traduction

  • U comme universel

    oostende 2017-04-21 (13).JPG

    La citation peinte sur les vitres du centre culturel ostendais vient d'un livre du Hollandais Jeroen Brouwers (né en 1940), Bezonken rood. Sa traduction française, Rouge décanté, a obtenu le prix Fémina du roman étranger en 1995. Si ça prouve une chose, c'est que les livres en néerlandais mettent beaucoup plus de temps à être traduits en français qu'en anglais, l'original a paru en 1981 et sa traduction anglaise en 1988, Sunken red

    Ce livre, écrit après le décès de sa mère, raconte son expérience de petit garçon de 3 à 5 ans dans l'horreur d'un camp de concentration japonais. La famille vivait à Batavia et est faite prisonnière après l'invasion japonaise de l'Indonésie néerlandaise, en 1943: il était dans ce camp avec sa maman, sa sœur et sa grand-mère, qui y est décédée; son père était interné dans un autre camp. 

    Et la citation, me direz-vous? Je vous la traduirais comme ceci: "Rien n'existe qui ne touche autre chose". 

     

  • F comme found in translation

    Nul ne sait ce que, du langage d’autrui, Robinson, qui ne parle pas du tout, comprend ou ne comprend pas. À certaines expressions courtes prononcées dans des circonstances précises, il répond par un comportement approprié : il se dirige vers la cuisine si je lui dis « On va manger » et, quand je répète « Trampoline », il se rend dans mon bureau, pièce qui contient bel et bien, à son intention, un petit trampoline. À « Dis au revoir », il réagit par un geste minimal, en levant l’avant-bras et en pliant l’index, et à « Donne un bisou » en tendant la joue sans pour autant bouger les lèvres. S’il vient de jeter un objet par terre, par exemple sa casquette lors de notre promenade, il me prouve, en le récupérant, qu’il connaît la signification de « Ramasse ! » Lorsqu’il est de bonne volonté, il obtempère aussi à « Appuie sur le bouton », « Éteins la lumière », « Assis » ou « Ferme la porte. » Et, quand il s’est emparé d’une tranche de pain et qu’ayant à peine mordu celle-ci, il désigne le frigo, en geignant, pour demander un yaourt à la vanille, il comprend « D’abord ton pain ! », ce qui suppose tout de même une forme de conditionnel. Mais, à ma connaissance, son rapport au langage ne va guère au-delà. 

    Extrait de Robinson, du Liégeois Laurent Demoulin, publié chez Gallimard en 2016, un livre autobiographique qui parle de la relation entre un père et son fils autiste.

    Demoulin.jpg

    source de la photo et interview avec l'auteur ici 

    Passa Porta propose un Found in translation, c'est-à-dire une rencontre avec l'auteur et sa traductrice (http://passaporta.be/passa-porta-lab/found-in-translation) rencontre à laquelle on peut participer si notre traduction néerlandaise de ce texte est retenue. 

    Niemand weet wat Robinson, die helemaal niet spreekt, van andermans taal begrijpt of niet begrijpt. Enkele korte uitdrukkingen, uitgesproken in welomschreven omstandigheden, beantwoordt hij met gepast gedrag: hij begeeft zich naar de keuken als ik hem zeg "We gaan eten" en als ik "Trampoline" herhaal, gaat hij naar mijn bureau, een ruimte waar inderdaad ter zijne intentie een kleine trampoline staat. Op "Zeg gedag" reageert hij met een minimaal gebaar, een geheven voorarm en geplooide wijsvinger, en bij "Geef een zoen" reikt hij de wang aan, weliswaar zonder de lippen te bewegen. Als hij een voorwerp op de grond gooit, bijvoorbeeld zijn pet tijdens onze wandeling, bewijst hij mij, door die terug te nemen, dat hij de betekenis kent van "Oprapen!". Als hij van goede wil is, geeft hij ook gevolg aan "Druk op de knop", "Doe het licht uit", "Zit" of "Sluit de deur". En als hij een sneetje brood genomen heeft en al kreunend naar de koelkast wijst om een vanilleyoghurt te vragen, terwijl hij nog maar een beet van zijn brood nam, begrijpt hij "Eerst je brood", wat toch een zekere notie van de voorwaardelijke wijs veronderstelt. Maar bij mijn weten reikt zijn verhouding tot taal niet veel verder.

     

  • H comme Hutsebolle

    streuvels.jpg

    Un jour que le père revenait du marché – par une fenêtre ouverte il avait dû regarder à l'intérieur d'une maison bourgeoise et y voir un fauteuil – ce meuble lui avait frappé l'imagination. - "Les enfants, dit-il, le jour où on le pourra, on s'achètera un fauteuil!" La mère a haussé les épaules parce qu'elle savait, la pauvre, que même à force d'épargne et d'économies on ne réussissait jamais à joindre les deux bouts, - dès qu'on avait mis un sou de côté, on aurait pu l'utiliser dix fois pour acheter l'essentiel; - les vêtements des enfants tombaient en loques, le père avait les souliers percés aux orteils, ou il fallait payer le fermage; et le fauteuil était de nouveau remis à l'année suivante. 

    Vader kwam ne keer terug van de markt - door een open venster moet hij in een rijk huis naar binnen gekeken hebben, en daar een zetel zien staan - dat meubel stak hem alevel de oogen uit. - ‘Jongens, zei hij, als we 't ne keer kunnen doen, koopen we 'n en zetel!’ Moeder trok de schouders op, want ze wist, de sloore, dat we met sparen en krebbebijten, toch nooit de einden 't hoope kregen, - als er een stuiver weglag, kon hij al tien kanten gebruikt worden om 't hoognoodige te koopen; - de jongens hun kleeren hingen van 't lijf, vader liep met de teenen door zijn schoenen, of de pacht moest betaald worden; zoo wierd de zetel weer een jaar in 't dak gestoken. 

    Mais les soirs d'hiver, quand on était tous assis autour de l'âtre, on en revenait à ce fauteuil: le père en a parlé si longtemps qu'on a fini par y croire. Dans notre imagination, ce fauteuil représentait le bonheur suprême; on se forçait à y croire et à l'espérer aussi fort que lui. Quand on parlait du fauteuil, c'était le signe que tout allait bien, sinon – en temps de misère et de manque – il aurait été stupide de mentionner cet objet. Le père et la mère ont vieilli avec cette idée; toute la vie j'ai entendu parler de ce fauteuil, comme d'une merveille qui nous était promise et apporterait l'abondance. 

    Maar bij winteravonde, als we allen rond den heerd zaten, kwam de zetel opnieuw te berde: vader praatte er zoolang over tot we er aan geloofden als aan iets dat komen moest. Die zetel verbeeldde in ons gedacht het hoogste geluk; we drongen het malkaar op, zoodanig dat we er al zoo fel aan geloofden en naar verlangden als vader zelf. Wanneer er van den zetel gesproken werd, was 't teeken dat 't goed zat, anders - in tijden van krot en meserie - ware 't te gek geweest dat ding te vernoemen. Vader en moeder zijn met dit gedacht en verlangen, oude menschen geworden; heel mijn leven heb ik thuis van dien zetel hooren spreken, als van een wonder dat ons voorbeschikt was en de weelde zou meebrengen... [...]  

    - ... Ça a continué comme ça jusqu'à ce que les enfants aient grandi et que les aînés commencent à gagner un peu d'argent, - alors on aurait pu se le permettre, mais ni le père ni la mère ne le mentionnaient plus. 

    - ...Dat bleef alzoo aanhouden tot de jongens al grootgekweekt waren en de oudsten begonnen geld in te brengen, - toen mocht het er af, maar vader noch moeder repten geen woord meer van den zetel. [...]  

    - ... Et pourtant il a fini par arriver. On s'était mis d'accord et un dimanche on est allés à pied en ville, tous ensemble. On est passés par toutes les rues, on a regardé tous les magasins, et on a fini par trouver notre affaire. On a acheté un fauteuil de cinquante-huit francs. Comme j'étais l’aîné, je pouvais le porter. Je l'ai posé sur la tête et le tenais par les pieds. Ma nuque en devenait raide et mes bras douloureux, mais pour rien au monde je ne l'aurais lâché: on a porté notre trésor en triomphe jusque chez nous. On était tous heureux et fiers de cet achat. 

    - ...En toch is 't er van gekomen. Onder ons wierd het besloten, en op een Zondag trokken wij te voet naar stad, heel de bende. We liepen al de straten af, keken aan al de winkels, en eindelijk ontdekten we ons affaire. We kochten een zetel van acht en vijftig franken. Omdat ik de oudste was, mocht ik hem dragen. Ik plaatste hem met de zate op mijn hoofd en hield hem bij de pikkels. Mijn nek wierd stijf en mijn armen blamot van 't dragen, maar voor geen geld ter wereld had ik hem willen lossen: we brachten onzen schat triomfantelijk naar huis. We waren allen om 't even welgezind en preusch met den koop. 

    Le premier soir c'était la fête: le père, la mère, s'y asseyaient à tour de rôle comme sur un trône. Avec leurs plus beaux habits, ça allait, mais le lendemain le vent a tourné: la mère a fait la première remarque, que ça ne convenait pas à une maison de pauvres gens. Le père pensait pareil sans oser le dire, - lui aussi trouvait que ce n'était pas pour nous. Ce fauteuil était un élément "étranger" qui "jurait" dans le ménage; c'est ce que nous voyions aussi et nous avions peur que les voisins s'en moquent; il devait disparaître, plus personne n'était à l'aise avec ce fauteuil près de l'âtre; plus personne n'osait ni ne voulait s'y asseoir, il gênait partout où il se trouvait, et un beau matin il avait disparu: avant qu'on se lève, le père l'avait fendu à la hache et déposé comme bois à brûler à côté de l'âtre – plus jamais personne n'en a parlé – on se sentait de nouveau à l'aise.  

    Den eersten avond was 't feest: vader, moeder, gingen er beurtelings in zitten, lijk op een troon. Met hun beste kleeren aan ging dat nog, maar 's anderen daags keerde 't blad: moeder miek 't eerst de opmerking, dat 't niet ‘stond’ in een huis van arme werkmenschen. Heur uitspraak was 't geen vader uit eerlijke schaamte niet had durven zeggen, - hij ook vond dat het geen ding was voor ons. Die zetel deed daar ‘vreemd’, hij ‘vloekte’ in 't huishouden; wij zagen het evengoed en wierden beschaamd dat de geburen er zouden mee lachen; hij moest uit onze oogen, we waren geen van allen op ons gemak met dien zetel bij den heerd; niemand dorst of wilde er nog in gaan zitten, hij stond overal in den weg, en op een schoonen uchtend was hij verdwenen: eer we opstonden had vader hem gekloven en als brandhout aan den heerd gelegd - nooit heeft er nog iemand naar gevraagd, - we voelden ons weer gemakkelijk. 

    *** 

    traduction de l'Adrienne des pages 52 à 55 (éd. Lannoo 2016)

    première parution en 1926 

    le narrateur - Hutsebolle - parle de sa jeunesse, donc du tournant du siècle, dans un coin de la Flandre Occidentale

  • T comme traduction

    Le discours sur la paix

    Vers la fin d’un discours extrêmement important
    le grand homme d’État trébuchant
    sur une belle phrase creuse
    tombe dedans
    et désemparé la bouche grande ouverte
    haletant
    montre les dents
    et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
    met à vif le nerf de la guerre
    la délicate question d’argent.


    Jacques Prévert, in Paroles, 1946

    tintin paix.jpg

    source du dessin

    El discurso sobre la paz

    Hacia el final de un discurso de extrema importancia
    el gran hombre de Estado tropieza
    con una bella frase hueca
    cae dentro
    y desesperado, la boca abierta,
    jadeante
    enseña los dientes
    y la caries dental de su s pacíficos razonamientos
    pone en evidencia el nervio de la guerra
    el delicado asunto del dinero.

    traduction trouvée chez Colo (merci Colo!)

    Toespraak over de vrede

    Tegen het einde van een uiterst belangrijke toespraak
    struikelt de grote staatsman
    over een mooie holle frase
    valt erin
    en radeloos met wijdopen mond
    hijgend
    toont de tanden
    en het tandbederf van zijn vreedzame redeneringen
    legt de oorlogszenuw bloot
    de gevoelige geldkwestie.
    traduction de l'Adrienne

    poésie,poème,espagnol,traduction

    source de l'image

     
  • I comme incipit

    streuvels.jpg

    La grange au double portail largement ouvert ressemble à un théâtre où, dans la profondeur béante, à un rythme accéléré, une pièce est jouée par des miséreux. Le bâtiment se dresse tout seul dans des plaines désertes; un théâtre sans spectateurs et des comédiens s'activant derrière un voile de buée qui embrume tout. Chaque homme remplit son rôle, - actions qui se fondent comme un outil bien huilé tournant à vide - un spectacle qui se déroule en dehors du temps et de l'espace. 

    (traduction de l'Adrienne) 

    *** 

    Het leven en de dood in den ast (1926)

    De schuur met de dubbele poortluiken breed open, gelijkt een tooneel waar, in de gapende diepte, door havelooze mannen, in haastig tempo, een spel wordt opgevoerd. Het gebouw staat er eenzaam op de verlatene vlakten; het tooneel zonder toeschouwers, en de spelers doende achter een sluier van watermist, die 't al omdoezeld houdt. De mannen vervullen elk zijne aangewezen rol, - handeling welke ineensluit als een geordend werktuig dat in 't ijle draait - een schouwspel dat in 't tijd- en ruimtelooze afspint. 

    (incipit de l'oeuvre de Stijn Streuvels, rééditée chez Lannoo au printemps de 2016 et gardant l'orthographe ancienne, un choix qui ne serait pas le mien mais on ne m'a pas demandé mon avis tongue-out

    Pour ceux qui lisent le néerlandais, les 20 premières pages de cette réédition ici et source de la photo avec info sur l'ouvrage ici 

    Stijn_Streuvels_en_achterkleinkinderen.jpg

    l'auteur (1871-1969) en vénérable grand-père, entouré de sa femme, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants 

    source de la photo ici

  • G comme grand nettoyage

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    On va faire un grand nettoyage - Amalia Bautista 

    On va faire un grand nettoyage
    et on va jeter toutes les choses
    qui ne nous servent à rien, ces
    choses que nous n'employons plus, ces
    autres qui ne font que prendre la poussière,
    celles que nous évitons de trouver car
    elles nous plongent dans les plus amers souvenirs,
    celles qui nous font mal, occupent de la place
    ou que nous n'avons jamais voulues proches.

     
    On va faire un grand nettoyage
    ou, mieux encore, un déménagement
    qui nous permette d'abandonner les choses
    sans même les toucher, sans nous salir,
    les laissant là où elles ont toujours été;
    c'est nous qui allons partir, mon cœur,
    pour recommencer à accumuler.
    Ou bien nous allons mettre le feu à tout
    et rester tranquilles, avec cette image
    des braises du monde devant les yeux
    et le cœur déshabité.
     
    Trad: Colo
     traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    Vamos a hacer limpieza general - Amalia Bautista

     
    Vamos a hacer limpieza general
    y vamos a tirar todas las cosas
    que no nos sirven para nada, esas
    cosas que ya no utilizamos, esas
    otras que no hacen más que coger polvo,
    las que evitamos encontrarnos porque
    nos traen los recuerdos más amargos,
    las que nos hacen daño, ocupan sitio
    o no quisimos nunca tener cerca.

    Vamos a hacer limpieza general
    o, mejor todavía, una mudanza
    que nos permita abandonar las cosas
    sin tocarlas siquiera, sin mancharnos,
    dejándolas donde han estado siempre;
    vamos a irnos nosotros, vida mía,
    para empezar a acumular de nuevo.
    O vamos a prenderle fuego a todo
    y a quedarnos en paz, con esa imagen
    de las brasas del mundo ante los ojos
    y con el corazón deshabitado.

    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

    We houden een grote schoonmaak - Amalia Bautista

     
    We houden een grote schoonmaak
    en gaan alles weggooien
    wat tot niets dient, 
    dingen die we niet meer gebruiken, 
    andere die alleen maar stof vangen,
    die we liever niet tegenkomen omdat
    ze onze bitterste herinneringen meebrengen,
    die ons pijn doen, plaats innemen
    of die we nooit dicht bij ons wilden hebben.

    We houden een grote schoonmaak
    of beter nog, een verhuis
    die ons toelaat zaken achter te laten
    zonder ze aan te raken, zonder ons vuil te maken,
    ze laten waar ze altijd gestaan hebben;
    wij zullen weggaan, mijn leven,
    om opnieuw te beginnen op te stapelen.
    Of we steken alles in brand
    en blijven in vrede achter, 
    met dat beeld in de ogen
    van de gloeiende kolen van de wereld 
    en met een leeg hart.
     
    traduction de l'Adrienne 
    traduction,espagnol,littérature,poésie,poème

     toutes les photos, on l'aura compris, datent de l'emménagement 
    et les petits pieds nus pointure 34 sont ceux de ma nipotina cool

  • V comme Voglio una casa

    Voglio una casa, la voglio bella / Je veux une maison, je la veux belle
    Piena di luce come una stella / Pleine de lumière comme une étoile
    Piena di sole e di fortuna / Pleine de soleil et de bonheur
    E sopra il tetto spunti la luna / Et par-dessus le toit se lève la lune
    Piena di riso, piena di pianto / Pleine de rires, pleine de pleurs
    Casa ti sogno, ti sogno tanto / Maison de rêve, je te rêve tant
    Dididindi, Dididindi...

    Voglio una casa, per tanta gente / Je veux une maison pour beaucoup de gens
    La voglio solida ed accogliente, / Je la veux solide et accueillante,
    Robusta e calda, semplice e vera / Solide et chaleureuse, simple et vraie
    Per farci musica matina e sera / Pour y faire de la musique soir et matin
    E la poesia abbia il suo letto / Et que la poésie y ait son lit
    Voglio abitare sotto a quel tetto. / Je veux habiter sous ce toit.
    Dididindi, Dididindi...

    Voglio ogni casa, che sia abitata / Je veux que chaque maison soit habitée
    E più nessuno dorma per strada / Que plus personne ne dorme dans la rue
    Come un cane a mendicare / A mendier comme un chien
    Perchè non ha più dove andare / Parce qu'il n'a plus où aller
    Come una bestia trattato a sputi / Traité avec mépris comme une bête
    E mai nessuno, nessuno lo aiuti. / Sans que personne jamais ne l'aide.
    Dididindi, Dididindi...

    Voglio una casa per i ragazzi, / Je veux une maison pour les jeunes
    che non sanno mai dove incontrarsi / Qui ne savent pas où se rencontrer
    e per i vecchi, case capienti / Et pour les vieux, de grandes maisons
    che possano vivere con i parenti / Où ils puissent vivre avec la famille
    case non care, per le famiglie / Des maisons pas chères pour les familles
    e che ci nascano figli e figlie. / Et qu'y naissent des fils et des filles.
    Dididindi, Dididindi...

    source du texte / traduction de l'Adrienne

  • T comme traduction

    Er woonde op de aarde      Il y avait sur terre

    Er woonde op de aarde      Il y avait sur terre 
    een vrouw van honderd jaar      Une vraie centenaire 
    die veel te veel bewaarde,      Qui conservait de tout 
    ik weet alleen niet waar.      Mais je ne sais pas où

    Wat iemand had vergeten,     Ce qu'on avait oublié,
    wat iemand niet meer zag,     Ce qu'on ne voyait plus,
    wat bijna was versleten,     Ce qui était usé,
    wat in een laatje lag.     Dans un tiroir perdu.

    Wat in antieke kasten      Dans de vieilles armoires
    en diepe putten bleef,      Ou dans de grands trous noirs,
    wat nergens meer in paste,      Ce qui ne marchait plus,
    wat schonkig was en scheef.     Etait laid ou tordu.

    En niet als in de dromen      Et mieux que dans les rêves 
    en elke dag te moe,      Et chaque jour sans trêve
    ze heeft het meegenomen,       Elle l'a emporté
    ik weet niet waar naartoe.      Je ne sais pas où c'est.

    “Er woonde op de aarde” - Joke van Leeuwen
    In: Ozo heppiejer, Versjes van Joke van Leeuwen (Querido, 2012)

    Traduction de l'Adrienne, la plus littérale possible

    juli 2013 (2) - kopie.JPG

    que prouve cette photo?

    1.que l'Adrienne, au moins une fois dans sa vie, est allée au parc à conteneurs

    2.que la chose est si exceptionnelle qu'elle en a fait une photo

    3.qu'elle aurait mieux fait d'attendre: les plaques de gyproc étaient intactes et par après il a fallu en racheter pour le faux plafond des toilettes et du kot" à chauffage

    tongue-out

  • Stupeur et tremblements vénitiens

    C'est un petit ouvrage d'à peine 58 pages dans sa version italienne qui paraît ce mois-ci en traduction française https://diacritik.com/2016/05/18/roberto-ferrucci-venise-est-lagune-venezia-e-laguna/  

    Venezia non è una città di mare. Venezia è laguna.

    Venise n'est pas une cité de la mer. Venise est lagune.

    I veneziani che escono in barca, si aggirano per le sue fragili e bellissime acque verdi, raramente escono a fendere quelle azzurre dell’alto Adriatico. È questo il paradosso enorme di quell’assurdo dibattito su grandi navi sì, grandi navi no. La laguna non è mare. Anche e soprattutto per questo il resto del mondo sa che la risposta a quel falso dilemma è NO.

    Les Vénitiens qui sortent en bateau et se déplacent sur leurs merveilleuses et fragiles eaux vertes, vont rarement jusqu'à celles toutes bleues du haut Adriatique. Voilà le paradoxe énorme de cet absurde débat à propos des grands paquebots oui, grands paquebots non. La lagune n'est pas une mer. C'est aussi et surtout pour cette raison que le reste du monde sait que la réponse à ce faux dilemme est NON.

    E forse oggi Venezia è in mano a qualcuno che la vuole trasformare in un grande contenitore commerciale, di consumo. […] Solo se si ritornerà a pensarla e a rispettarla come città di laguna, accettando la sua preziosa e unica fragilità, Venezia potrà continuare a essere la città più bella e amata al mondo.

    Et aujourd'hui peut-être Venise se trouve entre les mains de celui qui veut la transformer en un haut lieu de commerce et de consommation. [...] Ce n'est qu'en la repensant et respectant comme ville lagunaire, en acceptant sa fragilité unique et précieuse, qu'on pourra la garder comme la ville la plus belle et la plus aimée au monde.

    Le polveri sottili che una grande nave rilascia nell’aria sono l’equivalente di quattordicimila automobili circolanti in un giorno. Un ecomostro in movimento che avanza lento verso il bacino di San Marco. […] Centomila tonnellate d’acciaio che solcano le gracili acque della laguna, milioni di chili che fanno sussultare le pietre di Venezia […] ma lasciano apparentemente intatta l’acqua attorno a loro. […] Salvo che poi, eccolo, qualche minuto dopo, l’effetto risucchio e pistone […] senti all’improvviso la terra sotto ai tuoi piedi agitarsi come fosse preda di una mareggiata […] devastanti sul lungo periodo per le rive e le fondamenta di Venezia. 

    Les particules fines émises par un paquebot sont l'équivalent de 14000 voitures circulant une journée. Un monstre écologique en mouvement qui s'avance lentement vers Saint-Marc. [...] Cent mille tonnes d'acier qui rident les eaux fragiles de la lagune, des millions de kilos qui font tressauter les pierres de Venise [...] mais laissent l'eau tout autour en apparence intacte. [...] Sauf qu'après quelques minutes, par l'effet de remous, tu sens tout à coup la terre s'agiter sous tes pieds, comme en proie à une tempête [...] dévastant les rives et les quais (ou fondations) de Venise.

    Les extraits viennent d'ici http://www.michelecatozzi.it/2015/12/28/venezia-e-laguna-un-pamphlet-contro-le-grandi-navi/ (c'est moi qui ai traduit).

    Des photos absolument sidérantes de ces paquebots géants qui frôlent les rives et les quais de Venise: Are these giant cruise ships destroying Venice?

    venezia.jpg

    photo prise du blog de l'auteur, Roberto Ferrucci: son livre s'inscrit dans la liste des cris d'alarme lancés ici et là.

    venezia2.jpg

    le même triste débat dans un film documentaire allemand de 2012

  • M comme Miller

    Vous êtes tombé sur une photographie d'Adamine dans le Jamaica Star et vous l'avez découpée. C'est une photo en noir et blanc, au grain prononcé, d'une jeune femme de vingt-cinq ans. Le visage est flou, on dirait que le flash a déformé ses traits plutôt qu'il ne les a fait ressortir. Elle est debout derrière une table, on ne la voit donc qu'à partir de la taille. [...]

    Vous avez épinglé cette photo sur la porte, espérant que lorsqu'elle passerait devant, Adamine saisirait soudain un reflet d'elle-même, que le passé lui reviendrait au galop et la submergerait. Ça fait un bail que vous avez commencé ce petit jeu: essayer de lui rendre la mémoire. [...]

    Vous espérez que les souvenirs lui reviennent. Mais surtout, vous voudriez qu'un jour, elle se souvienne de vous.

    Kei Miller, L'authentique Pearline Portious, éd. Zulma 2016, p. 110-111 (traduction de Nathalie Carré)

    littérature, traduction

    J'en avais déjà parlé ici il y a une dizaine de jours...

    Magistral roman à deux voix: il y a d'abord celle du narrateur, qui avance peu à peu à la fois dans l'écriture de son livre et dans son enquête sur son personnage principal, Adamine Bustamante.

    A la voix du narrateur se mêle celle d'Adamine, clairement reconnaissable à son langage mêlé de mots et d'accent antillais.

    Coup de chapeau au travail de la traductrice!

    Les fils se nouent, les pièces s'assemblent, le tout est une construction parfaite qui tient en haleine jusqu'au bout.

    Et non, je n'en dis pas plus, de peur de dévoiler l'intrigue ou le dénouement cool 

    Un coup de coeur!

     

  • O comme observez!

    C'était il y a bien longtemps, l'Adrienne suivait sa première année de cours d'italien.

    - Quelqu'un sait comment on dit "moustache" en italien? demande la prof.

    L'Adrienne lève la main, toute contente:

    - Mustacchi (1)! fait-elle.

    La prof lève un sourcil étonné:

    - Ah non, dit-elle, non non! Tu confonds avec le mot français...

    - C'est dans Mozart! riposte l'Adrienne. C'est dans "Così fan tutte"!

    - C'est possible, dit la prof un peu sèchement, mais en italien, moustache se dit "baffi".

    Non siate ritrosi, occhietti vezzosi,
    Due lampi amorosi vibrate un po quà.
    Felici rendeteci, amate con noi,
    E noi felicissime faremo anche voi.
    Guardate, toccate, il tutto osservate;
    Siam due cari matti,
    siam forti e ben fatti, 
    E come ognun vede,
    sia merto, sia caso,
    Abbiamo bel piede,
    bell'occhio, bel naso,
    Guardate bel piede, osservate bell'occhio,
    Toccate bel naso, il tutto osservate:
    E questi mustacchi chiamare si possono
    Trionfi degli uomini, pennacchi d'amor,
    Trionfi, pennacchi, mustacchi!

    (1) se prononce comme Moustaki, sauf pour l'accent tonique, évidemment  wink 

    ***

    semaine 20 chez Le Hibou

    thème: moustache

  • D comme déclaration

    Inopia 

      Fernando del Paso

    He despilfarrado el arcoíris.
    Las golondrinas que tenía destinadas a varios poemas
    están en números rojos.
    Mi cuenta de atardeceres está congelada.
    Le debo al fisco tres mil quinientas mariposas.
     
    INDIGENCE

                  Fernando del Paso

    J'ai gaspillé l'arc en ciel.
    Les hirondelles que j'avais destinées à divers poèmes
    sont dans le rouge.
    Mon compte de crépuscules est congelé.
    Je dois au fisc trois mille cinq cent papillons.
     
    BEHOEFTIGHEID
     
    Fernando del Paso
     
    Ik heb de regenboog verkwist.
    De zwaluwen die bestemd waren voor verscheidene gedichten
    staan rood.
    Mijn bedrag zonsondergangen is bevroren.
    Ik moet de fiscus nog drie duizend vijfhonderd vlinders.  
    (traduction de l'Adrienne)
     
    Tout ça pour vous dire que l'Adrienne trouve toujours de nouvelles raisons de stresser: en ce moment, c'est l'idée qu'elle devrait se mettre à sa déclaration d'impôts tongue-out
     poème, espagnol, traduction

    signe extérieur de richesse

  • T comme traître

    L'Oncle de Bruxelles et son neveu chti-breton ont quelques points communs, comme par exemple celui d'être de foisonnantes mines de renseignements. 

    C'est ainsi que grâce à l'Oncle j'ai découvert James Hadley Chase et grâce au neveu Les Douze Chaises, dont voici l'incipit: 

       Dans la ville provinciale de N étaient si nombreux établissements de coiffure et bureau de funérailles, semblait-il, les résidents sont nés seulement de se raser, de se raser, se rafraîchir la tête de vezhetalem et immédiatement mourir. Et en fait dans la ville provinciale de N personnes sont nés, morts et rasé assez rare. La vie de la ville était le plus silencieux. soirées de printemps étaient charmants, la saleté sous la lune brillait comme l'anthracite, et tous les jeunes gens de la ville à un tel degré était en amour avec le secrétaire du comité local Kommunalnik il a été tout simplement l'empêcher de percevoir les droits d'adhésion.  

    Les questions de l' amour et la mort ne sont pas inquiets Ippolit Matveïevitch Vorobyaninov, bien que ces questions, en vertu de son service, il était en frais auprès de 9 heures du matin à 5 h tous lesjours, avec pause d'une demi-heure pour le déjeuner. 

    Ce joli travail de traduction du russe vers le français est l'oeuvre d'une machine intelligente, mais pas encore de même niveau que celle qui a battu dernièrement le champion mondial au jeu de go ni de cette autre qui a eu raison de maîtres aux échecs. 

    Ou alors ça veut dire que la traduction est un jeu cérébral de plus haut vol tongue-out

    Sinon, on peut aussi continuer à évoluer vers une seule langue universelle - et je veux bien, à condition que ce soit celle de l'amour...

    One World from Poolhert Productions on Vimeo.

  • T comme traduction

    Siempre hay un intruso
     Claribel Alegría (Nicaragua °1924)

    Una mirada a veces
    un gesto entorpecido
    una frase
    un olor
    el beso que al unirnos
    nos separa.
     
    Altijd is er een spelbreker
    Claribel Alegría (Nicaragua °1924)
     
    Een blik soms
    een hinderlijk gebaar
    een zin
    een geur
    de zoen die ons verenigt
    scheidt ons.
    (traduction de l'Adrienne)
     

    Paris 16 - Louise Bourgeois.JPG

    oeuvre de Louise Bourgeois
    photo prise à Paris en 2010

    Il y a toujours un intrus
    Claribel Alegría (Nicaragua °1924)

    Un regard parfois
    un geste engourdi
    une phrase
    une odeur
    le baiser qui en nous unissant
    nous sépare
    (traduction de Colo)
  • T comme traduction

    El silencio redondo de la noche     Federico García Lorca
     
    El silencio redondo de la noche
    Sobre el pentagrama
    Del infinito.
    Yo me salgo desnudo a la calle,
    Maduro de versos
    Perdidos.
    Lo negro, acribillado
    Por el canto del grillo,
    Tiene ese fuego fatuo,
    Muerto,
    Del sonido.
    Esa luz musical
    Que percibe
    El espíritu.
    Los esqueletos de mil mariposas
    Duermen en mi recinto.

    Hay una juventud de brisas locas
    Sobre el río.
     
    De ronde stilte van de nacht    Federico García Lorca
     
    De ronde stilte van de nacht
    Op de notenbalk
    Van het oneindige.
    Ik kom naakt op straat
    Rijp door verloren
    Verzen.
    Het donker, vol van
    Het gezang van de krekel,
    Heeft dit dode
    Dwaallicht
    Van het geluid.
    Dit muzikale licht
    Dat de geest
    Waarneemt.
    Het geraamte van duizend vlinders
    Slaapt in mijn omheining.
     
    Er komt een jeugd aan gekke briesjes
    Over de rivier.
     
    (traduction de l'Adrienne)

    traduction, espagnol, poesie, amitie

     sur la photo c'est plutôt le silence rond - et tout relatif - du matin
     
    Le silence rond de la nuit     Federico García Lorca
     

    Le silence rond de la nuit
    Sur la portée musicale
    De l'infini.
    Moi je sors nu en rue,
    Ivre de vers
    Perdus.
    Le noir, criblé
    Par le chant du grillon,
    Retient ce feu follet
    Mort,
    Du son.
    Cette lumière musicale
    Que perçoit
    L'esprit.
    Les squelettes de mille papillons
    Dorment dans mon enceinte.

     
    Passe une jeunesse de brises folles
    Sur la rivière.
     

    (Trad: Colo) 

    http://espacesinstants.blogspot.be/2015/12/une-lumiere-musicale-una-luz-musical.html

    Bon réveillon à ceux qui réveillonnent cool

    et bonne journée à tous les autres

    tongue-out

  • U comme ultime

    Le jour où sans le savoir 
    Nous faisons une chose pour la dernière fois, 
    regarder une étoile, 
    passer une porte, 
    aimer quelqu’un, 
    écouter une voix, 
    si quelque chose nous prévenait 
    que jamais nous n’allions la refaire, 
    la vie probablement s’arrêterait 
    comme une poupée sans enfant ni ressort. 

    Et pourtant, chaque jour 
    nous faisons quelque chose pour la dernière fois, 
    regarder un visage, 
    nous appeler par notre nom, 
    achever d’user une chaussure, 
    éprouver un frisson 
    comme si la première ou la millième fois 
    pouvait nous préserver de la dernière. 

    Il nous faudrait un tableau noir 
    marquant toutes les entrées et les sorties, 
    où serait clairement annoncé, jour après jour, 
    avec des craies de couleur et des voyelles 
    ce que chacun doit terminer 
    jusqu’à quand on doit faire chaque chose, 
    jusqu’à quand on vit
    jusqu’à quand on meurt.
     
    (Trad: Colo)
     
     
    El día en que sin saberlo
    hacemos por última vez una cosa
    mirar una estrella,
    atravesar una puerta,
    amar a alguien,
    escuchar cierta voz
    si algo nos advirtiera
    que nunca volveremos a hacer eso,
    probablemente la vida se detendría
    como un muñeco sin niño ni resorte.
    .
    Sin embargo, cada día
    hacemos algo por última vez
    mirar un rostro,
    llamarse con su propio nombre,
    terminar de gastar un zapato,
    probar un temblor
    como si la primera vez o la milésima
    pudiera preservarnos de la última.
    .
    Nos haría falta un tablero
    con todas las entradas y salidas marcadas,
    donde se anuncie claramente, día por día,
    con tiza de colores y con vocales
    qué le toca terminar a cada uno,
    hasta cuándo se hace cada cosa,
    hasta cuándo se vive
    hasta cuándo se muere.

    Roberto Juarroz.
     
    De dag dat we zonder het te weten
    iets doen voor de laatste keer
    naar een ster kijken,
    door een deur gaan,
    van iemand houden,
    naar een stem luisteren
    als iets ons verwittigde
    dat we dit nooit meer zullen doen
    zou het leven waarschijnlijk stoppen
    zoals een pop zonder kind of veer.
     
    Toch doen we elke dag
    iets voor de laatste keer
    naar een gezicht kijken,
    zichzelf met de eigen naam noemen,
    een schoen volledig verslijten,
    een rilling voelen
    alsof de eerste of de duizendste keer
    ons kon behoeden voor de laatste.
     
    We zouden een bord nodig hebben
    om elk binnenkomen en vertrek te noteren,
    waarop dag na dag aangekondigd wordt
    met kleurkrijt en klinkers
    wat iedereen moet afwerken,
     tot wanneer alles moet gebeuren,
    tot wanneer men leeft
    tot wanneer men sterft.
     
    (traduction de l'Adrienne)

     DSC00772 - kopie.JPG

    un jour c'est la dernière fois
    qu'il te dit "je t'aime"
    mais tu ne le sais pas

    poesie,traduction,espagnol

    un jour c'est la dernière fois
    que tu le prends en photo
    mais tu ne le sais pas
    (Slovénie, 21 juillet 2006)

    ***

    samedi dernier, c'est la dernière fois
    que tu utilises ton percolateur
    parce que le café s'est écoulé
    par le bol tout fendillé 
    qui tenait le coup depuis deux ans

    si tu l'avais su, tu n'aurais pas fait de café

    Langue tirée

  • N comme Nys-Masure

    LISEUSE

    Lezeres

    Elle fréquente les chants des poètes, sa demeure essentielle. Se laisse envahir par ces mots issus d’ailleurs. Multipliée. Comme l’étreinte du soleil, la palpitation aigüe de la mer.

    Vaak verblijft ze in de gezangen van de dichters, haar voornaamste leefplek. Ze laat zich innemen door woorden van elders. Vermenigvuldigd. Zoals de omhelzing van de zon, de hevige deining van de zee.

    Vie dans la vie. Osmose. Une plénitude sans vergogne, sans confins. Détachées de toute entrave, les images resplendissent à leur juste place, les sons se hèlent et rebondissent.

    Leven in het leven. Versmelting. Een grenzenloze, onbeschaamde volheid. Los van elke rem: de beelden schitteren op hun juiste plaats, de klanken aanroepen elkaar en stuiten terug.

    Une musique de naissance, d’origine, retrouvée en larmes et en joie. Feux de fête brandis aux carrefours. Souterraine alchimie.

    Een melodie van geboorte en oorsprong, teruggevonden in tranen en vreugde. Feestvuur als een vuist op de kruispunten. Ondergrondse alchemie.

    © Colette Nys-Mazure, Singulières et plurielles, Desclée de Brouwer,  2002.

     Oostende (9) - kopie.JPG

    Léon Spilliaert
    De zeedijk van Oostende vanop het staketsel gezien (1)
    aquarelle, vers 1910
    photo prise au musée d'Ostende en février 2015 

    Poème lu chez Asphodèle: https://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2015/10/01/le-jeudi-en-poesie-avec-colette-nys-mazure/ et pour lequel j'ai eu l'irrépressible envie de le traduire en néerlandais Sourire

    Je suppose que Colette Nys-Masure a déjà un traducteur pour le néerlandais mais j'aime faire ce genre d'exercice, qui permet d'aller vraiment au fond d'un texte et de sa polysémie.

    http://www.colettenysmazure.be/

  • W comme wagon de train

    "Het leest als een trein", dit-on en néerlandais, pour signifier qu'on a du mal à s'arracher à sa lecture et qu'on a filé à toute vitesse dans un livre comme le train dans un paysage.

    C'est ce qui m'est arrivé avec Les nuits de laitue, reçu vendredi par la poste et commencé le soir même. Malgré la fatigue qui m'avait anéantie - la journée ne s'était pas bien passée, c'est le moins qu'on puisse dire - j'ai pris le livre en main et je ne l'ai lâché qu'après l'avoir terminé. Alors qu'il fait tout de même 223 pages.

    Pourtant, ce n'est pas qu'il y ait un suspense insoutenable. Juste une envie de savoir le fin mot de l'histoire. Ce qui donne surtout ce coup de coeur, à mon avis, c'est la fraîcheur et l'originalité du ton et du style, le tout teinté d'une fine émotion et d'un peu d'humour.

    Fraîcheur et originalité, tout d'abord par le choix des personnages, tous plus "fêlés" les uns que les autres. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil aux nombreux résumés qu'on en trouve en ligne, à commencer par la présentation des éditions Zulma elles-mêmes (lien ci-dessous).

    Emotion, dans les rapports humains et les aléas de la vie intime de chacun. En dire plus à ce propos, ce serait déflorer le livre. Tout ça assaisonné d'une pointe d'humour, qui fait parfaitement glisser des choses qui pourraient sembler fort tristes si on en faisait un résumé tout sec, depuis le mari absent de Mariana jusqu'à l'Alzeimher de monsieur Taniguchi, ainsi qu'un ou deux morts. Personnellement, j'ai surtout ri quand il s'agit des chiens de Teresa.

    "Profitant de l'absence de sa maîtresse, Ananias avait à peu près complètement déchiqueté le canapé. Mendonça s'était gavé de bourre et était à présent affalé par terre, avec des aigreurs d'estomac, car son régime habituel comprenait bien des tongs en caoutchouc mais pas de mousse, dont on reconnaîtra volontiers qu'elle est parfois indigeste. Il avait même essayé d'avaler la fermeture de la housse du canapé, sans toutefois y parvenir - ce n'était plus la forme de jadis."

    Vanessa Barbara, Les nuits de laitue, éd. Zulma, 2015, p.141-142

    Quant à la question de savoir quel est le sens du titre, un premier élément de réponse est fourni à la page 79:

    "[...] ses dernières heures auraient un arrière-goût de laitue, exactement comme ses nuits d'insomnie [...]

    La tisane de laitue, c'est un remède de grand-mère qui aurait dû délivrer Otto de son problème d'insomnie, mais il n'a été efficace qu'une seule fois, cette nuit cruciale où son épouse Ada y avait ajouté au moins trois comprimés de somnifères finement écrasés...

    Je n'en dirai pas plus. Si vous voulez savoir en quoi cette nuit-là était cruciale, il faudra lire le livre.

    lesnuitsdelaitue.jpg

    http://www.zulma.fr/livre-les-nuits-de-laitue-572119.html

    merci à Masse critique

    et aux éditions Zulma

  • E comme Echenoz

    L'Adrienne, il y a un mois ou deux, s'étonnait de la politique d'achat de sa bibliothèque communale (1). L'autre jour, elle a décidé d'en avoir le coeur net:

    - Est-ce que vous pourriez me dire sur quelle base sont choisis les livres que vous achetez?

    - Attendez! Je vais vous appeler la personne ad hoc!

    La personne ad hoc, quel heureux hasard, est une ancienne élève.

    ***

    Mardi après-midi, nouvel étonnement de l'Adrienne: sur le présentoir des dernières acquisitions, deux auteurs francophones, mais en traduction. Le 14 de Jean Echenoz (2) et le livre de Lola Lafon sur Nadia Comaneci (3).

     echenoz.jpg

     lolalafon.jpg

     - Zut! a pensé l'Adrienne.

    Ou peut-être même quelque chose de plus fort.

    Alors elle est allée voir dans le rayon de la littérature en français et a emprunté le seul Echenoz qui s'y trouvait, Je m'en vais.

    Faut juste espérer que ce titre ne soit pas annonciateur du sort qui attend ce rayon-là.

    ***

    (1) il en a été question ici:
    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2015/07/21/r-comme-resine-de-coumarone-8470784.html

    (2) "Un des auteurs français les plus originaux et les plus amusants du moment", dit l'extrait de la critique de Trouw en couverture. Quoique "geestig" puisse aussi se traduire par "spirituel", on peut supposer qu'ici - comme dans la critique francophone - on tient à souligner son côté humoristique.

    (3) on peut se demander pourquoi la version néerlandaise remplace "communiste" par "Roumaine" dans le titre...

  • C comme citation

    Je viens de trouver cette citation de Ramón Eder (un auteur espagnol né en 1952 et grand spécialiste de l'aphorisme, comme on peut le voir ici: http://www.kulturaldia.com/lectura/los-20-mejores-aforismos-de-ramon-eder/ et on peut aussi le suivre sur fb)

    « Cuando vamos de viaje hay que llevar por lo menos dos libros : uno muy bueno y otro por si no nos apetece leer el muy bueno. »

    Ce qui peut se traduire ainsi: Quand nous allons en voyage, nous devons emporter au moins deux livres: un très bon et un autre pour le cas où le très bon ne nous ferait pas envie.

    C'est exactement ce qui m'est arrivé en Bretagne: L'aménagement du territoire (d'Aurélien Bellanger) m'est tombé des mains malgré plusieurs tentatives.

    C'est probablement parce que c'est un très bon livre Cool

    ***

    Si vous aimez les aphorismes, il y en a un autre de Ramón Eder qui m'a bien plu: 

    “Leer un buen libro mal traducido es como escuchar a Beethoven en un transistor”

    Je pense que vous l'aurez compris? Lire un livre mal traduit, c'est comme écouter Beethoven sur un transistor.

    C'est pourtant ce que j'ai fait, entre mes 14 et 18 ans Cool

  • Z comme zalig

    "Un sentiment délicieux", voilà ce que donne le dictionnaire traducteur pour "een zalig gevoel".

    J'en suis bien désolée: 'délicieux' ne traduit pas le sens complet de 'zalig' ni ses connotations.

    'Zalig', c'est bienheureux, béat. Et délicieux en plus Langue tirée

    Trois mots en un pour signifier l'état dans lequel je me trouve en cette veille de vacances.

    En route ce soir pour le jardin des délices et de la béatitude bienheureuse, pas loin de Grignan et de la Marquise.

    Promis, je vous enverrai des lettres Cool

    sévigné.jpg

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_de_Rabutin-Chantal,_marquise_de_S%C3%A9vign%C3%A9#/media/File:Marquise_de_S%C3%A9vign%C3%A9.jpg

  • V comme Verviers

    Extraits d'“Une enfance vierviétoise” d'Edmée de Xhavée, trouvés chez Colo:
     
    C'est le chapitre “La magie du cinéma” que Colo a choisi (http://espacesinstants.blogspot.com.es/2015/04/lenfance-dedmee.html) 

      Le mercredi après-midi, ma mère nous emmenait au cinéma. C'était le summum dans l'échelle des plaisirs du côté de sa famille.

    (…) Elle avait sa collection d'autographes et parfois nous pouvions la regarder ensemble, religieusement. J'aimais particulièrement les photos de Jean Marais, oh combien enjolivées d'une longue et élégante dédicace personnelle où il l'appelait par son prénom et lui demandait des nouvelles de son chien! De là à le considérer comme un oncle lointain, il n'y avait qu'un pas!

     Op woensdag namiddag nam mijn moeder ons mee naar de film. In haar familie was het de topper in de schaal der geneugten. (...) Ze had een verzameling handtekeningen en soms mochten we er samen naar kijken, ingetogen. Ik hield vooral van de foto's van Jean Marais, oh wat waren ze nog mooier door zijn lange en elegante opdracht waarin hij ze bij de voornaam noemde en vroeg hoe haar hondje het stelde! Vandaar dat de stap vlug gezet was om hem te beschouwen als een soort oom!

     Ma mère était disciplinée et implacable pour certaines choses, comme l'heure des repas, le fait qu'on n'ouvrait pas la porte ni ne répondait au téléphone pendant cette heure inviolable, etc...Mais elle s'abandonnait volontiers à une tranquille anarchie pour d'autres aspects de la vie. C'est ainsi que le départ pour le cinéma était un moment flottant dans le temps. L'horaire exact de ce départ était...quand elle était prête. (…)
     
      Mijn moeder was gedisciplineerd en onverbiddellijk voor een aantal dingen, zoals het onschendbaar uur van de maaltijden, tijdens dewelke men aan niemand de deur opende of geen telefoon opnam, enz. Maar voor andere zaken gaf ze zich gewillig over aan een rustige anarchie. Zo was het vertrek naar de film een schommelend moment. Het juiste vertrekuur was... als ze er klaar voor was. (…)
    Verviers, rue du Collège

    (Note de Colo: “L' anarchie horaire” de sa mère faisait qu'ils arrivaient souvent au milieu, ou aux trois quarts du film. Ils regardaient donc les annonces, les nouvelles, bref y restaient jusqu'à ce qu'ils aient vu le film en entier, avec des pauses, des entractes )

      Enfin le grand film commençait. Jamais nous n'avons été déçus. Ma mère, qui avait aimé le cinéma bien avant nous, nous avait exercé l’œil aux trucages. Nous étions fiers de reconnaître les découpages, décors, mannequins, faux indiens (“Des Américains avec des fausses dents”, expliquait-elle). Nous savions que Tarzan ne se battait pas avec un vrai lion, mais plutôt avec “une peau de lion descente de lit”. Que Samson retenait un mur de carton-pâte. Que Doris Day faisait semblant de conduire – et c'était tant mieux car elle n'arrêtait pas de parler et ne regardait pas la route bien qu'elle tourne son volant de gauche à droite avec un rythme de métronome. (…)

      Eindelijk begon de film. Nooit waren we ontgoocheld. Mijn moeder, die al zoveel langer dan ons van cinema hield, had ons oog alert gemaakt voor trucages. We waren trots als we het draaiboek, de decors, de poppen, de nepindianen herkenden ("Amerikanen met een vals gebit", legde ze uit). We wisten dat Tarzan niet vocht met een echte leeuw, maar met een "tapijtje van leeuwenvel". Dat Samson een kartonnen muur ondersteunde. Dat Doris Day deed alsof ze met de auto reed – en dat was maar best ook, want ze stopte niet met praten en keek niet naar de weg terwijl ze het stuur met de regelmaat van een klok naar links en naar rechts draaide. (...)

     
     
      La fin du grand film nous amenait ainsi à un nouvel entracte, plus court – occasion d'analyser le film et de comparer nos subtilités quant à la meilleure interprétation – et le début de complément de choix, avec le mourant de la fin en pleine santé. Le coupable encore nimbé d'innocence, la future jeune épousée en train de jouer à la marelle. Qu'importait. Nous étions contents de savoir, déjà, à quoi nous en tenir à leur sujet! Et nous espérions que ma mère ne se souviendrait plus exactement du moment auquel nous étions entrés. Mais c'était peine perdue et sa rigueur incorruptible nous rappelait à la réalité: elle remettait ses lunettes dans leur étui qui faisait un petit clac oh combien fatal, chuchotait: “C'est ici qu'on était”, et nous nous en allions.
     
      Het einde van de film bracht ons tot een nieuwe en veel kortere pauze – een gelegenheid tot filmanalyse en vergelijking van onze gevoeligheden over de beste vertolkingen – en het begin bijkomende keuzes, met de stervende van de eindscene nog vol leven. De schuldige nog in een waas van onschuld, de toekomstige bruid nog aan het hinkelen. Dat was niet erg. We waren blij op voorhand te weten wat ons te wachten stond over hen! En we hoopten dat onze moeder zich niet meer precies zou herinneren op welk moment we gestart waren. Maar het was tevergeefs en haar onverzettelijke gestrengheid riep ons tot de orde: ze plaatste haar bril terug in het doosje dat bij het sluiten een noodlottig klikkend geluid maakte, ze fluisterde: “Hier waren we er”, en we vertrokken.

     ***

    merci à toi, Colo

    qui m'as procuré le plaisir de traduire

    Cool

    et comme tu peux le voir

    j'ai aussi repris tes illustrations

  • G comme García Lorca

    Colmena

    F. García Lorca

    ¡Vivimos en celdas 
    de cristal, 

    en colmena de aire!

    Nos besamos a través 

    de cristal. 

    ¡Maravillosa cárcel,

    cuya puerta 

    es la luna!
     

    Ruches

    F. García Lorca 

    Nous vivons dans des cellules
    de verre,
    dans des ruches d'air!
    Nous nous embrassons à travers
    du verre.
    Merveilleuse prison,
    dont la porte
    est la lune! 
     
    (Trad: Colo) 

    Korf

    We leven in cellen
    Van glas,
    In een korf van lucht!
    We zoenen
    Door het glas.
    Prachtige cel
    Met als deur
    De maan!

    (traduction de l'Adrienne)

     

    poesie,espagnol,espagne,traduction,amitié,vive internet

     photo prise à Bruxelles en septembre 2013

  • C comme Colo

    Chaque fois que je passe chez Colo, c'est-à-dire chaque fois que mon feedly me prévient qu'elle a publié quelque chose, j'ai envie de me mettre à traduire en néerlandais ce que je trouve chez elle en espagnol et en français.
     
    Le 20 novembre dernier, c'est ce poème de Federico García Lorca qui m'a attirée:
     
    Las seis cuerdas, F, García Lorca

    La guitarra
    hace llorar a los sueños.
    El sollozo de las almas
    perdidas
    se escapa por su boca
    redonda.
    Y como la tarántula,
    teje una gran estrella
    para cazar suspiros,
    que flotan en su negro
    aljibe de madera.


    1924
     
    Les six cordes
     
    La guitare
    fait pleurer les songes.
    Le sanglot des âmes
    perdues
    s'échappe par sa bouche
    ronde.

    Et comme la tarentule,
    elle tisse une grande étoile
    pour chasser les soupirs
    qui flottent dans sa noire
    citerne en bois.

    (Federico Garcia Lorca, Poème du Cante jondo.
    Poésies 1921-1927)
    (trad: Colo)
     
    1924
     
    De zes snaren
     
    De gitaar
    laat de dromen wenen.
    Het gesnik van de verloren
    zielen
    ontsnapt
    door haar ronde mond.
    En zoals de tarantula
    weeft ze een grote ster
    om de zuchten te vangen
    die drijven in haar zwarte
    houten put.
     
    traduction de l'Adrienne
    qui a choisi d'interpréter 'cazar' comme 'attraper' (vangen)
    plutôt que comme 'chasser'
    vu que les deux sens sont possibles en espagnol
    amitié,musique,poésie,traduction,espagnol,espagne
    photo prise en Andalousie
    en février 2012
     

  • Z comme Zadelhoff

     littérature,poésie,traduction

    photo prise au Jardin des Tuileries le 26 novembre 2011
    pour l'anniversaire de ma mère

    Voor Bart Van Loo

    Parijs

    ik zag een vrouw in de Jardin des Tuileries
    het was een vrouw uit een ander ver land
    zoiets zie je direct zoiets zie je al van ver
    toen ze langzaam in mijn richting liep
    vroeg ik me af wat ik van haar linkerbeen vond
    het sleepte een beetje en gaf aan haar lopen
    een mooi ontregelend ritme toen ze vlakbij
    was leek het even of dat linkerbeen het
    rechterbeen voortduwde ze had een mooi gezicht
    die vrouw uit dat verre onbekende land

    A Bart Van Loo

    Paris

    je vis une femme au Jardin des Tuileries
    c'était une femme d'un autre pays lointain
    c'est une chose qui se voit de suite qui se voit de loin
    quand lentement elle marcha vers moi
    je me demandai que penser de sa jambe gauche
    qui traînait un peu et donnait à sa démarche
    un beau rythme déréglé quand tout près
    elle fut on aurait dit que cette jambe gauche
    poussait la jambe droite elle avait un beau visage
    cette femme de ce pays lointain inconnu

    poème du Néerlandais Willem van Zadelhoff (né à Arnhem en 1958) trouvé sur le blog de Bart Van Loo, à qui il est dédié, et que j'ai traduit en français

    http://bartvanloo.blogspot.be/2009/07/de-vakantie-begint-met-willem-van.html

     littérature,poésie,traduction,mère,paris

    jardin des Tuileries, 26 novembre 2011

  • T comme traduttore traditore

    ART POETIQUE

     

    Ecrire en vaut-il la peine

    Des mots, des mots

    Pourtant il ne faut pas dire : Hippocrène

    je ne boirai plus de ton eau.

     

    La poésie,

    je la rencontre parfois à l’improviste

    Elle est seule sous un saule

    et recoud ma vie déchirée.

     

    Ecoute le son de la pluie dans les gouttières de zinc

    Aime les formes brèves et les couleurs vives

    Foin des natures mortes et des tableaux vivants

    Fous-toi de la rime

    Que la tour d’ivoire devienne une maison de verre

    et se brise.

     

    Epitaphe :

     

    Encor qu’il naquit malhabile

    Il ne resta point immobile

    Et disparut chez les Kabyles

    D’un accident d’automobile.

     

    Paul Neuhuys, Le Canari et la Cerise, 1921. 

     

    traduction,poesie,belge,belgique

    Tableau de Joos De Momper le Jeune (1564-1635)
    (un autre Anversois, comme Paul Neuhuys)
    avec à droite la source des Muses (Hippocrène) 
    qui naît sous les sabots de Pégase
    sur le mont Hélicon

     http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippocr%C3%A8ne#mediaviewer/File:Momper,_Joos_de_(Younger)_-_Helicon_or_Minerva%27s_Visit_to_the_Muses.JPG

     

    ARS POETICA

     

    Is schrijven de moeite waard

    Woorden, woorden

    Toch mag je niet zeggen : Hippocrene

    aan jouw bron zal ik me niet meer laven.

     

    De poëzie,

    soms ontmoet ik ze onverwacht

    Ze zit alleen onder een wilg

    en maast de lappen van mijn leven weer aan elkaar.

     

    Luister naar de regen in de zinken dakgoten

    Hou van de vluchtige vormen en de felle kleuren

    Weg met de stillevens en de tableaux vivants

    Krijg de kelere met die rijm

    Dat de ivoren toren een glazen huis wordt

    en breekt.

     

    Grafschrift :

     

    Hoewel onhandig geboren

    Bleef hij niet onbewogen

    En verdween bij de Kabyl

    Een ongeluk met de automobiel.

     

    Paul Neuhuys, Le Canari et la Cerise, 1921.  

     

    Traduction de l'Adrienne
    Qui remercie encore Tania
    Pour tout ce qu'elle découvre chez elle.
    http://textespretextes.blogs.lalibre.be/archive/2014/11/07/on-a-beau-dire-1136463.html?c

  • L comme le ravissement des innocents

    Le hasard des nouvelles acquisitions de la bibliothèque communale fait parfois bien les choses. Oui, parfois la lectrice arrive au bon moment devant le présentoir où elles sont exposées. Parfois, un livre lui fait de l'oeil, lui tend les bras. Parfois c'est l'évidence du coup de foudre.

    Parfois la quatrième de couverture, souvent si mensongère, si trompeuse, convainc tout de suite. Alors on emporte le volume comme un riche butin et on s'installe très vite dans le divan.

    «Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre. Alors qu'il se tient sur le seuil entre la véranda fermée et le jardin, il envisage de retourner les chercher. Non. Ama, sa seconde épouse, dort dans cette chambre, les lèvres entrouvertes, le front un peu plissé, sa joue chaude en quête d'un coin frais sur l'oreiller, il ne veut pas la réveiller. Quand bien même il le tenterait, il n'y parviendrait pas."

    Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, Gallimard 2014, p.17 (incipit)

    On le sait d'emblée: Kweku meurt sous nos yeux, le livre sera donc une sorte de flash-back. On reviendra sur sa jeunesse africaine, sa carrière aux USA, son retour au Ghana, le pourquoi et le comment de toute une vie. On apprendra à connaître sa première épouse et leurs quatre enfants, tour à tour. On comprendra le titre:

    "Plus jeune, il avait pris cela pour de la sottise, le ravissement des innocents. Une sorte d'incapacité à voir les choses. A son sens, il fallait être aveugle ou idiot pour être si souvent heureux dans ce village, dans les années cinquante. Il se trompait. Sa soeur était aussi lucide que lui, il avait fini par le comprendre la nuit de sa mort, après la venue et le départ de l'unique guérisseur du village (un fabricant de cercueils) qui avait fait tout ce qu'il pouvait avant le dîner."

    Taiye Selasi, Le ravissement des innocents, Gallimard 2014, p.42

    Finalement, on n'a qu'un seul regret, c'est de manquer de temps pour pouvoir déguster les 366 pages d'une seule traite.

    Les vingt premières sont à lire ici: file:///C:/Users/admin/Downloads/excerpt.pdf 

    Et une interview avec l'auteure est ici: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4919716

    Ce livre, c'est sûr, on en reparlera quand la lecture en sera terminée Sourire

    leravissement.jpg

    http://www.gallimard.fr/Mini-Sites2/Rentree-litteraire-2014/Taiye-Selasi-Le-ravissement-des-innocents-Rentree-litteraire-Gallimard-Roman

  • A comme Alice Munro

     aliceMunro.jpg

     traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

    "Ma mère revenait souvent dans mes rêves et, même si les détails variaient, la surprise n'en restait pas moins la même. Le rêve s'arrêtait, sans doute parce qu'il était trop limpide dans ses espoirs, trop simpliste dans ses pardons."

    Alice Munro, Amie de ma jeunesse, Points n°3212, 2013 (incipit)

    C'est le hasard des nouvelles acquisitions de la bibliothèque communale qui m'a fait découvrir ce livre et cet auteur. 

    Dix nouvelles, dont la première donne son titre au recueil, qui sont de véritables mini-romans tant elles sont denses et complexes, montrent chaque fois un personnage central féminin dont la vie, à un certain moment, bascule.

    "J'ai embauché une assistante, elle nous vient de Shawtown, annonça le père de Murray. C'est une Delaney, mais jusqu'ici elle ne semble pas avoir de trop mauvaises habitudes. Je vais la mettre au rayon Hommes."

    idem, Oranges et pommes (incipit)

    Le seul problème que j'ai eu, c'est que les lieux évoqués n'évoquaient rien pour moi: j'aurais dû consulter une carte pour pouvoir les situer. Seulement voilà, j'ai lu au lit Cool.

    "Trois semaines avant sa mort - il se noya dans un accident de bateau sur un lac dont personne n'avait jamais entendu parler - Austin Cobbett s'admirait dans une chemise sport bordeaux et un pantalon écossais, crème, marron et bordeaux, au fin fond d'un miroir à trois faces du rayon Hommes de chez Crawford, à Logan. Ni la chemise ni le pantalon ne se repassaient."

    idem, Images de glace (incipit)

    Je serais bien en peine de dire laquelle de ces dix histoires est ma préférée. Chaque fois on s'attache aux personnages en découvrant peu à peu leur intimité, leur passé, leur vécu, les petits riens de leur existence avec ses aléas, ce qui, somme toute, les fait nous ressembler.

    "Georgia avait suivi jadis un atelier d'écriture, et ce que le professeur lui avait dit c'était: Trop de choses. Trop de choses en même temps. Trop de gens. Réfléchissez, lui avait-il dit. Qu'est-ce qui est important? A quoi souhaitez-vous que nous fassions attention? Réfléchissez.
    Elle finit par écrire une histoire sur son grand-père qui tuait des poulets. Le professeur en parut satisfait."

    idem, Différemment (incipit)

  • O comme Octavio

    Destino del Poeta
    Octavio Paz

    ¿Palabras? Sí, de aire,
    y en el aire perdidas.

    Déjame que me pierda entre palabras,
    déjame ser el aire en unos labios,
    un soplo vagabundo sin contornos
    que el aire desvanece.

    También la luz en sí misma se pierde.

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     Destin du poète
    Octavio Paz 
     
    Mots? Oui, d'air,
    et dans l'air perdus.
     
    Laisse-moi me perdre parmi les mots,
    laisse-moi être l'air sur des lèvres,
    un souffle vagabond sans contours
    que l'air dissipe.
     
    Même la lumière se perd en elle-même.

    poésie,amitié,les joies d'internet,espagnol,traduction

     Het lot van de dichter
    Octavio Paz

    Woorden? Ja, van lucht
    en verloren in de lucht.

    Laat mij mezelf verliezen tussen de woorden,
    laat mij de lucht zijn op lippen,
    een zwervende zucht zonder grenzen
    die de lucht verdrijft.

    Ook het licht verliest zich in zichzelf.
    (traduction de l'Adrienne)

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     trois photos prises en Andalousie en février 2012

  • M comme Manuel de Malaga

    Manuel Altolaguirre (Málaga1905 - Burgos1959)

     A Federico García Lorca

    PLAGE

    Deux par deux les barques

    comme sandales du vent

    mises à sécher au soleil.

     

    Moi et mon ombre, angle droit.

    Moi et mon ombre, livre ouvert.

     

    Couché sur le sable

    comme une dépouille de la mer

    un enfant endormi.

     

    Moi et mon ombre, angle droit.

    Moi et mon ombre, livre ouvert.

     

    Et plus loin, des pêcheurs

    tirant des amarres

    jaunes et saumâtres.

     

    Moi et mon ombre, angle droit.

    Moi et mon ombre, livre ouvert.

    (Trad: Colo)

     

    A Federico García Lorca


    PLAYA


    Las barcas de dos en dos,
    como sandalias del viento
    puestas a secar al sol.


    Yo y mi sombra, ángulo recto.
    Yo y mi sombra, libro abierto.


    Sobre la arena tendido
    como despojo del mar
    se encuentra un niño dormido.


    Yo y mi sombra, ángulo recto.
    Yo y mi sombra, libro abierto.


    Y más allá, pescadores
    tirando de las maromas
    amarillas y salobres.


    Yo y mi sombra, ángulo recto.
    Yo y mi sombra, libro abierto.

     

    opgedragen aan Federico García Lorca

    STRAND


    De boten twee per twee,
    als sandalen van de wind
    om te drogen in de zon.


    Ik en mijn schaduw, rechte hoek.
    Ik en mijn schaduw, open boek.


    Liggend op het zand
    als geworpen door de zee
    een slapend kind.


    Ik en mijn schaduw, rechte hoek.
    Ik en mijn schaduw, open boek.


    En verderop, vissers
    trekkend aan de trossen
    geel en ziltig.


    Ik en mijn schaduw, rechte hoek.
    Ik en mijn schaduw, open boek.

     

    (traduction de l'Adrienne) 

     

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    Ostende, août 2009

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    Malaga, décembre 2009