telephone

  • P comme perpetuum mobile

    - Zut! s'exclame gentille collègue numéro 3. Il est fichu. Je ne réussis plus à le rallumer. 

    - Tu peux le porter chez un réparateur, ça existe. 

    - Et il est tout neuf! ajoute-t-elle. Je l'ai eu à Noël. 

    Un beau smartphone très coûteux qui n'a pas supporté d'être tombé à terre, ce matin-là. Une chute pourtant amortie par un tapis moelleux et une pochette protectrice. 

    Le verre n'est même pas brisé, contrairement à celui du bel appareil fort coûteux lui aussi de gentilles collègues numéros 2 et 4. Elles ne savent plus très bien combien elles en ont déjà "usé". 

    Veerle et moi, nous le savons très bien: nous en sommes toujours à notre vieux Nokia. On pourrait le laisser tomber, il survivrait à une chute, mais bizarrement il ne tombe jamais. 

    Bien sûr, il ne donne ni la météo, ni l'état des routes, ne permet pas d'aller sur fb ou youtube ni de prendre des photos. Mais la durée de sa batterie s'exprime en jours, et non en heures. 

    Bref, d'autres que nous s'en sont apparemment aperçus et on va de nouveau le commercialiser.

    Par nostalgie, dit l'article.

    Je ne suis pas d'accord: s'il a du succès, c'est grâce à ses nombreux avantages. Ce qu'on appelle le rapport qualité-prix. 

    Il coûtera paraît-il 59 €

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    source de l'image et article ici 

     

  • Le bilan du 20

    Malgré la somme d'expériences passées toutes plus instructives les unes que les autres, l'Adrienne reste d'une candeur extrême.

    - Mercredi prochain, annonce-t-elle à l'amie venue lui rendre visite fin août, le chauffagiste vient pour l'entretien. En même temps, je me ferai expliquer comment marche cet appareil...

    Parce qu'il faut savoir que l'Adrienne n'est même pas capable de mettre son chauffage en route après la pause estivale.

    - Tu crois? fait l'amie.

    - Bien sûr! dit l'Adrienne.

    Oubliant que l'électricien, le plombier, le carreleur, le plâtrier (liste non exhaustive) lui ont donné toutes les raisons de douter de la fiabilité des rendez-vous promis.

    Bref, vous devinez la suite: trois mercredis d'affilée, l'Adrienne est restée coincée chez elle, n'osant même pas aller un peu gratter la terre de son jardinet de peur de ne pas entendre le coup de sonnette de l'homme de l'art. Trois mercredis d'affilée, elle a téléphoné le matin pour se faire confirmer le rendez-vous et retéléphoné le soir pour en prendre un nouveau. (1)

    - Vous pouvez y compter! dit la dame le matin.

    - Ah? il n'est pas venu? dit la même dame le soir, pas plus gênée que pour constater qu'il pleuvine.

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    on ne peut pourtant pas tout faire soi-même
    (l'Adrienne est juste capable de découper et de coller des fleurettes dans sa salle de bains)

    Alors l'Adrienne a fait une chose qu'elle n'avait encore jamais faite: après un dernier coup de fil où elle s'est un peu énervée ("Faut pas vous en prendre à mouâââââ" a gémi la dame avant même que l'Adrienne s'énerve tout à fait) elle a téléphoné à un autre chauffagiste.

    Appelons-le Zorro: il a sauvé l'Adrienne en arrivant cinq minutes plus tard Cool.

    Du coup, elle lui a aussi commandé un nouveau robinet pour la cuisine. Parce qu'il est également plombier. Une perle, quoi.

    Il revient mardi soir Langue tirée

    ***

    (1) Oui, vous avez bien lu, c'est peut-être ainsi qu'elle vaincra sa téléphonophobie... Essayons de voir en tout un aspect positif.

     

  • W comme what else?

    Quand le téléphone sonne, l'Adrienne se demande si elle va décrocher ou pas. Si elle décroche, vous avez de la chance. Souvenez-vous qu'elle est téléphonophobique. Souvent elle ne décroche pas.

    *** 

    C'est l'amie de Bruxelles. Elles bavardent. L'amie a perdu son frère récemment. L'Adrienne l'invite chez elle.

    ***

    C'est la jeune collègue de FLE. Il y a des points du programme sur lesquels elles doivent se mettre d'accord. L'Adrienne l'invite chez elle.

    ***

    C'est l'amie K***. Elle est revenue de ses vacances à Aix-en-Provence. Elle a des tas de choses à raconter. l'Adrienne l'invite chez elle.

    ***

    Vous voulez que je vous dise?

    L'Adrienne ne sait plus quoi inventer pour ne pas devoir ranger son bureau

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    une partie du désordre de 2012, dans la maison d'avant

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    la phobie du téléphone
    j'en ai déjà parlé dès le début de ce blog

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2008/07/24/t-comme-telephonophobique.html 

  • V comme voix

    - Bonsoir, je suis bien chez madame Adrienne?
    - Oui...
    - Je vous appelle de la part de la firme X. Vous connaissez les surgelés X?
    - Non... mais ça ne m'intéresse pas.
    - Vous êtes sûre? Vous n'avez jamais entendu parler des surgelés X?
    - Non, je suis désolée. Mais de toute façon, ça ne m'intéresse pas.
    - Vous pourriez aller me chercher un adulte? Papa ou maman?

    Il était huit heures et demie du soir. Devais-je dire à cette dame que mon père n'était plus que cendres et que ma mère était probablement calefeutrée dans son appart devant son émission préférée? Non, n'est-ce pas? Alors j'ai simplement dit:

    - C'est moi l'adulte.

    En maudissant mon manque d'assurance au téléphone Incertain

  • T comme tout va très bien!

    L'Adrienne, vous le savez, ne se déplace plus qu'en sandales crades.

    Vous savez également qu'elle se promène dans sa ville un oreiller sous le bras.

    Ce que vous ne savez pas, c'est que cette téléphonophobique est privée de téléphone depuis le 15 ou le 16 novembre (elle ne le sait plus très bien). Si vous l'appelez sur son fixe, vous arrivez chez une dame qui habite un autre village et qui s'appelle Leona. Essayez et vous verrez, Leona a déjà l'habitude de recevoir des appels pour l'Adrienne mais s'en accommode fort bien. Prévenir Belgacom? Mais pourquoi donc? (1)

    Ce que vous avez peut-être deviné, c'est que l'Adrienne est aussi privée d'internet. Depuis le 15 ou le 16 novembre, il lui semble que c'était un vendredi, et sa vie de nomade ne l'aide pas à améliorer sa perception déjà fort perturbée, en temps normal, des jours de la semaine (2)

    Ce billet-ci, par exemple, elle est retournée dans son bureau à l'école, un soir tard, pour l'écrire en toute discrétion.

    Elle vient d'apprendre qu'elle disposera à nouveau d'une connexion le 27 novembre à 16.30 h. (3) soit quinze jours après avoir signalé le problème.

    Mais à part ça, tout va très bien Cool Elle réussit déjà à se mettre une goutte dans l'oeil dans devoir se coucher par terre derrière son bureau.

    ***

    (1) aussi, l'Adrienne trouverait formidable qu'un grand nombre de gens appellent Leona et lui fassent un brin de causette Langue tirée

    (2) l'Adrienne, c'est le genre de personne qui se pose la question tous les matins, et souvent deux ou trois fois le reste du temps, "Mais quel jour sommes-nous, aujourd'hui?" 

    (3) admirable de précision et d'efficacité, n'est-ce pas? (sifflement admiratif)

  • O comme oreille

    Quand mon voisin veut bavarder tranquillement au téléphone, loin des oreilles indiscrètes de sa petite famille, il vient le faire dehors.

    Ce qu'il oublie, c'est qu'à vingt ou trente mètres de là, il y a moi, dans le silence de mon jardin, en train de gratter la terre.
    Ce qu'il oublie aussi, c'est la tendance que tout le monde a de parler à son interlocuteur comme s'il était dur d'oreille. Lui en tout cas n'échappe pas à cette règle.

    N'est-ce pas un étrange paradoxe qu'on puisse à la fois faire la sourde oreille et que cependant rien de ce qui est dit ne tombe dans l'oreille d'un sourd? Ou d'une sourde, plutôt, dans le cas présent.

    Alors je ne sais jamais si je dois me manifester - tousser bien fort? converser avec mes chats? faire cliqueter quelques outils? pousser la chansonnette? - ou au contraire rester accroupie sur mes mauvaises herbes pour ne pas le mettre mal à l'aise en lui faisant comprendre qu'il est sur écoute...

    Mais qu'il dorme sur ses deux oreilles: je sais fermer les miennes Langue tirée

  • R comme rare et cher

    Le temps c'est de l'argent, toute sa vie déjà qu'on lui serine cet adage.

    Alors elle saute sur son vélo d'appartement dès qu'elle entend la voix de sa mère au téléphone (1), se brosse les dents en position couchée pour pouvoir faire en même temps ses abdominaux et prend tous ses repas devant l'écran de son ordinateur...

    Et malgré tout ça, elle n'a pas trouvé les trois minutes nécessaires à l'envoi de sa bafouille au défi n°184!

    ***

    (1) si quelqu'un sait comment recharger les batteries du téléphone à la force du pédalier, qu'il me le dise: il y a de ces "conversations" maternelles qui se terminent après le dernier "piiip" avertissant que toute l'énergie a été épuisée ;-)

  • Question existentielle

    Il y a une quinzaine de jours, il faisait un froid de canard. Non seulement dehors mais aussi dedans, vu que j'avais une panne de chauffage. J'étais rentrée très tard de l'école, il faisait noir depuis longtemps, j'étais crevée. J'avais allumé le poêle à bois, il ronronnait à plein régime, je m'étais installée dans mon divan avec une petite couverture et un bouquin.

    Enfin un peu de chaleur et de détente.

    Et puis juste à ce moment-là le téléphone sonne.

    Et je n'ai eu ni la force ni l'envie ni le courage de quitter la chaleur de ma couette et le confort de ma position allongée pour aller décrocher le téléphone.

    Depuis, je me sens légèrement coupable et je me pose cette question: a-t-on le droit de ne pas décrocher le téléphone (fixe)?

    Qui m'amène à celle-ci: a-t-on le droit à l'indifférence?

    Qui m'amène à celle-là: a-t-on le droit à la paresse?

  • Adrienne et mes souvenirs d'enfance

    Dans la rue de mes grands-parents, dans les années soixante et  même septante (soixante-dix, hein, M ;-)), personne n'avait le téléphone, sauf Albert et Julia. Albert était employé et Julia femme au foyer. Albert avait une belle voiture noire qu'il lavait consciencieusement chaque samedi, après le travail, quoiqu'elle ne soit jamais sale: je ne l'ai connue que rutilante, les chromes bien polis. Et le dimanche matin, Julia mettait son chapeau noir à petit volant pour aller à la messe. A pied.

     

    Julia était si dévote qu'un après-midi qu'elle avait gardé mon frère, elle lui avait appris le Je vous salue Marie en néerlandais: Wees gegroet Maria, vol van genade etc. récitait mon petit frère, qui avait trois ans à l'époque et ne connaissait pas un mot de cette langue. Par contre nous comprenions le dialecte flamand local, ce qui fait qu'au lieu de dire "arme zondaars", "pauvres pécheurs", il disait "arme zondaags", "pauvres dimanches". Le mot "zondaar" étant un mot trop savant pour notre connaissance du dialecte.

    Et Julia, poverina, qui aimait tant les enfants mais n'en avait malheureusement pas elle-même, le lui faisait réciter à tout le monde.

     

    Quand le téléphone sonnait dans le couloir de Julia, c'était une affaire d'Etat. Un événement majeur. En même temps ça faisait un peu peur puisqu'il ne sonnait que pour des choses vraiment sérieuses. Alors Julia courait et faisait la messagère.

    ***

    Ce qui fait que moi, depuis toujours, la sonnerie d'un téléphone me fait sursauter de crainte de la "mauvaise nouvelle" et que je n'utilise cet appareil qu'en cas d'extrême nécessité.

  • X comme anonymat garanti

    Tu devrais écrire ce livre, lui dit-il au téléphone, alors qu'il était question de télé qui ne marche plus et puis qui marche quand même.

     

    Depuis, elle y réfléchit. Elle devrait l'écrire, ce livre, c'est une évidence. Depuis le temps qu'il mûrit en elle, ce fruit ne finira-t-il pas par pourrir?

     

    Elle ne veut pas qu'il ressemble à un réquisitoire. Cependant, dans sa tête, C'EST un réquisitoire. Ou plutôt: il a tout d'un réquisitoire. D'ailleurs, comment faire pour que ce n'en soit pas un? L'autre jour elle a raconté une simple anecdote. Tout le monde l'a trouvée horrible. Quoique racontée avec humour: pendant qu'elle le racontait, tout le monde a ri. Ce n'est qu'après qu'elle a eu les réactions: comme c'est cruel!

     

    Ce qu'elle voudrait, c'est qu'il soit un témoignage. Et que d'autres, après sa lecture, lui disent: "Moi aussi!" Moi aussi j'ai vécu cela. J'ai vécu cela comme ça. Ce qu'elle voudrait, c'est que ce soit un grand soulagement pour tout le monde. Mais sans qu'il soit besoin de savoir qui est qui. Sans qu'on doive montrer quelqu'un du doigt. Discrétion assurée. Anonymat garanti.

     

    Ce pardon qu'elle ne réussit pas à donner, elle le veut dans le livre.

     

    Mais d'abord, il faut l'écrire. Et elle ne sait pas par quel bout commencer.

  • X et les joies du portable

    Je reçois un SMS en néerlandais: "Kunnen we bellen?", traduction libre: "Est-ce que je peux t'appeler?", traduction littérale: "Est-ce qu'on peut s'appeler?", traduction dans ma tête: "Est-ce que la voie est libre?"

    Le message vient d'un numéro que je ne connais pas, mais on ne sait jamais, alors je réponds. On verra bien.

    Je tapote donc: "Oui, mais qui êtes-vous?"

    Je veux bien comme Prévert dire tu à tous ceux que j'aime, mais pour s'aimer il faut se connaître, n'est-ce pas. Donc j'utilise encore pas mal le vouvoiement.

    Et bien vous n'allez pas me croire - ou trouver la chose bien regrettable - mais la conversation s'est arrêtée là.

    Hahaha, c'est beau la technologie!

  • T comme téléphonophobique

    Je ne sais pas si le mot existe mais pour moi il faudrait l'inventer: la phobie du téléphone.

    Depuis toujours, irrémédiablement, je suis je reste téléphonophobique.

    Toute petite déjà. Quand le téléphone sonnait, on se criait l'un à l'autre "Téléphone!" et le scénario-catastrophe-phobique était que ma mère me dise: "Décroche!"

    Alors que tous les autres enfants, à ma connaissance, se ruent sur le combiné à la première sonnerie. J'ai même vu des frères et soeurs se le disputer et se l'arracher.

    Aujourd'hui encore, tous les symptômes de la véritable phobie sont toujours réunis, ce qui fait que quand mes amies entendent mon "allô?" elles me demandent souvent avec inquiétude comment je vais et me disent que ma voix est bizarre... ben tiens!

    Mais le pire de tout, c'est quand je dois appeler moi-même quelqu'un. Il y a toujours mille bonnes raisons de ne pas le faire ou de le différer: n'est-ce pas bientôt l'heure de la popote, du repas en famille, du feuilleton préféré, du journal télévisé, du match de foot, du coucher des petits? n'est-il pas trop tôt, ils font peut-être la grasse matinée? ou trop tard, ils vont se demander qui ose les déranger à cette heure?

    Alors voilà ma question: d'autres se reconnaissent-ils ici ou suis-je vraiment un cas pathologique?

     

  • W comme wagon de train

    Il n'y a pas que les liseurs, dans le train, il y a aussi les téléphoneurs. Bon, je sais que là je n'étonne personne.

    Mais l'autre dimanche en revenant de Bruxelles j'ai tout de même été un peu surprise. Un homme (grosse moustache et gros ventre) a sorti l'un après l'autre pas moins de trois portables. Trois portables différents. Trois marques, trois couleurs, trois époques. Et il les a tous utilisés. Deux pour affaires et un pour la famille. En tout cas c'est ce qui m'a semblé parce qu'il parlait une langue que je n'ai pas réussi à situer avec certitude... le turc, peut-être.

    Il les avait posés tous les trois sur la tablette et la jeune fille en face de lui a arrêté de potasser ses cours pour l'observer. Il parlait haut et fort, comme le font beaucoup de gens avec leur portable, surtout dans sa conversation avec la famille qui sans doute se trouvait fort loin et criait fort elle aussi... on entendait une voix de femme, des voix d'enfants.

    J'aime m'imaginer un bout de la vie des gens, rien qu'en les observant (ô! discrètement!) dans un wagon de train.