vin

  • K comme kurk et knal

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    Pourquoi faudrait-il se plier à l'étiquette 

    et se priver du plaisir de faire sauter un bouchon? 

    Kurken knallen... 

    Voici l'instant magique 

    juste avant les bulles 

    cool 

    photo prise l'autre week-end 

    chez ma carissima nipotina 

    *** 

    et toujours je repense à mon père 

    qui n'était satisfait que lorsque le bouchon 

    n'avait émis qu'à peine un faible chuintement 

    ...

     

  • D comme déguster

    1. 

    C'est un verre à pied en simple verre blanc, celui qui porte bonheur quand on le casse, comme a dit ma tante le jour où elle en a laissé tomber un chez ma mère en l'aidant à la vaisselle. 

    Il est d'un format assez petit: petit pied, rondeur très légère, petite ouverture sur le dessus. 

    Le bord est fin. C'est important. 

     

    2. 

    Tout est est important: le pied pour faire valser le fond de vin qu'on va déguster, le verre fin et parfaitement transparent, pour admirer la robe à la lumière, l'ouverture pas trop grande, exactement à la mesure de la narine qu'on va y introduire pour humer ses parfums. 

     

    3. 

    Sur son galbe léger, le nom en petites lettres blanches du viticulteur qui l'a offert après la dégustation. Il porte fièrement le logo des vignerons indépendants comme un gage de qualité. De ceux qui disent le nom de l'homme qui fabrique ses fûts à la main, vous expliquent de A à Z comment ils maîtrisent la fermentation malolactique et qui dorment à côté de leurs cuves pour mieux les contrôler aux moments délicats. 

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    4. 
    Le logo des vignerons indépendants représente un personnage stylisé portant sur son épaule gauche une cuve de vin. 
    Ce qui ne correspond plus à aucune réalité d'aujourd'hui. 
    D'autant plus qu'après trois ou quatre générations de viticulteurs de père en fils, ce sont maintenant deux jeunes femmes qui se trouvent à la tête de l'entreprise familiale. 

     

    5.

    Le pied est solide même si le bord supérieur est très fin. Le verre peut aller au lave-vaisselle. Cependant, après l'avoir soigneusement rincé à l'eau claire, on préfère l'essuyer à un torchon propre qu'on vient de sortir de l'armoire et dont on "casse" d'abord un peu la raideur.

    Avant d'y verser du vin, on hume le verre pour s'assurer qu'aucune odeur étrangère ne viendra interférer avec la dégustation. C'est qu'on prend ces choses-là très au sérieux. 

     

    6. 

    Sur le galbe du verre, à l'endroit le plus large, il y a de légères stries, dues aux frottements. Car dans le secret de l'armoire, derrière la vitre opaque, les verres se touchent, se frôlent, se caressent, se griffent. 

     

    7. 

    Depuis leur dernier déménagement, les verres sont bousculés: ils s'entrechoquent à chaque passage d'un poids lourd. Ils émettent de plaintives musiques cristallines. Ils sont pris de soubresauts et manquent tomber de leur étagère. 

     

    8. 

    Finies les belles dégustations bien orchestrées: les grands crus, les beaux cépages, les années prestigieuses, les gloires du terroir ont été remplacés par la modeste bouteille de supermarché. 

    Plus besoin de faire valser et goûter, le bouchon est remplacé par la capsule à vis métallique. 

     

    9. 

    Sur la table de travail, dans ce fouillis inextricable de papiers et de livres, juste à droite de l'ordinateur, il y a parfois un verre à pied légèrement galbé. On le remplit peu et on le déguste à petites gorgées espacées, en essayant de bien avoir le goût du vin. Comme le préconise Colette. 

    Si c'est du blanc, on fait en sorte que les rayons du soleil ne viennent pas le réchauffer. 

    Parfois on est tellement pris par le travail qu'on oublie complètement le verre à pied dans lequel le lendemain se trouve toujours un fond de vin. 

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     ***

    Quatorze fois vers le même objet – à la manière de Francis Ponge.

    http://www.tierslivre.net/WIPagcb/FICHES_IMPRIM/PONGE_oeillet.pdf 

    et pour le projet du Hibou

    semaine 27 - robe

  • L comme Laurent-Perrier

    - A quoi bon être riche si ce n'est pour boire d'excellents champagnes? Vous qui êtes obsédé par l'or, ne savez-vous pas que le champagne en est la version fluide?

    Amélie Nothomb, Barbe bleue, Albin-Michel 2012, p.50

    - L'inventeur du champagne rosé a réussi le contraire de la quête des alchimistes: il a transformé l'or en grenadine.

    idem, p.59

    - Du Laurent-Perrier cuvée Grand Siècle! Vous avez bien fait les choses! Je débouche!

    idem, p.66

    - C'est du velours, ce champagne. Du velours doré. Incroyable, dit-elle.

    idem, p.78, en parlant du Dom Pérignon 1976

    - Il y a un réconfort que seul le grand champagne procure, soupira-t-elle.

    idem, p.135, un Krug grande cuvée brut

    - C'est la plus belle des bouteilles de champagne. Elle a incroyablement réussi l'osmose du cristal et de l'or.

    idem, p.151, le Cristal-Roederer

     

    - Le bon champagne aide à penser, dit-elle.

    idem, p.156

    C'est ainsi qu'au fil de l'histoire, on entend à intervalles réguliers "le plus beau bruit du monde:" (p.152) une bouteille de champagne qui perd son bouchon. 

    nothomb.jpg

    source de la photo  

    http://www.albin-michel.fr/Barbe-bleue-EAN=9782226242969

     

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  • V comme vin... chinois!

    Attention! me prévient la presse italienne, l'index pointé en l'air. Attention, car d'ici 2025, le premier consommateur et producteur de vin au monde, ce sera la Chine.

    Sur une immense étendue de collines chinoises est en train de se constituer le plus grand vignoble au monde, selon le quotidien La Repubblica, relayé ces jours-ci par quelques sites et blogs transalpins.

    Comme on peut s'y attendre, la part de "copillage" est grande, au niveau des cépages mais surtout des étiquettes et des noms. Cependant, le Parti insisterait sur plus de chauvinisme et de couleur locale pour les appellations...

    Pas fous, les Chinois auraient engagé des oenologues européens afin de les aider à garantir un certain niveau de qualité. Qui serait atteint, selon Giuseppe Martelli, le président d'une association d'oenologues, d'ici une dizaine d'années et ferait par conséquent concurrence aux leaders actuels de l'exportation de vin, les Italiens et les Français.

    Sic transit gloria... vini italiani e francesi   Langue tirée

    http://www.report84.it/articoli/prima-pagina/24501-pechino-entro-il-2025-sara-il-primo-consumatore-ma-soprattutto-il-primo-esportatore-mondiale-di-vino

    http://www.liboriobutera.com/2012/06/13/attenzione-il-vino-cinese-invadera-il-mondo/

  • O comme ô Bouteille!

    Il est quelques-unes de ces rares "dives bouteilles" que l'homme-de-ma-vie m'avait laissées il y a cinq ans (et demi Clin d'œil) que je n'ai jamais osé remonter de la cave: soit parce que le vin aurait un goût aussi passé que les années, soit que j'attendais la bonne occasion pour le déguster.

    Ou alors il n'en restait qu'un unique exemplaire et je me disais que ça ne suffirait pas pour mes dîneurs... donc je remontais de la cave celles qui allaient encore par deux.

    C'est pour cela qu'il me restait un Chambolle-Musigny 1er cru de 1995 d'un vigneron dont à l'époque on disait beaucoup de bien http://www.domainethierrymortet.fr/pressbook/tn/Guide%20Hachette%20des%20vins%202002%20%282%29.JPG.html. Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui, voilà bien longtemps que je n'ai plus eu un guide Hachette ou un Gault&Millau en main, pour ne citer que ces deux-là.

    Voici la bouteille en question, avec le site du vigneron sur l'écran de mon ordi.

    vin

    Je l'ai remontée de la cave avec tous les égards, ouverte avec doigté - le bouchon était de belle qualité et en parfait état - j'ai sorti mes plus beaux verres, bien ronds, bien larges, se rétrécissant un peu vers le haut, je les ai avinés dans les règles de l'art, mais hélas, je n'ai pas retrouvé grand-chose de la somptueuse cuvée promise et bien entendu les nuances de cassis frais et de cerise se sont évaporées dans la poussière des ans.

    Je la bois religieusement quand même, regrettant à chaque gorgée de ne pas l'avoir ouverte plus tôt!

    ***

    Pour ceux que ça intéresse, voici ce que dit le guide Hachette à propos du cru 2008:

    "Thierry Mortet est l'un des vignerons de référence sur ce climat situé en dessous du village, dans un secteur auquel Clive Coates, l'écrivain britannique, prête la réputation d'être un peu plus riche en argile et donc de donner des vins plus musculeux et aux arômes plus cuits que les autres. Ici, on sent le cassis au nez, la réglisse en bouche, et l'on apprécie la richesse du palais, la rondeur des tanins et la finale tout en longueur. À déguster dans trois ans."

    Trois ans, hahahaha... je préfère ne pas calculer l'âge de ma dive bouteille, mais comme aurait dit mon père, il y a belle lurette qu'elle a fait sa communion solennelle Langue tirée

    ***

    O Bouteille,
    Pleine toute
    De mystères,
    D'une oreille
    Je t'écoute :
    Ne diffère,
    Et le mot profère
    Auquel pend mon cœur
    En la tant divine liqueur,
    Qui est dedans tes flancs reclose,
    Bacchus, qui fut d'Inde vainqueur,
    Tient toute vérité enclose.
    Vin tant divin, loin de toi est forclose
    Tout mensonge et toute tromperie.
    En joie soit l'âme de Noach close,
    Lequel de toi nous fit la tempérie.
    Sonne le beau mot, je t'en prie,
    Qui me doit ôter de misère.
    Ainsi ne se perde une goutte
    De toi, soit blanche ou soit vermeille.
    O Bouteille,
    Pleine toute
    De mystères,
    D'une oreille
    Je t'écoute :
    Ne diffère.

    François Rabelais, Cinquième livre, 1546

  • Z comme zut, même les plus belles choses ont une fin

    Dommage pour les amis qui viendront encore chez moi, j'aurai des vins de moins en moins fastueux à leur offrir. J'ai déjà parlé ici de ces quelques beaux "fonds de cave" que m'avait laissés l'homme-de-ma-vie. Alors, comme le raconte Colette à propos de sa maman:

    "Une à une, elle déterra, de leur sable sec, des bouteilles qui vieillissaient sous notre maison"

    je fais pareil pour les amis qui viennent manger chez moi. Ainsi, nous venons de déguster le dernier Gevrey Chambertin et le dernier Vieilles Vignes du château de Beaucastel...

    "Certains vins défaillaient, pâlis et parfumés encore comme la rose morte ; ils reposaient sur une lie  de tannin  qui teignait la bouteille, mais la plupart gardaient leur ardeur distinguée, leur vertu roborative. Le bon temps !" (Prisons et Paradis, 1932)

    Sic transit gloria mundi Clin d'œil

    Après, très bientôt, et bien, ce sera un bon petit vin de pays...

    Qui a dit "Qu'importe le flacon..." pourvu qu'on ait l'amitié ?

     

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  • O comme ortie

    Au printemps, ce sont les belles et bonnes sauvages, dont l'ortie, qui me dépannent merveilleusement quand le frigo est quasi vide et que pour les légumes frais il faut attendre le marché du lendemain.

    Ainsi l'autre soir, avec une cuisse de canard confite qui traînait là pour le cas où (date de péremption en juin prochain) et des gnocchi (idem) je me suis fait des orties - comme d'hab' rincées, grossièrement hachées, passées deux fois une minute au micro-ondes... vous commencez à savoir, n'est-ce pas. J'y ai ajouté les gnocchi déjà cuits et un peu de crème fraîche et c'était hmmmmm...

    Avec ça je me suis offert une bouteille de derrière les fagots, vestige de ma splendeur passée (lol), un ou même deux verres d'Aloxe-Corton 1995, boudiou de boudiou c'est bien vrai que la vie est belle, quelquefois :-)

    Et c'est bien vrai aussi que les dames qui vous piquent l'homme-de-votre-vie ne le font pas pour ses beaux yeux... quoi qu'il en pense ;-)

     

  • U comme ultime ou U comme "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"

    "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", me dis-je en remontant de la cave une ultime bouteille de Ducru-Beaucaillou 1986 de chez Jean-Eugène Borie, propriétaire à Saint-Julien-Beychevelle.

    J'aime me gargariser de tous ces noms, les dire à haute voix avec délectation, ça me rappelle mon père, celui qui, à l'instar des parents de Colette (oui oui, Sidonie-Gabrielle, celle-là même) m'a initiée "à l’usage familier et discret du vin". Mais ça, c'est une autre histoire et le hors-sujet me guette ;-)

    Je m'en offre donc un verre lundi soir, avec une épaule de lapin, pâtes et broccoli, mardi soir avec le Saint-Marcellin, le pain aux noix, la roquette et les tomates cerises, mercredi soir avec la cuisse de canard confite, les pommes de terre et les haricots verts, ce jeudi soir avec le hachis d'agneau aux oignons et la salade croquante... et demain j'en aurai un ultime verre que je boirai probablement avec son dépôt.

    Un verre, ça va, non? Car je voudrais terminer par une ultime citation de Colette: "Ce n’est pas rien que de prendre en mépris, de bonne heure, à la fois ceux qui ne boivent pas de vin et ceux qui en boivent trop."

  • G comme gastronomie

    Il y a exactement deux ans, Ann Frankie, présidente d'une association flamande qui lutte pour promouvoir notre culture de la bière, lançait l'idée de proposer de la bière de table aux enfants des écoles plutôt que des sodas. Son argument numéro un: «La bière de table est très bonne pour la santé car elle est beaucoup moins sucrée». Selon les spécialistes, il s'agirait ici d'un malentendu car de nombreuses bières de table sont sucrées artificiellement et sont par conséquent aussi mauvaises que le coca ou les autres 'soft drinks'.De plus, "ce n'est certainement pas une bonne chose pour les enfants que d'apprendre si jeune le goût de la bière. Et le goût du sucre, ils s'y habituent autant avec la bière que le coca. C'est l'eau qu'il faut promouvoir auprès des jeunes, et non la bière. Car actuellement, cela devient de plus en plus difficile de faire boire de l'eau à un enfant", dit Astrid Vanoppen, diététicienne à l'hôpital Virga Jesse de Hasselt.Deux ans plus tard, je peux rassurer les 'estrangers' qui me liraient: il n'est pas question qu'on trouve de la bière de table dans nos cantines et réfectoires scolaires belges, bien au contraire, on y promeut de plus en plus l'eau, tout simplement. Un des articles de l'époque: http://www.dhnet.be/infos/societe/article/146417/choisir-la-biere-plutot-que-le-coca-a-l-ecole.htmlNos élèves devront donc découvrir les qualités gastronomiques de nos bières ailleurs qu'à l'école. Colette aurait sûrement trouvé cela dommage, elle qui affirmait:    "J’ai été très bien élevée. Pour preuve première d’une affirmation aussi catégorique, je dirai que je n’avais pas plus de trois ans lorsque mon père, partisan des méthodes progressives, me donna à boire un plein verre à liqueur d’un vin mordoré, envoyé de son pays natal : le muscat de Frontignan.    Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! ce sacre me rendit à jamais digne du vin. Un peu plus tard j’appris à vider mon gobelet de vin chaud, aromatisé de cannelle et de citron, en dînant de châtaignes bouillies. A l’âge où on lit à peine, j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d’éblouissants Yquem. Le champagne passa à son tour, murmure d’écume, perles d’air bondissantes ; à travers des banquets d’anniversaire et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye… Bonnes études, d’où je me haussais à l’usage familier et discret du vin, non point avalé goulûment, mais mesuré dans des verres étroits, absorbé à gorgées espacées, réfléchies."  Pour ceux qui veulent lire la suite de cette belle éducation des papilles gustatives: Colette (1873-1954), Prisons et Paradis (1932)