Y

  • Y comme Yaka

    Le Belge, dit le journal de mercredi matin, on le sait, "a une brique dans le ventre". Mais ce qu'une nouvelle enquête vient de révéler, c'est qu'en plus de vouloir à toute force être propriétaire de son logement, il va en moyenne, dans le courant de sa vie, y faire quatre fois des travaux de rénovation. 

    Voilà, se dit l'Adrienne: tout s'explique! 

    En effet, chez elle aussi de nouveaux travaux sont en chantier, alors qu'elle croyait en avoir fini avec "tout ça". 

    *** 

    C'était sans compter sur la commune et ses projets d'aménagement. 

    En octobre, l'Adrienne et ses voisins ont reçu une longue lettre avec un tas de documents agrafés. Un rapide coup d’œil a permis de conclure que ça signifiait "travaux coûteux et dommages collatéraux garantis". 

    *** 

    Les uns après les autres, l'Adrienne et ses voisins reçoivent la visite d'un expert qui vient évaluer quelles mesures seront nécessaires. 

    Un type bien gentil qui vous dit sans sourciller: 

    - Yaka... 

    Par exemple, dans trois maisons il a dit: 

    - Pour séparer l'acheminement de l'eau de pluie des eaux usées, yaka démolir le carrelage. 

    maison,vie quotidienne,ça se passe comme ça

    chez l'Adrienne, en plus de quelques travaux à l'intérieur, YAKA refaire les sentiers, refaire un trou dans le mur et creuser tout le long de la maison pour amener l'eau de pluie jusqu'à l'autre rue... 

    c'est précisément là que depuis 2013 ont été plantés le figuier, l'hortensia grimpant, le romarin, la sauge, des fleurs à bulbe et quelques vivaces...

     

  • Y comme Y a plus qu'à

    Tout est rouge, vert et blanc, le décor, les vêtements, la couverture du magazine que tient la jeune fille assise au pied du sapin. Les bougies sont déjà allumées, le réveillon va bientôt commencer. 

    La jeune fille américaine prônée par le magazine est élégante: bas de soie, fins escarpins à talons, robe blanche au grand col empesé, petit bibi posé sur ses savantes boucles brunes. 

    La jeune fille américaine est gourmande: le soir du 24 décembre, parmi tous les cadeaux entassés sous le sapin, elle en a déjà ouvert un. C'est une boite de chocolats. 

    La jeune fille américaine est égoïste et paresseuse: plongée dans la lecture de son magazine, la boite de chocolats contre le pied finement chaussé, elle reste insensible à la patte du chat et aux appels de sa mère. 

    Dans son décor rouge, vert et blanc, son image est répétée jusqu'aux profondeurs abyssales de l'abyme: la jeune fille américaine ne s'occupe que d'elle-même.

    lakévio39.jpg

    le titre et l'illustration viennent de chez Lakévio

  • Y comme Yasmina Reza

    Surtout, ne vous laissez pas induire en erreur par le titre Heureux les heureux car c'est une catégorie de gens que vous ne rencontrerez pas dans ce livre: l'épigraphe de Borges, "Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l'amour. Heureux les heureux." semble se trouver là par antithèse ou par ironie, surtout si on y revient après la lecture. 

    Les 21 petits chapitres sont autant de monologues du personnage qui leur donne leur titre. Quelques-uns de ces personnages apparaissent deux fois. Ça fait tout de même encore pas mal de monde, surtout si on y ajoute l'entourage, conjoint, enfants, amis, autres membres de la famille. 

    Aussi, après avoir commencé une lecture linéaire et m'être pas mal embrouillée dans le "qui est qui", j'ai changé de tactique et lu les chapitres dans le désordre, en regroupant ceux qui reprenaient le même personnage, puis son conjoint, ou un ami ou un membre de la famille, comme un jeu de piste. Ça m'a permis de mieux les situer et ça n'a pas nui à l'ensemble de savoir avant la fin qui mourrait et aurait ses cendres dispersées. 

    Ça m'a très fort fait penser à un opéra que j'ai vu à la Monnaie, il y a de nombreuses années, Reigenbasé sur une pièce de Schnitzler. La principale différence est que les personnages de Yasmina Reza sont tous issus de milieux très aisés, ceux du pouvoir, du journalisme, de la haute finance etc., tandis que Schnitzler entraîne dans sa ronde toutes les couches de la société. 

    Comme le bon bramin de Voltaire, ils ne manquent ni d'argent, ni de confort, ni d'un travail épanouissant, ni de partenaires sexuels. Pourtant ils ne sont pas heureux. 

    Tout dans ces couples légitimes ou illégitimes est sujet à agressivité - surtout verbale, mais pas seulement. Rancœurs, jalousies, incommunicabilité, désillusions, trahisons, - la liste est incomplète - la condition humaine semble franchement peu enviable.  

    Et tout ça est si finement observé, si finement écrit, il m'est même arrivé de rire. Je suis sûre que vous aussi y reconnaîtriez des gens ou des situations. C'est bien le comble, me direz-vous, après toutes ces préliminaires qui doivent vous sembler bien peu engageants. Mais Yasmina Reza sait sacrément écrire, se mettre dans la peau de gens très différents et nous entraîner dans sa sombre vision du monde. 

    Alors si jamais je me laissais de nouveau tenter par la vie de couple, rappelez-moi cette lecture, voulez-vous? 
    Merci! 
    tongue-out

    Heureux-les-heureux-Yasmina-Reza.jpg

    info de l'éditeur ici 

    "Les couples me dégoûtent [dit Chantal Audouin]. Leur hypocrisie. leur suffisance." (p.115) 

    "Les couples me dégoûtent [répète Chantal Audouin]. Leur ratatinement, leur connivence poussiéreuse." (p.119) 

    Mais ne désespérez pas, chers couples de mes amis: Chantal est malheureuse parce qu'elle aime un homme marié. 

    Écoutons plutôt celui-ci: 

    "(...) être heureux, c'est une disposition. Tu ne peux pas être heureux en amour si tu n'as pas une disposition à être heureux." (p.141, chapitre intitulé Luc Condamine

    Et terminons sur cette note semi-positive laughing

  • Y comme yatsuhashi

    Yatsuhashi, nous dit le conférencier, signifie 'huit ponts'. C'est un thème pictural qui trouve son origine dans un recueil de poèmes et de récits du 10e siècle, Ise monogatariun grand classique de la littérature japonaise traditionnelle. 

    Vous verrez donc de nombreuses estampes sur ce thème, dont certaines vraiment exquises, avec des iris bleus. 

    Vous les verrez, si vous allez à l'expo au Cinquantenaire tongue-out et certainement aussi en cherchant un peu dans l'immense grenier-à-fouillis qu'est la Toile. 

    Cependant, ce ne sont pas celles-là que j'ai photographiées: comme d'habitude, mon appareil photo commençait à montrer des signes de fatigue - trop d'arbres avaient attiré son attention en cours de route - et je devais opérer une sélection sévère, comme à l'époque des films à 36 photos... 

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    Par contre, j'ai photographié ce pont-ci, sur une estampe qui ressemble à une planche de BD, où des gens se pressent sous la pluie. Ne me demandez pas de qui est cette oeuvre: comme je l'ai expliqué précédemment à Tania, on devait déposer nos sacs au vestiaire mais on pouvait photographier sans flash. Je ne me suis donc pas encombrée de mes habituels stylo et carnet, j'ai juste pris l'appareil photo. Inutile de dire qu'avec ma formidable mémoire - et ma merveilleuse connaissance du japonais - je n'ai retenu aucun nom. 

    DSCI4041.JPG

    merveilleux rendu d'une nuit étoilée et de lumignons dans une ville japonaise du 19e siècle 

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    Et en fin de parcours, des oeuvres dans l'esprit "ukijo-e" de Dimitri Piot, auteur de BD et illustrateur. 

    C'est vraiment très beau, très poétique et en même temps un peu étrange de voir des paysages bruxellois représentés dans le style des estampes japonaises, comme ci-dessus, l'arc du Cinquantenaire sous la neige.

  • Y comme yeah!

    L'Adrienne est une yé-yé attardée à qui on peut faire chanter, avec un plaisir toujours renouvelé, The lion sleeps tonight (Weiss, Peretti et Creatore), I can't help falling in love with you (des mêmes), un chant folklorique congolais, Everything I do, I do it for you (Adams, Kamen et Lange), We are the world (M. Jackson), Happy together (Bonner et Gordon), un air de Papageno (Mozart, Die Zauberflöte) ou Alegria (Cirque du soleil). 

    Mais hier soir, c'était le top cool

    L'école de musique organisait un cours de chant des 15e et 16e siècles. 

    Le pied, quoi tongue-out

    Ma Julieta, Dama (Espagne, 15e siècle) 

      

    Pavane (Belle qui tiens ma vie) France 16e siècle 

    Greensleeves, Angleterre 16e siècle

  • Y comme Yavuz et yaourt

    - Je m'appelle Yavuz, nous dit-il, et vous pouvez tout me demander. Tout, absolument tout, allez-y, ne vous gênez pas, j'essaierai de répondre au mieux à toutes vos questions. 

    Mais personne n'a osé lui demander ce qu'il pensait de son grand timonier, ni de l'autre, qui s'était enfui aux USA, ni de ce soi-disant putsch, ni de ce qu'il adviendrait de tous ces gens ayant été démis de leurs fonctions - et se trouvant donc sans revenus - ni où étaient détenus ces milliers qui ne cessaient de se faire arrêter, ni comment ils étaient traités. 

    D'ailleurs, il était guide touristique, pas devin... 

    2016-07-30 (19).JPG

    celui-ci n'est pas Yavuz mais un autre bon patriote tongue-out 

    *** 

    Alors nous avons parlé de géographie et de climat, de culture et de gastronomie. 

    - Je vous recommande de goûter à notre ayran, a-t-il dit. C'est une boisson à base de yaourt, c'est servi frais et légèrement salé, tout à fait excellent par ces températures! 

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     le yaourt et l'eau, constamment brassés, forment un mélange mousseux et très désaltérant.

  • Y comme y a pas que Marcel

    Deux fois par an, sur la route des Ardennes, en passant devant un lieu qui affiche "le pont romain", nous avions droit à la même anecdote:

    - Marcel, votre femme! lançait mon grand-père, faisant les questions et les réponses comme un véritable stand up comedian.
    - Et bien quoi, ma femme?
    - Mais elle n'est pas avec nous!

    L'anecdote datait du début des années 1960: grand-oncle Marcel, son épouse et sa petite fille étaient sur cette même route des Ardennes, avec mes grands-parents et un couple d'amis, dans deux voitures. Après un arrêt pour admirer "le pont romain", grand-oncle Marcel était reparti sans se rendre compte que son épouse et sa fille n'étaient pas dans la voiture. Jusqu'à ce que l'ami le lui signale. Ils étaient déjà loin, il a fallu faire demi-tour...

    C'était toujours ma grand-mère qui donnait la conclusion de l'histoire:

    - Alors j'ai demandé à Elisa ce qu'elle aurait fait si Marcel avait tardé plus longtemps. "Oh! j'aurais pris un taxi pour rentrer à la maison!"

    Grand-tante Elisa, ne faisant confiance ni aux banques, ni au dessous des matelas, emportait toujours toute sa fortune dans son sac à main. Il y avait de quoi payer un taxi pour faire deux fois le tour de la terre.

    ***

    J'ai toujours trouvé cette anecdote assez incroyable, bien que vraie. Et voilà que je lis ceci: http://www.ladepeche.fr/article/2016/07/19/2387269-oublie-femme-aire-autoroute-pres-viaduc-millau.html 

    ***

    pont romain.jpg

    le pont romain

    source: Jean-Pol GRANDMONT 

    https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=175763

  • Y comme y a de la joie

    Il y a toutes sortes d'émotions dans les souvenirs d'enfance évoqués par les élèves. La joie, la tristesse, la fierté, les regrets.

    Toutes les émotions, tous les défauts humains aussi.

    Est-ce pour faire bonne mesure ou est-ce pour la touche d'humour? Chaque petite histoire pourrait illustrer l'adage "On est toujours puni par où l'on pèche".  

    La gourmande est prise en flagrant délit, la bouche pleine de "pralines".
    La curieuse est tombée dans l'étang où elle voulait admirer les poissons.
    Le désobéissant est resté bloqué dans l'ascenseur qu'il avait élu comme terrain de jeux.

    Demain, l'élève qui un jour a fait brûler sa peluche préférée, raté complètement le petit déjeuner d'anniversaire préparé pour maman, perdu ses parents dans la foule en Allemagne, fait souffrir sa grande sœur, qui s'est fait chouchouter par une amie à qui elle avait fait croire qu'elle avait le bras cassé ou s'est ouvert la lèvre en tombant dans la cour... tous ceux-là reçoivent leur bulletin de fin d'année.

    Avec de nouvelles émotions de toutes sortes, joie, tristesse, fierté regrets.

    Et pour certains encore une fois la preuve qu'"on est toujours puni par où l'on pèche." tongue-out 

    30 juni (2) - kopie.JPG

    Madame et ses collègues voient les vacances s'approcher...

    cool 

    La plus drôle, c'est celle-ci:

    "Finalement, mon père a été d'accord pour qu'on ait un chien et c'est lui qui a choisi le nom. Il l'a appelé JP parce que son patron s'appelle Jean-Pierre alors ça l'amuse beaucoup de crier sur le chien."

  • Y comme Y a de la joie!

    Ce n'était pas la querelle des Anciens et des Modernes, ce n'était pas la Guerre des Roses, ce n'était pas les Leliaards contre les Clauwaards. 

    C'était les Romantiques contre les Comiques. 

    Grand-père chantonnait "ma Tonkiki- ma Tonkiki- ma Tonkinoise", un texte pour lequel Maurice Chevalier se ferait lyncher aujourd'hui. Il donnait de la voix pour dire à la Marquise que "Tout va très bien, tout va très bien". Il esquissait un pas de danse fripon avec Madelon qui vient nous servir à boire et dont on frôle le jupon. 

    Grand-mère préférait les roucoulements de Tino Rossi et ça rendait grand-père assez jaloux. Il s'amusait à ridiculiser le Tino en imitant sa pauvre petite-voix-de-rien-du-tout qui traîne sur les voyelles finales en susurrant  "Marinellaaaa, reste encore dans mes braaaaas..." (1) 

    Puis un refrain inspirait des idées à grand-père, il entourait grand-mère de ses bras, l'arrachait à ses casseroles et la faisait doucement tanguer sur André Claveau, "ne me laisse pas seul sans ton amour". 

    Alors mini-Adrienne était tout heureuse et se disait que si leur idylle avait si bien résisté au temps, c'était peut-être une chose possible pour elle aussi, un jour... 

     miletune.22.png

    Le sujet de Mil-et-une n°22 
    mot imposé: idylle 

    (1) L'estocade serait donnée un jour par petit frère qui en ferait "Marie Thumas, des carottes et des petits pois...". 

  • Y comme yamamoto kadératé

    Mardi soir, je voyageais paisiblement avec mon fidèle destrier, quand il a exhalé un long soupir.

    Celui qu'on appelle le dernier.

    J'ai tenté de le réanimer.
    Rien n'y a fait.
    Il fallait se rendre à l'évidence.

    C'était devenu un corps sans vie.

     okt 2013 (7a) (2).JPG

    le voici, en des jours meilleurs...

    ***

    J'ai donc sorti de l'écurie 
    un animal plus jeune 

    que je tenais en réserve pour le jour où... 

    - car l'ancien avait déjà montré quelques signes de grosse fatigue - 

    malheureusement il manque de nerf 
    et de souplesse 

    et de bonne volonté. 

    En un mot: il m'énerve. 

    ***

    Le comble, c'est que contrairement aux avis que je donne moi-même - et que j'ai donnés encore tout récemment à Godelieve - j'ai cru améliorer ses performances en téléchargeant Windows 10 (1)...

    ça va prendre une heure et demie de temps, me dit-on par écran interposé. 

    Trois heures plus tard, 18% de cet "upgrade" avait été réalisé. 
    Je l'ai laissé travailler seul et suis allée dormir... 

    ***

    Le lendemain matin, j'ai tout de suite éliminé un tas d'applications inutiles, pensant rendre son fardeau plus léger. 

    Peine perdue. 

    Une heure plus tard: 

    "Alles is bijna gereed" (2) me dit-il, 
    "zet uw PC niet uit" 

    ***

    Je crois que je vais le remettre à l'écurie 
    et m'en acheter un plus fringant
    qui m'obéira au doigt et à l'oeil. 

    smile

    ***

    (1) dans les commentaires, de nombreuses personnes en semblaient satisfaites...

    (2) tout est presque fini, n'éteignez pas votre ordi

     

  • Y comme You Jane

    100dagen (10) - kopie.JPG

    Voilà, c'est fait, ils ont fêté leurs "cent jours". 

    Cette année, le thème choisi était la jungle. 

    Nous avons donc vu des girafes, des lions, des explorateurs.

    Des Rambo, des Tarzan, des mercenaires. 

    Des papillons, des oiseaux multicolores. 

    Et même le docteur Livingstone. 

    prof,école,élève,photo,hibou

    - Ik ben een plant! (Je suis une plante!) m'annonce J*** en entrant dans la salle où les attend un copieux petit déjeuner.

     100dagen (8) - kopie.JPG

    La maman de M*** s'est surpassée pour faire de sa fille la fée de la jungle, dans un vaporeux corsage en tulle garni de fleurs et une jupe formée de branches de lierre... 

    100dagen (13) - kopie.JPG

    Les seuls à avoir quatre pattes étaient les singes du décor 

    tongue-out

    pour le projet Hibou

     https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj...

     thème 13 - quatre pattes

  • Y comme yaka...

    "Yaka leur faire regarder un film français, le vendredi après-midi!" proposait l'article qui avait fait s'étrangler Madame dans son petit déjeuner dominical.  

    Car il est évident que des élèves qui sont incapables de parler de la pluie ou du beau temps pourront suivre un film français. 

    Car il est bien connu que le vendredi après-midi, ce n'est pas le moment de leur donner un cours de grammaire. 

    Car il est indiscutable que l'oralité est la panacée

    Yaka voir l'efficacité des méthodes audio-visuelles qui ont sévi jusque dans les années 1970... 

     prof,école,élève,français,langue

    http://www.le-francais-moderne.com/

    Ceci clôt la discussion. 

    Elle est trop mauvaise pour la santé de Madame 

    tongue-out

  • Y comme youpie!

    On a tous été bien étonnés quand on a reçu un e-mail de l'école de musique pour annoncer l'arrivée toute proche d'évaluations en vue du bulletin semestriel. 

    Des évaluations? Un bulletin? 

    - Ne vous inquiétez pas! dit Mieke, la gentille dame qui nous apprend le solfège. 

    Alors on ne s'est pas inquiétés et on a continué à chanter et à taper dans les mains. 

    Vendredi dernier, nouvel e-mail. Avec le bulletin. 

    Et une petite phrase qui guérit de cette autre, entendue quand on avait huit ans et exprimé le désir d'apprendre la musique (1)

    On ne chante pas faux.

    Je zingt mooi op toon met begeleiding

    Merci, Mieke!

     002 - kopie.JPG

     ***

    (1) http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2012/07/26/v-comme-vocation.html

  • Y comme Ysaÿe

    En préparant son séjour à Ostende, l'Adrienne a pu encore s'inscrire pour une mini-conférence sur "Ostende à la Belle-Epoque" suivie d'un petit concert.

    Voyez comme elle s'était bien placée pour voir les doigts du pianiste, l'archet du violoniste et la partition.

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    Ils ont régalé le public d'une douzaine de pièces dont certaines très connues. Parmi elles, Rêve d'enfant d'Eugène Ysaÿe, composée à Londres et dédicacée à son fils Antoine, comme on peut le voir en haut de la partition: A mon p'tit Antoine 

    Et les chats ostendais? Ils se portent bien laughing

    musique, Ostende

    le Prince régnant a enfin accepté la présence de mon Pipo Rosso

  • Y comme Yeah yeah yeah!

    jukebox.JPG

    https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Museum_Terug_in_de_Tijd#/media/File:AMI_Stereophonic_jukebox.JPG

    http://miletune.over-blog.com/2015/11/sujet-semaine-49.html

    - Tu viens avec nous au Memling? demande l'Oncle, le nouveau, celui qui est tout maigre et a ses cheveux blonds enroulés en saucisse au-dessus du crâne.

    Au Memling? la petite ne sait pas de quoi il s'agit - est-ce loin? iront-ils en voiture? qu'est-ce qu'on va y faire? - mais elle met sa main confiante dans celle de l'Oncle, et les voilà partis, la Tantine dans sa robe turquoise avec la jupe bouffante, et l'Oncle, avec sa saucisse sur la tête.

    ***

    La suite de l'histoire, je l'ai déjà racontée ici:

    http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2014/04/24/t-comme-tantine-8166532.html

  • Y comme yes, yes, yes!

    Il est venu,

    il était là!

    Entendez tous ce cri:

    Elle va en mourir (de joie) la mamma

    (pardon, l'Adrienne)

    Il est venu,

    il était là,

    le chauffagiste appelé cinq fois,

    avec des outils plein les bras ah ah ah

    ***

    et comme Fernand est plus rigolo que Charles, je vous mets du Fernand 

     

    Même si l'époque est plus proche du "il faut qu'on l'implore, de l'aube à l'aurore"

     

    L'Adrienne a enfin une installation aux normes et un joli nouveau robinet dans la cuisine

  • Y comme Y faut voir

    Prenez 50 minutes de votre précieux temps

    - si vous les trouvez -

    et regardez ceci:

     Vous me remercierez après

    Cool

  • Y comme y a pas photo

    Paris 101 - kopie.JPG

    Horizon, voilà le thème de la semaine.

    D'abord on repense au lago Trasimeno et à son tramonto.

    Ou au paradis perdu où on habitait avant.

    Et à toutes ces belles vues avec ou sans 'room'.

    Bruxelles, Paris, Rome, Florence...

    Puis on tombe sur cette photo d'Ostende et on se dit:

    "Voilà l'horizon que je préfère!"

    Pas seulement parce qu'on aime la mer.

    Mais parce qu'en plus, sur la photo, il y a un verre de bulles

    et un bon livre.

    Je me souviens.

    C'était Camus, Le premier homme.

    ***

    pour le projet 52 de Ma' - thème: horizon

     http://manuelles.canalblog.com/tag/projet%2052

  • Y comme Yin Xiuzhen

    Elle réutilise de vieux bouts de textiles pour réaliser ce qu'elle appelle des "cityscapes" de chaque ville où elle expose son oeuvre.

    Voici ce qu'elle a fait pour Bruxelles:

    fêt'nat'2015 (44) - kopie Yin Xiuzhen.JPG

     ceux qui connaissent la ville reconnaîtront, en haut à gauche, le palais de Justice et sa coupole dorée, en bas à gauche, le palais Royal, avec à sa gauche la butte du lion de Waterloo...

    fêt'nat'2015 (45) - kopie Yin Xiuzhen.JPG

     et du côté droit de la valise-cityscape, notre Grand-Place, bien sûr, et l'Atomium.

    Spécialistes et connaisseurs pourront s'amuser à reconnaître tout le reste (on peut cliquer sur la photo pour l'avoir en plus grand)

    Comme quoi, en art aujourd'hui, le plus important est souvent d'avoir "l'idée"

    Cool

  • Y comme y-va-t-en-guerre

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    © Vincent Héquet

    http://www.bricabook.fr/2015/06/atelier-decriture-en-ligne-182-e/

    Il faisait nuit noire quand il arriva enfin, celui que tous attendaient.

    - Le voilà! entendit-on de toutes parts. Le voilà! C'est lui!

    Grand et maigre, il s'avança vers eux dans ses habits noirs élimés.

    Louis-Henri, celui qui était en guerre contre le soleil.

    Inutile de voir son visage pour le reconnaître.

    Même son carrosse portait fièrement ses cornes.

     

  • Y comme Yolande

    Parfois, la lecture d'un commentaire me fait suivre un drôle de chemin.

    Hier par exemple, à propos des Brèves de comptoir: une petite recherche me fait découvrir une série de livres, ainsi que le film. Que je commence à regarder... 

    https://www.youtube.com/watch?v=tfjBjn4qB0c

    Tiens, je connais cette actrice! je l'ai vue dans Amélie Poulain, les fontaines Wallace, pleurer comme une Madeleine...

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Yolande_Moreau

    Alors je passe une soirée à écouter des brèves de comptoir au lieu de m'atteler à la rédaction des examens...

    Merci, Edith Rigolant

     ***

    Une chose est sûre:
    le film s'accorde très bien
    aux nouvelles de Maupassant
    que nous lisons en ce moment...

  • YAKA, YAKAPA

    Parfois, Madame fait ce qu'elle appelle "des efforts vestimentaires": elle met sa robe la plus neuve, des collants rouges, ses bottes et un joli foulard en soie, peint à la main.

    Le plus souvent, Madame est vêtue de façon honteuse pour un prof (il y en a qui le pensent): pantalon noir élimé, sandales plates, T-shirt et pull vieux de vingt ans.

    C'est sans doute à cause de cette tenue de pauvresse qu'elle s'est vertement fait rabrouer l'autre jour, en pénétrant dans le vaste domaine qui comprend l'école où elle enseigne et le couvent qui sert de mouroir à quelques dernières religieuses. Il y a plus de personnel (jardiniers, aide-soignantes, femmes d'ouvrage etc.) que de bonnes soeurs.

    Ce matin-là, alors que Madame tendait le cou pour mieux entendre les chants d'oiseaux, une voiture s'arrête au moment de quitter l'allée principale, un individu en sort, une altercation s'en suit.

    D'où il ressort que Madame n'a pas le droit de pénétrer dans ce domaine.

    Même pas à pied?

    Même pas si on est prof dans cette école?

    Même pas.

    Car l'homme est ainsi fait, qu'il lui est beaucoup plus facile de persévérer dans l'erreur que de la reconnaître.

    Et Madame, horriblement têtue, se prive désormais de chants d'oiseaux et fait un large détour pour ne plus avoir à rencontrer ce désagéable personnage.

    Qui gagne, en fin de compte Déçu

     

  • Yeah!!!

    L'Adrienne aujourd'hui va faire deux ou trois choses qu'elle n'a jamais faites.

    Jamais faites pour la simple raison que ça ne l'attire ni ne l'intéresse.

    D'abord, ce matin vers neuf heures, elle va monter dans un autocar avec une cinquantaine d'autres personnes.
    Pas du tout son truc, les voyages organisés.

    Ensuite, cet autocar va se diriger vers les Pays-Bas.
    Pas du tout son truc, la Hollande, ni en fromage ni en rien.

    Enfin, elle va s'asseoir dans une grande salle de spectacle pour y applaudir une comédie musicale. Chantée en néerlandais.
    Pas du tout son truc non plus. Elle en est restée à celles des années cinquante (à la limite soixante) avec Gene Kelly ou Luis Mariano

    et Annie Cordy

    Langue tirée

    Mais zalors, mais zalors?
    Que diable etc?

    Surpris

     L'explication est simple:

    l'Adrienne a un ancien élève
    qui a fait le Conservatoire
    et qui aujourd'hui tient le rôle principal
    dans une comédie musicale hollandaise

    Yeah!

    Allen daarheen!

  • Y a pas de souci!

    Je me souviens de la première fois où j'ai entendu dire "y a pas de souci". Je sais encore qui c'était et où j'étais. C'est dire si ça m'a marquée.Langue tirée

    J'ai tout de suite détesté l'expression parce qu'il me semble qu'elle est à mettre sur le gros tas (un gros tas toujours grossissant) des barbarismes et des solécismes.

    Pardon pour ces mots savants.

    Pourquoi dire "y a pas de souci" alors qu'on veut dire "ne t'en fais pas" ou "il n'y a pas de problème"?

    Vous me direz qu'il y a plein de choses qui méritent beaucoup plus qu'on s'en agace. Sans nul doute. Et je serai la première à ajouter que je ne suis certainement pas "sans fautes" moi non plus.

    Mais... pourquoi faire constamment violence à la langue? Pourquoi ces "à peu près"? Pourquoi ces "passe-partout"? Pourquoi mélanger "je m'en souviens" et "je me le rappelle"? Pourquoi mélanger "avant qu'il soit" et "après qu'il a été"?

    Vous me direz que même les meilleurs présentateurs de la télé disent "je m'en rappelle" et "après qu'il soit". Croyez bien que je le déplore.

    Vous mettrez peut-être cet "agacement" sur le compte de mon métier. Ou de ma belgitude. Puisqu'il paraît - les Québécois en tout cas sont nombreux à l'affirmer - qu'on est beaucoup plus pointilleux sur le respect de la langue en dehors de la France. 

    Ce qui m'amène à Alain Mabanckou:

    "De plus, la langue que nous utilisions était raillée aussi bien en cours qu'au restaurant universitaire. On n'employait plus l'imparfait du subjonctif, en France... Or, nous y tenions comme à la prunelle de nos yeux! De notre côté, la langue des autochtones nous paraissait pauvre, pervertie par une paresse désolante. Ces jeunes gens avaient appris le français dans les jupes de leurs mères, et adopté, selon nous, les raccourcis les plus abominables, ainsi que cette manie de contourner la difficulté des concordances de temps en se réfugiant derrière une prétendue évolution de la langue. Combien de fois n'avons-nous pas été interrompus par un condisciple qui nous lançait:

    - On ne s'exprime plus comme ça! On croirait entendre des vieux!"

    Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme noir, Points, 2013, pages 105-106

  • Y comme y a pas photo!

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    Photo de  Marion Pluss

     http://www.bricabook.fr/2014/12/atelier-decriture-une-photo-quelques-mots-148e/

    - Tu joues avec moi ? demande-t-il en déballant le damier reçu du grand saint à barbe blanche.

    - Non ! pas maintenant ! fait-elle sans lever le nez de son « Heidi » apporté la veille par le même ami des enfants.

    - Si ! joue avec moi !

    Immédiatement suivi du :

    - Maman ! Elle veut pas jouer avec moi !

    Et du tout aussi irrémédiable :

    - Pourquoi tu ne veux jamais jouer avec ton petit frère ? Allez ! Laisse ce livre !

    Et celle-qui-ne-veut-jamais-jouer-avec-son-petit-frère se voit obligée, une fois de plus, de lâcher sa lecture pour désennuyer son cadet.

    - Si tu triches, comme l’autre fois, on s’arrête tout de suite, compris ?

    La menace ne semble pas l’impressionner : il a eu ce qu’il voulait, il verra bien, le moment venu, comment se débrouiller. Il a plus d’un tour dans son sac à malices.

    Elle dispose les pions, les blancs pour lui, les noirs pour elle. La partie s’engage. Le père la suit tout en faisant mine de lire son journal. Il se trahit avec ses commentaires sur la bêtise de la joueuse. Ne comprend-il donc pas qu’elle espère finir vite en laissant gagner le petit ? 

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  • Y vomme Yves Sacaba

    Sur quel blog était-ce, je ne le sais plus, ou peut-être était-ce dans un de ces navets de comédie-romantique-américaine que je regarde beaucoup ces temps-ci: un petit garçon avait un ami imaginaire.

    Il lui parlait, il en parlait, il agissait comme s'il était toujours là, à côté de lui.

    Je me suis souvenue tout à coup d'Yves Sacaba. Mon ami imaginaire quand j'avais quatre ou cinq ans.

    - Et à l'école, me demandaient les grandes personnes, tu as des amis?
    - Oui, disait mini-Adrienne.

    Mais jamais elle ne parlait du vrai, de celui qui s'appelait Xavier et suçait des stalactites de glace les jours de grand gel ou chapardait une pomme véreuse tombée dans le verger du couvent. Celui que mini-Adrienne admirait tant pour toutes ces audaces et qui la faisait rire avec ses pitreries.

    - Et comment s'appellent-ils, tes amis? demandaient les grandes personnes.
    - Yves! répondait mini-Adrienne. 

    Le choix de ce prénom, réflexion faite, devait lui venir de ce qu'on lui avait déjà dit tant de fois, que si elle avait été un fils, c'est ainsi qu'elle s'appellerait.

    - Yves comment? demande la mère, déjà soupçonneuse.
    - Yves Sacaba, dit la petite.

    Sac + cabas, vous aurez deviné sans aide, gentils lecteurs.

    ***

    Voilà, le plus dur était fait: il avait un prénom et un nom de famille. Après, il suffisait d'inventer ce qu'il avait dit ou fait.

    Au début, la mère a poursuivi ses questions d'enquête.

    - Yves, disait-elle, il ne s'appelle pas vraiment Sacaba, non?
    - Si, si!
    - Il ne s'appellerait pas Van Coppenolle?

    Tous les patronymes des Yves et des Jean-Yves de sa connaissance y sont passés, un à un, au fil des jours. Mais chaque fois, mini-Adrienne confirmait:

    - Non, pas Van Coppenolle! Il s'appelle Yves Sacaba!

    ***

    D'ailleurs quand j'y pense, à la même époque la petite avait aussi une institutrice imaginaire. L'institutrice idéale, pleine d'amour, de sagesse et d'équité. Mini-Adrienne l'appelait Mademoiselle Marie-Paule. Elle ne connaissait aucune Marie-Paule et sa famille non plus.

    Parfois, quand la petite entamait le jeu des "Mademoiselle Marie-Paule a dit...", les grandes personnes essayaient de la prendre en défaut d'imagination.

    - Et elle habite où, ta Mademoiselle Marie-Paule?
    - Par là, faisait mini-Adrienne en tendant le bras vers le nord, là-bas en haut.

    Parce que la route qui va au nord est en forte pente.

    - Tu me montreras sa maison, la prochaine fois qu'on passe devant?
    - Oui, oui, disait la petite.

    Et elle n'oubliait pas d'indiquer un joli pavillon fleuri, sur sa droite, les rares fois où la voiture prenait la route vers le nord:

    - C'est là qu'elle habite!
    - Qui ça?
    - Et bien! Mademoiselle Marie-Paule!

     souvenir d'enfance

    photo prise lors d'une visite du couvent
    à côté de l'école:
    il ne reste plus grand-chose
    du verger d'autrefois

     

  • Y comme Yann

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    Il voulait seulement donner un petit aperçu de ses talents d'"ambianceur", disait-il. "Ambiancer" était un mot qu'il avait inventé, comme quelques autres qu'il utilisait à tire-larigot. A tel point qu’il y en a qu'on a fini par adopter dans notre langage de tous les jours. "Ambiancer" est de ceux-là. Ou "s'enlivrer".

    A l'époque, il fallait qu’il fasse le clown et mette les autres en joie. Dans le tohu-bohu de nos soirées d'étudiants, il était toujours au centre d'un cercle hilare, toujours partant pour une énième folie, un nouveau défi.

    On a souvent cru qu'il finirait par y laisser sa peau. Ou tout au moins sa santé. Sa mère disait qu'il finirait dans un fauteuil roulant. Dans le meilleur des cas.

    Un soir de charivari, alors qu'il racontait ses fariboles, monté sur le bar pour que chacun puisse le voir, il y a eu une descente de police. Qui a crié fort à propos :

    - Descendez-moi de là cet hurluberlu!

    On pouvait voir à sa tête – moi surtout, qui le connaissais très bien – que l'idée l'a traversé un instant de profiter de ce contrôle policier pour sortir une nouvelle farce. Il a fait quelques pas de danse en zigzag sur le bar et est sauté à terre dans une pose de théâtre.

    On sentait que les flics étaient drôlement énervés. Ils étaient venus en nombre et armés de matraques, pourtant on aurait dit que c'étaient eux qui avaient le plus peur.

    Il a tout de suite été embarqué.

    Tout ça date d'une autre époque.

    Aujourd'hui on ne dit plus de quelqu'un qu'il est timbré, on dit "ouf". Nous, on disait "zinzin".

    - Je suis zinzin total! aimait-il à clamer du haut de ses estrades improvisées.

    Je suis allé le voir hier. Pour communiquer avec le monde extérieur, il cligne des yeux: une fois pour un oui, deux fois pour un nom. Son appareil respiratoire l’empêche de parler. On lui montre des lettres sur un carton et on essaie de deviner la suite des mots, des phrases.

    Il a 29 ans et est victime d’une de ces « maladies orphelines » qui démolissent un homme jeune et plein de vie en un clin d’œil.

  • Y comme Yvonne

    Dans la grande pièce de séjour, dans le coin où on a installé le téléviseur, un cadre aux bords dorés. On y voit le visage grave d'une petite fille de quatre ans. Elle a les joues rondes, le nez un peu retroussé et des mèches blondes. Elle s'appelle comme moi.

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    Sur l'autre mur, à côté du poêle à charbon, un cadre noir aux bords ouvragés. On y voit une petite fille de huit ans au regard sombre et au sourire triste. Elle porte une robe à carreaux et un ruban retient ses boucles brunes, bien séparées par une raie au milieu.

    Ce sont les deux petites soeurs de mon père qui n'ont pas vécu au-delà de leur photo.

    Un troisième cadre a été retiré du mur.

    Celui d'une jeune femme, les pieds dans le sable, appuyée contre une barque, avec son ombrelle qui cache la mer derrière elle.

     

     

  • Y comme Yvonne

    Yvonne! Viens! Mets-toi là. Oui, là. Tu peux t'appuyer contre la barque, si tu veux. Non, ne t'inquiète pas, les enfants jouent dans le sable, on a bien le temps de prendre une photo. Non, laisse-les. C'est toi que je veux photographier.
    Voilà, c'est ça, ce sourire-là.
    Ton ombrelle, tiens-la un peu plus en arrière, elle te fait de l'ombre. Parfait! Ne bouge plus, maintenant! Magnifique!
    Ce sera pour nos dix ans de mariage.

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    Neuf mois plus tard, la belle photo avec la barque et l'ombrelle orne son faire-part de décès. Son quatrième enfant vient de naître.

    ***

    inspiré par une consigne de Daniel Simon que je remercie
    http://je-suis-un-lieu-commun-journal-de-daniel-simon.com/

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    mon père est entre son frère et sa soeur

  • Y comme Yvonne

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    origine des photos
    http://www.vivianmaier.com/

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     Je ne sais pas ce qui a pris l’oncle Alfred. Dès qu’on a été en vue de l’escalier qui montait vers la chapelle, il a sorti un beau mouchoir blanc de sa poche, l’a étalé sur la première marche et s’est mis à genoux dessus. Il est resté là, les bras croisés, les yeux baissés, pendant une ou deux minutes, puis il a refait la même chose sur la marche suivante. Et ainsi de suite. Dans son beau costume du dimanche.

    - Il est puni, l’oncle Alfred ? j’ai demandé à ma mère.
    - Tais-toi et prie ! m’a-t-elle répondu.

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    Grand-mère, grand-tante Alice et les deux tantines étaient déjà montées tout en haut et nous attendaient. J’ai bien vu que grand-tante Alice ne priait pas : elle avait les mains dans les poches. Elle a toujours des bonbons dans les poches. Et j’ai entendu que grand-mère lui disait:

    - Alice, tu aurais pu mettre un chapeau, tout de même, un  jour comme aujourd’hui !

    Grand-tante Alice n’a rien répondu, parce qu’elle avait la bouche pleine de caramels. Elle a juste haussé les épaules et regardé vers le ciel, en faisant une grimace. Moi, si je faisais comme elle, je recevrais une taloche !

    Tata Suzie portait la mallette avec nos tartines. Grand-mère avait dit qu’avec cette mallette, ça se verrait moins qu’on avait apporté son manger. Je n’ai pas bien compris le problème.

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    Papa était resté en bas, près de la voiture, avec mes frères et les cousins. Je préfère ne pas être avec eux, ils font tout le temps les guignols et après c’est moi qui trinque, sous prétexte que je suis l’aînée. Alors j’ai dit que moi aussi je voulais faire mes prières et dès que ça a été fait, j’ai crié à ma mère :

    - Je redescends ! Je vais avec grand-père !

    Parce que c’est avec lui qu’on rigole le plus. Et j’ai couru très vite sans attendre la permission.

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    C’est en allant au café que grand-père et grand-oncle Gustave ont eu l’idée géniale de la blague qu’ils feraient aux femmes quand elles reviendraient de leurs prières à la chapelle.

    - Tu vois ce que je vois ? a dit grand-père.
    - Voilà exactement ce qu’il nous faut !

    Ils en riaient à l’avance. Moi j’ai ri aussi, même sans savoir ce qu’ils préparaient.

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    Evidemment, les frères et les cousins, restés seuls dans la voiture, en ont profité pour faire toutes sortes de bêtises. Comme jeter la poupée de la petite Nini dans une poubelle et crier des vilaines choses aux passants.

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    En arrivant au café, grand-père a fait une drôle de tête.

    - Nondidju ! il a dit. Qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là ! Je vais encore avoir des emmerdes avec Elvire !

    Je ne voyais pas le rapport entre ma grand-mère et cette vieille dame assise derrière la vitre du café à lire un journal. En m’approchant, j’ai reconnu Julia, la femme d’Albert.  C’est vrai que c’était bizarre qu’elle soit là aussi, le même jour que nous.

    - C’est Julia, j’ai dit. Moi, je n’aime pas Julia. Elle nous regarde toujours d’un air méchant quand on passe.

    Ce qui est sûr, c’est que ce jour-là elle avait plutôt l’air de rigoler. Peut-être qu’elle lisait des choses comiques, dans son journal, ou peut-être elle avait joué un bon tour à son Albert.

    - Gustave, dit grand-père en lui prenant le bras, trouve quelque chose, vite ! Si Elvire nous voit dans le même café, elle va encore s’imaginer des choses !

    Il était tout pâle et son menton tremblait.

    - Mais enfin, Maurice ! a dit grand-oncle Gustave. Tu ne vas quand même pas me dire que pour une histoire vieille de plus de quarante ans…
    - Je ne sais pas comment sont les autres femmes, dit grand-père, mais la mienne, elle n’oublie jamais. Elle n’oublie rien !
    - C’est pas vrai ! j’ai dit. Elle oublie toujours des choses quand elle fait les courses !

    écrit pour Mil-et-une http://miletune.over-blog.com/2015/06/jeu-d-ete.html

    Faut-il le préciser? Ceci est une fiction Langue tirée