tableau

  • V comme viril (2)

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    Le bar est situé au huitième étage, avec vue sur la plaine hérissée de buildings de part et d'autre du fleuve. Et sur le ciel, un grand ciel bleu et le soleil de cette fin d'après-midi qui entre à flots. 

    En contre-jour, il repère tout de suite la chevelure fauve, les fesses bien moulées et les talons aiguilles: c'est évidemment vers ce coin-là du comptoir qu'il se dirige d'un pas assuré. Au moment de se poser sur le haut tabouret, il se penche et susurre: 

    - Si c'est permis, Mademoiselle? 

    Quand elle se tourne vers lui, il voit les bras musclés et les joues qui ont besoin d'encore une ou deux séances de laser: c'est Bérénice

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    qui propose de (se laisser) séduire (par) la femme à barbe 

    tongue-out

  • J comme joli monde

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    Le café bu, le doigt de liqueur avalé, je sais ce qui va suivre: soit ma mère, soit tante Odile fait allusion à mes aquarelles et je dois les sortir, les leur montrer et entendre les commentaires, toujours les mêmes et toujours avec la même conclusion: c'est bien joli tout ça, mais à quoi ça va lui servir, je te le demande? 

     

    Le mardi après-midi, ma sœur Odile vient prendre le café. On s'offre un gâteau, une liqueur, il n'y a pas de mal à se faire du bien, comme elle dit toujours, sauf que c'est toujours à mes frais, mais soit, j'ai l'habitude. Alors fatalement, de quoi voulez-vous qu'on parle, de mon mari, de mes enfants, vu qu'elle-même n'a ni l'un ni l'autre. Heureusement, avec les aquarelles d'Hélène on peut facilement meubler les temps morts, en discuter longuement, puis il est enfin cinq heures et demie et Odile rentre chez elle. 

     

    En partant de chez ma sœur, j'espère toujours qu'elle me dira "Mardi prochain, ça ne m'arrange pas, on se revoit dans quinze jours". Malheureusement, mardi après mardi je n'y échappe pas et je ne sais pas comment faire pour y échapper. Mais comme elle n'a que moi, à part son mari (le pauvre!) et ses deux enfants, c'est moi qui suis le prétexte à se resservir une deuxième lampée de son horrible liqueur à la cerise. Puis, quand la conversation languit, cette pauvre Hélène est priée de montrer ses aquarelles et j'ai beau faire de mon mieux pour la complimenter sur la justesse du dessin, la finesse des coloris, toujours sa mère conclut d'un lapidaire et dédaigneux "à quoi ça va lui servir, je te le demande?".  

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 

    trois personnages, trois points de vue

  • D comme délicieux

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    - Va donc faire la queue pour acheter des timbres, pendant que je rédige le télégramme pour maman, ça nous fera gagner du temps! 

    L'ouvrier au guichet devant lui peut faire sa parlote, Henri regarde sa femme, son air concentré l'émeut, sa taille fine dont lui seul sait, pour le moment, qu'elle s'arrondira bientôt. Lui et elle, bien sûr, c'est d'ailleurs ce qu'elle est en train d'annoncer à sa mère par télégramme: l'été prochain, ils seront trois dans la grande maison au bord du parc. 

    Je suis un homme heureux, se dit-il. Ce bébé qui arrive au bout de cinq ans de mariage, c'est un tel soulagement. Il espère un fils, bien sûr. Trois générations déjà que l'étude se transmet de cette façon. 

    Penchée sur le feuillet bleu, Marie essaie d'être claire pour son expéditeur sans éveiller les soupçons de l'employée à qui elle tendra le papier. Elle y a longuement réfléchi et espère que "vos graines ont bien germé" ou "merci pour ce fruit délicieux" ne seront pas trop sibyllins. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • V comme viril

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    La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Au bureau, elle se montrait très familière et exubérante avec tout le monde, même avec lui, le dernier venu. 

    - Ah! lui crie-t-elle ce jour-là de sa belle voix grave, regarde vite dans ma nuque! Il n'y aurait pas une petite bête, là? Ou une piqûre de moustique? Une araignée? Vite! 

    Elle trépigne d'impatience et rejette d'un geste vif sa longue chevelure auburn pour dégager ses épaules et montrer le large décolleté qu'elle a dans le dos. 

    Aurélien est pris de court. Veut-on lui faire une blague, pour son premier jour de bureau? Ou cette femme se conduit-elle toujours comme ça, en représentation théâtrale? 

    Les deux autres collègues de l'open space fixent leur écran, ne s'occupent apparemment de rien d'autre, et surtout pas de Bérénice. Aurélien ne voit rien de suspect sur la peau de cette femme, la seule chose qu'il remarque, c'est qu'elle a les épaules fort larges et la nuque épaisse. 

    Puis il voit sa main, cette main qui retient la magnifique chevelure. 

    C'est une main d'homme. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio qui imposait d'utiliser l'incipit de ce roman d'Aragon.

  • Et au troisième, il y a quoi?

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    Quand elle a vu l'affiche jaune chez le notaire, la photo - pourtant de mauvaise qualité - a tout de suite attiré son attention: une maison de l'entre-deux-guerres, située dans un des beaux quartiers, vraiment pas chère... Peut-être une opportunité à saisir. Des mois déjà qu'elle cherche, hésite, compare... 

    A l'étude, une des nombreuses secrétaires lui a remis un pesant trousseau de clés. Non, personne ici n'a le temps de l'accompagner, et de toute façon on lui fait confiance. Juste penser à bien refermer la porte en partant. 

    La maison lui a plu tout de suite. Son charme vieillot, ses parquets ayant vécu, ses couleurs fanées. Elle s'y voit déjà. Peut-être juste repeindre en blanc les plafonds et leurs stucs... Au premier, une antique salle de bains avec la baignoire à pattes de lion et le grand lavabo carré, au second encore deux chambres spacieuses... 

    Tiens, il y a un troisième étage? Toutes les portes sont fermées à clé mais celles du trousseau reçu à l'étude n'y entrent pas. Elle sourit des pensées frivoles qui lui viennent, des envies enfantines de pièces encombrées de vieilles malles aux trésors, de bahuts anciens lui révélant leurs merveilles cachées depuis bientôt un siècle... 

    De retour chez le notaire, qu'elle a finalement pu coincer entre deux rendez-vous, elle ne cache pas son enthousiasme. 

    - Et au troisième, demande-t-elle avec de l'excitation dans la voix, il y a quoi dans ces pièces fermées à clé? 

    - Au troisième? fait-il éberlué. Mais il n'y a pas de troisième étage dans cette maison! Vous le voyez bien sur la photo, d'ailleurs. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio qui nous demandait "simplement d'écrire, à partir de la toile du jour, une histoire un peu, beaucoup, passionnément ... ONIRIQUE,  ÉTRANGE, MYSTÉRIEUSE...

  • J comme journée ordinaire

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    Assise dans son fauteuil, elle attend la petite Lucie, comme chaque matin. 

    Aujourd'hui est un jour ordinaire, même si elle a 90 ans: personne ne sait que c'est son anniversaire, personne n'y pensera, même pas la petite Lucie qui vient lui faire sa toilette sept jours sur sept. 

    Elle l'aime bien, la petite Lucie. Enfin, petite, c'est une façon de parler, elle a une tête de plus, au moins. Mais elle est si jeune! si pétulante! Quand elle lui lave les pieds, quand elle la coiffe, quoi qu'elle fasse, avec de grands gestes de ses jolis bras, elle lui raconte sa vie. Sa petite vie de petite fille de 2018. 

    Ce matin, la petite Lucie a du retard. Peut-être à cause des trombes d'eau qui tombent du ciel. Ou peut-être parce qu'hier soir, elle est sortie tard avec son amoureux. 

    Le rideau de pluie lui en rappelle un autre, un autre jour d'anniversaire. Elle avait seize ans et pour la première fois on lui avait confié un courrier. A remettre à un inconnu qui descendrait du train et la reconnaîtrait à son chapeau rouge, à son manteau rouge. Elle s'était demandé si ce n'était pas un peu voyant mais elle a supposé que les chefs savaient ce qu'ils faisaient. Elle s'était sentie si fière de pouvoir participer enfin elle aussi à l'effort de guerre. En février 44, on était à un moment charnière mais on ne le savait pas. 

    Et les chefs avaient eu raison. Sous le rideau de pluie, elle était la seule à porter du rouge. La seule à ne pas s'abriter sous le préau, avec les autres voyageurs, ni sous un parapluie. Stoïquement, elle était restée là, toute détrempée. Jusqu'à ce qu'il l'aborde. 

    Elle le revoit venir vers elle en courant, elle ressent cette même émotion intense qui la submerge... 

    Il est temps que la petite Lucie arrive et l'égaye de ses petites histoires. Elle aspire à une journée ordinaire. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio que je remercie!

  • C comme chandeleur au château

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    Auguste le majordome et Angèle la femme de chambre se sentent en concurrence dans les faveurs de Madame. 

    Ils ne s'aiment pas, mais alors pas du tout!

    Pourtant Auguste trouve Angèle fort agréable à regarder, chignon impeccable, camée retenant un décolleté bien pudiquement fermé, tablier toujours irréprochablement blanc, mais Angèle le trouve plus snob que la plupart des invités de Madame, aux noms tellement plus ronflants que le sien, Auguste Quinquempoix!

    Tandis qu'il frise sa moustache Napoléon III, elle pouffe de rire mais elle ne le montre pas.

    Parfois, elle sourit avec douceur, alors il se méprend sur ses intentions, ses sentiments...

    Cependant, il lui a promis des crêpes, là sur le poêle à charbon de la buanderie, la pièce la plus chaude de l'office et surtout la plus intime; elle a accepté l'invitation comme ça, sur un coup de tête.

    Souvent, ils rient de la même chose au même moment, de tout et de rien, une maladresse, un bon mot, une connivence naissante.

    Surtout lorsqu'elle le regarde en pleine action et qu'il se brûle les doigts, la main, à la lourde poêle en métal et à la flamme trop vive.

    Mais, en fait, ils attendent tous deux le bon moment pour utiliser l'arme du crime...

    L'arme d'Angèle? Les longs ciseaux à la pointe effilée, accrochés à sa ceinture... 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio qui imposait la trame ci-dessous et n'autorisait que 15 verbes: 

    Sur cette heure délicieuse d'Alfred de Richemont, je vous propose un texte à trous. Il s'agit d'en trouver essentiellement les verbes (au nombre de  15) qui animeront votre histoire. Faites un récit comme il vous sied, humoristique, sombre, scientifique, philosophique, ésotérique, voire érotique !... Bien sûr, vous pouvez étoffer et compléter les phrases mais ne rajoutez pas de verbes.

     (X, personne 1) et ( Y, personne 2) ... 

    Ils ne ... 

    Pourtant X ... mais Y ....

    Tandis qu'il ... , elle ... mais elle ne ...

    Parfois, elle ... , alors il ... 

    Cependant, il... ; elle ...

    Souvent, ils...

    Surtout lorsqu'elle... et qu'il... 

    Mais, en fait, ils...

  • Y comme yercheuse

    La nuit est tombée depuis longtemps et Catherine est toujours occupée dans son bureau. J'en ai vraiment marre, se dit Olivier, marre d'avoir une femme prof. Est-ce que c'est juste elle ou est-ce qu'ils sont tous comme ça à travailler jusqu'à pas d'heure? Marre, marre, marre et il s'acharne à touiller une salade pour le carpaccio de saumon. Marre de faire de la bonne cuisine pour une femme qui n'a pas le temps de manger et qui ne parle que de ses élèves. Métier de dilettante, avait dit sa mère avec une condescendance sans équivoque, quand il lui avait annoncé son désir de se mettre en ménage, mais au moins elle sera rentrée à quatre heures pour s'occuper des enfants. Des enfants! Pour l'instant, ils n'ont que ce chien et c'est lui qui s'en occupe. Heureux clébard, qui s'amuse à pourchasser les mouches et à s'entortiller dans la tenture du salon en poussant des grognements. Pourriture! Pourriture! Ça me pourrit la vie, s'énerve Olivier qui finit par décider d'aller voir où en est sa femme avec ses corrections, ses préparations ou dieu sait quoi encore. 

    Il la trouve couchée sur son bureau, son joli cou taché d'encre lui fait comme des ecchymoses et au mur devant elle est affiché un extrait de Germinal

    "Ses mains, durcies par le roulage, empoignaient sans fatigue les montants trop gros pour elles." 

    Ce travail est trop gros pour elle, se dit-il. Et j'espère qu'à l'avenir elle s'abstiendra de s'identifier à ce point à ses héroïnes! 

    *** 

    "Catherine sera une yercheuse, roulant la houille dans les galeries basses. - Ce livre est l'éducation de révolte du jeune homme [Etienne], il assiste à toutes les injustices sociales et s'en aigrit beaucoup. D'autant plus que son cœur en saigne avec Catherine." (Emile Zola, Ébauche de Germinal, f° 440/441) - on écrit aussi hierscheuse, herscheuse, le mot d'origine wallonne est issu du latin hirpicare, herser. 

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    tableau et consignes chez Lakévio qui imposait les neuf mots suivants, à utiliser tels quels mais dans l'ordre qu'on veut (ouf tongue-out): 

    pourriture dilettante – carpaccio – ecchymoses – roulage – tenture – équivoque – pourchasser – s'abstiendra 

    Et si vous voulez relire ce chapitre de Germinal, c'est ici

  • M comme Marthe et Marie

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    - Alors tu vas vraiment faire ça? 

    Marthe, le corps tendu en avant, les coudes sur la table, le menton posé sur ses mains jointes, regarde son amie avec un mélange de stupeur et de ravissement. Cette Marie, tout de même! La plus folle, la plus extravagante, la plus brillante, déjà quand elles étaient ensemble au pensionnat, Marie osait tout. 

    Marthe, dans son intérieur modeste d'artiste et de travailleuse, a sorti pour l'occasion ses deux jolies tasses bleu de Chine et offert l'unique fauteuil à sa visiteuse. 

    Marie, en robe de soie safran, un coquet chapeau sur sa belle coiffure frisée, avec ses bijoux de prix et ses ongles soignés, c'était encore elle "qui avait choisi la meilleure part". 

    - Bien sûr que je vais le faire, dit-elle d'un geste élégant qui doit souligner l'évidence de son propos. Je ne veux pas mécontenter ces messieurs dont les articles sont si utiles. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio que je remercie

  • F comme foutoir

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    Tu vois ce foutoir, Ernest? 

    Depuis que Monsieur reçoit cette femme, les lundis, j'enlève tous les bibelots de la cheminée... 

    Tu vois ce foutoir? 

    Elle entre, elle jette là son sac, ses gants, ses cigarettes, son briquet, une bricole qu'elle a achetée en venant, comme ces tulipes qu'elle ne veut même pas que je mette dans un vase... 

    Si c'est pas malheureux de voir ça! 

    J'aimais mieux celle d'avant, si tu veux mon avis!  

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio que je remercie

  • I comme illusion

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    Pour mon malheur, avant de rencontrer ma gentille petite Simone, j'ai connu sa sœur aînée, Maria. Maria est piqûrière, chez nous à l'usine, c'est comme ça que je l'ai connue. Une bonne ouvrière, ça oui, mais un fichu caractère! Et elle aimait déjà le vin, ce qui n'arrangeait pas son humeur... Quelle différence avec la petite Simone, douce comme un agneau... C'est elle que j'aurais dû rencontrer la première. Je n'en serais pas là aujourd'hui, avec une femme pendue à mon cou et une autre qui me fait du pied sous la table. 

    Oh! mon beau, mon fort, mon grand! Qu'est-ce que je l'aime! Quelle chance j'ai! Quel bonheur! Mon beau Gaspard! Et intelligent avec ça! C'est le patron lui-même qui l'a dit, mon plus jeune et mon meilleur contremaître, il a dit. Il ira loin, mon Gaspard, je le sais, je le sens! Vivement l'été prochain qu'on se marie! 

    Quelle gourde, cette Simone! Non mais regardez-moi ça! Encore une qui croit qu'elle a touché le gros lot! Et son grand dadais qui rougit quand je lui chatouille le tibia... qui attrape la chair de poule quand mes doigts frôlent son bras... Hahaha! il ne sait plus où se mettre! Je le connais moi, le Gaspard. 

    *** 

    Témoignages croisés. Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

    Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Pour comprendre la hiérarchie de l'usine textile d'autrefois, voir par exemple Maxence Van der Meersch, dans La fille pauvre: la canneteuse, puis la bobineuse et la doubleuse, tout à fait en bas. Au-dessus d'elles, "il y avait, pour n'en citer que quelques-unes, la soigneuse de continu, puis l'ourdisseuse, puis la tisserande, puis au sommet, respectée et jalousée, l'aristocrate, la piqûrière, qui nous dominait et ne nous disait pas bonjour.

  • C comme coiffure

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    Bientôt cinq heures, se dit Luisa en se regardant mélancoliquement dans le grand miroir du vestibule. Elle a un moment de découragement à l'idée de devoir sortir, de devoir affronter le regard de la petite assemblée qui prend le thé tous les mardis chez son amie Teresa. Que ne peut-elle rester tranquillement chez elle... 

    C'est toujours sans aménité que Luisa s'observe, sans complaisance qu'elle se détaille. Oui, la taille est bien prise, les mains fines, le cou gracieux. Mais ce nez et ce menton un peu forts? Cet œil à la paupière tombante, surtout du côté gauche? Certes, ça lui vient de feu son père,  est-ce suffisant pour s'en consoler? l'accepter? 

    Puis un léger sourire s'esquisse et le rouge lui vient aux joues. 

    C'est que son regard est posé sur sa nouvelle coiffure, audacieuse, à la romaine, et que le figaro venu officier le matin même pour la première fois est jeune, beau, et qu'il sait parler aux femmes...  

    *** 

    consignes et tableau chez Lakévio, que je remercie! 
    "La marquise sortit à cinq heures"... phrase attribuée par André Breton à Paul Valéry, mais, il y a des doutes... Il s'agit d'étoffer cette simple phrase pour en faire... toute une histoire !

  • W comme Walkyrie

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    Elle est née dans la soierie comme d'autres naissent dans du coton. Son père, excellent homme mais mauvais chef d'entreprise, s'est vu éliminer dans la course sans merci au toujours plus (de profit) avec toujours moins (d'investissement dans l'humain). C'est ainsi que du jour au lendemain, sans explication, tranchant dans le vif, il a décidé de quitter la soie de ses ancêtres pour réaliser son rêve d'enfant: cultiver la terre. 

    Parti en éclaireur à la recherche d'une parcelle nourricière, il s'est installé en Bavière et y fait pousser des carottes et des navets au goût douceâtre, des choux et des pommes de terre. 

    Sa fille, d'abord hostile à ce changement de cap, a rapidement vu les opportunités qu'offrait sa nouvelle situation, en particulier le plaisir de dominer. Et comme par un effet de mimétisme, elle s'est épanouie, grande, forte, robuste comme une héroïne wagnérienne. 

    *** 

    Tableau et consignes chez Lakévio: Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes. Mettez en gras ou soulignez les mots utilisés dans votre texte.

  • 20 novembre

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    Lundi 20 novembre 

    Cher journal 

    Nous approchons des côtes de l'Argentine et nous profitons déjà en plein du printemps austral. Il paraît qu'aujourd'hui la température atteindra 25°! Mais les nuits sont fraîches et la jeune dame qui dort sur le pont a encore besoin de deux plaids... 

    Tu sais qu'elle m'intrigue beaucoup et que je poursuis ma petite enquête. Figure-toi que cette dame est en voyage de noces! Chaque matin son mari vient lui apporter des jus de fruits et lui lire le programme de la journée. Moi, tu me connais, mine de rien je passe, soi-disant pour ma promenade matinale... je m'arrête pour humer l'air du large, exactement à leur hauteur, et j'attrape forcément quelques bribes de la conversation. 

    Son mari parle bas mais j'entends bien ce qu'elle lui répond. Ce matin, elle lui a dit: 

    - N'insistez pas, cher ami. Je vous l'ai déjà dit et je ne changerai pas d'avis: nous verrons quand nous serons arrivés à votre ranch. 

    Je me demande bien ce qu'elle a voulu dire... J'en saurai peut-être plus demain.

    Une chose est sûre: les grandes personnes sont décidément très bizarres! 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie 
    il fallait s'inspirer du tableau et écrire une lettre

  • O comme océan

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    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    Je suis si fatiguée... m'avait-elle dit. Alors je lui ai proposé de faire une petite sieste. Mais je vais vraiment dormir, a-t-elle répondu. Et bien tant mieux, j'ai dit, ça te fera du bien de dormir un peu, et ça fera disparaître ton mal de tête en même temps. 

    Couchée sur mon canapé, elle pleure. 

    J'en ai assez, dit-elle. Je n'en peux plus. 

    C'est vrai qu'elle est à bout. La dépression, on ne sait pas quand on va en sortir. Pour le rhume ou la grippe, on sait. 

    Un câlin fait redoubler le torrent et les hoquets. Elle s'en veut "d'être comme ça". Elle s'en veut de paraître "ingrate", après les bonnes heures passées ensemble, le repas partagé. 

    Je dis des choses qui se veulent rassurantes, apaisantes... que dire? "C'est tellement mystérieux, le pays des larmes". 

    La semaine passée, quand je lui avais montré et expliqué la peinture de Katie O'Hagan, elle avait dit "C'est exactement comme moi." 

    Quelle sorte de radeau lui faudra-t-il pour se maintenir à flot sur l'océan qui l'engloutit?

  • K comme Kronprinz

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    Si vous dites aux grandes personnes : « J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J’ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s’écrient : « Comme c’est joli ! » 

    Après sa lecture, le Kronprinz a refermé le beau volume illustré et a décidé de s'adonner à l'art de l'aquarelle, plutôt qu'à celui de la guerre. 

    *** 

    fiction utopique et uchronique inspirée par le tableau donné en consigne chez Lakévio, que je remercie, ainsi qu'Antoine de Saint-Exupéry.

  • I comme inspiration chez les Plumes

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    Il a quarante ans depuis deux mois mais il préfère ne pas le savoir, ce qui veut dire qu'il y pense beaucoup. Il se dit que la meilleure moitié de sa vie est passée, ce en quoi il se trompe. 

    Il a un boulot qui ne le satisfait pas et s'il n'en change pas, c'est parce qu'il se persuade que c'est pareil partout. Et par paresse. 

    Il soigne son aspect physique, fait de la musculation, met des lotions antirides, veille à ne pas prendre un gramme. Ses deux millimètres de barbe sont soigneusement entretenus. 

    Il s'habille à la mode dans une boutique "jeune" où il commence à se sentir mal à l'aise. Juste un peu, à certains regards qu'il perçoit. 

    Il n'a pas de relation stable et ne voit presque pas sa fille - aujourd'hui adolescente - qui grandit dans une autre ville. La dernière fois qu'ils ont passé quinze jours de vacances ensemble, ça a viré au drame. Il était en couple avec Amélie, qui était horriblement jalouse de la gamine. Il a dû choisir. Il ne sait pas s'il le regrette. Ça lui fait un peu peur, une fille de treize ans. Et pas seulement peur de vieillir. 

    Il a quelques copains qu'il voit au gré de ses activités sportives, quoique la plupart du temps il les pratique en solitaire. Ce n'est pas simple de trouver les bons créneaux horaires. 

    Il a encore sa mère. Ils se téléphonent beaucoup, elle va bien. Il pense qu'elle a cessé de se tracasser qu'il soit "monogame en série", comme elle dit, ce en quoi il se trompe aussi.  

    *** 

    inspiration (consignes) chez les Plumes d'ici et d'ailleurs 

    photo: tableau de Robert Devriendt (expo The Raft Ostende)

  • G comme Géricault

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    Le petit séjour de catsitting ostendais a permis de découvrir l'expo Het Vlot/The Raft qui s'est ouverte le 22 octobre et durera jusqu'au 15 avril. 

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    Tant mieux, d'ailleurs, qu'il me reste cinq mois pour tout voir, parce que des œuvres sont exposées en divers endroits de la ville - dont certains ne sont normalement pas accessibles au public - et je suis loin d'avoir tout vu en une journée. 

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    Surtout qu'une journée muséale ne commence qu'à dix heures et se termine à dix-sept heures... 

    Bref. 

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    Géricault, donc, et son célèbre tableau Le Radeau de la Méduse, voilà le point de départ. Le radeau comme métaphore de la condition humaine, le radeau dans l'actualité, le radeau comme rêve d'enfant... Beaucoup de choses touchantes, intéressantes ou amusantes. 

    Oui, j'ai même ri: je trouve Messieurs Delmotte hilarant tongue-out 

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    photo 1: Jan Fabre, Kunst is (niet) eenzaam (1985), L'art (n')est (pas) solitaire - sur son propre radeau, Jan Fabre prévoit un terrain de foot... et de nombreux ballons tongue-out 

    photo 2: Katie O'Hagan, Life Raft (2011) 

    photo 3: Oda Jaune, Sans titre (2017)

    photo 4: Fabien Mérelle, Le Radeau de Fortune (2016) 

    photo 5: Pedro Valdez Cardoso, Sans titre, d'après Géricault (2007)

  • E comme édification

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    "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Dès qu'on lui a permis de se lever, ma mère est allée se montrer à la fenêtre, le soir venu, après avoir allumé toutes les lampes et ouvert les rideaux. C'était un rituel auquel elle s'adonnait quotidiennement depuis plus d'un an, sans jamais manquer au rendez-vous, mise à part cette parenthèse de ma naissance. 

    Mais cela, l'homme en face le savait, bien sûr. 

    Moi-même je ne l'ai su que beaucoup plus tard, après leur mort à tous les deux, quand j'ai retrouvé leur correspondance. J'ai compris beaucoup de choses à ce moment-là. Par exemple, pourquoi ma mère et moi trouvions depuis toujours si attirants les hommes à moustache. Il en avait une, absolument impériale, sur un petit portrait au pastel que je possède encore aujourd'hui." 

    Tom referma le document, éteignit l'ordinateur, redisposa tout sur le bureau exactement comme il l'avait trouvé. Il espéra que longtemps encore il trouverait ainsi le moyen de connaître l'intimité de Nadia. 

    Tout en réfléchissant à ce qu'il venait de lire, il se passa la main sur son visage glabre. 

    - Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    l'incipit et l'excipit étaient imposés 
    en plus du tableau, évidemment smile

  • Z comme Zoé

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    Aglaé est tout à fait dans son rôle et affiche une mine de circonstance. Avec ses airs de pleureuse antique, son chignon défait, ses yeux gonflés et son nez rougi, on ne voit presque plus qu'elle et Agathe sont sœurs jumelles. 

    Agathe réussit toujours à rester belle, même avec ce masque de douleur: grands yeux mélancoliques, bouche mignonne, petit nez parfait et coiffure impeccable. 

    Comme chaque fois, c'est vers Zoé qu'elle se tourne. L'aînée a son air habituel, sérieux et responsable, le dos droit. On attend qu'elle décide. 

    Mais aujourd'hui elle ne dit rien, le regard au loin, pensive. Alors Agathe lui touche légèrement le pli du coude, pour la rappeler à la réalité: 

    - Zoé... qu'est-ce qu'on fait, pour le cadavre? 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio

    que je remercie!

  • R comme retard

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    Il faudra, pense la petite en arrangeant ses fleurs, que je vérifie dans un dictionnaire comment on écrit 'chrysanthème'. Je suis sûre que Mademoiselle nous donnera un devoir sur la Toussaint.

    La petite aime sa nouvelle institutrice, excellente pianiste et fine pédagogue. Avec elle, toutes les petites corvées deviennent un honneur et elle les distribue de manière judicieuse et équitable.

    La petite espère que lundi ce sera son tour d'arroser le bel hortensia bleu qui orne le coin de la fenêtre. Et que l'après-midi, quand la classe ira à la piscine, personne ne tentera de lui arracher sa bouée, comme cet affreux Kevin a fait avec Anabelle, la dernière fois, pendant que Mademoiselle surveillait les derniers, ceux qui essaient d'entrer dans l'eau sans passer par la douche. C'est vrai qu'elle est un peu fraîche et que tout le monde y passe en courant, la petite aussi.

    Au fait, pourquoi Kevin s'en prend-il toujours à Anabelle, qui a une tête de plus que lui? Mordant son bras, tirant ses cheveux ou sa jupe, essayant d'ouvrir la porte quand elle est aux toilettes...

    Elle décide que dès le lendemain elle sera très gentille avec Anabelle, pour qui ça doit être fort pénible d'être toujours sur ses gardes quand Kevin est dans les parages.

    Tout comme les fleurs peuvent éclairer une pièce, une petite élève peut éclairer une classe.

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie! 

    Jeu des Papous N°2

    A partir du tableau proposé, écrire un texte  en prose ou un poème en plaçant judicieusement les huit mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

    dictionnaire - pianiste - hortensia - bouée - affreux - mordant - pénible - éclairer

    Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

  • N comme notaire

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    Arrêtée au passage piétonnier devant le feu rouge, elle voit qu'elle a un message de sa mère: 

    je te donne mon emploi du temps aujourd'hui visite à ghislaine en bus demain matin coiffeuse samedi matin banque alimentaire au delhaize après midi chez denise et dimanche katty si tu veux me voir avant mon départ il faudra prendre rendez-vous comme chez le notaire 

    La seule différence entre sa mère et le notaire, se dit-elle en déchiffrant, c'est que lui met des points et des virgules quand il écrit... 

    ***  

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • A comme allokataplixis

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    Ça a débuté comme ça. Hector Vanderheiden, coiffé de sa casquette neuve et chaussé des souliers de cuir réservés aux grandes occasions, la moustache peignée et retaillée, un mouchoir propre en poche, s'était rendu dans la capitale à l'invitation d'un notaire. 

    Chez qui il n'est jamais arrivé. 

    Mais ça, la famille ne l'a su que quand il était trop tard. 

    Hector Vanderheiden, les mains derrière le dos, a pris tout son temps pour flâner. Il était largement en avance pour le rendez-vous et en a profité pour admirer les étalages. Il y avait là des choses inouïes, des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence et qui le faisaient tomber d'émerveillement en émerveillement. 

    C'est ainsi qu'il s'est retrouvé, sans qu'il ait bien compris comment la chose s'était faite, sur les moelleux fauteuils de la Maison Polant. Où sa naïveté lui a valu un traitement de faveur. C'est bien normal. 

    C'est bien normal aussi que son cœur ait lâché. 

    Bien normal que son fils et sa belle-fille n'aient pas jugé utile de faire des frais pour le rapatriement du corps.  

    En fait, madame Polant, déléguée par la famille, avait seule suivi le corbillard. 

    *** 

    Allokataplixis, le mot vient d'être inventé par un professeur américain pour désigner l'émerveillement, la fascination du touriste devant ce qui est différent de chez lui (donc une notion fort différente du syndrome de Stendhal) - merci à Lakévio pour le tableau, l'incipit et l'expicit imposés!

  • U comme un arbre, un lieu

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    - Tu ne peux pas te tromper, avait-il dit, il n'y en a qu'un! 

    C'est donc là qu'il l'attendait, à l'entrée du parc, au soleil de cette belle matinée de fin avril. 

    Sous l'arbre dans toute la splendeur de sa floraison blanche. 

    Cet arbre-là, dont le parc ne possédait qu'un seul exemplaire. 

    Voilà pourquoi il lui avait bien dit: Tu ne peux pas te tromper! 

    Et elle, que faisait-elle pendant tout ce temps? Pourquoi n'arrivait-elle pas? Avait-elle changé d'avis au dernier moment? 

    Il n'avait pourtant pas menti, sur sa page de profil: ni sur son âge, ni sur sa taille, ni sur sa profession. Ni évidemment sur le lien principal qui s'était tout de suite créé entre eux deux: sa passion pour la botanique, qu'elle partageait. 

    Alors au fait, oui: et elle, que faisait-elle pendant tout ce temps? 

    D'abord, elle avait dû faire une recherche, le davidia involucratafranchement ça ne lui évoquait rien de connu. Elle avait peut-être un peu exagéré, lors de leurs échanges, sur sa connaissance des arbres, mais tout le monde ne le faisait-il pas, pour amorcer le poisson? 

    Finalement, cette histoire s'était terminée à son avantage. 

    - Il n'y en a qu'un, vraiment? Oui, si tu veux, un au parc Monceau, un au Luxembourg et un au Jardin des plantes.

    Et tout en marchant d'un bon pas vers le jardin du Luxembourg, elle se demandait ce qui serait le mieux: avouer rapidement ses lacunes en botanique ou essayer de les combler avant qu'il ne s'en rende compte...  

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio
    que je remercie!

  • P comme parapluie

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    Ellen avait certains principes dont elle n'aimait pas se départir: y rester fidèle l'aidait à traverser les jours. Il suffit de si peu de choses pour que la vie s'effiloche... 

    Ainsi par exemple, le 18 septembre on est encore l'été, il ne peut donc être question de sortir les bas, les pulls, les écharpes et les vestes. Tant pis s'il fait frisquet le matin, on marchera un peu plus vite. 

    Le parapluie, on peut le prendre: il arrive qu'il pleuve aussi l'été, n'est-ce pas? 

    C'est pour cela que dans sa petite robe sans manches, elle marchait à grands pas sous l'averse, heureusement munie de son parapluie. Klara a eu du mal à la rejoindre et s'est glissée à ses côtés, hors d'haleine, pour profiter de l'abri. 

    Un quart d'heure plus tard, en arrivant au bureau, Klara a le côté droit détrempé: pendant le chemin, Ellen a bien pris soin de positionner le parapluie de façon à évacuer toute l'eau dans le dos et le sac de sa collègue. 

    Alors Klara comprend enfin pourquoi ce jour-là, pour une fois, elle a eu droit au regard attentif d'Ellen pendant qu'elle lui parlait. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • I comme incipit

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    Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Non par goût, mais parce que j'avais un petit frère qui refusait d'aller au lit aussi longtemps que j'avais la permission de veiller. 

    Longtemps je me suis donc couchée à l'heure des petits enfants. Je ne réussissais pas à m'endormir - l'ado vit à un autre rythme, c'est bien connu - et j'appréhendais ces longues heures dans l'attente vaine du sommeil. 

    C'est encore pareil aujourd'hui et j'ai déjà appliqué tous les conseils des spécialistes et autres gourous du sommeil: des rituels, des heures fixes, pas de café ni d'écrans lumineux dans les heures précédentes, que sais-je encore. 

    Ma carissima nipotina a le même problème et réussit à s'endormir en faisant tout le contraire de ce qui est préconisé: allongée dans son fauteuil, la télé allumée, les chats couchés sur elle, elle dort... 

    Vous commencez à la connaître, vous savez bien qu'elle n'en fait qu'à sa tête tongue-out 

    Peut-être a-t-elle un peu raison?

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio 
    qui impose l'incipit indisposant irrémédiablement
    Walrus innocent 

    La dernière phrase aussi est imposée. 

  • C comme Carrare

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    Les bras ballants, elle garde les yeux fixés sur la fontaine. Elle évite le regard de l'homme, ce pli qu'il a déjà entre les sourcils à force de les froncer, cette dureté au coin de la bouche. 

    Avec ses mains dans les poches et son attitude raide, il lui semble plus dur et plus froid que le marbre de la fontaine. C'était lui pourtant qui, il y a six mois à peine, profitait de chaque mèche échappée du chignon pour lui faire une caresse dans la nuque. 

    Serrée dans la main gauche, la pièce de monnaie qu'elle jettera dans l'eau du petit bassin. Oui, elle reviendra à Rome. 

    Mais sans lui. 

    *** 

    photo, tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!

  • X c'est l'inconnu

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    Où qu'il soit, Simon ne peut s'empêcher d'étudier les "signes" et ce n'est pas la préparation de sa thèse de linguistique sur les actes de langage qui y changera quelque chose: au sein de la vie sociale, tout est signe et donc significatif pour qui sait voir. 

    Ce matin, dans la salle du petit déjeuner, il a de quoi faire avec l'observation d'une dame seule dont la robe et la serviette de bain aux rayures bleues et blanches sont assorties à la nappe et au service de table. 

    Une dame que personne ne viendra rejoindre et qui pourtant laisse refroidir son œuf à la coque. 

    Qui a ouvert un nouveau paquet de cigarettes sans pourtant en avoir fumé une première. 

    Qui ne s'est même pas encore servi une tasse de café. 

    Qui a posé le Times bien en évidence sur le coin de la table, dans le sens de lecture opposé au sien, donc pour le passant. 

    Qui a ôté la serviette de son rond et l'a jetée en face d'elle. 

    Et qui, les mains jointes, ne cesse de regarder fixement au dehors. 

    Simon la prend en photo: voilà un cliché qu'il soumettra à la sagacité de ses étudiants, le semestre prochain.  

    *** 

    source de la photo et consignes chez Lakévio, que je remercie pour sa merveilleuse constance, même pendant les mois d'été cool

  • D comme dernier défi

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    Il a ajusté la partie supérieure d'une roulotte de romanichels à la barge qu'il utilise le plus souvent pour aller sur la rivière. A cause de cette roulotte, il est impossible de voir ce qu'il trafique à l'intérieur, et ça intrigue beaucoup les paysans, les pêcheurs et les gens du village. On le soupçonne d'y emmener des dames, une ou même deux à la fois, pourquoi pas, et qu'on imagine très peu vêtues, puisqu'il a toujours le prétexte de sa peinture, de son art. 

    Ce en quoi on ne se trompe pas. 

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    Ce jour-là précisément Aline est à bord, vêtue cependant, de sa plus jolie robe et de son chapeau neuf. Il l'emmène déjeuner à Chatou, chez le père Fournaise avec ses amis les canotiers. Aline a tenu à emporter son chien et fait des mines que l'ami Gustave semble trouver à son goût. 

    On l'aime bien, Gustave, c'est lui qui règle la note... 

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    L'a-t-il peinte, son Aline! Aline en lectrice, assise en tailleur dans l'ombre bleue du salon, Aline au bain, soulevant légèrement sa jambe de statue, Aline au jardin, moment de farniente parmi les papillons, les mésanges et les fleurs, Aline dans le champ de blé, avec le village en arrière-plan, Aline lui faisant un baiser d'au revoir, la bouche en coeur au bout de ses jolis doigts... 

    Il se dit qu'il finira sans doute par l'épouser. Il a cinquante ans passés et leur petit Pierre bientôt cinq. 

    *** 

    Dernier défi des Plumes d'ici et d'ailleurs
    jours 18 (Claude Monet, La barque atelier, 1874), 19 (Renoir, Le déjeuner des canotiers, 1871) et 31 (logorallye avec les mots des objets présents sur la photo: lectrice, statue, mésange, bleue, tirelire, au revoir, village, tailleur, farniente)

  • O comme Odette

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    Odette riait. On ne savait pas toujours pourquoi. Elle semblait heureuse alors on l'était aussi. Elle riait, et même elle minaudait. Elle prenait ses airs de petite fille candide, clignait des paupières, souriait. 

    Elle jouait avec son écharpe rose. Son chapeau rose, sa robe rose, elle ne voulait plus porter que du rose. Elle avait dû porter du noir trop longtemps, trop souvent. Elle avait bien le droit, maintenant, de porter ce qui lui plaisait. Pourquoi pas du rose, comme ses petites-filles de dix et douze ans. 

    Odette pleurait aussi, parfois. Un chagrin tout à coup l'accablait. Elle était incapable d'expliquer pourquoi. On se sentait si impuissants et malheureux pour elle. Que pouvait-on faire pour chasser les idées noires? Pour lui rendre son sourire? 

    On regardait de vieux albums. Elle tournait les pages, sans rien dire. Parfois elle regardait ailleurs. Les choses l'ennuyaient vite. Alors on allait se promener au jardin. Avec son chapeau rose et son écharpe rose. Elle marchait à petits pas.  

    Puis tout à coup elle disait: il faut vous en aller maintenant. 

    Ou d'autres fois, c'est elle qui voulait partir. Il faut que je rentre, disait-elle. Elle devenait nerveuse, fébrile. 

    Et elle répétait: Il faut que je rentre! mon papa va s'inquiéter. 

    *** 

    tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie!