étendent sur la pente d’une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées. 

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    C'est ainsi que commence Le Rouge et le Noir dans mon édition établie et préfacée par Henri Martineau et parue chez Garnier. 

    Quel plaisir, après avoir été privée pendant presque deux ans de mon exemplaire, prêté à la fille d'une ancienne élève alors qu'on le trouve en ligne ou en format poche, quel plaisir de retrouver intact mon amour pour Julien Sorel. 

    – Je veux absolument prendre chez moi Sorel, le fils du scieur de planches, dit M. de Rênal ; il surveillera les enfants, qui commencent à devenir trop diables pour nous. C’est un jeune prêtre, ou autant vaut, bon latiniste, et qui fera faire des progrès aux enfants ; car il a un caractère ferme, dit le curé. 

    Lecture obligatoire dans ma première année de philologie romane, donc découverte à 18 ans, redécouverte aujourd'hui: bizarrement, je me souviens de chaque ligne et pourtant ma lecture est différente, mon appréciation pour Stendhal plus grande encore. 

    Au lieu de surveiller attentivement l’action de tout le mécanisme, Julien lisait. Rien n’était plus antipathique au vieux Sorel ; il eût peut-être pardonné à Julien sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses aînés ; mais cette manie de lecture lui était odieuse, il ne savait pas lire lui-même. 

    Beaucoup de choses seront dites sur Julien avant qu'on puisse se faire une idée de son physique ou de sa personnalité, contrairement à la façon dont sont traités les autres personnages, assez immédiatement décrits et mis en scène. Il faut attendre la fin du chapitre IV pour apprendre ceci: 

    C’était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l’expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et, dans les moments de colère, un air méchant. 

    Toute mon admiration pour Gérard Philipe ne peut m'empêcher de préférer donner à Julien Sorel les traits que j'imagine en lisant Stendhal, plutôt que les siens, si séduisants soient-ils cool 

    Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, madame de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette. Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de madame de Rênal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire. 

    (début du chapitre VI) 

    Même un Gérard Philipe à l'allure éternellement juvénile, avec ses 32 ans au moment du film, est trop vieux pour le rôle, lui donne trop de maturité. Une maturité que Julien est loin de posséder et qu'il ne trouve que tout à la fin du livre, quand les dés sont définitivement jetés. 

    – Autrefois, lui disait Julien, quand j’aurais pu être si heureux pendant nos promenades dans les bois de Vergy, une ambition fougueuse entraînait mon âme dans les pays imaginaires. Au lieu de serrer contre mon cœur ce bras charmant qui était si près de mes lèvres, l’avenir m’enlevait à toi ; j’étais aux innombrables combats que j’aurais à soutenir pour bâtir une fortune colossale... Non, je serais mort sans connaître le bonheur, si vous n’étiez venue me voir dans cette prison. 

    Voilà ce qu'il dit à madame de Rênal dans le dernier chapitre, enfin réconcilié avec son destin. 

  • J comme je pense à lui

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    Assise à mon bureau 

    Devant l'ordinateur 

    Les mains sur le clavier 

    Je pense à toi 

     

    Couchée dans le fauteuil 

    Avec un bon bouquin 

    Un film à la télé 

    Je pense à toi 

     

    Ouvrir la boite aux lettres 

    Préparer le repas 

    Se lever se coucher 

    Je pense à toi 

     

    Manger boire et dormir 

    Jardiner ou conduire 

    Pleurer chanter ou rire 

    Je pense à toi 

     

    Je caresse les chats 

    Ou le chien des voisins 

    Je nourris les oiseaux 

    Je pense à toi 

     

    La nuit quand je rêve 

    Ou que je ne dors pas 

    Le matin et le soir 

    Je pense à toi 

     

    La porte du frigo 

    Ou du congélateur 

    Qu'importe le repas 

    Je pense à toi 

     

    Le poisson du marché 

    Les radis du jardin 

    Salades hiver été 

    Je pense à toi 

     

    Klara à la radio 

    Rang un à la Monnaie 

    Qu'importe le programme 

    Je pense à toi 

     

    Mahler ou Beethoven 

    Debussy ou Mozart 

    Qu'on chante ou qu'on pleure 

    Je pense à toi 

     

    Le jardin en hiver 

    En été au printemps 

    Qu'importe la saison 

    Je pense à toi 

    Hexamètres sans titre - mais avec refrain -
    pour m'exhorter à ne plus penser à lui 

    pour l'aquarelle chez Lakévio 

    à cause de ce bouquet de roses qui ressemblent à mes Sweet Juliet d'autrefois

  • G comme Gotlib

    Dimanche dernier, j'étais tranquillement chez moi à tapoter l'ordi quand la nouvelle est arrivée sur le blog de Pierre Maury. Il titrait: "Gotlib, fini de rire." 

    Ça a tout de suite jeté un froid et j'aurais bien aimé me réchauffer aux vieux albums Pilote, avec sa Rubrique-à-brac, sa coccinelle, ce bon vieux Newton, et tous les autres délirants personnages. 

    Malheureusement, mon frère habite à 850 kilomètres.

     

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    source Télérama 13-03-2014 

    site officiel

  • V comme voix

    Quand j'ai perdu mon arrière-grand-père, mon grand-père, ma grand-mère, mon père, la première chose que j'ai perdue d'eux, c'est le son de leur voix. 

    Bien sûr, pour les visages il y a les photos: elles ravivent le souvenir, c'est certain. Aurais-je une vision si nette de ma grand-mère si je n'avais pas les photos pour me la rappeler? C'est possible. 

    De même, je me souviens très bien de leur écriture, à tous. Pourtant, pour deux d'entre eux je ne dispose d'aucun document écrit de leur main. Ma mémoire sera donc plus visuelle qu'auditive. 

    Avoir perdu le souvenir de leur voix est une chose que je regrette énormément. 

    Aussi, l'extrait ci-dessous me "parle" fort: 

    Il fut un temps où je conservais certains messages de mon grand-père, qui m’appelait de Tokyo, sur le répondeur de mon téléphone fixe parisien. La capacité d’enregistrement étant limitée, je faisais régulièrement le tri pour ne conserver que les messages les plus précieux. Les messages téléphoniques sont on ne peut plus privés, parce qu’ils portent une adresse personnelle, et que le nom de l’émetteur et du destinataire sont souvent prononcés. Je conservais ces messages, et sa voix qui m’interpellait. Mais lorsque, après son départ définitif, j’ai voulu réécouter ses messages comme un ultime recours, tous avaient disparu. J’avais dû les effacer à un moment, en pensant que… en pensant quoi ? 

    Ryoko Sekiguchi, La voix sombre, POL, 2015 

    souvenir,père

    Bizarrement, je me souviens mieux de la voix de José van Dam,
    qui ne chante pourtant plus depuis 2010 tongue-out 

    (rien à voir avec cette photo prise à Ostende en décembre 2015) 

     l'opéra entier ici avec Lucia Popp, Frederica von Stade, Gundula Janowitz... et notre José national sous la direction de Georg Solti en 1980.

  • N comme Nelly et Lisette

    - Mon Dieu! comme je suis contente de te voir! s'exclame Lisette. 

    Elle serre les mains de Nelly qui serre les siennes, elles se touchent les épaules, les joues, s'embrassent. Deux petites vieilles dames en pantoufles et robe à fleurs. 

    - Ça fait si longtemps qu'on ne s'était pas vues! ajoute Nelly sans lui lâcher les mains. 

    Non mais tu entends ça, bougonne Roger. M'est d'avis qu'il y a toute une vie qu'elles ne se sont pas vues! Et elles risquent pas de se voir un jour, godverdomme! 

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    Quand l'Adrienne avait 16 ans, elle pensait que le pire malheur serait de perdre la vue. 

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    photos prises à Ostende le 11 novembre 2016 

     

     

  • L comme Lakevio

    Roger. Il s'appelait Roger. Quel âge avait-il? La quarantaine, peut-être. Difficile à évaluer quand on est une gamine de 16 ans. 

    Il aimait qu'elle passe dans sa chambre, le matin. Il prétendait ne pas trouver la prise pour son rasoir. Il voulait lui soumettre les vêtements choisis pour la journée: en tâtant l'étoffe du polo, il disait: c'est le bleu, je vais le mettre avec ce pantalon-là, d'accord? 

    Elle était toujours d'accord. Le lendemain pour le polo bordeaux à rayures ou le beige uni du surlendemain. Jamais il ne se trompait dans les couleurs. 

    - C'est ma soeur, disait-il, qui m'explique comment tout combiner. 

    Quand il arrivait dans la salle du petit déjeuner, il aimait qu'elle le remarque, vienne vers lui, l'accompagne jusqu'à sa place, lui serve son café. D'un doigt, il vérifiait si les tartines étaient bien beurrées sur les deux faces intérieures. 

    L'après-midi, chaque bénévole emmenait un ou deux de ses protégés en promenade. Généralement pas bien loin, dans la pinède. Le temps était très beau en août cette année-là. 

    Vous pourriez prendre le bus jusqu'à Bruges et longer le canal qui va à Damme, avait proposé le responsable. 

    C'est là, sur le chemin du retour, à cause d'un merveilleux soleil couchant, qu'elle a dit la phrase. Cette phrase. 

    Hoe mooi, die ondergaande zon! 

    Elle s'est tue, subitement honteuse. 

    - Pardon, Roger! J'oublie que tu ne le vois pas, ce beau soleil... 

    - Ce n'est rien! Ne t'inquiète pas! Le soleil, je le sens. Et je sens bien que c'est magnifique. Tu as raison de le dire. 

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    Ce tableau d'Ian Ledward chez Lakevio 
    qui représente le canal de Bruges à Damme 
    m'a rappelé cet épisode que je n'oublierai jamais

  • D comme débris de bric et de broc

    J'avais 17 ans quand j'ai fièrement annoncé à mon père que je savais ce que je voulais devenir: archéologue. Il m'a tout de suite remis les pieds sur terre en me traitant de folle. 

    - Si tu crois, a-t-il ajouté, que c'est avec ça que tu vas gagner ta croûte! 

    Tout était dit et j'ai étudié les langues romanes. 

    Lors de ce voyage dans l'antique Pisidie, nous étions au moins cinq participants avec ce même vécu: notre vœu de devenir archéologue a été très mal accueilli par ceux qui devaient financer la chose. Tous ceux de ma génération ont fini par céder et choisi un autre chemin. Le papa du pharmacien et celui du chimiste se seront sans doute autant réjouis que le mien que nous soyons "rentrés dans le rang".  

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    Mais nous nous sommes vite reconnus à notre acharnement autour du moindre débris, 

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    à notre émotion devant ce bric-à-brac, 

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    à être toujours au premier rang, la caméra au poing, 

    à poser mille questions 

    et à prendre des notes sur de petits carnets 

    tongue-out 

    photos prises à Sagalassos le 31 juillet

     

      

  • Y comme y a de la joie

    Il y a toutes sortes d'émotions dans les souvenirs d'enfance évoqués par les élèves. La joie, la tristesse, la fierté, les regrets.

    Toutes les émotions, tous les défauts humains aussi.

    Est-ce pour faire bonne mesure ou est-ce pour la touche d'humour? Chaque petite histoire pourrait illustrer l'adage "On est toujours puni par où l'on pèche".  

    La gourmande est prise en flagrant délit, la bouche pleine de "pralines".
    La curieuse est tombée dans l'étang où elle voulait admirer les poissons.
    Le désobéissant est resté bloqué dans l'ascenseur qu'il avait élu comme terrain de jeux.

    Demain, l'élève qui un jour a fait brûler sa peluche préférée, raté complètement le petit déjeuner d'anniversaire préparé pour maman, perdu ses parents dans la foule en Allemagne, fait souffrir sa grande sœur, qui s'est fait chouchouter par une amie à qui elle avait fait croire qu'elle avait le bras cassé ou s'est ouvert la lèvre en tombant dans la cour... tous ceux-là reçoivent leur bulletin de fin d'année.

    Avec de nouvelles émotions de toutes sortes, joie, tristesse, fierté regrets.

    Et pour certains encore une fois la preuve qu'"on est toujours puni par où l'on pèche." tongue-out 

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    Madame et ses collègues voient les vacances s'approcher...

    cool 

    La plus drôle, c'est celle-ci:

    "Finalement, mon père a été d'accord pour qu'on ait un chien et c'est lui qui a choisi le nom. Il l'a appelé JP parce que son patron s'appelle Jean-Pierre alors ça l'amuse beaucoup de crier sur le chien."

  • J comme (in)justice

    "Un homme, un Monégasque, pas un de ces étrangers errants qu'on rencontre par légions sur ces côtes, un mari, dans un moment de colère, tua sa femme." 

    Ainsi commence la nouvelle de Maupassant, Le condamné à mort.

    "Un homme, un brave père de famille de ma ville, époux soumis et employé modèle, dans un moment de désespoir, tua sa femme."

    Ainsi pourrait commencer la chronique judiciaire du procès dont je parlais hier.

    Dix ans après, les questions restent.

    Dans quelle mesure cet homme était-il coupable et dans quelle mesure était-il victime? Jusqu'à quel point peut-on tenir compte des circonstances qui ont mené au crime? Faut-il prendre en compte le fait qu'il n'y avait aucun risque de récidive, qu'il ne représentait pas de danger pour la société? S'est-on laissé attendrir par sa honte, ses regrets, ses aveux... et ses larmes pendant le témoignage de ses filles?

    Lors du procès, j'ai été pleinement satisfaite de l'heureuse issue - pour lui, pour ses filles. Issue pour laquelle j'avais mis tout mon poids dans la balance.

    Ensuite, en le rencontrant par hasard en ville faisant son marché, j'ai chaque fois eu comme un choc. Une gêne.

    Cet homme, finalement, avait tout de même tué.

  • I comme (in)justice

    Il y aura bientôt dix ans que l'Adrienne a été appelée à siéger dans un jury d'assises.

    Comme le meurtrier était un homme de "sa" ville, vous devinez la suite: elle avait eu sa plus jeune fille en classe.

    L'Adrienne comptait bien sur cet argument pour être dispensée de corvée: comment juger avec équité si on connait de si près une des personnes intéressées? Voilà l'argument qu'elle a utilisé face aux juges et aux avocats.

    Mais c'est le contraire qui a eu lieu: ayant apprécié sa franchise et ses scrupules, c'est précisément elle que le "comité de sélection" voulait voir figurer parmi les membres du jury.

    L'Adrienne a donc dû sécher les cours pendant une semaine et décider si cet homme qui avait tué sa femme était coupable d'avoir agi avec préméditation.

    Aujourd'hui encore elle se demande si elle a bien fait...

    ***

    Dernièrement, ses deux filles ont mis une petite annonce dans le journal pour annoncer le décès de celui qui a tué leur mère.

    Comment vit-on après un tel drame?

  • N comme nourricière

    J'ai retrouvé dernièrement une recette de "crème de semoule aux raisins de Corinthe" qui ne pouvait évidemment que me rappeler ma grand-mère Adrienne et une de ses fameuses tartes réservées aux festivités de la kermesse d'été.

    Grand-mère Adrienne n'avait pas de balance fort précise et de toute façon, ses recettes étaient ajustées au goût (je rajouterais bien un peu de sucre? est-ce qu'il ne faudrait pas mettre un peu plus de sel?), à la vue (la sauce est un peu liquide? ou au contraire pas assez fluide? on rajoute ce qu'il faut pour atteindre la consistance souhaitée) et au toucher (la pâte est-elle assez souple? la cuisson est-elle parfaite?).

    Bref, au pif cool 

    Même les recettes que je lui ai vu faire, que j'ai réalisées avec elle, il m'est impossible de les recréer parfaitement: je n'ai plus la même bière pour cuire le lapin, je n'ai pas sa grande casserole en fer blanc légèrement cabossé, il y a toujours un je-ne-sais-quoi pour rendre le résultat final différent. Même sans nostalgie ni paradis perdu.

    Alors en lisant cette petite phrase chez Erri De Luca, je ne pouvais qu'être totalement d'accord: "il lutto si sconta a tavola, invece che al cimitero": le deuil se ressent beaucoup plus à table qu'au cimetière.

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    source: Feltrinelli 
    il existe une version traduite chez Gallimard:
    'Le plus et le moins'

  • O comme orchidées

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    Depuis des semaines déjà, c'est la pleine saison des orchidées 

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    et elles ont du mérite, parce qu'il suffit que je les déplace, arrose, époussette... pour qu'il y ait des dégâts collatéraux... 

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    Heureusement elles sont gaillardes et généreuses 

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    et chacune d'entre elles me relie à ceux qui me l'ont offerte, 

     

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    c'est aussi pour cela qu'il faut en prendre bien soin 

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    10 ans déjà que François n'est plus là.

  • Première fois

    La première fois que j'ai entendu un poème de Victor Hugo, je ne savais pas que c'était de lui. Je ne savais même pas qui était Victor Hugo. 

    Pourquoi je raconte ça? Parce que dernièrement, trois éléments d'origines diverses m'ont ramenée à ce souvenir. 

    Il y a d'abord eu la lettre d'Umberto Eco à son plus jeune petit-fils, parue dans l'Espresso et que j'ai relue à l'occasion de son décès en février dernier. "Impara a memoria", lui écrit-il. Apprends par cœur, fais travailler ta mémoire. Même message dans une interview récente de Michel Onfray, où il évoque son père qui, malgré le peu d'années passées sur les bancs d'une école, connaissait par cœur quelques beaux textes littéraires.  

    Puis il y a eu ce billet-souvenir de Bonheur du Jour, dans lequel elle parle des récitations qu'il fallait apprendre à l'école primaire et débiter le soir pour montrer qu'on connaissait sa leçon: "Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne..." 

    Enfin, le livre dont je parlais hier, à la gloire du jeune Hugo. 

    Tout ça devait concourir à me rappeler mon grand-père et sa récitation préférée, Après la bataille. Il nous faisait le grand jeu, roulait des yeux terribles sur les passages les plus poignants, 

    Et vise au front mon père en criant: "Caramba! "
    Le coup passa si près que le chapeau tomba 

    accélérait puis ralentissait le rythme pour s'apaiser dans le dernier vers et déclamer d'un air modestement héroïque:

    "Donne-lui tout de même à boire", dit mon père.  

    Mon petit frère et moi étions sidérés et impressionnés comme si notre grand-père avait été lui-même l'auteur de ce poème. 

    Lui non plus, comme le père de Michel Onfray, n'avait pas usé fort longtemps ses fonds de culotte sur les bancs d'une école. D'abord parce que les Allemands avaient fermé la sienne, en pays flamand. Toute sa vie il en a gardé une sorte de "manque" et il se plaisait à railler ce qu'il appelait "ses universités", ce temps passé dans une petite école wallonne où son père l'avait finalement envoyé, parce qu'il n'aimait pas voir son gamin de dix ans traîner dans les rues et faire les quatre cents coups à une époque aussi dangereuse que l'occupation allemande entre 1914 et 1918. 

    poème,poésie,hugo,souvenir,école,litterature

    1939

     

  • O comme oiseau

    Comme j'ai pris le train le week-end dernier, j'ai enfin lu La langue des papillons, une nouvelle de Manuel Rivas.

    Une présentation du livre ici chez Gallimard

    Dans cette nouvelle, un oiseau très particulier est cité, le ptilonorhynque, qui décore son nid de bleu et est même capable de faire de la peinture bleue pour mieux attirer une femelle dans son intérieur coloré. 

    Le jardinier satiné par RCavignaux

    Voilà comme les choses sont simples, aujourd'hui... Un mot nous intrigue? Nous tapotons notre clavier et nous avons des réponses, des images et des vidéos. 

    J'ai du mal à me souvenir comment je faisais, à vingt ans, pour me documenter en vue de mon mémoire de licence (ce qu'on appelle aujourd'hui un master). Des heures infructueuses, des journées perdues à lire des tas de documents dans des bibliothèques, avant de trouver les bons. Des milliers de notes griffonnées. La mauvaise humeur du bibliothécaire, vieil homme bougon qui semblait préférer qu'aucun étudiant ne vienne lui demander de livres. 

    C'était, quand j'y repense, vraiment une autre époque tongue-out

  • Z comme zwanze

    Elle s’appelait Diane et roulait en… Dyane ! bravo ! je vois que vous suivez bien !

    Une Dyane blanc cassé qu’elle garait sur le parking de l’école.

    Diane était notre prof de maths en 4e (1). Elle avait une petite phrase qu’elle répétait tout le temps : « Is het klaar ? » (2). Mais alors vraiment tout le temps. Nous on gardait notre sérieux et on hochait la tête, oui oui, on a compris, continue continue.

    Diane habitait à la ferme et laver sa bagnole n’était pas une priorité. Aussi, la plupart du temps le blanc cassé était plutôt beige foncé. Osons le mot : brun sale.

    On l’aimait bien, notre Diane, alors on a voulu le lui prouver. Dans la crasse du capot, on a dessiné un grand cœur et en-dessous on a tracé en capitales : « Is het klaar ? ». On trouvait ça gentil et tordant.

    Et bien, croyez-moi ou pas, ça ne l’a pas fait rigoler.

    Au cours suivant, nous étions toutes frétillantes de chuchotis et de sourires de connivence quand elle est entrée en classe. Grise mine.

    Elle nous a passé un savon. Quoi, que dites-vous? liberté d’expression? créativité? Nous étions sans doute nées trop tôt.

    Mais selon toute justice, elle avait aussi passé un savon sur sa Dyane.

    ***

    (1) la seconde, dans le système français

    (2) C’est clair ?

    Citroen_Dyane6.jpg

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/Citroen_Dyane6_front_20071115.jpg

    Premier jeu d'écriture proposé par Kentin Spark dans sa "Cabine d'écriture":

    Pour être dans le fil de l’actualité, je vous propose un voyage entre le rire (émotion) et le dessin (thème).

    https://kentinspark.wordpress.com/2015/01/13/cabine-decriture-premiere-escale/ 

  • F comme Fiat

     FIAT VOLUNTAS TUA

    Nous avions tout juste 22 ans, le diplôme en poche et un contrat de travail pour le premier septembre. Il ne nous manquait plus qu’une chose : la bagnole pour les déplacements.

    Nous n’avions pas un sou vaillant, mais qu’à cela ne tienne : un beau-frère de l’Homme avait un copain qui avait un frère qui était carrossier. Spécialité : les voitures de seconde main. Il les retapait lui-même.

    - Un vrai pro ! nous a assuré le frère du copain du beau-frère.

    Et justement, ça tombait bien, il avait une occase en or – ou plutôt en vert d’eau – une petite Fiat qu’il était prêt à nous céder pour trois fois rien. Parce que c’était nous.

    - Les pneus sont neufs ! nous dit-il en nous la montrant comme un trophée.

    Elle ne payait pas de mine, avec son teint verdâtre et sans le moindre reste de brillance, mais c’était la seule que nous puissions nous permettre.

    - Tope-la ! On la prend !

    Et nous l’avons ramenée chez nous. Bichonnée, lessivée, pomponnée, lustrée, frottée : ses chromes rutilaient et sa couleur vaguement verte avait repris un peu de brillant.

    Une fois toutes les formalités accomplies, nous avons pris la route dans l’allégresse. Pour son maiden trip, nous lui ferions avaler une centaine de kilomètres d’autoroute.

    Entre Bruxelles et Louvain, l’Homme la pousse un peu et me regarde d’un air satisfait, conquérant : il n’y avait pas à dire, ces petites Fiat, ça gaze drôlement bien !

    Puis tout à coup son regard change et d’une voix altérée il me dit :

    - Je n’ai plus de contrôle !

    Nous avons juste pu nous laisser dériver vers une station-service qui par bonheur se trouvait au bon endroit.

    Nous étions passés à travers le châssis.

    ***

    texte écrit pour
    http://ecritoire2012.wordpress.com/2013/04/30/elle-et-moi-le-jeu-de-mai-est-ouvert/