souvenir d'enfance

  • R comme racines

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    - Ça me fait quelque chose, me dit-elle, de passer par ici. 

    - Oui, à moi aussi! 

    Nous avions six ans et nous faisions la route ensemble quatre fois par jour. Sa maman était toujours là pour faire traverser la grand-route à ses enfants, surtout depuis qu'un garçonnet s'était fait écraser en sortant de l'école. 

    Nous étions dans la même classe et nous avons passé six ans côte à côte. Six ans d'une amitié indéfectible qui a suffi à nous faire traverser une moitié de vie, éloignées l'une de l'autre, et à nous retrouver comme si nous nous étions quittées la veille. 

    - Ça me donne des émotions, de passer par ici, me dit-elle. 

    - Bonnes ou mauvaises? 

    La question est difficile. Il y a eu des petits bonheurs et tant de grands malheurs, surtout dans sa vie à elle. 

    - En fait, dit-elle, je suis contente de repasser par ici. 

    Et moi je ne sais toujours pas pourquoi j'ai choisi de revenir vivre dans le quartier de mon enfance. 

     *** 
    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • Premier souvenir

    Madame a dans sa classe une jeune fille douée de cette sorte de mémoire dont, jusqu'à présent, elle croyait seule notre Amélie pourvue: la faculté de remonter en arrière jusqu'à ses 18 ou 24 mois. 

    La jeune fille en question se souvient que lorsqu'elle avait un peu moins de deux ans, profitant d'un moment d'inattention de sa maman, occupée à remplir le tambour de son lave-linge, elle a avalé le contenu d'un de ces jolis berlingots pour la lessive. 

    Elle se souvient qu'elle a été très, très malade. 

    Alors bien sûr, en voyant une consigne de Kaléidoplumes intitulée "le premier souvenir", c'est à elle que Madame a pensé. 

    A celle qui un jour, a vomi des bulles...

     

  • V comme vieux

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    La maison basse était bien cachée par d'épaisses haie mais lui, il voyait tout ce qui se passait. Il voyait et sans être vu, il entendait. 

    Il entendait passer la gamine et son petit frère au babil incessant. Il les hélait, eux s'approchaient du portillon, mi-apeurés par le vieux bonhomme aux petits yeux inquisiteurs, mi-excités par la curiosité. 

    Il s'en amusait et attisait tour à tour leur envie et leur crainte d'oser.

    Venez, venez, disait-il, je vais vous montrer quelque chose que vous n'avez encore jamais vu.

    Et chaque fois c'était vrai, c'était du jamais vu. Même le petit frère, pris par la crainte d'horribles représailles, tenait sa langue.

    D'autres fois, quand ils pensaient être devenus bons amis et qu'ils s'approchaient spontanément du portillon en criant "Oscar! Oscar!", il leur lançait d'horribles imprécations qui les faisaient s'enfuir à toutes jambes, la gamine tenant bien serrée la main du petit frère qui trébuchait sur les cailloux.

    Le vieil homme, assis devant sa maison basse bien cachée derrière d'épaisses haies, a toujours gardé son mystère et nourri les cauchemars des deux enfants.  

    *** 

    photo et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • Stupeur sans tremblements

    Quoi de plus simple, pense Madame chaque année à cette époque, quand elle revoit avec ses élèves l'emploi des temps du passé, quoi de plus simple que de leur faire écrire et raconter un souvenir d'enfance? 

    Quoi de plus simple, pour montrer qu'on maîtrise la différence entre le passé composé, l'imparfait et le plus-que-parfait, quoi de plus simple que de répondre à la consigne suivante: 

    Quand j'étais petit(e) ... (descriptions, habitudes...)

    Mais un jour ... (qu'est-ce qui est arrivé?)

    Et bien, Madame se trompait! 

    - Je pense, annonce-t-elle un mardi matin en remettant les copies corrigées de la veille, que je vous ferai écrire un exercice de ce genre à l'examen, où il faudra raconter au passé un souvenir d'enfance... 

    Autour des tables, on se regarde puis les plus courageux se lancent: 

    - Oh non! pas un souvenir d'enfance! 
    - Je ne saurais vraiment pas quoi raconter! 
    - Moi aussi j'aimerais mieux un autre sujet... 

    Stupéfaction de Madame: vous n'avez pas de souvenir d'enfance? je pensais que ce serait l'embarras du choix! vous voulez quoi, alors, comme sujet pour raconter au passé? 

    - Les vacances! 

    Re-stupéfaction de Madame: comment ça, les vacances? celles de l'année passée? les vacances, ce sont aussi des souvenirs d'enfance, non? vous voulez vraiment tous parler des vacances? 

    Et bien, oui. Unanimité! 

    *** 

    C'est trois jours plus tard seulement, en y repensant, que Madame s'est souvenue de cet élève de l'an dernier, qui, en recevant la consigne du souvenir d'enfance, lui avait demandé s'il pouvait INVENTER.

     

     

     

  • G comme gros lot

    Chapitre 1: G comme Gino 

    Gino a un passe-temps qu'il partage avec de nombreux Belges, aussi bien du côté flamand que wallon. Il est colombophile. Ça veut dire que dans son jardin il a un kot à pigeons qu'il entraîne à la course. Le dimanche matin, ces petites bêtes acheminées par paniers entiers vers un lieu éloigné de leur domicile, sont relâchées dans un ciel plus ou moins clair et supposées rentrer dare-dare chez elles, retrouver leur duivenkot, leur partenaire, leur nid. Gino et ses copains colombophiles les attendent de pied ferme pour les attraper dès leur arrivée et pouvoir enregistrer leur temps de vol grâce à la bague à faire passer dans la petite machine. (1)

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    Chapitre 2: G comme Golden Prince 

    Gino est un pro dans son hobby et ses pigeons sont des "coulons futés" (2) qui gagnent tous les concours. Comme son Golden Prince, par exemple, qui a battu tous les records de palmarès en 2014. Alors Gino s'est dit que c'était le moment de rentabiliser son hobby et de passer à autre chose. On peut supposer que madame Gino a envie de prendre des vacances. 

    Chapitre 3: G comme gros lot 

    C'est ainsi qu'une vedette internationale comme Golden Prince s'est retrouvée à une vente aux enchères - tout se vend aux enchères, même les œufs à couver - et qu'il vient de faire remporter l'ultime gros lot à son propriétaire, 316 000 €, le meilleur prix jamais donné pour un pigeon. Non pas, comme c'est généralement le cas ces dernières années, par un acheteur chinois, mais par un Sud-Africain. 

    Article et photos ici... 

    cette folie colombophile est à l'origine de quelques chansons narquoises, comme ik zie zo geiren mijn duivenkot, j'aime tant mon pigeonnier, ou cette ode ironique en patois anversois au "blauwe geschelpte", le pigeon aux taches bleutées 

     

     (1) comme je l'ai vu faire par de vieux colombophiles quand j'avais huit ans, je ne sais pas dans quelle mesure ça a évolué cool 

    (2) les Wallons d'à côté de là où j'habite disent 'coulon' pour pigeon

  • N comme numéro 17

    jeu,souvenir d'enfance,françois bon

    Au numéro 1 on ne reconnaît plus rien: la maison d'angle a été démolie et remplacée par des appartements. 

    Le 3, le 5, le 7, la brique plus sombre qu'avant, peu de changement, parfois une nouvelle porte d'entrée au lieu de celle d'autrefois, avec sa petite grille de fer forgé tarabiscoté. 

    Le 9, le 11, le 13, partout on a investi dans du double vitrage de qualité récente. Le choix des rideaux est révélateur: les longs voilages colorés et ornés de motifs dorés ou argentés indiquent plus sûrement que le nom au-dessus de la sonnette les origines maghrébines. 

    Le 15, la maison d'Albert et Julia, morts depuis quarante ans mais on voit comme hier Albert qui fait briller son Opel noire chaque samedi, Julia qui se rend à la messe avec son chapeau à voilette, leur téléphone dans le couloir, celui qui servait à toute la rue pour les urgences médicales ou autres. 

    Enfin, le numéro 17.

    On se demande qui dort aujourd'hui dans la chambre de derrière avec vue sur les toits où on croyait dur comme fer voir caracoler saint Nicolas la veille du 6 décembre. 

    *** 

    texte écrit suivant le consigne de l'atelier de l'hiver 2016-17 chez François Bon

  • O comme oncle

    La petite a une Tantine de vingt ans qu’elle aime beaucoup. 

    Ce dimanche, elle est accompagnée d’un grand maigre aux yeux bleus. 

    - C’est ton oncle, annonce-t-elle joyeusement. 

    La petite ne comprend pas comment elle peut tout à coup avoir un oncle de plus. Elle ne dit rien et l’observe en gardant les mains derrière le dos. Il se baisse pour l’embrasser. 

    - C’est mon fiancé, explique Tantine. 

    Le nouvel oncle est plein de bonne volonté. 

    - Tu viens avec nous au Memling ?  

    Elle ne sait pas ce que c’est, le Memling, mais elle voit tant de gentillesse dans les yeux bleus qu’elle décide d’accorder sa confiance. 

    Ils s’asseyent tous les trois autour d’une des petites tables de bois sombre, dans le coin près du comptoir. 

    - Tu veux un coca ? 

    A bientôt cinq ans, elle ne connaît pas ce breuvage mais elle fait oui de la tête. 

    - Avec une paille ? 

    L’oncle n’a décidément que de bonnes idées. Elle lui sourit. 

    La boisson a une couleur et une odeur bizarres pour quelqu’un qui n’a bu que de l’eau plate et de la limonade jaune-qui-pique. Elle la déguste à petites gorgées espacées pour montrer qu’elle est une enfant bien élevée. 

    Elle s’ennuie et la chaise de paille s’imprime douloureusement dans ses cuisses. Pour passer le temps, elle admire la collection de porte-clés accrochée au-dessus du comptoir et suçote sa paille qui fait tout à coup des gargouillis incongrus, attirant l’attention des deux amoureux. Que va penser l’oncle, qu’elle est mal élevée, plus jamais il ne lui demandera de l’accompagner, elle fera honte à sa Tantine… 

    - Tu veux encore un coca ? demande-t-il gentiment en voyant la bouteille vide. 

    Elle secoue la tête « Non, non, merci ! ». 

     

    C’est ainsi que dimanche après dimanche, son cœur se gonfle d’amour. Semaine après semaine, c’est un privilège de s’ennuyer sur une chaise de paille à siroter une boisson bizarre. À observer une immuable collection de porte-clés, pendant que l’oncle et Tantine parlent de choses qu’elle ne comprend pas. 

    C’est si bon. Jusqu’au jour où sa mère voit ce bonheur et lui dit : 

    - Oh ! il ne faut surtout pas te faire des illusions et croire que c’est parce qu’ils t’aiment bien, qu’ils t’emmènent avec eux. 

    vive la famille,

    la Tantine en robe de mariée, l'oncle au second rang et la petite en robe bleue 

  • G comme guerre

    Chaque fois que mon père remontait de la cave de mes grands-parents, il ne manquait pas de dire: 

    - Il y a là de quoi soutenir un siège! 

    Sur les étagères, grand-mère Adrienne avait des bocaux de haricots verts, des bouteilles de sauce tomate, des petits pois en conserves, des sardines à l'huile, des pilchards... et j'oublie sûrement des tas de choses. 

    Il est vrai qu'elle ne cessait de nous l'annoncer, la guerre, chaque fois qu'au journal télévisé elle voyait des politiciens se chamailler, chaque fois qu'ils élevaient la voix, c'est-à-dire à peu près tous les jours: 

    - 't Gaat nog oorlog worden! (1) 

    Alors les autres adultes se moquaient d'elle, de ses kilos de café et de sucre planqués dans une grande armoire à l'étage. Et quand elle leur rappelait l'aveuglement de Chamberlain et de Daladier, en 1938, ils riaient de plus belle. 

    Ma chère petite grand-mère... 

    Aussi ai-je bien pensé à elle en voyant ceci, chez ma nipotina

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    la table, côté gauche  

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    la table, côté droit 

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    le salon 

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    la cuisine 

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    et tout ça pour un chat qui ne veut plus se nourrir... 

    *** 

    pour le projet du Hibou 

    semaine 45 - guerre 

    ***

    (1) on va encore avoir une guerre!

     

  • G comme grand-mère

    Elle est assise sur une chaise basse. Elle est un peu courbée. Elle a ses filles debout à ses côtés, celle qui lui ressemble et celle qui ne lui ressemble pas. Une brune aux yeux sombres et une blonde aux yeux clairs, comme son père. 

    Voilà cinq jours qu'elle dort à peine, qu'elle ne réussit plus à se nourrir comme il faut, qu'il faut la soutenir pour marcher. Cinq jours qu'elle ne sait plus que penser ni que faire ni à quoi ont servi les tonnes de bougies qu'elle a fait brûler devant Marie et Jésus et tous les saints, depuis deux ans. 

    Une Mère Courage aujourd'hui largement octogénaire qui doit subir le énième malheur de sa vie. L'enterrement de son petit-fils. 

    Si ce n'était pas une formule toute faite, on pourrait dire que jusqu'au bout, rien ne lui aura été épargné. 

    Et c'est sur elle que je pleure, plus que sur l'admirable jeune veuve ou le petit garçon orphelin à trois ans et demi. Pour eux, j'espère qu'il leur reste du temps de bonheur devant eux. 

    C'est sur elle que je pleure, sur son grand cœur de maman et de grand-maman, si grand que même moi parfois j'ai pu m'y réchauffer. 

     

  • 7 octobre

    Une, puis deux petites flammes éclairent la table du salon où elle a étalé des chutes de tissu, des broderies et des rubans de soie. Sur le guéridon de marbre vert, le café de sa mère a fini de refroidir. 

    Elle reprend en main la poupée Thérèse, celle qui a une robe rouge à pois blancs, des chaussettes blanches dans ses chaussures noires à bride et un ruban rouge dans ses longs cheveux bouclés. La jupe est froncée et le petit col blanc s'ouvre par trois minuscules boutons. Avec ses gants blancs, elle respire l'élégance dominicale d'autrefois. 

    Dans la pièce sombre, on n'entend que le cliquetis des aiguilles à tricoter et le tic tac de l'horloge. Le petit frère dort dans son parc. Assise sans bouger dans le grand fauteuil rêche, la petite ne desserre pas les dents. Elle reste là sans parler, c'est à peine si on la voit respirer ou cligner des yeux. Elle attend. On ne sait pas trop quoi. La fin de la panne d'électricité? La fin de cette triste journée d'octobre? Le retour du père, ce héros sans gloire dont la présence lui manque tellement? 

    Elle tient son gros nounours serré contre elle en regardant fixement le fauteuil d'en face, dans lequel est assise sa mère. Nounours tout râpé à qui elle a mis, maintenant qu'on est en automne, un bonnet de laine à pompon et un maillot rayé avec la petite culotte assortie. Elle ne sait pas que ce sont des vêtements qu'elle a portés elle-même à ses dix-huit mois. 

    On est le 7 octobre et elle a 7 ans. 

    Demain - mais ça personne encore ne le sait - demain elle sera dans une grande clinique sous d'aveuglantes lumières blanches. 

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  • Adrienne et ses addictions

    Avec le billet du 25 septembre, les lecteurs de l'Adrienne ont pu prendre connaissance de sa dernière addiction, le café. (1) 

    Ceux qui viennent depuis plus longtemps savent qu'il y a également l'addiction à internet. No comment tongue-out 

    Mais la toute première, l'initiale, la primo-arrivée, concerne les lettres, les mots, les phrases, les langues: savoir écrire, savoir lire, raconter des histoires. (2) 

    Alors vous pensez bien que l'annonce d'un marathon de lecture chez Margotte a fait tilt dans la tête de l'Adrienne: elle s'est inscrite sans réfléchir. Elle est allée à la bibliothèque. Elle en a rapporté quelques kilos de livres. (3) Elle s'est installée et a lu, bu des cafés et écrit des billets de blog, réunissant ses trois addictions qui ont l'avantage de coûter bien moins cher que si elle était accro au shopping, aux jeux de hasard ou aux chaussures. cool 

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    Un des livres rapportés de la bibliothèque est La Belgique en toutes lettres, tome 3, Tranches de vie (4) éd. Luc Pire, Espace Nord, 2008. 

    lire,lecture,lecteur,défi (5)

    Premier arrêt de lecture à la page 28, sur un extrait d'un roman de Marie-Claire Blaimont, Black Lola, paru en 1994 aux éd. Le Cerisier. 

    C'est elle qui t'a fait goûter les couques, le pain perdu, (...) le boudin avec de la compote (...) Le laitier passait et, ta cruche en main, tu le regardais verser le lait blanc qu'on allait ensuite faire bouillir, en surveillant sa montée. Si elle ne trouvait pas la monnaie, elle appelait au secours saint Antoine de Padoue. A deux ans, à cinq ans, à huit ans, tu ne rêvais que d'une chose, (...) c'était te blottir contre sa grosse poitrine et l'écouter te raconter, la regarder vivre, sentir l'odeur de cuisine calfeutrée, cette chaleur du poêle à charbon, étouffante, qui poussait à la somnolence. 

    Tout ce que tu sais d'ici, tout ce qui t'a finalement servi à vivre chez nous, c'est d'elle que tu le tiens, elle t'a fait pousser des racines (...). 

    La vierge de Lourdes sous son globe, entre deux obus bien astiqués de la guerre de 14-18, les rameaux sur la croix, les napperons de dentelle, la loque à poussières qu'on secoue sur le seuil, l'entrée de la cave avec le beurrier, la cruche à lait (...), le lait qui bout sur le poêle, les murs encombrés de photos, les meubles encombrés de bibelots de bazar, les galettes dans une vieille boîte à biscuits dont le couvercle coinçait, (...) la lampe qu'on allume le plus tard possible le soir, alors que la cuisine est depuis longtemps plongée dans la pénombre et qu'on continue à attendre, attendre quoi, tranquillement... Comment aurais-tu su tout cela? 

    lire,lecture,lecteur,défi

    dans cet extrait, tout correspond parfaitement à grand-mère Adrienne... 

    ***

    (1) Il n'en a tout de même fallu que deux pour la rédaction de ce billet.

    (2) A l'âge de cinq ans, mini-Adrienne était bien meilleure en fiction qu'elle ne l'est aujourd'hui tongue-out 

    (3) les livres se comptent en kilos pour deux raisons: ça dit plus sur le nombre de pages ainsi que sur l'effort qu'il y aura à fournir pour les trimbaler à pied sur un kilomètre, à l'aller et au retour. 

    (4) toujours les voies de la bibliothécaire en chef sont et restent impénétrables: pourquoi ce troisième volume et pas les deux premiers? Mystère! 

    (5) info trouvée dans le journal La libre Belgique du 23 septembre 2008:

  • N comme Novarina

    S'inspirer de Novarina et parler des noms de lieux en rapport avec l'autobiographie, voilà le deuxième exercice que proposait François Bon cet été: 

    A Villenoise, je vivais ma vie petite de n’importe qui, je vivais, je vécus n’importe quoi parmi moi : polypier aux Stigmates, muteur de tombe à Grosse-la-Neuve, répéteur aux Nadirs, échangeur aux Grés, mangeur d’action à la Croix-de-Vache, champion d’aise aux Jointeaux, cadavrier à La Vergue, parleur aux Corps-Creux : j’ai beaucoup vécu, j’ai pas été déçu... 

    Ponçon, Ivraie, Ifaux, Verdy-le-Grand, Verdit-Petit, Nussy-Villages, Monceau-Ponteau, Lubien-Serrien, Rives-du-Trou-Vrai : j’ai tout fait, j’ai fait tout, j'arrivais à rien, partout j’allais nulle part : cancre à Globeval, méritoire aux Itrans, déformiste à Jardigny, auscultier à Blangien, perdeur à Vieux-Villy, tangible aux Hauts-de-Lucey, réformiste aux Bas-de-Civry, ructeur au Gros-Verpeau, laxiste à Clair-Vigant, poncier à Loi... 

    Autobiographie aux noms propres – Adrienne à la manière de Novarina (mais alors de loin, de très, très, très loin tongue-out

    Elle a fait ses débuts dans une rue au nom de prince hollandais. Jusqu'à ses cinq ans, sa vie a été partagée entre une rue au nom d'alcool et une autre au nom très chrétien. Le vin va bien à la foi catholique, comme chacun sait.

    Elle a suivi ses parents à la campagne dans une rue qui gardait la trace des marécages d'autrefois et est allée à l'école à une place de jeu de balle, alors qu'on n'y faisait que très peu de sports, sauf la natation et la gymnastique.

    Elle est partie faire des études supérieures et a habité dans une rue au nom d'impératrice autrichienne. On peut comprendre qu'elle y était infiniment mieux que chez le prince hollandais. Tellement mieux qu'elle aurait voulu y rester. 

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    photo prise à Louvain en 2010

  • Y comme y a pas que Marcel

    Deux fois par an, sur la route des Ardennes, en passant devant un lieu qui affiche "le pont romain", nous avions droit à la même anecdote:

    - Marcel, votre femme! lançait mon grand-père, faisant les questions et les réponses comme un véritable stand up comedian.
    - Et bien quoi, ma femme?
    - Mais elle n'est pas avec nous!

    L'anecdote datait du début des années 1960: grand-oncle Marcel, son épouse et sa petite fille étaient sur cette même route des Ardennes, avec mes grands-parents et un couple d'amis, dans deux voitures. Après un arrêt pour admirer "le pont romain", grand-oncle Marcel était reparti sans se rendre compte que son épouse et sa fille n'étaient pas dans la voiture. Jusqu'à ce que l'ami le lui signale. Ils étaient déjà loin, il a fallu faire demi-tour...

    C'était toujours ma grand-mère qui donnait la conclusion de l'histoire:

    - Alors j'ai demandé à Elisa ce qu'elle aurait fait si Marcel avait tardé plus longtemps. "Oh! j'aurais pris un taxi pour rentrer à la maison!"

    Grand-tante Elisa, ne faisant confiance ni aux banques, ni au dessous des matelas, emportait toujours toute sa fortune dans son sac à main. Il y avait de quoi payer un taxi pour faire deux fois le tour de la terre.

    ***

    J'ai toujours trouvé cette anecdote assez incroyable, bien que vraie. Et voilà que je lis ceci: http://www.ladepeche.fr/article/2016/07/19/2387269-oublie-femme-aire-autoroute-pres-viaduc-millau.html 

    ***

    pont romain.jpg

    le pont romain

    source: Jean-Pol GRANDMONT 

    https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=175763

  • Y comme Y a de la joie!

    Ce n'était pas la querelle des Anciens et des Modernes, ce n'était pas la Guerre des Roses, ce n'était pas les Leliaards contre les Clauwaards. 

    C'était les Romantiques contre les Comiques. 

    Grand-père chantonnait "ma Tonkiki- ma Tonkiki- ma Tonkinoise", un texte pour lequel Maurice Chevalier se ferait lyncher aujourd'hui. Il donnait de la voix pour dire à la Marquise que "Tout va très bien, tout va très bien". Il esquissait un pas de danse fripon avec Madelon qui vient nous servir à boire et dont on frôle le jupon. 

    Grand-mère préférait les roucoulements de Tino Rossi et ça rendait grand-père assez jaloux. Il s'amusait à ridiculiser le Tino en imitant sa pauvre petite-voix-de-rien-du-tout qui traîne sur les voyelles finales en susurrant  "Marinellaaaa, reste encore dans mes braaaaas..." (1) 

    Puis un refrain inspirait des idées à grand-père, il entourait grand-mère de ses bras, l'arrachait à ses casseroles et la faisait doucement tanguer sur André Claveau, "ne me laisse pas seul sans ton amour". 

    Alors mini-Adrienne était tout heureuse et se disait que si leur idylle avait si bien résisté au temps, c'était peut-être une chose possible pour elle aussi, un jour... 

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    Le sujet de Mil-et-une n°22 
    mot imposé: idylle 

    (1) L'estocade serait donnée un jour par petit frère qui en ferait "Marie Thumas, des carottes et des petits pois...". 

  • V comme Vends maison de famille

    "Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite" ... Chaque vers était écrit de plus en plus gros, jusqu'au dernier, "IL A FILÉ", qui éclaboussait la feuille comme pour se moquer du lecteur trop lent à qui le bonheur venait d'échapper." 

    François-Guillaume Lorrain, Vends maison de famille, Flammarion 2016, p.12

    La maison normande, qui suinte l'humidité et où toute l'activité se concentre dans le jardin potager et fruitier, c'est le bonheur du père. Chaque week-end, il y emmène son épouse et ses deux enfants, qui ont été embrigadés dès leur plus jeune âge pour réaliser un rêve qui n'est pas le leur: vivre en autarcie.

    Le dimanche soir, on rentre à Paris épuisés, la voiture chargée de fruits et de légumes. On finira par élever aussi des poules, des moutons. Qu'il faudra tuer. C'est un travail d'homme, même si l'homme n'est encore qu'un enfant. 

    Un enfant isolé qui, au fil des week-ends et des vacances à travailler sous la dure férule d'un père exigeant, peu aimant, aux colères et aux punitions terribles, rêve d'une autre vie, rêve d'avoir le temps d'aller voir un film au cinéma, de lire un livre, d'avoir un moment de liberté. 

    "Oui, je voulais bazarder cette maison. J'avais mes raisons. Autrement dit: des souvenirs. Le mercredi à treize heures, mon père venait me cueillir à la sortie du collège et je m'affalais sur la banquette arrière, fait comme un rat. Au loin, mes camarades s'en allaient jouer au foot, flirter avec les filles, profiter de l'après-midi. J'étais le rat des villes qu'on kidnappe pour l'emmener à la campagne. Sans doute cela ne lui effleurait-il pas l'esprit que j'en étais malheureux." (p.23)

    Quand l'histoire commence, le narrateur est adulte et vit à l'étranger, le plus loin possible de cette maison de campagne que sa mère a gardée et continue à entretenir seule depuis la mort du père.

    "C'était moi, bien sûr, qui aurais dû m'atteler à cette tâche. Mais depuis plus de deux décennies, je croisais au large, loin de la France, toujours en pointillé. J'étais le bon à rien. A peine arrivé et déjà prêt à repartir, tout juste capable, pour la soulager, de scier une grosse branche ou de porter quelques bûches." (p.11)

    Jusqu'au jour où elle fait une chute et se casse le col du fémur: elle sait que son fils voudra vendre la maison et lui envoie un album photo. 

    Au fil des pages de cet album, le narrateur va découvrir d'autres facettes que ce qu'il a gardé en mémoire depuis l'enfance. Et au-delà des souvenirs pénibles, il va comprendre certaines choses concernant les motivations de son père et son attitude envers sa famille.

    Le livre réussit donc ce double défi: faire resurgir un passé douloureux sans tomber dans l'amertume et les rancœurs. 

    Je le recommande smile 

    Je pense que chacun est comme le narrateur "un adulte irradié par son enfance" et que ce qui est valable pour lui (ou moi) l'est pour tous: "La pile enfouie en moi continuait à émettre ses ondes radioactives."  

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    source de la photo: 

    http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=49336&levelCode=litterature 

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    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 17 - jardinage

  • H comme hippocampe

    Un jour que mini-Adrienne devait faire un exposé à l'école primaire, elle a choisi de parler de l'hippocampe. Son titre était: "L'hippocampe ou cheval marin". 

    Voilà un épisode que j'avais complètement oublié et qui m'est revenu en mémoire en visitant l'Aquarium d'Ostende.

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    Où je suis tombée en arrêt, fascinée par ce petit hippocampe qui se déplaçait du haut en bas, par légers frétillements. 

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    Il fait à peine quelques centimètres. Pourtant, à l'époque de mon exposé, ce sont les mots "cheval marin" qui m'avaient attirée. Le cheval occupait une des premières places dans mon cœur de petite fille. En rentrant de l'école, je ne manquais jamais de caresser le museau de celui qui était dans une prairie non loin de chez moi. Un jour que son propriétaire m'a vue, il m'a soupçonnée de lui donner des friandises, ce qui était faux. 

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    Ces drôles de sachets, c'est la nursery où les petits sont à l'abri des prédateurs.

     

     

  • 7 lieux (1)

    Ou comment les tasses à petits motifs bleus Boch made in Belgium font remonter les souvenirs d'enfance. Même des souvenirs de lieux de vacances, où pourtant elles étaient totalement absentes. 

    Quand mini-Adrienne a quatre ans, elle est en vacances à Eguilles (quelque part entre Aix et Salon-de-Provence) avec ses parents.

    Si elle s'en souvient, c'est parce qu'un jour qu'elle s'ennuyait gentiment sous un arbre, dans le parc de l'hôtel, elle s'est évanouie. Elle se rappelle parfaitement que sa grand-mère lui est apparue en vision au moment où elle tournait de l’œil.

    Si ce n'est pas de l'amour, ça?

     souvenir d'enfance,voyage,france

    http://www.france-voyage.com/villes-villages/eguilles-1482.htm

  • D comme détail

    Chez grand-mère Adrienne, le "service de tous les jours" était ce Boch Frères made in Belgium (La Louvière) à motifs bleus dont je parlais hier. 

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    Il y a les grandes tasses pour le café au lait du petit déjeuner - voyez le numéro 2 gravé à côté du logo - et les petites - elles portent un numéro 3 - pour le café de l'après-midi avec la cousine Marguerite, la tante Jeanne et l'amie Yvonne. 

    J'aime les utiliser même si leur forme ronde est désuète et leur épaisseur peu raffinée. 

    Ce sont les tasses qui rappellent la toile cirée fleurie ou à rayures, selon les années, le sucre de Tirlemont, si dur à casser en deux, les speculoos Lotus, les biscuits Delacre et Destrooper dans leur boîte en fer blanc, le lait frais qui a bouilli dans son poêlon émaillé et laisse d'horribles "peaux" épaisses dans le café. 

    Ce sont les tasses qui font revivre l'amie Yvonne, la tante Jeanne et la cousine Marguerite, vieilles dames du temps jadis, qui ont connu deux guerres - elles s'en vantaient bien assez tongue-out - l'apparition du téléphone, des automobiles, de la télévision et de tant d'autres choses qu'elles abordaient avec circonspection. 

    ***

    Pour le Projet 52 de Ma' 

    Projet 52 - 2016 

    semaine 9 - gros plan 

  • C comme café

    Ce sont les voyages en Italie qui ont fait que l'Adrienne, buveuse exclusive de thé, a découvert la saveur du café. 

    Découvert et pas redécouvert, car il n'a rien de comparable au café au lait qu'elle a bu chez sa grand-mère pendant toute son enfance, dans les grandes tasses Boch Frères à motifs bleus. 

    L'Homme raillait "la chaude eau" (1) et ne buvait que du café pour lequel il avait un percolateur. L'Adrienne a toujours trouvé le breuvage qui en sortait de qualité plutôt médiocre, même le plus fin des maragogype ne pouvait la convaincre de lâcher ses merveilleux thés de chez Fortnum & Mason.

    C'est la raison pour laquelle, suite à ses séjours chez des amis pourvus d'une magnifique machine à espresso, elle a commencé à rêver d'investir dans du beau matériel. 

    Non pas les dosettes et autres capsules vantées par des acteurs américains mais le fin du fin made in Italy qui coûte malheureusement dix fois plus.

    Et qui encombre aussi beaucoup plus. 

    Elle a failli se l'offrir à Noël. A reculé devant le prix et le volume de l'appareil. Puis elle a vu ceci:  

    café - kopie.jpg

    http://long.blog.lemonde.fr/2009/11/11/pause-cafe-premiere-partie/

    Encombrement zéro, prix dérisoire, utilisation d'une extrême facilité (2), entretien simplissime, aucune panne à craindre... et surtout, elle fait, selon Guillaume Long, le meilleur des cafés. café2 - kopie.gif

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    café3 - kopie (2).gif

    http://long.blog.lemonde.fr/2009/11/12/pause-cafe-seconde-partie/

     

    Reste à trouver une boutique où ça se vend cool

    ***

    (1) voir Astérix chez les Bretons

    (2) l'Adrienne est une analphabète des modes d'emploi

  • Sept choses que je sais d'elle

    Hier après-midi, je suis montée au grenier pour y prendre du fil à tricoter. Des aiguilles numéro 2 et demi. Et j'ai fait un échantillon: trente mailles font 11 centimètres. Apprend-on encore la règle de trois aux enfants de l'école primaire? C'est le truc le plus utile que je connaisse tongue-out

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    J'ai d'abord cru que je ne saurais plus faire des mailles bien égales, après tout ce temps. La dernière fois que j'ai fait un tricot, c'était pour l'HDMV. Un pull à col roulé et à manches raglan, en jacquard. Il doit bien y avoir quinze ans de ça. 

    Alors évidemment, en tricotant je ne pouvais que penser à celle qui me l'a appris. Celle qui a ramassé les premières mailles que je laissais filer. Qui m'a montré comment faire les rangs à l'endroit, les rangs à l'envers. Et tout le reste. 

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    De fil en aiguille - ça n'a jamais autant été le cas de le dire - j'ai repensé à toutes ces autres choses qu'elle m'a apprises. Comme la cuisine de grand-mère, dans le vrai sens du mot...

    Au fil de mes réflexions, il m'est venu des envies de plats du terroir flamand, lapin à la bière, tarte à la semoule. 

    Et des envies de parler patois cool 

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  • L comme Lucette Desvignes

    On dit bien LIBRA pour la Balance, et SAGITTARIUS, et VIRGO, et SCORPIO. On devrait pour moi fabriquer un nouveau signe du zodiaque qui symboliserait l'influence dominante de l'Ecole sur mes jeunes années - et la suite. SCHOLA, me fournissant l'hérédité, le cadre. Me situant dans un univers dont ni mon enfance ni mon adolescence ne purent jamais se libérer - le voulaient-elles d'ailleurs? Conditionnant mes réflexes et ma vision du monde. Sans aucun doute me faisant ce que je suis, et planant sur le cours de ma vie comme les autorités sidérales, dit-on, sur les humeurs ou les actions des individus, avec cette différence que pour ma part l'influence est patente, indiscutable. Logique.

    Lucette Desvignes, Le miel de l'aube, Editions de l'Armançon, 2000, p.19 (incipit)

    Voilà, le ton est donné, le cadre installé. On est parti pour presque deux cents pages de souvenirs d'enfance, "une enfance en Bourgogne sous l'Occupation", comme le précise le sous-titre. Vous qui venez de temps en temps chez l'Adrienne, vous devinez que ça ne peut que lui plaire.

    Chapitre 1, Schola, chapitre 2, Musica: l'enfance studieuse dans un foyer aimant où le père et la mère sont instituteurs. Ce sont les années trente. On trempe la plume dans un encrier, chacun le sien, assis autour de la table éclairée par l'unique lampe au plafond. Le jeudi, on joue de la musique. Française: Lali, Gounod, Massenet...

    Peu à peu, on quitte le cadre strictement scolaire. Au chapitre 3, on commence à faire du tourisme. Il y a beaucoup de beaux passages humoristiques sur la voiture du père, les trajets, le mal de voiture, le triste état des routes. Lucette Desvignes possède l'art de raconter, de recréer une époque, une ambiance. Tout y participe, les personnages, les objets, les vêtements, les couleurs, les parfums, les sons et on ne peut qu'admirer le prodigieux travail de mémoire. (1)

    Sept chapitres en tout dont les deux derniers, un peu plus longs, relatent la période de la guerre et de l'occupation annoncée dans le sous-titre. Ajoutant ainsi un intérêt purement historique à ce livre de souvenirs, pour la qualité et la précision du témoignage.

    Avec en plus, chers au cœur de l'Adrienne, ici et là quelques détails qui lui ont rappelé son père, jeune ado lui aussi sous l'occupation, et son grand-père, qui a quelques traits en commun avec le papa de Lucette Desvignes.

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     le voilà, parmi les autres lectures en cours

     

     (1) L'auteur s'explique sur son travail et sur le choix du titre dans les quatre dernières pages, qui commencent ainsi: "Je n'ai pas tout dit, bien sûr. Il y a ce que j'ai oublié - peu de chose - et puis ce que j'ai écarté crainte de ne jamais finir. J'ai trié, non selon l'importance peut-être mais selon l'intensité de la couleur telle qu'elle s'est gravée en moi." Voilà une belle illustration du pacte autobiographique smile.

  • N comme Noël 1970

    Dans la salle à manger d’apparat, qu’on n’ouvre qu’aux toutes grandes occasions, on allumera le poêle à charbon dès la veille. Il fume toujours un peu.
    On mettra toutes les rallonges à la table et on la couvrira de la belle nappe blanche damassée, aux plis raides d’amidon. On aura peur d'y faire une tache.
    On sortira le beau service, l’argenterie, les verres à pied. Tout devra briller.

    On ne mettra qu'une ou deux bougies, qu'on devra promettre de bien surveiller parce que grand-mère a peur du feu.

    Le grand-père présidera en bout de table et le menu ne variera pas: il y aura des huîtres, des bouchées à la Reine, de la dinde avec des croquettes et des airelles, de la bûche à la crème au beurre. On boira du champagne et des vins de Bordeaux. Le rouge sera un Saint-Estèphe parce qu'on n'a plus de château La Pointe.
    On ira à la messe de minuit où les enfants auront beaucoup de mal à ne pas s’endormir.
    Heureusement, les chaises de paille sont si inconfortables et l’odeur de l’encens si entêtant qu’on ne s’endormira pas.

     DSC00109 - kopie.JPG

     la photo est de 2003
    la dinde est remplacée par le chapon
    Sourire
    mais c'est le beau service blanc à bord doré
    de la grand-mère Adrienne

  • Première neige

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    Elle est arrivée le 21 novembre 

    et repartie tout aussitôt... 

    Chaque année le premier flocon 

    cause le même émerveillement 

    smile  

    Chaque année le premier flocon 

    me rappelle ma grand-mère Adrienne 

    qui se hâtait de saisir 

    brosse et balai 

    pour dégager le trottoir. 

    smile 

    Ce n'était pas devant sa porte 

    qu'une veille dame glisserait 

    et se casserait la cheville

    ou la hanche. 

    smile

  • Y comme Yeah yeah yeah!

    jukebox.JPG

    https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Museum_Terug_in_de_Tijd#/media/File:AMI_Stereophonic_jukebox.JPG

    http://miletune.over-blog.com/2015/11/sujet-semaine-49.html

    - Tu viens avec nous au Memling? demande l'Oncle, le nouveau, celui qui est tout maigre et a ses cheveux blonds enroulés en saucisse au-dessus du crâne.

    Au Memling? la petite ne sait pas de quoi il s'agit - est-ce loin? iront-ils en voiture? qu'est-ce qu'on va y faire? - mais elle met sa main confiante dans celle de l'Oncle, et les voilà partis, la Tantine dans sa robe turquoise avec la jupe bouffante, et l'Oncle, avec sa saucisse sur la tête.

    ***

    La suite de l'histoire, je l'ai déjà racontée ici:

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2014/04/24/t-comme-tantine-8166532.html

  • I comme illogisme

    Surtout, disait-elle, ne jamais rien accepter d’un homme qui t’offre quelque chose, même s’il a l’air gentil, et surtout, surtout ne jamais le suivre, jamais jamais il ne faut suivre un inconnu ! et puis voilà qu’elle se tourne vers la petite, qu’elle lui désigne Bob, ou Robert, d’abord on avait dit « c’est Robert » et maintenant tout le monde l’appelait Bob, elle lui montre Bob et elle lui dit : Bob doit aller en ville acheter des cigarettes mais il ne connaît pas bien le chemin, va donc avec lui ! et là elle n’avait pas compris, suivre un homme qu’elle ne connaissait pas ? où donc grand-mère avait-elle la tête ! et l’envoyer en ville, elle qui n’est jamais allée à pied plus loin que l’école qui se trouve en bas de la rue et l’autre grand-mère une rue plus loin ? Mais je ne veux pas ! dit-elle à grand-mère tout en ayant peur de faire de la peine à ce Bob qu’elle ne connaît pas et qui est là à écouter sans comprendre, forcément il ne parle que l’anglais – comment prendra-t-il ce refus ? Mais non, c’est la peur qui est la plus forte, la peur inoculée et plus forte que toute son habituelle obéissance de petite fille de sept ans.

    ***

    inspiré par l'atelier d'été de François Bon, consigne n°3

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4197

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    photo prise dans ma ville, 1er novembre 2014

  • H comme heures intimes

    Quand on vient de l’extérieur, il y a une marche à monter. Le plus souvent, on vient de l’intérieur et il faut en descendre une. Les marches sont hautes, en pierre bleue légèrement veinée de blanc, polie par les ans – la maison date de 1912 – et par le savon noir.

    On pourrait dire que c’est un réduit : ferait-il deux mètres carrés ? Probablement pas. Le plafond est élevé. Il y a une petite fenêtre trop haut placée pour qu’on puisse voir de l’extérieur ou de l’intérieur et la moitié supérieure de la porte est à claires-voies. Les lattes sont posées de façon que le jour puisse entrer, pas les regards.

    Tout est peint en gris clair, les murs, le cadre de la petite fenêtre et la porte. Le sol est en ciment auquel sont mélangées toutes sortes de petites pierres de différentes couleurs.

    Il y règne été comme hiver – cette pièce n’est pas chauffée – une odeur plus ou moins insupportable de fosse d’aisances. C’est en effet là-dessus qu’une cuvette « moderne » a été installée en remplacement de la simple banquette en bois percée d’un trou rond, qu’il y avait autrefois.

    Mais il n’y a toujours pas de chasse d’eau.

     ***

    billet inspiré par la consigne 2 de François Bon

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4194

     

    souvenir d'enfance,françois bon,fiction

    https://www.google.be/search?q=%22how+are+you+writing+today%22&espv=2&biw=1280&bih=666&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0CAYQ_AUoAWoVChMIyaCjrZ_ixwIVyFsUCh2bRga8

  • G comme genèse

    Elle n’a peur de rien et c’est ce qui fait peur à sa grand-mère. Elle tend sa petite main à tous les chiens qui passent. Elle regarde avec confiance tous les humains qu’elle rencontre, même les plus grands, les plus sombres, les plus barbus.

    Alors on lui raconte des histoires terrifiantes. On lui apprend la méfiance. Des chiens, des hommes. Et dans sa petite tête d’enfant de trois ans, tout se mélange.

    Elle voit maintenant des voleurs de petites filles dans les plis des rideaux, dans l’ombre des cheminées. Pourquoi ne seraient-ils pas cachés dans la cave, la garde-robe ou le grenier, puisqu’on les dit si malins ?

    Couchée dans son petit lit, elle n’ose plus fermer les yeux. Tous les bruits lui semblent bizarres. Le vent qui siffle, la pluie qui gratte la vitre, le plancher qui craque, des pas sur le trottoir.

    La peur lui a été inoculée, elle ne peut plus s’en défaire. 

     souvenir d'enfance,françois bon,fiction

    texte inspiré par la consigne 1 de l'atelier d'été de François Bon

    http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4188

     

  • W comme William

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    © Marion Pluss

    http://www.bricabook.fr/2015/07/ecriture-185e-une-photo-quelques-mots/

    Il lui remonte un peu la manche de son pull pour pouvoir bien lui tenir la main. Les tricots de grand-mère sont toujours trop grands.

    Lui, il porte des vêtements achetés tout faits dans les magasins. Ils ont de jolies couleurs. Mais grand-mère dit que ce n'est pas la même qualité que ces rudes laines grises ou beige qu'elle détricote et retricote au fil des ans.

    Le pull de William est doux et chaud comme la paume de sa main.

    - Tu veux bien te marier avec moi?

    Elle réfléchit très vite. Elle aime mieux Xavier. Mais si Xavier ne la demande jamais en mariage, elle n'aura jamais de bébés. Ce serait trop affreux.

    - Oui, je veux bien, dit-elle.

    C'est ainsi qu'elle s'est retrouvée fiancée et rassurée sur son avenir, à l'âge de quatre ans.

     

  • K comme KNT

    Avais-je 12 ans? Je ne le pense pas. Ce qui est sûr, c'est que mon frère en avait cinq de moins que moi et le petit Michel sept de moins. Seul Philippe, probablement, avait l'âge requis.

    Et nos parents, ces inconscients, nous ont emmenés au cinéma, un beau dimanche, pour voir Gone with the wind.

    Cool

    Qu'on passera demain sur la première chaîne flamande et qui a reçu la mention KNT, kinderen niet toegelaten, enfants non admis.

    Film > Romantische komedie

    Verenigde Staten - 1939
    Duurtijd: 210 min
    Déconseillé aux moins de 12 ans Déconseillé aux moins de 12 ans  

     

     

     

     

    Ce film ne m'a pourtant pas traumatisée, ni mon petit frère. 

    Personnellement, comme je l'ai déjà raconté ici, je me souviens surtout des rideaux de velours vert transformés en robe. De la nounou qui remonte le décolleté de Scarlett parce qu'elle le trouve inconvenant. Et de la scène dramatique où l'héroïne tombe de l'escalier.

    la première moitié du film en mode "reader's digest"
    c'est-à-dire réduite à dix minutes

    ***

    Aux Etats-Unis, ce film a le "rating G"
    ce qui veut dire "all audiences"

    Bizarre, cette divergence d'opinion, non?

    Langue tirée